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 'cause i'm not him [Numa]

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Ilana E. Acciari

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MESSAGES : 300
AGE : 31

MessageSujet: 'cause i'm not him [Numa]   Sam 31 Déc - 13:14

&
Il pleut dans ton regard
Il pleut dans mon bazar
Est-ce réellement un hasard ?



    Les gouttes n’en finissaient pas de tremper le sol de Milan, l’inondant dans une atmosphère d’humidité et de vestes serrées. Les gens n’étaient plus que des silhouettes courantes pour s’abriter sous les porches, se serrant sous un parapluie aussi sombre que la nuit ou au contraire avec une drôle de volonté à mettre une touche de couleur dans ce monde de merde.
    Et au milieu, moi.
    Tache verte dans cette ruelle connue, reconnue, menant à un appartement décidément bien vide. Trop vide.
    L’eau ruisselait le long des quelques mèches plus longues qui s’échappaient de ma chevelure couleur d’espoir. Frisson le long de la colonne vertébrale, quelques gouttes sadiques s’étaient glissées sous le col de ma veste en cuir. Trempée.
    Mais indifférente, fatiguée.
    La dernière mission s’était plutôt bien déroulée malgré quelques accrochages avec Livio, ma spontanéité reprenant le dessus encore trop souvent. Oh, et qu’il aille se faire foutre hein ! Et Mirko avec !
    Le capitaine que pourtant j’appréciais un peu plus que les autres me tapait sur le système depuis quelques jours. Il avait du se faire remonter les bretelles par des ordres venus de plus haut, et nous mettait un peu la pression. Comme si on avait besoin …. Comme si on ne savait pas ce qu’il s’était passé lors de l’effondrement de la galerie.
    Les ombres s’agitaient, et c’était nous qui en prenions pour notre grade…
    J’étais passée devant le bureau d’Egeado sans un mot, pour une fois, et m’étais appliquée à détruire cible après cible, avec une précision et une minutie meurtrière. Tendre le bras et tirer, tirer. Recharger, et éclatez le carton dans un bruit assourdissant. Ne plus rien entendre, devenir sourde à tout, même au souffle de ma propre existence.

    Pour me retrouver, et laisser le sourire reprendre ses droits, naturellement ; j’avais même adressé un petit signe de la main et un clin d’œil souriant au technicien revenu avec une tasse de café, comme toujours, avant de sortir.

    Évacuer. Souffler.
    Et respirer cette fraicheur qui nous annonçait peu à peu l’hiver, glacé au fond de la gorge.
    Contrairement à l’habitude, j’avais décidé de rentrer à pied, traçant mentalement un chemin dévié pour rentrer chez moi. Crochet par la boulangerie avec des petits pains qui refroidissaient comme des cons dans leur paquet après m’avoir brulé les doigts. Détour par les ruelles piétonnes, passage devant le Magenta où je n’avais malheureusement pas croisé la silhouette d’Aya. Dommage.
    Je me promis de la voir prochainement, sans savoir quand … Habitudes étranges entre nous.
    Tullio ? Non, valait mieux pas, pas aujourd’hui, surtout s’il me sortait son numéro habituel, il aurait eu droit à une baffe et une engueulade, pis de toute façon, il était peut-être déjà en service.
    Soirée peinarde et dodo devant la télé au programme, chocolat chaud en prime !

    J’avais été tentée de m’arrêter d’office chez une certaine tatouée, mais après quelques clopes, quelques hésitations et un sourire énigmatique, j’avais rebroussé chemin, secouant la tête comme pour moi-même. Faudrait que t’arrêtes les conneries Ilana, il serait temps … . Temps de quoi ?
    D'arrêter de se noyer dans ses bras pour ne pas voir les peines que m'infligeait ma relation avec la blonde au sourire silencieux de mots qui ne m'avait d'ailleurs pas dit si elle serait là ce soir ou non, me laissant encore dans le flou, dans l'attente. De prendre une décision ? De tout faire éclater dans des mots suintant d’acidités et des larmes ? Mouais, pas mon programme préféré, pas ce soir.

    Et pourtant, ce furent les larmes qui me rattrapèrent.

    Enfonçant ma main libre dans la poche de ma veste, j’avais accéléré le pas jusqu’à me retrouver dans une des rues adjacentes à mon chez-moi, toujours un peu sur le qui-vive, la crosse de mon pistolet dépassant par moment de sous mon pull crème.
    La liberté de vivre peinard et bosser au GDP ne semblait pas forcément aller ensemble, donc valait mieux être prudente …
    J’allais pivoter dans ma rue, quand mon pied droit plongea directement dans une grosse flaque d’eau, me trempant la jambe jusqu’aux chaussettes.

    « - Et merde ! »
    Maugréant contre moi-même, je me penchai, soupirant sur l’état de mon baggy pas si vieux et déjà limé par mes vagabondages. Je détestai perdre mes jours de congés à faire les magasins ….
    Mais mes insultes basses furent coupées par l’éclat que capta mon regard en me relevant. Vu juste une fois, mais cela avait suffit pour que je puisse reconnaître cette silhouette, ces yeux noyés de larmes n’importe où.
    Une fraction de seconde, je restai immobile, comme pour m’assurer que je ne rêvais pas, les sourcils froncés au dessus de la fine fumée qui filtrait entre mes lèvres formant une mimique indécise. Mon corps réagit de lui-même et je me retrouvai à quelque pas d’elle.
    Celle qui avait voulu ma mort, éteindre le vert de mon regard dans le sien, mortel, rageur.
    Celle qui avait violé les lois, mon chez-moi.
    Celle dont j’avais volé sa raison d’être. Ou pas.
    Elle était toujours là.
    La stella. L’inconnue
    Mon corps tout entier me criait « ennemi » alors que ce que je voyais me soufflait tout le contraire. Arrêtes les conneries Ilana, écartes-toi, ou tues-là.
    En tant qu’agent, sous-lieutenante du GDP, j’aurais du saisir entre mes doigts, le métal froid de l’arme coincée entre mon baggy et mes reins, et tirer, sans somation. Sans avertissement.
    Non.
    Non, j’avais refusé une fois et je n’avais toujours pas changé d’avis depuis notre première rencontre. Ainsi, elle n’avait pas encore abandonné.
    Quoi ? Me tuer ou vivre ?
    Je n’en savais rien, et pour être honnête, j’en avais rien à foutre, un petit sourire se dessinant en la voyant toujours debout.
    Mon regard redessina sa silhouette alors que je m’avançai, toujours sous la pluie, me noyant dans son regard où les larmes se disputaient avec celles tombant du ciel.
    Nos regards se croisèrent une fraction de seconde, du bleu pale dans du vert d’eau.

    « Bah alors ? Qu’est-ce qui t’arrives ? »

    Juste une question, dont ne perlait presqu’aucune sympathie, juste une note gentiment moqueuse, légère provoc’.
    J’étais irrécupérable… toujours ce besoin d’aller chercher les emmerdes, de pousser plus loin les limites alors que me voir était, logiquement, le dernier de ses souhaits, comme des miens d’ailleurs. Allait-elle se jeter sur moi, sous cette pluie battante qui lui glaçait les os, dans le but vain de me buter. Encore et encore ?
    Je n’avais oublié, malgré une envie très forte de tout effacer de mon esprit, ‘fallait être folle à lié pour souhaiter avoir un être stellaire vengeur au cul de toute façon.
    Mais j’étais butée. Elle se heurterait au même refus à chaque fois, même si ma patience avait une certaine limite. Voulait-elle jouer dessus ? Petite conne frigorifiée.

    L’étoile était sale et crotteuse, vestige de nuits passées dehors. Et son pactisant alors ? Ce couillon n’était pas foutue de protéger le stella qu’il avait appelé ? pff.
    Je m’avançai encore, jusqu’à me retrouver à un mètre d’elle, m'accroupissant à sa hauteur. Je ne pouvais pas m’écarter, faire demi-tour et l’oublier dans un pan cachée de ma mémoire comme on met de côté une pensée dérangeante, comme on se détourne de quelque chose que l’on ne peut, ne pas voir.
    Contrairement à ce que la jeune femme m’avait dit, de ce qu’elle pensait de la nature humaine, j’avais encore quelques valeurs, principes, qui me collaient à la peau.
    Un petit sourire apparut sur mes lèvres, alors que d’un geste, je m’étais allumée une autre clope, la cendre tombant rapidement pour se noyer sur le pavé mouillé de la rue.

    « Tu fous quoi ici ? Tu vas attraper froid … »

    Si proche d’une personne capable de lui mettre une balle entre les deux yeux, non pas par envie, mais parce que ça aurait été les ordres, son job. Ni plus ni moins.

    Paroles insensées d’un bourreau à sa victime la plus naturelle. D’un assassin à sa proie potentielle. Comme si le monde s’était soudain inversé, dans cet espace humide autour de nous.
    Il fallait croire qu’aller en sens contraire m'éclatait, raison envolée.


Spoiler:
 

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Numa [Zôon]

Numa
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MessageSujet: Re: 'cause i'm not him [Numa]   Jeu 5 Jan - 21:36

Sang pour Sang tienne.

Elle était venue après son boulot, encore crasseuse de sa dernière course, où elle avait fini par tomber non loin des poubelles. L’infirmière en chef la tint informée de l’état de santé du pactisant, précisant à la rousse que les frais allaient augmenter. La nouvelle fut accueillie par une grimace. Le ciel était gris. Il ne pleuvait pas encore. La conversation dura cinq minutes, ou moins. Laissant la coursière dans les couloirs, la femme en blanc était repartie. Elle, s’était retournée, se dirigea vers une porte parmi tant d’autres, où les chiffres de métal indiquaient un homme qu’elle ne voulait pas voir. Sa main gratta l’arrière de sa nuque, entra. Regard bleu qui lui en veut.

La confrontation, c’était son poison. Sa Malédiction. Comme cette croix noire qui marquait son dos, la poursuivant sa cesse. La ramenant toujours à la case Zôon. Un gosse qui ne peut qu’aimer son père, un chien qui ne peut suivre que son maitre. Un stella qui ne pouvait que plier l’échine face à son pactisant. Zero revenait. A chaque fois. De manière éparse dans le temps. Entre une semaine, ou deux. Elle finissait, inlassablement, à revenir le revoir. Lui. L’être au regard bleu de glace. Celui qui la détestait le plus. Celui qu’elle haïssait le plus. C’était un échange de bonnes manières : « Tu me craches dessus, je te crache dessus, vermine. » Zero était vide, elle n’avait que trop de place qui ne demandait qu’à être comblée. Elle avait attendu de l’amour de la part du grec. Oh oui, si longtemps, sans que jamais une trace d’affection ne vienne de l’humain. Le seul acte dont il était capable fut le coup des bâtons. Maintenant qu’il n’avait plus la possibilité de bouger, ce fut le coup des mots, plus acides et destructeurs que par le passé.

Mais Zero revenait toujours dans cette pièce blanc cassé, aux stores entre-ouverts. Où les appareils électroniques s’accrochaient aux veines, au torse de l’humain, échappant des bruits artificiels et réguliers. A chaque fois, elle les observait rapidement, ne comprenant rien à leur fonctionnent. Et, le centre de son attention, le centre de Zero était juste à côté. Comment pouvait-elle imaginer détourner le regard ? Manu lui avait appris à regarder le sol, elle le perçait de ses yeux bleus. Manu lui avait appris à ne pas se montrer devant lui, elle restait plantée dans la chambre 212 sans bouger, sans ciller. Pour une poignée de minutes. Une dizaine, une quinzaine. Ou pour plusieurs heures, en attendant qu’il se réveille, Zero recroquevillée sur le seul fauteuil – mauve, petit - de la pièce. Etrangement, le sien, puisqu’elle était la seule à lui rendre visite. La seule à s’inquiéter de son état auprès des infirmières de manière plus ou moins polie. La seule étant capable de faire bruler ces étincelles de rages dans son regard, le réveillant de sa léthargie. La seule à tout recevoir en retour.

Son exaspération, son dégout, sa colère, sa frustration. Ses paroles tordues, frappants, cassantes, blessants. Alors que Zero ne bougeait pas. Elle avait été dressée de cette manière. Ne rien montrer. Ne pas trembler. Ne pas craquer. Ne pas pleurer. Car Zero ne doit rien ressentir. Rien.

Sa parole était devenue de dure, trop dure pour que le stella le supporte sans rien laisser paraitre. Car la barrière entre Zero et Numa s’était effritée avec le temps. Zero, discrètement, se remplissait.

« Dégage. »

Le mot de trop. Elle sourit cyniquement, passa une main dans ses cheveux de feu. Le feu était partout. Dans son cœur qui lui fit mal sous le coup de trop, sur ses joues devenues rouges, dans ses yeux marqués par la fatigue. Il dit « dégage », elle dégagea, le salua, ferma la porte calmement, revenant prendre son sac oublié sur le fauteuil –le traitre. Numa ne vit pas le regard désolé de l’infirmière, aillant entendu une grande partie de l’engueulade. Le patient était paralysé de moitié, ça ne l’empêchait pas d’utiliser sa voix avec force. Numa ne le vit pas. Elle ne voyait plus rien.

La pluie avait fini par tomber. Son sac sur une épaule, à la sortie de l’hôpital, elle ne mit pas sa capuche sur sa tête. Elle devait se rafraîchir les idées, se forcer à ne plus penser aux dix dernières minutes de sa vie, alors que c’était impossible. Elle secoua la tête, sourit, partit. Il resterait le même. Un idiot incapable de faire les bons choix. Un connard fini, qui mourra seul, par ses mains à elle. Ce n’était pas pour tout de suite. Bulle devait attendre encore un peu. Qu’était-ce que quelques mois dans les milliers d’années qui constituaient son existence ? Rien. Que quelques gouttes de souffrance distillée dans son flot de conscience.

Ses pensées la perdirent. Elle ne répondit pas à son téléphone, n’entendit même pas la sonnerie agaçante –adieu boulot. L’eau la mouillait. Ses cheveux, ses vêtements, son corps. Elle frissonna, un peu, continua de marcher. Ses pieds étaient mouillés, malgré ses chaussures jaunes. Pas waterproof. La prochaine fois elle y songera. Les passants défilaient, elle s’en moquait. Numa se détachait de cette terre, passant à travers les obstacles ou les humaines. Quelque chose lui échappait. Un je-ne-sais-quoi. Elle se détachait, indéniablement.

Aller à contrecourant. Elle se retrouva assise, sans identifier le lieu exact où elle se situait. Il faisait gris, il pleuvait toujours. Collée contre le mur humide, lui rafraichissant le dos, à peine protégée du temps. Sa tête lui faisait mal. Son cœur aussi. Les poings qu’elle avait serrés tout le long des insultes de son pactisant, également. Mais ça allait un peu. Ou pas. Ou oui. Elle s’était recroquevillée, pleurant en boule, chat errant perdu aux détours des rues. Pour combler le tout, dans ses réflexions, elle s’était égarée sur Mikael. La morsure de la solitude en profita, mère perfide de nombreux maux. Les larmes retenues avaient fini par couler, se perdant sur les traits tristes de son visage, noyant ses yeux azurs. Ah.

« Bah alors ? Qu’est-ce qui t’arrives ? »

Ah merde. Non. Pas Elle. La cerise sur le gâteau. Le treizième mois de son salaire. La plus grande erreur de la terre. Ilana. La stella serra son pull trempé. Il y eut de la surprise dans son regard, toujours quelques larmes. Numa décida d’enfin repérer où elle se trouvait. Elle reconnut un morceau de rue, et une porte d’un immeuble déjà visité. Jurons dans sa tête. Est-ce qu’un de ses neurones pouvait lui expliquer en trois mots pourquoi est-ce qu’elle s’était retrouvée justement ici ? A la deuxième pire place de la planète –la première, elle en venait. Inconscient de merde. Elle va t’apprendre qui commande ici.

Elle reposa son regard bleu sur la verte. Maudite couleur. Maudite femme. Elle passa sa manche sur le coin de son œil, reniflant.

« Dégage. J’ai pas envie de te voir. »

C’est là qu’elle remarqua les petits-pains au chocolat sous le bras de l’agent du GDP et décida de retourner sa veste. Sa voix rauque cracha l’insulte sans vraiment y mettre de l’intonation ou de la volonté. Pas tout à fait la même Numa vengeresse de leur première rencontre. Ce n’était pas son but premier. Ilana n’était qu’un désagrément oubliable. Elle n’avait qu’à fermer les yeux et cette femme partirait certainement. Tout le monde l’avait fait, passer à côté d’elle sans vouloir la voir. Alors, pourquoi pas cette verte débile ?

Soudain, tu repenses à Zôon. Quand il dit « assis », tu t’assois. Quand il dit « tue », tu tues. Quand il dit « dégage » tu dégages. Veux-tu vraiment te comporter comme lui. Veux-tu vraiment qu’Ilana dégage ? Que cette mouchette au cul coloré –une luciole, c’est ça- dégages ? Bulle se serra un peu plus contre elle-même, voulu reculer alors que l’assassin se mettant à sa hauteur. Le mur la bloqua. Elle pesta. Pas qu’elle n’aurait pu s’échapper. Mais elle pesta quand même. Passer un obstacle ne l’aurait pas fait fuir sa conscience.

« Tu fous quoi ici ? Tu vas attraper froid… »

Putain, c’est qu’elle est tenace. Enfin, il fallait au moins ça pour survivre aux côtés d’une stella dépressive. Bulle accusa un sourire, remis tant bien que mal en place une de ses mèches.

« C’est bien connu que les idiots ne tombent jamais malades. T’inquiète pas. »

Elle faillit échapper un merci, qui ne franchit pas ses lèvres, heureusement. Elle soupira, exténuée. A quoi tu joues Numa, à pactiser avec l’ennemi ? Ilana avait été une des dernières personne à être un minimum gentille avec elle, si on omettait qu’elle avait bousillé son beau pantalon. Et puis elle lui rappelait Mikael. Et puis, au fond, elle ne voulait pas être seule, pas encore.

« Je-Je sais pas… »

Elle manqua de fondre en larmes, se retint. S’était bon. Pas d’effusion de sentiments en vue. Qu’elle crut. A nouveau ses yeux piquèrent de ses larmes qu’elle déversait. Joli Numa. Tu t’améliores dans ta décadence.
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Ilana E. Acciari

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MessageSujet: Re: 'cause i'm not him [Numa]   Dim 8 Jan - 20:02

For all the times
For all the cries
For all the pain I've caused

Krezip. I apologize


«Dégage. J’ai pas envie de te voir. »

Pas un seul mouvement de recul alors que je la toisais, moi encore debout, elle accroupie. Non, juste un frisson rageant à ses paroles, que je ne lui fis pourtant pas ravaler d’un crochet du gauche bien senti.
Hum, oui après tout, à quoi est-ce que j’aurais du m’attendre de sa part hein ?
Un trait de calme, de gentillesse dans ces opalines bleutées qui me rappelaient à chaque fois que je les croisais, ce que j’avais fait.
Ce que j’avais détruit.
Des excuses n’auraient pas allégées son cœur, comme elles ne l’auraient pas non plus fait pour ma conscience sachant pertinemment que j’avais appuyé sur cette gâchette en ayant parfaitement connaissance de la portée de mes actes.
De la portée du désespoir que ce geste allait créer, tout comme le vide qu’il allait laisser dans l’existence de cette étoile déjà perdue. Paroles peut-être pas si futiles mais qui n’auraient rien apporté de plus qu’une dose de mépris supplémentaire. Des excuses aurait été me bafouer moi-même.
J’assumais mes actes tant bien que mal, et ce n’était ni la première ni la dernière fois que j’appuyais sur la détente. Jamais elles ne franchiraient mes lèvres, pas même pour que la jeune femme arrête de me cracher à la gueule comme elle semblait si bien savoir le faire.
Une moue un peu plus provocante prit forme sur mes lèvres.
Alors tu ne sais faire que ça ? Pleurer, te débattre et cracher ton dégout à la gueule de l’humanité?
Paradoxalement, ça me plaisait d’une certaine manière, me reconnaissant dans une once de cette volonté que je voyais danser dans son regard meurtrier à mon égard, même si forcément ses paroles n’étaient pas les plus douces qu’il m’ait été donné d’entendre …Etrange.
Moins de poison quand même. On avançait petit à petit, même si honnêtement, je n’espérais rien … Qu’est-ce que je foutais ici, dans cette rue crasseuse de pluie et de boue à m’accroupir à la hauteur d’un être ennemi ?
Je ne savais pas trop, et dans un soupir intérieur, je me soufflai à moi-même que j’aurais bien le temps de réfléchir à mes actes. Après tout, un peu plus ou un peu moins dans la merde, qu’est-ce que ça changeait ?
Et j’avais comme besoin de compagnie en cette fin de journée pluvieuse. Une stella revancharde et mal élevée comme pas deux ferait l’affaire …
Si bien que je m’étais rapproché, soufflant les restes de fumée de ma clope de manière à ne pas asphyxier mon vis-à-vis récalcitrant.

Ce n’était pas de la pitié, jamais, juste un geste irréfléchi, un peu comme ça, à l’arrache.
Un coup de sang, un coup de tête.
Comme quand j’avais décidé de m’engager, de me prendre un appart à moi toute seule, de dire les quatres vérités à mon supérieur de l’époque au risque de me retrouver criblée de balles de rage. Lui sauver la vie au prix d’une douleur sourde, et lui sourire, sauvage et inconsciente.
Comme quand j’avais saisi les doigts de Carlotta entre les miens, quand mon souffle avait rencontré celui d’une autre bien plus tard, dans une nuit de satin noir. Impulsivité maîtresse, de la même manière que je me ramenais dix pots de glace en faisant les courses, ou que je décidais d’emmerder Marica et Milo avec ma musique.
Pas ou plus de mesures, de limites, de réflexions, d’évaluations. Qui avait raison au final ? Personne ?
Bonne question.

J’aurais pu lui tourner le dos, hausser les épaules et me retourner. J’aurais pu oui. Et ça aurait peut-être été la meilleure solution pour moi, comme pour elle. Le destin s’en frottait déjà les mains. J’aurais peut-être du, mais ça aurait été mal me connaître … laisser quelqu’un derrière n’était pas mon genre, même un ennemi qui avait juré ma mort, sa détermination un peu vacillante.
Une ennemie qui esquissa un sourire derrière son pull, fugace petit signe devant mon insistance.

«C’est bien connu que les idiots ne tombent jamais malades. T’inquiète pas. »

J’haussai un sourcil en souriant un peu plus, un rien moqueuse.

« La plus grande intelligence du monde ne se sauve pas forcément d’un rhume ».

C’était quoi ces conneries grosses comme des maisons ? Ok, j’étais blonde à la base, oui, sous la chevelure verte, mais il ne fallait pas me prendre pour une conne. Non je ne m’inquiétais pas… Enfin, si un peu quand même, même si je ne l’avouerais jamais, surtout quand je voyais les petits frissons qui agitaient sa colonne vertébrale. Trempée de la tête aux pieds à n’en pas douter, quelle quiche cette stella !
Sous le soupir de ladite idiote, j’attendais qu’elle crache le morceau, les sourcils de nouveau un peu froncés devant l’expression un peu paumée de son visage. Alors que j’aurais du lui répéter cette recommandation, de rentrer chez elle, au chaud, de chialer un bon coup, les mots restèrent coincés au travers de ma gorge.
Elle essayait de retenir les larmes qui commençaient déjà, inexorablement à perler au coin de ses yeux. Depuis combien de temps attendait-elle qu’on lui pose cette simple question, plus qu’un « ca va ? » de salutation auquel on attend pourtant aucune réponse ?
Sans en savoir la source, je devinais que l’émotion devenait trop forte pour qu’elle puisse la contenir, se laissant submerger malgré elle.

«Je-Je sais pas… »


L’étoile était forte malgré tout. Je devais lui reconnaître ça, et pour ne pas la gêner, mon regard glissa sur le sol. Goudron sale, ténèbres de son cœur, d’un pan du mien que je chassai d’une pensée.
De la buée filtra entre mes lèvres, foutue humidité, suivie d’un soupir. Ma main gauche se posa doucement sur sa tête, contact un peu bourru mais doux, comme pour ne pas l’effrayer.

« Allez viens. J’suis sure que ça vaut pas le coup de rester à crever de froid sous la pluie. Et puis j’ai des pti’s trucs qui pourraient te plaire. »

J’avais jeté les mots comme il me venait, en agitant le sachet en papier de petits pains chauds cachés dans ma veste.
Qu’est-ce qui m’avait prise ?
Un drôle de pari, face au danger.
Une impulsion comme ça, parce que je me savais aussi, au fond incapable de lui tourner le dos, de dire non à ses larmes, à cette tristesse qui émanait de la respiration difficile de son cœur en charpie pour une raison inconnue.
J’étais une ennemie, une tueuse de pactisants, de stellas, oui. Mais pas aussi salope pour la laisser dehors, pas assez en colère aussi peut-être. Et peut-être aussi parce que le regard empli de perles de pluie qu’elle m’avait lancé m’avait touché.
Je n’ajoutai rien, me relevant pour me reculer d’un pas. A quoi bon lui dire que ce n’était pas « grave » ? Que ça irait ? Ce serait mentir.
Tout pouvait être grave suivant l’échelle des gens. Le déménagement d’une amie, la perte d’un chien, l’énième oubli de ses clés, s’oublier soi-même dans un petit cachet blanc. Et tant d’autres choses perçues comme insignifiantes par d’autres.
Alors autant fermer sa gueule.
Ce que je fis, m’avançant sur le trottoir, relevant la tête vers le ciel de Milan qui pleurait comme jamais.
J’allais le regretter, peut-être. Surement. Et je me maudirais, parce qu’il n’y aurait plus rien d’autre à faire. Tuer sa joueuse aussi peut-être, mais le sang sur le papier c’est juste joli au début.
L’eau dégoulinait sur le cuir de ma veste, rentrait dans mon col, me fila un frisson, une grimace. De nouveau les mains dans les poches, à l’abri de l’humidité et du semblant de froid qui s’était installé, je pivotai de trois quart, m’adressant à la silhouette rousse derrière moi.

« Grouilles, j’ai pas envie d’essorer mes chaussettes ! »

Je ne répéterais pas ma proposition. A prendre ou à laisser, quitte ou double fillette, alors décides-toi…
Imprécation impérieuse, mon ton ne souffrant aucune réplique n’était pourtant pas si agressif alors que je l’enjoignais d’une main à me suivre jusqu’au bout de la rue. S’engouffrer dans l’allée, jeter un rapide coup d’œil à une boîte aux lettres vides avant d’atteindre un étage, monté en silence, et entrer rapidement dans l’appartement.

Mon chez moi. .
Ma chaleur.
Ma Bulle


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Numa [Zôon]

Numa
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MessageSujet: Re: 'cause i'm not him [Numa]   Dim 29 Jan - 21:35

Bulle veut voir les étoiles, sur le point d’explosé.

L’abri de fortune qu’elle eut découvert ne l’aidait en rien pour la protéger de la pluie. Le vent tournait, renvoyant sur son corps frêle les gouttes glacées des intempéries automnales de Milan. Elle se tenait les bras, espérant se réchauffer, avec une chaleur qui n’existait pas. Elle avait ses doigts enfoncés dans son pull, entrant dans sa peau sans qu’elle n’y prête attention. Le froid se moquait d’elle en la frigorifiant plus que nécessaire. Numa n’en avait que faire. C’était à peine si elle ressentait encore n’importe quel stimulus du monde extérieur. Elle était déconnectée, à deux doigts de s’évaporer de cette surface. Elle l’aurait fait. S’il n’y avait pas eu ça. Ce grain vert qui virevolte devant ses yeux, qui se pose en face d’elle et qui lui parle. Qu’est-ce donc que cette chose incongrue qui lui vient en aide ?

« La plus grande intelligence du monde ne se sauve pas forcément d’un rhume. »
« T’as lu ça sur une barre carambar ? »

Ah oui, c’était ça. Ilana. Celle que la stella ne voulait voir. Celle que la stella ne pouvait voir. La seule, au final, qu’elle envisageait encore de voir. Numa avait été si étonnée de la phrase presque intelligente que la verte lui avait sortis que l’étonnement lui avait permis d’attaquer encore. Moins méchamment. Elle se moquait. Toujours. C’était un des rares moyens de communication qu’elle possédait. Il ne faut pas lui en vouloir, étoile paumée dans un ciel inconnu. Elle sourit, passant à nouveau sa main dans ses cheveux de feux, chassant l’eau en trop sur sa tête, avant que le vent n’apporte un nouveau souffle de pluie qui mouille le visage du chat de gouttière. Elle ferma les yeux, évitant de justesse de recevoir un goutte dans l’œil, noyant ses larmes de tristesses parmi ces gouttes se heurtant à son visage.

Sais-tu seulement pourquoi tu es là ? Que tu te retrouves dans un endroit qui ne t’es pas si inconnu que ça ? Tu aurais dû être ailleurs, partout, sauf ici. Pas à deux pas de l’appartement de l’agent. Pas à deux pas de ce meurtrier… Est-ce encore si important ? Ilana n’est plus qu’un soupçon de problèmes sur la montagne de ta vie qui a mal tourné. De ces choix, tous pires les uns que les autres, qui t’enfoncent sous le poids de la colère, des remords, de ta fureur. A présent, Numa se laissait abattre. Parce qu’au final, ça lui ressemblait, que ça lui allait si bien, le désespoir.

Soudain, quelque chose d’incongru se posa sur sa tête. Bulle sursauta, se retint d’éclater. Les seuls contacts dont elle avait l’habitude, c’était les coups. Déjà, elle s’en voulu d’une réaction aussi puérile. Que crains-tu à ce point qui t’effraie plus que nécessaire ? L’humaine aurait pu, la taper. Après tout, n’était-elle pas celle qui avait tiré sur Michaël ? Numa enfonça un peu plus sa tête dans ses bras, chassant la main de la verte de sa tête. Elle aurait voulu accepter un tel geste, mais elle ne le pouvait pas. Il y avait trop de trouble dans son cœur pour lui permettre d’accepter des gestes aussi simples qu’une caresse affectueuse sur le haut de son crâne. C’était à contrecœur, oui, qu’elle se dégagea de cette main. Mais c’était ainsi, c’était Numa.

« Allez viens. J’suis sure que ça vaut pas le coup de rester à crever de froid sous la pluie. Et puis j’ai des pti’s trucs qui pourraient te plaire. »

Elle aurait dû résister au bruit du sachet qui craque sous le mouvement, des pains froids qui tremblent dans leur emballage, la peur d’être dévorés. Ventre sur pattes de sa galaxie, elle haussa quand même les yeux bleus et rouges de leur abri, détaillant furtivement l’emballage. La fourbe, elle essayait d’attirer Numa par cette manière ? Savait-elle seulement que la stella ne ressentait pas la faim ? Qu’elle la mimait pour faire comme tout le monde. Que la gourmandise, à contrario, se mariait très bien avec son caractère de squatteuse. Numa était piégée par un agent du GDP. Fallait l’admettre, elle avait dû savoir-faire dans les techniques pour appâter les stellas, c’te pu-.

Numa offrit un regard noir à Ilana avant de se replonger dans son pull humide, lieu de réflexions intenses. Autant crever ici et tout de suite que d’accepter son invitation plus qu’alléchante. Sauf qu’ici et tout de suite, elle n’en aurait pas été capable. Un rhume n’aurait pas raison d’elle, malheureusement. Faudrait déjà qu’elle réussisse à en attraper un. Le froid, il n’arrivait qu’à la faire trembler et à rendre ses lèvres bleues, qu’elle se mordillait sous la réflexion… As-tu besoin à ce point de te prendre le choux ?

Un soupir, elle renifla, s’adossa contre le mur trempé. Sa main frotta ses yeux irrités, qui la piquaient. T’es chiante Ilana. Tu me fais me prendre la tête pour des sujets qui devraient pas exister. Depuis quand une fille de ta branche invite les ennemis naturels chez eux. Tu gagnes pas de primes si tu tues un stella hors de tes heures de bureau ? T’es qu’une hypocrite ? Tu m’appâtes pour mieux me capturer après ? Toi aussi tu cherches à me blesser, d’une manière ou d’une autre ?

Le fait est que Numa, irrémédiablement, dira oui. Elle est seule. Entre la solitude et rester sauve, elle préfère se blesser et passer son temps avec quelqu’un. Quelqu’un, quelque chose qui ne lui rappellera pas ce qu’elle tente de fuir. Cette emprise d’un Zero qui remonte le long de sa nuque en même temps que ce frisson causé par la pluie. Oui, c’est toujours mieux de souffrir à plusieurs que d’être heureuse et seul, n’est-ce pas, Numa. A quel point réussiras-tu à la blesser, Ilana ?

« Grouilles, j’ai pas envie d’essorer mes chaussettes ! »

Ça lui arracha un sourire et un rire rauque. Au point où elle se mit à tousser, un peu. Pas à cause du froid. A cause de ce qui bouge, quelque part, en elle. Un bonheur qui s’extirpe tant bien que mal du nœud de tristesse qui emprisonne sa gorge, son cœur, sa tête, son corps. Qui l’emprisonne tout court. Numa se redressa, essayant du revers de sa main le restant de larmes qui finirent de couler. Elle voulut ramasser son sac, trempé, lui aussi, mais tomba. Elle cria sur la surprise. Numa n’est jamais assez trempée. En dessous des vêtements, il y a la peau, les os, le chakra, le corps astral… Y aura toujours bien un morceau de Numa à mouiller.

Elle pesta, contre cette merde de sol humide, même pas foutu de la garder droite. Contre son cul aussi, qui lui faisait mal à son tour. La tête et les poings, c’était pas suffisant hein. Fallait leur trouver des copains de douleur. Voilà, comme ça tu auras tes fesses qui te disent merde. Bref. Tant bien que mal, elle se releva, jurant sur ses pieds, sur Milan, et sur cette putain de gravité tant qu’à faire. C’te vilaine qui la force à se jeter vers le bas. Pourquoi pas vers le haut, ça ferait moins mal…

Le sac à dos en place sur son épaule, le derrière douloureux, elle suivit l’agent, plusieurs mètres en arrière. Ses yeux passaient sur les bâtiments, reconnaissant la façade de l’appartement d’Ilana. Elle se revit, sortir, plusieurs semaines en arrière, les muscles bandés par la colère, les yeux noirs, cette envie de mettre un terme à cette histoire. Cette Numa si déterminée, brulant tout, comme un Zero en devenir, semblait bien loin de l’étoile actuellement. Elle n’avait pas de raison pour suivre Ilana. Ce n’était qu’une petite envie pinçant son cœur. Un petit quelque chose qui lui manquait qui l’encourageait à suivre l’humaine. Malgré tout ce qui s’était passé, faisant table rase de la rancune de Bulle. Bulle nouvelle et vide de tous reproches.

Elle suivit Ilana, monta les marches calmement, silencieusement, en laissant des gouttes d’eau sur son passage. Numa regarda ses pieds, remarquant jusqu’à quel point elle pouvait être mouillée. Rha. Ça allait prendre combien de temps à sécher, ce foutoir ? Montrer les escaliers, c’est bon, c’est long, ça permet à Numa de se prendre la tête sur des sujets pas importants.

Et elles arrivèrent en haut, face à cette porte de bois, qu’elle avait déjà franchi une fois. Pas de la même manière. Numa n’avait pas été invitée la première fois. Ce n’était pas une porte ouverte qui l’attendait. C’était différent. Elle s’arrêta, bloquée, intimidée. C’était bon, si elle rentrait ? Ça ne faisait pas partie de ses habitudes. Elle, elle défonçait les portes, traversait les murs, chapardait un truc ou deux, ressortait comme si elle n’existait pas. Elle ne devait laisser aucune trace de sa présence. Rien. Zero. Entrer chez les gens, elle le faisait par effraction. C’était comme respirer pour de faux, manger pour de faux, rire pour de faux. C’était une habitude qui n’était pas vraie.

En réalité, elle était entrée, une fois, chez une personne, en abaissant la poignée, tournant la clinche, tirant la porte. Avec des clés, les mêmes qui pendaient à son cou. A présent, celle-là était fermée, et s’en était une autre qui s’ouvrait. A quel point troubleras-tu cette étoile, humaine ? Et la main d’Ilana se posa sur le dos de Numa, qui à nouveau sursauta. Elle n’aimait pas qu’on la touche, se tut sur ce détail, craignant que la verte ne change subitement d’avis comme la stella le faisait si souvent.

Elle entra.

Bienvenue dans un monde qui n’est pas le tiens.
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Ilana E. Acciari

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MessageSujet: Re: 'cause i'm not him [Numa]   Mar 14 Fév - 10:26

Creuses encore, sous la rancœur
Sous la noirceur



    Il y avait certains jours, comme ça, où le fil de votre vie semblait dévié, dérapé du chemin que vos actes, vos décisions avaient tracés. Comme si le disque se rayait, le tampon sautant sur la platine, et c’était un peu ce qui se passait … Cette silhouette fine, rousse, éclat de chaleur dans un monde qui pourtant débordait de couleur, avait tout chamboulé.
    La logique des choses, le devoir d’un soldat, d’un agent, même si j’avais toujours gardé une éthique propre, une façon de faire qui ne regardait nullement mes supérieurs.
    Certains, au GDP se vidaient complètement dans leur boulot, trouvait en lui de quoi évacuer la pression et le sentiment de vide de leur existence.
    Moi, je n’étais pas qu’une simple exécutante même si j’en avais l’image un peu bafouée par un comportement explosif, non je n’étais pas qu’une tueuse d’étoiles même si les faits étaient contre moi. Oui, je préférais abattre plutôt que de laisser en vie et en cage, bourreau au sens éthique un peu particulier.
    Est-ce que j’essayais de racheter ma vie et le poids des morts à travers ce sourire moqueur et cette main qui lui ébouriffait doucement les cheveux ?
    Non, parce que c’était mes fautes.
    Non, parce que je ne me sauverais pas de cette façon, vision trop naïve d’un pardon qui n’existe pas.

    Non, c’était parce que j’en ressentais l’envie, comme un pôle est irrémédiablement attiré par son contraire, aussi bizarre que celui puisse paraître.
    Putain, Ilana, arrêtes de te prendre le chou sur des questions existentielles à la con !

    « - T’as lu ça sur une barre carambar ? »

    Sa remarque me fit rire, accentuant le léger sourire qui me croquait les lèvres. Eclat de surprise et d’intérêt dans ses prunelles. Ah ! Enfin ! Je ne parlais plus à un mur buté et têtu comme une moule. Ouais, même Milo, j’arrivais à le dérider plus facilement c’est dire ! Bon, peut-être parce que je le connaissais et savais où taper pour avoir une jolie réaction de la part du brun.
    Elle, je tâtais le terrain, oscillant intérieurement entre le fou rire et l’agacement le plus horripilant.

    « - Nan, j’ai plus d’imagination que ceux qui les font ! »

    Je lui adressai un clin d’œil avant de me relever et de lui dire de bouger ses fesses. C’était pas que, mais il commençait franchement à cailler et l’humidité ambiante n’arrangeait pas les choses, bruine agaçante qui avait le don de se faufile là où vous pensiez pourtant vous être camouflé le plus possible.
    J’avais détourné les yeux de ses larmes, attendant qu’elle les sèche d’elle-même, que la stella qu’elle était se relève. Un peu, juste un peu. Le reste, on verrait en temps et en heures, pas de plus vers l’inconnu. Je ne pouvais pas, et n’avais pas la moindre envie de la forcer à venir … C’était à prendre ou à laisser, un souffle une inspiration douloureuse peut-être.

    Une main invisible qu’elle décida de prendre apparemment, d’après le faible bruit de ses pas derrière moi, et le cri de surprise qui me fit me retourner alerte. Une mèche verte en travers du visage, je l’observai se relever une seconde, avant de continuer, plus doucement, la laissant me rattraper sans jamais être tout à fait à ma hauteur.
    Bah, l’étoile faisait bien comme elle avait envie, tout ce que je voyais moi, c’est qu’on allait véritablement finir comme des torchons qu’on aurait plus qu’à essorer jusqu’à ce qu’ils soient rêches.
    Et j’avais passé une assez sale semaine pour avoir envie en plus de faire la danse de la pluie dans la rue.
    Le trajet se fit rapide et en silence, seule une fine buée perçait entre mes lèvres.
    Le claquement de mes bottes résonna dans l’allée, suivi de celui caractéristique des clés que je sortais déjà. Œillade mauvaise au panneau d’affichage nous informant courtoisement que l’ascenseur était HS. Encore !
    Et comme par hasard, je n’habitais pas le premier ou le rez de chaussée, mais à un des étages les plus hauts que l’immeuble pouvaient compter. On dérange moins quand on a pas forcément de voisins du dessus, même si ces temps-ci, j’avais plutôt tendance à déserter mon chez moi, errante un peu perdue.
    Monter les marches réchauffaient mes muscles, l’eau dégoulinant par perles dans mon cou, mais je refusais d’y penser, retint un frisson, habituée.
    Arrivée devant la porte en bois, il ne me fallu pas plus de quelques secondes pour l’ouvrir et m’effacer pour laisser la jeune fille rentrer.
    Immobile. Statique devant ce seuil ouvert, de mon plein gré.

    J’ôtai ma main de son épaule quand j’en sentis le sursaut, légèrement amusé.
    « - Entres, la porte va pas te bouffer … »

    Bien qu’installer un truc du genre aurait pu être pratique, contre les indésirables, prospecteurs, voisins mécontents du bruit, ou gamin ayant oublié ses clés. Imaginez, ça vous boufferait la main en moins de deux ! Ouais, j’aimais pas les accueillir, reniflant la morve qu’il avait laissé couler sous la panique de se retrouver tout seul. C’était pas sympa, je sais, mais je ne pouvais pas m’empêcher de penser qu’il fallait apprendre à se démerder le plus tôt possible. Je ne m’étais jamais plainte de trouver porte close à cause de ma stupidité à me faire faucher mes clés. Je trouvais une parade ou retrouvais mes clés par une manière ou une autre, souvent au bout d’une course poursuite et de poings échangés.

    Dire « bienvenue chez moi » était tentant, et passablement teinté d’ironie la plus mordante, je me retins.
    La rouquine entra, me laissant accéder à mon tour au vestibule, long couloir qui menait directement vers la salle de séjour où trônait mon sacro-saint canap’ et la table basse sur laquelle trainait encore quelques feuilles et des cartouches, un cendrier.
    Prenant appui d’une main sur le mur, j’enlevais mes chaussures puis ma veste, poussant les unes contre une petite commode où trônait un téléphone sans fil tout à fait inutile même si intraçable, tandis que je tendais le bras pour ne pas me faire tremper par l’autre.

    « - Donnes, j’vais pas te laisser ressembler à un rat mouillé trop longtemps… »

    Et un rat mouillé c’est moche.
    Donnes, déposes. Donnes tes fringues, tes larmes, ta rancœur, cette timidité, cette gêne et ton cœur. Ah non, pas ça, j’ai déjà bien assez du mien à porter.

    Les chaussettes trempées commençaient à former une petite flaque que je fusillais du regard silencieusement, flemme de nettoyer, juste l’envie de m’affaler dans le sofa sous une couette. Mais je n’étais pas seule et je n’avais pas l’intention de la laisser poiroter comme une conne dans le couloir.
    Sans me préoccuper de son regard qui devait sans doute scruter cet appart qu’elle avait pourtant déjà vu, ses murs bleu crème, agrémentés de quelques tableaux sur lesquels j’avais craqués, entre peinture acrylique et posters de jeux vidéo grandeur nature, je m’avançais vers le centre de la pièce en faisant signe à la stella d’en faire de même.
    Mes vêtements tombaient comme les pierres du petit Poucet et j’eus vite fait de les fourrer dans une bassine à linge.
    D’un pas rapide, en petite culotte – ouais, c’était pas comme si j’étais à poil hein – je me dirigeais vers ma chambre, fouillai dans un tiroir, pestant contre mon bordel intérieur, en ressorti deux jeans, deux hauts, un pull, et une serviette dont je chopais la jumelle en passant.
    De la générosité ? Peut-être, même si à mon sens, c’était juste de la logique. Je ne l’avais pas asticoté pour qu’elle bouge son cul de ce trottoir pour la voir grelotter au milieu de mon salon.

    « -Tiens, ça sera toujours mieux que rien … »

    J’étais loin d’être sure de la taille, mais mon coup d’œil en général était assez bon, et elle était loin de me dépasser niveau gabarit, donc … Pas de réplique. Si elle n’était pas contente, c’était la même chose.
    Fronçant les sourcils, je lui fourrai le tout entre les mains, pour batailler moi-même avec les jambes un peu humides de mon pantalon avant de me diriger vers la cuisine.

    « Thé, café, chocolat ? »

    Le pourquoi de tout ça … J’en sais toujours rien.


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Numa [Zôon]

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MessageSujet: Re: 'cause i'm not him [Numa]   Jeu 8 Mar - 17:09

T’es qu’une conne et tu le resteras.

C’est comme ça. T’es qu’une incapable qui ne sait pas quoi faire quand elle se retrouve face à une porte ouverte. Parce que, tout d’un coup, tu as peur, n’est-ce pas, Numa ? Parce que, dans le fond, tu n’es pas Zero, alors c’est normal d’avoir peur. Tu penses une seconde à une piège, pour qu’elle se foute de ta gueule une fois la porte refermée dans ton dos. Zôon t’as déjà fait le coup, pourquoi pas elle ? Ilana, elle est comme tous ces connards qui t’ont poursuivie dans le but de te faire la peau. Elle, elle est pire. Elle te l’a faite, ta peau, te la déchirant de ton corps, laissant, saillant, tes muscles, tes os, tes vaisseaux, ton sang, ton cœur. Te laissant frigide et vide, mais te laissant vivante. C’est la pire des saloperies qu’un humain pourrait te faire. Ils sont les pires. Elle est la pire, monstrueuse femme qui a réussi à t’enlever tout ce que tu as de plus précieux, ne te donnait que détresse en retour.

Soudain tu te demandes ce que tu fous ici, ce qui t’empêche de reculer, de prendre la fuite. De descendre les escaliers quatre-à-quatre et de ne plus repointer ton nez. C’est pour ça que t’es qu’une conne. Entre avancer ou reculer, tu ne fais aucun choix. Tu te plantes là, tu bouges plus. Tu meurs. Toi aussi t’es la pire. Vous êtes fait pour vous entendre, entre débiles mentales.

Elle avala, difficilement, alors qu’elle n’en avait pas besoin. Elle avala, ce genre de rancune, de doutes, de peurs. Numa est un oiseau qui s’est cassé les ailes, un enfant qui a perdu sa mère dans une grande surface, une étoile tombée du ciel, qui ne sait plus comment faire pour tenir la gravité. Rester sur place, oui, est une idée alléchante. Ilana pourrait passer à travers elle, sans réussir à lui faire franchir le pas de la porte. Elle fronce les sourcils, ferme les yeux, très fort. Peut-être que ça effacera ses mauvaises idées, ce qu’il s’est passé.

« - Entres, la porte va pas te bouffer … »

Si ce n’est pas la porte que la bouffe, se sera toi. Ilana la détruira à petit feu, paroles après paroles, plus qu’avant, les mots prononcés en une chaleur étrange qui ne devrait pas se répandre sur le cœur de la stella. Il existe une expression pour ça. Du baume. Voilà. Ca mettait du baume sur le cœur blessé de la rousse, la rassurant. Si Ilana était là, Zôon ne pourrait pas l’approcher. Si Ilana était là, Mikael ne l’était plus. La verte était le prédateur naturel de ce qu’elle était, de ce qu’elle aimait, de ce qu’elle haïssait –bien qu’elle faisait un effort sur ce dernier point. Être proche de ses amis, encore plus de ses ennemis, c’est ça ?

Est-ce qu’Ilana l’était vraiment, un ennemi ? Ceux qui s’étaient catégorisés ainsi pour l’étoile n’avaient jamais tentés d’agir de la même manière que l’agent. Alors que c’était son rôle. Alors que c’était son devoir. La curiosité prit soudain Numa, alors qu’elle trouvait enfin le courage de faire le premier pas, d’entrer dans cet appartement qu’elle avait déjà visité. L’odeur de la cigarette lui prit au nez, ne retenant pas un retroussement de nez, geste vain d’oublier le parfum qu’avait pris les murs. Faudrait que tu fumes moins, Ilana. C’était ce genre d’intérêt qui commençait à naitre pour l’italienne, alors que l’étoile tentait de comprendre le fonctionnement de cette femme, sans la saisir, qu’importe tous les stéréotypes qu’elle tentait de lui coller sur le dos. Il n’y avait que folle qui pourrait correspondre, et encore…

Qu’est-ce qui pouvait bien forcer cette mocheté à l’abriter, à se montrer plus gentille qui n’importe qui d’encore vivant. Une idée noire serait tentée de mettre le doigt sur « regret », ce que Numa chassa rapidement. Elle faisait un effort pour ne pas s’attirer les remarques et autres sacrasmes qu’elle avait l’habitude de se parer pour se protéger de ce monde dans lequel elle ne se sentait pas à sa place. Parce que Bulle rêve d’ailleurs et d’un monde meilleur…

Se défaire de ses vêtements trempés est tout un sport. L’eau et son pull lui colle à la peau, elle a dépassé le stade du froid, ses lèvres bleues, les doigts qui tremblaient. Elle se débat, tira sur une manche, le tissu restant plaqué contre elle. Il bougea, difficilement, mais s’enleva. Le froid revint, alors que son top, dans le même état que son prédécesseur, a vite fait de se faire enlever, tombant en boule, au sol, dans un bruit ragoutant, s’épanchant dans une flaque d’eau de pluie.

Numa ne releva pas le commentaire de la flic, hochant la tête, alors qu’elle avait posé son cul sur le sol, s’attaquant aux lacets de ses chaussures, relevant sans peu d’intérêt l’état dans lequel se trouvait ses pieds, trempant dans un jus qui devait être tout sauf agréable à avoir entre les orteils. Ses mains se posèrent sur son talon, tirant comme une forcenée sur la semelle. C’est à peine si Zero a remarqué qu’Ilana était partie, livrant un combat pour la liberté de son pied. La vile chaussure vint en un coup, faisant basculer la stella sous la surprise, se cognant la tête sur le mur contre lequel elle s’était appuyée.

La douleur à l’arrière de son crâne la fit hésitée. Devait-elle vraiment enlevé la deuxième ? Pourquoi ne pas la garder au pied, et éviter de se fracasser la gueule comme elle venait de le faire ? Couillonne la gamine… Bref, après une scène identique, elle se retrouva les petits petons à l’air, toujours encore un peu mouillés, certes. Ses pieds laissaient une trace sur le sol, permettant de la suivre jusqu’au canapé où elle s’était posé, sans demander l’avis de la logeuse. Les vêtements humides s’étaient retrouvés au même endroit que ceux d’Ilana.

C’était intéressant, de l’observer, animal placé dans une cage dont elle ne connait pas l’existence. Ses yeux bleus se posaient sur chaque objet, trop rapidement, les détaillants sans le faire dans les détails, découvrant un univers sous un autre jour. Une serviette lui tomba sur la tête, attrapant de justesse les habits secs qui lui tombèrent dans les mains. Elle entreprit de se sécher les cheveux, toujours en sous-vêtement sur le divan, par des gestes vifs qui ne manquèrent pas de mettre ses cheveux en bataille… enfin, plus que ce qu’ils n’étaient déjà.

« Thé, café, chocolat ? »

C’était le genre de question à ne pas poser. Si ses yeux s’emplirent soudainement d’étoiles, faisant fi du rouge les cernant encore, elle sortit la tête de son essuie, se tournant vers Ilana. C’était une gamine paumée, presque mignonne sur le coup. Presque, dommage. Elle n’envisagea pas les autres boissons, le gout du chocolat chaud lui vint à la bouche, se rappelant de l’odeur du breuvage.

« Chocolat ! »

Elle l’avait dit vite, et fort. Assez fort pour chasser en surface cette peine qui lui gonflait la gorge, qui lui piquait encore les yeux à certaines pensées. Ce n’était qu’en apparences, oui. Mais c’était déjà ça. Aujourd’hui, elle ne pourrait pas faire mieux, ressentant encore l’emprise du serpent dans son dos, vivant le venin de son pactisant avec toujours autant de sensibilité, malgré ce qu’elle se plaisait à croire. Elle fuyait l’hôpital pour tomber dans une nouvelle cage, celle-ci, alors qu’elle se forçait de ne pas voir l’appartement de la verte de cette manière.

Mikaël lui avait appris à ne pas tout voir du mauvais côté, à être gentille –ou presque- avec les gens qui l’aidaient, bien qu’ils soient rares. Numa enfuit sa tête dans la serviette, effaçant l’image de ce beau blond qui hantait ses cauchemars. Lui, il se serait amusé d’une telle situation. Elle, elle faisait tout pour oublier cette partie de sa vie, alors que l’idée même de ce qu’elle était en train de faire lui révulsait l’estomac.

Franchement, pourquoi tu l’as suivie ? Elle ne savait pas. Elle n’avait pas envie de chercher pour le moment. Puis, elle allait avoir du chocolat, ça valait bien la peine qu’elle ferme sa gueule une minute ou deux. La boisson lui arriva entre les mains, qu’elle posa sur la table basse, enfilant du mieux qu’elle put le jean trop grand pour elle, sans émettre le moindre mot dessus. Jouer la chieuse n’aurait pas été à son avantage, comme quoi, elle savait quand fermé sa gueule… parfois –pas prendre trop d’espoir non plus, Numa a un sale caractère, et elle le gardera.

« Ah. Euh… merci. »

Le mot lui aurait presque écorché la gorge, l’esprit encore hagard à propos de la manière dont elle devait se comporter envers Ilana. Elle était dans une sorte de léthargie à certains moments, la scène lui semblant lointaine, se sentant à côté de la plaque, évasive, l’amertume encore présente en bouche, malgré la première gorgée de chocolat chaud.
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Ilana E. Acciari

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MessageSujet: Re: 'cause i'm not him [Numa]   Dim 18 Mar - 13:15

Les cicatrices de ton regard me hantent
Me rendent défaillante.
T’sais que t’es chiante ?


    Le bruit sourd contre le mur avait attiré mon attention un instant, sens en éveil, mais ça devait être la stella… Tant qu’elle ne tentait pas encore une fois de me foutre six pieds sous terre trop tôt, c’était pas trop grave. J’étais sympa oui, même si je ne savais pas moi-même si on pouvait cataloguer mon propre comportement pour de la réelle sympathie… Mais une chose était sure : si la rousse recommençait son manège stupide de la dernière fois à m’attaquer, à vouloir me buter, sa balle entre les deux yeux, elle l’aurait.
    Mais ça semblait être passé sur un plan secondaire à défaut d’être oublier.
    On n’oublie pas ces choses là …

    Ce soir, un drôle de statut quo s’installait. Pour combien de temps ? Même moi je l’ignorais… J’avais l’expérience de ne pas vouloir trop prévoir à l’avance – de toute façon, ça tombe toujours à l’eau- et de m’adapter en cas de besoin, je ferais pareil avec elle.
    L’étoile voyait une différence de taille là où la nature des choses et des êtres n’était qu’un mot brouillonné dans un rapport pour moi. Pas de quoi en faire un plat, même si ça consistait la raison essentielle de mon boulot. Contradictoire oui, mais c’était ainsi et puis j’emmerdais tout ceux qui se targuaient d’avoir une vie bien commode et logique, emmerdante au possible, j’en étais sure !
    Tandis que je me posais encore quelques questions intérieures quand à savoir comment me comporter avec elle, j’enfilais avec autant de mal qu’elle avait eu à se défaire de ses fringues, un nouveau jean et un débardeur un peu délavé, déchiré sur le bas – foutu poignée de porte quand on sort en trombe de la salle d’eau pour courir répondre au tel – et me dirigeais pour préparer ce qu’elle voulait.
    Je jetais un vague regard sur le tas de fringues à étendre. Flemme.
    Pour moi, un café, histoire d’avoir encore les idées claires jusqu’à pas d’heures.
    J’avais souri en voyant sa tronche à l’évocation du chocolat, comme une gamine devant une montagne de ses bonbons préférés. Comme quoi, malgré tout, la nature reprend facilement ses droits, la gourmandise aussi.
    J’pourrais t’avoir comme ça, tu sais, gamine ?

    Mais c’était pas mon but, pas ce soir. En lui tendant sa tasse, j’m’étais avachie sur un fauteuil après en avoir enlever l’écharpe qui y trainait alors que la stella s’était approprié le canapé – surtout, ’fais comme chez toi hein …. –
    Elle manquait d’un tas de choses, cette fille, et de la notion de respect aussi par-dessus le marché ! J’avais légèrement froncé les sourcils mais n’avait rien dit. C’était pas le moment de la faire fuir alors que je lui avais proposé d’entrer et que la jeune fille continuait à scruter mon intérieur. Comme un chien pris au piège, la crainte en moins, peu à peu.

    Le silence s’installa quelques secondes, avant que sa bouche ne formule des mots malhabiles, tiens donc ! t’sais faire ça aussi ?


    « Ah. Euh… merci. »

    D’abord un peu étonnée, j’avais hoché la tête, naturellement. Je m’étais relevé rapidement, oubli des pains au chocolat sur le buffet de la cuisine, pour les déposer entre nous, sur la table basse du salon.
    Le café me brulait la langue, mais j’adorais ça, cette fragrance forte qui vous fouettait les sens, tout en vous couvrant d’une chaleur mordorée. Je renversais un peu la tête en arrière, sur le dossier, la fatigue de la journée me parcourant encore le long des muscles. Ils mettaient les bouchées doubles en ce moment, entre pression morale et entrainement soutenu. Malgrés une habitude et un passé plus dur, j’supportais moins le premier que le deuxième…
    Glissant la tête dans sa direction, je l’observais un moment, avant de demander de but en blanc. Oui, la délicatesse, ça n’allait pas forcément de paire avec moi.

    « - Alors ? qu’est-ce que tu foutais à te geler les fesses dehors ? Ton gus est pas foutu de te mettre au sec ? »

    Une honte.
    Autant savoir. Je n’aimais pas les situations floues, tout en faux-semblant, malgré une sacrée habitude de me foutre dedans, le nez la première. Mais c’est justement pour ça que j’étais peut-être un peu trop bourrue avec elle, j’en avais déjà suffisamment à gérer avec ma vie, pour avoir envie de me foutre des emmerdes sur le dos en plus.
    Et puis, je me voyais pas lui parler de ma journée ou du temps de merde hors des vitres, ni rester dans un silence pesant malgré un besoin de calme assez impératif.
    J’enfournai un morceau de pain au chocolat, savourant la tiédeur qui restait à l’intérieur de la viennoiserie, l’incitant à se servir elle aussi. Petit délice, rituel de fin de semaine : pouvoir se faire éclater le bide une fois rentrée à la maison, même si celle-ci était vide de toute présence, à mon silencieux regret.

    Chopant une clope et un briquet bariolé qui trainait sur la table, je m’allumais une clope, plus pour m’occuper les doigts qu’autre chose. A force de bosser avec les gens du GDP, ou à bosser tout court d’ailleurs, j’en étais venue à être mal à l’aise à recevoir du monde chez moi. Comme si j’avais oublié comment être une personne sociale, comment faire la conversation.
    Un rire intérieur m’étira les lèvres. Ça s’arrange pas ma vieille.
    Certains soirs, tout ce qui comptait était de se remplir le ventre, de réussir à se dessaper avant de s’effondrer sur le sofa. Au mieux, je me focalisais sur la peau sucrée de Carlotta, fantôme de chair et de sang de mon existence, pute de mon envie égoïste, experte marionnettiste.


    « - Au fait, c’est quoi ton nom ? »

    Question d’une logique imparable.
    Oui oui, je m’étais déjà posée la question, quand même, l’oubliant les quelques minutes suivantes pour me focaliser sur autre chose, mais là que je la tenais en face de moi c’était l’occasion rêvée de savoir.
    Erica. Un deuxième prénom qui me collait à la peau, comme une ombre envahissante, grignotant le premier, choix d’un Livio à qui cela semblait correspondre mieux, souffle de douceur chez une autre. Des lettres qui avaient une signification et une importance particulière.
    Un nom, c’était la trace orale, écrite, d’une existence, même pour une étoile. Quoi qu’elle en pense, ou quelque soit la valeur qu’elle donnait à la sienne.

    Oh, j’aurais pu ne pas lui demander et lui en donner des tas d’office : la rouquine, poil de carotte, chieuse, gamine, espèce de moustique, l’étoile, Stella.
    Trop facile, et si la poussière d’étoile n’en avait aucune notion, moi je connaissais celle du respect. J’pouvais au moins lui offrir ça, un intérêt moindre, devenant un peu plus important alors que mes prunelles s’encraient dans les siennes.

    Ce n’était pas tout à fait recommencer à zéro, démarche impossible, pour elle comme pour moi. Simplement un moyen de se mettre sur un pied d’égalité : là où elle semblait en savoir beaucoup trop sur moi, je ne savais rien d’elle… Si j’allais utiliser ce que je savais contre elle ? à priori non. Je n’avais pas besoin de ça pour devenir une balle d’acier.

    Saisiras-tu l’invitation, étoile aux yeux d’eau ?

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Numa [Zôon]

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MessageSujet: Re: 'cause i'm not him [Numa]   Mer 21 Mar - 13:50

Ton nom est la seule violence qui parcourt mes veines.

Comme un objet décoratif qui tachait avec le reste de la pièce, une épice en trop dans un plat, une feuille de salade sur les dents, une fausse note dans une mélodie, un nuage dans un ciel bleu, une étoile sur Terre. La sensation de ne pas être à sa place est tenace, et s’installe dans le creux de l’estomac de la Stella, tordant l’organe sous un stress léger, qu’elle s’efforce de reléguer au troisième plan. Numa tente de se raisonner. De quoi a-t-elle peur ? De ne pas s’adapter au goût de la déco ? Elle a l’habitude de détruire l’harmonie dans la pièce où elle se trouve. De se faire blesser ? Peut-être, oui, c’est ça. Son cœur écorché craint de l’être encore plus, plus profondément, plus saignant, plus malheureux. Pourtant, l’étoile fait un effort. Furieusement, elle se repasse en tête les dernières heures de sa journée. Et, étrangement, les premières heures de cette vie lui reviennent en mémoire. La douleur, tu en as touché le fond. Tu ne crains plus aucun maux de l’âme, tu les as tous gouter. Elle ne pourra rien faire. Elle t’a déjà fait vivre le pire.

L’idée tourne en boucle dans sa tête, une tasse de chocolat chaud, fumant, arrivant dans ses mains. L’idée lui déplait. Numa fronça les sourcils. De quoi as-tu peur ? Qu’elle te tue ? N’est-ce pas ton souhait, le tien, celui d’une petite Stella venue pour exaucer celui d’un enfoiré de première ? Parce que, toi aussi, même si ils ne cessent de te dire le contraire, tu as droit à un peu de bonheur, tu le sais ? Mais voilà. Bulle a peur de souffrir. De trop trembler devant des mots et des maux d’une Ilana. De trop trembler. D’éclater. Bulle est fragile et ne rêve que de s’envoler.

Bulle est clouée au sol.

Alors Zero avale et oublie toute cette crainte, en même temps qu’elle boit sa première gorgée de ce doux liquide qu’elle apprécie tant. C’est vrai, la verte ne manque pas de la faire penser à Zôon. Au fond d’elle, la rousse sait que l’agent n’est pas comme lui. Parce que son pactisant est toujours vivant, qu’il est sur un lit d’hôpital, et qu’il n’en ressortira plus jamais… vivant. Mais voilà, il y a le revers de la médaille. En tuant Mikaël, elle s’est approprié tout ce qui faisait du stella un être unique. Indéniablement, dans de fins traits de caractère, Zero ne peut s’empêcher de revoir son amant dans le comportement de la tueuse. Ce ne manque pas de meurtrir son cœur, tout en le réchauffant. Est-ce que ça le réchauffe de trop ? Qui sait…

Tout tourne dans la tête de l’étoile, qui se perd.

Numa a la sensation d’être à côté de son corps, de la plaque. De rater un tournant important de sa vie. De ne pas le vivre assez fort, alors qu’en réalité, elle le vit trop fort. Mais voilà, déjà les inquiétudes sont avalées par son nom premier, Zero. Il ne lui resta plus qu’une douce léthargie empoignant son cerveau, arrachant toutes ses angoisses pour les relayer à plus tard. Maintenant n’est pas le moment de pleurer sur son sort, elle l’a assez fait sous la pluie. A l’intérieur, il n’y a plus de pluie pour cacher ses larmes. Fais semblant d’être forte, juste pour quelques heures. Oublies…

Déjà, la boisson la remit de bonne humeur, ou d’un semblant de bonne humeur. Numa se calla un peu plus dans le canapé, prenant toute la place qu’elle voulait, sans se soucier du confort de son hôte. Après tout, il y a assez de fauteuil pour qu’elle pose son cul ailleurs. Pas besoin de faire de la courtoisie avec Ilana. De toute façon, Bulle doutait que l’agent du GDP connaisse le sens de ce mot. Elle rapprocha ses jambes de son corps, reprenant cette même position, inconsciemment, dans laquelle la verte l’avait retrouvée sous le porche d’une maison, au coin d’une rue. Elle se sentait mieux comme ça, la gamine. Ca la rassurait.

« - Alors ? Qu’est-ce que tu foutais à te geler les fesses dehors ? Ton gus est pas foutu de te mettre au sec ? »

Le silence ne gênait pas l’étoile. Elle avait appris à l’apprécier. Ses yeux bleus avaient courus les murs de l’appartement, s’attardant sur certains détails, sur le bordel ambiant, sur des morceaux de clopes égarées. Aussitôt que l’humaine s’était mise à parler, ses iris avaient traversé la pièce, se posant sur le corps, fait de chair et de sang, qui se trouvait devant elle. Numa se mordit la lèvre distraitement, songeant à ce qu’elle allait lui raconter. Mais avec Numa, souvent, les mots vont plus vites que les pensées. Elle but une nouvelle gorgée de son chocolat, se réchauffant de l’intérieur. La serviette qu’elle avait empruntée était posée sur sa nuque, ses cheveux perlant encore de l’eau lors de son mouvement de tête trop brusque. Ses jambes se décolèrent de sa poitrine, s’étirant.

« Mon gus ? »

L’expression la fit sourire, petit étoile ne pouvant s’empêcher d’éclater de rire. C’est ça, son gus. Un incapable. Zôon, du néant.

« Mon gus, comme tu dis, serais plus du genre à me taper sous la pluie. Un stella comme moi, ça prend de la place. »

Elle eut un nouveau rire, qui parut plus forcer que le précédent. Certaines mères n’avaient pas la fibre maternelle. Zôon, lui, n’avait pas la fibre pactisante. Ce n’était plus qu’un déchet qui dépendant des autres, tout ce que l’humain pouvait détester, tout ce qu’il méritait. C’était de la discussion pour faire de la discussion, mais ça ne dérangeait pas Numa plus que ça. Elle avait l’impression qu’Ilana l’écouterait vraiment. Et ce serait bien la première à l’écouter. Sur le coup, l’étoile se foutait pas mal que la verte se serve de ce qu’elle dirait maintenant pour la blesser, plus tard. L’idée lui sembla même stupide. L’angoisse avait été lâchée, ne restait plus que le sentiment de n’être attaché qu’un nécessaire, qu’à l’instant présent.

« C’est qu’un con, comme il y en a beaucoup sur cette planète. » Elle but une nouvelle gorgée. « Pfff. Pourquoi j’ai été attirée par un type pareil ? » La question fut murmurée pour elle-même, la bouche accrochée au bord de sa tasse blanche. Numa sembla s’égarer une seconde, revint sur terre. « Oh ! Tu l’arrêterais pour moi ? »

La malice naquit dans son regard bleu. Si le rouge marquait encore ses yeux, l’élan que cette phrase lui produisit chassa toute tristesse. C’était une blague, bien entendue. Numa en douta à peine. Mais derrière chaque blague se trouve un élan de vérité. Elle se frotta l’œil de revers de sa main, étirant totalement ses jambes. Elle pouvait au moins servir à ça, Ilana, non ? Mettre un péquenaud de plus derrière les barreaux. Ca ne changerait rien pour Zero, enchainée jusqu’au dernier souffle à cet être humain, croix d’encre peinte sur son dos lui rappelant sans cesse ce contrat.

« - Au fait, c’est quoi ton nom ? »

La question mit fin à tout élan de fourberie présent chez l’étoile, étouffant le peu de bonne humeur qu’elle avait ramassé, à gauche, à droite, de son âme déchirée. Bonheur qui vole en éclat, soufflé par une question trop anodine pour être innocente. A ses yeux. Ton nom. Quel est ton nom, Numa ?

« Mon nom ? »

La stella tourna la tête vers la fenêtre, passant de longues secondes à contempler les gouttes qui s’écrasaient contre la barrière vitrée. Elle songea, se perdant dans ses pensées. Tu n’as pas de nom. Tu en portes tellement que tu aimerais oublier celui qui t’as été imposé à la naissance, alors qu’il revient, sans cesse, remontant le long de ta colonne en une sensation glacée. Elle secoua la tête, de l’eau perlant dans son cou, sur son front. Le chocolat avait un refroidit entre ses mains chaudes. Elle sourit faiblement, tristement.

« Je n’ai pas de nom. Tu n’as qu’à m’en donner un. »

Tu n’as qu’à m’en donner un. Bonne idée Numa. Très bonne idée. Laisse ton second pire ennemi te donner un nom. Après tout, la personne que tu haïssais le plus sur ce caillou flottant dans son espace, avait été ton premier maitre, te glorifiant d’un nom qui avait trop de sens pour en avoir un réel. Zero.

Est-ce ce que tu veux, vraiment ?
Ah. Tu ne sais pas…
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Ilana E. Acciari

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MessageSujet: Re: 'cause i'm not him [Numa]   Ven 23 Mar - 18:24

Malgré toi
Malgré moi,
Il y a encore ce « je »
Ce nom qui nous relie.
« Erreur »




    J’ai souvent regardé le ciel, sombre étendue, si profonde qu’il n’existait pas de bout du monde là haut. Petite, je taisais mes pensées, revanchardes, amères en sachant parfaitement que la lune Rouge pourrait me jouer ce tour. J’avais grandi avec cette connaissance, et à la fois cette attirance étrange pour ces êtres de terres et de poussières d’or.
    Julio et l’étrange hermine qui le suivait toujours, aux yeux bien trop alertes pour n’être que ceux de l’animal de compagnie un peu particulier d’un gamin de huit ans. Chiara et cette soudaine demi-sœur, lui ressemblant comme une jumelle du jour au lendemain, qu’elle avoua ne pas être au bout de quelques mois. A ces amis proches uniquement.
    Et Xo’, cet étrange mec aux yeux blancs tachetés d’argent, capable de me percevoir à chacune de mes farces, compagnon de pleurs, immobile et silencieux alors que je criais ma colère. Sans jamais la donner au ciel.
    Oui, j’avais grandi, vécu entourée de stella, de pactisants, entre deux mondes sans jamais en franchir la frontière, cachant mes yeux sur la violence qui en découlait, sur les chuchotis que je percevais pourtant. Cette méfiance qui nous collait finalement tous à la peau, au milieu du vent des Docks.
    On n’arrêtait pas de me le dire, de ne pas les approcher, de ne pas penser à mon père, le barrer de ma vie comme il avait disparu, sans doute plus heureux. Surtout ne pas souhaiter son retour, ou quoi que ce soit, pour ne pas avoir mal. Même si cette douleur n’est pas venue du ciel, mais d’un regard encore plus sombre. Humain.

    Si bien que même maintenant, j’avais du mal à considérer les stellas comme des êtres « anormaux ». Dangereux oui, mais si différents de nous ? J’en doute, encore maintenant. Malgré ce qu’il s’est passé, malgré mon job actuel.

    Je la fixais, déposant mon regard dans le creux de son cou, courbe maigre d’un corps habitué à braver le vent et la pluie, à retenir des frémissements que l’on sent pourtant prêt à éclater sans même l’effleurer. Chevelure rousse qui s’égare un peu n’importe où et des yeux que je ne croisai pas. Une sacrée gamine, qu’elle ai été poussière d’étoile ou humaine. Tics qui reviennent, comme une carapace qui se remet instinctivement en place, comme je gardais toujours une main de libre, au cas où. Au cas où quoi ? J’sais pas, et j’m’en fiche, c’est comme ça… Donc j’vais pas la faire chier avec cette position de chien battue qui m’énerve pourtant.
    Je me concentrais sur la senteur, le goût du café, délice à côté des machines du boulot.
    Ils pourraient nous mettre quelque chose de mieux que de la pisse d’âne quand même, après tout, les agents sont des sortes de « fonctionnaires », un peu particuliers. Mais même !

    Honnêtement, je ne pensais pas qu’elle allait répondre. La rousse avait refusé tout à l’heure, sous la pluie, même si la question avait été formulée différemment. Lui donnant mon attention, passant un de mes pieds sous mes fesses pour le réchauffer, mes lèvres s’étirèrent dans un vague sourire à son rire léger. Oui, j’avais parfois un vocabulaire un peu étrange, cru et pas politiquement correct.

    Je gardai le silence au début, résistant à la tentation d’acquiescer de façon plutôt narquoise, que ouais, elle tenait de la place, et pas qu’un peu, mais ce n’était le sujet de la question, ou presque.

    « C’est qu’un con, comme il y en a beaucoup sur cette planète. Pfff. Pourquoi j’ai été attirée par un type pareil ? Oh ! Tu l’arrêterais pour moi ? »
    Elle était parfois un peu difficile à suivre, comme si elle tenait deux conversations différentes, alors que moi, j’étais attentive à ce qu’elle disait, bordel ! Mais je gardais encore une fois mon commentaire pour moi-même, ouvrit la bouche, pensées qui s’enfuyaient oralement.

    « - Dis-toi que tu aurais pu tomber sur pire, j’sais pas … parce qu’il l’était peut-être pas tant que ça. » Et ce n’était pas des mots en l’air, même si j’étais incapable de mesurer l’ampleur de la violence que cet enfoiré avait usé envers sa stella, juste m’en faire une idée. Mais il aurait pu faire pire, et je l’avais vu, soupirant, les poings serrés devant une situation où rien que le mot humanité n’avait vraiment plus sa place. Il y a toujours pire, petiote … Toujours. J’étais peut-être un as de la gâchette, ça ne m’empêchait pas de me poser des questions sur les raisons des prières à la Dame Rouge.
    Je penchai la tête de côté à sa dernière question, lard ou cochon ? Plaisanterie ou question réelle ? Elle savait pourtant que l’arrêt d’un pactisant par le GDP en général signait aussi celui de son partenaire, tôt ou tard.
    « - S'il est sur ma liste. Crois-moi, vaut mieux pas. Pour toi comme pour lui ».

    Je ne précisais rien d’autre, une grimace amère sur le visage, très sérieuse. Elle ne comprendrait certainement pas. Paroles qu’elle balaierait sans doute d’idioties.
    Pauvre conne, tu ne sais pas ce que tu racontes.
    Deux existences, deux expériences. Différentes.
    L’étoile aurait certainement ce qu’elle voudrait : l’anéantissement de sa propre existence. Mais à quel prix ? Une fois dans les locaux, rares étaient ceux qui se faisaient flinguer la tronche très vite, même si ça aurait été vraiment préférable, moyens de faire souffrir, d'affaiblir l'autre, . Bah non, voyons, ‘fallait bien que Vito et sa clique de blouse blanche s’amusent un peu avant… Peuh.

    La fumée qui s’élevait du rougeoiement entre mes doigts apposa une certaine distance tranquille entre nous, espace de sécurité, que je franchissais pourtant sans gants. Question banale pour l’une, pas franchement pour l’autre, et je captais avec étonnement son hésitation, mais attendit en silence.
    Rare, quand on me savait quasiment la gueule ouverte jour et nuit.
    J’étais simplement crevée. De ma semaine, des gens autour de moi, d’aller les chercher, toujours plus loin, en me perdant. Qu’est-ce que j’étais en train de faire là ? La même chose, même si je ne voulais pas l’admettre. Je lui tendais une perche.

    « Mon nom ? »

    Non, celui du pape, idiote.

    «Je n’ai pas de nom. Tu n’as qu’à m’en donner un. »

    Ce fut à mon tour d’être hésitante. Je m’étais relevée un chouïa de ma position avachie dans le fauteuil, les prunelles brillantes d’étonnements. Ça voulait dire quoi ça ?
    Tout le monde avait un nom, au moins un surnom, même si c’était s’appeler Maurice, Thibert ou Gertrude, Spark, ou encore, Pi, je ne sais quelle connerie.Qu'on maudisse ou non ceux qui nous l'avait donné. Qu'il nous aille ou pas. Pourtant, ce n’était pas de la gêne, ni de la honte d’un nom caché, juste son inexistence.
    Comme le blanc dans une copie bâclée, comme le silence sur un mot qui n’existe pas, les notes vides de sens d’une mélodie qui ne résonne pas.
    Je tirai une autre taffe, marmonnant un « c’est pas possible » presque inaudible.

    « - Moi ? Tu veux que ça soit moi qui t’en donne un ? J’croyais que j’avais pas assez d’imagination … »

    Pique taquine d’une critique précédente, même si ça n’effaçait pas la véracité de ma question.
    Pourquoi moi en particulier ? Qu’étais-je à ses yeux si ce n’était l’ombre d’un assassin. Et pas n’importe lequel. Et je ne voulais pas de cette responsabilité, ce fil qui me relierait encore plus à la stella, peut importe les lettres qui marqueraient son être. Et pis, merde ! j’en avais aucune idée, moi.
    Elle me demandait ça, alors que je peinais à garder les yeux en face des trous. Je me brulais la langue avec une gorgée de café, perturbée.

    « - J’sais pas. Y’en a pas un qui te plait particulièrement ? Un prénom que t’aime bien ? »

    Donnes-moi des indices, des fragments de ton être, étoile aux yeux débordants de lacs, dis-moi. Dis-moi les traces de ton existence.
    J’étais prête à parier un billet qu’elle allait me sortir « certainement pas le tien », acerbe, venimeuse. Bah tiens, vas chier.
    Autant que ça lui plaise, après tout rare était les personnes possédant la possibilité de changer de nom comme ça, d’un claquement de doigts.
    En même temps que je lui posais la question, je commençai déjà à réfléchir à ce qui pourrait lui convenir, parce que de l’appeler par quelque chose, mine de rien, ça serait pas mal, et j’étais mal à l’aise à l’idée qu’elle n’en ait pas. Comme si on niait sa vie par le vide.
    Il était hors de question que je lui propose un nom appartenant à un de mes proches, même lointains.
    Mes yeux se posèrent sur la pile de jeux vidéo qui s’étalait, bancale, à côté de l’écran plat. Je lui jetais un coup d’œil, la détaillant un moment, avant d’y revenir.
    Je cherchais qui elle me rappelait sans pouvoir le dire à voix haute, le nom sur le bout de la langue.
    Éclat de noirceur, de couleur, de sang et d’espoir, trace éparse d’un sourire …. Un murmure à venir. Rayne.


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Numa [Zôon]

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MessageSujet: Re: 'cause i'm not him [Numa]   Mar 27 Mar - 11:15

Accélère, enivre-moi.

Un paradoxe. T’étais comme ça, petite boule d’ennuis et de problèmes qui se baladait dans cet univers, relevant ce qui n’allait pas, détaillant les fautes de chacun, l’absurde même. Et quand il n’y avait rien à te mettre sous la dent, tu les créais, les paradoxes, pointant de ton doigt salis une vérité que tu ne reconnaissais pas. Numa, parce que t’es qu’une chieuse qui aime poser des problèmes aux autres, agir à ta manière, dans un sens inverse, illogique. Parce que tu n’agis pas comme les gens normaux, le font. Tu pleures dans les gens rient. Tu ris quand les gens pleurent. Numa, Bulle de savon qui dans son Zero torve attire tous ce qui ne va pas.

Elle avait fini par allonger ses jambes sur le canapé, le dos callé contre l’accoudoir, un chocolat chaud déposé dans ses mains, alors que sa dite chaleur se dispersait. Dans le corps du stella, gorgée après gorgée. Sur ces secondes, elle avait l’humeur légère. Heureusement pour Ilana. Ce qu’elle s’apprêtait à dire, si l’étoile n’avait pas été de pareilles humeurs, aurait déclenché de mauvais souvenirs chez Bulle. Qui, inévitablement, aurait éclaté. Mais les songes de l’agent ne font que rebondir sur la surface lisse de son nom, marquant d’autres souvenirs enfuit dans la rousse.

« - Dis-toi que tu aurais pu tomber sur pire, j’sais pas … parce qu’il l’était peut-être pas tant que ça. »

Numa et Zero explosèrent de rire. Elle trembla, manquant de renverser toute sa boisson, mais par une surprenante habilité, réussit à garder le chocolat intacte. Elle pencha la tête en avant, sa chevelure retombant en une cascade de feu. Son rire n’était pas ironique, ni sarcastique, ni toutes autre forme en « -ique ». Il était presque sincère, si si, je le promets. L’éclat résonna dans tout l’appartement, jusqu’à ce que l’étoile n’ait plus assez de souffle pour épancher encore son euphorie. Sa cage thoracique se souleva avec douleur, respirant de l’air que Numa n’avait pas vraiment grand besoin d’avaler.

« Whai, t’as raison, il était pas si pire que ça, mon gus. »

Le semblant de joie marquait encore sa voix rauque. De sa main, elle essuya les larmes qui avaient perlés sur le coin de ses yeux. Zôon n’était pas le pire, c’est vrai. Il y avait tellement de sadiques qui se baladaient dans la rue, de nos jours. Au final, Manu n’était qu’un connard parmi tant d’autres. Zero, que tu as été stupide de te plaindre sur ton sort ! Tu aurais dû penser à tous tes semblables qui ont souffert tellement plus que toi ! Quelle fille ingrate tu fais ! Juste, Mea Culpa. Je suis une vilaine fille, doublée d’une conne, qui ne sait faire que mâchonner les moments douloureux de sa vie en passant à côté des bons souvenirs. Dire qu’elle a été assez stupide pour se croire au centre de tous ces maux. Après tout, Zero ne ressens rien, Zero n’existe pas.

Tu as même pu rêver tout ce que Zôon t’as fait subir. Au final, il aura été un pactisant modèle, faisant tout pour le bien de son étoile porte-bonheur. Elle qui s’est fourvoyée depuis tout ce temps. Rien de tout cela n’a existé. Ni ce placard où le sang a tellement taché le mur que les traces ne partent plus. Ni les coups violents qui lui ont cassé le dos, les muscles. Ni ces règles, ces ordres omnipotents. Ni le regard bleu de Zôon se posant sur la carcasse d’une stella à deux doigts de retourner sous sa forme spatiale. Ni les mots poisons, venins qui se sont incrustés dans le sang de l’étoile. Ni cette croix noire qui lui marque le dos.

Après tout, y a-t-il seulement une trace de ce qui s’est passé ? Au final, tout ceci n’était qu’un mauvais cauchemar un peu trop réaliste. Numa, tu es sauvée !

Elle pencha sa tête un peu plus en arrière, le dos roulé sur l’accoudoir du canapé, le restant de pluie coulant de ses cheveux, retombant sur le sol. Zero fronça les sourcils, dans le but de faire partir ses souvenirs encombrants, trop vif dans le corps stellaire sans pouvoir s’en rappeler sans ressentir une douleur légère.

« Ce que j’aime bien, chez vous, les humains, c’est que vous vous forcez à trouver des situations toujours plus horrible. Ainsi, la vôtre n’est « pas grave ». Et vous ravalez vos larmes. »

Et les humains fuient, ce qui fait mal, recouvrant le monde d’une illusion douce. Si quelqu’un souffre plus, il y en aura toujours un autre pour souffrir plus. Les humains sont des sadiques, pour espérer stupidement qu’un individu qu’ils ne connaissent pas vit milles douleurs. Ils sont faibles les humains, c’est pourquoi ils ont besoin d’étoiles, plus faibles qu’eux, pour les faire souffrir à leur place. Tueurs d’espoirs. Tous autant que vous êtes.

« Je peux le rajouter sur ta liste ? Promis, tes supérieurs n’y verront que du feu. »

Ce n’était pas le pire, oui. Mais Numa avait assez de rancune envers Zôon pour vouloir sa peau. Quelle frustration que ne pouvoir le faire tout de suite. Le moment n’est pas encore venu. Connerie ! Pourquoi ne pouvait-elle pas choisir, ELLE, quand le moment serait venu ? Zero retint un début de grimace, se redressant totalement, la question sur le nom posé.

Non, mais en fait, j’ai changé d’avis, plus envie que tu me donnes un nom. Elle croisa les jambes, le chocolat chaud presque fini emprisonné dans sa main. Ca l’amusa, la réaction d’Ilana. Ca faisait partie des petits plaisirs de la stella, observer le comportement de ses interlocuteurs quand elle donnait cette réponse. La verte n’avait pas besoin de se prendre la tête à ce point, Numa n’étant pas bien difficile sur les sobriquets qu’on lui donnait. Un individu étrange lui avait donné le surnom « Chat », donc elle pouvait tout porter… même les pires. Un sourire étira ses lèvres, se colla contre le dossier du canapé cette fois-ci.

« - Moi ? Tu veux que ça soit moi qui t’en donne un ? J’croyais que j’avais pas assez d’imagination … »
« T’as pas d’imagination. Mais c’est pas ça le plus important. »

Pique légère, en réponse à une tentation trop grande pour ouvrir sa gueule. La seule note d’imagination chez Ilana était sa coupe de cheveux –vraiment moche. Numa n’aimait pas cette couleur en plus. On aurait dit un caprice d’adolescente. Franchement, t’as quel âge ?

« - J’sais pas. Y’en a pas un qui te plait particulièrement ? Un prénom que t’aime bien ? »
« Numa. »

Bulle se mordit la langue, dans l’espoir que cela lui ramène le nom qu’elle venait de dire. Il était sorti seul de sa bouche, la brulure de sa réponse la blessant plus que tout ce qui avait été dit jusqu’ici. Elle posa sa tête, se frappa le front. Idiote, idiote. Tu cours après une ombre qui n’est plus. Une ombre dont le reflet c’est accroché sur l’éclat vert qui se trouve en face de toi, alors que tu sais pertinemment que ça ne te le rendra pas. Mikaël est perdu, pour de bon. Tu devrais l’acceptr.

Elle se mordit encore les lèvres. Trop tard.
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Ilana E. Acciari

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MessageSujet: Re: 'cause i'm not him [Numa]   Dim 8 Avr - 14:52

Illusion

    Son rire était faux.
    Tout l’était chez elle, cette manière de paraître décontractée alors que les mots que j’avais prononcés avaient crispé son esprit, son corps, son cœur. Arrêtes de mentir gamine. De te mentir, de me mentir au travers de ces notes qui se veulent légères, qui s’égrènent dans le vide d’une vie que tu te contentes de juger de ton regard d’eau.

    La même faute pouvait me retomber sur le coin de la gueule, puisque je rabaissais involontairement sa souffrance, pour la replacer dans un ensemble plus grand. Je ne la raturais pas, ne l’effaçait pas de mon esprit, simplement je ne voulais pas uniquement la plaindre. Voir plus loin.
    C’était plus fort que moi, je détestais les gens qui se plaignaient, trop exigeante peut-être mais avec une expérience telle que la mienne, relativiser était comme une seconde peau. Un mécanisme dont je ne rendais même plus compte des origines, innées ou apprises à la force des choses.

    « Ce que j’aime bien, chez vous, les humains, c’est que vous vous forcez à trouver des situations toujours plus horrible. Ainsi, la vôtre n’est « pas grave ». Et vous ravalez vos larmes. »

    Mes sourcils se froncèrent en une expression dure.
    Je ne l’avais pas invitée pour qu’elle me fasse la morale sur la cruauté humaine. Son baratin à deux balles d’étoile qui a à peine découvert le monde, elle pouvait se le remballer, et vite fait. Son ironie mordante avec.

    « - Que sais-tu de nous pour juger aussi facilement ? Un individu n’est pas représentatif de tout le monde, et oui, la cruauté humaine n’a pas de fin. C’est une réalité. Et ça nous permet d’avancer aussi, parce que sinon on resterait le nez dans notre merde, sans jamais voir celles des autres.
    Comme toi.
    »

    Les derniers mots avaient sonné fort dans l’appartement, coup de feu vocal, ma voix devenue rauque d’émotion et acérée à voir cette gamine imbue d’elle-même, centrée sur elle-même comme une mioche. Qu’elle soit à la rue, en cavale ou même en sursis ne lui donnait pas tout les droits, après tout si elle avait voulu descendre sur cette Terre qu’elle abhorrait, ‘fallait qu’elle s’y fasse et qu’elle arrête de se morfondre.
    Oui, j’étais plus que dure. Surtout que je ne connaissais pas tout de sa situation, mais je ne pouvais m’empêcher de me sentir révoltée, ne voulant pas être l’épaule sur laquelle la stella pourrait chouiner tout son saoul, maudissant son pactisant. Oh, pas moi, surtout pas moi.

    Les images qui défilaient dans ma tête étaient noyées d’horreur, et de bruits de bombes, souvenirs dont je ne pourrais jamais me défaire, hantise secrète cachée sous un sourire et une énergie constante. J’avais un peu l’habitude de vivre cette situation, expériences différentes, parfois trop, s’affrontant dans une incompréhension silencieuse. Où chacun pense être dans son bon droit. Forcément.
    Les jointures de mes mains avaient blanchi un instant, avant que je pose ma tasse vide, près du rebord de la table.

    «Je peux le rajouter sur ta liste ? Promis, tes supérieurs n’y verront que du feu. »

    « - Non. J’voudrais bien t’y voir, à te faufiler dans leurs bureaux …». Un vague rire marqua ma voix . «- T’en fais pas, ça viendra. »
    Tôt ou tard
    Plus vite que tu le penses, petite étoile.

    Elle se ferait pincer immédiatement, détection de présence non autorisée par tout un tas de contrôle. Et puis, je n’avais refusé de la buter, et fait monter pour qu’elle meure dans une stupide tentative, qui arriverait de toute façon un jour ou l’autre, inéluctablement. Quand ? Aah, ça, je ne pouvais pas le dire… Presque volontairement, je refusais de m’intéresser à la manière dont les pactes finissaient, mais comprenant bien qu’entre la théorie et la pratique, si on y ajoutait en prime la nature de la relation qui se tissait, y’avait une grosse différence. Un gros merdier en somme.
    Je me triturais toujours les méninges quand la rousse me répondit que ça n’avait pas d’importance, et qu’en plus je n’avais d’imagination. Je tiquais un peu, sans pour autant m’énerver, un sourcil un peu arqué. Je n’étais certainement pas reliée à un puits d’inspiration inépuisable, mais merde, c’était un poil vexant.
    Bah, pourquoi tu demandes alors, tête de linotte ?

    « Numa. »

    Je restais silencieuse, un drôle de goût sur le fonds de la langue à entendre ses sonorités, comme si cela me disait quelque chose sans que je puisse mettre la main dessus et y apposer des mots. Mes prunelles captèrent son expression, ses larmes discrètes, sans commentaires. Ni compassion réelle, ni agacement. Une gêne, certaine.
    Je savais ce que c’était de contenir et de craquer, pas forcément au bon moment…
    Pas « Numa », c’était clair, et ce nom résonnait comme un écho étrange, teintée d’une mélancolie et d’une tristesse sombre et il me semblait comprendre pourquoi. Tout simplement l’écho d’une ombre disparue.
    Détournant les yeux un instant, je ne laissai pas le silence s’éterniser dans une ambiance étouffante.

    « - Hm… Rayne ? Ça t’irait ? C’est une héroïne de jeux vidéo, une rouquine, comme toi, aussi folle. »
    Je souriais un peu, appuyant ma proposition, libre à elle d’accepter ou non. Je lui avais donné ce qu’elle voulait, après tout, et personnellement j’aimais les consonances de ce prénom étranger.
    Le nom du jeu ne m’avait sauté aux yeux tout de suite dans la pile, mais au final, je trouvais que ça lui allait plutôt bien. Univers sombre, presque sanglant, et prise en main difficile pour un caractère qui l’était tout autant. A croire que plus j’y réfléchissais, plus je lui trouvais des points communs, jusqu’à une silhouette agréable.
    Bordel Ilana ! t’penses à quoi là ?

    Chassant cette pensée idiote et sans fondement, je me levai d’un coup de rein du siège, pour ramasser les tasses et me diriger vers la cuisine. Je me retournai calmement.

    « - Bon, j’suis une putain d’humaine, mais j’suis pas ingrate. Je t’invite à manger ce soir ‘Rayne’ ? Une préférence ou je te fais découvrir ? »

    Un rire m’échappa. Pas de crainte que je l’empoisonne, je me débrouillais un minimum, ayant appris en secondant ma mère – valait mieux vu les talents culinaires de mon frère ainé…

    Allez viens casser la croûte avec moi, j’suis sure que t’as la dalle en plus !
    Et peut-être à rester, mais cela dépendra de toi Etoile, de moi, de nous.
    Et de ce qui nous attends, mais ce soir, je suis crevée, je suis magnanime… alors il se pourrait que je te laisse plus de place que tu n’en aurais droit…

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Numa [Zôon]

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MessageSujet: Re: 'cause i'm not him [Numa]   Dim 22 Avr - 18:26

Le sentiment d’appartenir à un ailleurs. Différent, & surtout meilleur.

C’était une sorte de pendule. TOC. Un coup à droite. TOC. Un coup à gauche. TOC. Mikaël. TOC. Manu. Aller-Retour incessant entre une sensation dérangeante et une agréable – celle d’être à sa place. Mais les émotions ne persistent pas, pas toujours. Surtout pas avec toi, Numa. Tu es comme la Lune, instable dans le ciel. Et son humeur change, trapéziste qui menace de tomber de son fil de raison, pour s’écraser sur l’asphalte de l’incohérence. Il ne lui reste plus rien de sain, dans cette étoile. Sa rationalité, elle l’a oublié dans sa précédente vie, oubliant de l’embarquer pour celle-ci. Elle est instinctive, sauvage, cette étoile. Parfois, elle sait fermer sa gueule, parfois pas. Plus rien ne la limite, elle veut le montrer. Plus rien ne la limite, sauf elle-même. Petit étoile indécente, crachant sur tout ce qui passe, tu le sais, tu t’en caches. Lâche.

Numa respira, ses mains enserrant cette tasse blanche, la chaleur du liquide se rependant sur les paumes de l’étoile, débusquant le froid qui s’était incrusté dans son corps. Ses tremblements discrets s’étaient arrêtés, les cheveux humides lui collant toujours sur le front, dans sa nuque. L’odeur du chocolat chaud lui chatouilla le nez, identifiant à nouveau le liquide, un certain bonheur non dissimilé. Ca devait être pour ce genre de petits plaisirs que Numa ne pouvait s’empêcher de revenir sur Terre. Les humains étaient de vraies plaies, ils créaient de la nourriture trop bonne pour être ignorés, qu’importe le coin de la galaxie dans lequel on se trouvait.

La rousse releva la tête, l’ambiance tendue par ces paroles qu’elle eut prononcé. Elle osa un sourire arrogant sur son visage en observant l’expression d’Ilana. Aurait-elle vu juste, cette étoile imbue d’elle-même ? Toc. Attention. Le voilà.

« - Que sais-tu de nous pour juger aussi facilement ?… Comme toi.»

Toc. Manu. Mouvement du métronome qui lui revint en pleine gueule. Son visage devint neutre, Bulle aurait voulu que la remarque rebondisse sur la surface de savon. Ce ne fonctionna pas de cette manière. La pique perça les couches de glycérine, pénétrait dans la chair d’air, de gaz. De cette étoile, qui au loin, tremble, qui, ici, ne cilla pas. Si Ilana arrivait à te faire penser à Manu, alors tu seras comme Zero. Stella sans cœur, sans âme. Boule de gaz régnant dans l’espace de glace. Zero serra les dents, cependant, ne détournant pas le regard de celui de la verte. De ce putain de verre qui lui petait les yeux.

Zero se ferma, pour ne plus rien ressentir que cette boule d’angoisse la prenant à la gorge. Elle se crispa les épaules légèrement resserrés. Elle ne rapprocha pas les jambes comme elle l’avait fait auparavant, mais les croisa. Et tu fermas ta gueule Zero, parce que tu sais qu’ouvrir ta saloperie de bouche ne fera qu’envenimer la situation. Tu voudrais te battre, te défendre. Lui claquer sa tronche contre cette table basse qui ne demande qu’à être brisée. Deux choses t’en empêchent : tu n’as pas reçu l’autorisation de Zôon &, surtout, tu n’as pas envie qu’elle te rejette. Elle, cette pute verte.

« - T’en fais pas, ça viendra. » Tot ou Tard ? Hurry, il est presque trop tard.

Toc. L’impression est toujours là, s’imprimant sur sa peau, en des coups de fouet, et de batte qui se ravivent dans l’obscurité de son dos. Zero eut un sourire provocateur sur le visage, un sourire qui ne lui ressemblait pas. Elle repassa une mèche de cheveux derrière son oreille, détaillant avec beaucoup d’intérêt ce qu’il lui restait de boisson, fond chocolaté tournoyant dans sa tasse. A nouveau, l’étoile ne répondit pas à la phrase, préférant laisser l’occasion de se crêper le chignon avec l’humaine. Elle, de toute façon, Zero, ne demandait que ça. Que ce moment où le GDP se pointait dans cette chambre oubliée de tous, pour s’emparer de ce pactisant déchu. Ou non. Au final, il n’y avait pas que ce désir un peu fou. Il y avait tant de choses que Zero voulait faire, tant que chaines dont elle voulait s’extraire. Mais une étoile, à défaut de ne répondre qu’à un seul souhait à chaque fois, elle, ne trouvait personne pour accorder le sien.

« - Hm… Rayne ? Ça t’irait ? C’est une héroïne de jeux vidéo, une rouquine, comme toi, aussi folle. »

Toc. L’étoile haussa un sourcil interrogé, relevant la tête vers la verte. Toc. Mikaël. Ca recommence, indéfiniment. Putain, tu peux pas lui remonter les bretelles et être aussi gentille juste après. Numa est la seule à pouvoir jouer les demi-mesures. Pas toi. Elle aurait dû se mettre à genoux, à tes pieds, suppliante, montrant sa nuque dans l’attente de ton glaive de Damoclès pour lui trancher la tête. Pour que tout s’arrête. Que toi, en particulier, cesse de se jouer d’elle, de cette attention que monte tout doucement. Zero en vient à oublier son nom. Numa, parvient à s’oublier de cette image qui ne cessait de courir dans ces cauchemars. Devenir Rayne ? Elle ne connaissait pas les jeux vidéos, mais la description lui plaisait. Devenir Rayne ? Pourquoi pas.

Ainsi, Rayne sourit un peu à son tour, secouant la tête. Putain, t’as vraiment pas le droit de lui faire penser à un mort aussi facilement. Et l’étoile, nouvellement nommée, finit par rire, déposant sa tasse sur la table, sa tête partant en avant, ses cheveux toujours humides tombant eux-aussi, suivant le mouvement.

« Je savais pas que t’avais un côté geek bien développé. Soit. Ca marche. »

Elle n’était pas du genre à rechigner sur le nom qu’on lui donnait. Autant l’accueillir avec le sourire. Le reste de l’emprise de Zôon sur son dos se dissipa. Rayne s’étira, attrapant ses cheveux roux d’une main, les nouant à l’aide d’un élastique accroché à son poignet. Elle suivit Ilana du regard, se tournant sur le canapé.

« - Bon, j’suis une putain d’humaine, mais j’suis pas ingrate. Je t’invite à manger ce soir ‘Rayne’ ? Une préférence ou je te fais découvrir ? »

Elle posa ses coudes sur le dossier de son siège, ses yeux bleus glissant sur la cuisine. La faim n’était qu’une mimique pour ressembler plus aux humains. Et elle n’avait pas touché aux petits pains qui n’avaient cessé de lui faire de l’œil –malheureusement trop sur ses gardes pour oser en prendre un. Rayne fit la moue plusieurs secondes, envisageant la possibilité de s’incruster un peu plus longtemps dans l’appartement à l’odeur de clope. Le son de la pluie lui indiquait que le temps ne s’était pas amélioré. Puis elle n’était toujours pas sèche, la gamine…

« On va dire que je suis suicidaire et que tu me fais découvrir ? »

Grande gueule et sourire de gosse. Ce n’est pas parce que Numa a un autre nom qu’elle changera. Au final, elle sera toujours la stella chieuse, qui a tenté de tuer Ilana, qui a tenté de se faire assassiner. Retenant un dernier rire, l’étoile espiègle passa à travers le canapé, comme si elle n’existait pas, sensation familière de retrouver son corps d’origine, un corps que personne n’a le droit de toucher. Rayne fit tout de même très attention à ce que les vêtements qu’elle portait la suivent et ne l’abandonne pas de l’autre côté du canapé. Elle flottait dans ses habits trop grands. Ca ne le dérangeait pas, portant souvent ce genre d’accoutrement.

« Hum. T’as besoin d’un coup de mains? »

La socialisation, elle connaissait un peu, aussi, quand elle voulait. Quand ça l’arrangeait surtout. Rayne ne savait trop comment faire, autant continuer sur ce qu’elle avait appris. Sur ce qu’il lui avait appris…
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Ilana E. Acciari

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MessageSujet: Re: 'cause i'm not him [Numa]   Mar 22 Mai - 17:48

Entre nous, tant de choses et si peu de mots
Juste un regard.


    Je l’observais du coin de l’œil. Elle, cette poussière d’étoile, petit grain de sable capable de foutre un bordel pas possible sur son passage. Dans ma vie aussi, d’ailleurs. Et même si je me doutais que sa présence chez moi était un nid à emmerdes à venir, je n’avais plus le cœur à la mettre à la porte, elle et ses fringues trempées.
    Alors que j’aurais du faire pire que ça, inscrire la marque de son regard sur le bout du canon de mon flingue, je lui offrais le repas et un nom, que la stella semblait apprécier. Tant mieux, j’trouvais que finalement, elle n’avait peut-être pas le physique, mais bien le pep’s du personnage – sa maniabilité de merde aussi !
    Je n’y étais pas attachée mordicus non plus, mais rien que la sonorité me plaisait, et c’est con à dire seulement cinq minutes après, mais j’avais envie qu’elle le garde. Comme si, au final, je ne lui apportais pas que du négatif, même si j’me doutais bien que de son point de vue, c’était un pet de mouche dans un champ de maïs.
    Bah, voilà que je faisais dans le sentimentalisme, putain… Je me retournai de trois quart, attendant sa réaction. Refus ou accord.
    Un rire s’échappa à sa remarque. Écho du sien, son que j'appréciais, quand il était dénué de sarcasme, comme maintenant. Ça changeait, c'est cool, poil de carotte...

    « - J’suis sure que t’y prendrais goût aussi ! Rien ne vaut une nuit blanche de jeux vidéos ! »

    En vérité si. Des tas de choses, même. Mais rien qu’à penser aux nuits de folie que j’pouvais me taper avec Tullio, je ne pouvais pas ne pas les classer parmi mes meilleures soirées. Et rien qu’un bon massacre de lapins crétins pour se décharger de toute la tension d’une journée bien merdique, y’avait pas à dire, c’était le pied.
    On ne pouvait pas condamner l’humanité sans avoir une fois toucher une manette, non mais !
    Argument peut-être bien frivole et bidon, mais j’étais certaine qu’elle y connaissait pas grand-chose, Rayne …
    Mais plutôt que de la défier tout de suite, malgré l’envie qui se frayait dans mon esprit, je me concentrai sur le contenu du frigo.

    «- On va dire que je suis suicidaire et que tu me fais découvrir ? »

    « - A tes risques et périls … Mais ça me l’ocaz’ de cuisiner du frais ! »

    J’étais peut-être téméraire sur le terrain, mais devant un plan de travail … C’était une toute autre affaire, préférant m’affaler devant la télé, avec un plat tout préparé– ouais, j’sais que c’est dégueu parfois – , le chinois ou pire rien qu’un fruit avec des biscuits, plutôt que de cuisiner pour moi seule. Ou sans être certaine de faire ces efforts pour quelque chose… Parce qu’en plus, j’étais loin d’être une mauvaise cuisinière, juste une feignasse. Ce n’était pas véritablement vers moi qu’il fallait se tourner en cherchant un équilibre culinaire, mais je savais me servir de mes dix doigts.
    Un claquement de porte plus tard, j’avais sorti les aiguillettes de poulet, et la crème, les champignons frais, un paquet de pates toutes aussi fraiches – un miracle qu’il en reste ! - et deux trois tomates. Si absorbée par des gestes que je commençais à reproduire inconsciemment, mes mains traçant des chemins vus et revus par des yeux d’enfant, vague dos d’une silhouette fantomatique qui s’éloignait pour disparaître, que je n’entendis pas la demande plutôt gênée de la jeune femme.

    Sursautant légèrement, j’hésitais un moment, avant d’opiner rapidement de la tête, l’invitant d’un geste de la main à venir me rejoindre. Après tout, mieux valait une paire de mains en plus, si on voulait manger rapidement.

    « - J’veux bien. Occupes-toi de l’entrée alors. »

    Sur ces mots, je lui sorti une planche à découper, les tomates et un couteau, lame inclinée et manche vers elle.
    « - En lamelles, un filet d’huile d’olive, et le tour est joué. Simple mais efficace ! »

    Comme l’aurait été son geste si elle avait décidé de me planter, stupide et subite inspiration vengeresse. ‘Fallait croire que j’aimais trop le danger pour ne pas résister à y mettre les pieds en le provoquant moi-même. Mais calme, je n’esquissai pas un seul mouvement de recul, juste un restant d’avertissement au fond de mes prunelles de printemps, lui souriant, et me mit à chercher une poêle en grognant contre moi-même et mon bordel ambulant.
    J’en dénichais deux, après avoir tout sorti, forcément, accompagnée d’une grande casserole pour l’eau à bouillir.

    « - J’te jure, un jour j’m’achèterais une cuisine toute équipée, avec les trucs qui sortent sous commande vocale… »

    Un truc à s’assommer à coup sur.
    Je séparais une partie des champignons, gardant l’une pour compléter l’entrée, les nettoyant rapidement, tandis que l’autre partait cuire dans une des poêles. Je les tendis à la stella.

    « - Garnis-moi ça de fromage. J’sais que ça parait un peu bizarre sur le coup, mais je t’assure que ça le vaut vraiment. ‘tention, tu découvres un des secrets de maître là ! »

    Un clin d’œil amusé, des jurons à demi retenus entre les dents, et la langue tirée de travers plus tard, le tout mijotait joyeusement dans les casseroles. Chopant d’une main adroite les deux assiettes où trônait les tomates et les champi’ crus, je me saisis d’herbes de Provence, faisant un signe de tête à Rayne, lui désignant vaguement les tiroirs noirs.

    « - Les couverts, s’te plait ! Une petite bière, et ça sera nickel ! »


    En quelques instants, j’avais nettoyé la table basse, ou plutôt pousser le tout sur le côté et l’invita à s’asseoir à côté de moi, en allumant comme par réflexe le grand écran sombre.
    Nouveau sourire rapide.

    « - Allez, assieds-toi, j’vais pas te bouffer, et régales-toi ! Et si t’es motivée, après je te mets une raclée à ce que tu veux ! »
    Dis-je en montrant d’un geste vague la pile de jeux, au dessus de laquelle tronait une étagère bricolée, de rares cadres photos encore debout
    dessus. Le choix toujours, comme si à chaque mot, la tranquillité dans l’espace qui nous séparait, menaçait de se rompre.
    Finalement, j’étais assez satisfaite, malgré un restant de sentiment mitigé à son égard, que la rouquine ait bougé son cul pour me rejoindre. Quoi qu’on en dise, j’appréciais d’avoir de la compagnie.
    Même celle d’une chieuse.



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Numa [Zôon]

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MessageSujet: Re: 'cause i'm not him [Numa]   Ven 6 Juil - 18:28

Tu changes de nom, tu perds ton identité. Tu crois que c’est un nouveau départ, une renaissance. C’est faux.

Le couteau tendu jurait avec l’invitation de préparer le repas. Rayne hésita. Parce qu’il y avait toujours cette petite voix – cette petite Numa- qui lui en voulait, qui n’était qu’un désir de vengeance ensanglantée. Rayne recula dans un premier temps la main, comme si elle avait été blessée par elle-même. Elle ferma les yeux. A cette distance, Ilana aurait-elle le temps d’éviter le coup de poignard ? Elle expira, chassant ces pensées, ces idées et saisit le manche du couteau. Elle se retourna vers le plan de travail, saisit les tomates.

Le moment lui paraissait étrange. C’était quelque chose qu’elle ne connaissait pas, ça. La cuisine, ça parait con. Ca l’est. Mais dans ce sac-à-dos, Numa n’a ni la place pour un frigo, ni pour une batterie de casseroles. Numa, elle vit à la bouffe toute préparée et dégeulasse, ou à coup de snacks achetés dans l’épicerie du coin. Elle ne connait pas les instants familiaux autour des fourneaux, l’odeur des plats préparés avec amour, le plaisir de manger ensemble. Rayne aura cette chance, tout de moins, Numa croise les doigts pour que ce soit le cas.

Rayne, dans ces minutes de nouvelle vie, ne disait rien. Elle s’appliquait. La cuisine, c’était nouveau et pas tout à fait acquis. Elle esquissait des mouvements maladroits pour couper les tomates. Les tranches du fruit rouge n’étaient pas régulières. Ca la frustre un peu, mais se sont les débuts. Rayne se doit d’être patiente. D’apprendre –surtout- la patience. Elle replaça une mèche de cheveux, jeta un bref coup d’œil aux gestes d’Ilana, plus légers et fluides que les siens. Qu’est-ce que tu en penses, Rayne ? L’étoile n’a pas encore d’avis à donner. Ce qu’elle serait tentée de dire, ce ne serait que des mots vides, des insultes. Alors, pour un semblant de sagesse acquise, l’étoile ferma sa gueule.

Dans ce silence, il n’y eut que la verte pour oser le briser. Ca lui parait encore plus étrange, à Rayne. Elles étaient des morceaux, qui n’avaient rien à faire ensemble, collés de force. Alors, oui, il y avait des écarts, des trous entre elles. Mais il y avait également autre chose. Numa n’avait jamais vécu de pareille situation auparavant. Personne ne l’entretenait de questions aussi creuses de sens. Se souviendrait-elle seulement des conseils de l’agent du GDP ? Rayne évita de se pincer les lèvres à cette réflexion. Manu ne s’était jamais comporté de cette manière, comme la plupart des individus sur ce bout de planète. « Tu es une étoile, tu n’as pas besoin de manger. » Avec Mickaël, le temps qu’ils auraient pu passer à cuisiner, ils le passaient à faire l’amour. C’était nouveau pour Rayne, pour Numa et même pour Zero. Totalement.

Au final, ce n’était pas si déplaisant que ça. C’est vrai que Rayne était aussi rapide qu’un escargot – pas de commentaire sur sa nom-célérité, elle ne le supporterait pas – mais le travail était fait. En soi, c’était le plus important, non ? Rayne hocha la tête, amenant les assiettes sur le table basse, retournant vers le frigo qu’elle ouvrit d’une main. Elle passa sur les œufs et les yogourts périmés pour se saisir d’une cannette de bière, le métal froid dans les mains. Pour les couverts, elle se trompa de tiroir avant de trouver le bon.

« T’as jamais essayé de manger avec les doigts ? C’est marrant tu sais. »

Le sourire moqueur revint sur ses lèvres, sans le cynisme qui accompagna sa voix rauque. L’étoile ne perdait pas aussi facilement des habitudes bien ancrées. Il faudrait encore du temps à Ilana pour éradiquer les mauvaises manies de la Stella. Bière sous le bras, couverts dans une main, elle passa ses doigts dans ses cheveux humides pour le remettre correctement. Par réflexe, elle passa à travers le canapé, posant son cul gracieux sur le coussin et la bière en face de l’humaine.

« T’as pas à intérêt à me bouffer, je suis indigeste. Et ton poulet à l’air meilleur que moi. »

Numa aurait mieux fait d’avoir perdu sa langue pour de bon que de recommencer à polluer l’air. C’est plus fort qu’elle, plus fort que tous les efforts qu’elle met en place pour ne pas sauter sur Ilana. Ca fonctionnera avec le temps. En attendant, elle a la dent dure sur ses propos, même s’ils ne sont pas méchants. Numa le sait. Ilana ne la connait pas suffisamment pour le savoir. D’autres personne auraient pu faire la différence, mais pas la verte.

Rayne posa sa tête en arrière, pour arrêter ses pensées. D’une manière, s’était relaxant d’être ici, dans cet appartement où Ilana se fichait de ce que pouvait être Rayne, des reproches qu’elle pouvait lui faire, de sa tristesse, de ses envies, de sa vie. Comme un lieu où les maux n’existaient pas, où personne ne tentait d’avoir la peau de l’étoile. Encore un peu et la voix de Manu serait inaudible. Encore un peu, seulement.

La stella se redressa, sourit. Elle saisit son assiette, échappant un « bon appétit » discret, la bouche déjà prête à avaler ses tomates. Rayne était calme quand il s’agissait de manger, s’en était presque inquiétant. Comme quoi, quand son estomac travaillait, elle n’avait pas la force de faire autre chose. C’était un peu de paix pour Ilana.

« J’ai jamais joué à un seul jeu. D’office que tu vas me mettre une raclée. Mais bon, je relève le défi. »

Numa l’avait dit, elle était suicidaire. Que ce soit du ventre ou de l’égo de gamer. L’étoile savait qu’elle n’aimerait pas ça, la console. Ca n’avait aucun rapport avec la réalité, qu’importe tous les efforts pour la recréer. Et les histoires n’étaient pas très prenantes, pas aussi violente que la sienne ou que n’importe quel être vivant coincé dans cette guerre. Elle faisait un effort, en fermant sa gueule sur le sujet et en essayant.

« Tu choisis ? »

Et surtout, oublie pas de fermer ta gueule.
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Ilana E. Acciari

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MessageSujet: Re: 'cause i'm not him [Numa]   Mer 25 Juil - 19:15

Éclat.
De doute, de rire, de vert, de verre, de tout.


    Il y avait dans ses gestes, toute la maladresse et à la fois cette application que les gens mettent à faire une chose inconnue, sans vouloir se planter. Je laissais errer mon regard sur la jeune femme, m’habituant à sa silhouette longiligne, restant de méfiance encore ancrée dans les pores, mais aussi par curiosité.
    Il restait là. Dans son ombre.
    Mikaël serait toujours là, même parti, parce que la voir me le rappelait. Effet boomerang. Son regard perçant le mien dans une fraction de seconde. Souvenir que la présence de la stella avait ravivé. Souvenir d’une part de moi-même, visqueuse, violente. Amère, goût de métal dans la bouche. Tâche indélébile sur le parquet de nos existences, mais là, il était silencieux, comme s’il laissait faire. Putain, tu débloques ma vieille…
    Mais c’en restait cette impression.
    Entre nous planait un drôle de statut-quo, situation étrange, mais presque calme, faite de recherche de l’autre, la dessiner pour s’en faire une idée plus précise, peut-être moins teintée de noir. Moins merdique.
    C’était une autre étoile que je découvrais peu à peu, effleurant juste la surface de ce qu’elle pouvait être. Comme si le miroir d'Alice s'était brisé pour réveler une infime part de vérité.
    Qu’elle se plante… j’en avais rien à foutre au fond. Ce n’était que de la bouffe. Je ne faisais pas attention aux petites bourdes de ce genre, allant toujours à l’essentiel, acérée, objectif en visée. Un peu trop d’ailleurs.
    Mine de rien, mon « métier » me collait à la peau, aussi tranchante et directe que les balles qui fusaient de mes automatiques, égratignant tout sur leurs passages, amis comme ennemis. Moyen de communication habituel, seconde nature.

    Dans quelle catégorie rentrait Rayne ?
    Aucun de ceux-là, encore en stand-by à vrai dire. Quelque chose me poussait à ne pas prendre de décision trop tôt, laisser le temps faire les choses, pour ne serait-ce qu’apercevoir ce qu’elle était, ce que nous étions. Parler au futur était inutile, et non nécessaire ici.
    Folle intuition qui me brulait les sens. Mélange de curiosité, d’un sens de contradiction poussé, d’excitation et de danger à la fois. ( y’a pas à dire, Livio avait raison, pour une fois … J’avais un don pour me mettre dans la merde)

    Manger avec les doigts ?
    Un drôle de sourire, un rien mélancolique mais goguenard apparut sur mon visage à des souvenirs d’enfance hauts en couleur alors que je tournais la tête vers elle, m’enfonçant un peu contre le bord du canapé.

    « - Si, j’adorais ça. Ma mère beaucoup moins… et j’ai pas envie de racheter un canapé dans la semaine, si tu vois ce que je veux dire ».

    Héberger un chat errant oui. Plusieurs aussi, mais si Rayne s’y mettait aussi, mon mobilier n’y survivrait pas… J’étais peut-être payer par des privés bourrés de thunes, ce n’était pas pour ça que j’étais crésus non plus hé ! ( ou plutôt que je préférais le mettre ailleurs).
    La matant ouvertement se poser à côté de moi, je lui adressai une mimique moqueuse. Je ne m’attendais à ce qu’elle prenne l’expression au pied de la lettre ou presque, mais ça m’éclatait, et pousser le vice un peu plus loin était plus que tentant. Pas une pour rattraper l’autre décidemment…

    « - T’as que la peau sur les os. ‘Faudrait que tu te remplumes un peu pour que je n’ai ne serait-ce que l’envie passagère de te bouffer. »
    Ok, j’y avais surement été un peu fort, mais qui a dit que le tact était ma deuxième nature d’abord ? Franche, trop franche, malgré le sourire toujours présent sur mes lèvres. L'accent un peu rude dans ma voix revenant sans que j'en ai conscience, même si sans rire, il pouvait avoir faim...
    C’était plus fort que moi. En face de Rayne, je ne pouvais pas m’empêcher de répliquer, presque acerbe.
    Ce qu’elle en penserait ? Je m’en fichais comme d’une guigne, ce n’était pas parce que c’était elle, que j’allais taire ce que je pensais, ou changer radicalement ma façon d’agir. De réagir. Même si je devais dire qu’elle était plutôt chanceuse, dans son genre.
    Comme pour ne pas l’effrayer ou remettre le feu aux poudres, je me contenais un peu, faisant des efforts. Rayne rimait sans doute avec bizarrerie, dans mon univers …

    Je laissai le silence planer sur nos bouchées, m’occupant plus de ma bière que de ce qui trônait dans mon assiette à vrai dire. ‘Faudrait pas s’étonner si je me relevais à trois heures du mat pour dévaliser le frigo ensuite…
    Ezio verrait ça, qu’il me tirerait encore les oreilles en me demandant comment je pouvais encore être dans les rangs armés avec un poids plume comme le mien. Pas faux. L’envoyant chier mentalement, j’entamais mon plat, appréciant la saveur des épices que j’avais rajouté au dernier moment. Je n’avais pas trop perdu la main, c’était déjà ça, et pour les jeux, encore moins !

    « Tu choisis ? »

    Je posai mon assiette sur la table basse, me hissant jusqu’à la pile de jeux, en mettant de côté un certain nombre d’office. Les FPS non merci, hein, on allait pas lui redonner de sales idées à la petite ! Tous ceux qui ne se jouaient qu’en solo évidement, je ne lui avais pas proposé pour que l’une de nous regarde l’autre faire, même si certains valaient le coup graphiquement.
    Mieux valait revenir à des valeurs sures, d’éclates et de défis garantis.
    Je lui sortis les lapins crétins 1ers du nom, posant le boîtier à côté d’un Mario kart dernière génération, et d’un autre jeu de course. J’avais gardé de côté les jeux du style Soul Calibur. La baston, pas sure que ça plaise à notre petite chieuse…
    Mais puisque c’était à moi de choisir – quelle plaie quand on ignore tout de l’autre ! – je mis le plus simple à capter dans la console, les autres on verrait ensuite, pour changer un peu.
    Si véritablement la stella n’avait jamais touché à ça avant, valait mieux commencer par des commandes simples, accélérer, et en foutre plein le cul aux autres. Basique mais toujours aussi jouissif, même si je pouvais sentir d’ici le regard désabusé de Tullio.

    Une fois le tout installé, je m’affalai littéralement sur le sofa, dans un grand bruit, manquant de l’écraser au passage, mais tendant à Rayne une des manettes.
    « - On commence simple ok ? On passera à la suite après. » Clin d’œil. « - Choisis ton perso’, et appuis sur start… »
    J’avais rapidement choisi le mien, du vert évidemment ! Et lui expliquai rapidement les manettes.
    « - Le but est simple, arriver le premier en écartant les autres, et si possible ne pas partir dans le décor, si jamais ça te plait, j’en ai d’autres plus réalistes … »
    Le reste, elle pouvait très bien le comprendre d’elle-même, l’adaptation se faisant assez rapidement en général.

    La vitesse, encore et toujours, comme une drogue. Adrénaline factice, mais malgré tout, qui sait que ça plairait peut-être à la jeune femme ?

    « - Je te préviens, je veux bien te voir comme la Suisse, neutre, au 1er tour, mais pas aux suivants, gare à tes fesses ! »

    Sur ces mots, je me levais rapidement pour aller chercher deux autres bières (oui, je pouvais en sacrifier une pour elle, quand même !) et lui bourrai gentiment le bras pour l’encourager à rentrer dans le jeu. Stupide, et c’était probablement l’impression que je donnais d’un coup d’œil extérieur :
    27 ans, sans enfant, une vie bancale et qui s’éclate devant des jeux vidéo…
    Oui, et alors ?

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