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 Mal-entendu [PV Izzy chéri]

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Tullio Fazzio

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MESSAGES : 73
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MessageSujet: Mal-entendu [PV Izzy chéri]   Lun 23 Avr - 18:40

Depuis presque un mois, à chaque fois qu’il ouvrait les yeux, Tullio Fazzio ne pensait qu’à une chose. Qu’est-ce qu’il avait bien dormi ! Le jeune homme n’était pas particulièrement sujet aux insomnies et aux mauvaises nuits, sauf avant des examens. Et encore, vu sa mémoire ce n’était pas cela qui l’angoissait. Il avait toujours extrêmement bien dormi dans cet appartement coquet et confortable, toujours. Même quand il s’endormait, épuisé, sur son canapé après de longues heures à ressasser une mauvaise journée. Même quand il avait froid toute la nuit et ne s’en rendait compte qu’au matin. Même quand les pigeons venaient faire des roucoulements amoureux sous sa fenêtre, un peu trop tôt à son goût. Parce que c’était son chez lui, et qu’il n’y avait strictement rien qui réussisse à troubler le sommeil d’un sommelier qui doit parfois dormir en plein jour après avoir fini le service puis l’inventaire de la cave à une heure avancée de la nuit, où tous les bonnes gens dorment profondément. Le jeune homme pouvait s’endormir n’importe quand, en un temps record. S’il était seul. C’est aussi pour cette raison qu’aucune femme n’avait jamais dormi ici. C’était son sanctuaire, et il préférait largement aller dormir chez elle, ou du moins faire semblant. Pour rentrer rapidement jusque dans son lit et se reposer tout son saoul. Aucune femme n’avait passé plus d’une heure polie lors d’un apéro ici. Même ses parents n’étaient presque jamais venus ici, Tullio préférant leur rendre visite dans leur maison en banlieue. Histoire de préserver jusqu’au bout son intimité, son petit coin de paradis. Où il vivait comme un célibataire endurci, en plus propre, plus ordonné et en mangeant bien plus équilibré qu’une boite de raviolis.

Et pour la première fois depuis qu’il avait acheté cet appartement avec ses économies et un prêt qui l’endettait sur un certain nombre d’années, Tullio avait terriblement mal dormi. Ne réussissant pas à fermer l’œil de la nuit volontairement. Puis tombant inconscient de fatigue pour se réveiller dix minutes plus tard, quand le seuil critique avait été dépassé. Ressassant inlassablement une discussion qui n’aurait pas eu lieu d’être si tout avait été plus ... normal. La nuit qu’Isaia avait passée ici. Avait été un désastre. Déjà, Tullio s’était surpris à accepter les excuses de son frère et à lui laisser croire qu’il avancerait dans sa direction. Ensuite, il avait dit des inepties qu’il regrettait bien à présent. Enfin, il avait stupidement rougit avant de lui laisser son lit et de prendre le canapé. Son lit. Son lit, merde ! Mais il avait pensé à quoi d’autre que son tapis, sur l’instant ? Un lit ça avait quand même une certaine connotation. Marquée, même. On y invitait généralement des gens soit très proches dans l’amitié soit pour partager un pur moment de sexe, sans plus se poser de question. Sinon, Tullio ne voyait pas. Et lui-même n’invitait personne sous sa couette. Pas même une femme, jamais un ami, alors son frère avec qui il avait été fâché des années et des années durant ? Tullio remerciait à présent le ciel qu’Isaia ait été saoul ce soir-là pour ne pas relever l’absurdité de sa proposition. Même si maintenant qu’il avait décuvé depuis un mois, Tullio avait toujours évité d’aborder à nouveau le sujet. Pour éviter qu’il ne s’en souvienne trop dans les détails.

Cette nuit-là, il avait donc laissé son frère dormir là où il le faisait habituellement pour occuper le canapé. Il avait fermé les yeux, essayé de dormir. Et l’image d’Isaia rougissant ou du sourire de son frère venaient hanter ses paupières fermées. Il devait les rouvrir pour en chasser le souvenir diablement réaliste qui le narguait en lui demandant à quoi il pouvait bien penser pour réagir comme ça. Si seulement il le savait ... Et même comme ça, à fixer le plafond, Tullio revoyait et entendait à nouveau tout ce qu’il s’était passé. Toute la nuit il n’avait fait que penser aux événements passés, pendant que son saoulard de frère devait cuver bien profondément endormi dans ses draps. Qu’il devrait laver pour ne pas y avoir son odeur ainsi que quelques relents d’alcool. C’est donc avec impatience que Tullio avait attendu le matin, une heure décente pour se lever. Une douche rapide, un café pendant qu’Isaia dormait encore. Un mot sobre « claque derrière toi j’ai la clé », et il avait filé dans sa cave chérie et préférée pour se changer les idées. Se noyer dans les étiquetages et les dégustations pour contrôler les lots arrivant. Pour oublier ce qu’il ne pouvait chasser de son esprit.

Il s’en était passé des choses depuis. Les deux frères se voyaient de temps en temps depuis un mois. Pour boire un café ensemble, discuter de tout et de rien. Tullio aimait bien ces courts instants où il pouvait maitriser le temps qu’il lui offrait. Tout comme l’implication qu’il y mettait. Puis, progressivement, certaines choses avaient évoluées. Cela avait commencé quand Tullio avait eu besoin d’un coup de main pour aller chercher une affaire qui ne pouvait pas attendre chez un des meilleurs cavistes de la ville. N’ayant pas de voiture à disposition, refusant de louer un taxi, Tullio avait demandé à Isaia de lui prêter la sienne. Il était venu en personne. Depuis, quand l’un ou l’autre avait des courses à faire sortant un peu de l’ordinaire, ils s’appelaient parfois et s’accompagnaient. Tullio faisait beaucoup d’efforts pour cela, essayant de passer outre l’aversion qu’il avait longtemps entretenue pour son cadet. Essayant aussi de mettre une distance raisonnable entre eux. En aucun cas se rapprocher trop vite ... Et depuis l’épisode alcoolique d’Isaia, le jeune sommelier était un peu coincé, essayant de rester un peu plus distant dans ses paroles et ses gestes pour ne pas se rapprocher trop. Il avait décidé de ne plus jamais penser à Isaia comme un possible fantasme tordu et pervers. Pas comme le soir où il avait dormi chez lui. Dans les rares laps de temps où il s’était endormi, Tullio se souvenait malheureusement trop bien d’avoir rêvé d’Isaia. Nonchalamment allongé dans son lit, la couette recouvrant à peine la chute de ses reins et laissant apercevoir la peau nue de son dos et de ses hanches. Un sourire sur ses lèvres endormies, un gémissement de fatigue aux lèvres. Cela l’avait réveillé d’un coup, violemment. Et l’avait dissuadé de dormir. Refusant de croire que c’était dû à autre chose que la présence inhabituelle de quelqu’un à quelques mètres de lui, Tullio avait tiré un trait sur cette histoire. Même si elle était restée un moment présente à son esprit, marquant son corps d'une envie coupable qu'il refusait même de verbaliser en simples pensées.

C’était uniquement de la faute de leur éloignement. Il ne l’avait pas considéré comme son frère depuis des années, et il avait trop l’habitude de ne pas le voir, ni l’appeler. Isaia n’était plus rien pour lui, certainement pas son frère. Alors il était normal que ... Non, ce n’était pas normal. Si ça avait été une femme avec une poitrine généreuse et des jambes galbées, oui. Mais pourquoi fantasmerait-il sur un homme, d’autant plus sur celui qui lui a fait autant de mal ? Cela n’avait strictement aucun sens. Il n’était pas gay, et encore moins un pervers qui fantasme sur celui qui le considère comme son frère et qui cherche à le redevenir. Tullio n’avait jamais rêvé ainsi d’un homme, et il comptait bien que ce soit la dernière et unique fois. Il ne restait donc plus qu’une seule chose à faire : considérer Isaia comme son frère. Mais rien à faire, dans son esprit il ne l’était pas. Il n’était rien de plus qu’un homme un peu inconnu dont il apprenait à faire la connaissance. Un homme au visage particulièrement fin et beau. Tullio le voyait pour la première fois sans les yeux de la rancune, et il devait admettre que les autres avaient de quoi s’y tromper. Même si lui ne faisait que caresser cette illusion, sachant très bien ce qu’il se cachait dessous. Mais comme il avait promis à son frère de lui laisser une deuxième chance s’il s’améliorait, Tullio ne pouvait pas le juger éternellement par rapport à l’image qu’il en avait gardée. Il devait réactualiser ses informations et revoir son jugement.

Et étrangement, sans trop s’approcher de lui, Tullio aimait bien entendre son frère parler de lui, ce qui le surprenait énormément. Il redécouvrait peu à peu ce qu’il était devenu, ce qu’il avait nié toutes ces années sans vouloir voir le bien au-delà de la manipulation et du charme. Il n’avait pas vu les qualités sous-jacentes d’Isaia. Le talent, la persévérance, le sens des défis et l’opiniâtreté. Il se tenait réellement à sa promesse en essayant de corriger ses impulsions, qui restaient pourtant flagrantes aux yeux de Tullio qui connaissait trop bien son frère pour les ignorer. Et doucement, au gré de ses faiblesses et de ses envies, le jeune homme s’ouvrait à son tour. Il commençait à parler un peu plus de lui. Tullio lui racontait ses désillusions amoureuses récentes, faisant son désespoir en niant toute relation sérieuse. Expliquant qu’il était incapable de garder une femme près de lui, sans s’attarder sur le pourquoi dont il n’avait aucune connaissance lui-même. Puis il rentra, pour lui, dans le plus intime. Son travail, qui le passionne totalement. Il se surprenait parfois à lui parler des heures d’un vin en particulier, jusqu’à promettre de le lui ramener pour l’y faire goûter. Et puis, Tullio s’en rendait compte et se taisait subitement. Partagé entre la honte de se livrer si vite sur des choses qui le touchaient et la peur tenace de ne pas être conforme à ce que voulait son frère. Vieille habitude tenace de soumission qui ne voulait pas le lâcher.

D’ailleurs, aujourd’hui Tullio devait voir son frère. Chez lui. C’était la première fois qu’Isaia revenait dans cet appartement depuis la dernière fois, et cela angoissait un peu son hôte. Il se refusait à le laisser pénétrer trop vite et trop loin dans sa vie mais ... il lui avait promis un vin particulier, qu’il ne gardait que chez lui dans des conditions précises de conservation. Il entendait bien le renvoyer d’ici une fois la dégustation terminée. C’était un samedi, jour de congé pour une fois, en fin de matinée. Isaia devait passer dans la journée, sans heure précise mais Tullio pensait d’avantage le recevoir dans l’après-midi, ayant vaguement conscience qu’il avait quelque chose de prévu jusqu’en début d’après-midi. Pendant qu’il faisait un peu de rangement, Tullio fut dérangé par le téléphone qu’il laissa sonner avant d’entendre la voix de sa mère sur le répondeur, lui demandant de décrocher. Tullio faisait toujours ça, vieille habitude au cas où Isaia ait réussi à obtenir son numéro, à l'époque où il le fuyait cordialement. Mais c’était sa mère, alors il décrocha finalement et la salua chaleureusement.

- Paola, ça me fait plaisir de t’entendre ! Comment va papa ?

Tout cela, sans se douter que ce coup de téléphone allait changer quelque chose bien plus profondément qu’il ne l’envisageait.

[Bon j’ai fait court mais je voulais nous laisser le temps de démarrer tranquillement. Tu n’as qu’à faire arriver Isaia juste devant son appart, et je ferai la révélation dans le poste suivant. J’avais pas envie de faire trop long, j’aime bien quand on reste dans des tailles raisonnables et en plus il est tard je suis crevée T.T J’espère que ça t’ira <3 C’est fait avec amour]
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: Mal-entendu [PV Izzy chéri]   Mar 24 Avr - 9:30

Le pied d'Isaia battait la mesure avec acharnement.

- Pas comme ça, ton poignet. Combien de fois je te l'ai dit ? Dans la continuité du bras ! Tu vas finir par te faire une tendinite, un de ces jours.

L'adolescente qui jouait son morceau lui jeta un regard craintif et corrigea la position de son bras tandis qu'Isaia continuait à fixer ses doigts, à la fois attentif et à la fois totalement ailleurs. Son esprit était concentré sur le morceau de Chopin que la jeune collégienne était en train d'interpréter, mais la partie de son cerveau qui contrôlait son pied, elle, pensait déjà au moment où il pourrait ramasser ses affaires, sortir de cette salle de classe, et se précipiter chez son frère qui l'attendrait chez lui.

Ça faisait déjà un mois, et pourtant, Isaia ne parvenait toujours pas à s'habituer à voir Tullio de retour dans sa vie. Ils s'étaient pourtant rencontrés assez fréquemment, les moments qu'ils passaient ensemble étant toujours teintés de cet étrange embarras qui les enveloppaient aussi bien l'un que l'autre - sans qu'Isaia puisse comprendre exactement d'où venait le problème. La colère, c'était facile, c'était compréhensible. Surtout pour Tullio. Mais la gêne ? Pourquoi ?

Peut-être parce qu'ils ne se connaissaient pas assez bien, et que tenter de faire connaissance avec un parfait inconnu ou avec son frère (l'un dans l'autre, pour Isaia, les deux options n'étaient pas si différentes), c'était toujours un peu délicat. Au début, on ne savait pas sur quel pied danser. Il valait mieux éviter d'aborder les sujets comme la politique ou la religion, les choses dangereuses. Puis petit à petit, on apprenait des choses, et la gêne s'estompait...

Sauf qu'avec Tullio, le malaise ne s'estompait jamais vraiment. Ca leur était arrivé de rire ensemble, et ils pouvaient parler naturellement, surtout quand Tullio se laisser aller à lui raconter des choses sur lui, à lui parler de son travail (Isaia aimait particulièrement ces moments ; la flamme qui s'allumait dans le regard de son frère était fascinante), mais au bout d'un moment, le malaise finissait toujours par leur retomber dessus, sans qu'Isaia comprenne ce qui le provoquait. Tullio finissait par redevenir silencieux, le flot de paroles qui les avait enveloppés comme l'air agréable d'un chauffage s'arrêtait, et Isaia sentait à nouveau le froid piquer sa peau.

Alors, dans ces moments-là, il prenait la relève. Puisque Tullio acceptait de lui parler de lui, il faisait pareil en échange. Il lui racontait son travail. Comment on lui avait demandé de jouer un concerto avec le conservatoire et qu'il attendait ça avec impatience, parce que c'était le 2ème de Rachma et que c'était son préféré, et en plus, il le jouait avec le philharmonique de Venise et que c'était pas rien.

Il lui racontait ses histoires sentimentales. Il n'avait pas vraiment envie d'en parler, au début, mais Tullio lui avait raconté les siennes, et il s'était senti obligé de parler de ses ex petites copines en échange, malgré l'embarras qu'il ressentait à évoquer le sujet devant son frère. Après tout, la famille reste la famille, même quand on ne l'a pas vue depuis longtemps ; et sa mère n'avait jamais eu le quart des détails qu'il avait donné à Tullio (même s'il lui en avait dit bien peu, finalement).

Et puis, après tout, c'était peut-être pas si mal. Son but, c'était de s'entendre copains comme cochons avec son frère. S'il fallait parler de nanas... ça ne l'emballait pas forcément, mais il le ferait.

De toute façon, il n'y avait pas grand chose à raconter. Isaia suivait toujours le même schéma avec ses copines : ils se rencontraient dans un bar, elles lui faisaient du gringue, ils sortaient ensemble, et ils rompaient peu de temps après - trois semaines au minimum, deux mois au maximum. Elles se lamentaient qu'il ne faisait pas assez attention à elles, et lui, il n'arrivait pas à s'y intéresser.

Il aurait voulu une fille qui soit aussi intelligente que lui, avec qui il aurait pu avoir des conversations plus élevées qu'une crise d'hystérie sur la dernière veste de chez Bargionni ou la série télé qui cartonnait en ce moment sur Canal 3 ; mais il fallait croire que ce genre de perle ne se ramassait pas dans les bars ou il traînait. Peut-être qu'il était trop snob, tout simplement.

Ça, il ne l'avait pas dit à Tullio - il s'était arrêté au paragraphe précédent. Son frère n'avait pas besoin d'en savoir trop non plus... Peut-être même qu'il ne le voulait même pas.

Quoi qu'il en soit, ils se voyaient aujourd'hui. Et Tullio l'avait invité chez lui. Une grande première, depuis la Soirée, un mois auparavant, que ni l'alcool ni la fatigue n'avaient réussi à effacer de l'esprit d'Isaia. Fallait-il qu'elle soit mémorable...

- Bon, ok. C'est bon pour aujourd'hui, dit-il à la petite collégienne qui le regarda avec un soulagement évident.

Lui aussi, il était soulagé. Plus qu'un cours, et il pourrait s'échapper de là et aller voir son frère. Leurs rencontrent avaient beau être teintées de cette étrange ambiance, de ce malaise qui ne disait pas son nom, Isaia attendait quand même avec impatience chaque occasion de le voir. Il se faisait parfois l'effet d'un stalker, mais jusqu'ici, Tullio ne s'était pas plaint. En de rares occasions, même, c'était lui qui avait fait un pas vers lui.

La collégienne s'éclipsa de la salle de cours, et Isaia se retrouva seul - et plutôt intrigué d'être seul. D'habitude, le lycéen qui suivait son cours juste après celui de Naomi arrivait en avance, et là, il brillait par son absence. Isaia sortit de la salle et descendit les étages pour arriver au bureau d'accueil et leur demander :

- Pietro Fallieri, il ne vient pas, aujourd'hui ? Vous avez eu des nouvelles ?

Le surveillant leva vers lui un regard interloqué avant que la lumière se fasse dans son cerveau et qu'il ne réponde :

"Ah oui ! Sa mère a appelé il y a dix minutes. Il est malade, il ne peut pas venir."

Allons bon. D'habitude, Isaia s'en serait un peu plaint, parce qu'il détestait voir ses cours sauter sans prévenir, mais là, cette fois - bon sang, ça tombait à pic ! Avec un large sourire, il alla vite ramasser ses affaires dans sa salle de cours, la 208, et quitta vite fait le conservatoire. Il pourrait arriver plus tôt chez Tullio et profiter de son frère plus longtemps ! Si ça c'était pas le pied !

Le trajet en voiture depuis le conservatoire jusqu'à l'appartement de son frère prit relativement peu de temps, étant donné qu'on était à peine en début d'après-midi et que le trafic était fluide. Les gens devaient être occupés à faire la sieste, surtout que les beaux jours étaient arrivés, la chaleur avec eux, et que c'était toujours sympa de se reposer sur une chaise, le nez au soleil.

Lorsqu'il arriva devant la porte de l'appartement de Tullio, il eut la surprise de constater qu'elle était entrouverte, une chaussure bloquant le battant. L'air s'engouffrait avec un sifflement grave, et Isaia songea qu'il avait certainement fait ça pour aérer son appartement. Il devait être en plein ménage, songea-t-il avec un sourire.

Comme il n'était pas assez impoli pour entrer sans frapper (après tout, ce n'était que la deuxième fois qu'il venait ici, et il ne connaissait pas assez bien son frère pour entrer dans son chez-lui comme dans un moulin), il leva la main pour frapper à la porte, mais la voix de Tullio qui filtrait clairement par le battant entrouvert l'arrêta.

"Paola, ça me fait plaisir de t’entendre ! Comment va papa ?"

Isaia hésita - ce n'était pas le bon moment pour frapper, et attendre cinq minutes dans le couloir, ce n'était pas la mort. D'autant qu'apparemment, c'était sa mère au téléphone - il avait entendu sa voix sur la boîte vocale avant que son frère ne décroche.

Et quelque part, c'était bizarre. Tullio appelait toujours leur mère Paola - Isaia pensait que c'était pour se donner de style, ou une bizarrerie dans ce genre ; mais il ne pensait pas qu'il allait jusqu'à utiliser le prénom en face de sa propriétaire.

Pourquoi il ne l'appelait pas maman...? Intrigué, il laissa retomber sa main, et attendit un moment plus propice pour entrer.
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: Mal-entendu [PV Izzy chéri]   Mar 24 Avr - 12:00

Il avait beau adorer son appartement, Tullio devait bien lui reconnaitre un défaut. Un rayon de soleil, et dans le salon il faisait une chaleur incroyable ! Les fenêtres ne suffisaient que rarement à faire courant d’air, et le jeune homme avait pour habitude de laisser sa porte ouverte pour faire circuler l’air et ainsi profiter du vent qui lui fouettait le visage à l’intérieur de son séjour. Plutôt agréable. D’autant plus qu’il ne risquait pas grand-chose, puisque sa seule voisine de palier était une vieille dame très sympathique, toujours prête à lui faire des cookies maison à n’en plus pouvoir. Elle aurait pu être sa grand-mère, à lui demander toujours où il en était « côté cœur » et s’il comptait un jour lui donner le plaisir de faire sauter sur ses genoux un Tullio miniature. Ce dernier la considérait d’ailleurs comme telle, prenant beaucoup de plaisir à aller jouer avec elle aux cartes lors des longues soirées d’été où elle faisait des insomnies. Quand il rentrait de son travail, il lui arrivait de passer acheter des croissants qu’ils dégustaient le matin, souvent chez elle mais parfois chez lui pour sortir des chats omniprésents et des rideaux en dentelles. Mme Klaug était allemande d’origine, et illustrait merveilleusement bien le cliché de la vieille veuve qui vivote tranquillement dans un intérieur qui semble tout droit sorti d’un livre d’histoire.

C’est cette odeur de vieux que Tullio aimait tant, car habitué avec ses bouteilles qui avaient souvent cette fragrance particulière de l’expérience et du temps qui passe. Mme Klaug était d’ailleurs friande d’un bon verre de vin quand ils dinaient de temps à autre ensemble. Une fois, ils s’étaient installés en plein milieu de leurs deux paliers, n’arrivant pas à se décider chez qui aller. Les voisins les avaient tous pris pour des fous, mais Tullio aimait bien ce sentiment de ne pas avoir à se cacher. Parce qu’il ne pouvait proférer aucun mensonge en sa présence sans qu’elle ne le décèle et lui tire les oreilles. Il était totalement naturel avec elle, même lors de leurs rares disputes qui éclataient toujours fortement avant une réconciliation autour d’une tasse de thé ou d’un verre de limoncello. C’était une drôle de bonne femme, vraiment. La seule femme qui pouvait se targuer de tout connaitre de Tullio. Et d’avoir envahi son appartement plus d’une fois pour un bon film qu’il dénichait sur internet, et dont elle connaissait par cœur les répliques.

Et justement, Mme Kaug était la seule personne à qui il racontait ses déboires avec son frère. En passant toutefois sous silence son rêve étrange et ses attitudes déplacées. Elle avait eu beau tout faire pour en apprendre plus, Tullio avait été intraitable. On ne parle pas d’inceste à une vieille dame à cheval sur les principes. C’est elle qui l’avait persuadé de s’ouvrir à Isaia, elle encore qui lui avait soufflé l’idée de parler à son frère des choses qui l’intéressaient vraiment. Elle lui répétait souvent qu’être passionné suffisait à passionner les autres. Et cela embêtait Tullio, mais elle avait une fois de plus raison puisqu’il n’avait jamais eu l’impression d’ennuyer Isaia avec ses histoires, juste celle de se dévoiler plus que nécessaire. Plus que prévu. Encore quelque chose qu’elle essayait de lui faire rentrer dans la tête : il devait être plus spontané avec lui et oublier la gêne, les années passées, la distance. Prendre son temps pour le connaitre, pour l’accepter et enfin pouvoir l’apprécier réellement à sa juste valeur. « La famille, c’est important ». Et selon elle, le fait qu’Isaia ne soit pas son vrai frère ne changeait strictement rien à l’affaire. Il restait celui qui avait grandi à ses côtés.

C’est donc sur les conseils d’une vieille allemande naturalisée italienne que Tullio vivait sa relation avec Isaia. Ils s’étaient déjà disputés à ce sujet, lors d’un repas des pâtes qu’elle préparait divinement bien et qui se mariait parfaitement avec un Bordeaux Pomerol vieilli en cave. Elle lui avait fait promettre de lui dire la vérité, il avait refusé net. Jamais Isaia ne devait savoir qu’ils n’étaient pas frères. Parce qu’e sil l’apprenait, Tullio avait en réalité peur de sa réaction. Cela lui donnerait l’explication de beaucoup de choses. Notamment pourquoi ils n’avaient jamais réussi à s’entendre. Et tant d’autres détails de cet acabit, comme leur différence de physique. Isaia si élégant, si fin, et Tullio si ... banal. Ils n’avaient rien en commun, rien de fraternel. Et si Isaia l’apprenait, alors nul doute qu’il refuserait de faire le moindre effort pour son frère qui ne l’était pas. Il ne lui resterait plus aucune raison de se pourrir la vie avec lui. Isaia baisserait les bras et le mépriserait, lui tournant définitivement le dos. Et rien de ce que Tullio pourrait faire n’arrangerait les choses. Il voyait déjà son regard dégouté et lointain. Ses paroles cruelles qui signeraient la fin de leur ersatz de complicité retrouvée. Adieu, les sorties à deux et les discussions badines. Adieu, l’espoir de se retrouver. Tullio, à cette idée, envisageait presque tenir plus à leurs retrouvailles que son frère lui-même. Parce qu’Isaia était motivé par son désir de retrouver son frère. Et Tullio était uniquement animé par l’envie de le retrouver lui. En tant que personne meilleure.

Alors non, c’était hors de question qu’il arrive un jour et lui déballe tout ça. Et comme il n’y avait quasiment aucune chance qu’Isaia débarque un jour en lui disant « Dis voir, tu es vraiment mon frère ? », eh bien Tullio était protégé de lui-même. Il ne risquait pas de le lui avouer sans faire exprès. Et jamais il n’avait fait quoi que ce soit risquant de l’apprendre à Isaia, tout comme leurs parents qui avaient fait bien attention à ne pas se compromettre pour le laisser croire à ce bonheur qui était naturel, vu l’âge d’Isaia à son arrivée dans la famille Fazzio. Petit et même en grandissant, Tullio avait toujours appris à appeler Paola « maman » pour que son frère ne se doute de rien. A présent, ses vieilles habitudes ressortaient puisqu’au téléphone il l’appelait toujours par son prénom. Et comme cela faisait longtemps, très longtemps que les deux frères ne s’étaient pas retrouvés tous deux en présence de la concernée, Tullio avait laissé tomber ses réflexes. C’est donc tout naturellement qu’il usait de ce prénom au téléphone, tandis qu’elle lui donnait des nouvelles. Son père s’était fait un lumbago en voulant monter un meuble, et le médecin de famille l’avait obligé à prendre du repos. Du coup, ils profitaient de leur petite terrasse ensoleillée et rattrapaient leur retard de lecture, le week end. Paola lui apprenait également des nouvelles de leurs voisins et de leur famille plus éloignée. Jusqu’à ce qu’elle passe à l’habituel reproche.

- Maintenant que vous vous êtes retrouvés, pourquoi ne pas venir un week end avec ton frère ?

- Merci Paola, mais c’est un peu tôt encore. Isaia et moi n’en sommes qu’aux balbutiements, et je pense que l’un comme l’autre nous avons besoin de pouvoir nous éloigner à tout moment. Ce qui ne sera pas le cas si on rentre et que tout le monde nous entoure. Surtout lui.

- Mais ils seront contents de vous retrouver !

- Tu sais bien que j’ai toujours détesté l’attention dont tout le monde couvre Isaia alors ne m’impose pas ça. Ça ne ferait que raviver de vieilles blessures. Je ne veux pas le tenter de retomber dans ce qu’il essaye de brider. Sinon je vais le perdre parce que je vais le haïr de ne pas réussir à tenir sa promesse.

- Mais enfin, Tullio, c’est ton frère tu ne peux pas le perdre, vous restez une famille !

C’est là que le jeune homme haussa significativement la voix. A vrai dire, sa belle-mère avait tendance à l’agacer puisqu’elle n’appelait que pour lui dire et répéter ce genre de choses. Tullio refusait d’aller trop vite et de voir Isaia adulé de tous et entouré de belles attentions grâce à la démagogie dont il faisait toujours preuve. En usant de son charme indéniable. Et il en avait marre que Paola se mêle de leurs affaires, d’autant plus quand elle rabâchait constamment la même chose. C’est un peu énervé qu’il lui répondit, parlant fort, persuadé d’être entièrement seul dans son appartement.

- Mais arrête avec ça, Isaia n’est pas mon frère, alors je ne dois en aucun cas le considérer comme tel ! On ne se doit rien, lui et moi !

Il ne lui devait ainsi aucune fidélité et pouvait à tout moment décider de tout arrêter et s’en repartir dans son monde agréable et facile. C’est aussi pour cela que Tullio restait un peu distant et précautionneux avec lui. Hors de question de subir la désillusion de le voir s’éloigner en un rien de temps, juste sur un coup de tête. Il se disait sérieux, mais l’était-il vraiment ? Jusqu’à quel point Tullio pouvait-il lui faire confiance ? Le jeune homme n’avait aucune réponse, aucune certitude.
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: Mal-entendu [PV Izzy chéri]   Mer 25 Avr - 4:48

Quand Isaia était petit, il était curieux.

Pas seulement dans le mauvais sens du terme, d'ailleurs ; il était curieux de tout. Il voulait lire tous les livres, toucher à tous les instruments, apprendre tous les morceaux, il voulait tout connaître, tout savoir. Sa phase "pourquoi" avait été particulièrement pénible, lui avait dit sa mère. Même lorsque son père l'emmenait au conservatoire en voiture et qu'il lui racontait la façon dont le moteur fonctionnait, ça l'intéressait. Tout l'intéressait, en fait. Il ouvrait des yeux émerveillés sur le monde, et cherchait à tout capter dans son intégralité.

Quand il avait grandi, ça ne s'était pas arrêté. Il avait enchaîné les films, il était passé par une phase "cinéma" qui lui avait été très coûteuse, avant de se rabattre sur le téléchargement illégal. Vu qu'il était également mélomane (normal, quand on était prof de piano), sa cédéthèque était incroyablement bien garnie, que ce soit par les cd remasterisés de Glenn Gould en train d'interpréter les 24 préludes et fugues de Bach ou par l'intégrale d'Aerosmith, dont il aimait écouter les meilleures chansons quand il se sentait d'humeur à bouger, en passant par un nombre affolant d'OST et de musiques de films.

Il adorait lire, aussi. Il dévorait tous les bouquins qui lui tombaient sous la main. Il avait un faible pour la littérature dite classique, les romans de cape et d'épée, les épopées historiques, les livres écrits quelques siècles auparavant. Il aimait ouvrir un vieux livre et en sentir l'odeur de poussière qui en émergeait. Quand il était plus jeune, lorsqu'il n'était pas occupé à faire des mauvaises farces à Tullio, il se réfugiait dans le grenier de la maison et passait son après-midi à lire à la lueur fadasse de la lampe.

Grâce à cette curiosité, il avait acquis une très bonne culture générale et un esprit critique affûté. Sa mère avait toujours été fière de le voir s'intéresser à tout, et il en avait conçu l'idée que la curiosité était une bonne chose.

Pour la première fois de sa vie, Isaia se demanda si c'était vraiment le cas. Appuyé sur le mur à la gauche de la porte, il écoutait Tullio parler à sa mère. Il se demanda s'il était censé battre en retraite ou ouvrir la porte pour signaler sa présence, mais jamais la question ne devint plus cruciale que lorsque Tullio prononça son prénom. Mais la voix douce de son frère en train de parler de lui lui donna envie de sourire - il existait, dans la vie de Tullio, maintenant ! Il n'était plus celui dont on évacuait vite fait le sujet quand il tombait dans la conversation. Il y avait du nouveau. Des choses à dire.

"Merci Paola, mais c’est un peu tôt encore. Isaia et moi n’en sommes qu’aux balbutiements, et je pense que l’un comme l’autre nous avons besoin de pouvoir nous éloigner à tout moment. Ce qui ne sera pas le cas si on rentre et que tout le monde nous entoure. Surtout lui."

Tullio n'aimerait pas apprendre qu'il avait surpris cette conversation, il en était certain. Et lorsqu'il s'agissait de son frère, il n'était pas très doué pour cacher ses pensées. Peu importait à quel point Tullio lui faisait plaisir en prononçant son nom au téléphone, peu importait la façon dont il parlait de lui - l'entendre dire qu'ils n'en étaient qu'aux balbutiements remuait une corde de contentement dans sa poitrine (parce qu'il envisageait plus, en le disant de cette façon, n'est-ce pas ?), mais sa dernière phrase sonnait plus comme s'il était la bête de foire autour de laquelle tout le monde tournait - bref ; il valait mieux signaler sa présence avant que Tullio ait eu le temps de dire des choses qu'il regretterait peut-être, et qu'Isaia n'aurait pas voulu entendre. Il était certain que son frère avait accepté son retour dans sa vie, mais ça ne voulait pas dire qu'il acceptait tout de lui, et Isaia ne voulait pas l'entendre casser du sucre sur son dos. Il préférait l'ignorer - ce qu'on ignore ne peut pas nous faire de mal.

"Tu sais bien que j’ai toujours détesté l’attention dont tout le monde couvre Isaia alors ne m’impose pas ça. Ça ne ferait que raviver de vieilles blessures. Je ne veux pas le tenter de retomber dans ce qu’il essaye de brider. Sinon je vais le perdre parce que je vais le haïr de ne pas réussir à tenir sa promesse."

Doucement, il poussa la porte d'entrée et débarqua dans le salon, alors que Tullio continuait à parler - et il ne pouvait pas s'empêcher d'écouter. C'était si peu, et pourtant, il avait déjà un sentiment mitigé ; Tullio était capable de le haïr à nouveau, n'est-ce pas ? Il en faudrait peu. Juste un peu de jalousie... Leur relation n'était pas solide, pas assez, pour l'instant. Il ne désespérait pas d'arriver à la consolider un jour, et son espoir d'y réussir résidait dans le fait que Tullio n'avait pas l'air d'avoir envie de se remettre à le haïr - pas l'air d'avoir envie de le perdre. Il ne savait pas en quelle mesure c'était vrai, ou même si ce n'était pas son esprit qui l'interprétait de cette façon, mais si ça pouvait être vraiment le cas, si Tullio pouvait ne pas avoir envie de le perdre...

A cette pensée, un sourire idiot germa sur ses lèvres (oh non, il ne lui donnerait pas de raisons de le détester, ça non. Il ferait attention. Il faisait très attention, depuis un mois, et ça avait l'air de plutôt bien marcher... Il fallait juste que ça continue comme ça), et il leva la main pour signaler sa présence à Tullio. Son frère... qui n'avait pas envie de le perdre... C'était stupide comme de se l'imaginer comme ça lui gonflait le cœur de joie. D'autant qu'il ne savait même pas si c'était lui qui se faisait un film des paroles de Tullio. Tout de même, ça faisait plaisir ! Sa journée était faite, là.

Mais même une belle journée peut se briser comme un verre qui tombe sur un sol de carrelage.

"Mais arrête avec ça, Isaia n’est pas mon frère, alors je ne dois en aucun cas le considérer comme tel ! On ne se doit rien, lui et moi !"

La main d'Isaia se figea en l'air. Elle ne fut pas la seule à se figer, d'ailleurs - son visage en fit autant. Son cœur aussi. Et même le temps, autour de lui, sembla s'arrêter.

*Que... Quoi...?*

Il avait l'impression de voir la scène au ralenti. Les lèvres de Tullio qui bougeaient, le vent qui agitait les rideaux... Il enregistra sur le coup une myriade de petits détails inutiles, comme la corbeille de fruits posée sur la table, le ciel bleu, la façon dont le parquet lustré et la table vernie brillaient dans la lumière du soleil... C'était un spectacle magnifique, en soi. Magnifique et apaisant.

Du moins, ça l'aurait été si une bombe ne venait pas d'exploser à l'intérieur d'Isaia.

*Je... Comment ça, pas son frère ? Qu'est-ce qu'il veut dire par là ?*

C'était sans doute une figure de style. Une image. Isaia avait simplement imaginé le fait que Tullio ne voulait pas le perdre - en réalité, c'était le mot "haïr" qui avait sans doute eu le plus d'importance dans sa phrase. Tullio était en colère contre lui, pour une raison ou pour une autre, et il se déchargeait de cette colère en disant qu'il n'était pas son frère... C'était ça, non ? C'était bien ça ? Ça ne pouvait pas être autre chose, si ?

Mais si son corps lui donnait l'impression de fonctionner au ralenti, dans sa tête, c'était l'inverse, ça filait à toute allure ; et dès que cette pensée naquit dans les méandres de sa confusion, son cerveau s'appliqua à lui démontrer tout ce qui clochait dans une telle réflexion.

Premièrement, même quand on était fâché contre son frère, on ne disait pas "ce type n'est pas mon frère", même pour se défouler. Encore que, venant de Tullio qui l'avait haï pendant si longtemps, ça aurait pu être crédible... Mais on disait ça en face de la personne. Et Tullio lui aurait dit en face. Pas dans son dos.

Deuxièmement, à supposer qu'il le dise parce qu'il était fâché... pourquoi ? Isaia n'avait rien fait pour le fâcher. Ils s'étaient vus il y avait quelques jours à peine et ils s'étaient bien entendus, dans la limite de ce que leur proximité leur permettait pour le moment.

Troisièmement, quand on le disait et qu'on ne le pensait pas... On ne le disait pas sur ce ton sérieux. Et le ton de Tullio était mortellement sérieux.

Et quatrièmement... (des frissons glacés coururent le long de la colonne vertébrale d'Isaia quand il le réalisa), il disait qu'il n'était pas son frère, et il appelait sa mère Paola. Mettre de la distance avec deux membres de la famille, surtout quand on aimait l'un et qu'on était en pleine réconciliation avec l'autre, c'était un peu trop pour une personne, non ?

Il appelait sa mère Paola...

La main d'Isaia retomba lentement, tandis qu'il fixait Tullio, et que la seule possibilité lui montait au cerveau : la possibilité que ce soit vrai.

Tullio... n'était pas son frère ?

C'est impossible. Pas vrai ? Ils étaient ensemble depuis qu'ils étaient bébés. Ils avaient grandi ensemble. Toujours. Personne n'avait jamais émis l'idée que l'un ou l'autre puisse venir d'une famille différente...

mais ce n'était pas parce que c'était passé sous silence que ça n'avait pas lieu

Non. Il devait se faire des idées. C'était impossible que... que quoi, d'ailleurs ? Qu'Isaia soit adopté ? Que Tullio soit adopté ? Oui. C'était impossible que Tullio ne soit pas son frère. Que la personne avec qui il avait passé son enfance ne soit pas liée à lui par le sang. Tullio, qui avait joué avec lui, qui lui avait servi de bouc émissaire, puis qui l'avait haï, si longtemps...

Est-ce que deux frères de sang étaient capables de se haïr si longtemps ?

il a toujours appelé maman Paola

Isaia avait le bout des doigts glacés. Le temps reprenait petit à petit ses droits, mais la confusion qui lui dévastait le cerveau ne risquait pas de s'arrêter de sitôt.

*C'est une blague, c'est ça ?*

C'était pas possible que...

- T-Tullio ? balbutia-t-il.

Il fallait qu'il lui demande des explications. Il fallait qu'il sache - Tullio ne pouvait pas lui mentir, pas vrai ? Il ne pouvait pas lui avoir menti... pendant si longtemps... pas vrai ? Il avait dit une fois qu'il ne pouvait pas mentir à Isaia - il l'avait dit, et Isaia l'avait cru...

Ça ne pouvait pas être vrai... Tullio allait le détromper, très bientôt, lui dire que ce n'était qu'une blague...

Très bientôt...
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: Mal-entendu [PV Izzy chéri]   Mer 25 Avr - 6:29

Tullio se souvenait parfaitement du jour où tout avait changé dans sa vie. Où il avait dû réorganiser son existence. C’était un mardi matin. Son père lui avait dit qu’il n’irait pas à l’école, alors même qu’il était prêt, son cartable à la main et les yeux brillants comme à chaque fois qu’il filait vers une mine d’apprentissage qu’il avait toujours aimé exploiter. Au lieu de cela, ils s’étaient promené tous les deux le long de la rivière qui passait derrière chez eux, discutant de tout et de rien. Son père l’avait porté sur ses épaules, ce qui était plutôt rare puisqu’il lui avait dit et répété qu’il était à présent trop grand pour ce genre de choses. Effectivement, à son âge il était un peu trop capricieux et désireux de régresser un peu. Comme si paraitre plus jeune pouvait lui faire remonter le temps et lui ramener cette mère qu’il n’avait pas eu le temps de connaître. C’est ce jour-là qui avait fait changer le quotidien d’un petit garçon de quatre ans qui, depuis presqu’un an, partageait cette peine avec son père. Tous les deux, ils étaient heureux, finalement. Capable de se comprendre en quelques mots et de partager les joies les plus simples les unissant. Tullio se souvenait qu’à cet âge il faisait beaucoup de cauchemar, et qu’il se réfugiait souvent dans le lit paternel, bien trop grand pour une seule personne. Théoriquement, il n’y a rien de pire pour un enfant que de partager le lit de ses parents, et Antonio Fazzio le savait.

Mais comment pouvait-il refuser à son fils en larmes une place de réconfort ? Surtout qu’il était plutôt mauvais pour trouver les mots qui l’apaisaient, se contentant de le prendre dans ses bras en attendant qu’il s’endorme. Quoiqu’il puisse en dire, Antonio était doué avec son fils, surtout vu le drame qu’ils partageaient alors. Il réussit à reprendre le rôle de sa femme, en se levant chaque matin plus tôt pour préparer un petit déjeuner à peu près équilibré, profitant de l’aide de son fils pour presser les oranges. Il allait le chercher à l’école, pour après le déposer chez une voisine qui s’occupait de lui pendant qu’Antonio retournait travailler. Mais il rentrait toujours pour le diner, qu’il mettait un point d’honneur à préparer. Sauf de temps en temps où il n’en avait pas la force, commandant une pizza pour le plus grand plaisir du petit gamin de presque cinq ans qui savait alors qu’une soirée dessins animés était à prévoir. Souvent, ils s’endormaient tous deux sur le canapé après s’être épuisé toute la journée. Antonio pour faire vivre son fils et le rendre heureux, Tullio pour causer le moins d’ennuis possibles à son père dont il sentait l’implication. Et le matin, c’était le drame quand il fallait tout ranger, se dépêcher de se préparer et arriver un peu en retard à l’école. Mais Tullio comme Antonio appréciaient tout particulièrement ces soirées où ils consolaient leur peine dans le sourire de l’autre. Mais, les mois passant, Antonio ne parvenait pas à remplir totalement le vide créé dans la vie de son fils. C’est donc pour cette raison qu’il décida de s’ouvrir à nouveau aux femmes, pour se trouver une compagne et une mère pour Tullio. L’un comme l’autre avait besoin d’une présence à leurs côtés, c’était indéniable. Et si jusque-là Antonio s’était retenu pour ne pas troubler Tullio, il prit rapidement conscience que c’était mieux pour eux deux que de refaire leur vie, en s’ouvrant au reste du monde. Pour éviter que Tullio ne s’enferme dans cette construction exclusive qui aurait pu lui porter préjudice.

C’est donc peu avant les cinq ans déclarés de Tullio que son père rencontra Paola. C’était une jeune femme douce et sympathique, avec cette capacité à vous faire rire et vous attendrir en même temps. Elle était l’heureuse mère d’un petit garçon de deux ans et demi lorsqu’elle rencontra Antonio. Rapidement, les caractères de ces deux parents cherchant la même chose s’accordèrent et une nouvelle famille se créa, rendant tout le monde heureux. En fait, c’eut été absolument parfait s’il n’y avait pas eu une certaine tête blonde aux grands yeux bleu-gris qui lançaient des étoiles à assommer d’attendrissement le premier imbécile qui passait par là. Un véritable petit ange, trop petit pour se rendre compte de ce qu’il se passait si bien que, alors que Tullio savait qu’il n’était pas vraiment son frère, le petit Isaia n’en a jamais eu aucune idée. Et bien évidemment, le charme du petit Izzy fonctionna aussi sur son grand frère. Tullio se souvient parfois du jour où son père, prévenant, lui avait demandé l’autorisation pour qu’ils emménagent tous ensemble. C’était ce fameux mardi, où ils avaient longuement discuté. Du niveau de Tullio, évidemment, qui du haut de ses cinq ans avait besoin d’explications claires. Mais Antonio ne voulait rien faire sans l’accord de son fils. Il lui avait expliqué qu’un petit frère débarquait dans sa vie et qu’il faudrait en prendre soin comme s’il faisait réellement partie de la famille, depuis toujours. Bien évidemment, au vu du caractère conciliant et remarquable de Tullio cela ne lui posa aucun problème. Ce dernier lui donna, évidemment, son accord en déclarant avec un grand sourire qu’il aimait « Pola » (à l’époque son prénom était trop compliqué) et qu’il deviendrait frère avec Isaia.

Depuis, jamais il n’avait dérogé à cette règle sainte qui faisait de lui le frère officiel d’un petit monstre. Et si jamais il ne le montra, Tullio fut tout de même profondément affecté par la situation. Paola et Isaia lui avaient en quelque sorte dérobé son père. Même si ce n’était pas conscient, c’était un fait. Plus jamais Antonio n’emmena son fils en solitaire pour se promener, et toutes les balades se faisaient à quatre. Plus jamais Tullio ne vint apaiser ses nuits dans le lit de son père, devant apprendre à gérer seul son angoisse alors que Paola venait toujours voir Isaia en pleurs. Normal, ce n’était encore qu’un petit. Et plus les années passaient, plus Tullio se rendait compte qu’Antonio s’éloignait. C’était ce qu’il avait contribué à construire, ce qu’ils avaient décidé tous les deux mais le petit garçon ne pouvait s’empêcher d’être blessé quand son père, essayant de maintenir un équilibre, cédait tout à Isaia. Sous prétexte de l’intégrer et de devenir son père, Antonio délaissait un peu son véritable fils. Du moins c’est ainsi que le jeune garçon le ressentit. Et c’est très probablement cela qui était responsable du socle de rancune qu’il vouait à son frère adoptif. Pourtant il n’y était pour rien, tout était de la faute de deux parents qui marchent sur des œufs en essayant de faire au mieux. Ça, et tout le reste. Isaia était devenu l’homme à abattre, mais aucun regard suppliant ou demande de Tullio ne réussit à faire réagir son père, persuadé de bien faire pour la cohésion de la famille. Une famille qui se construisait à trois et dont Tullio se sentait rejeté.

Mais en grandissant, le jeune homme avait réussi à accepter cet état de fait. Surtout qu’Antonio et Paola faisaient de gros efforts depuis quelques années pour ne pas tout céder à Isaia et pour rester proche de Tullio. Même si, à bien y réfléchir, cela faisait longtemps que le père n’avait pas appelé son fils ... A cette pensée, Tullio serra compulsivement le combiné contre son oreille. Une boule dans la gorge. Et là, tout alla monstrueusement vite et à la fois terriblement lentement. Le premier bruit qu’entendit Tullio fut le claquement de sa porte d’entrée. Isaia, en rentrant, avait déplacé la chaussure qui la bloquait et elle venait de se refermer violemment. Dans un bruit un peu sinistre auquel il ne fit pourtant pas attention. Concentré sur sa discussion avec sa belle-mère. Qui répliquait d’ailleurs.

- Tullio, je t’interdis de parler comme ça de ton frère. Tu l’as toujours considéré comme tel, il est temps que tu arrêtes de te cacher derrière cette excuse. Il n’est pas de ton sang mais tu as vécu toute ta vie avec lui.

Justement. Il ne voulait pas. Car alors il était impardonnable d’avoir détesté aussi fort et aussi longtemps son frère. Inacceptable qu’il ait pu penser à lui d’une certaine manière quand il avait dormi chez lui. Inqualifiable qu’il puisse vouloir le changer au lieu de l’accepter tel qu’il est, comme un frère normal se devait de faire.

- Toute ma vie où il a démontré qu’il se moquait totalement de ce que je pouvais ressentir. J’ai essayé Paola mais on est grands maintenant, ce n’est plus la peine de faire semblant !

C’est à cet instant précis, alors qu’il laissait mourir sa phrase, que Tullio entendit son prénom faiblement articulé. Il ferma les yeux, et le seul mot qui lui vint à l’esprit fut « eh merde ! ». Il reconnaissait cette voix. Il la reconnaitrait entre mille. Son cher frère. Qu’avait-il entendu ? Est-ce qu’il avait compris quelque chose qu’il n’aurait jamais dû savoir ? Bordel c’était mauvais, très mauvais ...

- Je te rappelle, fut tout ce qu’il réussit à dire avant de raccrocher et de laisser tomber le combiné par terre.

Tullio se retourna lentement, très lentement. En priant pour avoir rêvé son prénom prononcé. Mais quand il rouvrit les yeux après un demi-tour qui lui avait semblé aussi difficile que la traversée de l’océan à la nage, Isaia était bien là. Tullio tenta un sourire décontracté. Essayer de feindre la surprise. La joie de le voir. Tout miser sur la possibilité qu’il n’ait pas compris ou pas entendu. Même si, vu le visage de son interlocuteur, Tullio en doutait. Mais jusqu’au bout il fallait essayer.

- Hey. Tu es en avance ...

Si seulement il ne l’avait pas été. Si seulement Paola n’avait pas appelé. Si seulement il avait réellement été son frère. Il n’aurait pas vu cette expression sur le visage de celui qu’il essayait de faire rentrer à nouveau dans sa vie. Or, s’il avait entendu, nul doute que ce serait la dernière fois qu’il voyait Isaia. Sans compter que ce dernier le laisserait à nouveau tomber, sans vouloir poursuivre ses efforts pour rien.
Pour lui.
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: Mal-entendu [PV Izzy chéri]   Mer 25 Avr - 7:40

Il y avait eu la première fois où il s'était fait larguer. Il se rappellerait sans doute certainement toute sa vie de ce jour ; lui, le roi, la majesté, on osait le larguer ! C'était au collège, et la chose avait longtemps compté dans son esprit comme une de ses plus cuisantes humiliations, un truc dont on ne pouvait pas se rappeler sans un pincement au cœur.

Et il y avait eu aussi la fois où un type probablement jaloux au lycée lui avait sorti ses quatre vérités sans ambages. La cour de suivants de Sa Majesté Isaia lui était tombée dessus, mais on ne pouvait pas rattraper les mots une fois qu'ils étaient sortis, et ils s'étaient incrustés dans l'esprit d'Isaia comme un mauvais souvenir - tout ce que l'autre lui avait sorti sur son caractère et sa vanité ne l'aurait pas vraiment touché si au fond, il n'avait su que c'était vrai.

Bref, jusqu'ici, Isaia avait déjà expérimenté quelques fois ce que ça faisait de se prendre de plein fouet une vérité malvenue, et il avait fini par se dire que c'était désagréable, mais qu'il survivrait. Maintenant, les pieds soudés au sol de l'appartement de Tullio, il comprenait qu'il n'avait jamais vraiment été atteint par les autres, même quand il avait cru que ça lui faisait mal.

Et, au même instant, il comprit pourquoi : toutes les choses qui l'avaient blessé par le passé étaient celles qui l'avaient heurté dans sa fierté. Tullio, là, avait un angle d'attaque sensiblement différent ; ce qu'il venait de frapper de plein fouet, comme une balle de base-ball lancée à toute allure sur un vase en verre, c'était sa confiance.

Évidemment. Personne ne l'avait jamais atteint par là parce qu'il n'avait jamais assez fait confiance à quelqu'un, à part à sa famille. Ses petites amies avaient toutes été beaucoup trop passagères. Ses amis n'étaient pas assez proches de lui. Quant à son meilleur ami, Valentino... Ils se connaissaient par cœur, et en plus, il ne se voyaient qu'une fois tous les trois mois au mieux - tous les ans au pire. Isaia ne voyait pas comment il aurait pu être trahi par Val.

Mais il ne pensait pas non plus que Tullio aurait pu le trahir. Il savait que son frère - ... enfin, le type qui se trouvait devant lui... - l'avait haï. Pendant longtemps. Et ça ne l'aurait pas étonné qu'il ne soit qu'à moitié sincère dans son acceptation de réconciliation, même si Isaia n'avait jamais vraiment eu cette impression. Mais là... même avec toute la haine que Tullio avait jamais eu à son égard, même en additionnant le tout... il ne s'attendait pas à ça.

Le problème, c'était qu'il n'y avait pas que Tullio qui était impliqué. Il y avait aussi sa mère, il y avait son père. Sa mère, qu'il aimait tant. A qui il vouait un culte. Sa mère, la sainte parmi les saintes, la gentillesse faite femme, le seul terrain au monde où le Mal ne pourrait jamais planter une seule graine. Et son père... Le gentil papa, aimant, attentionné, qui n'oubliait jamais l'anniversaire de ses enfants, qui préparait des pâtes à la carbonara à couper le souffle... Son père, adorable. Ses parents...

Qui n'étaient peut-être même pas ses vrais parents.

Enfin - il était trop tôt, Tullio n'avait même pas encore dit un mot. Il avait une chance de croire qu'il imaginait tout, qu'il avait rêvé. Que c'était une phrase balancée sous le coup de la colère. Que rien de tout ça n'était vrai.

Il y avait une chance, effectivement, mais quelque part, elle fut balayée comme des confettis quand Isaia découvrit le visage de Tullio lorsqu'il se tourna vers lui, après avoir raccroché - il n'entendit même pas les mots qu'il servit à leur mère.
... Enfin... à la femme qui les avait élevés.

Où se trouvait la vérité ? Il fallait qu'il sache. Il ne sortirait pas d'ici sans savoir. Ce n'était pas rien - il n'y avait qu'à lire l'expression de Tullio, il n'y avait qu'à regarder la façon dont il avait pâli.

"Hey. Tu es en avance..."

Alors, c'était ça ? Une phrase bateau, un passe-partout ? Un déni ?

Dans le flou de ses pensées, Isaia ne savait pas trop ce qu'il attendait, mais une chose était sûre : pas ces mots, en tout cas. Il s'attendait à des explications. Des excuses, peut-être. Pas à ce qu'il fasse comme s'il ne s'était rien passé. Parce que bordel, il venait de se passer quelque chose ! Il venait de fissurer le cœur d'Isaia, sa confiance envers sa famille, il venait de faire exploser son monde en éclats, et ça, c'était pas rien.

Peut-être que c'était une perche qu'il lui tendait. Fais semblant de n'avoir rien entendu, mon ami. Fais comme s'il n'y avait rien eu. Ce que tu ignores ne peut pas te faire de mal. Continue à l'ignorer. Je te donne la chance d'y arriver, prends-la. Ne la laisse pas s'échapper. C'était beau. Et tellement illusoire, aussi - Tullio en avait trop dit ou pas assez.

Isaia passa une main dans ses cheveux, mais ça ne l'aida pas à retrouver ses esprits. Il fixa Tullio, puis un sourire incrédule naquit sur ses lèvres. Ça faisait mal. Que ce soit la vérité ou que ce soit un mensonge, dans les deux cas, ça faisait mal. Est-ce que c'était ça, sa punition divine ? Que le type en face de lui lui en veuille au point de ne pas le considérer comme son frère, ou alors que ce soit vrai, et qu'ils n'aient aucun lien de sang ?

Il avait vingt-trois ans, bon sang. Vingt-trois ans. Est-ce qu'il valait mieux que ce soit vingt-trois ans de rancœur fournie ou vingt-trois ans de mensonges ?

- C'est... c'est quoi, cette histoire ? Tullio...

Il eut honte de sa voix. Elle était rauque, comme s'il avait laissé son habituelle enveloppe de soie coincée au fond de sa gorge - c'était sans doute ça, la boule qui la bloquait. C'était pas la voix du type charmeur - celle qu'il employait parfois avec Tullio quand il voulait le convaincre de quelque chose. C'était pas glamour, une voix comme ça. Et son visage où se reflétaient l'incrédulité et la douleur, c'était pas glamour non plus. Pas du tout. Il ne voulait pas que Tullio le voie comme ça. Il aurait voulu baisser la tête, mais quelque part, il ne parvenait pas à quitter son frère des yeux.

- T'es fâché contre moi pour quelque chose, et... t'as dit ça sous le coup de la colère, hein ? Tullio !!

Son ton brusque avait pour but de forcer Tullio à parler, mais ce fut comme s'il s'était donné une claque à lui même. Le sourire avait disparu - oh oui, disparu dans le néant - et il ne restait plus rien. A part l'espoir, le fol espoir que peut-être, il était en train de rêver, dans son lit. Parce que ça ne pouvait pas arriver, c'était simple : on ne pouvait pas se réveiller, un beau matin ensoleillé, et apprendre tout à trac que notre frère n'était pas notre vrai frère et que nos parents n'étaient peut-être pas nos vrais parents. On ne pouvait pas se réveiller un jour et apprendre qu'on avait passé près d'un quart de siècle à vivre dans le mensonge. Ça, c'était bon pour les gens qui ont un karma pour ça dès le départ, qui attirent les ennuis comme la confiture les mouches, et Isaia, il n'était pas ce genre de type, si ?

Bon sang. Ça ne pouvait pas être vrai. Il fallait que Tullio lui explique...
Même s'il n'était pas entièrement sûr d'avoir envie de savoir.
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: Mal-entendu [PV Izzy chéri]   Mer 25 Avr - 12:18

Quelle ironie que le destin, tout de même. Qu’Isaia l’apprenne de cette manière, à cet instant, c’était un sacrée pied de nez que la vie faisait à Tullio en cet instant. Parce que, si l’on remontait un certain nombre d’années en arrière, c’était assez impressionnant de compter le nombre de fois où Tullio avait voulu tout raconter à son frère. Lui déballer la vérité brute, comme ça, sans aucune précaution ni gentillesse. A chaque fois que son frère l’accusait à tort, à chaque fois qu’Isaia se servait de lui pour le couvrir, l’emmener quelque part avec ses amis ou tout simplement à chaque fois qu’il lui prenait ce qu’il aimait le plus. Son père, la fille dont il était amoureux. Il avait toujours eu envie de lui rabattre son caquet avec une phrase bien sentie et teintée de la haine qu’il avait eu pour lui. Quelque chose du genre « de toute façon tu n’es pas mon frère alors tu peux bien me faire tout ce que tu veux, je m’en fiche. Tu n’es rien pour moi ». Toutefois, il n’avait jamais pu se résoudre à lui dire quelque chose d’aussi méchant mais véridique. Premièrement, parce que Tullio était quelqu’un de gentil à l’époque et qu’il avait toujours tout fait pour maintenir un équilibre. Et, comme personne ne le croyait quand il dénonçait Isaia dans ses conneries, le jeune homme avait préféré ne plus faire de vagues et toujours donner raison à son frère. Quitte à se faire punir à sa place.

Et il l’avait détesté pour cela. Les soirs passés sans télé ou les anniversaires avec ses copains annulés parce qu’Isaia avait fait une farce ou fait quelque chose de répréhensible. Les week end gâchés quand il se faisait accuser pour une quelconque très mauvaise idée de son cher cadet. Tullio en avait l’habitude. Et il n’avait aucune arme contre le démon, sinon celle de la vérité. Tous les soirs où, de dépit, il pleurait dans son oreiller, le petit garçon puis l’adolescent imaginait des scénarios dans lesquels il lui balançait la vérité dans la figure. Se faisant un plaisir de savourer son visage torturé, horrifié par la nouvelle. Se délecter de son désespoir et de sa colère. Oh que oui il en avait rêvé. Et pourtant, même lors de leur dernière dispute qui l’avait fait partir loin de lui et de ses parents, Tullio avait dit ses quatre vérités à Isaia. Mais pas ça. Il l’avait gardé pour lui. Avec comme souvenir la promesse qu’il avait faite à son père, de ne jamais confronter Isaia à cette nouvelle peu agréable qu’il était inutile de lui apprendre. Paola et lui avaient beaucoup réfléchi avant de prendre une telle décision. Ils avaient pesé le pour et le contre en réévaluant régulièrement leur décision. A l’âge où Isaia avait été en âge de comprendre, les deux adultes avaient eu une longue discussion. A laquelle Tullio avait assisté, assis sur les escaliers qui menaient à l’étage et à leurs chambres à Isaia et lui. Paola voulait lui dire, promettant qu’il comprendrait et que cela ne changerait rien. Antonio refusait, pris d’une peur égoïste mais vivace qu’Isaia ne se détache de lui en apprenant qu’il n’était pas son vrai papa. Tullio espérait de toutes ses forces que ses parents décident de le lui avouer. Mais c’est finalement son père qui eut le dernier mot.

Ce fut la première et presque seule dispute qu’il entendit éclater entre ses parents. Ils s’entendaient tellement bien ... Mais Antonio ne pouvait envisager que le petit ange aux cheveux d’or ne l’aime moins. Et c’est son angoisse qui les avait menés là, aujourd’hui. Tullio s’était promis de tenir le serment fait à son père, renouvelé le lendemain même de cette dispute. Il ne dirait rien à Isaia, qui pouvait parfaitement vivre entouré de l’amour égal de ses deux parents. Car au final, cette histoire n’avait pas vraiment d’importance, puisque seule comptait l’éducation que les deux jeunes hommes avaient connue ensemble. Pourtant, Tullio se raccrochait à cette vérité pour justifier son attitude, pour lui donner une excuse à son refus, qu’il croyait immuable, de lui pardonner. Cela le déculpabilisait un peu de se dire qu’au final, Isaia n’était pas vraiment son frère et qu’il n’avait donc aucune obligation de l’aimer, de lui pardonner, ou de se rapprocher de lui. Il aurait seulement aimé le lui balancer une fois dans la figure. Lors d’une altercation, pouvoir lui annoncer ça en face. De sa bouche. Et admirer le résultat. Mais il n’en avait pas le droit, se l’était interdit. Pour le bonheur de ses parents, qui avaient décidés cela il y a longtemps. Et, même si Tullio adulte était persuadé que ce n’était pas la bonne décision, il était bien trop tard pour y faire quoi que ce soit. Les secrets sont des vices qu’il faut garder en son sein, quitte à se faire dévorer de leur poison.

- C'est... c'est quoi, cette histoire ? Tullio...

Le cœur de l’ainé des Fazzio se serra fortement dans sa poitrine. La voix de son frère, son attitude. Son sourire automatique, comme s’il recherchait quelque chose de familier pour se rassurer. Comme s’il cherchait dans le regard de son grand frère une réponse. Tullio était sûr que son interlocuteur attendait qu’il explose de rire en lui disant que ce n’était qu’une blague de très mauvais goût. Cela aurait peut-être amoindri sa peine. Et le jeune homme aurait été prêt à le faire, mais trop de paramètres l’en empêchaient. D’abord, la phrase anodine qu’il avait voulu placer pour faire genre alors qu’au final elle ne faisait que l’enfoncer. Ensuite, la peine que cela causerait à son frère de le voir plaisanter à ce sujet. Et enfin, son incapacité totale à lui mentir. Il ne pourrait jamais lui dire que tout ce qu’il avait entendu n’était que mensonge. Et voir Isaia comme ça, c’était dur. Plus dur que Tullio ne l’aurait cru. Ses traits d’habitude toujours parfaits, équilibrés et semblable à une gravure de mode étaient tordus. Tombants et tristes. Sa bouche qu’il admirait tant et qui retenait l’attention du sommelier se tordait en un rictus nerveux. Ses fossettes avaient pris des vacances soudaines, et ses yeux ne reflétaient plus qu’angoisse et souffrance.

Tullio regrettait déjà. Il ne voulait pas imposer cela au frère qu’il essayait de retrouver. Il ne voulait pas le faire souffrir, ce n’était pas le but. Il n’avait jamais pu se résoudre à vouloir faire du mal volontairement à Isaia, malgré sa rancune tenace et les reproches qu’il avait pu lui faire. Car Tullio était fondamentalement gentil, malgré sa froideur et sa franchise parfois blessante envers son cadet. Et maintenant qu’ils faisaient régulièrement des pas l’un vers l’autre, il était difficile d’affronter ce visage. Qu’il n’avait jamais vu. Même les rares fois où Isaia s’était fait prendre la main dans le sac, même quand ils s’étaient séparés, même quand il avait vécu quelques déceptions. Jamais ce visage n’avait occulté la façade souriante et confiante de son frère. C’était la première fois qu’il le voyait, et déjà il aurait aimé l’oublier. Alors que cette image resterait perpétuellement gravée dans sa tête. Tullio, de son côté, n’était pas en meilleur état. Son visage était livide, ses yeux ne voyaient plus qu’Isaia, ses mains tremblaient légèrement. Il se retint d’ailleurs au mur qui passait par là. Qui avait toujours été là. Mais Tullio n’était plus dans son appartement, il était dans un endroit cotonneux dans lequel le moindre mouvement était compliqué. Un goût acide lui remonta dans la gorge quand Isaia reprit la parole.

- T'es fâché contre moi pour quelque chose, et... t'as dit ça sous le coup de la colère, hein ? Tullio !!

Il ne pouvait pas se défiler. Isaia était trop impérieux, lui posant la question directement. Il ne pouvait pas esquiver, il ne pouvait pas espérer une porte de sortie. Les mots lui arrachèrent la bouche, chaque respiration était un supplice mais il dut lui dire. D’une voix basse, mal assurée. Il butait sur certains mots tout en frissonnant. Il était plus que mal, là ...

- Je ... ne suis pas ... fâché. C’était laborieux. Ce n’était pas ... de la colère. Je n’ai aucune raison d’être en colère contre toi. Je... Tu n’es pas mon frère de sang, Isaia. Toi et moi, on est pas ce que tu as toujours cru.

Et qu’est-ce que c’était difficile de lui dire ça. C’était comme si on devait lui arracher chaque mot. Il avait l’air au moins aussi perdu qu’Isaia, au moins aussi en détresse. Et il savait qu’il n’y pouvait rien. Qu’il ne pourrait pas s’arrêter là.

- S’il te plait ne m’oblige pas à ...

Si le monde d’Isaia devait s’écrouler en cet instant, celui de Tullio aussi. Voilà qu’il venait de lui avouer ce qu’il s’était toujours retenu de dire, au moment où il en avait le moins envie.
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: Mal-entendu [PV Izzy chéri]   Jeu 26 Avr - 2:19

Si Isaia avait espéré jusqu'au dernier instant, jusqu'à la dernière seconde, il aurait suffi qu'il voie la tête de Tullio pour comprendre que ça ne servait à rien. Et comme ses yeux étaient rivés au visage de son frère, comme il n'arrivait pas à en détacher le regard, il ne voyait que ça. La pâleur qui envahissait ses joues, ses yeux écarquillés, la façon dont il semblait soudain manquer d'équilibre, tout indiquait que ce qui venait de sortir de sa bouche et de tomber dans l'oreille d'Isaia était malheureusement vrai.

Vrai. Alors, Tullio n'était pas son frère. C'était juste... un étranger. Un mec qui n'aurait pas pu le sauver s'il avait fallu lui faire une transfusion sanguine ou un don d'organe, et inversement - parce qu'il n'était pas son frère de sang. Ils n'avaient aucun lien, à part celui d'avoir été élevés ensemble, par les mêmes personnes.

"Je ... ne suis pas ... fâché. Ce n’était pas ... de la colère. Je n’ai aucune raison d’être en colère contre toi. Je... Tu n’es pas mon frère de sang, Isaia. Toi et moi, on est pas ce que tu as toujours cru."

Une hache émoussée tombant sur un cou et ne réussissant pas à achever son propriétaire n'aurait pas pu faire plus mal. Isaia cligna des yeux, incertain de la marche à suivre, et détourna le regard, ailleurs, n'importe où, sur le parquet, sur la table, sur le monde qui continuait à tourner comme si rien de spécial ne s'était passé - mais pas sur Tullio.

C'était pas possible, bon sang...

Ses parents le savaient, bien sûr. Tout le monde savait, sauf lui. Comment avaient-ils pu lui cacher une chose d'une telle importance ? Si on le lui avait expliqué, enfant, il aurait compris, bon sang ! Il avait déjà montré à plusieurs reprises qu'il était intelligent. Ou même, adolescent. Il se serait sans doute senti un peu déstabilisé, mais il aurait apprécié la franchise de ses parents.

Mais là, il était adulte, et il apprenait qu'il n'était pas le frère de son frère en surprenant une conversation totalement par hasard. Si Pietro était venu à son cours, le monde aurait continué à tourner, et Isaia n'aurait peut-être jamais su que Tullio n'était pas son frère. Il aurait été laissé dans l'ignorance, alors que tout le monde savait. Peut-être même que ses oncles et ses tantes savaient ! Peut-être qu'il y avait eu un conciliabule familial et que tout le monde s'était dit "Isaia est le seul qui ne sait pas. On va continuer à ne rien lui dire, c'est mieux comme ça". Ça partait peut-être d'une bonne intention, mais bon dieu, qu'est-ce que ça faisait mal.

"S’il te plait ne m’oblige pas à ..."

La voix de Tullio était bizarre. Isaia releva les yeux vers lui, étrangement détaché, comme si son esprit s'était envolé au dessus de son corps et regardait toute la scène en tant qu'outsider. Peut-être qu'il fallait bien ça pour oublier la douleur qui se déversait dans ses veines et la colère qui grandissait dans son cerveau.

S'il avait été en l'état, peut-être qu'il aurait pu avoir pitié du trouble de Tullio, du fait qu'il semblait regretter amèrement d'avoir laissé échapper une telle bombe ; s'il avait vraiment fait attention, il aurait pu remarquer que son frère n'allait pas mieux que lui, et il aurait pu avoir pitié. Il aurait pu considérer les arguments avec objectivité : si Tullio ne lui avait pas dit, c'était sans doute qu'il avait des raisons. Si, malgré des années de haine nourrie, il ne lui avait jamais rien dit, c'était peut-être qu'il tentait de protéger Isaia, à sa manière.

La pensée traversa le cerveau d'Isaia, un instant, mais il se rendit compte que la plus grande preuve de haine que Tullio avait jamais eu à son égard avait été justement de ne rien lui révéler. De s'imaginer qu'on vivait mieux dans l'ignorance. C'était stupide : l'ignorance ne durait jamais, et tôt ou tard, la vérité finissait par émerger. Et généralement, elle émergeait toujours de la façon la plus désagréable possible... Dans le cerveau confus d'Isaia, une phrase inscrite sur une jaquette de CD lui revint à l'esprit.

You can't stop the truth from leaking.

Un jour, il avait eu une petite copine un peu plus sérieuse que les autres. Ils étaient restés ensemble huit mois, ce qui était plus qu'honorable pour un type comme Isaia. Même si ce n'était pas le Grand Amour, il s'entendait bien avec cette fille, et il se sentait bien avec elle. Et puis, il y avait eu cette soirée, où il avait un peu trop bu ; il avait couché avec une fille dont il ne se rappelait même plus le visage - une fille qu'il avait rencontrée ce soir-là, et qui avait disparu de sa vie le lendemain.

Elle avait paru très compréhensive quand il lui avait demandé de n'en parler à personne, et peut-être qu'elle avait tenu parole, peut-être que la fuite n'était pas venue d'elle. Peut-être que quelqu'un les avait vus s'embrasser dans un coin de couloir avant de s'enfermer dans une chambre, et que c'était comme ça que ça avait commencé. Quoi qu'il en soit, Bidule l'avait su, s'était empressé de le répéter à Machin, qui l'avait raconté à Chouette, et au final, c'était arrivé aux oreilles de sa copine. Qui n'avait que très moyennement apprécié. Isaia se souvenait encore de ses paroles.

"Que tu couches avec une autre fille en étant bourré, ce sont des choses qui arrivent. Mais que tu juges préférable de me le cacher au lieu de m'en parler directement, ça, Isaia, c'est intolérable. Comme on dit, faute avouée à moitié pardonnée."

Cette fois-là, comme la faute n'avait pas été avouée, elle n'avait pas été pardonnée. Isaia s'était senti coupable, et s'était promis de retenir la leçon - et voilà maintenant qu'il lui arrivait la même chose. Avec la différence que ce n'était pas sa copine qui l'avait trompé, mais son frère qui lui avait caché toute sa vie qu'il n'était pas son frère. Sa famille qui lui avait menti. Pendant plus de vingt ans. Il comprenait mieux les sentiments de son ex-copine, maintenant...

Il fallait qu'il dise quelque chose. Il était resté silencieux pendant longtemps, et Tullio allait finir par s'inquiéter. Enfin, à supposer qu'il soit capable de s'inquiéter pour un type qui n'était pas son frère.

- Ne pas t'obliger à quoi ?

Il était calme, finalement. Étonnamment calme. Son esprit voletait toujours au dessus de son corps, et sa voix était douce. Trop douce. Un peu flippante. Isaia n'avait jamais été vraiment un maître de la technique "passer un savon sans élever la voix", mais là, c'était trop gros pour une colère basique. Ses lèvres s'étirèrent à nouveau en un sourire d'un froid polaire, et sa voix charriait des glaçons lorsqu'il ajouta :

- A me révéler quelque chose que tout le monde m'a toujours caché ? Histoire que tu puisses encore me considérer comme le dernier des cons pendant quelques temps ?

Il ne voulait pas dire ça. Il ne savait même pas pourquoi ça sortait de ses lèvres. Il avait passé tellement de temps à faire en sorte que Tullio ne lui en veuille plus, qu'il accepte de le fréquenter, qu'il finisse par le pardonner... Est-ce que ça valait la peine de tout gâcher maintenant ?

Mais une petite voix dans son esprit lui glissa que c'était avec son frère qu'il avait voulu se réconcilier. Et que le type qui se trouvait en face de lui, là, ce n'était pas son frère, selon ses propres dires. Qu'est-ce qu'il y avait à faire contre ça ? Il tentait de se réconcilier avec quelqu'un qui l'avait haï pendant des années, et qui au final, n'était même pas de son sang.

*C'est pas ça l'important*, tenta l'autre partie de son cerveau celle qui n'était pas d'accord avec sa Petite Voix et qui lui donnait l'impression d'être schizophrène. *L'important, c'est que Tullio et toi vous avez grandi ensemble. C'est peut-être pas ton frère de sang, mais c'est ton frère quand même. C'est pas rien.*

°Tu parles !° s'exclama sa Petite Voix. °Un frère qui t'a haï pendant des années ! Tu trouves vraiment que ça vaut le coup de se casser le cul, maintenant que tu sais que tout ça c'est du barratin ? Maintenant que tu sais qu'il t'a menti pendant tout ce temps ?°

Mais Tullio avait fait ça pour le protéger, non...?

Isaia passa ses doigts sur ses yeux, fatigué du débat qui s'alimentait dans les ténèbres de son cerveau. Il ne savait même pas quel camp choisir, et les deux voix étaient plus virulentes l'une que l'autre.

Bon. Déjà, il fallait des explications. Il releva les yeux vers Tullio - qui n'était pas son frère... Est-ce qu'il se ferait un jour à l'idée ? - et dit d'une voix plus sèche qu'il ne l'aurait voulu :

- Dis moi la vérité, Tullio. Tu me dois bien ça. J'ai été adopté, c'est ça ?

Maintenant qu'il y pensait, il n'avait pas vraiment de ressemblance physique avec le reste de sa famille... Il suffisait de voir Tullio, brun, les yeux bleus, certes, mais d'un bleu beaucoup foncé que celui d'Isaia. Et son père, il ne lui ressemblait pas non plus. Antonio était brun, et Isaia était blond... et en dehors de ça, ils ne partageaient aucun trait physique, le nez, la bouche... Ils n'avaient rien en commun. On lui avait parfois dit qu'il ressemblait à sa mère, et il l'avait cru aussi, pendant longtemps, leur blondeur, leur nez droit, la fossette dans la joue quand ils souriaient... Mais peut-être que c'était juste son imagination, en fait ? Peut-être que les gens disaient ça pour être polis, et qu'il les avait crus ?

Bon sang... Pendant des années, il n'avait jamais rien su...

Mais cette fois, il saurait tout. Il croisa les bras et regarda Tullio d'un air sombre, l'air de celui qui ne se contenterait pas de la moitié de la vérité. Maintenant, il voulait savoir, et TOUT savoir. Il ne partirait pas d'ici sans que Tullio lui ait dit tout ce qu'il savait.

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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: Mal-entendu [PV Izzy chéri]   Jeu 26 Avr - 6:33

Théoriquement, Tullio n’aurait jamais dû se trouver dans cette situation. Parce que, quand une famille décide de cacher quelque chose d’aussi important à l’un de ses membres, ce n’est pas à celui qui n’avait pas eu son mot à dire de tout révéler. Ce n’était pas à l’enfant de huit ans qu’il était à l’époque et qu’il redevenait subitement qu’incombait cette tâche. Parce que là, Tullio n’était rien de plus qu’un petit garçon tremblant et peureux. Rempli par quelque chose de trop lourd à porter, de trop angoissant. Ce n’était pas son rôle de faire ça. Mais le jeune homme savait bien qu’il ne pouvait pas se cacher derrière le petit garçon qu’il avait l’impression d’être. Il n’avait pas le droit de s’enfuir par cette porte de sortie en faisant « comme si » il n’avait encore que huit ans et qu’il ne pouvait pas porter cette responsabilité. Pourtant, il en mourrait d’envie. Ce devait être confortable de ne pas avoir à endosser une place qui n’était pas la sienne, agréable de se sentir protégé par son statut et son jeune âge.

Et, si Tullio avait bien conscience que dire ça à Isaia n’aurait aucun sens, sinon de se faire détester un peu plus, il savait que ce n’était pas normal. Ce n’était pas à lui d’apprendre ça à son frère. Il n’avait pas eu son mot à dire dans la décision de ses parents, ne l’avait jamais eu. N’avait pu que se plier à leurs directives et à leurs décisions. Soudainement, Tullio éprouvait un élan de colère intense envers son père. Il avait décidé arbitrairement cela, pour protéger son petit confort et ne pas risquer un rejet de la part de son fils adoptif. Pour son bien-être, pour se rassurer. Mais est-ce qu’il avait pensé à celui qui un jour devrait apprendre la vérité à Isaia ? Car ce jour serait fatalement arrivé. Dans n’importe quelle situation, il y avait le risque qu’il apprenne. Si Isaia avait un accident, s’il avait des problèmes de santé, peu importe. Et à ce moment-là, quelqu’un aurait bien dû lui expliquer. Est-ce que Antonio se reposait d’avance sur sa femme, en pensant que ce serait elle la mieux placée pour parler à son fils ? Au final, ce père ne l’était que quand il le souhaitait. Et tout retombait sur le seul qui n’avait jamais voulu vivre ça. Sur le seul qui n’avait aucune raison de le lui avouer.

L’image de son père en prenait un coup, là. Tullio, qui l’avait si souvent admiré, revoyait son jugement. Pourtant, pourtant il savait que c’était aussi dans l’intérêt d’Isaia. Car on élève mieux un petit garçon, d’autant plus turbulent comme lui, si la réponse « de toute façon t’es pas mon père ! » ne vient pas compliquer les choses. L’autorité d’Antonio aurait pu être compromise, et l’éducation d’Isaia aurait pu être encore plus compliquée. Le petit génie aurait pu mal tourner pour se rebeller à l’autorité qu’il ne reconnaissait pas. Et puis, en sachant la vérité, Isaia aurait pu passer son temps à mesurer l’amour donné par Paola et Antonio, analysant chacune de leur réaction. Et Tullio savait que le gamin de l’époque aurait aussi pu redoubler son charme pour tenter de s’approprier son père qui, culpabilisant, se serait empressé de lui répondre. Bref, connaissant le caractère qu’il avait à l’époque, le lui annoncer aurait été une terrible erreur, sans doute.

Mais alors pourquoi Paola ne l’avait-t-elle pas invité un jour ou deux chez eux pour en discuter ? Pourquoi n’avait-elle pas pris ses responsabilités en avouant tout à son fils, une fois celui-ci devenu adulte ? La chose serait venue un peu tard, mais cela aurait été de toute façon moins catastrophique que la découverte fortuite qu’il venait de faire. C’était à eux de le dire à Isaia. Ce n’était pas à Tullio, qui n’avait aucune autorité ni aucun rôle dominant sur lui, d’avoir à le faire en cet instant. Le jeune homme aurait voulu se terrer dans un trou de souris. Aurait aimé pouvoir résister aux questions d’Isaia pour le renvoyer vers leurs parents. Refuser de lui répondre aurait été salvateur. Car plus Isaia demandait, plus Tullio devait répondre et plus la situation s’envenimait. Ce dernier avait envie de hurler qu’il ne lui dirait rien, que c’était du rôle de sa mère de tout lui dire. Qu’il se refusait détruire de lui-même tous ses fondements, tout ce en quoi il avait cru. Qu’il répugnait à devoir faire s’effondrer son monde à coups de massue prenant l’apparence de mots.

Parce que c’est ce qu’il faisait. Tullio le vit bien quand son interlocuteur détacha son regard du sien. Il le fuyait. Etait-ce pour ne pas lui montrer toute la peine qu’il venait de lui causer, ou bien parce qu’il le méprisait pour ne jamais rien lui avoir dit ? Tullio penchait plutôt pour la seconde solution. Son cœur s’emballa tout à coup, tandis qu’il pensait à tout ce qui découlerait de cette conversation qu’il aurait préféré ne vivre qu’en cauchemar. Isaia se disputerait avec leurs parents. Il partirait sans doute de Milan ou déménagerait. S’éloignerait d’eux, de sa famille. Il refuserait de voir son frère, de répondre à ses appels. Il deviendrait ce que Tullio avait été. Et alors, le jeune homme commençait à apercevoir toute l’horreur qui consistait à se faire ignorer de cette façon. Est-ce que Tullio aurait l’envie ou la force de lui courir après ? L’envie, oui. Mais le jeune homme était affaibli par toutes les trahisons de son frère. Une de plus, un abandon supplémentaire et ... il ne savait pas s’il pourrait faire se relever leur relation. Il n’était pas encore assez sûr et confiant pour ça. Si Isaia se mettait à le détester, alors peut-être bien que ce serait la fin. Les efforts d’Isaia n’auraient servi à rien, pas plus que ceux de Tullio. Ce dernier ne pourrait pas accepter de se faire rejeter sans cesse. D’autant plus que lui avait tenu Isaia à distance à cause de quelque chose qui était entièrement du fait de son frère. Mais ce mensonge, Tullio pouvait-il réellement en être accusé alors qu’il n’avait fait que respecter la décision de ses parents ?

Sans doute que oui, dans l’esprit d’Isaia. Et peu importait la réalité, seul comptait l’état d’esprit du professeur de musique. Car il était le seul capable d’accepter ou non. Peut-être Tullio devrait-il lui donner du temps, encore. Repartir de zéro. Mais si chacun d’eux était sur la défensive et sur l’acceptation, qui ferait les premiers pas ? Si Isaia ne se lançait plus à corps perdu dans la reconquête de l’estime de son frère, qui ferait avancer les choses ? Tout s’étiolerait. Et Tullio s’en voulait de ne penser qu’à cela et pas à la souffrance de son frère. Mais la peur de le perdre définitivement, maintenant qu’il réussissait à apprécier sa compagnie, surplombait le reste.

Pendant tout le temps du silence de son frère, Tullio se préparait à la colère. A la rage, aux accusations, à la haine. Il s’attendait à le voir exploser et à déborder devant lui. Au lieu de quoi, il trouva en face de lui un Isaia qui le regardait de nouveau. Et, en un instant, Tullio regretta la colère. Parce que l’attitude de son frère était mille fois pire. Il se montrait glacial, calme, presque gentil. Ce qui était pire que tout. La colère froide, comme on pouvait l’appeler, atteignait des niveaux de déception et de souffrance plus évolués encore que les réactions de Tullio face aux conneries de son cadet. Ce n’était donc pas comparable, il était réellement hors de ses gonds ... tout en paraissant aussi calme que la surface d’un lac gelé.

- Ne pas t'obliger à quoi ?

- A te dire ce que je ne devrais pas. Ce n’est pas à moi de ... Je ne veux pas ... te faire ça.

La voix de Tullio tremblait légèrement, incertaine. Il était réellement intimidé par l’attitude d’Isaia. C’est une émotion qu’il n’avait jamais réussi à prêter à ce dernier. Cela ne lui allait pas, sauf quand il méprisait quelqu’un pour le plaisir. Il était rayonnant, Isaia. Jamais on ne le trahissait. Il jouait avec les autres, il manipulait tout le monde jusqu’à ses parents, alors apprendre que ces derniers lui avaient toujours menti ... Tullio sentait que son frère –oui, pour lui il continuait de l’être- était dévasté. Il le voyait à son sourire de façade, à la mascarade à laquelle il se livrait. Et à la distance qu’il mettait dans sa voix, dans sa posture. C’était un coup fatal qui venait de lui être porté, et Tullio aurait aimé que ce ne soit pas lui qui abaisse la lame. Si ses parents le lui avaient annoncé, peut-être qu’Isaia aurait eu le temps de digérer et de comprendre pourquoi son frère ne lui avait jamais dit. Alors que là, il prenait toute sa surprise, sa découverte, sa souffrance de plein fouet. Et il n’était pas prêt à le gérer.

- A me révéler quelque chose que tout le monde m'a toujours caché ? Histoire que tu puisses encore me considérer comme le dernier des cons pendant quelques temps ?

Bon. Stratégie à appliquer, essayer de comprendre sa douleur tout en lui rappelant qu’il n’avait jamais voulu le blesser. Essayer de ne pas s’écraser en s’excusant, cela n’aurait pour effet que de renforcer l’impression de trahison.

- Isaia, je pensais que tu avais compris que je ne cache pas mes sentiments à ton égard. Tu veux vraiment détruire tout ce que tu t’es efforcé de construire avec moi juste en évacuant ta colère ? Tu crois que je ne voulais pas te le dire ? J’en rêvais la nuit, j’ai toujours voulu te le dire même si ce n’était pas forcément pour de bonnes raisons.

Les mots s’écoulaient sans que Tullio ne puisse les arrêter. Il ne voulait pas forcément dire ça mais ... si, en fait il le voulait inconsciemment. Même si cela aurait été plus facile de jouer un rôle, de s’excuser, de lui dire des choses calmement. Et non pas, comme maintenant, la voix tremblante et le corps prêt à s’effondrer. Ses yeux cherchant les siens.

- Quand je te prends pour un con, je te le dis ! Quand je te méprisais, je te l’ai dit ! Tu n’as jamais autant été mon frère que ces dernières semaines, et tu veux tout reprendre ? Tu veux encore me laisser tomber ? Tu n’auras plus de chance, Isaia. Je ne veux pas ... Je ne veux pas que tu penses que ça efface tout.

Parce que l’idée de sortir définitivement de sa vie était insupportable. Parce que savoir qu’il n’habitait plus ses réflexions, qu’il n’était plus heureux de le voir lui faisait mal. Tullio ne s’était pas rendu compte combien, en un mois, il s’était attaché à ce frère retrouvé. Et là il en prenait brutalement conscience, alors qu’il était en train de le perdre.

- Dis-moi la vérité, Tullio. Tu me dois bien ça. J'ai été adopté, c'est ça ?

Son cœur se brisa un peu plus au ton de sa voix. Il était si distant tout à coup. Si sec, si cassant. Si douloureusement blessé.

- Non ! Qu’est-ce que tu crois ? Si j’appelle maman Paola, c’est parce que c’est ta mère. Et papa est mon père. Ils ... étaient tous les deux seuls. C’est une histoire d’amour qui les a réunis, alors ne le méprise pas. Je t’ai connu quand tu avais deux ans et demi, c’est comme si tu avais toujours été avec moi. Et moi ...

Sa tête tournait, il bégayait un peu et avait l’impression qu’on lui enfonçait des aiguilles dans le ventre tant il se tordait sous l’angoisse et l’appréhension. Tullio n’avait jamais, jamais ressenti ça. Toutes ses relations superficielles auxquelles il s’accordait en fonction de la personne en face n’avaient jamais réussies à réveiller quelque chose de ses tripes. Quelque chose de véritable, d’authentique. Et là il se prenait toute l’authenticité de la peur dans la gueule. Et ça faisait mal.

- Moi je t’ai toujours vu comme un petit frère, malgré tout. Jusqu’à ce que je quitte la maison, où je me suis promis que tu ne serais plus qu’un inconnu. Mais c’est ... fini tout ça. Est-ce que le fait de ne pas venir de la même femme annule tout ?

Tullio s’arrêta, haletant. Il n’avait jamais autant parlé. Poussé par les ordres d’Isaia, certes. Mais aussi par sa propre volonté de remettre les choses au clair. Maintenant qu’il savait, autant qu’il sache tout. Jusqu’au bout. Epuisé par les émotions contraires qui ne cessaient de le traverser, Tullio chercha à l’aveugle un siège et s’y effondra. Les coudes appuyés sur les genoux, la tête dans les mains. Frissonnant. Il ne voulait plus croiser le regard glacial d’Isaia, il ne voulait pas subir ses reproches. Il ne voulait pas tout prendre sur ses épaules. Et surtout, ne pas se faire détester. Pas maintenant qu’il lui avait de nouveau ouvert son cœur, l’invitant à rentrer dans sa vie. Qu’il avait fait tant d’efforts pour croire en sa sincérité, pour accepter ses envies de rédemption, pour à son tour s’offrir à lui.
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: Mal-entendu [PV Izzy chéri]   Jeu 26 Avr - 9:09

L'esprit d'Isaia était vidé. Il y avait un bourdonnement qui lui emplissait les oreilles, comme quand le silence était trop intense et qu'il en devenait vibrant - il avait toujours détesté ça, lui, l'avide de musique, le type qui ne pouvait pas passer une heure de sa vie sans écouter quelque chose.

Là, c'était le silence. Partout, à l'extérieur, à l'intérieur, dans son cerveau, dans la pièce. Dans son monde, qui avait été vibrant et joyeux, une mélodie bien réglée, et il suffisait qu'une corde pète pour tout s'éteigne subitement.

"A te dire ce que je ne devrais pas. Ce n’est pas à moi de ... Je ne veux pas ... te faire ça."

Quelque part, ses paroles provoquèrent un battement de cœur douloureux chez Isaia ; les émotions s'entrechoquaient en lui. Tullio qui lui disait qu'il ne voulait pas lui faire de mal, ça lui faisait plaisir, et ça lui aurait gonflé le cœur de bonheur si c'était une phrase qu'il aurait entendue avant de surprendre cette conversation téléphonique, mais cette petite onde d'émotion positive était submergée par l'avalanche qu'il venait de prendre dans la tronche, par toute la négativité qui était venue avec. Et aussi par le fait que Tullio ne voulait pas lui en parler - même pas pour l'aider à se sortir de cette fichue ignorance.

Comment était-il possible qu'ils aient gardé le secret si longtemps, d'ailleurs ? Comment se faisait-il qu'il n'y ait jamais eu un accrochage, un incident, qui aurait révélé la vérité jusqu'à aujourd'hui ? Est-ce que ses parents avaient veillé au grain durant tout ce temps, ou est-ce que c'était simplement dû au hasard ?

Ou est-ce que tout le monde l'avait toujours manipulé ? Comme lui avait manipulé les autres, à moindre échelle ?

"Isaia, je pensais que tu avais compris que je ne cache pas mes sentiments à ton égard. Tu veux vraiment détruire tout ce que tu t’es efforcé de construire avec moi juste en évacuant ta colère ? Tu crois que je ne voulais pas te le dire ? J’en rêvais la nuit, j’ai toujours voulu te le dire même si ce n’était pas forcément pour de bonnes raisons."

Isaia se passa une main dans les cheveux, bouleversé. C'était bien beau, tout ça, mais comment il était censé le croire, maintenant, ce frère qui n'était même pas son frère, ce type qui avait été un complice dans un mensonge de toute une vie ? Comment il était censé lui faire confiance, en entendant ça ? Il en avait envie, pourtant. Il avait envie de croire que Tullio n'y pouvait rien - parce que, frère de sang ou pas, il aimait Tullio, et il avait envie de croire le meilleur en ce qui le concernait.

Mais il aimait ses parents, et ça ne les avait pas empêchés de lui cacher une montagne sous un brin d'herbe. C'était la confiance qu'Isaia avait en eux trois qui venait de se fissurer, avec ces mots qu'il avait surpris, et même si Tullio avait l'air sincère, même s'il donnait l'impression d'être vraiment mal, et de penser ce qu'il disait, Isaia ne savait pas quoi croire.

Quant à ce qu'il s'était efforcé de construire... C'était quoi ? C'était une relation entre frères. Quelque chose qui, visiblement, était basé sur du vent. Et le pire, c'était que Tullio soulignait un autre point sans s'en rendre compte, avec sa phrase : "tout ce que t'as toujours essayé de construire avec moi". C'était vrai. C'était lui qui avait fait tout le boulot. Tullio l'avait vu approcher les sourcils froncés, puis il avait fini par hausser les épaules en guise d'abandon. Il acceptait, mais il ne prenait que rarement des initiatives. Si Isaia n'avait pas joué au stalker, s'il ne l'avait pas appelé, s'il ne lui avait pas fixé des rendez-vous, ce n'était certainement pas Tullio qui l'aurait fait. Alors au fond, qu'il continue ou pas, qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire, à Tullio ? Ce n'était pas comme s'il avait vraiment l'air d'y tenir, de toute façon, à ce qu'Isaia essayait de construire...

Il se sentit tellement stupide, subitement. Tullio savait depuis le début qu'ils n'étaient pas frères. Il devait l'avoir trouvé tellement bête quand Isaia lui avait sorti toutes ses théories sur l'amour familial, l'amour fraternel, sur le fait qu'il voulait absolument qu'ils redeviennent des frères dignes de ce nom... Son cœur se serra de douleur alors qu'il repensait à ces moments-là. Qu'est-ce qu'il avait pensé, Tullio, derrière son masque agacé ? Est-ce qu'il s'était dit "et voilà l'autre con qui revient, faudrait ptete que je lui dise pour de bon qu'il se fait des illusions, non?" ou alors "non mais regardez-le se démener pour un truc qui n'existe même pas... C'est pitoyable" - est-ce qu'il s'était dit ça ?

Il avait dû être tellement ridicule, à s'entêter pour ça, à essayer de poser une brique sur un château de cartes... Tellement ridicule... Comme un gamin qui ne voulait pas allumer de feu dans la cheminée le soir de Noël au cas où le père Noël viendrait. Il y avait vraiment cru, à son père Noël. Il avait non seulement éteint le feu dans la cheminée, mais il avait commencé à la ramoner de fond en comble - et il y avait du travail, vu la saleté qui s'était accumulée - et là, on venait de lui apprendre que le père Noël ne passerait jamais par cette cheminée qu'il avait mis tant de temps et tant d'efforts à récurer. Parce que le père Noël n'existait pas. Tout le monde le savait, pourtant - il était le seul à qui on avait soigneusement caché la vérité. Comme une bonne farce, une blague des familles. Un coup monté, pour voir sa réaction.

Il espérait qu'au moins, les spectateurs en avaient pour leur argent. Le spectacle devait être grandiose ; après tout, la surprise, la douleur, la colère, l'incrédulité et l'humiliation devaient faire un beau cocktail. Un truc détonnant.

"Quand je te prends pour un con, je te le dis ! Quand je te méprisais, je te l’ai dit ! Tu n’as jamais autant été mon frère que ces dernières semaines, et tu veux tout reprendre ? Tu veux encore me laisser tomber ? Tu n’auras plus de chance, Isaia. Je ne veux pas ... Je ne veux pas que tu penses que ça efface tout."

Pourquoi chacune de ses paroles s'enfonçait dans le cœur d'Isaia comme une lame affûtée ? Tullio espérait peut-être le faire se sentir mieux en lui exposant le fond de sa pensée, mais en vérité, c'était l'inverse.

Qu'est-ce qu'il y avait à effacer, de toute façon ? Rien n'avait jamais été vrai. La seule réalité, c'était vingt ans de mensonge. Ça valait le coup de les garder, tiens...

Et puis, c'était vrai qu'il lui disait toujours quand il le prenait pour un con ou quand il le méprisait. Pourquoi il lui disait toujours franchement toutes ces choses minimes, alors qu'il lui cachait le plus important ? La seule chose qu'Isaia aurait aimé savoir ?

- Je sais que si je pars, tu ne feras rien répondit lentement Isaia, d'une voix éteinte. C'est moi qui ai tout fait, depuis qu'on a repris contact. Je pensais que je faisais ça pour nous deux... je pensais que c'était dans notre intérêt, dans celui de notre "famille"... (il ne put s'empêcher de cracher le mot avec un certain dédain) ... mais en fait, c'était juste pour moi. Il n'y avait que moi qui m'imaginais qu'on pourrait redevenir de vrais frères. Toi tu savais déjà que ça ne pourrait pas être possible. Alors, à quoi bon donner une deuxième chance à un type qui fonce déjà dans un mur ? Je me demande même pourquoi tu as accepté de jouer la comédie, ces derniers temps... Peut-être que ça te vengeait de me voir me ridiculiser devant toi.

Il en avait mal au cœur, terriblement mal au cœur. L'humiliation avait toujours été quelque chose qu'il avait mal supporté, et à cela s'ajoutait la peine de découvrir qu'il avait une famille à qui il ne pouvait pas faire confiance. Ça faisait mal. Physiquement. Son cœur battait à un rythme désordonné et il y avait cette pique qui le lançait, comme s'il était traversé par la lame d'une épée. Tellement douloureux...

Il se sentait tellement stupide... Tellement stupide, d'y avoir cru. Ça le bouleversait tellement de découvrir qu'il avait été le dindon de la farce pendant des années... et que personne, même pas Tullio, même pas son grand frère, n'avait jugé bon de le prévenir. Quelle humiliation.

"Non ! Qu’est-ce que tu crois ? Si j’appelle maman Paola, c’est parce que c’est ta mère. Et papa est mon père. Ils ... étaient tous les deux seuls. C’est une histoire d’amour qui les a réunis, alors ne le méprise pas. Je t’ai connu quand tu avais deux ans et demi, c’est comme si tu avais toujours été avec moi. Et moi ..."

Alors, il était bien le fils de sa mère, finalement. Sa maman si sainte - elle ne lui paraissait plus si sainte que ça, maintenant. Ce genre de secret, on ne l'emportait pas en paradis. Mais il n'était pas adopté, au moins. Il était le fils de sa mère... Et son père n'était pas son vrai père.

Son papa, qui l'avait fait danser sur ses genoux quand il était petit, qui lui avait fait faire l'avion, qui l'avait inscrit aux cours de piano, qui l'emmenait et allait le chercher au conservatoire tous les jours en voiture, qui jouait avec lui à la bataille navale, au Trivial Pursuit ou au Cluedo, ce n'était pas son papa. Combien de fois il s'était vanté, à l'école, en disant "ouais, mes parents ? Ouais, ils sont cools !", combien de fois il avait parlé de son père à ses amis ? Il ne s'en rappelait même plus - mais souvent. Sauf que ce n'était pas son père ; c'était celui de Tullio.

Comment se faisait-il qu'il ne s'en rappelle pas ? Bon sang, deux ans et demi ! On n'avait pas encore de souvenirs, à deux ans et demi ? Isaia fouilla dans tous les recoins de sa mémoire, mais au plus loin qu'il puisse chercher, il se voyait toujours dans la maison familiale, avec papa et Tullio à ses côtés. Il ne se rappelait de rien avant ça.

"Moi je t’ai toujours vu comme un petit frère, malgré tout. Jusqu’à ce que je quitte la maison, où je me suis promis que tu ne serais plus qu’un inconnu. Mais c’est ... fini tout ça. Est-ce que le fait de ne pas venir de la même femme annule tout ?"

Un sourire amer naquit sur les lèvres d'Isaia. Il en avait de bonnes, lui...

- Comme un frère ? Vraiment ? Parce que vu ce que je viens d'entendre au téléphone, j'ai du mal à le croire. Isaia n'est pas mon frère, je ne dois en aucun cas le considérer comme tel, singea-t-il. Très crédible, ajouta-t-il d'une voix qui se brisa sur le dernier mot, étouffée par la boule qui venait brusquement de grossir dans sa gorge.

Ce n'était pas une très bonne idée d'avoir imité Tullio en train de parler à sa mère. Ça lui faisait encore plus mal que tout le reste. Il avait prévu de dire la phrase dans sa totalité, jusqu'au "on ne se doit rien, lui et moi", mais la boule dans sa gorge enflait, enflait, et il ne pouvait plus dire un mot. Le pire, seigneur, ce serait de se mettre à sangloter devant Tullio - d'ouvrir les vannes que sa gorge tentait encore si bravement de laisser fermées, de tout lâcher. Il avait été déjà tellement ridicule, par le passé, ça serait l'humiliation ultime. Pleurer devant Tullio... Quelle honte...

Il se mordit la lèvre avec force, pour que la douleur lui fasse penser à autre chose, et concentra son regard sur le parquet inondé de soleil, à la fois pour empêcher les larmes de parvenir à ses paupières et pour ne pas voir l'inconnu qui se trouvait devant lui - mais son menton tremblait, et Tullio devait certainement s'en rendre compte.

Il fallait qu'il s'en aille. Il ne pouvait pas rester dans cet appartement, parce que si la discussion continuait, il allait forcément finir par craquer, et que ce soit par des cris ou par des larmes, ça ne serait pas glorieux. Mais ses pieds étaient soudés au parquet, et son corps pesait trois mille tonnes...

Dieu, que la vie était une chienne, parfois !
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: Mal-entendu [PV Izzy chéri]   Jeu 26 Avr - 11:18

Pendant quelques minutes, Tullio essaya de se mettre à la place de son frère. Juste pour un instant. Il fallait repartir de très loin. Avoir grandi dans une famille considérée comme normale, unie. Alors que tous les adultes autour de vous savaient qu’il n’en était rien. Evidemment, Paola et Antonio avaient peu à peu coupés les liens d’avec leurs anciens amis qui connaissaient leur compagne ou compagnon respectifs. Parce qu’il n’y avait rien de plus affreux que de sortir avec des amis en étant seul au milieu d’un amas de couple. Et que tout le monde vous regarde avec considération et un peu d’angoisse. Comme si la question qui venait à tous les esprits était « est-ce qu’il va se retenir de boire pour se consoler, ce soir ? » ou bien « est-ce qu’elle va être embarrassante en se plaignant encore et toujours de sa solitude ? ». Quand tous vos anciens amis ne comprennent pas que la seule chose nécessaire à faire, c’est d’être naturel. Comme avant. Parler de celui ou de celle qui est parti n’est pas un tabou. Au contraire, parfois c’est nécessaire pour évacuer certains sentiments. Mais avant tout, quand on est tristes, on cherche la joie.

C’est une réaction primaire, comme un animal fuit quand il sent le danger, l’être humain recherche le bonheur quand il est au plus bas. Il court après les rires et les éclats de voix, il s’accroche aux blagues lancées à tort et à travers, il envie ce qu’il n’a pas. Et si au début il est difficile de concevoir que cela peut être une bonne chose que d’entrainer dans la bonne humeur quelqu’un de plutôt réticent et râleur, il faut persévérer. Or, tous les amis d’Antonio se montrèrent incapables de faire comme si de rien était. Tout avait commencé quand ils avaient peu à peu cessé de l’inviter, prétextant une sortie en couple ou « oubliant » de le prévenir. Et quand ils le faisaient et que le jeune papa ne trouvait personne pour garder Tullio, l’emmenant donc avec eux, tous les regards se faisaient accusateurs et déçus. Autant dire que ce genre d’amis n’avaient pas tenus face au malheur qui accablait Antonio. C’est comme ça qu’on reconnait les personnes vraiment importantes, il parait. Bref, plus personne dans leur entourage ne risquait de divulguer le secret qui liait cette famille pourtant heureuse, à part les oncles, tantes et grands parents de chacun des enfants. Mais, pour l’harmonie de tout le monde, le silence était d’or.

A sa place, Tullio aurait donc grandit dans cet environnement tout ce qu’il y a de plus malsain sans s’en apercevoir. Il se serait comporté comme un frère avec son ainé, en l’asticotant, en cherchant son attention et en essayant de le dépasser. Tous ces pique-niques en famille, toutes ces fêtes passées ensemble à attendre les cadeaux, chercher des œufs dans le jardin ou faire sauter des crêpes. Tous ces « papa » criés, murmurés, pleurés, exclamés. Tant d’émotions passant pour ce père et ce frère qu’il était si fier d’avoir, malgré ce qu’il pouvait en dire en grandissant. Tullio aurait chéri chaque moment passés avec eux, parce que la famille c’est la seule chose qui ne trahit pas. Qui ne ment pas. Qui n’est qu’amour. Du moins, selon la définition d’un petit garçon puis d’un adolescent qui n’a jamais eu aucun problème particulier. Qui a une confiance aveugle dans les gens qui l’entourent aussi naturellement. Les fêtes des pères où il faut se creuser la tête pour trouver un cadeau après ceux fabriqués à la maternelle ou à l’école primaire. Les baisers plein de tendresse échangés au moment de se coucher, pour une bonne note, un anniversaire ou juste comme ça.

Savoir que tout cela se construisait sur un mensonge, Tullio imaginait difficilement ce que cela impliquait. Parce que lui, s’il avait toujours considéré Paola comme sa mère et Isaia comme son frère, connaissait malgré tout la réalité. Elle ne changeait rien pour lui, parce qu’il en avait conscience et qu’il pouvait se construire là-dessus. Edifier des relations vraies et sincères. Isaia n’avait pas eu cette chance, et à sa place sans doute que le jeune sommelier serait à présent dans son état. Passant de la colère à la tristesse. Quand on voyait la rancune qu’il portait à son frère, ce n’était pas bien dur d’imaginer ce qu’il aurait ressenti à un niveau bien plus élevé de trahison. Ce n’était pas qu’un vase cassé dont on attribue la faute à l’autre. C’était tout ce en quoi il avait jamais cru qu’Isaia devait remanier. Dans sa tête, prendre conscience de ces nouvelles données et faire avec. A sa place, à sa place ... Tullio aurait pu être bien pire. Alors pouvait-il décemment espérer qu’Isaia prenne calmement la chose et relativise en se disant que ça ne changeait pas la nature de ces relations remplies d’amour, de disputes, de naturel ? Non, il ne pouvait pas lui demander ça. Juste espérer. Et voir, petit à petit, ses espoirs s’effondrer pour laisser place à la réalité.

Parfois, Tullio aurait aimé être un magicien et effacer certaines choses. En cet instant, il aurait tant voulu gommer l’expression d’Isaia de son visage. Pour cela, il aurait été prêt à prendre sa place. En ce instant, où seule la souffrance qu’il voyait s’échapper de tous les pores de la peau de son frère comptait, cela ne l’aurait pas dérangé. Rien n’avait autant d’importance que de faire disparaitre ce spectacle qui lui retournait l’estomac. Toute la haine qu’il avait eue envers Isaia n’avait jamais alimenté l’envie de le voir souffrir. Il aurait certes aimé le voir se ramasser dans ses relations avec les autres, à force de les manipuler. Mais pas ça, non pas ça ... Jamais il n’avait voulu ça. Tullio aurait aimé pouvoir être à sa place, prendre sa douleur pour lui. Ne pas affronter ce visage si déformé par quelque chose qui ne convenait pas à son frère, si joyeux, si insouciant. Il ne le méritait pas, quoi qu’il ait pu faire par le passé. Il ne le méritait pas, et Tullio s’en voulait beaucoup d’être la cause de ça. De cet étau qui se refermait sur Isaia, sans la moindre chance de s’en sortir.

- Je sais que si je pars, tu ne feras rien. C'est moi qui ai tout fait, depuis qu'on a repris contact. Je pensais que je faisais ça pour nous deux... je pensais que c'était dans notre intérêt, dans celui de notre "famille"... mais en fait, c'était juste pour moi. Il n'y avait que moi qui m'imaginais qu'on pourrait redevenir de vrais frères. Toi tu savais déjà que ça ne pourrait pas être possible. Alors, à quoi bon donner une deuxième chance à un type qui fonce déjà dans un mur ? Je me demande même pourquoi tu as accepté de jouer la comédie, ces derniers temps... Peut-être que ça te vengeait de me voir me ridiculiser devant toi.

Son ton lui fit tellement mal. Isaia venait de les dédaigner, eux trois, comme s’ils n’étaient plus rien. Comme s’il ne faisait plus partie de leur famille. Et ça, ça faisait mal. Après toutes ces choses faites ensemble c’était ... Mais ce ton défaitiste était tout aussi affreux à entendre. Lui qui avait fait des pieds et des mains pour le laisser lui parler. Lui qui s’était tant excusé, lui qui avait décrété qu’ils y arriveraient ... Voilà qu’il balayait tout d’un revers de main, sans plus de compromis, sans plus de douceur. Tullio n’était plus rien pour lui ... Ce dernier ferma un instant les yeux, très fort. Pour ne pas céder aux pulsions qui le prenaient de fuir très loin, de ne pas assister à ça. Il devait assumer alors que ce n’était pas son rôle, il devait endosser la responsabilité de ses parents. Pour ne pas laisser tomber Isaia comme ça. Il ne pouvait pas l’abandonner au bord de la route et le laisser ruminer. Il fallait qu’ils parlent. Même si ça lui arrachait le cœur de devoir avoir cette discussion avec lui.

- Tu le faisais pour le bonheur de notre famille ou pour le plaisir de me côtoyer ? Tu n’as fait ça que parce que j’étais ton « frère », rien de plus ? Moi si j’ai accepté, si je t’ai accepté c’est pour toi. Pas pour faire plaisir aux parents, pas pour resouder notre famille, pas parce que je le devais en tant que frère. Pour toi en tant que personne. Et ne dis pas que je n’ai rien fait ! Tu as dormi ici ! J’essaye tous les jours de m’ouvrir à toi, je te parle de moi, je suis parfois à l’initiative de nos rencontres ! ça ne signifie rien pour toi, mes efforts ?

Sa voix se calma un peu, essayant de ne pas s’emporter de trop. Essayer de lui transmettre ses émotions le plus justement possible.

- Je ne jouais aucune comédie. Je suis incapable de te mentir, Isaia, et ce n’est pas une façon de parler. Je ne peux pas faire avec toi comme avec tous les autres. Je ne ressens jamais rien comme émotions avec les autres, et avec toi j’ai un aperçu très fourni de toutes celles qui existent, alors tu crois que je me fiche de ça ? Tu crois que je ferai tout ça si tu m’étais indifférent ? Si je n’avais pas envie que l’on s’entende bien ? On peut être frères sans avoir à partager le même sang. C’est cette conviction qui a fondé ma vie, alors ne piétine pas tout cela aussi facilement.

Et il ne savait pas quoi faire. A part lui dire la vérité. A part essayer de le convaincre que pour lui ça ne changeait rien. Ou plutôt, si. Parce que le voir dans cet état avait changé quelque chose. Son envie soudaine de le protéger. D’être avec lui et de pouvoir le soulager. Jamais auparavant il n’avait eu envie d’être là pour quiconque. Et là, son cœur débordait de ce besoin de faire, de dire quelque chose. De se justifier, de s’excuser. De faire une pirouette à cloche pied, pourquoi pas. Quelque chose. Ça lui faisait mal dans la poitrine tant il en avait envie, tant son corps lui criait de réagir.

- Ecoute je suis ... vraiment désolé. Papa et maman m’avaient promis de ne rien te dire. Ils ne voulaient pas. Ce n’était pas à moi de te le dire ! Hausse la voix et crie presque sa dernière phrase. J’aurais préféré que tu l’apprennes autrement !

Tullio ne voyait pas quoi dire d’autre. Que faire pour le convaincre ? Il était pourtant sincère, ne pouvait que l’être. Et pourtant, Isaia avait toujours ce même air sur son visage qui était fait pour la joie.

- Comme un frère ? Vraiment ? Parce que vu ce que je viens d'entendre au téléphone, j'ai du mal à le croire. Isaia n'est pas mon frère, je ne dois en aucun cas le considérer comme tel. Très crédible.

Et là, le temps se figea. Pendant de longues minutes qui lui semblèrent des heures, Tullio resta immobile, sur sa chaise, le visage toujours plongé dans ses paumes qui essayaient de ne pas le faire craquer. Chaque mot d’Isaia repassait en boucle. Chaque syllabe s’enfonçait en lui comme une aiguille chauffée à blanc. Avant que son intonation ne fasse de même. Son corps n’était plus qu’une pelote de tissu dans laquelle on range ses aiguilles. Sa culpabilité, sa douleur venaient encore de monter d’un cran. C’était possible ? Le jeune homme ne cherchait même plus à le savoir. En relevant un peu la tête au bout de longues minutes, il aperçut dans quel état s’était mis son frère. Se disant qu’il ne devait pas être mieux. Il paraissait si faible, si fragile ... Tullio était l’ainé, c’est à lui que revenait la tâche de le protéger, de le consoler. Il devait le faire. Mais comment s’y prendre alors qu’il était la cause de cette souffrance ? Comment trouver les mots qui ne l’apaiseraient pas ? Lui aussi se sentait pitoyable. Ce n’était pas à lui de pleurer, il n’en avait pas le droit. Il ne pouvait pas. Et pourtant, la douleur était tellement forte que Tullio savait bien que c’était la seule manière de l’évacuer. Plus tard. Pourquoi est-ce qu’il avait aussi mal ? Pourquoi ça lui faisait autant mal ? Pourquoi, pourquoi ? C’est d’une voix tremblante qu’il réussit à répondre.

- Elle, je peux lui mentir. Je peux lui dire que je ne te considère pas comme tel pour qu’elle arrête de me répéter que je dois venir avec toi les voir. Pour qu’elle me laisse tranquille. Pour qu’elle me laisse essayer de me rapprocher de toi à mon rythme. Je peux lui dire ce que je veux. Pas à toi. Et, Izzy ...

Ce pseudo, il ne l’avait plus employé depuis leur plus jeune âge. Tullio l’utilisait dans les rares moments où ils s’entendaient bien. Quand ils avaient construit une cabane dans les arbres au fond du jardin et qu’ils avaient insistés pour y dormir un soir d’été. Tullio avait adoré cette nuit où ils avaient parlé pendant des heures, en se couchant à ce qui smblait une heure indécente pour des gosses. Ou bien quand ils réfléchissaient à quoi offrir à leur mère pour son anniversaire, quand Isaia s’était fait opérer de l’appendicite, quand Tullio avait eu la rougeole et que son frère lui avait offert le sac de billes auquel il tenait tant.

- ... A toi, je te dis que tu es mon très cher petit frère. On a eu des différends, on a eu du mal mais maintenant qu’on y arrive enfin ... S’il te plait. Ne crois pas que tous nos souvenirs soient des mensonges. Ne crois pas que ces dernières semaines ne veulent rien dire.

A ces mots, Tullio se leva maladroitement et approcha son frère. Il l’attira à lui, l’obligeant à coller son visage contre son torse. Et il caressa ses cheveux en murmurant son prénom. Comme quand Isaia avait de grosses grippes, étant petit, et qu’il finissait par pleurer de fatigue dans les bras de son ainé. Tullio voulait lui donner cette possibilité. Même s’il s’attendait à se faire violemment repousser d’une minute à l’autre. Tant pis. Il faisait tout ce qu’il pouvait ... Pour ce frère qu’il aimait. Sans jamais avoir accepté se l’avouer à soi-même. Mais sa détresse avait fait céder les barrières qui lui restaient. Là, présentement, seul le soulagement de sa peine lui importait.
Là, maintenant, il l'aimait. Et ne laisserait plus la rancœur le lui faire oublier.
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: Mal-entendu [PV Izzy chéri]   Ven 27 Avr - 5:44

Isaia s'interrogeait. Est-ce qu'il aurait mieux valu qu'il l'apprenne de cette façon, par la bouche de Tullio, en l'entendant dire qu'il ne le considérait pas comme son frère, ou est-ce qu'il aurait mieux valu qu'il ne l'apprenne pas du tout ? Son esprit tournait en boucle sur le même sujet : "Si seulement j'étais arrivé un peu après... Dix minutes, un quart d'heure après...". Mais au fond, est-ce que ça aurait vraiment changé quelque chose ? S'il était arrivé dix minutes avant ou dix minutes après, ça n'aurait rien changé au fait que Tullio n'était pas son frère.

Ce qu'il aurait fallu changer, s'il avait été possible de changer quelque chose, c'était la réaction de ses parents. S'il avait pu voyager dans le temps, il serait revenu au temps de son enfance pour glisser à l'oreille de ses parents qu'il valait mieux tout lui révéler tant que les dégâts étaient réparables. Avant que le délai soit passé. Là, il était passé, et de loin, encore.

Quelque part, pourtant, il comprenait. Sans doute que sa mère et son père n'avaient pas voulu lui faire de peine - sans doute qu'ils s'imaginaient que ça valait mieux pour lui de vivre dans une famille qui avait tout d'une famille normale, excepté le fait que le même sang ne coulait pas dans leurs veines. Ses parents s'étaient réunis pour une histoire d'amour, alors ? Et que s'était-il passé, avant ? Qui était le père d'Isaia ? Où était-il ? Est-ce qu'il était encore vivant ?

Quelle sensation étrange de se dire "j'ai un autre père, quelque part, et ce n'est pas le même père que celui de Tullio". De se dire que celui qu'il avait pris pour un père pendant des années n'avait en fait rien à voir avec lui...

*Dis pas ça, Isaia. Tu sais bien que c'est pas ça qui change quoi que ce soit. Ton père, c'est celui qui t'a élevé, et cet homme, il t'a élevé. Comme son fils.*

°Tu parles ! Il s'est bien gardé de me révéler des choses importantes sur moi. Et maman aussi, elle m'a toujours tout caché. Peut-être qu'ils s'imaginaient que c'était mieux comme ça, mais c'est encore pire. Des parents qui me mentent pendant vingt ans, tu crois franchement que j'en ai besoin ?

*Mais ils faisaient ça pour ton bien ! Je suis sûr qu'ils ne voulaient pas te faire souffrir.*

°Ouais, eh ben c'est raté.°

Et Tullio là-dedans ? Isaia leva les yeux vers lui - il n'avait pas l'air génialement en forme, lui non plus. Les paroles amères d'Isaia lui faisaient du mal, c'était visible, et le cœur du blond était partagé en deux ; une partie qui se réjouissait du mal qu'il faisait au frère qui avait été complice dans la grande mascarade de sa vie, et l'autre qui avait envie de retirer ses paroles, de s'excuser, de verser son sang pour que Tullio n'ait pas l'air si malheureux : parce que c'était vrai, au fond. Il n'y pouvait rien.

"Tu le faisais pour le bonheur de notre famille ou pour le plaisir de me côtoyer ? Tu n’as fait ça que parce que j’étais ton « frère », rien de plus ? Moi si j’ai accepté, si je t’ai accepté c’est pour toi. Pas pour faire plaisir aux parents, pas pour resouder notre famille, pas parce que je le devais en tant que frère. Pour toi en tant que personne. Et ne dis pas que je n’ai rien fait ! Tu as dormi ici ! J’essaye tous les jours de m’ouvrir à toi, je te parle de moi, je suis parfois à l’initiative de nos rencontres ! ça ne signifie rien pour toi, mes efforts ?"

Et maintenant, la cerise sur le gâteau, il l'avait mis en colère. Il avait mis Tullio en colère, par ses accusations injustes, et Tullio lui faisait saigner le cœur. Il baissa les yeux à nouveau, assailli par un nouveau sentiment qui entra dans la ronde de ceux qui tournaient en boucle dans sa tête - la culpabilité. C'était fou, ça ; alors qu'il avait tous les droits d'être en colère, alors qu'il était la victime, Tullio était assez fort pour lui faire ressentir de la culpabilité...

Et ses paroles, il ne savait pas quoi en penser. Ainsi, qu'ils ne soient pas frères, ça n'avait strictement aucune importance, aux yeux de Tullio ? En même temps, le brun avait eu le temps de s'y habituer, depuis qu'il était gosse, songea Isaia avec amertume. Lui, il venait de tout prendre dans la gueule, à l'instant, et il était censé tout accepter comme ça, aussitôt ?

- J'ai dormi ici parce que j'étais bourré et que tu ne pouvais pas me mettre dehors, grommela-t-il d'un ton pourtant déjà moins convaincu que sa phrase précédente.

C'était vrai que Tullio s'ouvrait à lui. Ça ne devait pas être facile pour lui de parler à ce type qu'il avait tant détesté, et pourtant, parfois, Isaia oubliait qu'ils avaient un tel passé de haine derrière eux - parfois, c'était naturel, et beau, et il était heureux d'avoir réussi à surmonter cet obstacle.

Mais maintenant, celui qui se dressait devant lui lui paraissait infranchissable, malgré tout ce que Tullio pouvait dire. Même s'il faisait de son mieux, c'était un mur qu'il n'était pas certain de pouvoir abattre...

"Je ne jouais aucune comédie. Je suis incapable de te mentir, Isaia, et ce n’est pas une façon de parler. Je ne peux pas faire avec toi comme avec tous les autres. Je ne ressens jamais rien comme émotions avec les autres, et avec toi j’ai un aperçu très fourni de toutes celles qui existent, alors tu crois que je me fiche de ça ? Tu crois que je ferai tout ça si tu m’étais indifférent ? Si je n’avais pas envie que l’on s’entende bien ? On peut être frères sans avoir à partager le même sang. C’est cette conviction qui a fondé ma vie, alors ne piétine pas tout cela aussi facilement."

Isaia ne put s'empêcher de déglutir. Bordel, pourquoi c'était maintenant qu'il lui disait ça ? Pourquoi c'était au moment où tout foutait le camp qu'il se rendait compte de l'ampleur de ce qu'il était en train de perdre ? Il aurait tout donné pour entendre Tullio prononcer ces mots, quelques minutes avant. Maintenant, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il y avait forcément une traîtrise qui se cachait derrière. Qu'est-ce que c'était qu'un petit mensonge comme celui-là quand on en maintenant un autre depuis deux décennies ? Il avait peut-être l'air sincère, mais il était peut-être un excellent acteur. Et en plus, Isaia ne voyait pourquoi il devrait ressentir toutes les émotions dont il parlait avec lui alors qu'il était l'ersatz de frère haï...

- Mais comment tu réagirais, toi, à ma place ? souffla-t-il en passant pour la cinquième fois au moins sa main dans ses cheveux, comme si le geste pouvait l'aider à y voir plus clair (ce qui n'était pas le cas). Si tu apprenais que le type que tu as toujours pris pour ton frère ne l'était pas ? Tu ne peux pas me demander de tout encaisser avec un sourire...

Peut-être que Tullio avait raison. Peut-être que ça ne changeait rien au fait qu'ils se considéraient comme des frères... Mais il lui fallait quand même le temps de digérer la nouvelle.

"Écoute je suis ... vraiment désolé. Papa et maman m’avaient fait promettre de ne rien te dire. Ils ne voulaient pas. Ce n’était pas à moi de te le dire ! J’aurais préféré que tu l’apprennes autrement !"

Isaia détourna le regard à nouveau - la voix pleine de douleur de Tullio était insupportable à entendre. Merde - il se doutait bien que Tullio n'y pouvait rien. Mais il était celui par qui il l'avait appris, celui qui se trouvait en face de lui, et là, tout de suite, il ne pouvait pas dire "d'accord, t'y es pour rien, laissons tomber. Désolé de m'être emporté" - il pouvait PAS le dire. C'était triste, mais Tullio était en train de payer pour le mensonge de leurs parents.

Et puis, qu'il l'apprenne de cette façon ou qu'il l'apprenne autrement, au fond, est-ce que ça aurait changé quelque chose ? Il était loin d'en être certain. Bon, le fait que la démarche vienne de ses parents plutôt que de l'apprendre au hasard l'aurait sans doute soulagé, mais...
En fait, si. Peut-être que ça aurait changé déjà pas mal de choses.

Rah bon, sang, il savait pas. Il était perdu, là.

Mais lorsqu'il lança sa phrase pleine d'amertume où il imitait son frère, il ne s'attendait pas vraiment à une telle réaction. Tullio avait vraiment l'air de s'être pris la phrase en plein dans la tronche, et une partie de l'esprit d'Isaia exulta tandis que l'autre regretta instantanément d'avoir fait ça.

°Mais c'est bien fait pour lui ! T'as entendu ce qu'il a dit ?? Il a dit qu'il ne te considérait pas comme son frère !!°

*Oui, mais regarde la tête qu'il fait, c'est affreux... De toute façon, c'est pas comme si j'étais pas habitué à ce qu'il ne me considère pas comme son frère, ça ne devrait pas m'atteindre autant... Je devrais m'endurcir...*

°C'est pas à toi de t'endurcir ! C'est à lui d'arrêter de dire ça. Pas question de se faire piétiner à chaque fois. Où est passée ta fierté, bon sang ? Je te reconnais plus depuis que t'as commencé à le fréquenter.°

*Ça n'a rien à voir... C'est juste que je me suis efforcé de faire en sorte qu'on ait des relations cordiales, et je ne veux pas le voir faire cette tête...*

°Et lui, il s'est pas gêné pour te faire souffrir, peut-être ?°

Le silence était épais, à couper au couteau. Tullio le fixait, l'air de manquer d'air, et Isaia lui rendait son regard, attendant sa justification - parce qu'il allait se justifier, n'est-ce pas ? Il lui dirait sans doute que c'était un malentendu, comme ce qu'on disait à chaque fois dans ce genre de situation.

"Elle, je peux lui mentir. Je peux lui dire que je ne te considère pas comme tel pour qu’elle arrête de me répéter que je dois venir avec toi les voir. Pour qu’elle me laisse tranquille. Pour qu’elle me laisse essayer de me rapprocher de toi à mon rythme. Je peux lui dire ce que je veux. Pas à toi."

Et voilà. Plus que jamais, Isaia eut envie de crier en entendant ces mots. C'était quoi la différence, bon dieu ? Pourquoi il pouvait mentir à sa mère et pas à lui ? En quoi c'était différent ? Et surtout, comment il était censé lui faire confiance ? Comment il était censé le croire en entendant ça ? En dehors du fait que son affirmation était tout sauf crédible, Tullio venait de prouver qu'il n'avait jamais eu trop de mal à lui mentir auparavant.

Il allait lui crier tout ça, mais Tullio continuait :

"Et, Izzy ..."

Izzy ? Izzy ?? Isaia écarquilla les yeux. C'était quoi ça ? Ce surnom surgi du passé, qu'il n'avait plus utilisé depuis des années (et pour cause). Ce surnom qu'il n'avait jamais vraiment aimé, mais que Tullio lui, aimait employer quand ils étaient proches (ce qui, au final, était rarement arrivé... mais pas jamais non plus). Qu'est-ce qu'il comptait faire en le lui balançant comme ça, à la tronche ? Jouer sur la corde des souvenirs familiaux ? Tenter de l'ancrer dans le passé, lui rappeler les bons souvenirs ? C'était tellement vil, comme tentative de manipulation !!

".. A toi, je te dis que tu es mon très cher petit frère. On a eu des différends, on a eu du mal mais maintenant qu’on y arrive enfin ... S’il te plait. Ne crois pas que tous nos souvenirs soient des mensonges. Ne crois pas que ces dernières semaines ne veulent rien dire."

Isaia aurait aimé répliqué, mais son fr... Tullio venait de s'approcher et de l'attirer contre lui, et son cerveau fut tout blanc, un instant, comme si tous les plombs venait de sauter. C'était que Tullio avait toujours cette odeur, l'odeur de sa peau, celle qui imprégnait l'oreiller dans lequel Isaia avait enfoui son nez quand il avait dormi ici. Sans trop comprendre pourquoi, il sentit son cœur battre violemment dans sa poitrine, tandis que Tullio caressait ses cheveux, et - une minute, c'était quoi ça ? Depuis quand Tullio se montrait tendre avec lui ? D'abord "Izzy" et maintenant ça... C'était vraiment la tentative de manipulation la plus évidente qu'il avait jamais vue.

Et pourtant, il ne se dégagea pas, pas tout de suite. La faute à l'odeur de Tullio, sans doute. Il se sentait le coeur dans la gorge, les larmes au bord des yeux, et un instant, il songea qu'il pourrait peut-être se laisser aller, sur cette épaule protectrice... Mais bon, pleurer en face de Tullio ou pleurer caché dans son cou, c'était quand même être ridicule en sa présence, et il voulait l'étouffer à tout prix.

- Ne m'appelle pas Izzy quand ça t'arrange, répondit Isaia, la voix étouffée, le nez enfoui dans le cou de Tullio (ah, bon sang, cette odeur !).

Malgré tout, l'étreinte lui avait rendu un peu de calme - ou du moins, elle avait apaisé un peu de sa colère. Il repoussa Tullio (bon sang, se faire consoler à 23 ans... on aurait tout vu !) et le regarda droit dans les yeux, l'air éteint.

- J'aimerais bien te croire, tu sais. J'aimerais bien que ce soit vrai, et que ce soit à maman que tu aies menti, et à moi que tu aies dit la vérité. Sauf que je ne vois pas trop comment je peux y croire. L'inverse est beaucoup plus crédible... Et puis, pourquoi tu pourrais lui mentir à elle et pas à moi, d'abord ? Je dois être la dernière personne sur la liste de personnes avec qui tu aurais envie d'être sincère.

C'était vrai, quoi - ce n'était pas la première fois que Tullio lui disait qu'il ne pouvait pas lui mentir ; mais jusque là, Isaia avait toujours cru que c'était parce qu'il le considérait comme une quantité trop négligeable qui ne méritait pas qu'on élabore un mensonge pour elle. Sauf que finalement, ça avait plutôt l'air d'être l'inverse, alors pourquoi ?

Pourquoi Tullio ne pouvait pas lui mentir ?
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: Mal-entendu [PV Izzy chéri]   Ven 27 Avr - 8:34

C’était définitivement trop difficile d’être heureux. C’est vrai, quoi. Pourtant, Tullio essayait. Il avait d’ailleurs vécu une enfance plutôt heureuse, qui aurait pu l’être bien plus s’il s’était réellement bien entendu avec Isaia, si celui-ci n’avait pas passé autant de temps à le mépriser et à le rabaisser. Son adolescence n’avait pas été très brillante. Etant l’ainé, Tullio servait de cobaye à ses parents qui ne savaient pas vraiment comment gérer un jeune homme de cet âge. Où poser les limites, quand sévir, quoi faire. Si bien que Tullio s’était trouvé entre deux situations. Dans la première, ses parents se seraient montrés laxistes et permissifs, lui donnant la possibilité de faire beaucoup de découvertes par lui-même. Quitte à subir quelques désillusions au contact de la vraie vie et des barrières qu’elle impose dès que quelque chose devient difficile. De l’autre, c’était au contraire la rigueur qui primait. Rien de tyrannique, bien sûr sur non, mais des valeurs élevées au rang d’institutions, des règles de vie et des responsabilités données très tôt. Gérer son argent de poche, prendre compte des dépenses, se plonger dans les démarches administratives qui entouraient son entrée dans l’âge adulte ...

Toutes ces conneries qu’on n’apprend pas seul. Et si avec le recul Tullio était réellement heureux d’avoir fait partie de la deuxième situation, parfois il avait l’impression que le juste milieu aurait pu avoir du bon. Parce qu’après lui, ses parents s’étaient demandé s’ils n’avaient pas été trop sérieux et trop avant-gardistes avec leur ainé. Et donc, par la force des choses, Isaia s’était retrouvé à faire ce qu’il voulait et à tout obtenir de ses parents. Que ce soit des choses matérielles ou des services. Et, quand Tullio eut son permis et qu’il refusait d’emmener Isaia en soirée et de revenir le chercher, ses parents lui avaient fait comprendre que puisqu’il passait sa soirée devant un ordinateur à ne rien faire il pouvait bien rendre ce service à son frère. Ben voyons. C’était tellement facile de se faire aimer en ne disait « non » que très rarement et en se pliant aux volontés d’un adolescent manipulateur et charmeur.

Malgré tout, son adolescence n’avait rien eu d’abominable, mais il en gardait des rancunes. Et plus tard ... Plus tard, c’était après cette nuit dont étrangement il n’avait aucun souvenir. Tullio avait changé. Il se confortait toujours aux autres, mais ne s’impliquait nulle part. Comme si l’échec de sa relation précoce avec son frère l’empêchait d’en nouer d’autres. Il n’avait jamais eu de véritable ami à qui tout raconter, n’avait jamais été heureux en amour ... Finalement, au contraire de son frère qui semblait toujours rayonner de simplicité et de joie, Tullio avait toujours eu une vie terne. Et maintenant qu’il avait retrouvé la personne avec qui il aurait dû le mieux s’entendre, une chose étrange s’était produite. Des tâches de couleurs vives apparaissaient de temps à autre dans son champ de vision, dans son existence et dans son quotidien. Ce n’était pas lui l’artiste, pourtant il voyait bien que ce n’étaient pas les teintures habituelles qu’il utilisait au jour le jour. Quand il voyait Isaia, une mare orangée apparaissait, tandis que quelques points jaune vif se répandaient de ci de là.

Façon de parler, bien évidemment. Pourtant, il était indéniable que la présence de son frère avait peu à peu rendue ces dernières semaines plus intéressantes. Parce qu’avec lui, Tullio était obligé d’être spontané, d’être vrai et sincère. Et cela lui plaisait. Evidemment, il en était parfois terrifié mais au-delà de cette angoisse oppressante, il pouvait vivre réellement ce début de relation. S’y jeter entièrement, sans retenue puisque de toute façon il n’en avait pas les moyens. Tullio n’avait rien vécu d’authentique depuis des années, lui qui nageait toujours entre deux eaux pour rendre les choses homogènes et sans vague. Il n’avait pas l’habitude des roulis de la mer, ni de la dangerosité des courants. Mais c’était bon, c’était tellement bon de se laisser porter par quelque chose et de lâcher prise de temps en temps. Quand il se surprenait à sourire pour rien, à penser à ce qu’ils feraient la prochaine fois. Si en apparence Tullio essayait de rester un peu distant, son cœur s’ouvrait réellement et des envies de le voir le prenaient parfois. Juste pour partager un café et discuter quelques instants. Agir sous le coup de la pulsion, c’était nouveau. Et Tullio ne s’en lassait pas. Et commençait à se dire que c’était peut-être aussi simple que ça, le bonheur.

Et on lui enlevait. Brutalement, on voulait lui arracher ses réflexes spontanés qu’il avait commencé à prendre. Effacer au dissolvant toutes les tâches de peinture vive et tout repeindre en gris. Eteindre la lumière, tout annuler. Le destin avait décidé de lui agiter sous le nez avant de brutalement le lui enlever, en rigolant grassement du bon tour joué au pauvre petit Tullio. Mais ce dernier refusait catégoriquement de se faire avoir aussi facilement. Il se battrait, pour une fois, pour ne pas perdre ce qu’il essayait d’obtenir avec acharnement. Il n’avait jamais rien demandé à personne, mais ça il le voulait. Il voulait la présence d’Isaia à ses côtés, même s’il le mettait parfois mal à l’aise, même s’il ne savait pas toujours quoi faire. Il voulait continuer de découvrir le nouvel Isaia que son frère lui avait promis de devenir. Et enfin avoir un rôle dans sa vie. Et accepter qu’il en ait un dans la sienne.

- J'ai dormi ici parce que j'étais bourré et que tu ne pouvais pas me mettre dehors.

Bon, c’était mal parti apparemment. Puisqu’il refusait de voir tout le reste et se focalisait sur ce qui l’arrangeait ... Tullio se sermonna mentalement. Ce n’était pas que ça l’arrangeait, c’est que c’était plus facile. Isaia venait d’avoir le sentiment de se faire trahir par tous ceux qui l’aimaient, il était donc évident qu’il veuille se protéger de tous les bons sentiments. Se détacher de la réalité des faits et justifier sa souffrance par l’attitude des autres, la rendant plus noire que la réalité. En bref, Isaia était en train d’avoir mal et Tullio n’avait pas le droit de juger ça. Mais est-ce que, parce qu’il en avait conscience, il pouvait s’empêcher de parler ? Pas vraiment, non. Foutue spontanéité.

- J’aurai pu te mette dehors, Isaia. Puisque tu as l’air de considérer que partager le même sang est primordial pour être frères, alors je n’avais théoriquement aucun devoir envers toi. Ou tu aurais pu dormir par terre, j’aurais pu te raccompagner chez toi ... Tu crois vraiment que le premier venu dort dans mon lit ? Aucune de mes copines ne l’a fait, alors quelqu’un que je considère comme un moins que rien n’y aurait pas eu sa place. Quelqu’un dont je me moque n’y aurait pas eu sa place. Je pensais que tu avais compris à quel point j’avançais vers toi, ce soir là ...

Il était tellement déçu que ce ne soit pas le cas. De voir qu’au final tout ce qui s’était dit ou fait n’avait aucune importance. Ils avaient pourtant réussi à communiquer sans que Tullio ne s’énerve. Il avait ressenti de la sympathie envers son frère. Ce n’était vraiment rien, pour lui, alors que juste quelques temps plus tôt il le détestait et refusait de lui parler ? Sérieusement, Isaia le connaissait pourtant, il savait bien que Tullio ne faisait jamais rien à la légère. Il n’aurait pas fait tout cela. La couverture, le grog, la bassine, son lit ... Pas pour n’importe qui. Tant d’autres solutions avaient été possibles, si Tullio l’avait voulu. Mais il se l’était refusé. Il avait préféré veiller sur lui et s’occuper de son petit frère. Ça aussi, c’était réduit à néant en un rien de temps ? Ça ne comptait plus ? Ce n’était pas juste !

- Mais comment tu réagirais, toi, à ma place ? Si tu apprenais que le type que tu as toujours pris pour ton frère ne l'était pas ? Tu ne peux pas me demander de tout encaisser avec un sourire...

Là, il marquait un point décisif. En effet, il avait totalement raison. Lui aurait très mal réagi, lui aurait même peut-être été encore plus virulent. Il aurait foutu un coup de poing dans la gueule de son pseudo frère et se serait enfui sans demander son reste, sans tenter de discuter. Isaia n’était pas encore parti, il lui parlait. Peu importait que ce soit simplement pour comprendre, et non pas pour essayer d’arranger la situation. Tant qu’il restait.

- Non je ne peux pas te demander ça. Je me sentirai affreusement mal à ta place, même si je me sens affreusement mal en ne l’étant pas. Mais je pense que je peux légitimement te demander de ne pas oublier tout ce qu’il y a eu de positif entre nous ces derniers temps. De ne pas tout balayer comme ça. De prendre en compte le fait que ce qui nous rapproche avant tout, c’est le temps passé ensemble et pas le sang qui coule dans ton corps ou le mien.

Tullio marqua une pause, le temps de prendre conscience de quelque chose de terrifiant. En un rien de temps, il venait d’apercevoir une explication, une porte de sortie. Est-ce que tout était aussi simplement bête ? Est-ce que Tullio avait été trop con pour le voir ? C’est la voix mal assurée et le regard suppliant qu’il reprit.

- A moins que, finalement, tu ne tiennes finalement pas tant que ça à faire des efforts et que ce soit bien pratique pour toi de tout oublier sur cette occasion. Ça te permet de me laisser tomber avec panache.

Il regrettait ses paroles. Mais bordel, il était mort de trouille qu’Isaia ne le laisse tomber encore une fois. Qu’il ne fausse compagnie à la dernière chance que Tullio était capable de lui donner. Lui aussi avait besoin d’être rassuré sur les intentions de son frère. S’il voulait tout oublier, Tullio voulait le savoir maintenant. Pas plus tard, quand il se serait remis de ses émotions pour pouvoir lui sortir une phrase toute réfléchie et bien hypocrite.

Quand il l’eut dans les bras, Tullio le serra fort, très fort. Comme pour s’imprégner de lui. Peu lui importait qu’il déteste son surnom, où qu’il le voie comme une tentative pour l’amadouer. Peu lui importait qu’il lui en veuille, durant le temps qu’il resta contre lui. Il l’appelait comme ça pour essayer de lui rappeler les bons moments, oui. Pour essayer de lui faire comprendre qu’il n’y avait pas que le malaise entre eux. Pour lui faire réaliser que lui se considérait toujours comme son frère, comme quelqu’un qui n’avait pas changé depuis toutes ses années. Qui avait toujours été le même. Oui il était tendre, tout à coup. Non sans raison, puisque la tristesse de son frère l’atteignait en plein cœur. En temps normal, il n’était pas vraiment attentionné et tactile. Mais là, c’était tellement différent ... Il le berça autant que possible, comme pour le protéger de lui-même. Comme pour lui faire oublier sa peine, sans aucun espoir de succès. Et l’étreinte prit fin bien trop tôt. Tullio aurait voulu le garder contre lui et lui promettre que tout allait bien se passer. Lui souffler qu’il n’avait qu’à pleurer et que tout irait mieux. A la place, c’est le regard franc mais dénué de la moindre flamme de son frère qu’il croisa. Pour ne pas s’en défaire.

- J'aimerais bien te croire, tu sais. J'aimerais bien que ce soit vrai, et que ce soit à maman que tu aies menti, et à moi que tu aies dit la vérité. Sauf que je ne vois pas trop comment je peux y croire. L'inverse est beaucoup plus crédible... Et puis, pourquoi tu pourrais lui mentir à elle et pas à moi, d'abord ? Je dois être la dernière personne sur la liste de personnes avec qui tu aurais envie d'être sincère.

- Parce que ...

La vérité était dure à dire, d’autant plus quand elle était aussi floue dans son esprit. Pourquoi, c’était la bonne question. Comment lui dire qu’il n’en savait rien ? Instinctivement, Tullio plongea sa main dans sa poche et en ressortit une vieille pièce de monnaie. Quelques centimes anciens, qu’Isaia avait trouvé il y a longtemps lors d’une visite à Rome. D’une rainure entre deux dallages, le petit garçon avait extrait cette vieille pièce cabossée dont les écritures latines faisaient sourire leur mère. Isaia avait toujours considéré cela comme son trésor. C’était sa fierté, qu’il racontait à tous ses copains, à toute la famille. Durant des semaines il avait été insupportable avec ça. Tullio en avait évidemment était jaloux puisque, quoi qu’il fasse, son frère trouvait le moyen de le surplomber en ramenant tout à lui. Pourtant, un jour, des années après cette découverte de petit garçon, Isaia la lui avait offerte. Après une violente dispute, particulièrement virulente, le plus jeune des enfants Fazzio était venu voir son frère. Grimpant sur son lit, il lui avait demandé pardon du bout des lèvres en lui tendant son joyau tant de fois manipulé par ses petites mains, alors timides. Tullio n’avait jamais vu son frère reconnaitre ses torts, et c’est pour cela que ce cadeau lui fit tant plaisir. Au début, elle avait pourtant été le signe de toute la haine qu’il éprouvait à son égard, par l’image de la douceur dont il avait preuve ce jour-là. Douceur factice et presque inexistante par la suite.

Puis, les années passant, elle avait commencé à représenter le lien qui les unissait malgré tout. Quand Isaia l’enquiquinait, Tullio serrait fort cette pièce dans sa main jusqu’à s’imprimer le dessin sur la paume de sa main. Il savait qu’au-delà des apparences, son frère l’appréciait et était capable de lui vouloir du bien sans toujours réussir à l’exprimer. C’était aussi sa manière d’aimer, à Isaia, et ce petit artefact le lui rappelait quand il en perdait la notion. Et depuis cette nuit, cette fameuse nuit où tout mensonge avait disparu de sa bouche lorsqu’il lui faisait face, la pièce si froide avait tiédie dans sa main. Elle était toujours chaleureuse, comme pour l’inciter à revoir sa position et à considérer Isaia autrement. Aujourd’hui encore, Tullio la gardait toujours sur lui. Là, il la ressortait pour la première fois devant son frère. Joua un instant avec, s’amusant à en lire à voix basse l’inscription qu’il connaissait par cœur. C’était pour lui, et depuis son plus jeune âge, comme une formule magique qui lui donnait courage. Le courage de parler, à présent. En oubliant sa poitrine qui irradiait de douleur et sa tête qui tournait, ne voulant qu’une chose : s’enfuir dans un long sommeil pour ne plus affronter la peine d’Isaia.

- Je ... ne sais pas vraiment pourquoi, en fait. Mais ... Quelques semaines avant que je ne parte à Naples, pendant ma dernière année de lycée. Un soir j’ai ... C’était bizarre mais je t’en voulais beaucoup pour ce que tu avais fait. Et j’ai ... souhaité me souvenir de tout le mal que tu me faisais pour te le faire payer, un jour. Depuis ...

La pièce dans sa main le brûlait, comme pour l’empêcher d’aller plus loin dans ses explications. Ça faisait mal ... Tullio grimaça mais continua.

- Depuis j’ai une mémoire parfaite, je me souviens de tout. Chaque détail. Sans que les émotions ne perturbent le moindre souvenir. Et c’est aussi depuis ce jour que je suis devenu incapable de te faire le moindre mensonge. Ça parait dingue mais ... je n’y arrive pas. Quand tu me poses une question, je suis obligé de te dire la vérité même quand je ne le souhaite pas. Sinon je ne répondrai pas tout ce tissu de connerie qui n’a aucun sens.

Et là, il devait le prendre pour un grand malade à raconter totalement n’importe quoi. Et pourtant, c’était la vérité. Comment Isaia allait pouvoir gober quelque chose d’aussi gros ? Ceci dit, il n’avait qu’à lui poser une question, n’importe laquelle, pour vérifier ça. Tullio baissa les yeux, penaud. Avec l’impression de n’arriver à rien. Il ne le croirait pas sur ça, et donc ne croirait aucun mot de ce qu’il avait dit auparavant. C’était foutu, hein ... Le jeune homme continuait de jouer avec sa pièce. Il avait presque envie qu’Isaia s’en aille pour de bon, histoire qu’il puisse s’enfouir dans on lit et se laisser aller à craquer, à libérer les émotions qui l’oppressaient.
Parce qu’il n’en pouvait plus, de parler sans qu’il ne l’écoute.
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: Mal-entendu [PV Izzy chéri]   Ven 27 Avr - 11:35

Au fond, est-ce qu'il y avait un intérêt à continuer la discussion ? Ils ne se comprenaient pas, et tout ce qu'ils parvenaient à faire, en parlant ensemble, c'était se blesser mutuellement. La communication ne passait pas. Isaia se sentait las, abattu, et Tullio n'avait pas l'air d'être en meilleur état. Et puis, au fond, qu'est-ce qu'il y avait à dire de plus ?

*Mais de tas de choses, bon sang !* s'exclama la voix de sa conscience, au fond de sa tête. *Par exemple, s'appliquer à dire quelque chose qui ne coulera pas ta relation avec Tullio.*

Il y avait quelque chose pour ça ? A ses yeux, l'iceberg avait déchiré la coque, et le vaisseau commençait déjà à sombrer. Il n'était pas insubmersible - c'était une embarcation fragile que la moindre vague pouvait renverser, alors un iceberg...

°Tu sais que t'es chiant avec tes images à la con ? Comme si c'était le moment de se concentrer là-dessus !°

Bon. Sa Petite Voix marquait un point. Concentration. Peut-être que de laisser son esprit voguer à la dérive (pour continuer la métaphore du bateau) c'était une façon pour lui de se protéger. Penser à autre chose, parce que la réalité qui s'effilochait comme un vieux torchon lui faisait trop mal.

Mais il y avait la voix de Tullio pour l'y ancrer. Et Tullio ne le laisserait certainement pas voguer à son aise dans des eaux plus calmes et plus iréelles, non. Il voulait l'attacher à lui. Si Isaia était l'embarcation à la dérive, Tullio était le port auquel on tentait de l'amarrer.

°Bon sang, arrête avec les métaphores stupides ! Et puis regarde-le, le pauvre gars. Tu dis que c'est un port, ça tombe bien : t'as déjà dérivé trop loin de lui, là. Il ne pourra pas te rattraper.°

*Suffit de changer de trajectoire...*

Bon sang, ça le fatiguait ! Il avait vraiment l'impression d'être schizophrène. Il secoua la tête, lassé - ça aussi, c'était peut-être un moyen de prendre de la distance avec la réalité... Il n'était pas très doué en psychologie, mais bon.

"J’aurai pu te mette dehors, Isaia. Puisque tu as l’air de considérer que partager le même sang est primordial pour être frères, alors je n’avais théoriquement aucun devoir envers toi. Ou tu aurais pu dormir par terre, j’aurais pu te raccompagner chez toi ... Tu crois vraiment que le premier venu dort dans mon lit ? Aucune de mes copines ne l’a fait, alors quelqu’un que je considère comme un moins que rien n’y aurait pas eu sa place. Quelqu’un dont je me moque n’y aurait pas eu sa place. Je pensais que tu avais compris à quel point j’avançais vers toi, ce soir là ..."

Isaia l'observa, l'air incertain. Il ne savait pas, ça, non - comment pouvait-il ? Il n'était pas devin, non plus. Si Tullio ne lui disait pas les choses, il ne pouvait pas les deviner. Ainsi son lit était un lieu gardé qu'il n'offrait pas au premier venu ? Même ses copines n'y avaient jamais dormi ?

Bon sang. Et pourquoi il rougissait, là, maintenant ? Mais il prenait conscience du geste de Tullio, effectivement, et ce geste, rétrospectivement, l'embarrassait. S'il avait su à quel point c'était un honneur, une rare occasion, peut-être qu'il n'aurait pas dormi dedans. Il était confortable, son lit, c'était un fait, et son oreiller sentait bon, mais il s'attendait pas à ce qu'il y ait un sens profond au fait de dormir dedans. Et pourtant, il avait proposé de dormir sur le canapé, et Tullio avait refusé, arguant qu'il ne voulait pas voir son frère vomir sur le tapis... Mais alors, si son lit était encore plus précieux, pourquoi...?

- Je... Je savais pas. Comment j'aurais pu deviner que c'était si important ?

Ah, bon sang, et maintenant il se sentait coupable à nouveau. Il serait vraiment passé par toutes les émotions, ce soir (du moins en ce qui concernait le registre négatif). Et puis, Tullio lui disait qu'il avait avancé vers lui, ce soir-là, mais pour Isaia, comme il l'avait perçu à l'époque, c'était plutôt qu'il avait cessé de reculer. La nuance était peut-être subtile, mais elle existait.

Isaia soupira. Bon sang, pourquoi les choses devaient-elles être si compliquées ?

"Non je ne peux pas te demander ça. Je me sentirai affreusement mal à ta place, même si je me sens affreusement mal en ne l’étant pas. Mais je pense que je peux légitimement te demander de ne pas oublier tout ce qu’il y a eu de positif entre nous ces derniers temps. De ne pas tout balayer comme ça. De prendre en compte le fait que ce qui nous rapproche avant tout, c’est le temps passé ensemble et pas le sang qui coule dans ton corps ou le mien. "

Isaia lui jeta un regard incertain. Les paroles de Tullio étaient plutôt encourageante, mais il avait la sensation affreuse qu'elles venaient trop tard. S'il avait dit ça au moment où son monde n'était pas encore cassé, il aurait sauté de joie... Là, son cœur se contenta de faire un faible bond dans sa poitrine, mêlé de douleur.

- Le temps qu'on a passé ensemble ? répondit-il d'une voix amère. Tu veux dire, notre enfance, quand je te faisais des crasses et que tu étais jaloux de moi ? Ou bien notre adolescence, quand on pouvait rester sans se parler pendant des jours entiers parce qu'on s'énervait mutuellement ? Les cinq ans qu'on a passé sans se parler ne comptent sans doute pas, j'imagine. Et si tu parles de ce dernier mois... C'est vrai que ça nous rapprochait. J'étais vraiment heureux... Mais qu'est-ce que c'est qu'un mois, au fond, à côté de vingt ans de mensonge ? Même toi, Tullio, tu ne peux pas nier la fragilité de notre relation. On faisait des efforts, mais j'avais l'impression qu'au moindre pas de travers que je ferais, tu me renverrais bouler dans les limbes. J'avais tort ?

Il en avait trop dit - encore une fois, les mots avaient dépassé ses pensées. C'était un comble, ça ! Alors qu'au fond de lui, il aurait eu envie d'y croire, dès qu'il ouvrait la bouche, c'est le Isaia pessimiste qui prenait les commandes.

Bon, ce n'était pas non plus comme s'il n'avait aucune raison d'être pessimiste, quand on voyait ce qui venait de lui exploser à la gueule. Mais Tullio n'était pas celui auquel il devrait aller se plaindre - c'était à ses parents qu'il devait aller demander des explications. Tullio n'était pas le plus coupable, dans l'histoire...

"A moins que, finalement, tu ne tiennes finalement pas tant que ça à faire des efforts et que ce soit bien pratique pour toi de tout oublier sur cette occasion. Ça te permet de me laisser tomber avec panache."

Isaia le fixa avec stupeur, pendant quelques longues secondes, tandis que les paroles de Tullio s'enfonçaient comme une lame au fond de son cœur. Puis un sourire plus amer que jamais apparut sur ses lèvres, et il répondit :

- La confiance règne, on dirait...

Puis le sourire disparut, et il baissa les yeux, déçu. Finalement, rien n'avait vraiment évolué - Tullio le considérait encore comme le petit con qu'il avait été. Il lui demandait de ne pas jeter aux orties leur relation, mais le dénigrement qu'il faisait des efforts d'Isaia ne valait pas mieux. Une onde de colère parcourut les veines du blond, qui ajouta lentement :

- On dirait que ce mois de rapprochement n'a pas servi à grand-chose, finalement.

Où venait l'erreur ? Est-ce que Tullio disait ça sous le coup de la colère, ou est-ce qu'il le pensait sincèrement ?
Enfin, il préférait ne pas le savoir. Les ignorants sont bénis - c'est quand ils apprennent que la malédiction les rattrape.

Peut-être qu'il fallait qu'il arrête de poser des questions à Tullio, s'il ne voulait pas avoir de réponses. Mais il ne pouvait pas s'en empêcher...

"Je ... ne sais pas vraiment pourquoi, en fait. Mais ... Quelques semaines avant que je ne parte à Naples, pendant ma dernière année de lycée. Un soir j’ai ... C’était bizarre mais je t’en voulais beaucoup pour ce que tu avais fait. Et j’ai ... souhaité me souvenir de tout le mal que tu me faisais pour te le faire payer, un jour. Depuis ..."

Isaia haussa un sourcil. C'était une simple question rhétorique... Pourquoi Tullio évoquait-il de vieux souvenirs de lycée ?

"Depuis j’ai une mémoire parfaite, je me souviens de tout. Chaque détail. Sans que les émotions ne perturbent le moindre souvenir. Et c’est aussi depuis ce jour que je suis devenu incapable de te faire le moindre mensonge. Ça parait dingue mais ... je n’y arrive pas. Quand tu me poses une question, je suis obligé de te dire la vérité même quand je ne le souhaite pas. Sinon je ne répondrai pas tout ce tissu de connerie qui n’a aucun sens."

Isaia resta silencieux quelques instants, surpris. Qu'est-ce qu'il était en train de lui raconter, là ? Il avait perdu le fil quelque part dans l'histoire. Ou bien, Tullio avait trop bu ? Enfin, il avait eu l'air parfaitement sobre jusque là, mais...

- Hein ? bredouilla-t-il simplement, sans comprendre. De quoi tu me parles ? J'ai pas compris. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Un jour, simplement parce qu'il l'avait souhaité, Tullio avait obtenu une mémoire prodigieuse et le fait de ne plus pouvoir sortir un mensonge à Isaia ?

°Il a fumé, le Tullio ?°

C'est sûr que ça paraissait plutôt invraisemblable. Il devait avoir raté un détail là-dedans. Ou même une page entière.

Mais quoi qu'il en soit, ça voulait dire qu'il ne pouvait pas lui mentir ? Qu'il y était obligé ?
Qu'est-ce que c'était que cette histoire, encore...?
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: Mal-entendu [PV Izzy chéri]   Ven 27 Avr - 19:03

Si seulement cette nuit-là il n’avait rien souhaité du tout. Si seulement la force des choses n’avait pas décidé subitement de faire quelque chose qui compliquait encore plus la situation. Tullio appréciait certes le don mnésique qui lui avait été fait. Parce qu’il pouvait grâce à cela faire merveilleusement bien son travail, qu’il avait une culture étonnante et qu’il pouvait aplatir n’importe qui aux jeux-vidéos, du moment que connaitre le jeu était utile. A Guitar hero il était tout bonnement imbattable. Il avait tout un tas d’avantages avec ça, mais au final des avantages bien minimes quand on voyait le coût que cela lui imposait. S’il n’avait pas eu cette mémoire, il n’aurait jamais eu à dire la vérité à son frère. Ce soir ils n’en seraient pas là. Ils ne seraient pas là, en train de se déchirer pour quelque chose auquel ni l’un ni l’autre ne pouvait faire quoi que ce soit. Personne n’y pouvait rien, alors pourquoi est-ce que cela devait faire aussi mal, pourquoi est-ce que cela déréglait à ce point leur vie ?

Ceci dit, sans tout cela ... Où en seraient-ils aujourd’hui ? Tullio aurait sans doute continué toute sa vie à se plier aux exigences de son frère, pour avoir la paix. Il aurait été son larbin personnel, aurait obéi à sa moindre demande, pour contenter tout le monde et maintenir à lui seul l’illusion d’une famille unie. Et Isaia l’aurait méprisé, à raison puisqu’il n’aurait rien été de plus qu’une loque. Avec ce comportement, jamais son frère n’aurait subi la colère de Tullio, et ce dernier ne lui aurait jamais dit ses quatre vérités en face avant de quitter la ville pour cinq longues années dans la moindre nouvelle. Tullio aurait eu une vie misérable au milieu de tous les misérables qui rampaient devant son frère. Jamais ils ne se seraient disputés puisque jamais Tullio n’aurait contredit son cher frère. Jamais ils ne se seraient quittés de vue puisque Tullio serait devenu le larbin d’Isaia. Comme un jouet pratique ou un atout qu’on garde sous le coude pour s’en servir de temps à autre, quand soudainement on a besoin d’un service, d’un porteur, de n’importe quoi en fait. Multi-fonctions, voilà ce qu’était Tullio auparavant. Un genre de couteau-suisse.

Tullio était en effet persuadé qu’il ne valait rien aux yeux d’Isaia avant de s’être rebellé contre lui. C’est justement ce mouvement de colère qui avait réveillé son intérêt pour lui, parce que personne ne lui parlait comme ça. Personne ne le traitait comme ça. Du coup, il n’était qu’une vague curiosité pour celui qui n’a jamais eu aucun problème à se faire vénérer toute sa vie durant. Il se demandait presque si Isaia n’était pas plus choqué d’apprendre que son « frère » n’était pas son frère que de savoir que c’était « Tullio » qui n’était pas son frère. Face à cette crise familiale évidente, les doutes que Tullio avait réussi à dissiper grâce aux paroles de son frère revenaient. Il ne voulait bien s’entendre avec lui que pour l’image qu’ils donnaient. Il était soudainement triste d’apprendre le mensonge mais n’en avait subitement plus rien à faire de ce qu’il se passait entre eux. Finalement, Isaia n’était pas intéressé par Tullio mais par ce qu’il représentait. Et si les paroles de son frère avaient réussi, au restaurant, à le convaincre du contraire ... Là, il doutait à nouveau.

Le jeune homme voulait tellement être « quelqu’un » pour son frère, et pas juste un membre de sa famille. Il voulait être une personne qu’il apprécie, qu’il aime côtoyer. Avec qui il se sentait bien. Comme Isaia le devenait lui-même peu à peu. Découvrir son rire, essayer de le provoquer à tout prix, c’était aussi simple que ça. Le bonheur de son frère était devenu quelque chose de primordial et Tullio, ces dernières semaines, appréciait particulièrement quand il réussissait à lui en procurer par sa présence. Il avait l’impression d’être utile, d’être quelqu’un, d’être une figure importante dans sa vie, et pas uniquement par son statut. C’était trop demander ? Avait-il tort d’en douter alors que pendant des années, Isaia ne lui avait pas démontré la moindre preuve de son attachement ? Lui non plus, certes. Mais quand on est celui qui subit, c’est un peu plus dur d’aller montrer son affection sans risquer de se faire violemment rejeter. Tullio savait bien qu’avec cet état d’esprit il fuyait un peu ses responsabilités mais ... Mais là il se sentait vraiment mal. Il voulait savoir s’il comptait encore un peu pour lui. Si Isaia n’allait pas lui dire « bon ben puisqu’on est plus frères, au revoir et merci. » ...

- Je... Je savais pas. Comment j'aurais pu deviner que c'était si important ?

Peut-être parce qu’inviter quelqu’un dans son lit ça n’a jamais rien de facile. Peut-être parce ce, si Isaia le faisait souvent, Tullio n’avait jamais été du genre à être aussi facile dans ses relations. Quelque part, étrangement, cela lui fit un petit choc de deviner à demi-mot qu’Isaia ne considérait en aucun cas comme quelque chose d’important. Alors les filles devaient y défiler, les amis bourrés aussi ... Forcément, ils n’avaient pas le même mode de vie alors comment pouvait-il espérer qu’il comprenne ce qu’il ne disait pas ? Ce qu’il ne laissait pas deviner ? Si pour Isaia c’était aussi banal et habituel ... Oui, il aurait dû le deviner. Sans trop savoir pourquoi, Tullio sentit une grosse boule se former au creux de son ventre. L’empêchant de déglutir pendant quelques instants, le faisant se sentir mal à l’aise. Dès qu’il imaginait le nombre de gens qui devaient passer par le lit d’Isaia, alors qu’il s’étonnait que ce ne soit pas son cas ... Pourquoi est-ce que qu’il devait se sentir aussi mal avec cette simple idée ? C’était normal, il devait accepter. Non, il n’avait rien du tout à accepter en fait c’était juste ... bizarre de s’en préoccuper.

- Tu ne pouvais pas, mais tu pensais vraiment que c’était si anodin ? Si tu n’étais pas important, toi, c’est tout juste si je t’aurais ramené chez toi en voiture pour ne pas que tu aies un accident en rentrant.

Le jeune sommelier n’était pas quelqu’un à oublier, on a déjà pu le voir. Pourtant, il avait réussi à oublier combien celui qui était en face de lui savait lui faire mal. Combien il trouvait toujours les mots, les situations, les coups qui blessaient à en hurler sans achever. Ces dernières semaines avaient été si agréables ... Il avait presque l’impression de se faire courtiser, quoique cette idée le fasse fortement rougir. Mais oui, Isaia essayait de le convaincre de sa bonne foi et de son changement. Il voyait alors essentiellement le bon côté de son frère, même s’il en connaissait les vices et les voyait parfois réapparaitre. Et cela lui avait fait oublier ce pourquoi il avait longtemps fui Isaia. Ce pourquoi il avait cessé de le voir. Parce qu’il faisait mal.

- Le temps qu'on a passé ensemble ? Tu veux dire, notre enfance, quand je te faisais des crasses et que tu étais jaloux de moi ? Ou bien notre adolescence, quand on pouvait rester sans se parler pendant des jours entiers parce qu'on s'énervait mutuellement ? Les cinq ans qu'on a passé sans se parler ne comptent sans doute pas, j'imagine. Et si tu parles de ce dernier mois... C'est vrai que ça nous rapprochait. J'étais vraiment heureux... Mais qu'est-ce que c'est qu'un mois, au fond, à côté de vingt ans de mensonge ? Même toi, Tullio, tu ne peux pas nier la fragilité de notre relation. On faisait des efforts, mais j'avais l'impression qu'au moindre pas de travers que je ferais, tu me renverrais bouler dans les limbes. J'avais tort ?

Il faisait même très mal. Et un instant, Tullio envisagea sérieusement de partir. De quitter son propre appartement pour éviter le conflit. Le laisser là, triste, seul. Et de nouveau tout arrêter, en pansant la blessure que cette discussion creusait chez lui au couteau mail aiguisé. Un peu à la manière qu’une cuillère à soupe le ferait. Oui, il pensa sérieusement à cette perspective alléchante de ne plus jamais risquer la déception en abandonnant tout. Maintenant. Mais dès qu’il posait les yeux sur Isaia, cette idée disparaissait au profit de celle bien plus désagréable de souffrir et de se battre pour le convaincre que tout n’était pas aussi sombre. Qu’il restait un peu de lumière. Parce que tout remontait alors. Les couleurs dans sa vie, son beau sourire, ses promesses, son contact, son regard voilé par l’envie de pleurer qu’il réfrénait. Sa joie, sa colère, ses remords. Autant de choses auxquelles il ne pouvait résister. Tant pis si cela devait faire atrocement mal.

- Et si c’est fragile, c’est inutile, c’est inintéressant ? Ça ne vaut pas le coup qu’on se batte ? Et puis tu oublies une partie de l’histoire. Les bons moments. Les disputes entre frères, ça arrive. Et moi je me souviens aussi des bons moments, même s’il m’a fallu un moment pour accepter de m’y fier. Trop longtemps.

Tullio aurait aimé lui transférer d’un simple claquement de doigt tout ce qu’il avait dans la tête. Ses souvenirs heureux avec lui. Et son envie d’en créer d’autres, comme récemment. Son besoin irrépressible d’en découvrir plus. Toujours plus. Pour cela, il fallait sans doute continuer à se battre contre sa gorge qui essayait de couper toute arrivée d’air pour l’empêcher de vouloir parler.

- Oui ... et non. Si tu avais trahis la promesse que tu m’avais faite, si tu avais essayé de me manipuler comme tu l’as toujours fait, si tu essayais de m’utiliser, je t’en aurais énormément voulu. Mais je serais resté. Parce que depuis que j’ai accepté de te laisser revenir dans ma vie, je me suis promis de faire des efforts. De ne pas te laisser repartir aussi loin. Et je tiendrai parole.

Mais tout semblait vain, ses paroles paraissaient inutiles et Tullio perdait espoir à chaque phrase. Le jeune homme avait l’impression de marcher dans de la mélasse ou du caramel. Dont il était totalement impossible de se défaire. Plus encore quand le ton d’Isaia changea encore, et pas en mieux. Mais le pire ... Le pire ... C’était ce regard qu’il venait de baisser. Son visage qui suintait la déception et la sensation de se faire abandonner. Il l’avait déçu ... Il ... Oh putain mais ça allait s’arrêter quand, cette escalade qui lui faisait un peu plus mal à chaque seconde ? C’était juste de la torture, du masochisme que de rester et de se prendre tout ça dans la figure.

- On dirait que ce mois de rapprochement n'a pas servi à grand-chose, finalement.

- Non, Isaia je voulais pas ... Excuse-moi. J’ai juste ... Bordel je flippe moi. Je veux juste ... pas que finalement tu trouves que c’est trop difficile. Je veux pas que tu me laisses derrière en te disant que j’en vaux pas la peine. Je ...

Et sa voix tremblait lamentablement. Tullio, face à son frère, essaya d’essuyer discrètement du revers de la main ses yeux qui le piquaient et qui venait de laisser échapper un semblant de larmes ... Morte dans l’œuf. Elle n’avait jamais existé, Tullio refusait qu’elle ait existé. Voilà. Voilà pourquoi il s’était endurci toutes ces années face à son frère. Voilà pourquoi il avait toujours refusé de s’impliquer. Parce que c’était trop dur. Isaia savait tellement bien être froid, rancunier, accusateur sans même en avoir l’air. Ça n’avait servi à rien, alors ? Tullio avait tant travaillé sur lui-même pour essayer de faire en sorte que ça se passe bien, pour leur laisser une chance, et Isaia ne reconnaissait rien ? En effet, vu comme ça tout ça n’avait servi à rien. Une deuxième larme menaçait mais Tullio se refusa à en faire sortir une de plus. Une seule c’était déjà une erreur en soi. Il se mordit les lèvres au sang, fixant son regard sur un point à sa gauche. Ne pas le regarder. Ne pas repenser à ce qu’il venait de dire. Passer à autre chose. Il n’avait pas le droit, pas le temps de pleurer.

- Hein ? De quoi tu me parles ? J'ai pas compris. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Evidemment, n’importe qui aurait réagi pareil tant ce qu’il venait de lui dire était tiré par les cheveux. Tullio se tut un long moment, histoire de laisser à sa voix le temps de se remettre. A sa mâchoire d’arrêter de trembler, à ses yeux d’arrêter de piquer. Bref, de digérer. Cela prit tout de même quelques minutes, qui lui parurent bien longues. Mais c’était nécessaire s’il voulait éviter de craquer dans l’instant. Bordel, pourquoi il était aussi sensible quand il s’agissait d’Isaia ? C’était totalement injuste qu’il s’en fasse autant pour ce que son frère lui disait, tandis que ce dernier s’accrochait davantage à la révélation qu’à celui qui avait été forcé de la faire. Il avait besoin ... qu’il ... Non il ne pouvait rien lui demander. Alors Tullio essaya de prendre sur lui et, passé ce moment nécessaire, répondit finalement à sa question.

- Je te dis que je sais pas vraiment moi-même. Je sais juste qu’une nuit il y a pas mal d’années, il s’est passé quelque chose de bizarre. J’arrive pas à me souvenir, je sais juste qu’il est arrivé un truc qui fait que depuis ... Comme je t’ai dit. Je me souviens de tout. Je peux te réciter n’importe quel texte lu une seule fois dans ma vie. Tout. Mais en contrepartie, étrangement, je peux plus te mentir, faire semblant de rien. Je peux plus être conciliant comme avant, je peux plus dire ce qui te fait plaisir si ce n’est pas vrai, je suis incapable de me comporter comme le frère débile que j’ai été pour toi avant. Maintenant je suis comme ça, je n’y peux rien. Et crois-moi, parfois j’aimerai être capable de te mentir. Les mensonges de bienséance. Comme tous ceux qu’on fait en société et même en famille. Eh ben je peux plus.

C’était devenu presque facile de lui dire ce genre de trucs loufoques à côté des sentiments qu’il extrayait de son corps pour les lui offrir, pour les lui expliquer. Mais Isaia n’écoutait pas. Il entendait mais n’écoutait pas.
Tullio commençait à se résigner : tout cela finirait mal.
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: Mal-entendu [PV Izzy chéri]   Sam 28 Avr - 8:47

Quand il était plus jeune, Isaia avait souvent blessé Tullio de façon consciente. Bien entendu, il n'estimait pas la douleur à sa vraie valeur, lui qui avait toujours été protégé par tout le monde, et il ne s'imaginait pas que ses crasses et ses piques continuellement pouvaient réellement blesser Tullio au point de lui changer sa personnalité. C'était pour ça que lorsque son frère avait explosé et qu'il lui avait claqué la porte au nez, il avait été vraiment surpris. Il n'avait pas compris. Quoi, il fait la gueule juste pour ça ? C'est ridicule ! Il n'avait pas cherché à comprendre, non plus. Parce que Tullio l'avait vexé en se détournant de lui - on ne se détournait pas d'Isaia, bon sang - et qu'il attendait le moment où il viendrait en rampant lui demander pardon.

Ce moment n'était jamais venu, et au final, c'était Isaia qui était venu en rampant, cinq ans plus tard.

Quoi qu'il en soit, lorsqu'il avait fait du mal à Tullio, dans le passé, c'était toujours un peu voulu, quelque part. Une sorte de test, pour voir sa réaction. Les limites de sa tolérance.

En revanche, en cet instant précis, il blessait Tullio avec ses mots, et c'était probablement la première fois de sa vie que ce n'était pas son but. Il ne pouvait que voir l'air douloureux de son frère se peindre sur son visage, et essayer de s'empêcher de dire la suite, mais quelque part, il n'y arrivait pas. Il n'avait jamais vraiment appris à retenir ses paroles... Les réactions des gens n'avaient jamais vraiment compté pour lui.

"Tu ne pouvais pas, mais tu pensais vraiment que c’était si anodin ? Si tu n’étais pas important, toi, c’est tout juste si je t’aurais ramené chez toi en voiture pour ne pas que tu aies un accident en rentrant."

A bien y réfléchir, c'était vrai. On ne proposait pas à un type qu'on détestait de dormir dans son lit. Et pourtant, Tullio l'avait presque forcé à dormir dedans. Alors, ça signifiait que déjà à ce moment-là, il l'aimait bien ? Ou du moins, il ne le détestait plus ?

Bon sang, s'ils avaient su communiquer, aussi ! Isaia aurait peut-être arrêté de se sentir sur la sellette. Tout aurait peut-être été plus simple...

Mais bon, ce qui était fait était fait, et de toute façon, qu'ils aient réussi à communiquer ou pas, il y avait encore ce secret de famille qui attendait derrière qu'on le sorte du placard, et que Tullio n'aurait jamais fait, à cause d'une promesse à ses parents. Tôt ou tard, il aurait fallu en passer par là. Peut-être qu'il valait mieux que ce soit tôt que tard ? Comme ça, leur seconde "rupture" serait moins douloureuse.

Parce qu'ils avaient l'air bien partis pour en prendre le chemin, en tout cas, songea Isaia lorsqu'il découvrit la tête de son frère à ses mots amers. Bon, soit, il ne le pensait pas tout à fait. Il était surtout en colère, las, triste... Il exagérait un peu. Note pour lui-même : ne plus jamais exagérer, pour ne plus jamais revoir un tel visage. Tullio avait l'air d'être tellement atteint par ses paroles qu'il regretta de ne pas s'être coupé la langue.

"Et si c’est fragile, c’est inutile, c’est inintéressant ? Ça ne vaut pas le coup qu’on se batte ? Et puis tu oublies une partie de l’histoire. Les bons moments. Les disputes entre frères, ça arrive. Et moi je me souviens aussi des bons moments, même s’il m’a fallu un moment pour accepter de m’y fier. Trop longtemps."

Ce n'était pas ce qu'il voulait dire... Et puis, il se rappelait aussi des bons moments. Même si, ces dernières années, il avait toujours cru que les bons souvenirs, dans son esprit, étaient de mauvais souvenirs pour Tullio. Après tout, il n'oublierait jamais la fois où Tullio lui avait crié dessus avant de quitter la maison, et il avait été clair sur le fait qu'Isaia n'était qu'un pauvre type qui ne méritait même pas qu'on fasse attention à lui. Dans l'esprit d'Isaia, cet éclat était peu à peu devenu synonyme de "tu m'as toujours fait chier et j'ai toujours joué la comédie, même quand je faisais semblant de m'amuser". Finalement, peut-être qu'il ne faisait pas semblant... Peut-être qu'il avait des bons souvenirs, lui aussi.

Alors, il avait tort, finalement ?

"Oui ... et non. Si tu avais trahis la promesse que tu m’avais faite, si tu avais essayé de me manipuler comme tu l’as toujours fait, si tu essayais de m’utiliser, je t’en aurais énormément voulu. Mais je serais resté. Parce que depuis que j’ai accepté de te laisser revenir dans ma vie, je me suis promis de faire des efforts. De ne pas te laisser repartir aussi loin. Et je tiendrai parole."

Isaia le contempla, confus - il y tenait tellement, à cette relation avec lui ? Il avait tellement souvent cru qu'il était le seul à y tenir vraiment, mais si Tullio lui disait qu'il voulait la voir continuer... Bon, il n'avait pas dit qu'il y prendrait plaisir (en fait, on aurait plutôt dit que c'était un sacré effort de laisser Isaia revenir dans sa vie). Mais si au moins, il avait l'intention de continuer... Peut-être que c'était faisable... ?

Si jamais ça l'était, est-ce que ça méritait de tout jeter aux orties simplement parce qu'il venait d'apprendre que Tullio n'était pas lié à lui par le sang ? Bon, simplement, c'était vite dit (c'était quand même une belle bombe atomique, cette information), mais... est-ce qu'il n'était pas capable de passer par dessus-ça, pour Tullio ?

Essayer d'imaginer. Tullio qui n'était pas son frère. Qui ne l'avait jamais été. Déjà, il n'arrivait pas à le concevoir, parce qu'ils avaient grandi ensemble depuis tout gosses... Bon - c'était net, il ne pouvait pas faire comme s'il ne savait rien. Il ne pouvait pas dire "ok, continuons à jouer la comédie du Tullio et Isaia frères, ça marchera bien un jour !". C'était une information qu'il ne pouvait pas éradiquer de sa mémoire : qu'il le veuille ou non, Tullio n'était PAS son frère, et ça changeait sa façon de le voir.

Mais est-ce que ça changeait l'amour qu'il avait pour lui ? Après tout, il aimait son meilleur ami Valentino, et il n'était même pas de sa famille. Peut-être que dans le futur, il ne pourrait pas continuer à voir Tullio comme son frère, mais rien ne l'empêchait d'essayer tout de même de construire une relation de confiance et d'intimité. Être frères n'était pas une condition sine qua non pour bien s'entendre avec Tullio.

D'ailleurs, il avait été un peu surpris, durant ce mois qu'ils venaient de passer à se côtoyer. Parce que Tullio était redevenu un inconnu, pour lui, dans ce laps de temps où ils ne s'étaient pas vus, et il avait fallu obéir à la règle du "socializing", celle qu'Isaia appliquait en soirée. Commencer à parler avec quelqu'un, se présenter, tenter de trouver des sujets en commun, et voir si on était compatibles ou non. Isaia avait déjà rencontré des gens très sympas mais avec qui il n'avait pas gardé le contact parce qu'ils ne savaient pas de quoi discuter quand ils étaient ensemble.

Avec Tullio, c'était différent : ils n'avaient pas franchement les mêmes goûts, mais justement, ils pouvaient en parler, faire valoir leurs points de vue, et puis en dehors de ça, ils se trouvaient tout de même des points communs, des atomes crochus. En bref, ils étaient compatibles, socialement, et ça avait été une jolie surprise.

Est-ce que ça valait vraiment la peine de tout gâcher pour un truc dont Tullio n'était même pas responsable ?

"Non, Isaia je voulais pas ... Excuse-moi. J’ai juste ... Bordel je flippe moi. Je veux juste ... pas que finalement tu trouves que c’est trop difficile. Je veux pas que tu me laisses derrière en te disant que j’en vaux pas la peine. Je ..."

Isaia sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine. Merde - Tullio, là... il était, argh, il était vraiment adorable. Il avait l'air tellement peiné d'imaginer Isaia s'en aller, il avait l'air tellement désolé, tellement bouleversé... Bon sang. C'était une réflexion vraiment très étrange (°Vraiment très très étrange!°) mais il le trouvait chou.

Bon sang. C'était lui qui était censé attirer la sympathie de par son malheur, pas Tullio ! Et lorsque son frère essuya le coin de son œil d'un mouvement vif, lorsqu'il se mordit les lèvres pour ne pas craquer plus - tout comme Isaia quelques instants plus tôt - le blond réagit sans s'en rendre compte. Il attira Tullio contre lui et le serra dans ses bras, comme l'autre l'avait fait un peu avant.

Pourquoi il faisait ça ? Aucune idée. C'était tout ce dont il avait besoin en cet instant, de sentir l'odeur de la peau de Tullio, celle de linge propre de ses vêtements, et d'enfouir son nez dans son cou.

- Pardon, murmura-t-il d'une voix étouffée. Pardonne-moi. Je suis vraiment désolé. Qu'on soit frères ou pas, je trouve toujours que tu en vaux la peine, tu sais..

Il s'attendait à se sentir un peu mieux dans les bras de Tullio, mais finalement, il avait encore plus envie de pleurer, et la boule était toujours logée dans sa gorge - elle lui faisait mal.

- Je ne sais pas si je pourrai faire semblant de rien, si je pourrai te voir encore comme mon grand frère..., continua-t-il. Mais si tu veux quand même qu'on continue, on peut essayer de construire autre chose ensemble. Je ne peux pas dire que je ne t'en veux pas d'avoir gardé le secret, mais... ça serait encore plus insupportable de ne plus t'avoir. Que tu le croies ou non, je tiens vraiment à toi...

Bon sang, il avait tellement honte, tellement honte de dire ça... Et tellement peur, aussi, parce qu'il était sincère, totalement sincère, plus qu'il ne l'avait jamais été dans sa vie, et que si Tullio le rejetait, ça ferait plus mal que n'importe quoi d'autre. Il avait l'impression de lui tendre son cœur en cristal sur un plateau d'argent, et il ne tenait qu'à Tullio de le mettre dans une boîte garnie de velours ou de l'exploser par terre.

Il espérait de tout cœur que ce serait la première solution... Mais les risques étaient grands si Tullio était incapable de lui mentir.

D'ailleurs, il avait beau essayer de comprendre, il avait vraiment du mal...

"Je te dis que je sais pas vraiment moi-même. Je sais juste qu’une nuit il y a pas mal d’années, il s’est passé quelque chose de bizarre. J’arrive pas à me souvenir, je sais juste qu’il est arrivé un truc qui fait que depuis ... Comme je t’ai dit. Je me souviens de tout. Je peux te réciter n’importe quel texte lu une seule fois dans ma vie. Tout. Mais en contrepartie, étrangement, je peux plus te mentir, faire semblant de rien. Je peux plus être conciliant comme avant, je peux plus dire ce qui te fait plaisir si ce n’est pas vrai, je suis incapable de me comporter comme le frère débile que j’ai été pour toi avant. Maintenant je suis comme ça, je n’y peux rien. Et crois-moi, parfois j’aimerai être capable de te mentir. Les mensonges de bienséance. Comme tous ceux qu’on fait en société et même en famille. Eh ben je peux plus."

Isaia l'observa avec curiosité. C'était vraiment tordu pour être un mensonge, mais c'était un peu gros pour être gobé sans histoire...

- Une sorte de super héros ? dit-il avec un léger sourire, avant de redevenir sérieux. Si c'est vrai... ça m'arrange, parce que je ne te mens pas non plus. Comme ça, on sera à égalité...

Il ne put s'empêcher de l'observer - il disait la vérité à chaque fois ? Jusqu'où ça allait ? Est-ce qu'il était obligé de répondre à chaque question qu'il lui posait, ou est-ce qu'il pouvait choisir de la boucler ? Est-ce qu'il pouvait faire des mensonges par omission ?

En se demandant ça, Isaia réalisa avec stupéfaction qu'au fond, il le croyait. Le coup du super héros était un peu too much, mais il croyait Tullio quand il disait qu'il lui disait la vérité. Sa voix avait des accents... bref, il ne se serait pas trompé dessus, lui, le pro en manipulation.

Est-ce que ça voulait dire qu'Isaia pouvait lui demander n'importe quoi, même les choses les plus humiliantes, les plus embarrassantes, il dirait la vérité ? Il avait du mal à y croire... Mais il y avait tellement de choses qu'il voulait savoir... C'était comme de tendre la clé d'un coffre à quelqu'un en disant que toutes les réponses à ses questions se trouvaient à l'intérieur. Mais Isaia ne voulait pas forcer la serrure à force de l'utiliser trop souvent... Il se contenta de poser une question :

- Tu me considères vraiment comme ton petit frère, alors que tu savais depuis tout ce temps que ce n'était pas vrai ?

Est-ce que Tullio allait lui en vouloir s'il lui extorquait des réponses ? Oui, probablement. A supposer que tout soit vrai.

Décidément, il en aurait entendu, des choses, aujourd'hui...
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: Mal-entendu [PV Izzy chéri]   Sam 28 Avr - 10:22

C’était tellement improbable, tout ce qu’il se passait, tout ce que Tullio disait, ressentait. Il y a peu, il détestait son frère. Comment avait-il pu aussi rapidement tenir à lui plus encore que ce qu’il pensait ? Comment avait-il fait pour tracer un trait sur tous les souvenirs qu’il avait d’eux ? D’autant plus que, Tullio n’oubliant rien, le jeune homme savait parfaitement de quel côté penchait la balance de leurs expériences. Vers le désagréable, aucun doute. Mais ça, c’était un raisonnement purement théorique. Car, selon les évènements, on donnait plus ou moins d’importance à telle ou telle chose. Et ça, Tullio ne l’avait jamais compris. Il avait toujours raisonné bêtement en se disant que, puisque son frère lui avait fait plus de mal que de bien, cela ne servait à rien de vouloir récupérer quoi que ce soit avec lui.

Mais tout avait commencé à changer au restaurant. Tullio s’était rendu compte que les paroles gentilles et repentantes de son frère avaient un peu plus de valeur que ses mauvais souvenirs. Etrangement, les semaines qui suivirent lui confirmèrent cet état de fait. Plus il passait de bons moments en compagnie d’Isaia, plus le reste s’effaçait dans son esprit. Lui qui avait toujours vu les relations humaines sous un angle mathématique et logique découvrait alors que toutes les choses n’étaient pas identiques. Qu’un sourire de son frère parvenait à passer outre une de ses accusations passées. Que ses efforts pour le retrouver passaient au-delà de beaucoup d’ordres imposés par le passé. Parce que le temps jouait aussi un rôle important, délestant les anciens souvenirs de leur aspect dramatique et omniprésent. Pourtant, c’est cela même que contournait normalement sa mémoire. Eh bien le bonheur avait apparemment le don d’occulter ses souvenirs parfaits, pour lui faire comprendre à quel point les gens normaux se basaient sur les émotions.

A partir de cet instant où Tullio avait vu certaines choses avec plus de lucidité, tout s’était accéléré assez vite dans sa tête et dans son corps. Isaia était devenu le seul avec qui il se laissait au naturel, le seul avec qui il lui arrivait de franchement rigoler en écoutant une de ses expériences douloureuses de professeur. A chaque fois qu’il le voyait, Tullio rentrait chez lui un petit sourire aux lèvres, satisfait de lui. D’eux. Et les souvenirs qu’ils en gardaient surplombaient largement la rancune passée. Et c’était une expérience nouvelle mais terriblement agréable. Depuis lors, Tullio s’était bien plus attaché à cette relation qu’il ne l’aurait cru. Lui-même n’avait pas totalement conscience de l’ampleur de cet attachement. De la profondeur de sa volonté de le garder.

Et ce n’est que dans cette situation désagréable et douloureuse qu’il découvrait, sans doute en même temps qu’Isaia, à quel point il y tenait. Le jeune homme ne se serait pas cru capable de dire tout ça, de les défendre avec autant de virulence. Si on ne lui avait rien dit, sans doute se serait-il imaginé déçu et peiné de leur différend mais ... sans plus, au final. Ne constatant qu’un énième échec sans plus y accorder la moindre importance. Et pourtant il était mal, et pourtant il essayait de sortir ses tripes sur la table pour essayer de faire voir à son frère à quel point il tenait à lui. C’était d’ailleurs terriblement gênant de dire, de faire tout cela. Si Tullio ne s’en rendait pas encore compte, la honte le couvrirait d’ici peu. Parce que jamais il n’avait parlé aussi clairement à quiconque, parce que ses émotions habituelles n’avaient jamais atteint autant de relief. Et cela le mettrait très certainement mal à l’aise de repenser à ce qu’il avait pu dire, dans un élan irrépressible d’envie de ne pas l’abandonner.

Improbable et tellement réel, pourtant. Tullio lui-même ne pouvait pas vraiment expliquer ce qui s’était débloqué en lui, ce qui avait cédé à un moment ou à un autre. Il n’avait aucune idée de la raison pour laquelle il avait si subitement changé dans ses attentes et dans ses désirs concernant Isaia. Mais le fait était là : maintenant, il tenait à lui et refusait catégoriquement qu’on lui reprenne son frère. Même si c’était illogique, même si cela semblait impossible. Il avait suffi de pas grand-chose pour que Tullio se rende compte de l’affection qu’il avait pour ce nouvel Isaia. Celui qui avait changé, celui qui voulait bien de lui comme personne à part entière, et pas comme un objet pratique. Il avait finalement suffi de cette révélation pour modifier peu à peu le regard que Tullio posait sur son cadet. Cela lui avait donné l’occasion de découvrir vraiment qui était Isaia. Et Tullio avait aimé ce qu’il avait vu. C’était aussi simple que ça.

Pourtant, le jeune homme commençait à croire que cette belle illusion allait s’estomper. Qu’Isaia ouvrirait les yeux et préférerait se fier à la douleur de la trahison qu’à leurs bons moments. Après tout, qu’était-il pour espérer peser plus lourd qu’une révélation pareille ? Pas grand-chose, surtout depuis aussi peu de temps. Ses paroles n’étaient qu’en l’air, et il n’arrivait pas à déterminer avec justesse les réactions de son frère. Aveuglé par sa propre tristesse, Tullio ne devinait pas ce qu’il se passait dans la tête du joli blond ... du blond. Est-ce que ses mots faisaient écho ? Est-ce qu’il avait une chance de le convaincre de l’importance du reste face au mensonge ? Tullio n’en était pas certain, et le silence de son frère ne l’encourageait pas vraiment. Pourtant, s’il était toujours aussi remonté et totalement en conflit avec les mots de Tullio, Isaia réagirait non ? Comme avant. Il le contredirait violemment pour lui exposer sa façon de penser. Il l’enverrait balader avec ses belles paroles. Qu’il ne dise rien était donc une bonne nouvelle, sans doute.

Un peu perdu, incertain, Tullio ne comprit pas tout de suite ce qu’il se passa par la suite. Il venait de retenir une larme, et tout à coup il se retrouvait entouré d’une douce chaleur. Par réflexe, Tullio referma ses bras autour des épaules d’Isaia pour se serrer contre lui. Comme peu de temps auparavant. Et c’est là qu’il réalisa que cette étreinte lui avait manqué. Qu’il y resterait bien un peu plus longtemps pour cuver sa peine. Parce que, malgré tout, rien que ce contact lui allégea un peu le cœur. Il avait l’impression de se sentir en sécurité, tant qu’Isaia le tenait comme ça. Parce que s’il était encore en colère et décidé à ne plus lui adresser la parole, il ne ferait pas cela n’est-ce pas ? Même à cause d’une bête larme qui s’était échappée ? Non, Isaia ne le ferait pas. Tullio savait que, malgré tous les changements qu’il lui avait promis, cet homme restait quelque part le petit garçon qui se moquait bien de la souffrance de ceux qui l’indisposaient. Alors il ne le détestait pas, ne le méprisait pas. Sinon il ne serait pas dans ses bras.

- Pardon. Pardonne-moi. Je suis vraiment désolé. Qu'on soit frères ou pas, je trouve toujours que tu en vaux la peine, tu sais... Je ne sais pas si je pourrai faire semblant de rien, si je pourrai te voir encore comme mon grand frère... Mais si tu veux quand même qu'on continue, on peut essayer de construire autre chose ensemble. Je ne peux pas dire que je ne t'en veux pas d'avoir gardé le secret, mais... ça serait encore plus insupportable de ne plus t'avoir. Que tu le croies ou non, je tiens vraiment à toi...

Si quelqu’un avait décidé soudainement de tirer un feu d’artifice dans le ventre de Tullio, celui-ci n’aurait sans doute pas vu la différence. Il n’avait pas rêvé ce qui venait de se passer, hein ? Isaia avait bien dit tout cela ? Tullio savoura cet instant. En commençant par se serrer contre lui, l’enlaçant fortement pour le rassurer, pour l’encadrer de ses bras, pour lui offrir un cocon accueillant. Etant un peu plus grand qu’Isaia, son visage était plongé dans ses mèches blondes et il avait l’impression que le meilleur oreiller du monde n’aurait pas été plus doux contact. Le jeune homme avait envie que le temps s’arrête. Il sentait le souffle d’Isaia dans son cou, ce qui le fit frissonner faiblement sans qu’il sache bien pourquoi. L’émotion, sans doute, de le sentir si proche alors qu’il avait eu si peur de le perdre. Mais c’était aussi son discours qui le touchait, tout autant que sa proximité dont il était cette fois l’instigateur. Il venait de lui dire que, peu importait ce qu’il était, il le reconnaissait en tant que personne. Il avait envie de continuer de le voir. Il ne l’abandonnait pas sous le prétexte qu’ils n’étaient pas frère.

Ses doutes s’envolèrent rapidement, parce qu’il savait qu’Isaia n’aurait jamais dit quoi que ce soit, en cet instant précis, pour lui faire plaisir sans que ce soit véridique. Bon, il lui en voulait encore et ça c’était normal, au final. Même Si Tullio continuerait à dire que ce n’était pas de son rôle et qu’il n’avait pu qu’essayer de faire changer d’avis ses parents, en vain. Mais cela importait peu. Qu’il lui en veuille, c’était acceptable. Surtout quand il lui disait que ... Ah, tant de choses faisaient à présent battre fort son cœur. Il lui disait qu’il était prêt à construire autre chose avec lui. De quelle nature ? Là encore, ce n’était pas vraiment important tant qu’il y avait quelque chose. Tullio était prêt à construire tout et n’importe quoi, à présent. Et puis il avait aussi dit que ce serait insupportable de ne plus l’avoir ... Cette phrase l’avait touchée au cœur, le faisant sourire faiblement pour la première fois de la journée. Il était heureux en entendant tout cela, si bien que l’émotion l’empêcha de faire de grandes phrases.

- Je ... Oui je veux. Je veux Isaia, ne me laisse pas tomber. Reste avec moi. Moi aussi je ... Tullio rougit intensément avant de finir sa phrase, qui le gênait mais qu’il ne pouvait éviter de dire. Je tiens à toi. Plus que je ne le pensais.

Déjà, Tullio s’était un peu apaisé, l’angoisse avait disparue et seul restait l’inconfort de la situation, délicate. Mais un espoir était permis, maintenant. Une porte de sortie qui pourrait les mener vers quelque chose de plus stable, maintenant qu’ils savaient tous les deux. Ils pourraient progresser ensemble vers une relation qui leur convienne, n’est-ce pas ? Tullio aussi allait changer, maintenant qu’il se rendait compte de son attachement pour Isaia. Le jeune homme se savait capable d’être tendre et attentionné envers les personnes qu’il aimait et en qui il avait confiance. Surtout qu’il avait si peu donné ces dernières années qu’il pouvait offrir beaucoup, à présent. Maintenant qu’il avait de nouveau confiance en Isaia.

Ce dernier le regarda un peu bizarrement, un sourire que Tullio imaginait d’incompréhension sur ses lèvres. Ses lèvres qu’il regardait à nouveau avec plaisir, maintenant qu’il n’y voyait plus autant de tristesse.

- Une sorte de super héros ? Si c'est vrai... ça m'arrange, parce que je ne te mens pas non plus. Comme ça, on sera à égalité...

Bon, à vrai dire cela embêtait un peu Tullio que son frère sache à quel point il ne pouvait rien lui cacher. Certes, il pouvait lui mentir par omission si la question n’était pas trop directe. Mais si elle était claire ou s’il insistait, Tullio en était incapable. Poussé par ses émotions, il avait envie de répondre quelque chose, un mensonge pour éviter la gêne, et donc était confronté à la vérité qui sortait de sa bouche. Mais d’un autre côté, cela ferait peut être comprendre à Isaia certaines de ses réactions parfois très primaires, et ses paroles peut être un peu directes de temps à autre. Et au final, Tullio était soulagé qu’il n’y ait plus de secret entre eux. Plus aucun.

- Oui mais ... ne t’en sers pas trop, s’il te plait. Mais je suis content que tu ne me mentes pas non plus, je me sentirai moins seul à dire tout le temps ce que j’ai vraiment dans la tête ... ou sur le cœur.

Il ne savait pas vraiment pourquoi il s’était senti obligé de rajouter cette précision inutile, mais peu importait. Tout ce qui comptait, c’était qu’Isaia ne le martyrise pas trop avec. Parce que Tullio aurait du mal à toujours devoir tout lui dire ... Tous les hommes ont besoin d’un peu d’intimité, d’un peu de secret. Mais manifestement, Isaia avait envie de tester cette nouvelle, qui était tout à fait déstabilisante Tullio pouvait en convenir. Mais sa question l'ébranla un peu, le laissant un instant muet avant de répondre.

- Je ... Je ne sais pas vraiment ce que tu es pour moi. Petit frère ou pas. Je suppose que c’est ça, puisqu’on a grandi ensemble et qu’on a été élevé comme ça. Ce que je sais, c’est que même en sachant ça toute ma vie, ça ne m’empêche pas de vouloir que tu sois dans la mienne. Malgré les disputes constantes. Ça doit bien signifier quelque chose, je pense.

Et c’était vrai, il ne savait pas vraiment. Pour lui, le statut d’Isaia avait toujours été clair sans qu’il ait besoin d’y mettre un mot. Il l’appelait son frère parce que c’est ce qu’il pensait réellement être, mais à présent qu’Isaia lui confiait la possibilité d’une autre relation, qui ne prenait pas forcément en compte cette fraternité avec laquelle il avait du mal, si elle n’existait pas ... Eh bien alors oui peut être qu’il avait été son frère mais que leur violente dispute il y a cinq ans avait bel et bien tuée cette relation. Et que depuis un mois, ils en avaient commencé une toute nouvelle dans laquelle Tullio voyait Isaia comme autre chose qu’un frère. Peut-être était-ce aussi simple que ça, mais Tullio ne savait pas vraiment, en fin de compte.

- Le Isaia que je redécouvre, peu importe qu’il soit mon frère ou non. Tant que tu restes à mes côtés, je me moque de savoir définir ce que tu es. Tu es quelqu’un d’important que je veux continuer à voir, avec qui je veux partager de bons moments, que je veux protéger et pour qui je veux avoir une place particulière. Si c’est ça un petit frère, alors tu es le mien. Si c’est un ami, alors tu es mon ami. Peu m’importe ... Tout ce que je sais, c’est que c’est différent d’avant.

Et qu’il souhaitait que cela ne s’arrête jamais.
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: Mal-entendu [PV Izzy chéri]   Dim 29 Avr - 10:45

A se demander si finalement, ça avait valu la peine de se prendre la tête là-dessus. Bon, évidemment, les faits restaient les mêmes, il n'était pas le frère de Tullio et son père n'était pas son père - et il faudrait qu'il aie une sacrée discussion avec ses parents, en parlant de ça, ça s'imposait - mais là, alors qu'il serrait Tullio dans ses bras, alors que ceux de son ex-frère se refermaient sur lui, il se surpris à penser que l'important, ce n'était pas la révélation, c'était la façon dont on faisait face.

Il n'avait pas très bien fait face, au début. Il avait été blessé, il avait blessé Tullio, bref, ce n'était pas joli à voir - mais là, maintenant, c'était autre chose. Parce que Tullio était dans ses bras.

Isaia se rappelait de souvenirs d'enfance où ils avaient mis de côté leurs caractères pour bien s'entendre ne serait-ce que le temps d'un jeu, ou les rares marques d'affection qu'ils s'étaient montrées - c'était plutôt rare, mais c'était déjà arrivé. Toutefois, être aussi proche de Tullio, aussi bien physiquement que mentalement, c'était une grande première. Après tout, son frère ne l'avait jamais serré contre lui, auparavant - sauf quand il était tout petit, peut-être, mais il ne s'en rappelait pas - alors finalement, ce n'était pas si étonnant que leur étreinte le mette dans tous ses états. Il sentait son cœur battre à un rythme désordonné, et il était persuadé que ses joues étaient en train de flamber.

Les marques d'affection, décidément, il maîtrisait mal...

Quand il y pensait, est-ce que ce n'était pas un peu bizarre ? Soit, c'était une bonne façon de lui faire comprendre son état d'esprit, mais le serrer contre lui... Avoir le nez dans son cou et son odeur qui s'infiltrait dans ses poumons (elle lui ferait toujours autant d'effet celle-là !)... C'était pas un peu bizarre ?

Avoir le cœur qui battait pour ça, c'était pas un peu bizarre ?

"Je ... Oui je veux. Je veux Isaia, ne me laisse pas tomber. Reste avec moi. Moi aussi je ... Je tiens à toi. Plus que je ne le pensais."

Merde, ce n'était pas en entendant ce genre de choses qu'Isaia aurait une chance de se calmer. Diantre... Étrange de constater à quel point l'opinion de cet homme lui importait, finalement. Quand il était au collège, il s'en foutait totalement. Que Tullio dise ci, que Tullio pense ça... Il aimait son frère, mais il ne le jugeait pas assez intéressant pour s'encombrer de ses avis. Après tout, un être supérieur ne prêtait pas l'oreille à la populace.

Maintenant, il avait arrêté de se considérer comme un être supérieur (du moins, en ce qui concernait Tullio, parce qu'il fallait voir ses collègues... il avait des bonnes raisons de se croire plus intelligent qu'eux), et l'avis de Tullio lui importait. Son avis, ses idées, sa vie, ses sentiments... Tout lui importait. Tullio ne le saurait sans doute probablement jamais, mais il était celui qui insufflait à Isaia sa part d'humanité.

Bref, de la part d'un être qu'on aimait et qu'on estimait, s'entendre dire que l'autre tenait à lui, ne voulait pas qu'il parte... Ça avait de quoi faire de l'effet, c'était certain.
Enfin, il espérait que c'était pour ça.

- Ok, murmura-t-il tout bas, dans son cou, presque contre son oreille. Je reste. Je ne te laisserai pas tomber...

Quelque part, il regretta un peu d'avoir prononcé les mots quand ils s'échappèrent de sa bouche. Bien sûr, c'était la vérité, mais justement, la livrer ainsi sous sa forme la plus pure à quelqu'un qui avait le pouvoir de la détruire, c'était effrayant.

Mais bon, Tullio faisait pareil, alors... il allait falloir qu'ils apprennent à se faire confiance mutuellement. Et bizarrement, malgré le fait qu'il venait d'apprendre le plus gros mensonge qu'on lui avait jamais fait, il réalisait qu'au fond, il continuait à avoir confiance en Tullio.

Bien sûr, c'était une confiance fragile, et il suffirait de pas grand chose pour qu'elle se brise, mais Tullio avait l'air tellement sincère, tellement vrai, quand il disait ses paroles, qu'Isaia avait décidé de faire acte d'espérance.

"Oui mais ... ne t’en sers pas trop, s’il te plait. Mais je suis content que tu ne me mentes pas non plus, je me sentirai moins seul à dire tout le temps ce que j’ai vraiment dans la tête ... ou sur le cœur."

Ne pas s'en servir... Tullio en parlait comme s'il s'agissait d'une arme qui pouvait se retourner contre eux, comme s'il n'avait pas voix au chapitre. Comme si tout dépendait d'Isaia sur ce terrain-là. C'était bizarre...

Bien sûr, il ne pouvait pas dire qu'il croyait à 100% cette histoire de mémoire parfaite et d'incapacité à mentir. Isaia était un homme très rationnel, très pragmatique, et l'idée d'être subitement doté de super pouvoirs lui aurait plutôt donner envie de rigoler doucement. Quant à l'adolescent qu'il avait été, il aurait essayé de tenter sur Tullio toutes les possibilités d'extraction d'information, jusqu'à l'extrême limite, jusqu'à savoir si c'était vrai ou pas.

Mais là, l'adulte qu'il était ne le désirait pas. Il venait juste d'apprendre qu'il y avait des vérités qui n'étaient pas toujours bonnes à apprendre, et qu'il valait mieux prendre le temps de se préparer psychologiquement plutôt que de les arracher à leur détenteur. Et l'important, là-dedans, c'était que Tullio, que ce soit fait exprès ou non, ne lui mente pas. Qu'il soit sincère.

Malgré tout, cette question...

"Je ... Je ne sais pas vraiment ce que tu es pour moi. Petit frère ou pas. Je suppose que c’est ça, puisqu’on a grandi ensemble et qu’on a été élevé comme ça. Ce que je sais, c’est que même en sachant ça toute ma vie, ça ne m’empêche pas de vouloir que tu sois dans la mienne. Malgré les disputes constantes. Ça doit bien signifier quelque chose, je pense."

Isaia l'écouta, silencieux, avant de réfléchir. Pour Tullio, donc, avoir grandi ensemble était suffisant pour revendiquer une relation de frères... Lui, il pensait tout de même que les liens du sang étaient importants, mais bon, ce n'était sans doute pas impossible de faire sans, s'ils y croyaient assez fort.

En tout cas, frère ou pas, Tullio avait envie qu'il fasse partie de sa vie, et ça, c'était déjà suffisant. Quand il était allé le voir à son restaurant pour lui demander la même chose, il n'aurait pas parié sur ses chances de succès, et pourtant...

"Le Isaia que je redécouvre, peu importe qu’il soit mon frère ou non. Tant que tu restes à mes côtés, je me moque de savoir définir ce que tu es. Tu es quelqu’un d’important que je veux continuer à voir, avec qui je veux partager de bons moments, que je veux protéger et pour qui je veux avoir une place particulière. Si c’est ça un petit frère, alors tu es le mien. Si c’est un ami, alors tu es mon ami. Peu m’importe ... Tout ce que je sais, c’est que c’est différent d’avant."

Il avait ce sentiment-là, lui aussi... Au moins, ils étaient sur la même longueur d'ondes, maintenant. Peut-être même pour la première fois de leur vie. C'était tellement bizarre, et tellement satisfaisant en même temps, comme sensation, qu'Isaia eut envie de serrer Tullio dans ses bras pendant des heures et des heures. Il lui semblait qu'il débordait d'affection et qu'il ne savait pas comment lui montrer.

Et Tullio voulait avoir une place particulière dans son cœur... Comme s'il pouvait y avoir une autre personne sur terre devant laquelle Isaia était capable de s'humilier, de s'écraser, de sourire sincèrement, d'être lui-même - une personne qu'il pouvait écouter parler pendant des heures et juger intéressante, dont il faisait attention aux moindres de ses sourires, quelqu'un qui n'avait pas peur de lui dire ce qu'elle pensait, bref, une personne avec qui il pouvait être Isaia, juste Isaia, et pas Sa Majesté ; à part Tullio, y avait-il une seule personne dans ce monde...?
Il en doutait très fort.

- Ok, dit-il doucement. De toute façon, on aura tout le temps d'y réfléchir, à partir de maintenant. Mais la place particulière, tu l'as déjà, tu sais...

Bon sang, il avait l'impression de lui faire une déclaration, là... C'était tellement gênant !
Mais ça ne l'empêchait pas d'ébaucher un petit sourire.
Certes, le choc avait été rude, mais... il n'avait pas tout perdu dans l'histoire.
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: Mal-entendu [PV Izzy chéri]   Lun 30 Avr - 13:19

Si on avait dit à Tullio qu’il dévoilerait son secret à son frère, lui expliquant qu’il était devenu incapable de lui mentir, nul doute qu’il se serait arraché les cheveux de dépit et de désespoir. Parce que confier cela à l’ancien Isaia, ça aurait été du suicide. Si à l’époque son frère ne s’intéressait pas particulièrement à lui, il se serait servi de ça pour lui pourrir un peu plus la vie. Comme de demander à Tullio de lui dire ce qu’il pensait de telle ou telle personne, devant ladite personne. Il aurait commencé par des amis histoire de vérifier la force de ce qu’il lui avait confié, puis aurait continué avec des filles. D’abord les pestes, les moches, puis celles que Tullio trouvait jolies, celle qu’il aimait ... Puis les profs, leurs parents ... Il imaginait très bien lui intimer l’ordre de répondre devant la directrice de leur lycée, qui était une vieille peau finie, ou devant leur belle prof de français commune. L’obligeant à dévoiler ses fantasmes d’adolescents ...

Bien que le jeune homme n’ait acquis ce pouvoir que tard, ne lui laissant que quelques semaines de cours en possession de cette particularité, nul doute qu’Isaia s’en serait servi pendant ce laps de temps. Rien qu’à cette idée d’un Isaia encore plus persécuteur, Tullio frissonna dans les bras de son frère. Le serrant un peu plus. Il ne devait pas penser à ça, penser comme ça. Son frère, ou quoi qu’il soit au juste, n’était plus le même. Il avait énormément changé, du moins à son égard. Et c’est tout ce qui comptait, d’autant plus qu’il le savait sincère. Pour surmonter cette terrible annonce en le prenant dans ses bras, il ne pouvait qu’être sincère. Maintenant, Tullio allait s’efforcer de penser à lui de la manière la plus positive qui soit. Il avait de nouveau confiance en lui et il se sentait prêt à lui confier beaucoup de choses. Isaia était maintenant quelqu’un dans sa vie, non pas pour les mauvais souvenirs mais pour les bonnes choses à venir.

C’était d’ailleurs presque bizarre que ce soit, au final, Isaia qui réconforte son frère. Tullio aurait préféré faire le contraire, que ce soit lui qui se montre fort et qui le rassure, le protège. Il se promit qu’à partir de maintenant ce serait le cas. Mais c’était juste trop dur de le faire maintenant, de résister à l’envie de se laisser aller dans ces bras accueillants et aimants. Aimants, oui. Dans cette étreinte il ressentait les sentiments d’Isaia, et cela lui laissait une douce chaleur dans le cœur en même temps que les joues un peu rouges. Mais Isaia ne pouvait pas les voir, tout enfoui dans son cou qu’il était. Ça aussi, c’était un peu perturbant tout de même. Tullio non plus n’avait pas vraiment l’habitude des contacts physiques, et il se demandait même quand, pour la dernière fois, il avait serré quelqu’un dans ses bras. Même avec ses parents, ça remontait à un certain temps. Alors Isaia ...

- Ok. Je reste. Je ne te laisserai pas tomber...

Et ça ne s’arrangeait pas alors que son interlocuteur lui soufflait ça dans l’oreille. Un frisson parcouru son dos sans qu’il n’en laisse rien paraitre. Pourquoi est-ce que cette phrase prononcée de cette façon lui faisait l’effet d’un millier de petites bulles qui explosaient dans son ventre, un chatouillis à la fois agréable et inconnu ? En tout cas, ça le rassurait clairement. Parce qu’il voyait bien qu’Isaia était autant à fleur de peau que lui, et que donc jamais il ne lui dirait ça juste pour lui faire plaisir. D’autant plus maintenant où il n’avait plus aucune raison de lui faire plaisir aussi simplement ... Tullio hocha la tête et le remercia du bout des lèvres, un peu trop ému pour en faire plus. Il était heureux, heureux heureux heureux.

Marrant comme il y a quelques minutes le tableau était tout autre. Tullio avait été plus triste que jamais auparavant, il avait eu l’impression de s’effondrer sous les mots d’Isaia. Mais maintenant que ce dernier les avait évacués, il allait mieux. Et maintenant que les deux hommes se promettaient l’un à l’autre de ne pas s’abandonner, Tullio allait beaucoup beaucoup mieux. Et il savourait l’étreinte de son frère, son souffle régulier sur lui, ses battements de cœur qui faisaient écho aux siens dans leurs poitrines, la finesse des cils qu’il tenait baissés ... Eh oh STOP !

- Ok. De toute façon, on aura tout le temps d'y réfléchir, à partir de maintenant. Mais la place particulière, tu l'as déjà, tu sais...

Encore une fois, la chaleur, les joues rouges et les mains un peu moites. Ça le reprenait ... Il était très attiré par lui, et aurait voulu ne jamais quitter ses bras. Ce n’était pas normal. Tullio savait qu’il fallait qu’il maintienne de la distance entre eux, qu’il s’éloigne physiquement mais maintenant qu’ils venaient d’échanger ça ... Le jeune sommelier doutait de sa capacité à ne pas trop l’approcher. Parce que cette étreinte était diablement agréable et qu’il se savait espérer la retrouver un jour ... En attendant, il devait faire taire ces impressions qui n’étaient dues qu’à son imagination. Cela faisait trop longtemps qu’il n’avait pas eu une relation avec une fille, il allait falloir remédier à ça. Parce qu’en venir à fantasmer sur son frère, certes féminin, ça devenait vraiment grave.

- Je vais tout faire pour la garder alors ...

Tullio marqua un silence pour savourer les phrases d’Isaia, qu’il se répéterait très certainement en boucle toute la soirée. Mais la discussion était finie. Et Tullio savait que ce n’était pas encore le bon moment pour dire « hey, on fait comme si de rien n’était et on va s’amuser quelque part ? ». Il valait mieux se séparer quelques jours pour y repenser à froid et être sûr de la décision prise, semblait-il d’un commun accord. C’est donc avec beaucoup de regrets et en prenant sur lui que Tullio quitta les bras d’Isaia. Il le tint toutefois par les épaules, cherchant son regard pour y voir le soulagement qu’il voulait apercevoir.

- Tu devrais rentrer pour cette fois, je vais te raccompagner en voiture. On se revoit dans quelques jours, promis. Histoire de se faire une soirée entre ... eh bien, entre nous.

Il voulait prendre le temps de le retrouver, de leur donner du temps. De se redécouvrir en permettant à Isaia de mettre des mots et des émotions sur ce qu’ils étaient à ses yeux. Tullio lâcha enfin totalement son frère, avec l’impression qu’on lui enlevait son doudou étant gosse. Il sourit à cette pensée, mais les cheveux et le sourire d’Isaia convenaient finalement bien à une peluche sage et tranquille. Le jeune homme attrapa ses clés de voiture, enfila ses chaussures et ouvrit la porte, s’effaçant pour le laisser passer. Tout irait bien maintenant, parce que Tullio n’avait plus rien à lui cacher du tout.

Excepté cette attirance étrange qu’il allait faire en sorte de restreindre pour redevenir normal.
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Mal-entendu [PV Izzy chéri]

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