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 De la réalisation d'un fantasme...

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Isaia Fazzio

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MessageSujet: De la réalisation d'un fantasme...   Mar 1 Mai - 5:59



La discussion avait été longue. Houleuse. Chacun d'entre eux en était ressorti avec des égratignures, des nouvelles blessures, et dans le cas d'Isaia, une confiance plus fragile que jamais.

Tullio n'était pas là quand il était allé voir ses parents. C'était peut-être mieux ; ça avait été un calvaire, et il n'aurait peut-être apprécié de le voir impliqué dans la discussion, prendre parti pour ses parents ou quoi que ce soit. Parce que, comme il leur avait dit, on ne cachait pas ces choses-là. Ne rien lui dire, c'était à la fois le prendre pour un idiot, l'humilier, et ne pas avoir confiance en lui. Et ils s'étonnaient qu'il réagisse brutalement !

Il ne savait pas à qui il en voulait le plus. Sa mère - sa vraie mère - qui aurait dû tout lui dire, ou son père, ou plutôt le père de Tullio, qui avait voulu lui cacher parce qu'il avait eu peur de sa réaction. Et ils avaient encore eu le culot de dire que vu son adolescence agitée, c'était peut-être une bonne chose qu'il ne l'ait pas su ! Soit disant qu'il se serait détourné d'eux s'il avait été au courant...

Quand ils avaient dit ça, Isaia avait eu envie de claquer son poing sur la table et de leur dire "eh bien, vous aviez tort. C'est maintenant que je me détourne de vous". Mais il n'en avait pas eu le courage, parce qu'il était le genre de personne qui aimait profondément sa famille et qui avait besoin de la voir souvent - c'était pour ça que la trahison avait fait aussi mal. Quand il pensait à toutes ces fois où il était allé faire des courses avec sa mère pour acheter un cadeau à son père, ou bien quand ils étaient allés à des concerts avec son père, les conversations qu'ils avaient... Il y avait des gens qui trouvaient leurs parents rasoirs, qui ne les voyaient que pour le strict minimum, juste histoire de remplir le devoir filial. Isaia, lui, n'était pas comme ça. Il aimait passer du temps avec eux.

La pilule avait été dure à avaler. D'autant qu'Antonio avait l'air d'être au supplice, et malgré le fait qu'il lui en veuille, Isaia ne pouvait s'empêcher d'être triste pour lui... Mais bon, c'est son père qui avait tendu le bâton pour se faire battre. Pour se faire pardonner, peut-être, il avait demandé à Isaia s'il voulait connaître des détails sur son père biologique - mais au final, ça avait plutôt été comme un nouveau choc. Il avait dit oui, tout de même, parce qu'il était curieux, et avait appris que son vrai père s'appelait Angelo Adelmonte, et qu'il était mort d'un accident de travail lorsqu'il était encore un bébé. Paola n'avait pas été capable de lui dire grand chose de plus ; elle avait juste vécu avec lui pendant moins de deux ans, et vingt années avaient passé là-dessus.

Tullio était également venu dans la conversation, lorsque son père avait dit "et dire que je lui avais dit de ne rien dire..." et là, Isaia s'était énervé. Parce que Tullio n'était pas le plus fautif de l'histoire, et qu'en plus, il l'avait appris totalement par hasard - ce n'était pas de sa faute. C'était pas comme si son frère avait voulu lui révéler...

D'ailleurs, maintenant qu'il y pensait, et sachant ce qu'il savait, Isaia se demandait comment ça avait été possible pour Tullio de tenir sa langue alors qu'il était censé lui dire la vérité à chaque fois qu'il ouvrait la bouche...

Bref, la discussion avait été musclée, et il n'en était pas ressorti vraiment satisfait, ni même particulièrement soulagé - pas comme quand il avait discuté avec Tullio et que tout s'était soldé par un... c-câlin. Ouais. (Comment on pouvait appeler ça autrement ?)

Bon sang. Rétrospectivement, Isaia se demandait ce qu'il lui avait pris. Il n'était pas DU TOUT du genre tactile d'habitude... (Sauf avec les filles qu'il ramenait chez lui, mais c'était une autre histoire...) Mais là, la tête que lui avait fait Tullio lui avait donné envie de le serrer dans ses bras jusqu'à la fin des temps. C'était... un peu glauque. Heureusement, Tullio s'était reculé et l'étrange sensation avait pris fin. Et ensuite il lui avait proposé de le raccompagner chez lui, et Isaia avait accepté, parce qu'il y avait des fois où il valait mieux ne pas pousser sa chance trop loin...

Depuis, il avait eu tout le temps d'y réfléchir, mais il ne voyait toujours pas pourquoi il avait ressenti ce subit élan d'affection à l'égard de Tullio - et le plus étrange, c'était qu'il avait l'air partagé, si on en jugeait par la réaction de son frère...

Oui, son frère - il pensait encore "son frère" dans sa tête. Il avait beau savoir que Tullio n'était pas lié à lui par le sang, alors qu'il se disait que ça allait tout changer, finalement, ça ne changeait pas tant que ça. C'était toujours le type avec qui il avait été élevé, et il fallait croire que ce qui vous donnait le titre de frère, c'était le fait d'avoir été élevés ensemble plutôt que l'ADN.

Bref donc. Ce soir, il frappait à la porte de Tullio pour un évènement qu'il avait longtemps attendu, et dont la fameuse révélation n'avait pas réussi à effacer son enthousiasme : LA soirée jeux vidéos. Il ne savait pas pourquoi c'était si important à ses yeux, mais ça l'était. S'asseoir sur le même canapé que Tullio et l'affronter à Guitar Hero ou à Mario Kart, c'était son petit fantasme personnel, celui des frères copains comme cochons.

Avec un petit sourire, il toqua à la porte de Tullio - pas question d'entrer sans y être invité, cette fois-ci, il ne voulait pas surprendre un autre affreux secret. Et d'ailleurs, la porte n'était pas ouverte. Ca valait mieux.

- Salut, dit-il lorsque son frère ouvrit la porte. J'ai ramené de la bière et des chips pour la soirée !

Il était tout content. Ça allait être une bonne soirée...
Huhuhu.

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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Mar 1 Mai - 7:03

Cela faisait déjà un moment que Tullio n’avait pas vu son frère. Il savait que c’était mieux, pourtant sa présence lui avait étrangement manquée… Mais cela leur avait permis de réfléchir un peu, chacun de leur côté. Le jeune sommelier pensait régulièrement à ce qu’il s’était dit ce jour-là. Aux paroles blessantes, au fol espoir qui l’avait pris au cœur quand il avait creusé un peu pour découvrir qu’Isaia ne lui en voulait pas autant qu’il l’avait cru au départ. Beaucoup de choses avaient changées, et pourtant Tullio ne se sentait pas si différent. Peut-être un peu plus confiant, un peu plus sûr de lui quant à l’attachement d’Isaia pour lui. Oui, à présent il savait que son frère voulait réellement continuer de le voir et qu’il lui réservait une place spéciale dans sa vie. Et ça lui suffisait.

Bon, pour être tout à fait honnête il repensait aussi souvent aux étreintes qu’ils avaient échangées ce soir là. Surtout la seconde, qui avait été chargée pour lui d’une envie de plus, d’un désir d’éternité. Il aurait aimé ne jamais briser ça, et pourtant il l’avait fallu pour l’empêcher de faire n’importe quoi. Tullio refusait même d’imaginer ce qu’il y avait derrière ce « n’importe quoi » tant c’était totalement ridicule. Ce n’était après tout que des impulsions de son cerveau pour le mener à un état de désir que tout être humain recherche. En clair, Tullio pensait que c’était le manque qui le faisait raisonner comme ça et il comptait bien se débarrasser de cette gêne embarrassante. Il voulait le prendre dans ses bras sans arrière-pensée ... ou tout simplement ne plus le faire. Sauf raison particulière, il était assez mal vu de s’adonner à ce genre de pratique sur quelqu’un du même sexe, n’est-ce pas ?

Mais peu importait tout cela. Oui, peu importait le reste puisqu’Isaia et lui étaient partis pour bien s’entendre, pour mieux s’entendre. Sans mensonge, sans hypocrisie. Depuis leur discussion, Tullio avait respecté ce qu’il avait lui-même proposé en leur donnant quelques jours. Mais ils s’étaient appelés de temps en temps, ou bien envoyés des messages pour prendre des nouvelles. Tullio le faisait avec plus de naturel, plus de facilités. C’était agréable d’avoir ce lien, de pouvoir communiquer et Tullio s’y était attaché. En sortant de son service, vers 2h ou 3h du matin, il aimait bien sortir son portable et voir un message auquel il répondait avant de filer dormir. C’était une routine agréable.

Son cœur s’était apaisé aussi, et la détresse de l’autre fois n’était plus qu’un mauvais souvenir. A présent il voyait parfaitement que tout se passerait bien avec son frère. Parce qu’il le lui avait promis implicitement. Et parce que Tullio, qui avait pris conscience de combien il tenait à lui, ferait tout pour ça. Des efforts, des concessions, n’importe quoi. Lui qui, il y a quelques semaines encore, était tout juste près à le revoir se sentait d’attaque pour véritablement prendre part à cette relation. Parce que maintenant, il en avait vraiment envie.

Et ce soir là, justement, serait déterminant de leur avancée. Cela allait démontrer si oui ou non ils étaient capables d’être ensemble –euh, dit comme ça c’était plutôt étrange- simplement et s’ils sauraient passer outre le « détail » qui ne les rendait pas tout à fait frère. Tullio voulait que tout soit parfait pour qu’ils passent une bonne soirée. Bêtement, il avait pensé aux jeux vidéos. C’était une activité que l’on peut pratiquer à deux, qui permet de discuter en même temps et qui renforce les liens. C’était quelque chose qu’il avait toujours eu envie de faire avec ami, mais faute d’arriver à passer de bons moments avec ceux qu’ils connaissaient durant plus d’une heure ou deux ... L’expérience n’avait jamais été vraiment concluante.

Mais avec Isaia, ce pouvait être réellement bien et enrichissant. Toute la journée, Tullio y avait pensé, d’autant plus que quand il l’avait proposé à son frère celui-ci avait semblé emballé par l’idée. Il était rentré assez tôt, histoire d’arranger un peu le cadre. Son appartement était souvent rangé, mais ces derniers jours il s’était un peu laissé aller aussi une séance de ménage et de rangement s’était avéré nécessaire. Puis il avait pris une douche, histoire de pas avoir l’air d’un pouilleux. Enfin, il avait quitté son costume de travail guindé pour enfiler un jean clair confortable, un t-shirt blanc assez simple et près du corps. Et il avait laissé ses cheveux détachés, comme souvent quand il était chez lui puisqu’il était obligé de les attacher pour le boulot, sous peine que son patron ne les coupe lui-même.

Ses différentes consoles étaient sorties, les manettes également et ses jeux trônaient sur la table basse du salon, placée juste devant le canapé. Il y avait aussi mis des verres, des trucs apéros pas vraiment bons pour la santé. Le canapé avait été rapproché de la télé, bref tout avait été fait pour le meilleur confort possible. Tullio était plutôt fier de lui, même s’il avait avancé un peu à tâtons puisqu’Isaia était le premier qu’il invitait chez lui pour réellement y passer du temps.

Il l’entendait d’ailleurs se manifester à sa porte, qu’il se dépêcha d’ouvrir en lui faisant un grand sourire. Et là ... Merde, lui faire la bise, lui serrer la main ? Par défaut, Tullio ne fit rien et s’écarta, l’invitant à entrer. Son sourire s’élargit quand il apprit que son frère avait lui aussi pensé à quelques détails pour la soirée.

- Parfait, ça sera encore meilleur avec de quoi boire et manger. Entre, installe-toi. J’ai déjà préparé la console, il nous reste plus qu’à choisir le jeu ...

Dieu qu’il était content de le revoir ... Refermant la porte derrière eux, Tullio mis son téléphone fixe sur répondeur histoire de n’être dérangé sous aucun prétexte. Alors seulement il se dirigea vers son salon, s’affalant sur le canapé en interrogeant Isaia du regard. Il était l’invité, il pouvait choisir après tout ... Surtout que Tullio avait vraiment envie de lui faire plaisir, de lui prouver qu’ils pourraient passer un bon moment tous les deux. Que malgré tout, ils restaient frères dans leur complicité retrouvée ... non ?
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Mer 2 Mai - 7:56

Isaia n'était pas beaucoup de choses. Il n'était pas fétichiste des cheveux longs. Il n'était pas attiré par les hommes. Et il n'était pas près d'en démordre.

Alors lorsque Tullio apparut de l'autre côté de la porte et qu'il le découvrit avec ses cheveux détachés, dans ses fringues casu, dans la splendeur du naturel, le bond que fit son cœur dans sa poitrine le laissa un peu pris au dépourvu. Sans parler du fait que son frère lui faisait un grand sourire, l'air tout heureux de le voir, et Isaia manqua de se faire éblouir. Quelle arme redoutable il possédait là !

"Parfait, ça sera encore meilleur avec de quoi boire et manger. Entre, installe-toi. J’ai déjà préparé la console, il nous reste plus qu’à choisir le jeu ..."

Oui. Passer à autre chose. Ne pas rester concentré sur le visage de Tullio. Par exemple, s'intéresser à l'agencement de l'appartement, au mobilier. Ce n'était que la troisième fois qu'il venait ici, et il n'avait pas vraiment pris le temps d'y faire attention auparavant ; logique, somme toute, quand on considérait que la première fois, il était ivre mort, et la deuxième fois, il venait d'apprendre qu'ils n'étaient pas frères - à ce moment là, il avait eu d'autres chats à fouetter que la couleur de son papier peint.

- C'est joli, ici, dit-il avec un petit sourire. Tu y habites depuis longtemps ?

Il y avait tellement de choses qu'il ne savait pas sur son frère... Les cinq ans qu'il avait passés éloigné de lui avaient fait de Tullio un inconnu à ses yeux. Depuis qu'ils avaient recommencé à se fréquenter, Isaia apprenait petit à petit à le connaître, mais il restait encore beaucoup de zones d'ombres, forcément. Quel genre de nourriture il aimait, son genre de littérature, son genre de musique... S'ils avaient les mêmes goûts, ça promettait de bons moments : ils pourraient se faire des soirées films, ou bien aller à des concerts ensemble...

Pour l'instant, il ne savait pas si c'était possible, mais la discussion de la fois dernière avait permis de mettre beaucoup de choses à plat ; à partir de maintenant, ça allait être plus facile de communiquer.

Un instant, Isaia se demanda s'ils auraient pu éviter cette dispute s'ils avaient été capables de mettre cartes sur tables, à l'époque où Tullio était parti - mais au fond, il en doutait. Le type qu'était Isaia à cette époque n'aurait jamais accordé assez de crédit à Tullio pour prendre son point de vue en compte, et le Tullio adolescent n'aurait pas cherché à s'expliquer à un frère qu'il détestait. C'était triste à dire, mais ces cinq années d'éloignement, elles n'avaient pas été inutiles. Elles avaient permis de tout remettre à zéro, de recommencer sur des bases saines (enfin... pas tout à fait saines, mais déjà beaucoup moins viciées qu'auparavant).

Lorsque Tullio s'affala sur le canapé, l'air de lui demander par quoi ils commençaient, il fut soudain pris de l'envie de lui raconter comment ça s'était passé avec ses parents. Après tout, il avait eu envie d'en parler à quelqu'un pendant les jours qui avaient suivi l'entrevue, mais ses "amis" n'auraient pas saisi la portée de la chose, n'étant pas directement impliqués ; Tullio, en tant que famille, était le plus à même de comprendre.

Il s'installa à côté de lui, sur le canapé si confortable (il devait avoir été conçu pour pousser à la discussion, quelque part), et lui raconta la façon dont Antonio et Paola avaient réagi lorsqu'il les avait confrontés.

- On a parlé pendant des heures de cette histoire. Je les ai trouvés tellement de mauvaise foi, t'aurais dû voir ! Mais bon, on a fini par réussir à communiquer, à la fin. Je ne dis pas que je ne leur en veux pas, mais au moins je ne les déteste pas comme je les ai détestés après avoir appris l'histoire... Et puis, un avantage : maman va arrêter de nous emmerder sur notre réconciliation. Je lui ai dit qu'elle n'avait pas le droit de s'en mêler, elle a l'air de m'avoir pris au mot. Je ne sais pas si elle t'a dit quelque chose là-dessus ?

Vu comment sa mère était bavarde, ça ne l'aurait pas étonné que Tullio sache déjà tout ce qu'il était en train de lui dire, mais bon, c'était agréable d'en parler à quelqu'un. A son frère.

Il piqua un amuse-gueule apéritif que Tullio avait préparé et lui sourit ; ça faisait longtemps qu'il ne s'était plus senti aussi à l'aise en présence de quelqu'un - c'était relaxant.

Mais bon, il ne fallait pas oublier les jeux vidéos, non plus, surtout que ça faisait des mois qu'il rêvait de cette soirée. Il ouvrit le sac qu'il avait ramené et en sortit une montagne de boîtes de jeux avant de flasher un sourire de défi à Tullio. Il y avait là tous les classiques, les Guitar Hero (il avait même ramené les guitares), Call of Duty, GTA, les Final Fantasy, il avait même ramené sa vieille nintendo 64 poussiéreuse ainsi que sa megadrive, pour pouvoir jouer à Mario Kart, Mario Party ou à Sonic.

Ce dernier était aussi un jeu nostalgique, puisqu'ils y jouaient quand ils étaient petits, dans les rares moments où ils s'entendaient bien. Ils faisaient des courses entre Sonic et Tails, et le premier à arriver au but avait gagné. A l'époque, Isaia gagnait souvent, ce qui irritait Tullio. Est-ce que ce serait toujours la même chose maintenant ?
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Mer 2 Mai - 14:23

De son côté, Tullio aussi était passé voir ses parents. Il l’avait fait après Isaia, quand sa mère l’avait appelé pour lui raconter leur conversation. Le jeune homme lui avait répondu qu’il préférait que cela reste entre eux trois, il n’avait pas à se mêler des règlements de compte de son frère et ne voulait plus prendre parti dans un affrontement qui ne le concernait pas. S’il y était allé de son côté, c’était pour raconter les choses à sa manière et leur faire part de ce qu’il pensait. Après la discussion avec Isaia, Tullio s’était promis de faire preuve d’un peu plus de franchise avec ses parents. Ils ne pouvaient pas tout deviner, et là Tullio était en colère et devait leur dire. En colère d’avoir vu Isaia si triste par leur faute, même s’il comprenait leurs raisons de l’époque. C’était une décision qui montrait aussi leur amour pour leurs fils, mais était-ce la bonne ?

Cette question, il ne la posa pas à ses parents. Il ne pouvait se permettre de les faire douter à ce stade-là, sans raison, juste pour décharger la culpabilité qu’il avait lui-même accumulée. Mais il prit tout de même deux jours pour les retrouver. Ils parlèrent surtout de tout et de rien, en un premier temps. Puis Tullio avait abordé le sujet que ni Paola ni son père n’avait envie de mettre sur la table. Mais il le fallait. Ils avaient longuement discutés. D’Isaia, de lui-même, de leur décision et des conséquences que cela avait eues. Tullio leur expliqua longuement comment s’était passé la discussion entre lui et son frère, évitant tout de même le sujet des câlins qui n’avaient rien à faire dans le décor.

Sa mère, malgré la tristesse d’apprendre qu’ils s’étaient fait du mal à cause d’eux, avait été soulagée d’apprendre qu’entre eux, tout allait à peu près mieux. Que Tullio avait pardonné les erreurs de son fils. Une fois cette discussion explorée, Antonio s’excusant auprès de Tullio pour lui avoir fait porter une si lourde promesse, ils étaient passés à autre chose. Le jeune homme était un peu retourné en enfance. Ils avaient fait le tour de leur famille proche, pris le temps de beaucoup discuter de ce qu’il était devenu. Ça, ça lui avait vraiment fait plaisir que pour une fois ses parents s’intéressent à lui pour ce qu’il était. Paola lui avait fait ses plats préférés sur deux petits jours, et Tullio avait fini sur le canapé familial à regarder les photos de vacances et de son enfance qu’il avait oubliées et qu’il n’avait pas chez lui.

C’est Paola qui gardait les meilleures. Et Tullio fut malgré tout ému de se voir, à cinq ans, porter fièrement son petit frère qu’il regardait avec des yeux d’adoration. Il avait oublié cette époque bénie où il avait cru qu’Isaia serait l’ange qu’il semblait être. Et étrangement, ces images d’eux ne lui rappelaient pas de mauvais souvenirs. Ils évoquaient davantage les bons, et Tullio arrivait à voir le positif là où auparavant il ne voyait que la trahison et le mensonge ou la manipulation. Il avait demandé à sa mère l’autorisation d’en emmener quelques-unes, qu’il avait soigneusement mises dans un nouvel album. Un jour il les montrerait à Isaia, en espérant que dans quelques années, un nouvel album se rajoute. Celui de leur renouveau. Parce que Tullio, s’il avait une mémoire idéale, aimait fixer des instants pour que les autres s’en rappellent aussi bien que lui, et il était déterminé à partager aussi ça avec son frère.

En le faisant entrer, Tullio se doutait bien qu’au-delà des jeux-vidéos c’était une nouvelle occasion de se connaitre, et peut être la possibilité de reparler de cette affaire avec détachement et calme. Parce qu’il n’y avait guère qu’à lui qu’il avait envie d’en parler. Et puis, c’était nécessaire de pouvoir débriefer de ce qu’il s’était passé.

- C'est joli, ici, dit-il avec un petit sourire. Tu y habites depuis longtemps ?

- Hum, depuis presque trois ans. A l’obtention de mon diplôme, je me suis installé ici en empruntant un peu. C’est pas donné mais ça valait le coup, surtout que je suis propriétaire. L’appart est assez grand pour deux donc je risque de le garder un moment ...

Sauf si un jour ils sont trois. En admettant qu’un jour ils soient deux ... Mais bon, pour l’instant il avait toujours été un célibataire endurci et personne ne passait réellement du temps dans son petit cocon. Aménagé selon ses goûts, avec une chaine stéréo de qualité malgré son âge –un cadeau de son père-, de la lumière, quelques tableaux discrets et de la couleur de ci de là. Seule la chambre n’avait pas encore vraiment trouvé son caractère. Parce que ce grand lit était fait pour deux, et Tullio ne pouvait inconsciemment pas décorer cette pièce tant qu’il n’aurait pas trouvé la personne qui allait la partager avec lui. Mais oui, il adorait son appartement. Et commençait à se demander comment c’était chez Isaia. Petit, grand, coloré, terne, confortable ou plutôt m’as-tu-vu ? Il se demandait comment la personnalité de son frère ressortait dans la décoration et la disposition des meubles, curieux de savoir comment tout cela pouvait bien être organisé.

- Il faudra que je passe chez toi pour voir de quoi ça a l’air, à l’occasion !

Une fois installés, Tullio ouvrit deux cannettes de bière et en commença une avec nonchalance. C’était week end demain, il pouvait bien se permettre de se détendre un peu, quitte à devoir dormir quelques heures de plus pour récupérer, non ? Surtout que l’ambiance s’y prêtait. Il était assis tout près d’Isaia, et Tullio croisa les jambes sur son canapé pour s’y installer confortablement, le regardant par-dessus sa cannette. Qu’il arrêta de boire quand son frère rentra dans le vif du sujet.

- On a parlé pendant des heures de cette histoire. Je les ai trouvés tellement de mauvaise foi, t'aurais dû voir ! Mais bon, on a fini par réussir à communiquer, à la fin. Je ne dis pas que je ne leur en veux pas, mais au moins je ne les déteste pas comme je les ai détestés après avoir appris l'histoire... Et puis, un avantage : maman va arrêter de nous emmerder sur notre réconciliation. Je lui ai dit qu'elle n'avait pas le droit de s'en mêler, elle a l'air de m'avoir pris au mot. Je ne sais pas si elle t'a dit quelque chose là-dessus ?

Evidemment que Paola lui en avait parlé ... Malgré ses demandes de ne pas trop lui en dire sur ce qui ne regardait qu’eux. Mais un sourire naquit sur son visage. Un sourire satisfait. Tout s’était passé au mieux alors, puisqu’il était difficile de faire mieux que ça. Leur pardonner était clairement prématuré, mais apparemment la communication s’était rétablie entre eux, et de ça Tullio était heureux.

- Je suis vraiment content que tu aies pu leur parler, et soulagé qu’elle nous lâche un peu. C’est à nous, pas à eux même s’il est normal qu’elle s’inquiète. Et en fait, oui en a parlé un peu puisque je suis moi-même allé les voir pour leur dire ce que j’avais sur le cœur. J’avais besoin de leur signifier à quel point tu as été blessé et à quel point ils m’ont mis dans une position délicate. Mais bon, ce n’est pas à moi de leur en vouloir.

Tullio capta le regard de défi de son frère et le lui rendit immédiatement. C’était tellement une bonne idée, pour renouer des liens défaits, que de partager un divertissement ... Il siffla de contentement et de surprise devant tout ce que son frère avait apporté. Il avait vraiment pensé à tout, Isaia. Cela lui faisait bien plaisir, aussi, qu’il s’implique autant pour cette soirée. Maintenant il fallait juste choisir par quoi commencer ... C’est d’un air amusé, un sourire en coin et après s’être passé la main dans les cheveux que Tullio répondit.

- Bon, si je te prends à Guitar Hero tu es mort dans les trois minutes, c’est du tout vu. Bon plan les consoles rétro, ça donne toujours quelque chose de bon en fin de soirée ... Du moins supposait-il. On commence par un petit jeu de course ?

Histoire de se mettre en jambes ...
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Jeu 3 Mai - 4:49

Quand il était enfant, Isaia avait voulu être papa, pour pouvoir apprendre le piano à son fils (parce qu'il aurait eu un fils, évidemment, pas une de ces filles braillardes et embêtantes comme celles avec qui il devait partager la cour de récré), et aussi pour pouvoir avoir la chance d'être un papa aussi gentil que le sien l'était avec lui. Adolescent, Isaia envisageait le mariage vers 25 ans, avec une petite bonne femme (jolie, bien sûr) qui lui ferait ses repas et qui laverait son linge. Si elle pouvait aimer les jeux vidéos aussi, ça n'aurait pas été du luxe.

Mais le jeune adulte qu'était devenu Isaia (à 23 ans, on ne pouvait pas dire qu'il était vraiment un adulte digne de ce nom) avait à un moment de sa vie laissé tomber à la fois l'idée d'un bébé et d'une femme. Parce que les bébés, après tout, c'était une montagne de problèmes qu'il n'était pas sûr de pouvoir supporter, et parce que les femmes passaient dans son lit sans s'attarder, et lorsqu'elles le faisaient, ça durait une semaine au maximum. Isaia n'était pas fait pour les relations durables, c'était un fait.

Aussi, lorsque Tullio répondit à sa question, il fut surpris.

"Hum, depuis presque trois ans. A l’obtention de mon diplôme, je me suis installé ici en empruntant un peu. C’est pas donné mais ça valait le coup, surtout que je suis propriétaire. L’appart est assez grand pour deux donc je risque de le garder un moment ..."

Tiens tiens. Tullio comptait avoir une femme et des enfants ? Remarque, quelque part, il avait la dégaine d'un père de famille. Le genre toujours calme, qui savait passer un savon sans hausser la voix ; c'était sûr qu'il ferait un malheur, en tant que papa.

Un instant, il l'imagina avec une petite copine et deux gosses - des jumeaux, tiens. Pourquoi des jumeaux ? Aucune idée. Mais ça lui allait bien. En train de faire les courses du samedi, s'arrêtant à la pizzeria exceptionnellement, les enfants qui jouaient avec le petit jouet offert avec la grande pizza familiale, lui souriant à sa femme...

Mais Tullio n'avait pas de petite copine, pas vrai ? Ou si c'était le cas, il ne lui en avait rien dit. En tout cas, lors de leurs précédentes rencontres, ils en avaient un peu parlé, et en lisant entre les lignes, Isaia avait compris qu'il était célibataire. Après, du temps avait coulé là-dessus, peut-être que Tullio était le genre de personne qui ne restait pas célibataire longtemps, non plus. Tout comme Isaia ; depuis la rupture avec sa copine stalkeuse d'un mois auparavant, il avait déjà eu le temps de rencontrer deux filles et de rompre avec elles (non sans s'être fait copieusement traiter de connard par l'une d'entre elles, mais enfin, comment était-il censé savoir que la fille qui était venu le voir chez lui le lendemain n'était pas sa copine, mais sa sœur jumelle ? Il n'était pas devin non plus ! La fille n'avait pas eu l'air de considérer ça comme une assez bonne excuse, alors il l'avait larguée).

Mais Tullio n'avait pas l'air aussi volage. Isaia le connaissait très mal dans sa vie privée, c'était un fait ; mais il avait l'air beaucoup plus passionné et beaucoup plus fidèle que son frère. Il avait l'air du genre à rester avec elles. A se montrer amoureux et charmant. Mais peut-être que ce n'était pas le cas et qu'Isaia se faisait des films - de toute façon, il ne le saurait jamais. C'était quelque chose de bien trop privé, et il doutait d'arriver un jour à ce niveau d'intimité avec Tullio. Les jeux vidéos, c'était déjà tout à fait honorable.

- Ouah, t'es propriétaire, carrément ? Eh ben dis donc. T'as vendu un rein quand tu l'as acheté, ou quoi ? Mais enfin, c'est super. Bel investissement.

Il préféra passer sous silence les questions qui se référaient au "l'appart est assez grand pour deux". Peut-être parce qu'il ne voulait pas vraiment savoir, au fond. Il était curieux sur nombre de choses, concernant Tullio, mais les petites copines, il préférait ne pas savoir : s'il en avait une, il proposerait peut-être de la présenter à Isaia, et le blond préférait éviter ; les histoires de filles entre amis (ou entre frères), c'était comme partout : des emmerdes à gogo.

"Il faudra que je passe chez toi pour voir de quoi ça a l’air, à l’occasion !"

Oh, son appart n'avait rien de spécial, non plus... Il était particulièrement fier de son canapé de cuir noir et de sa grande télé HD, achetée avec le premier salaire qu'il avait reçu du conservatoire, et de tout l'attirail audio qui allait avec (indispensable quand on jouait aux jeux vidéos ou quand on voulait regarder un Blu-Ray), mais à part ça, son appartement était plutôt banal. Une chambre généralement en bordel. Une kitchenette où il y avait souvent de la vaisselle dans l'évier (à noter : penser à investir dans un lave-vaisselle). Une salle de bain dont la baignoire située juste à côté de la fenêtre donnant sur la cour arrière lui permettait de prendre de bronzer tout en prenant son bain, sur le coup des quatre heures de l'après-midi. La seule chose qui sortait un peu de l'ordinaire, c'était qu'il avait une pièce destinée uniquement à ses fringues, et ça, dans l'antre d'un mec, c'était plutôt rare. Mais Isaia était un fashionista, il lui fallait une garde-robe à sa mesure.

- C'est quand tu veux, dit-il avec un petit sourire. Même si mon appart n'a rien de particulier, mais bon, tu y es le bienvenu. Mais je suis en train de me demander si je vais y rester encore longtemps, en fait. Mon meilleur ami m'a proposé une colocation, je suis en train de me tâter pour voir si je ne vais pas dire oui. Mais la colocation avec ses amis, c'est un peu risqué, alors...

Ces dernières paroles s'adressaient plus à lui-même qu'à Tullio - mais d'un côté, c'était vrai que la proposition de Valentino était tentante. De l'autre, il n'était pas certain d'arriver à vivre avec quelqu'un, fut-il d'un caractère aussi similaire au sien que Valentino l'était. Mais s'il ne testait pas, il ne saurait jamais...

Enfin, ce n'était pas le sujet du jour.

"Je suis vraiment content que tu aies pu leur parler, et soulagé qu’elle nous lâche un peu. C’est à nous, pas à eux même s’il est normal qu’elle s’inquiète. Et en fait, oui en a parlé un peu puisque je suis moi-même allé les voir pour leur dire ce que j’avais sur le cœur. J’avais besoin de leur signifier à quel point tu as été blessé et à quel point ils m’ont mis dans une position délicate. Mais bon, ce n’est pas à moi de leur en vouloir."

Isaia eut un petit sourire, et haussa les épaules, signifiant par là que le pire était passé. Bien sûr, il y avait encore des fois où il se posait dans son canapé et se disait subitement "bon sang, mon père n'est pas mon vrai père...", mais en général, au final, il n'y pensait pas tant que ça. Il avait raconté vite fait l'histoire à Valentino, qui lui avait demandé comme il avait pu pardonner la trahison aussi facilement : mais la réponse était simple, en fait. S'il ne pardonnait pas, ça signifiait les perdre tous de vue. Et il ne le voulait pas, parce qu'il aimait ses parents et son frère. Donc, il pardonnait. Et toc. Valentino l'avait trouvé drôlement altruiste sur ce coup-là, et quelque part, il n'avait pas tort. L'ancien Isaia n'aurait pas pardonné aussi facilement. Peut-être que c'était l'influence de Tullio qui se faisait déjà ressentir...

"Bon, si je te prends à Guitar Hero tu es mort dans les trois minutes, c’est du tout vu. Bon plan les consoles rétro, ça donne toujours quelque chose de bon en fin de soirée ... Du moins supposait-il. On commence par un petit jeu de course ?"

Haha ! Il avait l'air bien confiant, le petit Tullio. (Enfin, le grand Tullio, en fait.) Isaia eut un sourire paternaliste.

- Mon enfant, dit-il d'un ton moqueur, je suis né avec Guitar Hero dans les mains. Et si tu t'imagines réussir grâce à ta fabuleuse mémoire, je te signale que ce n'est pas elle qui te fera bouger les doigts aussi vite que les miens, moi le pianiste professionnel... Mais enfin, je comprends que t'aies peur de perdre. Commençons donc par une inoffensive petite course. On y va !

Isaia tira la langue à son frère - finalement, son corps avait grandi, mais dans sa tête, l'adolescent était toujours là - et saisit une des manettes avec un grand sourire.
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Dim 6 Mai - 14:54

Tullio ne pouvait s’empêcher de s’émerveiller devant la simplicité de créer une ambiance détendue avec son frère. Etait-ce aussi simple avec les autres personnes qui étaient passées ici ? Il n’en avait pas l’impression. Et pourtant avec lui, c’était tellement naturel tout à coup. Il était plus simple d’avoir une proximité de cet ordre avec quelqu’un qu’on a pas vu depuis cinq ans qu’avec un collègue de travail que l’on côtoie tous les jours ... Tullio se disait parfois qu’il n’était pas tout à fait normal, dans son rapport aux autres. Ça n’avait rien de logique, en définitive, de se sentir aussi bien avec Isaia qui l’avait mis mal à l’aise toute sa vie.

Et pourtant là, il suffisait de deux manettes de console, de quelques cannettes et d’un peu de chips pour créer un petit cocon confortable dans lequel le jeune homme se glissait comme s’il en avait toujours eu l’habitude. Comme à l’intérieur d’un pyjama que l’on use depuis des années. Certes, le pouvoir d’un apéritif avait déjà été démontré. Mais ceux dont se souvenait Tullio n’avaient pas vraiment le même ton. Il y avait ceux qu’on faisait en famille, longs à mourir quand on a une dizaine d’années. Ceux qu’on fait parce que l’on y est obligé avec le travail, remplis de politesses et de ronds de jambes. Ceux qu’on faisait entre amis, qui finissaient souvent en concours de boisson et en dragueries maladroites sur les jolies demoiselles de la table voisine.

Tout cela, il connaissait. Mais avec son frère, pour la première fois il se sentait réellement détendu et à l’aise. Il n’avait pas à jouer de rôle, puisqu’Isaia avait vu le pire de lui. Il connaissait sa véritable personnalité, sa propension à s’énerver rapidement, ses manières parfois un peu rigides, son caractère parfois un peu égoïste et clairement cynique ... Il n’avait pas à faire semblant d’être un bon buveur, d’apprécier ses collègues ou de se passionner sur l’histoire de la grande tante Jeanine. Ils étaient juste là, tous les deux complices, se retrouvant avec plaisir après un certain temps. Tullio piocha dans les chips ramenés par Isaia, ramenant plein de sel sur la manette qu’il tenait déjà à la main. Il n’en avait rien à faire. Ce soir, il ne faisait attention à rien d’autre qu’à leur confort.

Vidant un peu plus sa cannette de bière, le jeune sommelier apprécia tout de même la qualité de celle-ci, son frère ne s’étant pas contenté de prendre le premier prix. C’était des choses aussi bêtes que cela qui permettaient de créer une ambiance agréable, ce soir. Et Tullio était plus détendu que jamais et qu’avec n’importe qui. Rien que pour ça, il faudrait qu’il songe à remercier son frère à la fin de la soirée. Parce qu’elle commençait déjà bien, et qu’elle promettait d’être longue. Avec de l’alcool, ils finiraient sur des vieux Mario sur Megadrive en rigolant sans raison, bien joyeux à n’avoir pas suffisamment mangé pour faire passer l’alcool, même en faible quantité, présent dans la bière.

- Ouah, t'es propriétaire, carrément ? Eh ben dis donc. T'as vendu un rein quand tu l'as acheté, ou quoi ? Mais enfin, c'est super. Bel investissement.

Et là, il advint quelque chose qui n’était plus arrivé depuis ... très très très longtemps. Tullio rigola franchement. Ce n’était pas particulièrement drôle, mais Tullio était plutôt bon vivant quand on le connaissait suffisamment. Et s’il ne se laissait jamais aller avec la plupart de ses connaissances, quand il se sentait bien il s’autorisait de temps à autres à réagir aussi spontanément. Son rire éclata donc, clair, franc et le sourire perdura sur ses lèvres tandis qu’il remettait une ou deux mèches de ses cheveux en place.

- Oui, et une partie de mon foie aussi. Non, je suis encore endetté pour un moment mais je pense que ça vaut le coup. J’y suis bien, et il me permet de recevoir dans de bonnes conditions.

Le jeune homme fut heureux de l’invitation de son frère, content de pouvoir faire son curieux un jour ou l’autre pour aller regarder comment il vivait au quotidien. Tullio, quand il s’intéressait à quelqu’un, aimait bien comprendre sa vie et s’intéresser à des détails. L’appartement d’Isaia serait un bon point de départ pour apprendre à connaitre ses goûts en matière de musique, de films, de décoration, que savait-il encore. Ce serait de bonnes bases pour se lancer dans de longues discussions sur leurs passions. Et puis, il voulait voir si son frère était conforme à l’image qu’il s’en faisait. Du parfum de plusieurs femmes différentes sur les coussins du canapé ? Tullio avait du mal à l’imaginer avec un type de femme en particulier, et il voyait plutôt son frère comme un tombeur.

Il fallait dire qu’il en avait le physique ... Look impeccable sur visage d’ange et corps tout à fait agréablement proportionné. Il était fin sans être maigre, ses yeux un peu en amande attiraient l’attention quand ses mèches blondes insolentes ne le faisaient pas. Ses pommettes étaient craquantes, et ses lèvres invitaient aux baisers. N’importe quelle femme qu’il croisait devait se faire la réflexion, même en un murmure, que cet homme avait quelque chose de spécial, il n’était pas uniquement beau. Il était attirant, dans tous les sens du terme.

Sans relever l’étrangeté de sa description mentale, cela étonna Tullio d’apprendre qu’il comptait vivre avec son meilleur ami. Pour ramener des filles, ce n’était sans doute pas le plus pratique mais il n’allait pas l’accuser de coucher à droite à gauche alors qu’il n’en avait strictement aucune idée, aussi Tullio se contenta-t-il d’une réflexion sommaire.

- Oui, et puis question intimité c’est rapidement limité. Quand j’étais en internat à l’école, on pouvait rien faire sans que l’autre soit au courant ...

Le jeune sommelier se leva pour chercher un jeu de course sympathique et pas trop prise de tête pour commencer. Histoire de commencer en douceur. Mais le ton d’Isaia l’arrêta net, alors qu’il le narguait sans la moindre hésitation.

- Mon enfant, je suis né avec Guitar Hero dans les mains. Et si tu t'imagines réussir grâce à ta fabuleuse mémoire, je te signale que ce n'est pas elle qui te fera bouger les doigts aussi vite que les miens, moi le pianiste professionnel... Mais enfin, je comprends que t'aies peur de perdre. Commençons donc par une inoffensive petite course. On y va !

Le sourire de Tullio s’élargit un peu plus encore. C’était clairement un défi, là. Il ne pouvait pas passer à côté ou l’ignorer. Isaia le défiait clairement à Guitar Hero. Il était fou, le petit. C’était le genre de jeu auquel il était le meilleur. Autant, sur les autres il était bon parce qu’il aimait ça mais sans que son don ne lui vienne réellement en aide, du fait du hasard de l’exercice, autant là-dessus ... Il répliqua, se tournant vers lui en haussant un sourcil.

- Petit frère, il insista bien sur le premier mot, quand je joue à ça mon cerveau n’a même pas besoin d’analyser les couleurs avant de les jouer alors je t’assure que je vais t’écraser sans aucun doute. C’est le jeu où je suis imbattable. Je voulais te laisser une chance mais si tu veux te prendre une branlée dès le début de la soirée, ça me va aussi. Donc on reporte la course.

Il inséra le CD d’une des multiples versions du jeu et lança la console, prenant une guitare pour lui et une autre pour son frère. D’abord à égalité, même s’il était tout aussi bon à la batterie et que cela lui allait tout aussi bien ... Il brancha le tout et le regarda encore, toujours souriant, pour lui proposer de choisir le premier morceau sur lequel ils allaient s’affronter. Il avait hâte de lui faire ravaler sa fierté. Et quand Isaia lui tira la langue, il allait faire de même ... Mais s’interrompit en fixant son regard sur sa bouche, un instant. Un court instant qui le déstabilisa et ne lui permit pas de lui rendre sa provocation immature. Il se contenta de rétorquer, se concentrant déjà sur le jeu.

- On compte les points ? Le premier qui remporte cinq chansons a gagné, l’autre a un gage ?

Même s’il n’avait pas vraiment d’idée de gage, il trouvait le principe amusant et cela pourrait pousser Isaia à se donner en spectacle pour le plus grand plaisir de la mémoire de son frère ...
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Ven 11 Mai - 7:09

Ça devait faire depuis qu'il avait souhaité renouer le contact avec Tullio qu'Isaia rêvait de cette soirée jeux vidéos. Ce soir, la fixette était enfin devenue réalité, et le blond se rendit compte que lorsqu'il s'était dit, en arrivant chez Tullio, qu'il serait forcément déçu à un moment ou à un autre (ça ne pouvait pas aussi bien se passer que dans son imagination, pas vrai ?), il s'était drôlement planté. Non seulement c'était conforme à ses prévisions, mais c'était même encore mieux.

Parce que ce n'était pas donné à tout le monde de pouvoir communiquer en toute aisance, en mettant de côté toute la gêne, tout l'embarras, tout ce qui pouvait vous mettre mal à l'aise dans une conversation - et c'était encore moins facile pour eux, avec les gros dossiers qu'ils se trimballaient dans leur passé, les fichiers dangereux qui n'auraient demandé qu'à exploser quelques temps auparavant. Mais plus maintenant. Parce qu'au final, ce qui était arrivé appartenait au passé, justement. Et ils avaient décidé de le laisser derrière eux.

Isaia se sentit pris d'un élan d'affection tellement intense envers son frère qu'il eut envie de se blottir contre lui, brusquement, comme il le faisait quand Tullio et lui étaient tout petits, lorsqu'ils dormaient dans le même lit pour une raison quelconque et qu'Isaia avait peur du noir - et il avait très peur du noir. Même à présent, lorsqu'il dormait, il fermait à peine ses rideaux, et ses volets restaient toujours ouverts. Le noir complet l'empêchait de dormir... Mais en ces temps-là, lorsqu'il se serrait contre Tullio qui râlait (mais qui ne le repoussait pas), il parvenait à dormir beaucoup plus facilement.

Ça tenait peut-être d'une réminiscence de l'enfance, mais Isaia songea tout de même qu'avec envie de faire un câlin à son frère simplement parce qu'on est heureux de jouer aux jeux vidéos avec lui, quelque part, c'était assez bizarre. Parce qu'il n'était plus un gosse, qu'il ne faisait pas noir, et qu'Isaia n'était pas quelqu'un de vraiment tactile, au contraire. Les contacts physiques avec les gens l'avaient toujours un peu rebuté - la poignée de main, par la force des choses, il s'y était habitué, mais devoir se faire la bise, ou alors pire, les gens qui parlaient en vous touchant l'épaule ou le bras, il détestait ça.

Alors il ne s'expliquait pas cette brutale envie de câliner Tullio - et il préféra l'évacuer dans un coin de sa tête, ce n'était pas le moment. (Et ça ne le serait sans doute jamais.) Mais juste au moment où il se disait ça, Tullio se mit à rire.

Ok. Tullio riait, d'accord... C'était cool. Ça voulait dire qu'il se plaisait en sa compagnie. C'était chouette. La vraie question, c'était, pourquoi est-ce qu'un simple rire faisait cet effet sur Isaia ? Le blond sentit son estomac se contracter, comme quand il avait le trac avant d'entrer sur scène, et c'était très bizarre - parce qu'il n'était pas sur le point d'entrer sur scène, bon sang ! Isaia cligna des yeux, incapable de détourner son regard du visage de Tullio en train de rire.

Peut-être que c'était simplement parce que c'était la première fois depuis qu'ils étaient enfants qu'il le voyait rire... L'adolescent qu'avait été Tullio n'avait pas trouvé tellement hilarant les farces que lui faisait Isaia, et devenus adultes, leur relation s'était soldée par cinq ans de silence avant de redémarrer doucement. Alors, la dernière fois qu'il l'avait vu rire... ça devait au moins remonter à l'époque où Isaia était encore en primaire. Soit un bail. C'était peut-être ça, la raison...

Quelque part, au fond de sa conscience, la Petite Voix d'Isaia (celle qui l'emmerdait le plus souvent avec son talent pour dire la vérité), lui souffla qu'on n'avait jamais créé une excuse plus bidon au monde. Parce qu'il ne s'agissait pas uniquement du rire, mais aussi des doigts de Tullio qui remettaient ses cheveux en place, et des yeux d'Isaia qui n'arrivaient pas à se détourner du spectacle.

Bon. C'était juste parce que ça faisait longtemps qu'il n'avait pas fréquenté Tullio. Du coup, il n'était pas habitué à ses réactions et à ses petits gestes personnels. Après tout, en bon stalker, il se devait de faire attention à toutes ces petites choses, non ?

°Y faire attention ok, mais de là à avoir le coeur battant pour ça...°
*Juste, la ferme.*

Bordel. Il avait le cœur battant s'il le voulait, d'abord. Bon, avec toutes ces conneries il avait à moitié écouté la réponse de Tullio, et ne capta que la fin de la phrase, "... de recevoir dans de bonnes conditions". Allons bon. S'il voyait qu'il n'avait pas écouté, Tullio lui ferait la peau, et c'en serait fini du joli rire. Alors Isaia lui renvoya un sourire charmant, complètement destiné à tromper son instinct, et répondit d'une voix douce :

- C'est bien. Je suis vraiment content pour toi.

En fait, ce dont il était réellement content (en plus de l'investissement de Tullio), c'était de pouvoir être là, avec lui, ce soir. Il en était extrêmement heureux, et les inflexions affectueuses qu'il avait glissées dans sa voix découlaient certainement de là. Il fallait qu'il fasse attention à ne pas trop en mettre, parce qu'après tout, le but n'était pas de faire fuir Tullio... Personne n'aimait quand les autres s'accrochaient trop à leurs basques, et Isaia se faisait l'effet d'un toutou qui suivait Tullio partout et qui remuait la queue à chacune de ses phrases, qui allait chercher tous les joujoux qu'il lui lançait. Il faudrait qu'il fasse gaffe.

"Oui, et puis question intimité c’est rapidement limité. Quand j’étais en internat à l’école, on pouvait rien faire sans que l’autre soit au courant ..."

Bon. Il fallait qu'il se calme, là. Aussi, c'était malin de sa part de lancer la conversation sur un sujet pareil... Mais il ne s'attendait pas à ce que Tullio lui réponde ça. Du coup, c'était la faute de son frère si maintenant, il était en train de le visualiser mentalement caché sous des draps qui bougeaient au niveau du milieu du lit, la tête à moitié enfouie dans un oreiller et en train de se mordre la lèvre du bas pour ne pas faire de bruit...

Oh, god. Pourquoi, pourquoi, pourquoi, pourquoi, pourquoi, pourquoi il pensait à ça, d'abord ? Le simple fait de savoir que son frère avait été embêté pour se palucher durant son internat ne voulait pas forcément dire qu'il fallait qu'il se représente la scène dans sa tête, bon sang !! Il pouvait se passer de ce genre d'images mentales ! Bordel...

Affreusement troublé, Isaia se contenta de hocher la tête et de répondre d'un air préoccupé :

- C'est pas faux... J'y avais pas pensé...

En ce qui concernait cette histoire d'intimité, avec Valentino, ça n'aurait pas été un problème, vu leurs personnalités semblables, mais bon... Vivre tout seul était peut-être effectivement préférable. Enfin, pour l'instant, l'important, c'était de dégager l'image mentale de Tullio de sa tête. Heureusement qu'il y avait les jeux pour ça.

"Petit frère, quand je joue à ça mon cerveau n’a même pas besoin d’analyser les couleurs avant de les jouer alors je t’assure que je vais t’écraser sans aucun doute. C’est le jeu où je suis imbattable. Je voulais te laisser une chance mais si tu veux te prendre une branlée dès le début de la soirée, ça me va aussi. Donc on reporte la course."

Ouh là. Il avait l'air vraiment confiant... Est-ce que c'était vrai ou du bluff ? Mais Isaia était sûr de ses capacités. Il avait acheté chaque jeu au moment de sa sortie, il avait atteint le niveau expert en un rien de temps, et maintenant, il s'amusait à terminer toutes les chansons à 5 étoiles en expert, et c'était loin d'être très difficile, même sur les plus dures. Tullio serait vraiment un as s'il le battait - mais c'était génial d'avoir du challenge, il en avait le cœur qui battait douloureusement d'excitation dans sa poitrine. A Guitar Hero, il n'avait jamais vraiment réussi à trouver un adversaire à sa mesure... (et pourtant, il avait cherché).

Il sourit à Tullio, l'air de dire qu'on verrait bien ce qu'il en serait, puis son frère ajouta :

"On compte les points ? Le premier qui remporte cinq chansons a gagné, l’autre a un gage ?"

Cette fois, Isaia ne put s'empêcher de rire - il avait l'impression de se retrouver au temps de l'adolescence. Mais ce n'était pas un mal - autant rattraper leur temps adolescent ensemble, celui qu'ils avaient foiré la première fois.

- Ok, pourquoi pas ? sourit-il. Je vais encore moins me laisser faire du coup, je te préviens tout de suite. Mais puisque tu es déjà sûr que tu vas gagner, laisse-moi au moins choisir la première chanson.

Il avait ses favorites, dans le lot, bien sûr, et il en prit une avec un beau solo comme il les aimait, ceux où ses doigts pouvaient s'amuser comme des fous sur les touches.

Guitar Hero et son frère. Cette soirée était vraiment une pure soirée. ♥
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Lun 14 Mai - 11:56

Combien de fois Tullio avait-il haï le sourire de son frère ? Il préférait ne pas compter, mais la réponse était évidente. Parce que c’est ce qu’il avait passé son temps à faire toute son enfance et son adolescence. Ce sourire si habile, si détestable, si trompeur. Le sourire qu’Isaia faisait à leur grande tante quand elle revenait d’Allemagne avec ces immondes gâteaux secs. Le sourire qu’il servait à sa maitresse les rares fois où il n’avait pas fait ses devoirs. Le sourire qu’il sortait à toutes les filles qui l’approchaient. Le sourire dont il usait et abusait avec ses parents pour faire passer un mensonge où une bêtise. Le sourire qu’il utilisait face au moindre problème.

C’était un peu comme l’artefact magique qui sert à tout, tout le temps. S’ils avaient été dans un jeu de rôle, Isaia serait un peu ce joueur insupportable et pourtant admiré qui avait une réponse à tout, pour n’importe quelle situation. Et le maitre du jeu avait beau avoir prévu quelque chose, comme une blessure grave d’un joueur quand le roi sorcier s’échappe par une téléportation en rigolant d’un rire un peu caverneux et tonitruant... ça ne marche pas. Le sourire d’Isaia s’apparentait alors à un artefact d’anti-magie ou d’annulateur de téléporteurs. Quelle que soit l’issue, il avait une parade. Une arme fatale et déstabilisante pour qui ne la connait pas.

Et Tullio la connaissait. Il détestait quand son frère lui souriait, puisque cela augurait une mauvaise farce, et le reste du temps Isaia se contentait de ne pas lui sourire du tout. Alors oui, il le haïssait parce qu’à chaque fois qu’il le voyait, Tullio savait qu’il allait être question de séduction. Cette séduction dans laquelle Isaia était passé maître tout jeune déjà. Cette séduction toujours feinte, toujours dans le faux semblant. Si caractéristique de son frère, souvenir qui avait dévoré tous les autres comme un chien sauvage et affamé. Cette image était synonyme de malheur, ou de solitude. Car quand Isaia souriait comme ça, plus personne n’existait.

Et là, étrangement, ce sentiment était le même tout en étant très différent. Plus personne n’existait, non. A part lui, et son frère. Il n’y avait plus rien d’autre, en quelques secondes le monde s’était arrêté. Jamais il n’avait eu droit de voir ce sourire, sans mensonge. Toujours il y avait eu de l’hypocrisie. Là, Isaia souriant vraiment, et comme Tullio connaissait la façade il savait reconnaitre l’honnêteté et le naturel quand il le voyait chez son frère. Et sa joie était manifeste, sa décontraction aussi. Il lui souriait vraiment, pour la première fois avec autant de franchise et si peu de retenue. Tullio comprenait pourquoi ça marchait si bien sur ceux qui ne savaient pas reconnaitre l’illusion. Parce que là, il était sous le charme de ce petit éclat de soleil qui l’éblouissait alors qu’Isaia répondait une vague phrase que Tullio ne prit pas au vol. Tant pis, ce devait être une banalité. Il se souvenait pourtant de la douceur avec laquelle il l’avait prononcée.

Ce genre de détails inutiles qui restaient imprimés sur sa rétine, qui le marquaient avec assurance. Une faible chaleur prit naissance dans le torse de Tullio, pour grandir et irradier son corps. Il se sentait bien, et serait resté des heures juste à regarder le visage qu’Isaia lui offrait. Quoique, il aurait sûrement fini par avoir envie de le frôler de la main, histoire de vérifier que ce n’était pas une illusion. Qu’il lui souriait bien comme ça, à lui. Ce qu’il ne fit heureusement pas, malgré son bras qui avait tendance à vouloir se soulever seul, pour accomplir ce que son esprit refusait avec acharnement.

- C'est pas faux... J'y avais pas pensé...

Au moins, son petit délire de fixation sur le visage de son frère avait eu raison de lui un instant, et Tullio ne remarqua absolument pas l’embarras de son frère. Il se contenta donc de hocher la tête, après tout Isaia faisait bien ce qu’il voulait. Même si l’idée qu’il partage avec autant de proximité la vie de quelqu’un lui fasse se sentir un peu mal. Il avait tout à coup envie de lui vanter les inconvénients de la colocation, de lui descendre cette idée, de lui donner envie de rester seul. Mais comme il n’avait strictement aucune raison de le faire ... Tullio resta silencieux. Ce n’était pas de son rôle de raconter ce genre de choses, surtout qu’il ne s’expliquait pas en quoi ça le dérangeait que son frère emménage avec son meilleur ami. C’était naturel, même si d’ordinaire on passait plutôt de la colocation à l’appart en solitaire, et non le contraire.

Ils sortiraient ensemble plus souvent, se verraient tout le temps, partageraient leurs expériences ... Subitement, Tullio en était un peu jaloux, un goût amer dans la bouche. Et lui dans tout ça ? Il eut envie de se donner des baffes, parce que lui était loin d’être le meilleur ami d’Isaia. Il était déjà quelqu’un pour lui, et après ce qu’il s’était passé la dernière fois ce n’était pas un luxe mais quelque chose de durement acquis. Et il voulait le conserver, aussi trouva-t-il réellement préférable de ne rien dire du sentiment étrange qui lui nouait le ventre et la gorge, jusqu’à ce que l’éclat de rire d’Isaia ne le délivre, le faisant largement sourire et lui permettant d’oublier ce qui le dérangeait tant un instant plus tôt.

- Ok, pourquoi pas ? Je vais encore moins me laisser faire du coup, je te préviens tout de suite. Mais puisque tu es déjà sûr que tu vas gagner, laisse-moi au moins choisir la première chanson.

- Je t’en prie, fais toi plaisir.

Le laisser choisir plusieurs chansons, même. Autant dire que la bataille fut serrée ... A chaque chanson c’était un véritable combat. Contre n’importe qui, Tullio gagnait haut la main grâce à sa mémoire. Cette dernière lui permettait en effet de savoir quoi faire avant de jouer. Mais elle ne lui donnait pas des réflexes surhumains comme ceux de son frère, non. Ça, c’était son entrainement qui le lui permettait. Connaitre l’enchainement ne permettait pas de le jouer à une vitesse folle, au contraire parfois valait-il mieux ne pas connaitre la partition pour jouer uniquement à l’instinct et à l’oreille. Ce jeu était un jeu de réflexes.

Et pourtant, après une bataille acharnée qui laissait Tullio en sueur, les cheveux décoiffés et des mèches collant à son front, ce dernier avait gagné. Le compte des points fut laborieux mais il gagna d’une courte tête. Parce qu’il se servait de sa mémoire pour habituer ses doigts, et cette fois-ci elle lui avait bien été utile dans les solos, imprévisibles. Il se souvenait des enchainements difficiles et des figures complexes, alors oui ça lui avait été d’une aide conséquente même si la majorité du jeu était basé sur son expérience, lors de longues soirées d’insomnies. C’est donc haletant, mais tout fier, que Tullio brandit sa guitare avant de la poser et de prendre son frère dans ses bras, dans une étreinte sportive, tout en le chahutant et en clamant à tue-tête sa victoire.

- Ah ah ah j’ai gagné ! Contre un pianiste, contre toi ! J’admets que j’ai jamais eu tant de mal à arracher les quelques ridicules points qui m’ont donnés la victoire ! Tu es un adversaire redoutable, le félicita-t-il en le lâchant.

Son visage rayonnait de bonheur et de fierté, c’était un beau match. Il avait vraiment pris son pied, comme jamais avec personne. Le plaisir de ce jeu venait de le griser totalement, de lui faire tourner un peu la tête puisque les quelques bières qu’il avait déjà bues n’étaient pas suffisantes pour y arriver seules.

- Un gage, donc. Bon, j’avais ma petite idée ... Quand je le déciderai, je te poserai une question à laquelle tu seras obligé de répondre la stricte vérité, et tout ce que tu penses. On se mettra à égalité au moins une fois. Mais là, je suis pas encore inspiré donc je la garde pour plus tard.

C’était un gage qui lui offrait une opportunité rare qu’il ne voulait pas gâcher dans une action stupide ou ridicule. On ne savait jamais, un jour ou l’autre c’est bien d’avoir ça sous le coude ...
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Dim 27 Mai - 4:48

Quand il y réfléchissait, Isaia ne connaissait pas Tullio depuis très longtemps. Enfin, en tant que membre de la famille, bien sûr, ils se connaissaient depuis qu'ils étaient nés - ou plutôt, si on voulait être tout à fait exact (le souvenir se rappela à Isaia comme une fausse note dans une jolie mélodie), depuis qu'Isaia avait deux ans et demi. Soit. Toujours étaient-ils qu'ils avaient vécu ensemble un sacré paquet d'années, quand on y pensait, mais malgré tout, après tout ce temps, Tullio était encore un étranger pour lui. Il ne connaissait pas ses réactions. S'il disait ci, et ça, alors qu'il s'attendait à ce que Tullio se fâche ou se vexe, au contraire, il commençait à rire, ou inversement. C'était toujours un peu déstabilisant.

Et là, il était visiblement parti dans une longue réflexion solitaire, si Isaia en croyait son regard distant, mais il ignorait totalement ce qui motivait cette réflexion, puisque tout ce qu'Isaia avait dit, c'était qu'il était vraiment content pour lui - pas une phrase qui porte vraiment à réfléchir, oui ?

Pendant un instant, il eut envie d'agiter sa main devant ses yeux en disant "ouh ouh, la Terre appelle Tullio", mais finalement, il laissa tomber l'idée, pour deux raisons : parce qu'il n'avait pas envie de mettre Tullio de mauvaise humeur en le tirant de ses pensées, et aussi parce qu'il était mignon, à rêvasser comme ça...

...
Enfin, il ne voulait pas le mettre de mauvaise humeur, surtout. Ouais. Le côté mignon, ce n'était qu'un détail. Ouais.

°Haha ! On y croit tous !°
*...*

Lorsque son frère enclencha le jeu, Isaia bondit sur ses pieds, au top de sa motivation. Déjà parce qu'il adorait jouer (et écraser ses ennemis), mais en l'occurrence, aussi parce que c'était l'occasion parfaite pour effacer de ses pensées les réflexions bizarres qui y naissaient beaucoup trop fréquemment depuis le début de cette soirée. Il fallait se distraire.

Sauf que voilà : Tullio n'était pas n'importe qui. Et si Isaia répondait un "oui oui" peu convaincu lorsque Tullio lui assurait qu'il allait gagner, c'était parce qu'il sous-estimait grandement le pouvoir de son adversaire.

Isaia était en maître en Guitar Hero. En général, dès le début des premières chansons, il pouvait se faire une idée sur le niveau de son adversaire à la première fausse note - et généralement, le niveau en question était moins élevé que le sien.

Sauf que voilà, si Isaia était un maître en Guitar Hero, Tullio, lui, devait être un dieu, ou au moins un demi-dieu. Parce qu'Isaia avait bien du mal à se maintenir à son niveau, malgré le fait qu'il connaissait toutes les chansons par cœur et les avait pratiquées un nombre de fois conséquent. Et comme à chaque fois que la compétition était serrée (ce qui se faisait rare, généralement), il sentait son cœur battre à toute allure. Il était un compétiteur né. Ce qui était intéressant, c'était de battre son adversaire de peu, pas de l'écraser avec une marge phénoménale.

Aussi, lorsque la chanson se termina à son désavantage, il se sentait presque plus heureux d'avoir perdu contre un joueur digne de ce nom que d'avoir gagné contre le gamer moyen de Pétoquieux-en-Bistouille. C'était un état de béatitude qu'il aimerait connaître plus souvent, et il se tourna vers son frère, un grand sourire aux lèvres (au moins, il n'était pas mauvais joueur, on ne pouvait pas lui reprocher ça), mais lorsque Tullio se jeta littéralement dans ses bras, visiblement ravi de sa victoire, toutes ses pensées s'évaporèrent dans la seconde, et il ne resta plus qu'un blanc brumeux et immatériel dans son cerveau.

Tullio. Le. Serrait. Contre. Lui.

Bien sûr, c'était arrivé parfois quand ils étaient gosses, mais depuis qu'il avait dix ans au moins, ça n'était plus arrivé. Et là, Tullio le serrait contre lui, et il y avait beaucoup trop de choses contre lesquelles il fallait faire face : les bras de son frère qui l'enserraient, son odeur (pourquoi fallait-il qu'il soit SI sensible aux odeurs, bon sang de bonsoir ?), et... Enfin, il n'y avait que ça, en fait, mais c'était déjà pas mal. C'était déjà trop.

"Ah ah ah j’ai gagné ! Contre un pianiste, contre toi ! J’admets que j’ai jamais eu tant de mal à arracher les quelques ridicules points qui m’ont donnés la victoire ! Tu es un adversaire redoutable."

Des tréfonds de son esprit, Isaia dut se faire violence comme jamais pour essayer d'agir comme un type normal. Après tout, Tullio n'avait certainement pas d'intentions cachées ; encore une fois, c'était certainement dû au fait qu'il ne le connaissait pas assez bien, et qu'apparemment, Tullio faisait partie de la catégorie des types tactiles. Isaia, lui, ne l'était pas - tout l'inverse. Pas étonnant qu'il soit choqué, en fait.

°Sympa l'excuse !°
*La ferme.*

Il ne put s'empêcher de sourire en voyant la joie sur le visage de Tullio - au moins, l'autre appréciait à sa pleine mesure sa victoire, c'était déjà ça - et répondit :

- J'avoue que t'es la première personne à me battre depuis que j'ai commencé à jouer... Je suis vraiment impressionné. Presque ému, en fait.

Ça va, ça paraissait authentique ? Et puis le coup de l'émotion, quelle belle parade ! Comme si, si Tullio détectait son trouble (il espérait que non, dans la limite du possible, mais on ne savait jamais), il pourrait toujours rejeter la faute sur le jeu. Bien pensé, non ?

"Un gage, donc."

Ah bon sang, il avait oublié ça. Et en plus, il était sûr que c'était Tullio qui allait perdre quand il avait accepté... Argh. Le propre de ce genre de jeu, c'était que ça pouvait vite devenir embarrassant... Il espérait que Tullio n'ait pas d'idées trop farfelues. Ou trop dérangeantes.

°C'est toi qui les as, les idées dérangeantes...°

...
Bon. Soit.

Bon, j’avais ma petite idée ... Quand je le déciderai, je te poserai une question à laquelle tu seras obligé de répondre la stricte vérité, et tout ce que tu penses. On se mettra à égalité au moins une fois. Mais là, je suis pas encore inspiré donc je la garde pour plus tard.

Isaia le considéra, sans pouvoir s'empêcher d'être un peu intrigué par la requête.

- C'est ça que tu choisis ? Que je te dise la vérité ? Tu préfères pas trouver autre chose ? Je veux dire, je te dis toujours la vérité à chaque fois que tu me poses une question, alors c'est peut-être pas très utile... Enfin, c'est toi qui vois.

C'est vrai que Tullio ne pouvait pas en être certain, mais il lui disait toujours la vérité.

°S'il te posait une question sur tes vilaines pensées, tu le cacherais, pourtant...°
*... Evidemment que je le cacherais, j'ai pas envie de foutre en l'air tout ce qu'on a construit jusqu'ici!*

Bon ok... peut-être que parfois... il ne disait pas l'entière vérité.
Mais ce que Tullio ignorait ne pouvait pas lui faire de mal, si ?
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Dim 27 Mai - 17:26

Il était assez amusant de voir combien un sentiment spontané peut influencer une situation. Prenons cette étreinte que Tullio venait d’offrir à son frère sans le prévenir, lui imposant son contact tout à coup. Dans d’autres circonstances, et s’il n’avait pas été poussé par la joie d’avoir joué une aussi bonne partie, tout aurait été bien différent. Là, il l’avait fait sans réfléchir et donc sans rien ressentir de plus que le bonheur d’avoir gagné quelque part face à son frère. Ancien besoin de revanche, mais aussi véritable plaisir d’avoir aussi bien combattu contre un adversaire de taille. Cela avait été une impulsion qui lui semblait naturelle pour un éclat de joie, quoiqu’il ne l’eusse fait avec personne d’autre.

Tullio n’avait en effet pas encore rencontré d’ami ou de personne dignes de son intérêt au point de pouvoir réveiller en lui une satisfaction aussi pure, aussi grisante. Seule raison pour laquelle Isaia s’était retrouvé dans ses bras. Alors que quelques semaines auparavant déjà, les choses avaient été différentes. Il se souvenait encore de ce rêve qu’il n’arrivait pas à justifier avec une complète logique et une explication suffisante. En gros, dans un coin de son cerveau il se savait un peu dérangé voire dangereux. Car ce n’était pas normal d’avoir rêvé de ça, vraiment pas. Même en étant en manque.

Alors oui, dans une situation où la tension et l’adrénaline n’avaient pas été les seuls mots qui contrôlaient son cerveau, prendre Isaia dans ses bras de cette façon aurait sans aucun doute revêtu une toute autre signification. Que Tullio ne voulait pas évoquer, jamais, même avec ce connard d’inconscient qui lui mettait des choses vraiment trop bizarres en tête. Mais là c’était tellement naturel qu’il ne pouvait même pas même pas même pas y penser. C’était ça, l’avantage quand on a pas l’habitude des émotions aussi vraies et spontanées. On ne s’y habitue pas en un rien de temps.

Et alors il pouvait profiter de l’instant en toute quiétude, en toute illusion que rien n’était anormal, ça non. Aussi Tullio ne put-il même pas imaginer le trouble d’Isaia, puisque lui-même ne pouvait pas l’envisager en cet instant tant il était porté par la simple joie d’avoir affronté son frère à une épreuve qui lui correspondait pourtant parfaitement. Et, un peu pour flatter son ego, de l’avoir vaincu. Il fallait bien avouer que Tullio avait mis très longtemps avant de reprendre la confiance en lui que son frère piétinait à chaque fois qu’il le dépassait... Pour une fois, c’était sa seconde de gloire.

Et Isaia ne la lui enlevait pas. C’était peut être évident pour certains ou dérisoire pour d’autres, mais Tullio se sentit encore plus heureux. Oui, Isaia avait profondément changé. Auparavant, lorsqu’il était encore cet insupportable gosse qu’il avait côtoyé, son frère aurait été mauvais joueur sur les bords, accusé son don finalement reconnu et déclaré la victoire non valable. Au lieu de quoi, Isaia courbait volontairement et facilement l’échine pour reconnaitre sa défaite.

Ce qui ôta directement à Tullio la moindre envie de se pavaner, même si cela ne lui était même pas venu à l’esprit, simplement heureux d’avoir remporté la lutte si grisante, mais avant tout ravi de l’avoir disputée.

- J'avoue que t'es la première personne à me battre depuis que j'ai commencé à jouer... Je suis vraiment impressionné. Presque ému, en fait.

Après une telle déclaration, Tullio ne pouvait même pas envisager savourer sa victoire et se moquer de lui, même si ce n’était pas dans ses intentions. Il n’avait absolument pas l’envie de faire l’enfant et de rendre à Isaia la monnaie de sa pièce. Pas maintenant qu’ils s’entendaient bien, partageaient des choses ... Non, définitivement il était hors de question de profiter de cette victoire. Et c’est sur un ton enjoué qu’il répondit à son frère, sans trop faire attention à ce qu’il avait dit en détail. S’il l’avait fait, peut-être se serait-il demandé ce que venait faire cette dernière remarque, qui sonnait pourtant comme une justification à qui savait l’entendre. Mais Tullio s’en fichait. Et c’est après l’avoir relâché qu’il répliqua, rangeant la guitare dans un coin. Un petit jeu de courses ne ferait pas de mal après ça ...

- Et tu es le premier à avoir joué avec moi à ce jeu ... Depuis que mes anciens « amis » se soient trouvés dégoûtés de moi.

Comme il avait regretté les soirées où ses colocataires de l’internat de son école s’étaient amusés toute la nuit sur ce jeu, refusant qu’il en fasse partie. Déjà qu’il était mis à l’écart pour ses notes excellentes et sa mémoire sans même faire l’effort de réviser, parfois ... Mais alors que la tête de la classe vienne pourrir leurs loisirs ... Tullio gardait un souvenir assez amer de cette période moyennement amusante qui l’avait poussé à expérimenter la solitude et à perfectionner ses attitudes de caméléon envers les autres. Pour être ce qu’ils voulaient, et rien de plus. Ce qui n'avait plus jamais été le cas avec Isaisa, qui était la seule personne à qui il se montrait entier et sans limite. Sans la moindre carapace. Ou presque, parce que le mensonge par omission quand il ne lui demandait pas clairement de s'exprimer, ça marchait de temps à autre ...

Le gage lancé était venu un peu comme ça. Ce n’était pas que Tullio n’avait pas confiance, ni même qu’il doutait. Mais il savait que parfois, on évite certains détails pour faire plaisir, pour rassurer. Pour consoler. Tullio voulait s’assurer qu’un jour il pourrait éviter ça, refusant de s’attirer la pitié de son frère. Il refusait qu’il enrobe les bords pour faire plaisir à quelqu’un qu’il venait de retrouver. Tullio savait que la nature fragile et récente de leur toute nouvelle relation exigeait certaines politesses, et il souhaitait conserver la possibilité de passer outre.

- C'est ça que tu choisis ? Que je te dise la vérité ? Tu préfères pas trouver autre chose ? Je veux dire, je te dis toujours la vérité à chaque fois que tu me poses une question, alors c'est peut-être pas très utile... Enfin, c'est toi qui vois.

- Il n’y a rien d’autre qui m’intéresse. Et oui je te crois, mais parfois on dit les choses pour faire plaisir ou pour protéger et j’aime à savoir que tu ne le feras pas si je te le demande. C’est une assurance, pas pour ta sincérité mais pour ta capacité à ne pas me considérer comme une poupée de sucre.

Et, alors que Tullio allait choisir un autre jeu, son portable qui était posé sur la table sonna et vibra. Une photo d’une jeune femme blond vénitien apparaissant sur le cadran. Beau sourire, regard rieur, air intelligent. Ce n’était pas la première fille venue, et certainement une des plus jolies que Tullio avait jamais rencontré. Sous son visage qui clignotait été affiché « Sandra ». Le jeune homme fixa comme avec surprise son téléphone. Comme s’il avait oublié que le monde continuait de tourner, alors qu’il était en compagnie d’Isaia. C’était une impression étrange puisqu’il avait l’idée d’être seul au monde avec lui pour quelques heures ... Pour seule remarque, il lâcha d’un ton neutre :

- Ah. Ma copine ...

Ses réflexes ne suffirent pas et la sonnerie s’éteignit. Pour recommencer deux secondes après. Tullio avait l’esprit vide et se demandait encore quoi faire, quand il prit finalement son portable pour appuyer sur la touche raccrocher puis l’éteindre. Avec un peu de chance, elle croirait qu’il travaillait ce soir. Après tout il ne lui avait pas dit le contraire. Il ne lui avait pas parlé depuis deux jours. Sandra ... Un détail qu’il avait totalement oublié depuis quelques heures, à l’idée de voir Isaia.

- Désolé... On reprend ?

Son regard était un peu plus sombre et vitreux, son visage préoccupé. Le monde et le temps avaient repris ses droits, tandis que les questions affluaient dans l’esprit de Tullio.
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Sam 9 Juin - 7:11

Lorsque les bras de Tullio le lâchèrent, Isaia se trouva bête. Parce qu'il eut froid, d'un coup, et il aurait voulu que l'étreinte dure plus longtemps - toute embarrassante qu'elle soit. Il aurait voulu continuer à profiter de l'odeur de son frère, de la douceur de ses bras qui le serraient, mais Tullio se recula, et il se sentit seul.

Visiblement, son frère n'avait eu aucune intention en tête, à en voir son expression heureuse et son sourire innocent. Non. Il n'y avait que lui, Isaia, pour avoir le cœur qui tambourinait dans sa poitrine et des réflexions volant pas haut (voire très bas) qui traversaient ses pensées pendant une simple étreinte fraternelle. Tullio avait l'air d'être l'innocence en personne, et Isaia subitement, se sentit très tordu et pervers. Certainement, son grand frère devait être à des lieux d'imaginer ce qui courait en ce moment dans son cerveau. Ses pensées à lui devaient être pures et blanches, et Isaia eut l'impression que des ailes noires lui poussaient dans le dos.

Bon. Ce n'était sans doute que passager. C'était certainement simplement parce qu'il était content de revoir Tullio, et de s'entendre bien avec lui, n'est-ce pas ? Ca ne pouvait rien être d'autre qu'un petit égarement. Pour deux raisons : Isaia n'était pas attiré par les hommes. Et Tullio, en plus d'en être un, était aussi son frère. Deux restrictions majeures. Deux raisons qui faisaient qu'Isaia avait même du mal à croire que des pensées aussi tordues ait pu naître dans son cerveau. Peut-être parce que ça faisait longtemps qu'il n'avait pas eu de copine, qu'il était un homme, et que la moindre petite étreinte était capable de mettre le feu aux poudres ?

Bon. L'explication n'était pas franchement satisfaisante, mais on allait s'en contenter.

"Et tu es le premier à avoir joué avec moi à ce jeu ... Depuis que mes anciens « amis » se soient trouvés dégoûtés de moi."

La phrase eut le mérite de distraire Isaia de ses sombres pensées. Il fixa Tullio avec attention. Dégoûtés de lui ? On pouvait être dégoûté de Tullio ? C'était possible ? Alors que le type était certainement la personne la plus gentille que Isaia ait jamais rencontré ? Ces gars devaient être vraiment bêtes !

- Comment ça, dégoûtés de toi ? Pour quelle raison ?

Il sentait déjà l'indignation monter en lui. Et quelque part, aussi, c'était étrange de se dire que, alors qu'il avait fait des pieds et des mains pour que Tullio ne serait-ce que pose le regard sur lui, et qu'il écarte ce voile de haine devant ses yeux, d'autres s'étaient sciemment détournés de lui. Ces gars ne savaient pas ce qu'ils rataient - Tullio était un type génial.

La preuve, d'ailleurs, c'était qu'il aurait pu se servir de son gage pour demander des choses embarrassantes ou inavouables, mais qu'il préférait simplement qu'Isaia lui dise la vérité. Il ne faisait pas d'abus de pouvoir. Si c'était Isaia qui avait eu la possibilité de lui demander un gage... qu'est-ce qu'il aurait choisi ? Il repoussa d'emblée la première image qui s'imposa dans sa tête (beaucoup trop dérangeante), et pesa les suivantes : le faire courir en caleçon dans la rue en criant "je suis le roi, mini-ola en l'honneur de moi !" ou bien lui dire de préparer un bon repas à Isaia ou l'inviter au restaurant dans un futur proche, ou bien l'obliger à révéler son souvenir le plus embarrassant... Isaia, pour ce genre de jeux, avait toujours le même état d'esprit qu'un lycéen.

Tullio, lui, il voulait la vérité - le blond eut l'impression un instant qu'il y avait un gouffre entre la maturité de son frère et la sienne (pas entièrement inexistante, si on comparait à quelques années auparavant, mais pas bien développée quand même).

"Il n’y a rien d’autre qui m’intéresse. Et oui je te crois, mais parfois on dit les choses pour faire plaisir ou pour protéger et j’aime à savoir que tu ne le feras pas si je te le demande. C’est une assurance, pas pour ta sincérité mais pour ta capacité à ne pas me considérer comme une poupée de sucre."

- Très bien, répondit Isaia, un peu intrigué. Je te dirai toujours la vérité, je te le promets.

De toute façon, il ne risquait pas grand chose en promettant quelque chose comme ça, pas vrai ? Tullio ne risquait pas de l'interroger sur les pensées douteuses qui flottaient dans un coin de sa tête - c'était quelque chose que son frère n'était certainement même pas en mesure de concevoir. Et si jamais (en prenant le pire scénario possible) il se trouvait que ce n'était pas juste un égarement passager, il y aurait certainement toujours moyen d'éviter de lui dire, par omission. Isaia était très fort à ça. Ça ne serait pas lui mentir, ça ne serait pas ne pas lui révéler la vérité : ça serait simplement passer le sujet sous silence.

Enfin, ça, c'était dans le cas où l'égarement ne serait pas juste passager, pas juste dû aux bières ingurgitées. Pour l'instant, il mettait ça sur le compte de la soirée, et de la joie de voir son frère heureux.

Sauf qu'il ne s'attendait pas à ce que sa théorie simpliste, à laquelle il avait terriblement envie de croire, soit brisée par trois simples mots, au moment où le portable de son frère vibra sur la table.

"Ah. Ma copine ..."

Extérieurement, Isaia n'eut pas un tressaillement, se contentant de fixer son frère (un peu trop immobile, peut-être). Intérieurement, il eut l'impression étrange qu'il venait de se prendre une balle en plein dans la poitrine.

Tullio. Avait. Une. Copine.

Non enfin, pourquoi il s'étonnait, d'abord ? C'était logique. Totalement logique. Tullio était gentil, il était mignon, il était attentionné - totalement le genre de gars qui devait avoir du succès avec les nanas. Isaia se rappelait encore cette petite serveuse au restaurant où son frère bossait, là il l'avait revu la première fois.

Bref, que son frère ait du succès n'était pas quelque chose qui le choquait en soi, parce que c'était évident : alors pourquoi est-ce que ça faisait aussi mal, nom d'un chien ? Est-ce que c'était parce qu'il ne s'y attendait pas ? Est-ce que c'était parce qu'il était en pleine soirée de retrouvailles fraternelles, et que subitement, un élément extérieur pointait son nez ? Non, probablement pas - si c'était un ami qui avait appelé Tullio, ou même leur propre mère, il n'aurait pas vu la chose de la même façon.

Il avait un problème. Il avait un gros problème. Avoir des pulsions inavouables parce qu'on était en manque de cul, à la limite, c'était encore concevable. Mais être jaloux de la copine de son frère - parce qu'Isaia ne voyait pas comment il aurait pu appeler autrement ce sentiment qui courait dans ses veines comme des langues de feu - là, ça devenait carrément tordu.

Il était peut-être un peu trop figé. Dans une situation normale, il aurait dû prendre un air dégagé et demander "ta copine ? T'as une copine ?" et se montrer intéressé par la vie de son frère. Mais là, il ne parvenait pas à insuffler à ses lèvres le courage de poser des questions sur elle. Parce qu'il ne voulait rien savoir, rien apprendre.

Tullio avait l'air également préoccupé, et Isaia espérait que son manque de curiosité - voire sa réticence - passerait inaperçu. Il ne voulait pas que Tullio se doute de l'effet que ses trois petits mots avaient eu sur lui. Bon sang, on ne se mettait pas dans un état pareil pour une simple copine, pour un simple frère ! C'était la faute de la bière, tout ça !

"Désolé... On reprend ?"

Cette fois, il ne put s'empêcher de poser une question, intrigué. Une question qu'il détesta parce qu'elle franchit ses lèvres avec une note d'espoir visible, un espoir qui n'avait strictement rien à faire là.

- Tu ne la rappelles pas ?

Pourquoi de l'espoir, d'abord ? Soit, le fait qu'il ne la rappelle pas pouvait faire croire à Isaia qu'il lui accordait sa priorité pour le moment, mais peut-être que c'était juste par politesse. Sans doute. Parce qu'une copine, et visiblement une pas moche, si on en croyait l'écran du portable de Tullio, qu'Isaia voyait de loin, bref, une jolie copine, c'était quand même le top des priorités. Pas sûr qu'un frère autrefois haï et stalker et pervers sur les bords puisse tenir la comparaison. Ils ne jouaient pas dans la même cour.

D'ailleurs, ils n'étaient même pas censés jouer dans la même cour. Une copine c'était une copine, un frère, c'était juste un frère. Et même pas un frère de sang en plus. Isaia trouva sa possessivité extrêmement déplacée.

Bon sang, cette soirée devenait vraiment bizarre...
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Sam 9 Juin - 20:01

Il avait beau lui avoir promis de s’ouvrir, Tullio n’imaginait pas vraiment être du genre à déballer sa vie à son frère, sans raison. Sur une question. Il ne se savait pas déjà capable de se confier, lui qui ne l’avait jamais fait. Avec personne. Il ne savait même pas ce que c’était, au-delà des quelques séances de confession organisées avec son père ou des amis. Qui avaient tous finis par préférer entendre rire Isaia que l’écouter se plaindre. Donc, purement et simplement, Tullio avait arrêté. Il préférait ne pas revenir sur les évènements de sa vie les moins glorieux. Par exemple, il n’avait jamais dit à personne à quel point cela avait pu dégénérer entre son frère et lui. Il n’avait pas confié ce désaccord et les injustices qu’il subissait chaque jour à qui que ce soit depuis qu’un ami d’enfance l’avait traité de menteur, en argumentant sur l’attitude irréprochable d’Isaia. Un aveuglé de plus au rang des groupies de son cher frère ... Et même si cette époque était révolue, Tullio n’avait jamais été du genre à parler de lui. Aussi, l’avoir promis à son frère relevait déjà de l’effort.

- Comment ça, dégoûtés de toi ? Pour quelle raison ?

Mais alors cette question ... Il se voyait mal hausser les épaules, mais en même temps il ne se doutait pas qu’Isaia relèverait sa phrase. Il paraissait si attentif à ce qu’il disait ... Cette constatation timide lui faisait chaud au cœur et le faisait doucement sourire. C’était nouveau, mais agréable. Isaia s’intéressait enfin à lui, après tant d’années où rien d’autre que sa propre personne n’avait compté ... Une découverte qui valait largement les obstacles franchis pour encore mieux l’apprécier.

- Avec ma mémoire, j’étais meilleur qu’eux en cours et aux jeux sans réellement faire d’efforts. C’est insupportable, normalement, quand je suis naturel, ils me prennent pour un tricheur. Personne n’a aimé, c’est pour ça que je joue si bien l’ami parfait.

Voilà pourquoi il n’aimait vraiment pas parler de lui. Ça faisait tout de suite mélodramatique et pauvre petit pleurnichard. Ce qu’il s’était décidé à ne plus être depuis l’âge de huit ans, même si jusqu’à ses dix ans, cela avait été plus facile à dire qu’à faire. C’est pourquoi Tullio accompagna cette déclaration d’un haussement d’épaules, comme pour dire que ça lui était égal et qu’il aurait pu parler du temps qu’il faisait pour un résultat identique. Son ton était neutre, pourtant s’y partageaient la mélancolie de ces mauvais souvenirs et le plaisir de voir Isaia intéressé par sa personne. Il semblait toutefois l’être beaucoup moins au sujet de sa copine. Tullio s’était attendu à se voir inondé de questions, et pourtant une seule lui parvint de la bouche de son frère. Une seule, et pas forcément la plus évidente. Mais Tullio ne remarqua rien d’autre, un peu trop plongé dans ses pensées.

- Tu ne la rappelles pas ?

Sandra. Une de ces rencontres banales qui peuvent vite évoluer. Pour une fois, ce n’était ni programmé ni réfléchi. Tullio n’avait pas prévu l’arrivée de la jeune fille dans sa vie. De deux ans sa cadette, il l’avait croisée pour la première fois en allant se chercher un café au Strabucks au coin de sa rue, après une nuit blanche passée à faire l’inventaire. Pour se réveiller un peu et retourner au boulot, après être passé se changer et prendre une douche. On aurait dit un de ces films pitoyables à l’eau de rose que Tullio avait toujours détesté. Elle faisait la queue derrière lui, et en se retournant pour partir, il lui avait renversé son café dessus. Et comme Tullio était bien élevé, il s’était empressé de s’excuser, de lui payer un café et de lui laisser son numéro pour la note de pressing. Logique. Tout homme sensé aurait fait ça, vraiment. Même si c’était totalement cliché et stéréotypé au possible.

Mais devant les petites taches de rousseur et les grands yeux verts de la jeune femme, Tullio avait réagi comme par habitude, comme par réflexe. A croire que tous les hommes sont conditionnés pour réagir de cette manière face à une jolie fille ... Au départ, il l’avait fait dans ce but. Comme à l’ordinaire, juste pour se conformer au rôle qu’on attendait qu’il joue. Sage et obéissant produit de la société, il avait obéit aux règles sociales. Mais ils étaient restés un moment à discuter, et au fur et à mesure de la conversation Tullio s’était davantage impliqué, comme s’il prenait un certain plaisir à la répartie de son interlocutrice. Elle était cultivée, ce qui tombait plutôt bien puisqu’on pouvait difficilement faire plus ennuyeux que d’être un ignare face à lui, qui retenait tant de choses. Elle était intelligente, encore à se débattre dans des études à rallonge qui n’avaient plus d’études que le nom. Une femme charmante, en somme. Qui avait paru surprise quand il n’avait pas insisté pour avoir son numéro en retour ou une promesse d’un autre rendez-vous.

Tullio fut tout aussi surpris en s’entendant accepter la proposition de se revoir, qui venait d’elle. Depuis, ils étaient sortis plus d’une fois ensemble. Toujours avec beaucoup de tact et de finesse. Tout cela s’était passé après la dispute avec Isaia, ce n’était donc pas encore très vieux et pourtant ... Entre eux, tout allait très lentement. Trop lentement. Ils s’étaient contentés de discuter les premiers jours, puis à peine quelques baisers. Un soir ils avaient bien faillis passer à l’acte mais Tullio avait le pressentiment que la ramener chez lui et l’allonger sur son lit mettrait fin à leur relation. Il s’était alors contenté d’être le petit ami idéal, ou plutôt l’ami au vu de ce qu’ils ne faisaient pas. Mais sa présence était agréable, comme une bonne amie qu’il embrassait tendrement quand ils se voyaient.

Son simple sourire, ses remarques parvenaient à lui faire oublier un peu les pensées malsaines qu’il avait envers son frère depuis ce fameux rêve, il y avait de cela un moment. Elle écartait ce rêve, par sa présence désireuse sans qu’il ne la touche. Et c’est précisément cette frustration qui occupait son esprit et divertissait son corps, suffisamment pour qu’il ne repense pas à son frère, sans défense, endormi dans son lit ... Oui, Sandra chassait cette image de sa tête à chaque fois qu’ils se voyaient. Si bien que Tullio la voyait souvent, profitant de cette présence rassurante et confortable à ses yeux. Mais depuis quelques jours, Tullio prenait un peu ses distances en sentant Sandra insistante. Elle ne pouvait plus attendre. Oui mais ... Mais s’il se passait quelque chose, Tullio n’aurait peut être plus envie d’être avec elle.

Le jeune homme n’en savait rien et c’est précisément cela qui le minait. Les questions tournaient en boucle, et il préférait ignorer son appel pour l’instant, au vu de la récente tension entre eux. C’était plus simple, et surtout il avait envie de profiter de son frère. Même si cela voulait dire repenser à cette soirée, à ce rêve, à ce qu’il avait eu envie de lui faire inconsciemment ... Il était encore prêt à l’accepter, tout plutôt que de s’engueuler avec elle devant Isaia, ou tout simplement de quitter l’ambiance chaleureuse qui le berçait avec satisfaction. Il était bien comme ça et ne voulait pas qu’on le lui enlève ...

- Hum ... Non. Je la rappellerai plus tard. Là je suis occupé ...

La bonne excuse bien pratique. Qui masquait sa fuite pourtant flagrante. C’était pitoyable ... Tullio se serait donné de claques. Au lieu de quoi, en reposant son téléphone il renversa malencontreusement sa bière sur le canapé. Quelques jurons pas vraiment élégants sortirent de sa bouche, alors qu’il enlevait son sweat passé dans la soirée et épongeait le précieux tissu de son canapé avec. Faute d’aller chercher une éponge. Il fit ce qu’il put, mais une marque restait et l’odeur aussi.

- Bon, eh ben tant pis ... annonça-t-il d’un petit rictus résigné. Je le ferai nettoyer demain.

Bon, et s’il la continuait, cette soirée jeux vidéos ? Tullio reprit sa manette en main et sourit un peu moins convaincu qu’auparavant. Mais décidé à ne pas se laisser aller à gâcher sa soirée pour des considérations trop angoissantes et surtout trop floues pour lui. Il voulait juste profiter. D'Isaia.

Pas dans ce sens là ...
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Dim 10 Juin - 1:56

Quand il était jeune, Isaia - il l'admettait honteusement - avait fait beaucoup de mal à Tullio. Beaucoup trop souvent. Essayer de voler à Tullio ses jouets, l'affection de ses parents, de ses amis, essayer de tout lui prendre était devenu quelque chose d'aussi naturel que de respirer. Étrangement, ça ne voulait pas dire qu'il ne l'aimait pas, pourtant, mais voilà, il ne pouvait pas s'en empêcher.

C'était tellement devenu une seconde nature, chez lui, qu'en grandissant, il s'imaginait avoir la prérogative sur le droit de faire souffrir Tullio. Que si ce n'était pas lui, personne d'autre ne le pouvait. Une dizaine d'années plus tard, il reconnaissait la stupidité de sa réflexion - mais quand Tullio lui racontait l'anecdote de ses camarades de classe, un bref instant, il sentit ses anciennes pulsions remonter à la surface.

Personne d'autre que lui n'avait le droit de lui faire du mal. (Même si maintenant, c'était plutôt "personne n'avait le droit de lui faire du mal" tout court.)

"Avec ma mémoire, j’étais meilleur qu’eux en cours et aux jeux sans réellement faire d’efforts. C’est insupportable, normalement, quand je suis naturel, ils me prennent pour un tricheur. Personne n’a aimé, c’est pour ça que je joue si bien l’ami parfait."

Isaia observa le visage de son frère avec attention. Il haussait les épaules comme si ça ne le touchait pas, mais les blessures adolescentes restent toujours plus vives que les autres. Ça avait beau s'être passé il y avait des années, Isaia était certain qu'il ne l'avait toujours pas digéré. Y avait-il quelque chose qu'il pouvait dire pour alléger son amertume ?

- De simples jaloux, répondit-il simplement. Il faut les ignorer. Et puis, les ados, c'est toujours stupide.

Lui aussi, il en avait connu, des types jaloux de son talent au piano, de sa facilité à faire partie des meilleurs de sa classe - même si ce n'était pas au niveau de Tullio. Mais Isaia, l'esprit rebelle, était toujours parti du principe "tu me détestes parce que je suis meilleur ? Eh bien je vais m'appliquer à m'améliorer encore plus, pour que tu me haïsses !". Il fallait dire qu'à côté, il avait une cour qui se pâmait devant lui et donc il n'était pas en manque d'amis. Tullio, lui, n'en avait probablement pas eu - peut-être parce qu'il était trop timide, à l'époque ?

Quoi qu'il en soit, il avait envie de consoler son frère, mais il ne savait pas quoi faire pour. Alors il se contenta de lever la main et d'ébouriffer ses cheveux avec un sourire tendre. De toute façon, ça ne servait à rien que Tullio se soucie encore de ces bêtises : lui, maintenant, il était là, et son frère n'avait plus besoin de faire semblant d'être un autre que lui.

- Tu ne joues pas la comédie avec moi, hein ? dit-il subitement, pris d'un doute. Non, c'est vrai, ajouta-t-il rapidement, tu ne peux pas me mentir. Tant mieux...

Il ne savait pas s'il était le seul à bénéficier de cet état de grâce, mais il était déjà content de faire partie de ceux à qui Tullio montrait son véritable visage - visage qui s'était assombri avec l'appel sur son portable.

"Hum ... Non. Je la rappellerai plus tard. Là je suis occupé ..."

Isaia l'observa, intrigué. Il avait eu l'air tellement heureux quelques minutes plus tôt, quand il avait gagné à Guitar Hero, et là, subitement, il tirait une tronche de six pieds de long, et il renversait sa bière sur le canapé. Quelque chose clochait.

Si ça n'avait tenu qu'à lui, le blond se serait dit qu'il y avait de l'eau dans le gaz entre Tullio et sa copine - ce qui expliquait qu'il ne veuille pas la rappeler tout de suite. Mais ça, c'était le meilleur scénario possible, donc Isaia doutait que ce soit le bon. Probablement que s'il tirait cette tête, c'est parce qu'il voulait la rappeler mais qu'Isaia l'aurait dérangé pour avoir une conversation tranquille avec sa copine. Ouais, c'était sûrement plutôt ça....

Isaia passa distraitement une main sur son ventre pour y effacer la contraction qui venait de naître tandis que Tullio essuyait son canapé en disant qu'il le nettoierait le lendemain, avant de se rasseoir et de récupérer la manette. Son sourire sonnait faux, et si Isaia n'avait pas décidé de faire des efforts pour lui, il n'aurait probablement rien dit ; mais voilà, il voulait faire des efforts et arrêter d'être cette personne égoïste qu'il avait toujours été : les mots sortirent avec difficulté, mais ils sortirent.

- Tu sais... Je ne veux pas te déranger ou quoi que ce soit... Si t'as envie d'appeler ta copine, je peux revenir un autre soir... Après tout, ça ne risque pas d'être notre seule soirée ensemble. Alors...

Non, bordel, il n'avait pas envie de partir. Il voulait rester ici, avec Tullio, et envoyer au diable cette connasse de petite amie qui se permettait de lui voler son frère. Pourquoi fallait-il que les choses soient si compliquées, à la fin ? Juste quand il parvenait à se faire une place à nouveau dans le coeur de Tullio, voilà qu'on le lui volait. Il se sentait jaloux, tellement jaloux, qu'il avait envie de prendre le portable sur la table et le claquer par terre. Lui, il avait galéré pendant des semaines pour le récupérer, mais il n'arriverait jamais au niveau de cette fille, qui n'avait probablement rien fait de spécial, mais qui partait simplement avec ces fameux avantages que sont une poitrine et un beau visage.

Et quelque part, ça le rendait fou, mais il ne fallait pas que ça se voie. Il fallait faire un effort, pour Tullio. Parce que sinon, la place qu'il avait réussi à atteindre, là, il n'était même pas sûr de la conserver.

- Il suffit juste de me dire, ajouta-t-il d'une voix douce. Après tout, les copines sont toujours les priorités n°1, je connais ça.

Pas personnellement, à vrai dire, parce qu'il n'avait jamais fait d'une de ses copines sa principale priorité, mais quand on prenait en compte l'attitude de tous ses amis qui disparaissaient de la circulation dès qu'ils se mettaient en couple... Tullio devait fonctionner de la même façon. Il n'y avait qu'un mec froid comme lui pour ne pas faire pareil.

Quoi qu'il en soit, l'ambiance s'était quand même subitement refroidie, et lui, il avait cette douleur dans le ventre qui ne partait pas. C'était tellement bête d'être jaloux.
En plus, c'était la première fois que ça lui arrivait...
Il s'en serait bien passé.
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Dim 10 Juin - 7:11

Entre frères, les petites oppositions et jalouseries sont choses communes. Il est normal de passer du temps à s’embêter l’un l’autre, à reporter la faute d’une bêtise sur son ainé ou son cadet. De chahuter un peu l’autre, c’est ce qui crée aussi les liens quand on grandit. De belles relations fraternelles naissent généralement sur ces disputes et ces bagarres, parfois. Mais quand l’un souffre vraiment, quand la peine le prend alors toujours il trouve chez l’autre une oreille compatissante et une épaule rassurante. Malgré ce qu’on voit en surface, le lien est profond, solide et indéfectible. Toutes les insultes n’ont alors plus lieu d’être, elles paraissent complètement obsolètes quand une étreinte vient réunir les deux garnements qui jusque là se faisaient des misères. C’est ainsi que Tullio avait imaginé sa vie auprès du petit Isaia. Et les choses avaient commencées comme prévu, quand le petit blondinet avait commencé à l’enquiquiner. Sauf qu’il n’y avait aucune égalité entre eux, et que les ennuis provenaient toujours du même petit cœur.

Pas de réciprocité, pas de relation. Et surtout, jamais Isaia n’avait consolé son grand frère lorsqu’il était triste par sa faute. Les mots gentils ne lui allaient pas, et si Isaia ne montrait pas ses faiblesses à son ainé, il ne souhaitait pas non plus connaitre celles de Tullio. Si bien que jamais ce dernier n’avait eu l’habitude d’entendre des mots de réconfort de la bouche d’Isaia. Alors, quand il lui répondit avec naturel, Tullio fut bien plus touché que la situation ne l’exigeait. Son sourire revint avec un peu plus d’éclat alors qu’il savourait ce moment. Pourtant, c’était une banalité que venait de dire Isaia. N’importe qui aurait pu lui répondre la même chose. Mais si cela avait été quelqu’un d’autre, Tullio n’aurait pas apprécié. Pas comme ça. Il aurait simplement sourit en façade en remerciant son interlocuteur. Alors que là, il souriait avec beaucoup plus de sincérité en hochant la tête comme pour approuver le geste de son frère.

En parlant de geste ... Isaia jouait au grand frère, tout à coup, en venant passer sa main dans ses cheveux longs et détachés. Tullio fondait totalement devant son visage serein et rassurant. Il aurait tant aimé le découvrir plus tôt, cet air où la compassion et l’affection étaient clairement représentées. Cela ne le dérangeait même pas qu’il ait l’air tout à coup aussi mature, et même plus vieux que lui. Parce que ce n’était pas un geste qui consistait à le rabaisser. Tullio se laissa donc faire, son regard et son esprit s’attardant sur ses jolies lèvres qui remontaient pour lui transmettre ses sentiments, qui manifestement étaient emplis d’une compréhension que Tullio ne lui connaissait pas. Elles avaient l’air douces, et il avait envie de le vérifier. D’y poser les siennes, juste pour voir s’il n’imaginait pas leurs contours attirants et leur rougeur adorable. De les entrouvrir pour mieux les effleurer, de fermer les yeux et de se laisser aller à ...

- Tu ne joues pas la comédie avec moi, hein ? Non, c'est vrai, tu ne peux pas me mentir. Tant mieux...

PUTAIN ! Mais il était vraiment pas bien ! Tullio ne put s’empêcher de détourner rapidement le regard, pour éviter celui de son frère. Isaia tentait d’agir en frère, de le réconforter, de le rassurer et voilà qu’il déconnait grave. Pourquoi est-ce qu’il aurait envie d’embrasser son propre ... Tullio sentait son cœur battre à cent à l’heure, de culpabilité, de haine envers lui-même, de honte. Mais il avait paru si attirant ... Encore plus que d’habitude ... Alors qu’il ne faisait que s’occuper de son grand frère. Tullio déconnait plein pot, là. Il s’en voulait énormément et paru penaud en répondant tout de même. La tête ailleurs, si bien qu’il ne fit pas vraiment attention à ses paroles.

- Je ne joue plus la comédie avec toi depuis des années. Tu es bien le seul, d’ailleurs ...

En renversant sa bière, un instant, Tullio se dit que c’était une bonne chose. Encore perturbé par ce qu’il venait de penser à propos des lèvres d’Isaia, les pensées malsaines continuaient d’affluer. Parce que son canapé était maintenant clairement inutilisable pour la nuit ... Dans la logique des choses, Tullio devrait le dire à Isaia et lui proposer de rentrer avant qu’il ait bu plus de bière que de raison pour conduire. Il pourrait, il devrait même. C’était une certitude. Mais s’il se taisait, il serait trop tard pour prendre le métro, et Isaia aurait trop bu pour prendre le volant. Et ça les amènerait à devoir partager ... Ah ! Cette pensée était vraiment trop tordue, pour le coup ... Et Tullio s’apprêtait à lui dire de rentrer. Vraiment, il s’y était résigné même si l’envie de le voir endormi dans la pièce à côté lui filait des palpitations. Ce n’était pas de sa faute s’il ne lui disait pas, vraiment pas. Mais Isaia parla à sa place, plus vite que lui. Et sa motivation disparut dans l’instant.

- Tu sais... Je ne veux pas te déranger ou quoi que ce soit... Si t'as envie d'appeler ta copine, je peux revenir un autre soir... Après tout, ça ne risque pas d'être notre seule soirée ensemble. Alors... Il suffit juste de me dire. Après tout, les copines sont toujours les priorités n°1, je connais ça.

Tullio eut l’air encore plus triste qu’auparavant. Et un combat se livrait violemment dans son crâne. Sa bonne conscience, qui lui soufflait qu’effectivement Sandra méritait qu’il la rappelle. Il devrait même lui demander de venir pour qu’ils puissent s’expliquer et se réconcilier. C’était dans la logique des choses, et comme Isaia le disait, les copines étaient une priorité dans la bonne société, surtout quand la tension s’installe. Il était primordial que Tullio et Sandra se réconcilie, n’est-ce pas ?

D’un autre côté, ça le peinait un peu d’entendre Isaia lui proposer de partir. Comme s’il ne mettait pas autant de plaisir et de sens que lui dans cette soirée ensemble. Il paraissait totalement sincère et réellement embêté pour lui. Et ça culpabilisait clairement Tullio, qui sentait à demi-mots qu’il aurait dû dire oui. Qu’il devait dire oui. Il se lança donc dans une pitoyable tentative.

- Oui ça serait ... ses lèvres se bloquèrent, incapables de proférer le mensonge jusqu’au bout. C’est en poussant un soupir las que Tullio reprit, sincère cette fois-ci.

- Tu veux vraiment partir ? Parce que moi, je n’en ai pas envie. Je la verrai un autre jour, ce soir je te vois toi et personne d’autre. Petit rictus. Les retrouvailles avec mon frère sont importantes ...

Plus qu’elle. Et ça lui faisait presque peur. De voir qu’il n’aimait pas assez Sandra, et qu’il aimait un peu trop Isaia. Ça aurait dû être le contraire. Normalement, il aurait privilégié la femme qu’il aimait. La conclusion se faisait alors assez simple. Mais il ne voulait pas vraiment l’admettre. Comment faire la part des choses ? Ses pensées n’étaient peut être liées qu’au statut auparavant inaccessible d’Isaia. Il ne voulait pas qu’il parte, comme par réflexe de l’avoir trop souvent vu s’éloigner de lui. Alors que Sandra était disponible, acquise. C’était ça. Peut être ... ou pas. Et Tullio n’arrivait vraiment pas à faire le point dans sa tête. Une seule chose était sûre. Il ne voulait pas qu’Isaia parte, malgré ses pulsions un peu trop étranges pour lui. C’était égoïste, mais là il ne pensait qu’à ce qu’il voulait lui.

- Alors reste, s’il te plait ...

Tullio avait l’impression qu’on l’enterrait vivant. Et finalement, ça aurait peut être été mieux ...
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Lun 11 Juin - 1:23

Isaia n'était pas de nature paranoïaque. Enfin, c'est à dire qu'il ne l'était pas, en temps ordinaire. Sauf que là, bizarrement, avec Tullio, sans qu'il sache pourquoi, tout son potentiel de paranoïa se décuplait.

Le fait que Tullio ne fasse qu'un faible sourire. Le fait que son expression se soit assombrie. Le fait qu'il ait l'air ailleurs. A quoi pouvait-il bien penser, là ? Isaia aurait donné cher pour le savoir.

"Je ne joue plus la comédie avec toi depuis des années. Tu es bien le seul, d’ailleurs ..."

Bon, encore une chose qu'il avait eu désespérément envie de savoir. Sauf que la façon dont Tullio prononça sa phrase le satisfit pas totalement - parce qu'il était paranoïaque. C'était pourtant une phrase importante, non ? Pourquoi il la jetait comme ça, comme si ça ne voulait rien dire ? Il avait l'air complètement distrait...

Peut-être qu'il ne voulait plus continuer cette soirée jeux vidéos, c'était ça ? Merde, elle avait pourtant tellement bien commencé ! Ca avait la soirée parfaite jusqu'il y a peu... Jusqu'à ce que le fantôme de cette conne de petite amie fasse son apparition entre eux. La prochaine fois, Isaia se sentait capable de lui demander de couper son portable avant qu'il n'arrive, histoire qu'ils aient la paix, rien qu'à deux...

Non, impossible. Il savait très bien qu'il ne pouvait pas demander ça. Il se contenterait de subir en paix... Après tout, cette nana pouvait très bien devenir sa belle-sœur un jour - même si, bon dieu, c'était tout ce qu'il redoutait...

Et pourquoi il le redoutait, d'abord ? Tullio aurait une femme, un jour ou un autre... Il ne pourrait pas être son grand-frère-à-lui-rien-qu'à-lui pour l'éternité. En plus, à leurs âges, et vu leur passé, c'était un peu bizarre, comme relation. Sans compter que les pensées d'Isaia ne l'aidaient pas la la rendre moins glauque.

Bon sang... Il se sentait mal à l'aise... Peut-être qu'il était vraiment plus sage de partir, même si c'était pas ce qu'il voulait... Peut-être que c'était préférable... Ne serait-ce que pour réfléchir un peu à cette envie étrange de faire des câlins à son frère qui le prenait quand il levait le regard vers lui.

Non, décidément... Il fallait qu'il parte, là, non ? Juste histoire de prendre un peu de distance... Il avait la tête qui surchauffait un peu, ce soir. Un peu beaucoup.

"Oui ça serait ..."

Sauf que voilà, entendre son frère approuver sa proposition, ça faisait quand même mal au ventre. (Le pauvre en avait vu de belles, ce soir... Il n'avait pas arrêté de se manifester à chaque réaction de Tullio.)

Oui, ça serait bien que tu t'en ailles. Oui, ça serait vraiment cool que tu te casses. Oui, ça serait merveilleux que je ne voie plus ta tronche ce soir. Isaia avait une multitude de phrases qui lui venaient en tête pour compléter le début des paroles de son frère. Bien sûr, il exagérait peut-être un poil, mais sa paranoïa ne s'était jamais faite aussi intense - il avait vraiment l'impression que son frère ne voulait plus le voir, là...

Et ça faisait pas du bien, oh non.

"Tu veux vraiment partir ? Parce que moi, je n’en ai pas envie. Je la verrai un autre jour, ce soir je te vois toi et personne d’autre. Les retrouvailles avec mon frère sont importantes..."

Non, partir, on ne pouvait pas dire qu'il en avait vraiment envie, non...

Tout de même, il ne s'y attendait pas, à celle-là. Pas quand on savait que Tullio lui disait la vérité à chaque parole qui sortait de sa bouche, qu'il le veuille ou non. Alors la vérité, la vraie, c'était que ce soir, même si c'était juste pour une soirée, Isaia était placé plus haut dans ses priorités que sa petite copine. Et ça... c'était quand même pas négligeable.

Même si ça ne voulait pas dire que c'était la bonne chose à faire. D'ailleurs, Isaia se sentait un monstre d'égoïsme en songeant qu'il était heureux de voir que Tullio voulait qu'il reste, que Tullio le choisissait, ce soir, à la place de la fille qu'il aimait. (S'il l'aimait. Ce qui ne coulait pas forcément de source quand on sortait avec une fille, Isaia en savait quelque chose.)

Quoi qu'il en soit, s'il restait, est-ce que la soirée resterait teintée de cette étrange ambiance qui s'était petit à petit étendue sur eux ? Est-ce qu'Isaia continuerait à avoir envie de le serrer contre lui, comme ça venait encore de lui prendre, là, à l'instant, alors que Tullio venait de lui dire qu'il ne voulait pas le voir partir ?

"Alors reste, s’il te plait ..."

Ou là, encore, à l'instant, avec cette tête qu'il faisait... Isaia dut vraiment prendre sur lui pour ne pas faire un geste dans sa direction. Il était certain que s'il avait bougé, les conséquences auraient été désastreuses. Alors il prit le temps de compter jusqu'à 10 dans sa tête, 10 longues secondes pour se calmer (elles n'y réussirent pas vraiment, mais l'important c'était d'y croire) puis répondit le plus calmement qu'il put :

- Bien sûr que je veux rester. Alors, si tu veux que je reste... Évidemment que je reste. Mais je voulais être sûr de ne pas te déranger... Je ne veux pas être une gêne pour toi, Tullio. Si c'est le cas, je préfère m'effacer.

Oh bon sang, est-ce que ça ne sonnait pas un peu trop comme "cette fille est ma rivale, mais si c'est elle que tu aimes, je m'efface devant elle pour toi" ? Merde, ce terme "effacer" avait une connotation beaucoup trop glissante ! Mais le mot était sorti de sa bouche avant qu'il ne puisse le retenir...

Bon sang. Le reste de la soirée s'annonçait bizarre, s'il restait... Peut-être qu'il aurait dû simplement dire quelque chose du genre "tu sais, il se fait tard de toute façon, il est temps que je rentre chez moi. On remet ça à la prochaine ?" - peut-être que c'était la chose la plus avisée qui aurait dû sortir de ses lèvres. Malheureusement, il n'y avait même pas songé. Un rejet, probablement...

Décidément... C'était vraiment une soirée troublante.
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Lun 11 Juin - 13:38

Alors qu’il avait éteint son téléphone et rangé dans sa poche, Tullio savait que Sandra devait essayer de le joindre à nouveau. Elle avait sûrement envoyé un texto où elle lui souhaitait bon courage pour le boulot, avec un petit smiley rigolo. Tout en lui demandant de l’appeler bientôt, avec ces trois petits points qui voulaient tout dire. Ces points qui signifiaient qu’ils étaient en froid. Ces points qui les séparaient plus que n’importe quelle distance géographique. Elle voulait qu’ils parlent, Tullio fuyait toute conversation. Elle aurait aimé passer la soirée avec lui, Tullio ne désirait que rester avec son frère.

Etait-ce si étrange de préférer s’amuser plutôt que de se prendre la tête ? Mais au fond de lui, le jeune sommelier savait que même si lui et Sandra avaient été en bon termes, il aurait décliné son appel. Il ne voulait pas qu’on le sorte de la bulle dans laquelle il se trouvait si bien. Une bulle ou partout se reflétait le visage d’Isaia. Un sourire et un éclat au fond des yeux.

Etait-ce si étrange de vouloir à ce point rester avec un frère qu’on a pas vu depuis des années, et qu’on a jamais pu apprécier ? Tullio repensait à son attitude première quand Isaia était venu au restaurant. Et, même s’il regrettait de lui avoir fait du mal sur le coup, le jeune homme ne regrettait rien. Parce qu’en étant difficile à approcher, il savait qu’il n’avait fait qu’attiser l’envie d’Isaia. L’envie de le connaitre, de le fréquenter, de le reconquérir ... comme le frère qu’il était.

Un moment, Tullio s’était dit que c’est précisément cela qu’il aimait en réalité autant. Sentir en l’autre le besoin de se voir, savoir qu’il était désiré et attendu. Mais Sandra l’avait contredit, puisqu’elle aussi souhaitait le voir souvent et passer du temps avec lui. Or, il s’en fichait, et répondait oui la plupart du temps parce que ça lui semblait normal et qu’il était libre. Mais pour voir Isaia, il aurait fait bien plus. A l’idée de le voir, il était bien plus impatient. C’était ça, la complicité fraternelle que Tullio ne connaissait pas ? Ou alors ...

Ou alors il plaçait Sandra au même rang qu’Isaia. Voir en dessous. C’était la conclusion à laquelle il arrivait peu à peu, doucement, en lisant entre les lignes de son inconscient. Sans doute parce que le frère perdu avait plus d’importance, car avait été désiré pendant de longues années. Mais à force de se raconter des mensonges, Tullio n’y croyait même plus lui-même. Deux solutions. Soit il n’aimait vraiment pas Sandra. C’était encore l’hypothèse qu’il préférait. Mais la belle et douce Sandra avait inévitablement une place privilégiée dans son cœur. Il l’appréciait réellement, et se sentait capable de construire quelque chose si elle lui donnait du temps, beaucoup de temps. Donc il l'aimait beaucoup, et se savait avoir de tendres sentiments pour elle. Peut être pas de l’amour, mais quelque chose de réellement tenace.

Deuxième solution, il aimait Isaia un peu plus que comme un frère. Cette pensée lui traversa l’esprit, alors qu’il rougissait fortement et s’obligeait à ne pas détourner les yeux sous la gêne. C’était totalement absurde. Et pourtant, de nombreux détails lui confirmaient cette hypothèse qu’il rejetait de tout son corps.

- Bien sûr que je veux rester. Alors, si tu veux que je reste... Évidemment que je reste. Mais je voulais être sûr de ne pas te déranger... Je ne veux pas être une gêne pour toi, Tullio. Si c'est le cas, je préfère m'effacer.

S’effacer. Non, non il n’en avait tellement pas envie ... Et au fur et à mesure, Tullio commençait à comprendre qu’Isaia était plus qu’un frère retrouvé pour lui. Mais c’était un homme, son frère. Alors c’était totalement dément de se dire qu’il ... l’aimait bien. Pourtant, alors que Tullio regardait une fois de plus son frère avec attention, ça paraissait évident. Il s’était tant attardé sur ses lèvres, sur la courbe de sa nuque. Ses cheveux blonds qui balayaient des pommettes roses. Des yeux totalement séducteurs, sans parler du reste. S’il était attiré par tout ça, en plus d’apprécier plus que de raison le temps en sa compagnie ...

Le jeune homme se serait bien jeté par la fenêtre si cela avait pu résoudre les choses. Comment allait-il pouvoir vivre avec cette constatation prenante, bien qu’encore très légèrement incertaine, sur la conscience ? Le regarder devenait un vice, et il se sentait plein de honte à chaque fois qu’il posait ses yeux sur lui. Pourtant il ne fallait rien changer, ne rien laisser paraitre. Tullio devait protéger son petit frère de ses pensées malsaines. Il devait se taire et ne jamais l’approcher. Ne jamais y repenser. Et essayer de continuer avec Sandra ... Le préserver du sentiment abject qui était né dans sa poitrine. C’est d’une voix faiblarde qu’il répondit.

- Tu ne me déranges pas, Isaia. Ça me ferait vraiment plaisir que tu restes, je t’assure. Tu n’as pas besoin de ... t’effacer, parce que j’ai envie de finir cette soirée avec toi.

Une autre inquiétude naissait peu à peu au creux de son ventre. Comment faire pour lui cacher ça ? A la première question, il était mort. Parce qu’il devrait le lui dire. Si seulement il n’en avait jamais pris conscience ... Mais jamais Isaia ne lui demanderait quelque chose comme ça, c’était totalement ridicule. Il n’y avait que lui pour penser de la sorte, à ce genre de trucs vraiment pas nets.

Tullio remonta les manches de son t-shirt long, se saisit d’une nouvelle bière pour essayer de s’oublier lui-même, et jeta un coup d’œil aux différents jeux étalés sur la table.

- Bon, il faudra que tu reviennes pour les faire tous ... On en fait un dernier pour la route ? Vu le temps qu’on va y passer, c’est plus raisonnable de se dire un seul, je pense. Sinon on va tomber de fatigue sur mon canapé dégueulasse ...

Malgré son malaise et sa honte, Tullio ne put s’empêcher de faire un grand sourire à celui qui venait de bouleverser beaucoup de choses. Il ne savait pas encore précisément ce qu’il se passait dans son cœur, mais en attendant il voulait juste profiter de la présence d’Isaia. Il n’était pas nécessaire de mettre les choses au clair aussi vite, si ? Autant savourer les battements de son cœur qui s’accéléraient légèrement à la vision de son frère. De celui qui était comme son frère.

Un regard en coin, comme pour guetter un de ses sourires. Tullio se sentait totalement fou, et il savait que si ses craintes se confirmaient, il ne pourrait pas continuer longtemps comme ça. Pour Isaia comme pour lui. Mais en attendant ... Il avait le droit d’oublier et de simplement penser au plaisir d’être avec lui. Et s’il ne l’avait pas, eh bien il le prenait ...
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Mar 12 Juin - 10:47

Isaia scrutait son frère. Parce qu'il y avait des moments où les paroles ne suffisaient pas, et qu'il fallait lire les expressions pour tenter de déchiffrer les pensées sous-jacentes. Alors Isaia ne perdait pas une miette des expressions de Tullio.

Le moins qu'on puisse dire, c'était qu'il devait y avoir matière à réflexion, là-dessous. Isaia se demandait si c'était la possibilité qu'il s'en aille qui donnait à son frère cet air distrait et presque éteint, ou si c'était plutôt le fait de mettre sa copine de côté pour une soirée.

"Tu ne me déranges pas, Isaia. Ça me ferait vraiment plaisir que tu restes, je t’assure. Tu n’as pas besoin de ... t’effacer, parce que j’ai envie de finir cette soirée avec toi."

Bon. Tullio, il était censé lui dire la vérité à chaque fois qu'il lui parlait, pas vrai ? Enfin, c'était ce qu'il avait dit. Après, Isaia n'avait pas entièrement gobé son histoire de "je me souviens plus très bien comment ça s'est passé, mais pôf, un beau jour, j'ai été doté d'une mémoire faramineuse et je suis devenu incapable de te mentir" - mais il le croyait dans les grandes lignes. Parce que cette histoire de mémoire, là, fallait pas être crétin : c'était évident que Tullio en avait à revendre.

De là à ce qu'il s'agisse d'un don brutalement donné un soir comme ça ou bien d'un talent qu'il possédait depuis l'enfant, Isaia n'était sûr de rien. Il n'avait pas non plus tenté d'en sonder les limites - ce qu'il devrait essayer de faire un de ces quatre, ne serait-ce qu'en jouant avec Tullio au Trivial Pursuit. Quoi qu'il en soit, Tullio disait vrai quand il disait qu'il avait une bonne mémoire, alors pourquoi mentirait-il quand il disait qu'il disait la vérité ? (Sans compter que ça aurait été très paradoxal de mentir sur le sujet de la vérité.)

Malgré tout, Isaia n'était pas de ceux qui pensaient qu'il n'y avait qu'une seule vérité. Et si la bouche de Tullio disait ce qu'elle pensait être la vérité, peut-être une partie de son esprit pensait-elle autre chose... Sauf que si on allait par là, après, on partait dans des considérations un peu compliquées.

Enfin, l'important là-dedans c'était que Tullio venait de lui dire de rester. Il n'avait pas envie de harceler son frère jusqu'à ce que l'autre lui dise que finalement, il valait mieux qu'il se barre : si l'autre lui disait de rester, même s'il disait ça sans en être totalement convaincu (et Isaia devait admettre qu'il n'avait vraiment pas l'air convaincu) et bien, il restait.
Il inclina la tête.

- Ok, alors... Je reste.

Il avait vraiment essayé de repousser au loin son égoïsme, en proposant de partir, et c'était déjà un pas en avant, à son avis - quelque chose qu'il n'aurait pas fait quelques mois plus tôt, il en était certain. Mais quand c'était Tullio qui le confortait dedans en lui disant de rester, eh bien, Isaia n'était pas assez fort pour résister.
Après tout, si la personne que son égoïsme était censé embêter ne trouvait pas que c'était de l'égoïsme, et au contraire, le poussait à rester là... il aurait été maso de vouloir continuer à s'en aller malgré tout.

"Bon, il faudra que tu reviennes pour les faire tous ... On en fait un dernier pour la route ? Vu le temps qu’on va y passer, c’est plus raisonnable de se dire un seul, je pense. Sinon on va tomber de fatigue sur mon canapé dégueulasse ..."

Oh - il voulait qu'il revienne... Bien sûr, il ne pourrait pas revenir ici trop souvent, parce qu'il y avait sa copine ; mais le simple fait qu'il lui propose tout de même lui fit très plaisir. Il lui adressa un sourire.

- Vaut mieux qu'il sente la bière que le vomi, ton canapé, dit-il en faisant allusion à la première fois qu'il était venu ici, et qu'il se sentait horriblement mal.

A l'époque, Tullio s'était montré relativement aimable, ce qui l'avait étonné (sans se départir de sa froideur, toutefois). Mais quand il comparait cette soirée-là à celle qu'il vivait actuellement, on pouvait dire qu'il en avait parcouru, du chemin. Oh oui. Le frère distant et glacial était devenu un pas tout à fait frère beaucoup plus chaleureux et amical, dont il était beaucoup plus proche.
Peut-être même un peu trop.

- Mais t'as raison, ajouta-t-il en chassant ses pensées. Encore un petit dernier. En plus, je reprends la route après, je ne peux pas m'éterniser non plus...

En fait, Tullio lui avait dit de rester, mais leur soirée touchait à sa fin, de toute façon. Et il n'aurait pas osé s'imposer pour y dormir, surtout que maintenant, il y avait de la bière sur le canapé. (Pas que ça l'aurait incommodé, cela dit, mais bon.) Il n'avait pas envie de s'incruster dans l'appartement de Tullio pour une nuit. Une soirée, ça allait, mais une nuit... C'était autre chose. Une autre dimension. La dimension des rêves qu'on ne pouvait pas contrôler et des réveils parfois tendus (dans tous les sens du terme).

Tullio n'ayant pas dit un mot à ce propos (quand il disait rester, c'était juste "rester encore un peu", pas vrai?), il s'était donc dit qu'il rentrerait chez lui à la fin de leur soirée. (Ça valait bien la peine d'avoir fait tout ce foin à propos du "je reste je pars", maintenant qu'il y pensait...)

Bon. Aucune importance, ils auraient d'autres soirées ensemble. Dormir ici, c'était trop de danger. Il eut un autre sourire pour son frère et s'empara de la manette, bien décidé à en découdre.
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Mer 13 Juin - 13:02

C’était stupide. Parce que Tullio savait qu’il pouvait voir son frère régulièrement, et à peu près à chaque fois qu’il le lui demanderait, il en était certain. Un simple coup de téléphone, et ils se retrouvaient en terrasse d’un café pour discuter, ou tout simplement pour aller faire une course ensemble. Mais là il avait envie qu’il reste. Ça ne faisait pas grande différence, pourtant. C’était presque insignifiant dans tout ce qu’ils pouvaient faire ensemble, dans tout ce qu’ils feraient ensemble. Mais il ne voulait pas que la soirée s’achève déjà. Surtout qu’avec ses pensées néfastes, il était bien capable de faire encore un rêve étrange. Et ne pas dormir tout de suite, c’était le fuir avec la plus grande maladresse.

Donc oui c’était stupide, n’empêche que Tullio était bien content de l’entendre dire qu’il acceptait de rester, de partager encore un peu de temps avec lui. Sa présence aurait pourtant du le mettre mal à l’aise, à présent qu’il pensait un peu trop à lui d’une manière tendancieuse. Pourtant, Tullio était de ceux que l’amour ne blesse pas souvent. Il avait une vision positive des choses, et là rester en la présence de son frère lui suffisait. Il ne demandait rien de plus car n’aurait jamais rien de plus. Juste être avec lui et savourer son sourire le mettait de bonne humeur. Il préférait largement ça plutôt que de se prendre la tête, être malheureux et devoir s’éloigner de lui. Définitivement, avec son dégoût en prime s’il l’apprenait.

Le jeune homme s’était habitué aux plaisirs simples de la vie, et avait appris à en profiter. Il était plutôt rare qu’il passe vraiment de bons moments avec les gens le côtoyant, et souvent ce n’était que faux semblants. Alors oui, quand il lui arrivait d’être heureux, Tullio l’était à fond. De tout son être, et son sourire revenu sur ses lèvres en était la preuve.

- Vaut mieux qu'il sente la bière que le vomi, ton canapé.

Un petit rire s’échappa de ses lèvres. Oui, dit comme ça c’est sûr que c’était mieux. Mais un battement de cœur plus fort que les autres lui rappela ce que ça impliquait pour eux, ce soir. S’il en avait le courage. Peu avant, ça semblait gênant mais presque naturel. Mais maintenant qu’il avait plus ou moins pris conscience des sentiments qu’il refoulait encore un peu, ça devenait plus compliqué. Tullio avait conscience que sa proposition serait le défi de sa soirée. Un instant, il songea à abandonner. Mais l’envi égoïste se fit plus forte. Même quand il pensait à son pauvre frère qui ne se doutait pas un seul instant de ce qu’il penserait en le voyant étendu près de lui. Le jeune sommelier était convaincu par avance qu’il devrait finir la nuit sur son canapé imbibé de bière, s’il voulait fermer les yeux un peu cette nuit. Encore fallait-il qu’il accepte ... Ce n’était pas gagné, parce que c’était quand même assez louche.

- Mais t'as raison. Encore un petit dernier. En plus, je reprends la route après, je ne peux pas m'éterniser non plus...

- Tu parles comme un ivrogne qui en prend un dernier pour la route ...

Sa réponse était fine, car déclarée sans sous-entendus. De plus, la remarque d’Isaia n’était pas une question, aussi n’était-il pas réellement obligé de lui répondre. Il eut une pulsion dans ce sens, mais la retenir avait été facile. Parce qu’il n’y avait rien à répondre, et que cela pouvait donc attendre un peu. Après tout, Tullio n’avait rien répondu en ce sens, comme un « tu as raison, il se fait tard », ce qui aurait été une sorte de mensonge puisqu’il n’était pas d’accord avec le projet d’Isaia. Bref, c’était compliqué mais Tullio commençait à comprendre ce qui le forçait à parler ou pas.

Il saisissait de mieux en mieux les pièges à éviter, et surtout ce qui ne représentait aucun danger pour lui. Là, il avait bien esquivé. C’est donc en lui rendant son sourire que Tullio lança le jeu, un jeu de course en plusieurs niveaux, où ils se battaient l’un contre l’autre. La lutte fut rude, au fur et à mesure des niveaux. Tullio oubliait totalement le reste, et jusqu’à ses idées déplacées. Plus rien ne comptait que le jeu. Entre deux niveaux, le jeune homme se désaltérait volontiers avec une bière de plus, puis deux, forçant Isaia à le suivre au moins un peu. C’est que tenter de le battre était nettement plus difficile qu'auparavant, et Tullio transpirait à grosses gouttes sur la fin. L’alcool et l’énergie qu’il dépensait faisaient couler sur son front sa transpiration. Ses cheveux lui collaient sur le front, et il était totalement pris par le jeu.

Jusqu’à ce qu’Isaia ne le dépasse sur la dernière course, et qu’il se prenne un obstacle, le reléguant à la cinquième place. L’écart entre eux était serré et c’est cet échec qui précipita la chute définitive de Tullio. Il se passa une main dans les cheveux, tout fier mais éreinté de tant de concentration.

- Bien joué de ta part, mais je prendrai ma revanche un autre jour ...

Tullio se leva pour aller se pencher en avant au-dessus de sa télé et éteindre la dernière console utilisée. Ils n’avaient pas fait tout ce qu’il aurait aimé faire, tant pis. Il était déjà bien tard, et Tullio ne voulait pas non plus le tuer aux jeux vidéos, même si lui-même avait envie de tout faire. S’affalant sur le canapé, Tullio fit mine de jeter un coup d’œil à sa montre.

- Merde il est déjà bien tard. En plus t’as picolé, saoulard !

Il rigola doucement. Puis haussa les épaules et commença à débarrasser un peu pour se donner une contenance et vider son salon. Tullio rangea aussi les jeux, avant d’aller mettre les cadavres de bière à la poubelle.

- Ce serait pas raisonnable de rentrer dans cet état. T’as qu’à dormir ici ... dit-il en faisant mine de réfléchir. Ah merde le canapé est HS. Bon, ben on est frères après tout alors c’est pas si grave si on partage mon lit juste ce soir.

Tullio venait de faire tous les efforts du monde pour essayer d’avoir l’air décontracté, naturel et totalement loin de considérations étranges. Tout était normal, tout allait bien ... Le jeune homme afficha un sourire innocent pour son frère. Alors qu’il était en train de prier pour qu’il accepte, pour qu’il ne le fuie pas. Allez, ça n’avait rien de bizarre à l’origine. Seules les intentions de Tullio l’étaient, et ça Isaia n’était pas forcé de le savoir. Après tout, son frère avait un visage d’ange et tant qu’il ne lui demandait pas quelque chose, Tullio pouvait parfaitement faire illusion. Il avait joué des rôles toute sa vie alors un peu plus ou un peu moins, franchement, il n’était plus à ça près.
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Dim 17 Juin - 3:07

Maintenant, la soirée s'approchait petit à petit de sa fin ; et rétrospectivement, maintenant qu'il y pensait, il avait beau l'avoir imaginée des dizaines de fois dans sa tête, cette soirée jeux vidéos, dans la réalité, elle était très différente de ses prévisions.

Ce qui ne voulait pas dire que c'était nul, loin de là - c'était juste différent. Et la faute n'en revenait certainement pas à Tullio ; c'était lui, c'était de sa faute à lui, qui, depuis qu'il était arrivé, ou presque, entretenait des pensées tordues vis-à-vis de son frère. C'était lui qui pensait à de drôles de choses, qui se sentait embarrassé à chaque geste de Tullio, chaque fois que son frère l'effleurait, c'était lui qui se mettait à faire la gueule quand la copine appelait, c'était de sa faute.

Décidément, c'était sans espoir. Il ne serait jamais capable d'être un frère idéal pour Tullio. Il avait cru que ce serait possible, un moment, quand il avait commencé à bien s'entendre avec lui, quand ils avaient commencé à discuter sur des sujets qui n'étaient pas dangereux, quand ils avaient découverts qu'ils n'étaient pas si éloignés que ça dans leurs points de vue et qu'ils étaient capable d'avoir des discussions civilisées - et même plus, intéressantes - ensemble. Quand ils s'étaient rendus compte qu'ils s'appréciaient. Isaia, à ce moment-là, s'était dit qu'ils parviendraient peut-être à construire quelque chose de beau, tous les deux, une belle relation fraternelle, basée sur la confiance et l'amour.

Oh, de la confiance, il n'en manquait pas. De l'amour non plus - Isaia aimait sincèrement Tullio, son unique grand frère, son modèle. S'il ne s'était agi que de ça, ça aurait pu avoir des chances de fonctionner, mais à l'époque, Isaia n'avait pas pu imaginer le fait que ses hormones, ces traîtresses, sonneraient le branle-bas de combat au premier câlin de son frère. C'était pitoyable.

Il fallait espérer que c'était juste un égarement passager, et que lorsqu'il le reverrait la prochaine fois, il n'y paraîtrait plus. Ou alors, qu'il ait quelqu'un d'autre sur qui se concentrer - et ça lui parut une assez bonne solution. Si le manque de filles le provoquait dans un tel état de frustration, il fallait y remédier très vite - et Isaia n'était pas le genre de garçon qui les faisait fuir, en général. Il aurait une copine avant longtemps - et surtout, avant de revoir son frère. Voilà, c'était décidé.

"Tu parles comme un ivrogne qui en prend un dernier pour la route..."

Ils n'avaient pas tant bu que ça, en fait. Enfin, ils avaient bu pas mal, certes, mais pas au point d'empêcher Isaia de conduire. Pas comme la fois où il avait échoué ici, la première fois, et que c'était un Tullio torse-nu qui lui avait ouvert la porte. Et malgré son état d'hébétude à l'époque, les détails étaient encore bien vivants dans sa mémoire. Malheureusement.

Chasser ces pensées. Vite.

- L'alcool, c'était la fois dernière. Ce soir, je me saoule de mon frère, plaisanta-t-il.

Ce fut au moment où il referma la bouche qu'il se rendit compte de la bombe qui venait de dépasser ses lèvres. Oh, bon dieu ! Comment c'était possible qu'il ait lancé quelque chose comme ça sans réfléchir ? Comme si ce n'était pas suffisant d'avoir toutes ces pensées perverses qui rôdaient dans sa tête ! Est-ce que ce n'était pas gravement révélateur ? Qu'est-ce que Tullio allait en penser ?

- ... Et de ses jeux-vidéos, ajouta-t-il rapidement, pour tenter de faire bonne mesure.

Mais c'était déjà probablement trop tard. Tullio devait se dire "mais c'est qui ce type, il me sort des choses vraiment embarrassantes, là", il commencerait à être mal à l'aise en sa compagnie (au moins autant qu'Isaia l'était en ce moment) et ça serait le début de la fin. Le rideau se fermerait sur une jolie relation fraternelle de quelques mois. Assez peu, en somme.

Aaah, bon sang, il avait tout gâché, une fois encore...

Alors qu'il fixait le plancher avec un intérêt certain, n'osant pas lever les yeux vers Tullio, son frère lui proposa de continuer aux jeux vidéos. Probablement la meilleure idée qu'il ait jamais eu : Isaia se jeta dessus avec un soulagement très perceptible. Les jeux-vidéos. Rien de tel qu'une bonne bagarre ou une course de voitures pour oublier qu'on avait envie de bécoter les jolies lèvres roses de son frangin.

Sauf que quand ça mettait Tullio dans un état d'excitation palpable, qu'il enchaînait bières après bières (et qu'il poussait Isaia à faire pareil), et que ça lui collait les cheveux au front, c'était loin de constituer un progrès, en fait. En lui jetant un regard, Isaia sentit son estomac se contracter dans son ventre. Il était beau. Il était vraiment beau, et le blond eut un instant l'impression qu'il ne serait pas capable de détacher son regard de lui.

Bordel, c'était la bière. C'était forcément la bière ! Mais Tullio, bourré ou pas, on ne pouvait que le trouver beau. Ses joues rouges, ses yeux brillants. La transpiration qui brillait à la naissance de ses cheveux. Isaia avait envie de le voir en plein effort, à nouveau - le genre d'effort qu'il ne parvint pas à censurer avant que la scène ne s'imprime pleinement dans son cerveau. Idéal pour parvenir à vous dégoûter de vous-même.

Bordel, il était un pervers...

Non ! tenta-t-il de se convaincre. C'était juste qu'il était très - voire énormément - en manque. Rien d'autre. Il ne venait pas du tout de les imaginer en train de le faire. Pas du tout. Parce que s'il admettait avoir eu cette image en tête, ça posait deux problèmes : il avait des pensées malsaines envers son frère - et son frère était un garçon.

En soi, ça simplifiait les choses : comme Isaia n'était pas particulièrement gay (bon sang, un homme à femmes comme lui!), il n'y avait aucune raison que ça dure. C'était juste l'alcool et le fait qu'il soit heureux de passer la soirée avec son frangin. C'est tout. Il fallait juste ne pas y prêter attention.

"Bien joué de ta part, mais je prendrai ma revanche un autre jour..."

Isaia n'écouta pas un mot de ce qu'il disait. En dépit de ses belles résolutions, il venait de voir Tullio passer la main dans ses cheveux, et il était fasciné. Un instant, il eut envie de lever la main lui-même et de l'enfouir dans sa toison brune, de caresser ses beaux cheveux, de plonger le nez dedans et de se saouler de leur odeur jusqu'à la fin des temps - l'envie fut si forte qu'elle faisait physiquement mal, une douleur dans le ventre qui lui sembla intolérable. Il fallut qu'il baisse les yeux à nouveau vers le plancher (un sacré compagnon, celui-là !) pour parvenir à détacher ses pensées de son frère, à grand peine.

"Merde il est déjà bien tard. En plus t’as picolé, saoulard !"

- C'est toi qui m'as forcé, corniaud, répliqua-t-il avec un faible sourire qui ne parvint pas à atteindre ses yeux.

Le plus terrible, dans tout ça (en dehors du fait d'être sexuellement attiré par son frangin... ce qui était déjà pas mal), c'était que Tullio n'en était aucunement conscient. Enfin, non - le fait qu'il en soit inconscient, c'était une bonne chose. Mais Isaia se faisait l'effet d'un monstre, un pédophile qui attendait dans la rue le passage d'un enfant innocent. Tullio avait vraiment l'air innocent - Isaia était certain qu'il n'aurait jamais pu ne serait-ce que concevoir tout ce qui lui était passé par la tête ce soir...

"Ce serait pas raisonnable de rentrer dans cet état. T’as qu’à dormir ici... Ah merde le canapé est HS. Bon, ben on est frères après tout alors c’est pas si grave si on partage mon lit juste ce soir."

Voilà. Parce que s'il en était conscient, il n'aurait jamais pu sortir quelque chose comme ça, pas vrai ? Il n'y avait qu'un type innocent pour sortir une proposition pareille. Pour lui, dormir avec Isaia, c'était pareil que de dormir avec un encombrant polochon - Isaia, lui, sentit ses cheveux se dresser sur sa tête à la proposition, et une goutte de sueur roula le long de son dos.

Dormir avec Tullio ? Passer la nuit avec Tullio ? Non. Plutôt mourir. Pas quand il était dans cet état. Pas ce soir, pas maintenant... C'était juste pas possible. Déjà en temps normal, il aurait trouvé ça embarrassant... là, c'était du suicide.

Il fallut qu'il mobilise toute son énergie pour se sortir du choc que la phrase avait causée chez lui - il avait probablement pâli, de ça il en était sûr - et répondit d'une voix un peu trop troublée :

- Euh... t'embête pas, je peux dormir sur le canapé. C'est pas grave s'il sent la bière, y'a pire comme odeur, ça me fera me sentir chez moi...

Bordel. Est-ce qu'il était assez convainquant ? Il le fallait, parce qu'il n'était pas question qu'il passe la nuit dans le même lit que Tullio - pas s'il voulait avoir une chance de sauvegarder leur relation. Lui et Tullio dans le même lit ? Soit il ne réussirait pas à fermer l’œil, le dos tourné à son frère et l'oreille qui lui faisait mal à force de ne pas se retourner (la situation la plus probable), soit il parviendrait à s'endormir et il se réveillerait le lendemain sous le regard furieux d'un Tullio qu'il aurait agressé sexuellement pendant son sommeil.

Le problème, c'était que Tullio n'était pas n'importe qui. C'était Tullio : le seul type sur terre qui était capable d'influencer Isaia. Le seul qui aurait pu lui dire "tu veux bien te jeter pour moi du haut de cette falaise ?", un ordre qu'Isaia aurait exécuté sans broncher. (Bon, peut-être en bronchant un peu... Mais il l'aurait exécuté.) Si Tullio lui disait encore "tu dors avec moi ?" avec son regard de cocker et ses oreilles tombantes, non seulement Isaia était certain de ne pas pouvoir résister, mais en plus, il n'était pas sûr de pouvoir réussir à ne pas le violer. Alors il fallait prier, il fallait prier très fort pour qu'il soit convainquant.

Parce que Tullio et lui dans le même lit... C'était une situation beaucoup trop périlleuse.
Il fallait que son frère abandonne l'idée...
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Dim 17 Juin - 17:23

Si seulement on lui avait dit, à Tullio. Si on l’avait prévenu que les choses prendraient cette direction, sans doute aurait-il farouchement continué de repousser Isaia, le premier soir de leurs retrouvailles. Au restaurant, il serait resté froid, totalement inerte face à toutes les promesses qui avaient finalement eu raison de lui. Il n’aurait jamais écouté son frère lui demandant de revenir dans sa vie, mais l’aurait renvoyé avec encore plus de violence. Histoire qu’Isaia le déteste et soit persuadé de ne plus rien pouvoir faire avec lui. Qu’il ne l’approche plus jamais. Parce qu’il n’y avait qu’à cet instant précis que les choses auraient pu changer.

Si seulement Tullio n’avait pas voulu lui donner une ultime chance. S’il l’avait laissé aussi, plus tard, le décevoir et refuser de le revoir. La nouvelle de leur lien de parenté plus que superficiel avait failli les séparer. Tullio savait qu’à cet instant, il aurait pu tout régler. S’il avait laissé partir Isaia, et donc s’il avait été capable de garder ses sentiments pour lui histoire de ne pas lui dire à quel point il avait envie de continuer un bout de chemin avec lui. A cet instant, tout était encore possible même si plus difficiles pour eux deux. Mais c’était encore faisable, de se séparer tout en enlevant à Isaia toute envie de revenir vers lui. Tullio aurait pu dire certaines choses qui auraient brisées définitivement leur relation, s’il avait pu lui mentir effrontément.

Et actuellement, Tullio ne serait pas en train de se demander s’il n’était pas plutôt amoureux de son frère que de sa jolie petite amie, toute récente, toute offerte à lui. Un questionnement légitime, et qui plus est d’un sérieux qui le troublait plus profondément encore qu’il ne voulait bien l’admettre. En essayant de rester détaché envers lui-même et les émotions qui le traversaient, Tullio jouait avec le feu et risquait à tout moment de craquer, de se laisser aller. C’était le prix à payer pour sa spontanéité et son allure décontractée, destinée à tromper Isaia sur ses réflexions profondes. Car si son frère repérait que quelque chose n’allait pas, il le questionnerait. Et ce serait la catastrophe, alors le plus important était d’avoir l’air bien. En ça, Tullio était plutôt bon puisque plus qu’habitué à rouler tout le monde dans la farine. Heureusement pour lui, sa règle de ne pas mentir à Isaia ne s’appliquait pas aux attitudes corporelles ...

- L'alcool, c'était la fois dernière. Ce soir, je me saoule de mon frère ... Et de ses jeux-vidéos.

Lorsqu’il entendit cette phrase, Tullio n’y vit d’abord que les mots, sans remarquer l’attitude de son frère. Et en premier lieu, le jeune homme y vit une connotation très négative. Il était saoulé de son frère ? En somme il en avait marre, il avait passé une mauvaise soirée, était déçu et préférait rentrer après avoir bu pour au moins tenter de s’amuser ? Mais la phrase dans son ensemble reprit du sens une fois qu’il se la repassa dans son cerveau qui carburait à deux cent à l’heure.

Il se saoulait de son frère, ce qui n’était pas pareil. Comme si la présence de Tullio pouvait griser Isaia, lui faire tourner la tête, le mettre dans son tous ses états ... Non, définitivement le jeune sommelier ne pouvait pas croire ces affabulations tout droit sorties de ce qu’aurait aimé la partie inconsciente de son cerveau qui pensait aller un peu trop loin dans ses pensées envers Isaia. Non, son frère voulait sans doute dire qu’il profitait de sa présence en tant que frangin retrouvé. Qu’il appréciait de le revoir et de partager une soirée avec lui, comme ils auraient dû en faire plus souvent en étant jeunes. C’était sûrement ça, et la place n’était même pas laissée au doute tant il refusait de se faire de fausses joies. Tullio n’avait pas le droit de se faire autant d’idées et de prendre ce qu’il entendait comme cela l’arrangeait. Il en avait conscience. Mais se dire, juste un instant, qu’Isaia appréciait plus que prévu sa présence ... C’était agréable.

Puis Tullio remarqua son attitude gênée, ses yeux fixés par terre. Juste avant qu’il ne lui re-propose de jouer, ce qui lui changea immédiatement les idées et l’empêcha d’y réfléchir plus avant. Que signifiait cette gêne soudaine ? Il ne le saurait sans doute jamais. Et il aurait bien aimé lui répondre quelque chose sur un ton détaché, mais l’occasion était partie en même temps que le temps qu’il avait mis pour réfléchir à l’interprétation erronée qu’il aimerait faire de la réponse de son frère.

Après leur ultime partie, Tullio se sentait collant dans son t-shirt à manches courtes et avait tout de même hâte de filer se couler dans ses draps, sous sa couette confortable. Qu’il aimerait partager avec Isaia. Même si se l’avouer était déjà bien trop pervers à son jugement. Mais l’envie battait la culpabilité, pour l’instant. D’autant plus qu’il s’était promis de ne rien lui faire, de ne surtout pas le toucher. Il voulait simplement le garder un peu plus longtemps à ses côtés, et profiter de sa respiration calme et de son visage détendu. Juste une fois, une fois pour avoir cette image gravée sur la rétine et pouvoir la savourer toutes ces prochaines années où Tullio devrait, chaque jour, réprimer ce qui le poussait tellement à enlacer son petit frère.

- C'est toi qui m'as forcé, corniaud.

Tullio remarqua tout de même le manque d’entrain de son frère, et une boule au ventre commençait à le faire stresser un peu trop. Il se sentait mal en sa compagnie, quelque chose n’allait pas ? Tullio n’osa pas lui poser la question, malgré tout. Sachant très bien à quel point ce genre de demandes peut être déplacé. S’il avait envie de lui parler, eh bien Isaia savait qu’il était prêt à l’écouter. Tullio se contenta donc de rigoler doucement sous l’insulte gentille, témoignage sans doute probant que son frère n’était pas fâché contre lui pour une raison obscure.

- Tout va être de ma faute, hein ? Allez, accable moi de reproche je suis plus à ça près !

Puis vint le moment tant redouté. Là, Tullio était on ne peut plus concentré sur les réactions de son frère. Il ne voulait strictement rien manquer, pour comprendre un peu mieux ce qu’il se passait. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Isaia était tout blanc soudainement. Il n’était pas vraiment bronzé de nature, mais là il paraissait clairement livide. Ce qui fit presque regretter à Tullio sa proposition. Cela le répugnait à ce point ? Il ne l’estimait pas assez ? Ou alors, peut être que cela le mettait trop mal à l’aise. Tullio aussi aurait du l’être, mais ne s’en rendait pas vraiment compte tant que rien n’était sûr. Parce que lui-même n’aimait pas vraiment ce genre de pratique, et se refusait encore à inviter sa copine à dormir avec lui. Et clamer haut et fort que c’était une pratique courante entre frères n’allégeait pas vraiment son sentiment de honte. Mais qui, comme la culpabilité, ne pesait pas assez lourd dans la balance contre l’envie.

- Euh... t'embête pas, je peux dormir sur le canapé. C'est pas grave s'il sent la bière, y'a pire comme odeur, ça me fera me sentir chez moi...

Isaia avait l’air réellement mal à l’aise, et un instant Tullio se dit qu’il pourrait lui éviter cela. Mais il n’en avait pas envie, tellement pas ... Pour une fois, il voulait être égoïste et ne pas laisser le choix à son frère. Au pire, il lui en voudrait. Mais Tullio aurait toute la vie pour rattraper cela, alors que dormir avec lui, c’était ce soir ou jamais. Alors il se décida à le convaincre. Sans trop savoir comment, mais tant pis. De plus, rien ne serait surjoué puisque Tullio serait réellement triste qu’il lui refuse vraiment, catégoriquement.

Tullio fit une petite moue attristée, presque déçue. De celui qui se faisait une joie de dormir avec son petit frère, comme un frangin normal et totalement innocent. Ce qu’il avait un peu honte de vouloir faire croire. Ses yeux fixaient Isaia avec insistance et un brin d’espoir, tandis qu’il reposait tristement sa manette sur la table en passant à nouveau sa main dans les cheveux.

- Je refuse de laisser dormir un invité là-dessus. Allez, c’est juste pour cette nuit ... C’est la faute au canapé. Mais ça ne me dérange pas tu sais ... Au contraire, ça termine bien les soirées entre frères qu’on a négligées tout ce temps.

Excuse de merde oui oui, il assumait. Mais rien n’était faux. Ils rattrapaient en effet le temps perdu, dans la théorie, même si Tullio ne voyait pas les choses comme ça. Et ça ne le dérangeait pas au strict sens du terme ... Le jeune sommelier lui sourit doucement, toujours un peu hésitant en espérant sa réponse ... Mais Tullio se leva finalement, attrapa le poignet de son frère et l’entraina de force dans sa chambre. Le lit était spacieux mais pas non plus immense, fait au carré et dans des tons chauds. La décoration sobre mais Tullio s’y sentait bien.

- Tu veux un t-shirt de rechange pour la nuit ? Fais comme chez toi, sinon ...

Le jeune homme alla vers son armoire et sortit deux t-shirts assez larges qu’il utilise pour la nuit. Machinalement, Tullio enleva celui qu’il portait actuellement sur les épaules, le jetant dans un coin de la chambre. Il avait transpiré, mais prendre une douche ce soir lui paraissait impensable, sous peine de voir Isaia filer sans rien lui dire. Il sentirait juste un peu plus fort qu’à l’ordinaire, tant pis. Il enfila rapidement son haut pour la nuit. Conscient qu’il venait de faire ce manège dans le but de le séduire, sans toutefois en rajouter pour ne pas paraître ridicule. Ce qui était ridicule en soi, mais bon il voulait aussi l’embêter un peu, si jamais ça le troublait. Ce qui n’était pas sûr ...

Puis il enleva son pantalon, pour se retrouver en caleçon que son t-shirt cachait un peu, laissant juste apparaitre le bas de son sous-vêtement. Tullio avait hâte de voir ce qu’Isaia allait faire, alors qu’il s’asseyait sur son lit et tirait la couette pour pouvoir s’y glisser dans un futur proche. En attendant, il fallait qu’il paraisse naturel. Se concentrer pour continuer à parfaitement jouer son rôle de frère décontracté et qui trouve tout cela normal. Et pour ça, rien de mieux qu’une petite phrase par-ci par-là.

- Normalement, je ne ronfle pas mais si ça me prend tu as le droit de me réveiller.

Il ne lui avait pas laissé le choix, hein. Tullio se sentait misérable, coupable, honteux, pervers ... Mais c’est un sourire qui prédominait le tout, au moins ce soir. Il aurait le temps de s’en vouloir demain.
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Lun 18 Juin - 11:21

Il y avait quelque chose qu'Isaia ignorait à propos de son frère.

Non, en fait, à vrai dire, il y avait des milliards de choses qu'Isaia ignorait à propos de son frère, des choses qu'il ne demandait qu'à connaître, petit à petit, en accumulant les soirées avec lui - mais cette chose, qu'il ignorait avant de poser les pieds dans cet appartement, elle commençait petit à petit à lui sauter aux yeux : Tullio était un type obstiné.

Isaia, en arrivant ici, avait naïvement cru que même sans faire d'effort particulier, il aurait été capable d'influencer Tullio ; la séduction était ancrée dans ses gestes, depuis le temps qu'il en jouait, et personne n'avait jamais réussi à y échapper. Personne, à part son obstiné de frère, apparemment - qui se moquait bien de ce qu'Isaia pouvait ressentir, et qui le voulait visiblement absolument dans son lit ce soir... sans connotation.

"Je refuse de laisser dormir un invité là-dessus. Allez, c’est juste pour cette nuit ... C’est la faute au canapé. Mais ça ne me dérange pas tu sais ... Au contraire, ça termine bien les soirées entre frères qu’on a négligées tout ce temps."

Isaia, silencieux, l'observa avec attention. S'il y avait une chose que le blond n'aimait pas, c'était de voir son espace vital envahi par quelqu'un - à moins que le quelqu'un en question ait gagné ce droit en couchant avec lui, évidemment, mais en temps normal, il n'aimait pas se trouver trop proche de quelqu'un.

Il ne tenait pas particulièrement à voir Tullio trop proche de lui, non plus, même si c'était pour des raisons totalement différentes. Quoi qu'il en soit, s'il n'avait pas eu ces pensées qui lui tournaient autour comme des mouches qui volent au dessus d'un tas de merde, Tullio aurait fait partie des gens qu'il n'aurait pas admis trop près ; frère ou pas, ça ne changeait rien. On ne se tenait près d'Isaia que quand on couchait avec lui. Et Tullio, il ne couchait pas avec lui. Oh, non.

Jusqu'à présent, il avait toujours cru que c'était pareil pour tout le monde, que personne n'aimait voir son espace personnel envahi jusque dans un lit : mais Tullio semblait n'y voir aucun embarras, aucune gêne - on aurait dit que c'était parfaitement normal pour lui. Comme deux enfants qui dorment dans le même lit, simplement. En toute innocence. Mais, même enfant, même innocent, Isaia détestait déjà dormir dans le même lit que quelqu'un.
Alors devenu adulte et pervers, dormir dans le même lit que son frère ? C'était un peu too much pour lui.

Sauf que voilà. Tullio était obstiné. Et il lui faisait pile ce regard auquel Isaia était infoutu de résister, il passait sa main dans ses cheveux, il faisait des mimiques - bordel, est-ce qu'il était seulement conscient qu'il était en mode totale séduction, là ?? Ça ne se faisait pas, entre frères ! C'était de la triche ! Et Isaia était incapable d'y résister, c'était bien le plus malheureux. Il se força à sourire.

- Qu'est-ce que tu veux dire, "terminer la soirée" ? Tu nous imagines en train de papoter et de glousser comme des gonzesses jusqu'à trois heures du matin, à nous raconter des histoires dans le noir ?

A la limite, s'il ne s'agissait que de ça, il aurait pu supporter. Si Tullio lui parlait, s'il le distrayait... Ce dont il avait peur, c'était du silence, du son de sa respiration, du mouvement de son corps qui bougerait à chaque respiration... et le pire du pire : la déglutition. Même s'il détestait dormir avec des gens, Isaia tout de même était obligé de s'y plier, parfois ; et le plus terrible, c'était de rester éveillé, de son côté du lit, beaucoup trop conscient de la présence d'un corps étrangers sous les mêmes draps, et d'entendre son voisin déglutir, ce qui indiquait qu'il était incapable de dormir aussi - puis c'était au tour d'Isaia, puis de l'autre, jusqu'à ce que l'un des deux finisse par s'endormir, ou que le jour se lève, quelques heures après. Le lendemain, on se levait avec des cernes terribles, et quand l'un dormait "bien dormi ?" l'autre mentait effrontément en répondant "ouais ouais, impec !". La déglutition. S'il avait été incapable de déglutir, Isaia n'aurait peut-être pas eu aussi peur de dormir avec Tullio. Au simple son de sa déglutition, Tullio connaîtrait tout de ses pensées. Il n'y avait rien de plus révélateur - et il ne voulait pas qu'il sache.

Mais voilà ; Tullio venait de le prendre par le poignet pour l'entraîner dans sa chambre, et Isaia sentit son coeur s'arrêter de battre dans la poitrine, parce que c'était une chose de dire à son frère de rester dormir ici, mais de l'emmener de force dans une chambre en le tenant par le bras, pour l'empêcher de s'enfuir, pour ne pas lui laisser de choix, et fermer la porte derrière lui... ça devenait beaucoup plus sérieux, d'un coup. Isaia posa son regard sur le lit qui l'avait déjà accueilli une fois - il se rappelait comme il était confortable, et comme l'oreiller sentait bon, mais cette fois, il aurait tout donné pour sortir de la pièce.

Impossible. Tullio l'enchaînait à lui. Son frère s'était mis en tête de sortir des tee-shirt du placard et de lui donner, en guise de pyjama.

"Tu veux un t-shirt de rechange pour la nuit ? Fais comme chez toi, sinon ..."

Oh non, il ne ferait pas comme chez lui. Parce que chez lui, il dormait en caleçon, en simple caleçon, et il était hors de question qu'une si fine couche de tissu et quelques centimètres seulement séparent son bas ventre du corps de Tullio. Oh, gosh.

Et Tullio, qui ne se doutait de rien ! Parce qu'il ne se doutait de rien, n'est-ce pas ? Autrement, il n'aurait pas commencé à se désaper si tranquillement. Le tee-shirt y passa en premier, avant d'être remplacé par celui sorti du placard, puis le pantalon glissa à terre, avec un froissement de tissu, et Isaia, il aurait voulu détacher le regard, bordel, mais c'était comme de le regarder se passer la main dans les cheveux : le spectacle le fascinait. Le corps le fascinait. Depuis quand il était fasciné par des corps de mecs, bon sang ?? Il se força à détourner le regard, dégoûté de lui-même, mais c'était déjà trop tard, il avait vu tout ce qu'il y avait à voir - son frère se glissait déjà sous les couettes.

"Normalement, je ne ronfle pas mais si ça me prend tu as le droit de me réveiller."

Il avait l'air tellement calme, bon sang... Tellement innocent. Isaia, lui, n'avait pas bougé de l'endroit où Tullio l'avait lâché, toujours le tee-shirt offert par son frère à la main, et il le contempla un moment alors que l'autre s'était glissé sous les couettes - ça n'allait PAS être possible, non. Se déshabiller sous le regard de son frère ? Oh, non. Impossible.

Fais comme chez toi, il avait dit ? Bon. Il allait le prendre au mot. Parce qu'il y avait quelques mesures d'urgence qui s'imposaient, là.

- Je vais prendre une douche, si ça t'embête pas. Je pue comme une vieille sorcière.

Comme il ne doutait pas que son frère accepterait, il fit demi-tour et quitta la chambre sans ajouter un mot - c'était déjà tellement perceptible au son de sa voix qu'il n'était pas dans son état normal, il ne voulait pas qu'en plus son frère le lise sur son visage.

La douche. Fermer la porte à clé, on ne sait jamais - même si c'était lui le pervers, dans l'histoire. Tenter de se noyer sous l'eau - ne pas réussir. Alors, soulager sa frustration autrement, au grand dam du mur de douche qui n'avait rien demandé.

Lorsqu'Isaia sortit de l'eau, il sentait bon et il était propre comme un sou neuf, mais jamais de sa vie il ne s'était senti aussi sale. Jamais il n'avait eu aussi honte de lui, une honte à lui donner envie de se claquer la tête contre les murs et de badigeonner les miroirs avec son sang. Méprisable. Un pauvre type. Un salaud.

Et puis, c'était la faute de Tullio, bordel ! C'était lui qui l'avait forcé à dormir avec lui ! Il prenait juste ses précautions pour éviter de se retrouver avec un chapiteau sous le caleçon tout contre son frère, ce qui serait la pire des situations, encore plus affreuse que celle où il se tripotait sous la douche.
Reporter la faute sur son frère ne l'aidait pas vraiment à se sentir mieux, cela dit - enfin, au moins, il n'aurait pas à se déshabiller devant lui.

Il emprunta une serviette à Tullio pour se sécher le corps et les cheveux, enfila son caleçon et le tee-shirt propre que son frère lui avait passé, et emprunta rapidement un peigne pour ne plus avoir l'air d'un sauvageon blond. Pour avoir l'air acceptable.... Séduisant. Même s'il doutait que Tullio soit du genre à se laisser séduire par son petit frère - il n'était pas cinglé, lui ! - mais bon, ça ne l'empêchait pas d'avoir envie d'être beau, brusquement. Tullio voulait l'aguicher en se désapant devant lui ? Eh bien, il lui rendrait la monnaie de sa pièce.

Il plia ses vêtements, les laissa dans un coin de la salle de bain, et retourna à la place, plongée dans une pénombre beaucoup trop romantique pour son bien. Lorsqu'il referma la porte derrière, il n'avait jamais été aussi embarrassé, avec son tee-shirt un peu trop grand, qui lui cachait à peine les fesses, et qui montrait tout de ses jambes.

Il fallut se faire violence pour franchir les quelques mètres qui le séparaient du lit. Finalement, il se glissa dedans, lentement, en marmonnant :

- Désolé, j'ai les cheveux mouillés. J'espère que ça t'embête pas si je mouille ton oreiller...

Il avait emprunté le shampooing de Tullio. Il sentait bon, son shampooing. Moins que quand Isaia le sentait directement depuis la chevelure de son frère, mais il sentait bon. En silence, il se coucha à côté de Tullio, en lui tournant aussitôt le dos, et songea qu'il risquait certainement de passer les prochaines heures à contempler le mur de l'autre côté jusqu'au lever du soleil...

Dieu veuille que ce soit tout ce qu'il fasse cette nuit.
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Lun 18 Juin - 16:29

Du fait de son tempérament, Tullio n’avait eu de véritables amis durant ses années d’études, c’est un fait que l’on a déjà évoqué. Mais ce qu’il faut savoir encore, c’est que cela lui avait manqué davantage que prévu. A l’époque, Tullio s’était fait une raison en se disant qu’il ne méritait que cela et que cela irait mieux avec de nouveaux visages, qui ne le connaitraient pas. Il pourrait alors faire semblant et se conformer à la société qui ne voulait pas vraiment de son don et de son mauvais caractère naturel, une fois qu’on apprenait à le connaitre. Mais depuis, personne n’avait pu voir cela puisque c’était uniquement avec quelqu’un qu’il appréciait que Tullio se permettait de laisser apparaitre son tempérament.

Ou en présence de son frère, au choix. En tout cas, sous ses dehors gentils et attentionnés, ce qu’il était vraiment, Tullio pouvait être exécrable et égoïste. Cela ne lui arrivait pas bien souvent, mais parfois il pétait un câble et s’énervait tout seul, sans personne pour contenir sa colère. C’est pourquoi un ami véritable lui avait manqué. Un confident à qui dire les choses même les plus honteuses ou celles qui n’avaient aucune solution. Juste pour exprimer ce qui lui tenait à cœur, tandis qu’il faisait le fier devant tous les autres en clamant que tout allait bien.

Mais aussi, oui, pour passer ce genre de soirées. Si le sommelier n’était pas très tactile, il aurait aimé passer des nuits avec un meilleur ami. Pouvoir discuter des choses importantes qui ne se disent que dans l’obscurité de la nuit ou d’un confessionnal. Et Tullio n’aimait pas vraiment aller à l’église ... Aussi, quand Isaia lui fit la réflexion qu’ils n’allaient pas papoter jusqu’à pas d’heure, Tullio sourit doucement. Non, bien sûr pas comme ça. Mais il aurait aimé pouvoir discuter avec son frère, dans d’autres circonstances.

S’il n’était pas autant attiré par lui, il aurait trouvé ça marrant de pouvoir babiller comme des gosses sur des choses badines pour en venir à plus important. Tullio se sentait tout à coup un peu ridicule d’avoir imaginé ça. Il était une vraie gonzesse, manifestement. Le mot « gay » et toutes ses connotations péjoratives et clichés du genre clignotèrent devant ses yeux et s’imprimèrent dans son esprit. Il se sentait soudainement beaucoup trop avancé dans cette voie-là qui ne lui plaisait pas du tout ... Aussi lui répondit-il par la négative avant de rigoler doucement, comme s’il adhérait totalement à sa bonne blague.

C’était peut-être mieux, en même temps, pour sa propre sécurité. Parce que les confidences n’étaient pas forcément le meilleur moyen d’éviter de révéler à son frère qu’on a des vues sur lui, sur ses lèvres, sur son corps, et qu’on veut absolument pouvoir l’admirer endormi. Ça la foutait un peu mal, quoi. Disons que tout aurait été terminé à jamais. Ses parents lui en voudraient beaucoup bien sûr, mais c’est le dégoût d’Isaia qu’il ne pourrait pas supporter. C’en était bien trop difficile, juste à l’idée. Aussi Tullio essaya-t-il de déglutir doucement pour chasser cette pensée de son esprit en pleine confusion.

Une fois dans la chambre, Tullio se sentit presque mal à l’aise. Il s’attendait à ce que son frère refuse, lui explique calmement mais fermement que c’était hors de question. Après tout, il avait l’air mal à l’aise et Tullio ne voulait pas être responsable de ce malaise. Parce qu’il sentait qu’Isaia se forçait, n’en avait pas envie. Il l’incommodait. Il le gênait, il le mettait dans une situation difficile qu’il acceptait juste pour satisfaire les envies égoïstes et malsaines de son grand frère ... Le jeune homme se sentit tout à coup encore plus mal, malgré ses belles résolutions. C’était à lui de veiller sur Isaia, de faire en sorte qu’il se sente bien. Et certainement pas à son petit frère de se sacrifier pour lui, au point d’avoir du mal à dissimuler sa gêne et son refus ostensible.

Tullio faillit revenir sur ses paroles, et lui dire de rentrer chez lui et de passer une bonne nuit dans son appartement. Vraiment, il faillit le faire en remarquant le regard fuyant d’Isaia. Ça lui faisait trop de mal d’être le responsable d’une situation qui le ravageait à ce point. Se raclant la gorge, il allait avoir pitié de lui pour le renvoyer en taxi chez lui, qu’Isaia prit enfin la parole.

- Je vais prendre une douche, si ça t'embête pas. Je pue comme une vieille sorcière.

Comme par réflexe, Tullio secoua la tête dans un signe de dénégation qui confirmait que cela ne le dérangeait pas. Il resta là quelques instants, avant d’aller entrouvrir la porte de la chambre derrière Isaia qui était déjà dans la salle de bain. Il s’y était précipité, comme pour le fuir. Tullio faillit, là encore, aller toquer à la porte pour lui dire de rentrer. Mais au final, son égoïsme prit le dessus et l’enjoignit à ne rien en faire. Il ouvrait simplement la porte de sa chambre pour vérifier qu’Isaia ne se faisait pas la malle juste après sa douche. Parce qu’avoir pitié de lui, oui. Mais le laisser partir sans un mot, non.

Pour qu’il fasse cela, Tullio savait qu’il fallait qu’Isaia soit vraiment en colère et répugné par l’idée de dormir avec lui. Pour qu’il le fuie comme ça, cela voudrait dire que Tullio avait vraiment trop insisté. Devant quoi, ce dernier le rattraperait pour s’excuser et ne pas les laissr se séparer là-dessus. Trop nocive pour leur relation, cette alternative était tout bonnement inenvisageable. Tullio ne le laisserait pas faire. Et c’est en l’attendant, assis dans son lit et la couette sur les jambes, que le jeune homme l’imaginait sous le jet d’eau brûlant, délassant ses muscles. L'eau sur son visage, son cou, son torse, son ventre, ses hanches, puis entre ses jambes ...

Tullio se donna une claque qui résonna fortement dans la chambre avant de grogner tout seul :

- T’es dérangé mon vieux. Reprends-toi.

L’image qu’il avait eue d’Isaia l’effrayait. Parce qu’il paraissait connaitre ce corps qu’il commençait pourtant juste à regarder. Comme si son inconscient avait enregistré ses courbes, ses muscles. Comme s’il l’avait observé longuement déjà. Et puis parce qu’il ne devait plus, vraiment plus fantasmer de la sorte. Après cette nuit, ce serait terminé.

Et pendant que Tullio fulminait et se reprenait comme il pouvait, Isaia revint dans la chambre. C’est à la faible lueur du dehors et de sa lampe de chevet encore allumée que Tullio put le regarder. Posant d’abord son regard sur lui, s’apprêtant à glisser sur son corps pour repartir aussitôt. Mais il stoppa sur son visage, d’abord. Il paraissait tout propre, la peau lisse, les cheveux délicieusement rebiqués sur les côtés. Et Isaia arrivait à être élégant dans un vieux t-shirt. Son visage, d’abord, évidemment. Mais pas seulement. Parce que, si on ne devinait rien sous le tissu de son haut, ce dernier laissait apercevoir ses jambes et le haut de ses cuisses.

Autant dire que quand il ferma la porte, se tournant légèrement, Tullio ne manqua pas une miette du spectacle de ses fesses dévoilées pour un instant. Son esprit venait de se déconnecter de la réalité, et il eut une infime seconde un mouvement vers Isaia. Avant de se reprendre et de se glisser sous sa couette. Il ne devait pas le toucher. Mais bordel, depuis qu’il avait pris conscience de certaines choses, Tullio était encore plus sensible au charme fou de son frère. Surtout aussi simplement exposé à son regard. Si bien que Tullio ne remarqua pas les hésitations d’Isaia, et partit du principe que c’était gagné.

- Désolé, j'ai les cheveux mouillés. J'espère que ça t'embête pas si je mouille ton oreiller...

Il avait envie de lui répondre qu’il aurait aimé tremper l’ensemble de son lit de sa sueur, après lui avoir fait faire du sport toute la nuit mais ... Comment dire ? Ce n’était pas vraiment le sujet de la question, aussi Tullio put-il s’en sortir par une pirouette.

- Mon oreiller s’en remettra très certainement, et puis ça m’arrive aussi souvent alors pas de problème.

Juste répondre à la question très terre-à-terre lui permettait d’éviter le danger. Et Tullio éteignit bien vite sa lumière de chevet, pour cacher le rougissement qui l’avait pris tout en pensant à ce qu’il venait d’émettre comme idée, dans son esprit pervers et tordu. Hésitant sur la position, Tullio finit par rester tourné vers son frère, pour pouvoir au moins voir son dos. Il priait pour que, dans la nuit, il se retourne. Les yeux grands ouverts, détaillant son dos, sa nuque, les mèches humides qui y perlaient encore de quelques gouttes, Tullio était déjà bien satisfait ... Même s’il aurait aimé le voir lui.

Le silence s’installa un instant, mais Tullio le brisa finalement. Ça le tracassait, cette hésitation entre Sandra et Isaia. Il ne savait plus quoi penser de l’une et de l’autre, ne pouvait pas vraiment dire ce qui se passait dans sa tête. Et s’il avait de forts soupçons, Tullio décida de faire en sorte de les confirmer ou de les infirmer. C’est d’une voix plus grave qu’à l’ordinaire, plus posée mais en même temps terriblement stressé intérieurement qu’il lança donc :

- Bon, vient le moment de ton gage. Toute la vérité et rien que la vérité sur une question toute simple, sachant que beaucoup de gens mentent là-dessus.

Tullio laissa un petit silence se faire, alors que son cœur s’affolait. Il avait tellement envie d’avoir la réponse à sa question. Pour mieux comprendre. Parce qu’il se disait aimer Sandra, mais qu’Isaia l’attirait manifestement physiquement. Est-ce qu’il était amoureux de sa petite amie tout en étant frustré et potentiellement bi, ce qui expliquerait son désir pour un des rares hommes mignons qu’il côtoyait ? C’était une logique qui était née durant la soirée et qui finalement ne lui paraissait plus aussi folle que la première fois qu’il l’avait évoqué avec lui-même.

- Je suis pas sûr de savoir mettre des mots sur mes sentiments envers Sandra alors ... Dis-moi, comment on sait qu’on est amoureux de quelqu’un ? Comment toi tu le sais quand tu l’es ?

Petit silence, puis tentative de sourire dans la voix et sur les lèvres

- Désolé, c’est une conversation de filles mais c’est pas évident d’en parler avec n’importe qui ...

Tullio sentait son ventre se tordre d’impatience.
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Mar 19 Juin - 3:49

Isaia n'était pas certain d'avoir jamais été aussi tendu dans sa vie. (Au sens figuré seulement, heureusement ; la petite douche qu'il avait prise l'avait aidé à faire en sorte que ce ne soit pas, en plus, au sens littéral...) Couché dans le lit de Tullio, aux côtés de son frère, le dos tourné, il pouvait sentir son corps mieux que jamais, toutes les terminaisons nerveuses, et surtout celles qui se trouvaient le plus proches de Tullio, son dos, par exemple.

Il savait que son frère était tourné vers lui. Il le savait, car il avait été aux aguets, et il avait entendu Tullio se tourner dans son côté à un moment donné. Tullio, dans son dos - est-ce qu'il le fixait ? Ou est-ce qu'il dormait déjà ? Sa respiration était calme, mais ça ne voulait rien dire : celle d'Isaia non plus ne laissait pas transparaître son état de nervosité.

Ce n'était pas confortable. En plus, Isaia commençait déjà à ressentir ce qu'il appelait "l'appel du côté droit". Quand il dormait tout seul, ça n'avait aucune importance, puisqu'il pouvait se tourner d'un côté ou de l'autre sans que ça ne dérange personne : mais quand il dormait avec quelqu'un, il détestait faire face à son voisin de lui. Or, il y avait toujours un moment où, fatigué d'être allongé sur un de ses côtés - le gauche, en l'occurrence - il commençait à vouloir se retourner de l'autre côté ; mais de l'autre côté, il y avait l'Autre, l'intrus, l'étranger, celui avec qui il dormait. Et pourtant, son corps entier criait son envie terrible de se retourner. L'appel du côté droit n'était jamais aussi douloureux que dans ces moments-là...

Et voilà qu'il le ressentait. Il savait qu'il finirait par le ressentir quelque part pendant la nuit, mais il espérait tout de même que ce serait plus tard, quand Tullio se serait endormi depuis longtemps (car lui, il ne pourrait pas fermer l’œil, il n'avait aucun doute là-dessus). Là, bon sang, ça faisait à peine dix minutes qu'il s'était glissé sous les draps !

Est-ce qu'il avait déjà dormi avec Tullio, enfant ? Oui, probablement. Il ne s'en rappelait pas, parce qu'à l'époque ça n'avait eu aucune espèce d'importance pour lui, mais il avait forcément dormi avec lui. Si à l'époque il avait su que dix ans, vingt ans plus tard, il se retrouverait dans la même situation, avec des pensées pareilles en tête... il ne l'aurait pas cru. De toute façon, personne n'aurait pu y croire. Même le Isaia adulte n'y croyait pas - il mettait ça sur le compte de la bière.

Même si, s'il devait être honnête avec lui-même, il devait admettre qu'il n'était absolument pas saoul. Même pas un peu grisé. Non. Il avait bu, mais pas assez pour sortir de son état normal. Les pensées vicieuses qui lui embrumaient le cerveau étaient les siennes - ou celles de ses hormones, peut-être.

Bon. Ne pas y penser. Contempler le mur. Essayer de dormir...

Tullio n'avait pas l'air de cet avis.

"Bon, vient le moment de ton gage. Toute la vérité et rien que la vérité sur une question toute simple, sachant que beaucoup de gens mentent là-dessus."

Le son de sa voix fit sursauter Isaia, et le contenu de sa phrase lui donna des battements de cœur tellement intenses qu'il était persuadé que l'organe allait s'extirper de son corps et atterrir sur les draps - Tullio devait certainement l'entendre, il en était sûr. On aurait dit un tambour de guerre. Isaia n'entendait que lui... et le son de la voix de Tullio - qu'il aurait préféré ne pas entendre, elle.

Pourquoi maintenant ? Pourquoi le gage ? Pourquoi la vérité ? Pas maintenant, bon sang. C'était beaucoup trop dangereux. Isaia était persuadé d'avance que ce serait une question qui ne lui plairait pas (surtout si Tullio disait que beaucoup de gens mentaient là-dessus), et il avait promis de tout lui dire, du début à la fin. De ne rien lui cacher. De ne pas lui mentir. Il avait promis.

Bien sûr, il aurait pu manquer à sa promesse, ça n'aurait pas été la première fois, mais il voulait être honnête avec Tullio... Même s'il n'y avait des choses qui ne se disaient pas. Isaia savait que si Tullio lui demandait s'il ressentait quelque chose pour lui, il nierait - puisque révéler la vérité signifierait briser tous les liens entre eux, se faire jeter à la rue, et il ne voulait pas quitter son frère...

Bon sang - Isaia n'avait jamais été aussi nerveux. Même pas pendant ses examens, pendant ses concerts, devant des salles avec un public de dix mille personnes. Non, là, c'était dix fois pire. Il était paralysé de stress. La moindre connerie, et c'était la mise à la porte, et pire encore... Il fallait qu'il fasse attention.

"Je suis pas sûr de savoir mettre des mots sur mes sentiments envers Sandra alors ... Dis-moi, comment on sait qu’on est amoureux de quelqu’un ? Comment toi tu le sais quand tu l’es ?"

Ah. Sandra. C'était ça, le nom de la gourdasse ? Isaia le détesta d'emblée. C'était pour parler d'elle que son frère utilisait son gage ? Quelque part, il s'en sentit affreusement vexé ; bon sang, avec ce gage, il avait le pouvoir de lui faire dire n'importe quoi, de lui faire admettre que c'était lui qui avait fait caca dans la douche à sept ans et pas le chien (quinze ans après, la honte était toujours vivace), de le pousser à révéler ses secrets les plus intimes, et quoi ? Il s'en servait pour parler de sa petite amie ? Génial.

"Désolé, c’est une conversation de filles mais c’est pas évident d’en parler avec n’importe qui ..."

Un instant, il eut envie de lui répliquer sèchement, quelque chose du genre "tu venais pas de dire à l'instant qu'on allait pas papoter jusqu'à pas d'heure ?" ou bien "si tu sais que c'est une conversation de filles, pourquoi tu m'emmerdes avec ça ?" - mais bon ; c'était Tullio. Il ne pourrait jamais lui dire quelque chose comme ça ; et puis son frère avait l'air tracassé. Ça avait l'air important pour lui.

Bordel... Au moins, ça mettait les choses au clair. Sandra. Voilà - il pourrait succomber à l'appel du côté droit autant de fois qu'il le voudrait, cette nuit : même si elle n'était pas là, il y aurait toujours Sandra entre eux.

Il retint un soupir, et se tourna vers Tullio, finalement (aaah, que ça faisait du bien de se tourner de l'autre côté !). Il distinguait à peine son visage dans la pénombre, mais ça lui convenait très bien comme ça, en fait. C'était mieux de ne pas voir grand chose... Plus sécurisant.

- Hum..., finit-il par répondre après un long moment. Je ne sais pas vraiment quoi te dire. Moi, je me suis souvent dit que je n'étais tombé amoureux de personne... Je ne dois pas vraiment être la meilleure personne pour te renseigner.

Pourquoi est-ce qu'il utilisait son gage comme ça, bon sang ? Isaia, à sa place, aurait trouvé de bien meilleures façons de le mettre à profit... Tullio devait être trop innocent pour ça.

- Je ne suis probablement pas de bon conseil, reprit-il, alors ce que je vais dire ne va pas probablement pas t'aider, mais bon... Je suis déjà sorti avec des filles en pensant être amoureux d'elles. Quand j'ai commencé à m'interroger sur la nature de mes sentiments, c'était déjà perdu d'avance, ils avaient disparu entre temps. Mais ça doit être parce que je suis du genre à me lasser facilement...

N'empêche que c'était vrai : au début, il avait l'impression de les aimer, puis il commençait à s'interroger, et à partir de là, c'était déjà foutu. L'amour, selon lui, on découvrait brutalement qu'il était là. Pas petit à petit.

- J'imagine qu'on se rend compte qu'on est amoureux lorsqu'on veut passer du temps avec la personne, que le moindre de ses gestes nous fait frémir, quand on pense à elle sans cesse... Quand elle peut envahir notre espace personnel sans que ça nous irrite.

Chez Isaia, c'était comme ça, en tout cas - mais il n'avait jamais rencontré de filles comme ça. Elles l'avaient toutes irrité, à un moment ou à un autre.

Il posa son regard sur le visage de Tullio, à une trentaine de centimètres du sien. Beau. Auquel il avait pensé toute la soirée, et dont le moindre geste le faisait frémir. Proche, aussi ; en plein dans son espace personnel. Et il n'avait pas envie de le repousser au loin, non - il voulait se nicher contre lui, glisser son nez dans son cou, l'entourer de ses bras, remonter vers son visage, capturer ses lèvres... Glisser ses mains dans ses cheveux, et l'embrasser...

Oh gosh. Sa gorge était sèche, d'un coup. Penser à autre chose !!

- Je ne sais pas grand chose, dit-il d'une voix rauque. Tu n'as pas envie de mes conseils si tu veux avoir une chance de rester avec ta copine, crois-moi, tenta-t-il de plaisanter - mais le malaise était palpable.

Peut-être qu'il devrait continuer à donner des conseils. Pousser Tullio à quitter sa copine. Après tout, aucune de toutes ces filles ne pourrait prendre soin de lui aussi bien qu'Isaia le ferait... Alors pourquoi Tullio ne le choisirait pas, à leur place ?

Quand il réalisa qu'il avait ce genre de pensée, Isaia songea pour la première fois que peut-être, il ne suffirait pas de laisser passer une nuit là-dessus pour que ses pensées tordues s'effacent. C'était drôlement sérieux, là - ça avait des racines plus profondes qu'une simple beuverie.

- Pourquoi tu me demandes ça ? demanda-t-il doucement. T'es sûr que tu voulais utiliser ton gage comme ça ?

Parce qu'au fond... Il lui avait juste donné son avis - il n'avait pas parlé de ses sentiments personnels. (Vu l'état dans lequel ils étaient en ce moment, ça valait peut-être mieux.) Est-ce que c'était ça que Tullio voulait entendre ?
Mais toutes les vérités n'étaient pas bonnes à entendre...
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Mar 19 Juin - 13:52

Il y avait mille et une manière d’utiliser ce gage. En premier lieux, Tullio avait pensé à une vérité sur leur enfance. Notamment, les intentions qu’il avait eu envers lui à certains moments, l’intérêt qu’il avait retiré à martyriser son grand frère. Ce qu’il retirait de leur adolescence, et ce qu’il avait pensé de lui à ce moment-là. Mais tout cela au final, Tullio le savait. Il n’avait été qu’un souffre-douleur trop faible qui ne prenait pas la peine de se défendre. Il n’avait été qu’un frangin pratique sur lequel se défouler, qu’un punching-ball confortable. Et Isaia avait toujours eu du mépris pour lui, aucune reconnaissance et aucun respect. A l’époque.

Mais les choses avaient changées, heureusement. Isaia et lui étaient bien plus proches que Tullio n’aurait jamais pu l’imaginer, au point de dormir ensemble ce soir alors que les seules fois où cela leur était arrivé .... Ils étaient petits, et obligés par leurs parents de dormir dans un même lit, en vacances. Isaia l’agressait toute la nuit, occupait l’ensemble de la place et s’amusait à faire semblant de dormir pour taper son frère puis rigoler sous cape. Ou tremper son lit et accuser Tullio au réveil, ce genre de plaisanteries stupides qui étaient loin d’être innocentes pour Tullio. Il était loin, ce temps de la plaisanterie.

Car tout à coup, tout était terriblement sérieux. Tullio n’avait même pas imaginé à quel point, quand il avait demandé à son frère de dormir avec lui. Pour lui, au départ, ce n’était qu’un moyen détourné pour passer un agréable moment durant lequel il pourrait l’admirer tranquillement endormi. C’était presque un instant de détente qui lui avait fait battre le cœur rien qu’à y penser. Tullio, en faisant cette proposition, ne se doutait pas que les choses allaient paraitre aussi lourdes entre eux. Parce qu’Isaia était installé dos à lui, se refusant à son regard. Comme s’il boudait. Le sommelier se dit que c’était dans ses habitudes, mais en entendant sa respiration un peu rapide et en voyant l’artère de son cou pulser rapidement, Tullio avait des doutes.

Est-ce que cette lourdeur était uniquement due au refus d’Isaia de dormir ici ? Tullio avait l’impression d’en rajouter par la tension qu’il faisait naitre tout seul de ses envies et de ses fantasmes. Parce qu’il portait un regard différent sur Isaia, et qu’il le trouvait véritablement séduisant. Et, dans le noir de la chambre qui lui permettait tout de même de détailler les moindres détails offerts à son regard curieux, tout semblait plus imposant. Le silence en rajoutait un peu, et Tullio se sentait dévoré par son envie de se coller à lui et de s’endormir en le tenant dans ses bras. De plonger son visage dans sa nuque et de savourer son odeur, le goût de sa peau. Il ne demandait que ça, et à plusieurs reprises le jeune homme faillit mettre ses rêves à exécution.

Bref, l’ambiance était lourde et c’est après lui avoir posé sa question, alors qu’Isaia semblait réfléchir, que Tullio se dit qu’il aurait pu demander autre chose. Il aurait pu user de son gage pour lui demander ce qu’il ressentait actuellement. Pas forcément pour lui, mais d’une manière générale. Histoire de voir s’il ne se faisait pas un film tout seul sur son inconfort. Sur sa gêne et son malaise. Il aurait vraiment aimé savoir ce qu’Isaia avait en tête à ce moment précis, et se rassurer sur sa parano qu’il avait peur de savoir réelle. Parce que les signes émis par son frère avaient quand même l’air assez parlant. Son attitude soudainement renfermée, son silence, son peu de motivation à l’idée de rester là pour la nuit voire son opposition à cette idée ... Tout jouait contre Tullio, là. Et il se sentait presque rejeté par son frère, sans trop savoir pourquoi. Qu’est-ce qui avait changé si facilement ? S’il ne voulait vraiment pas, il n’avait qu’à insister un peu. Tullio l’aurait laissé partir, au final. Sans trop insister non plus pour ne pas paraitre louche.

Alors oui, ça l’attristait un peu de voir Isaia aussi distant et peu enclin à passer cette nuit avec lui. Est-ce que c’était bizarre au point de le fâcher ? Est-ce que les signaux de refus étaient à prendre aussi sérieusement ? Peut-être avait-il une bonne raison de refuser. Tullio s’en voulait de perturber son éventuelle organisation, son idée de la soirée. Il se mordillait la lèvre en attendant qu’Isaia réponde, en se maudissant. Il devrait s’excuser, oui. Ne pas continuer à regarder Isaia comme ça, sans doute déçu, en colère ou mécontent. Il ne voulait pas que ça se passe comme ça ...

Et c’est à ce moment-là que son frère décida finalement de se retourner vers lui. Là encore, Tullio prit dans la figure tout le sérieux de la situation quand il remarqua la proximité de son frère. Son lit n’était pas si grand, et cela les faisait dormir assez proche l’un de l’autre. Son visage n’était pas loin, il n’avait pas grand-chose à faire pour venir l’embrasser doucement. Le cœur de Tullio s’affola et il se demanda si c’était une si bonne idée, finalement. Qu’Isaia dorme ici, qu’il se tourne vers lui ... Son dos était moins dangereux. Et il avait beau faire sombre, Tullio voyait assez bien les traits de son frère. Et il les connaissait de toute façon si bien qu’il n’avait aucun mal à les imaginer.

Et ça le renversait complètement de le voir d’aussi près, sans raison. Juste là, si proche et pourtant inaccessible. Il se sentait mal de pouvoir le toucher en un rien de temps, parce que la claque qui y répondrait serait tout aussi fulgurante. Son palpitant ratait quelques battements, et Tullio essaya de ne pas trop fixer ses yeux sur la bouche tant convoitée.

- Hum... Je ne sais pas vraiment quoi te dire. Moi, je me suis souvent dit que je n'étais tombé amoureux de personne... Je ne dois pas vraiment être la meilleure personne pour te renseigner.

Et accessoirement, de se concentrer sur ce que son frère se décidait à lui répondre. Ces paroles étaient précieuses pour lui, et Tullio ne voulait pas les gâcher par son trouble. Même si son cerveau les imprimait au fur et à mesure à l’encre indélébile, il voulait les savourer et se concentrer dessus pour en tirer le meilleur. Après tout, Isaia lui faisait la politesse de répondre ... C’est donc en serrant ses bras sur son ventre pour tenter de calmer son trouble qu’il écouta ou plutôt qu’il but ses paroles.

- Je ne suis probablement pas de bon conseil, alors ce que je vais dire ne va pas probablement pas t'aider, mais bon... Je suis déjà sorti avec des filles en pensant être amoureux d'elles. Quand j'ai commencé à m'interroger sur la nature de mes sentiments, c'était déjà perdu d'avance, ils avaient disparu entre temps. Mais ça doit être parce que je suis du genre à me lasser facilement...

Tullio hocha la tête. Oui c’est bien ce qu’il lui semblait, aussi. C’était assez bizarre de se demander si on aime quelqu’un, après tout. L’amour était quelque chose de très spontané, et de vivant. Se poser la question était stupide mais ... il se demandait surtout de QUI il était amoureux. Peut être que se le demander discréditait ses sentiments pour Sandra, mais donnaient-ils plus de valeur à ceux qu’il avait pour Isaia ? Très certainement, parce que ces derniers n’étaient pas « normaux » ou attendus. Ils ne devraient pas hésiter, alors les évoquer avec un point d’interrogation faiblard avait bien plus de sens que ce qu’il pouvait se dire.

- J'imagine qu'on se rend compte qu'on est amoureux lorsqu'on veut passer du temps avec la personne, que le moindre de ses gestes nous fait frémir, quand on pense à elle sans cesse... Quand elle peut envahir notre espace personnel sans que ça nous irrite.

C’était ce qu’il voulait entendre. Isaia disait exactement ce qu’il voulait qu’il lui confirme. Parce que oui, il désirait voir son frère le plus souvent possible. Oui, Tullio appréciait de plus en plus la compagnie d’Isaia et le voir était toujours un moment qu’il attendait avec impatience, au lieu de le fuir comme avec Sandra. Oui, chaque geste dans sa direction lui faisait battre le cœur un peu plus vite. Et pour ce qui était de penser à lui ... Tullio le faisait sans cesse. Surtout aujourd’hui, où chacune de ses pensées allait pour les sentiments qu’il avait à son égard. Et si ça faisait bizarre à dire, Tullio réalisait de plus en plus la vérité qu’il avait voulu se cacher. Parce que ça allait lui faire mal, ça allait le blesser et ce n’était juste pas possible.

Il était amoureux de celui qui avait été son frère.

Et ça lui tordait le ventre d’imaginer que ça ne serait pas réciproque. Qu’il n’en avait pas le droit, et qu’il attendrait toute sa vie le moindre signe de sa part en l’interprétant à sa manière. Tullio n’avait plus qu’une chose à faire : attendre que ça passe. Si un jour cela le quittait. Et ce n’est pas la phrase d’humour d’Isaia qui le réconforta ou qui le tira du silence dans lequel il s’était enfermé. Parce que tout cela venait de lui faire l’effet d’une lourde pierre dans son estomac. Il avait l’impression qu’on s’amusait à lui éclater le cœur comme un ballon de baudruche. Pourquoi il devait tomber amoureux d’un HOMME, qui plus est de son FRERE ? Lui qui n’avait jamais été vraiment sérieux avec les femmes et sortaient avec elles par commodité, il se découvrait gay et en plus incestueux ?

Tullio avait envie de fondre en larmes. Encore plus en entendant son frère lui demander d’une voix douce et rassurante :

- Pourquoi tu me demandes ça ? T'es sûr que tu voulais utiliser ton gage comme ça ?

D’ailleurs, ses yeux se remplirent un peu de larmes mais il ne les versa pas. Isaia ne devait pas voir cette légère brillance particulière dans son regard, au vu du noir qui les entourait. Tullio se força à ne pas cligner des yeux jusqu’à ce que l’humidité reflue doucement. Puis il répondit, d’une voix qui malgré tout tremblotait légèrement sur la fin de ses phrases.

- Oui j’en suis sûr. Parce que je ne voulais pas que tu fasses le gentil en me réconfortant ou en me disant ce que j’avais envie d’entendre alors que je doute... doutais. C’était une manière de m’assurer de ta franchise, quoi que tu aies à dire.

Au moins, il savait ce qu’était « aimer » pour son frère, pour qui il avait ce genre de tendres sentiments. Il pourrait éventuellement se contenter de savoir ça. Et de l’encourager à trouver rapidement une fille qui le ferait succomber, histoire qu’il ne s’attache pas trop, de son côté, à cet espoir tant qu’Isaia serait célibataire.

- Et je te le demande parce que je n’étais pas sûr de l’aimer vraiment. Et je me rends compte que mes doutes se confirment. Sandra n’est rien qu’une amie, je n’ai jamais pu rien faire avec elle ...

Tullio poussa un profond soupir avant de continuer sur sa lancée, les bras toujours crispés sur son ventre alors qu’il baissait les yeux, incapable d’affronter le regard de son frère plus longtemps.

- Je l’appellerai demain pour lui dire que tout est terminé. Elle n’est en aucun cas la cible de mes sentiments.

Mais toi oui. Toi, tellement. Beaucoup trop. Tullio dut se retenir pour ne pas tout déballer, et c’est calmement qu’il lui offrit un petit sourire en coin, qui avait du mal à s’affirmer mais qui était là malgré tout.

- Merci ... Et désolé de cette question bizarre mais j’avais besoin de savoir. Enfin, de confirmer mes soupçons.

Le jeune homme ferma les yeux en tournant un peu plus son visage dans son oreiller. Il ne voulait pas non plus qu’Isaia croie qu’il était triste pour Sandra, mais il était hors de question de lui donner la véritable raison. Alors il n’y avait plus qu’à espérer qu’il ne remarque rien. Tullio se savait excellent comédien, alors tout devrait bien se passer. Et là, avec son remerciement, il concluait bien la soirée et offrait une belle porte de sortie pour directement s’endormir et passer vite à la journée suivante.
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Mer 20 Juin - 2:21

Finalement, s'ils ne faisaient que parler... Isaia avait une chance de survivre à la nuit. Bon, bien sûr, maintenant qu'il s'était tourné vers lui, son visage était terrible proche, et il pouvait aussi sentir le souffle de son frère quand il parlait - et ça, c'était cruel, oh oui - mais peut-être qu'il pourrait s'y faire. Peut-être.

Enfin, de toute façon, il n'avait pas le choix, s'il voulait garder Tullio. Un seul geste déplacé vers lui, et ça signifierait la fuite de l'autre. Bon, peut-être pas au début ; au début ce serait l'incompréhension, les questions, puis viendraient le dégoût et la colère. Isaia ne voulait passer par aucun de ces stades, et ça voulait simplement dire qu'il fallait qu'il garde ses mains là où elles étaient, serrées contre sa poitrine, refermées l'une sur l'autre - et les empêcher d'aller se balader quelques centimètres à côté de lui, là où se trouvait le visage de Tullio, ainsi que d'autres choses dangereuses.

Pour l'instant, il fallait qu'il se concentre sur la discussion s'il voulait oublier le reste.

"Oui j’en suis sûr. Parce que je ne voulais pas que tu fasses le gentil en me réconfortant ou en me disant ce que j’avais envie d’entendre alors que je doute... doutais. C’était une manière de m’assurer de ta franchise, quoi que tu aies à dire."

Tullio avait l'air tellement sérieux. Pour Isaia, ça n'avait l'air d'être qu'une discussion légère, sans importance - après tout, qui accordait de l'importance à l'amour ? Pas lui en tout cas, il n'était pas une bonne femme - mais il sentait que son frère l'écoutait de toute son attention quand il parlait, et il se demandait s'il avait vraiment le droit de poser en donneur de conseils ; ça n'aurait pas été dérangeant si Tullio s'était contenté de hocher la tête d'un air peu convaincu, mais s'il avait l'idée saugrenue de les suivre...

- Je ne sais pas ce que tu as envie d'entendre, répondit Isaia d'une voix lente. Et puis, la vérité blesse parfois, mais c'est toujours mieux de la connaître...

Comme il l'avait appris à ses dépens peu de temps avant. Enfin, il n'était pas bien sûr que la vérité que cherchait Tullio soit sortie de sa bouche, mais enfin, s'il avait pu l'aider, il aurait été capable de tout lui dire franchement, même si ça devait le blesser.

Enfin, à part la vérité où son frère dansait à poil avec lui devant ses yeux chaque fois qu'il les fermait Comme partout, il y avait des exceptions... En plus, il ne voyait pas en quoi sortir ce genre de vérité aiderait Tullio dans sa situation... Au contraire. Il valait mieux ne rien dire.

"Et je te le demande parce que je n’étais pas sûr de l’aimer vraiment. Et je me rends compte que mes doutes se confirment. Sandra n’est rien qu’une amie, je n’ai jamais pu rien faire avec elle ..."

Euh... Quand il disait "rien", il voulait dire... "rien" ? Dans ce sens où Isaia l'entendait ? Mince - déjà qu'il s'était déjà imaginé pendant la soirée Tullio en train de se palucher pendant son internat, si maintenant son frère commençait à lui parler de sa vie sexuelle, il...
... avait envie d'en savoir plus...

Il aurait pu. Il lui suffisait de poser des questions - Tullio lui répondrait forcément sans mentir. T'as jamais couché avec elle ? Jamais jamais ? Vous n'avez rien fait, rien de rien ? Remarque, il n'y avait pas besoin d'aimer pour coucher avec quelqu'un, il en savait quelque chose. Son frère devait être un sacré romantique dans l'âme. C'était mignon...

Il arrêta in extremis sa main qui s'était soulevée pour aller caresser le visage de son frère - bon sang ! Si son corps se mettait à bouger sans son consentement, c'était la catastrophe !! Rapidement, il enfouit ses bras sous l'oreiller et le serra très fort, le regard fixé sur le visage de son frère. C'était bête de se contenter d'un ersatz quand on avait l'original à côté de soi, mais enfin - pas le choix, hein ? Il étouffa un soupir.

"Je l’appellerai demain pour lui dire que tout est terminé. Elle n’est en aucun cas la cible de mes sentiments."

C'était dangereux, comme discussion, non ? Parler de sentiments, de ci et de ça, alors qu'Isaia n'avait qu'une envie, se dresser sur ses coudes, se pencher sur son frère et lui rouler un patin... et plus encore. Tellement plus que ça en devenait terrifiant. Et la voix de Tullio... Ce n'était pas parce qu'ils parlaient à voix basse, dans l'intimité de cette chambre plongée dans la pénombre - elle tremblait, il en était sûr.

"Merci ... Et désolé de cette question bizarre mais j’avais besoin de savoir. Enfin, de confirmer mes soupçons."

Oui, elle tremblait, sa voix. C'était perceptible, quand on avait l'oreille d'un musicien comme Isaia, et surtout, qu'on n'avait que ça pour se repérer, dans le noir. Il ne pouvait pas distinguer l'expression de Tullio, mais sa voix, elle lui en apprenait bien plus. Son frère avait vraiment l'air ému, au bord des larmes...

Est-ce que c'était de sa faute ?

- Tullio..., murmura-t-il lentement.

Il avait tellement de choses qu'il aurait voulu lui dire, là, brutalement... Tellement que son coeur avait l'air d'être sur le point d'exploser. Tellement de choses qu'il aurait voulu lui transmettre... Sa main se leva une nouvelle fois, et Isaia réalisa avec un temps de retard qu'elle s'était posée sur la tête de Tullio et fourrageait dans ses cheveux - ses beaux cheveux qu'il aimait tant. Il les caressait doucement du bout des doigts, en se demandant si ça pouvait passer pour un geste fraternel, ou si Tullio allait avoir des soupçons - d'autant qu'il était resté silencieux ; il était temps de parler.

- Si ça te rend si malheureux que ça de la quitter, c'est que tu es amoureux d'elle..., murmura-t-il d'une voix douce. Je suis désolé de t'avoir dit ça. Ce que j'ai dit, c'était pour mon cas, personnellement, mais c'est peut-être différent chez toi, tu sais ? Peut-être que tu devrais laisser faire le temps.

Bon sang... Pourquoi il le poussait à rester avec elle, là ? Pourquoi ?? Alors que le voir la larguer, c'était la chose qu'il souhaitait le plus au monde ! Mais dès que son frère avait la voix qui tremblait, ça le rendait tout chose. Bordel, il y avait quand même des limites à l'altruisme, à la fin...

- Ou bien sinon, dit-il pour plaisanter, avec un sourire qui masquait mal le trouble dans sa voix, tu la quittes et tu traînes avec moi à la place...

Il avait failli dire "tu la quittes et tu me prends à sa place" - pourquoi est-ce que les mots avaient été sur le point de franchir ses lèvres, d'abord ? Pourquoi est-ce qu'il se sentait brutalement pris de l'envie de lui dire à quel point Tullio comptait pour lui, à quel point il était important ? Il se sentait le coeur gonflé d'anxiété, une fois encore, débordant d'émotion. C'était sans doute la nuit, l'ambiance, les confidences sur l'oreiller qui faisaient ça... La main qui caressait doucement les cheveux de Tullio. Pour la énième fois de cette soirée, il avait envie de l'embrasser.

Merde. Il était Isaia, le type qui obtenait tout sans effort, sans même lever le petit doigt ; lui demander de résister à une tentation aussi grande, à son frère offert sur un plateau dans un lit... Est-ce que c'était humain ? Il ne résistait pas à la tentation. Il n'avait pas été habitué.

Il se dressa sur un coude et s'approcha du visage de Tullio - ses lèvres, bon dieu, ses lèvres... Il en avait tellement envie... Mais au dernier moment, par une force de volonté qu'il n'aurait même pas cru possible de puiser en lui, il dévia sa trajectoire et ses lèvres se posèrent sur le front de Tullio, qu'il embrassa tendrement. Ce n'était pas pareil, mais au moins ça aurait beaucoup moins de conséquences - même s'il était sûr que Tullio pouvait entendre son coeur qui battait follement dans sa poitrine.

Bon, un bisou sur le front. Pour le réconforter, ça n'avait rien d'anormal, si ? Tullio lui-même lui avait fait un câlin un peu plus tôt dans la soirée. Tullio lui-même avait insisté pour qu'ils dorment ensemble. Il ne pouvait pas se plaindre. Et le geste était plein d'une tendresse qu'on ne pouvait pas mettre en doute.

Les lèvres tremblantes, Isaia se recula, et posa à nouveau sa tête sur l'oreiller. L'odeur de Tullio embaumait autour de lui... Il en avait mal au ventre.

C'était tellement dur, bon sang.

- Je t'aime, Tullio, murmura-t-il d'une voix blanche. Mon unique grand frère. Je déteste te voir triste. Si ce sont mes mots qui t'ont mis dans cet état, oublie-les... Je n'y connais rien, à l'amour. Je ne veux pas te conseiller des bêtises.

Il blablatait. Il déblatérait, sans même avoir conscience de ce qu'il disait, parce que son esprit était resté bloqué sur le "je t'aime" qui venait de dépasser ses lèvres, sans même qu'il ne l'ait voulu, sans même qu'il ne l'ait réfléchi. Le mot était sorti sans son consentement, et ça le choquait presque - c'était un mot qui n'était jamais sorti avec personne d'autre, parce qu'Isaia n'aimait personne (excepté sa maman, à qui il le répétait souvent, presque sans s'en rendre compte... Mais c'était pas pareil).

Mais son frère, il l'aimait, oui. Son grand frère - même s'ils n'avaient pas de liens du sang, son grand frère quand même. Il l'aimait. Restait à savoir de quelle façon, et ça, il était certain que la réponse ne lui plairait pas...
On avait pas envie de coucher avec un type qu'on aimait d'un amour fraternel, il en était certain.
Oh, gosh...
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