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 Accidentally in love

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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Accidentally in love   Mar 30 Oct - 7:04

So she said, what's the problem baby ?
What's the problem I don't know
Well maybe I'm in love, think about it every time
I think about it, can't stop thinking 'bout it


Freaking jeez, comme disait l'autre. Ça, c'était une journée qu'il n'était pas prêt d'oublier en quelques années. Elle n'avait pourtant pas si bien débuté, il s'était levé à la bourre, il n'avait pas eu le temps de se faire un bon café avant de partir, et son estomac avait crié toute sa détresse durant les trois cours qu'il avait dispensés pendant la matinée, ce qui lui avait valu des regards amusés de la part de ses élèves, et même une réflexion impertinente - ces petits effrontés n'avaient plus de respect pour rien. Pour se venger, il leur avait lâché critique sur critique à propos de leur travail de la semaine, et ces petits imbéciles n'avaient plus osé tendre le bâton pour se faire battre pour la suite, et c'était tant mieux.

Bref. Cette journée. Comment aurait-il pu prévoir qu'elle tournerait de cette façon ? Il était loin d'être devin, mais même s'il l'avait été, ça, il n'aurait pas pu le prédire.

Dans sa tête, il repassa - pour la millième fois au moins depuis que c'était arrivé - la façon dont les choses s'étaient passées. Tullio qui avait débarqué comme un ouragan dans sa salle de classe pour lui annoncer de pied ferme qu'ils devaient parler. Gianni, son étudiant, qui l'avait regardé d'un air de dire "c'est un très bon ami, ou bien vous couchez avec lui ?" - une information qui ne le regardait absolument pas, d'ailleurs. Puis, après le départ de l'élève, la façon dont ils s'étaient disputés, une fois encore. Comme si c'était en ça qu'ils excellaient... Tullio qui lui reprochait d'être absent de sa vie. Isaia qui lui soutenait que c'était pour son bien...

Et brutalement, lèvres contre lèvres, langue contre langue, et leurs bassins pressés l'un contre l'autre, pour que l'excitation qui affleurait derrière soit totalement perceptible des deux côtés. Rien qu'à y repenser, ça lui faisait mal au ventre - il s'appuya sur le mur et tenta de souffler doucement, longuement, pour essayer de se calmer.

Sur le coup, ça avait été l'explosion de sentiments, la libération de pulsions, et Isaia n'avait pas trop réfléchi au pourquoi du comment. Lorsqu'il avait dit à Tullio qu'il fallait qu'ils en parlent, son esprit était encore à moitié anesthésié par la sensation étourdissante de leur baiser, et il était resté dans cet état d'esprit totalement distrait tout le reste de l'après-midi, à tel point qu'il s'était même pris des réflexions de la part de ses élèves parce qu'il n'avait pas écouté ce qu'ils venaient de lui jouer.

Sauf que depuis, les cours étaient finis, Isaia était rentré chez lui, et le retour dans son appartement calme et vide avait suffi pour chasser les chevaux blancs, les paillettes roses et le manège enchanté qui faisait son petit show dans son crâne depuis la visite de Tullio au conservatoire.

Parce que c'était bien beau, tout ça, mais quand on y réfléchissait à tête reposée, il y avait plus de choses qui pesaient contre cette relation que pour. En fait, même, quand il faisait le compte des "pour" et des "contre", il n'était pas certain de trouver un seul "pour".

Dans la liste des contre :

- Tullio était SON FRÈRE (adoptif, certes, mais le fait qu'ils n'aient pas de lien de sang ne rendait pas la chose plus facile ; ça permettait juste de faire en sorte que ça ne compte pas pour deux "contre") ;

- Tullio était un mec (et quoi qu'on en dise, même si pour beaucoup de gens, ça n'avait pas d'importance, Isaia n'était jamais sorti qu'avec des filles et s'était toujours considéré comme totalement hétéro. Ça avait de quoi froisser sa virilité de découvrir subitement qu'on en pinçait pour un garçon) ;

- Tullio... était amoureux de lui. Isaia avait hésité à le placer dans la liste des contre, mais il n'était pas du genre optimiste sur ses relations, et son esprit tordu avait déjà projeté dans sa tête ce qui se passerait dans un hypothétique futur à deux : soit aucun des deux ne se lasserait, et tout irait bien. Soit Tullio se lasserait avant Isaia, et là, le blond n'était pas sûr de comment ça se déroulerait, puisque personne ne s'était jamais lassé de lui avant. Soit Isaia se lasserait, comme il s'était toujours lassé de ses relations auparavant, et Tullio souffrirait une nouvelle fois à cause de lui, refuserait encore de lui parler, maudirait le ciel rien qu'à entendre son nom, et... il aurait préféré l'éviter.

Bien sûr, si on prenait la première solution, c'était parfait, mais combien y avait-il de chances qu'elle se réalise ? Isaia, dans son pessimisme, aurait tendance à tabler sur un "50% de chance qu'il se lasse", "40% de chances que Tullio se lasse", et "10% de chance qu'aucun des deux ne se lasse". Dans ces 10%, il fallait compter le passage d'obstacles tels que "la famille", "les amis", "les boulots" ; ce qui au final, faisait de 0,9% la possibilité qu'ils puissent s'aimer en ayant tout surpassé avec succès.

Assez peu, au final.

Les idées noires n'avaient donc pas tardé à le gagner alors qu'il était revenu chez lui - mais comme ça n'empêchait pas la discussion, il avait tout préparé pour l'arrivée de Tullio, le soir même : un bon dîner (il avait évité les chandelles, parce que c'était un peu comme de dire "mon amour, marions-nous" et que, vu la situation, c'était pas encore joué), du vin rouge et des bières (c'était toujours plus facile de discuter avec de l'alcool dans le sang), et une lumière un peu tamisée - mais pas trop, pour que l'ambiance ne soit pas excessivement romantique.

Il faudrait qu'il lui fasse part de ses doutes. Il faudrait qu'il lui dise qu'il était amoureux de lui, mais que tout s'opposait à eux dans cette relation, et que c'était de la folie que de s'y lancer. Lui qui n'était jamais sorti avec des amis de peur de perdre les bonnes relations qu'ils entretenaient, là, avec Tullio, son si cher frère, il y avait dix fois plus à perdre en cas d'échec. Il faudrait qu'il lui dise...

... Si Tullio se décidait à arriver. Parce qu'on en était là, il avait dit sept heures trente du soir, il était déjà huit heures quarante-cinq, et Tullio n'était pas là. Et un retard, dans une situation comme celle-là, pouvait être interprété de beaucoup de façons qui n'étaient pas du goût d'Isaia. Soit Tullio avait décidé qu'il ne venait plus : bien sûr, ça aurait supprimé beaucoup de problèmes, mais ça aurait aussi brisé le cœur d'Isaia, et il y tenait, à son cœur. Rien qu'à y penser, ça faisait "dzing dzing" dans sa poitrine et il détestait cette sensation. Soit il avait eu un accident, il était en train d'agoniser quelque part sur le bord d'une route, et était-il nécessaire de dire que cette solution était encore pire que la première ?

Voilà. Et Isaia ne voyait pas d'autre raison qui aurait pu le pousser à être en retard. Des bouchons sur la route ? Il aurait prévenu. Ou alors il avait oublié son portable, mais ils n'habitaient pas si loin l'un de l'autre, et plus d'une heure de retard, c'était inconcevable. Ou bien il avait été retenu à son boulot... mais il aurait prévenu aussi. Ce n'était pas compliqué de se cacher pour envoyer un sms, et s'il avait oublié son portable, il aurait pu prendre celui de quelqu'un d'autre ; parce que, si Tullio prétendait l'aimer autant qu'Isaia l'aimait, il connaissait forcément son numéro de portable par cœur. Isaia le connaissait, lui - et en plus, Tullio avait une mémoire infaillible.

Pour cette raison, exit aussi la solution que Tullio se soit trompé d'heure. Il savait parfaitement que c'était 19h30, il n'aurait pas pu oublier.

Alors Isaia ne voyait que les deux solutions du dessus, et il se rongeaient les sangs, les ongles, les peaux, tout ce qui se trouvait à la portée de ses dents.

Nom de Dieu, où était Tullio ??
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: Accidentally in love   Mar 30 Oct - 7:48

Que les heures pouvaient paraitre longues, parfois. Par exemple, lors d’une journée d’été où la chaleur vous écrase au sol, incapable de rien faire. Dans ces cas-là, on ne recherche qu’une chose : la fraicheur, avec un minimum d’efforts. Et le moindre geste provoque sueurs et jurons de fatigue. Dans ces moments-là, le temps parait infini et il passe lentement, avec un sourire malsain de vous narguer d’être aussi insupportable. Les minutes défilent sans prendre aucun sens, s’éternisent. Et parfois même on a l’impression qu’elles reculent ou se figent dès qu’on ne les surveille plus. Cette sensation longue, insupportable, s’appelait l’ennui. Parce que rien n’arrive à distraire de l’attente de la fraicheur, du soulagement.

Pour Tullio, son après-midi avait à peu près ces mêmes hospices. Le temps passait avec la vitesse de progression d’un escargot asthmatique. Et le moindre courant d’air, à savoir la moindre occupation, était la bienvenue. Parce qu’il attendait le soir, oh oui qu’il l’attendait. Il avait dix 19h30, mais Tullio ne se sentait pas capable de tenir jusque là. Il préférait même oublier cet horaire qui s'imposait à lui. Mais du coup, il ne savait même pas vers quelle heure arriver chez son frère. Dès la fin de ses cours ? Ou plus tard pour lui laisser le temps de réfléchir à ce dont ils étaient supposés discuter ? L’attente était donc encore plus horrible, parce qu’il ne savait pas quelle échéance surveiller. Mais 19h30, c'était trop tard ...

Le sommelier avait tout d’abord pensé à aller travailler. Ce serait une libération pour son esprit, qui se retrouverait alors bien occupé et focalisé sur des choses qu’il connaissait, qu’il pouvait gérer presque machinalement. Mais son patron voulait lancer leur nouvelle recrue seule et sans filet, après sa longue formation auprès de Tullio. L’ayant engagée pour pouvoir donner plus de temps libre à son employé préféré, il avait lourdement insisté pour que celui-ci reste chez lui. Il fallait le comprendre, payer deux personnes pour le travail d’une seule, c’était un peu frustrant pour un chef d’entreprise.

Puis il avait voulu aller faire du sport, lui qui n’en faisait que rarement. Courir avait paru une bonne idée pour évacuer certaines choses, mais au contraire. Abattre des kilomètres l’avait en fait laissé en confrontation avec lui-même, et il avait arrêté au bout d’une demi-heure, furieux de ne pas réussir à s’occuper l’esprit. Il était rentré mécontent chez lui, et s’était lancé dans un film qu’il suivait du coin de l’œil, pour finalement retomber dans ses pensées. C’était inévitable, au demeurant.

Tullio n’arrivait toujours pas à croire ce qu’il s’était passé quelques heures plus tôt. Il avait embrassé son frère. Non, mieux : son frère l’avait embrassé. Isaia. Celui que Tullio croyait focalisé sur les jolies filles, et prêt à déguerpir dès qu’il se rendrait compte de ses sentiments pour lui. Et malgré tout, il avait répondu à ses envies les plus folles, à ses pensées les plus inavouables. Et si Isaia ne l’avait pas arrêté tout à l’heure, Tullio aurait profité jusqu’au bout de l’instant présent. Il l’aurait supplié de lui faire l’amour dans cette salle de musique, sans aucune honte.

Parce qu’il croyait vraiment que ce n’était qu’un égarement passager de la part de son frère, qui devait être vaguement fasciné par lui et s’était laissé emporter. Bref, il avait voulu en profiter tant qu’Isaia était encore un peu troublé, pour sentir son corps. Et après, se préparer à y renoncer. S’il n’y avait pas eu la retenue d’Isaia, ce serait chose faite. Mais il l’en avait empêché, et lui avait demandé de revenir plus tard pour qu’ils puissent en discuter. Et ça, c’était terrifiant. Tullio était persuadé qu’Isaia allait revenir sur ses pas, allait regretter ce qu’il s’était passé. Ça lui faisait tellement peur de se prendre un refus net dans la figure après cet instant de pur bonheur ...

Ce n’était pas un manque de confiance en Isaia, mais un manque de confiance en lui-même. Tullio ne comprenait pas par quel miracle son frère pourrait être attiré durablement par lui. Ce n’était, encore une fois, pas logique et il ne voulait pas trop y croire. Mais leur rendez-vous de ce soir mettrait au moins les choses au clair ... Tout était encore possible. Isaia avait eu tout le temps d’y réfléchir, depuis. De se repasser en boucle leur entrevue, de décortiquer les mots de Tullio. De se rendre compte que les syllabes « amoureux » avaient été prononcées. Autant dire, le meilleur « repousse Isaia » qui existait, d’après ce que Tullio avait pu comprendre des histoires d’amour de son frère.

Et le jeune homme avait tellement peur qu’en arrivant chez son frère, il trouve la porte close. Il s’imaginait parfaitement sonner, attendre. Sonner encore, deviner la présence d’Isaia derrière la porte qui priait pour qu’il parte. Tullio savait qu’il essaierait plusieurs fois, tentant vainement de le convaincre de lui laisser lui parler avant de le fuir, honteux. Il s’excuserait, il supplierait. N’importe quoi, pourvu qu’ils puissent en parler et trouver une solution. Tullio était prêt à revenir en arrière, à ravaler ses mots, à faire semblant d’exploser de rire en prétextant une blague. Il pouvait tout à fait lui jurer qu’il ne le regarderait jamais plus comme un amant potentiel. Tout, tout pour ne pas le perdre.

Jouer un rôle, après tout, c’était sa spécialité. Bon, Isaia ne devrait pas lui demander s’il l’aimait encore parce qu’alors Tullio ne pourrait pas mentir mais ... Peut-être qu’avec le temps, ça lui passerait. Comme un sale rhume qu’on traine un moment avant qu’il s’en aille de lui-même. Tullio ne connaissait rien à l’amour et ne pouvait par conséquent pas vraiment savoir l’évolution de ce sentiment, encore trop nouveau et complexe pour qu’il parvienne à le rationaliser.

Mais si ... Si Isaia lui ouvrait la porte et l’embrassait, alors ... Alors peut-être serait-ce une preuve suffisante de sa bonne foi, de son sérieux ? Tullio voulait y croire. Parce que faire ça, c’était la preuve qu’Isaia avait surmonté la morale et la logique instauré par le temps de réflexion. Qu’il ne serait plus dans le désir de l’instant présent, de l’ambiance, mais qu’il aurait réellement envie de ça, à tête reposée. Si seulement ça pouvait arriver ... Tullio souriait devant le générique de son film qu’il n’avait pas suivi. S’allongeant sur son canapé où son frère avait passé beaucoup de temps, il se surprit à serrer un oreiller contre lui.

C’était pitoyable, il en avait conscience. Mais Tullio voulait croire que c’était encore possible. Et les bras d’Isaia lui manquaient tant ... Il ne les avait pas beaucoup savouré, dans la matinée, pourtant il y était déjà accro. Définitivement, s’en séparer serait difficile pour lui. Tullio savait qu’il aurait besoin d’un moment avant d’arrêter de les imaginer tout le temps. Il voulait sentir la main chaude de son frère passer dans ses cheveux, son étreinte rassurante. Ses lèvres doucement posées sur les siennes, et sa voix le rassurant. Il voulait vraiment qu’il lui confirme que tout cela n’était pas qu’un rêve.

Il avait besoin qu’Isaia le rassure et lui fasse des promesses, fussent-elles ridicules. Mais la situation était tellement compliquée, tout était contre lui ... Alors il avait besoin d’un peu de certitudes. Pas grand-chose, juste de quoi se rassurer. Tullio pensait encore et encore à ce qui l’attendait le soir même, et il finit par s’endormir. Epuisé de trop de réflexion, d’extrapolations et de conjectures. Il ne dormit pas longtemps, et pourtant quand il se réveilla il prit conscience que le temps était vraiment le roi des salauds.

Il était bien plus tard que prévu, lui qui comptait finalement écouter son frère, et y aller vers l’heure du repas pour peut-être casser la tension par une pizza ou quoi, voilà qu’il était déjà neuf heures du soir. Paniqué, Tullio se leva en vitesse. Sa douche, il l’avait prise en rentrant de son footing improvisé et il était à peu près bien habillé. Il aurait aimé se faire plus beau pour l’homme qu’il aimait, mais il n’avait pas le temps. Et évidemment, quand il voulut l’appeler pour le prévenir de son retard, batterie épuisé.

Se saisissant de ses clés de voiture, Tullio sauta dedans et conduisit aussi vite que possible jusque chez son frère qui heureusement n’habitait pas loin. C’est quatre à quatre qu’il monta les escaliers pour sonner à sa porte. Il était essoufflé, ses cheveux plaqués sur son front, haletant, et en retard. En plus, l’angoisse le rattrapait au galop. Il aurait dû être anxieux toute la fin de journée et stresser jusqu’à l’arrivée devant cette porte, aussi toute la panique qu’il n’avait pas eu le temps de sentir monter le rattrapa en un instant, et Tullio sentait son ventre se nouer et sa gorge se serrer.

Il sonna.
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: Accidentally in love   Mar 30 Oct - 11:16

Isaia avait choisi un bel appartement, quand il s'était décidé pour celui-ci. Plafond aux poutres apparentes, pittoresque et charmant. Ça n'avait en aucun cas fait partie de ses critères quand il avait choisi celui-ci plutôt qu'un autre, mais maintenant qu'il était allongé sur son canapé, et qu'il regardait les volutes de la fumée de sa cigarette s'élever dans les airs et se dissiper là-haut, il trouvait ça beau.

Cigarette. Il avait fumé, quand il était jeune - on n'était pas l'idole de son lycée sans passer par là. Ne pas fumer, c'était bon pour les nuls, les has been, les cassos, les intellos, mais quand on avait seize ans, qu'on s'appelait Isaia et que la moitié des filles du bahut ne rêvaient que de coucher avec vous, fumer était comme une obligation. Fumer, c'était in. Tout simplement. Sa première cigarette lui avait arraché la gorge, et il se rappelait qu'il avait détesté ça. Il avait continué tout de même. Il était intelligent, à l'époque, assez pour savoir que c'était un gâchis de plein de choses, mais pas assez pour parvenir à se détourner de la masse.

Une fois le lycée fini, il y avait eu le conservatoire de Paris, et là, il avait continué par ci par là, mais en France, les cigarettes coûtaient un prix exorbitant, et c'était ce qui l'avait poussé à arrêter. Difficile, mais pour oublier son addiction, il s'était jeté dans le piano à corps perdu (c'est à dire, encore plus qu'avant) et ça l'avait aidé - on ne pouvait pas pianoter tout en fumant une cigarette. En plus, ça avait eu des avantages, il avait pu à nouveau sentir le goût de certains aliments, sentir certaines odeurs subtiles quand il se baladait dans la nature, bref, ça n'était pas inutile. Simplement, lorsqu'il était stressé, et qu'il avait les nerfs en pelote, ne pas avoir de cigarette, c'était difficile - mais la sensation aussi avait fini par passer avec les années.

Sauf que ce soir, il était vraiment très stressé. TRÈS stressé.. Il n'aurait pas été au point de descendre dans la rue pour aller acheter un paquet, mais Valentino (qu'il avait lui-même initié quand ils étaient au lycée, quel malheur) avait oublié son paquet quand il était passé chez lui deux jours auparavant. Son paquet à moitié plein. Et Isaia, qui faisait les cents pas dans son appartement depuis au moins une demi-heure, avait laissé son regard tomber dessus, et brusquement, il avait senti qu'il ne pouvait plus faire sans. Les mains tremblantes, il avait sorti une cigarette du paquet, l'avait tenue entre ses lèvres, avait désespérément fouillé dans ses placard pour trouver, à défaut d'un briquet, des allumettes, et avait nerveusement gratté l'allumette contre le côté de la boîte. La flamme avait jailli, elle avait allumé la cigarette, et la nicotine qui était descendue dans les poumons d'Isaia avec sa première inspiration lui avait procuré à la fois un indicible soulagement et une terrible sensation de déception - envers lui, envers sa propre faiblesse, envers sa stupidité.

Oh oui, il était stupide. Vraiment stupide. Pour mieux se le prouver, à peine la première cigarette terminée, écrasée dans une coupelle à thé, il en avait allumé une deuxième. C'était celle là qu'il fumait pensivement, la tête sur l'accoudoir de son canapé, ses trop longues jambes dépassant de l'autre côté. Il ne voulait pas l'admettre, mais il attendait intérieurement le coup de fil de la police qui le préviendrait qu'on avait retrouvé son frère quelque part, en mauvais état, voire peut-être mort. Fumer, c'était nul de sa part, mais ça empêchait son estomac de se serrer avec le stress (pour l'instant, du moins), et c'était déjà bien.

Son frère lui aurait vraiment fait voir de toutes les couleurs...

Il n'avait pas touché au dîner sur la table. Il avait envisagé de le jeter à la poubelle (de toute façon, les papillotes de saumon entourées de bacon étaient froides, maintenant, tout comme les tagliatelles et la sauce au citron), mais il n'avait pas eu le courage. Jeter la nourriture, c'était un geste très symbolique, ça signifiait qu'il laissait tomber ; et quelque part, il ne pouvait pas encore abandonner l'espoir (en dehors du fait que c'était du gâchis et qu'il n'aimait pas ça).

Même si on pouvait s'interroger. Y en avait-il, de l'espoir ? Il avait appelé son frère, et il était tombé sur la messagerie. Ça voulait à la fois tout dire et rien du tout, alors Isaia avait préféré ne rien imaginer - de toute façon, son esprit en faisait toujours trop... Quand à son numéro de fixe, il ne l'avait pas : encore quelque chose qui lui montrait que toutes les barrières n'étaient pas tombées, entre eux.

Il avait envisagé de se lever pour mettre de la musique, pour penser à autre chose, mais il n'avait pas la tête à ça. Il avait faim, il avait l'estomac noué, et ses jambes lui semblaient vides, sans force - il n'aurait pas été certain de réussir à se lever pour ça. Il se sentait faible. La cigarette, sans doute ? Trop de nicotine après des années passées sans ?

Au moins, ça avait réussi à lui anesthésier un peu l'esprit. A tel point, même, que lorsqu'on frappa à la porte, il ne bondit pas comme il s'était attendu à le faire toute cette soirée. Il regarda la volute de fumée se dissiper, puis, lentement, il ramena ses longues jambes vers lui et il se mit en position assise. Puis il tira une bouffée, à nouveau, écrasa sa cigarette dans la coupelle de thé, et se leva pour aller ouvrir la porte. Très calme - même lui, il se faisait peur.

Qui était derrière cette porte ? La vieille voisine du dessous qui venait se plaindre de l'odeur de la cigarette, la police qui venait lui apporter des mauvaises nouvelles, quelqu'un qui venait faire signer une pétition ? Tullio ?

Est-ce qu'il avait envie de savoir ?

Lorsqu'il ouvrit la porte, et découvrit le visage essoufflé, altéré, de son frère derrière, ce fut comme un maelström de sentiments à l'intérieur de lui, brisant d'un seul coup le calme qu'il affectait depuis un moment. Tullio était beau. Isaia voulait l'embrasser, le toucher, lui faire mille choses que la morale réprouvait - et d'un autre côté, à le voir, là, comme ça, il se rendit brutalement compte qu'il était furieux. Maintenant que la peur de l'imaginer mort quelque part venait de s'évanouir, l'ampleur de sa colère lui paraissait infinie. Plus encore, sur le coup, que les sentiments qu'il nourrissait pour lui.

Alors, lentement, les gestes contenus, il s'effaça pour faire rentrer Tullio dans son appartement.

- Je me demandais si t'étais pas en train d'agoniser sur le bord d'une route, dit-il lentement.

Il ne fallait pas qu'il cède à la colère. Tullio devait avoir ses raisons, et il allait probablement les lui expliquer, et quand Isaia saurait, il comprendrait. C'était obligé.

... C'était bien beau de se dire ça, mais Isaia n'était pas aussi sage. Il était impulsif, déraisonnable, et pire encore, il était amoureux. Et il était en colère. Il ne put s'empêcher d'ajouter d'une voix froide, en claquant un peu brutalement la porte de son appartement :

- A moins que je sois le seul à avoir cru qu'il s'agissait de quelque chose à prendre au sérieux.

Il regretta les paroles dès qu'elles s'échappèrent de ses lèvres. Tullio le prenait au sérieux, il le savait. Tullio ne savait dire que la vérité, et Isaia l'avait entendu dire de ses propres lèvres qu'il était amoureux de lui. Ça ne pouvait pas être un mensonge. Ça aurait dû suffire, non ? Mais Isaia s'était fait un tel sang d'encre...

Bordel, pourquoi avait-il fallu que ce soit aujourd'hui qu'il soit en retard, juste aujourd'hui ? Il aurait pu être en retard n'importe quand, alors pourquoi aujourd'hui, alors qu'une discussion cruciale les attendait ? Isaia leva les yeux vers Tullio, et regretta encore plus d'avoir laissé échapper des paroles un peu blessantes - Tullio était trop précieux pour être blessé à nouveau.

Retenant un soupir, Isaia se passa la main sur les yeux.

- Pardon, murmura-t-il en se rapprochant de Tullio. Je suis désolé de t'engueuler. J'étais inquiet. Je me demandais s'il ne t'était pas arrivé quelque chose...

Il avait l'air d'aller bien. Il était juste un peu débraillé, avec des mèches folles dans ses cheveux, mais ça ne changeait en rien le fait qu'Isaia le trouvait beau - magnifique, même.
Trop pour contenir ses instincts.

Avec une certaine brutalité, il saisit Tullio par le poignet, et le tira à lui pour se jeter sur ses lèvres ; il y avait pensé toute la journée, c'était trop lui en demander que de résister alors qu'il les avait sous les yeux... Sans compter que, si Tullio avait été contre, il n'aurait rien fait, mais le souvenir de son frère le suppliant de le prendre sur le sol de la salle de piano était encore bien présent. Et même si son retard de deux heures signifiait qu'il avait changé d'avis, qu'il n'était plus amoureux de lui, ou quoi que ce soit dans ce genre - eh bien tant pis.

- Pourquoi c'est justement aujourd'hui que tu choisis d'être en retard, crétin ? murmura-t-il entre les lèvres de Tullio, avant de les happer à nouveau et de les dévorer passionnément.

Mais au moins, il était venu... L'issue de la discussion n'était pas encore jouée, mais au moins, au moins, il était venu.
C'était déjà ça.
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: Accidentally in love   Mar 30 Oct - 19:41

Pourquoi il arrivait à être en retard un jour comme ça ? ça ne lui ressemblait pourtant pas. Depuis tout petit, Tullio avait compris que la spontanéité était primordiale. Aux examens, aux rendez-vous, aux diners de famille, aux entretiens d’embauche. Cela faisait de lui un bon écolier parfait, qui répondait aux attentes de tous. Contrairement à Isaia, il avait toujours été irréprochable. Celui qu’on ne voit même plus tant il se fond dans l’habituel. Jamais un écart, jamais un pas de travers ou une erreur. Il ne s’était jamais autorisé de manquer un rendez-vous pourtant ennuyant ou inintéressant. Restant toujours parfait, toujours le bon petit Tullio idéal et présent. Dans l’ombre, discrètement, mais présent.

Et là, il était en retard. Alors que c’était sans doute le jour le plus important de sa vie. Il jouait beaucoup, là. Son avenir, dans sa famille mais aussi dans sa vie amoureuse. Et une amitié, qu’il avait réussi à gagner difficilement, en faisant confiance peu à peu, en s’habituant à la présence de son frère à ses côtés. En retard pour réitérer sa déclaration, pour espérer en recevoir une en retour. Pour parler de ce qui allait déterminer le restant de son existence. Pourquoi était-il en retard ? C’était la seule question qui tournait en boucle dans son esprit, alors qu’il roulait vers Isaia. Déjà 21h … Il était bien trop tard.

Il était bien trop tard. Isaia n’allait sans doute même pas lui répondre. Il allait lui refermer la porte au nez ou même ne pas lui ouvrir. Lui dire que c’était trop tard et qu’il avait loupé la chance de sa vie. De leur vie. Tullio se serait pendu sur place, s’il avait pu. Ou se planter en voiture. Foncer dans cet arbre, au bord de la route. Se laisser aller, oublier cette culpabilité, cette honte. Ce dégoût de lui-même, d’avoir dormi comme s’il se fichait totalement d’eux, comme s’il pouvait rester détendu alors qu’il était mort de trouille depuis des heures, qu’il ne tenait plus en place. Qu’il avait envie de foncer chez lui pour lui jurer de ne jamais le quitter. Pour lui demander d’emménager chez lui.

Mais il savait que c’était bien trop rapide, qu’il ne pouvait pas lui dire ça. Qu’il ne pouvait pas risquer de le faire fuir plus encore plus qu’avec sa déclaration d’un peu plus tôt. C’était beaucoup trop risqué. Il allait devoir éviter juste le sujet « et sinon, qu’est ce que tu vois pour notre avenir ? » et quelques autres, au risque de virer cramoisi et de fuir loin. Si tant est qu’il soit capable de quitter les bras qu’il comptait rejoindre pour rentrer chez lui. Il s’imaginait déjà en train de bafouiller quelques questions honteuses et timides, tandis que son frère le regarderait de haut.

D’ailleurs, Isaia avait-il déjà couché avec un homme ? La question l’angoissait d’autant plus … Où en était-il, niveau expérience ? Si ça se trouve, il s’y connaissait déjà. Il pratiquait. Il avait déjà connu des hommes. Dans quelle position était-il ? Comment faisait-il l’amour ? Il en avait tellement rêvé, et maintenant, face à la possible réalité, il paniquait comme n adolescent. Lui n’avait jamais essayé, ne connaissait pas la sensation d’un autre corps d’homme contre lui, en lui … Rougissant dans les escaliers qu’il grimpait quatre à quatre, c’est les joues encore cramoisies qu’il frappait à sa porte.

Mais toutes ces questions seraient superflues s’il disait non, s’il le renvoyait, s’il lui disait que c’était terminé avant même d’avoir commencé. Tullio savait déjà que ce serait uniquement de sa faute s’il en ressortait le cœur brisé. Ce qui serait probablement le cas, s’il n’avait pas le droit à un dernier baiser. Il voulait se souvenir de ces lèvres, de ces bras. Il était même prêt à le supplier d’un dernier instant avec lui, à s’agenouiller pour un baiser, à faire une crise pour le sentir contre lui une dernière fois. C’est avec toutes ces suppliques aux lèvres qu’il attendait ce qui lui parut être une éternité. Il … Il allait juste l’ignorer, même pas lui dire que tout était fini ? Tant pis. Tullio s’était résolu à rester là toute la nuit. Isaia devrait bien sortir de son appartement, un jour. Alors oui, il attendrait. Juste pour pouvoir s’expliquer. L’entendre.

Et enfin, son visage. Comme dans son souvenir. Juste un peu plus froid qu’auparavant, que lors de leur séance bisouillage. Les cheveux blonds, les yeux captivants, le corps si désirable … Tullio prit beaucoup sur lui pour ne pas plonger directement à ses pieds et commencer à le supplier. D’abord, lui laisser la possibilité de ne pas le rejeter. Croire en lui.

- Je me demandais si t'étais pas en train d'agoniser sur le bord d'une route.

Euh ? Que pouvait-il répondre à ça, exactement ? Surtout qu’il y avait pensé, à se planter sur la route. Par pure envie de fuir ce qui l’attendait ce soir. Pour effacer sa panique, pour ne pas se confronter à la terrible possibilité de la fin. Qui semblait se profiler ce soir. Tullio avait envie de s’excuser, de s’aplatir, de lui expliquer. Mais il n’y arrivait pas. Aucun mot ne franchissait ses lèvres. Il entra comme un automate, juste soulagé qu’il ne lui claque pas la porte au nez. De loin, il pouvait voir la préparation. La lumière, le repas (qu’est ce que j’ai ri sur le menu XD), tout. Il avait pensé à tout. Son cœur se serra dans sa poitrine, et il eut encore plus envie de s’effondrer en excuses dans ses bras.

Il se sentait nul. Pitoyablement nul. Son frère … Non, Isaia. Isaia avait prévu tout ça pour lui, et lui il s’était endormi … Il avait loupé l’occasion de passer une excellente soirée avec lui, en partageant un bon diner avant de discuter tranquillement et de relativiser ce qui leur arrivait. Il voulut parler, enfin articuler quelque chose pour lui dire. Mais Isaia reprit la parole. La voix froide, le regard dur, l’attitude distante. Le son morbide de la porte qui claque fut comme un coup de poing dans son ventre, et les paroles de l’homme qu’il aimait le figèrent sur place.

- A moins que je sois le seul à avoir cru qu'il s'agissait de quelque chose à prendre au sérieux.

- Je …

Et rien d’autre ne sortit. Il était juste incapable de plus. Tullio eut l’impression de mourir un peu, en une phrase. Comment … Comment pouvait-il penser qu’il n’était pas sérieux ? Qu’il jouait avec lui ? Alors qu’il l’aimait plus que tout. Il … avait accepté de lui pardonner, de le laisser entrer dans sa vie puis dans son cœur. Le jeune sommelier hésitait entre les pleurs et la colère. C’est finalement un mélange qui en sortit, le rendant tout tremblant d’adrénaline. La course, le retard, les sentiments, la peur, tout ça était en train de le renverser profondément.

- Non je … Bien sûr que non. Je prends ça au sérieux. Je … Je joue tout juste en cet instant, Isaia …

Sa voix tremblait et il essayait de retenir son malaise. Il avait envie de courir très loin, maintenant. De ne jamais revenir face à Isaia qui lui reprochait à raison d’avoir complètement foiré. Alors que lui avait préparé toute leur soirée. Il le regarda avoir un geste de lassitude, et se demanda ce qu’il devait en tirer. Apparemment, que son cœur pouvait recommencer à battre. Parce que ce qui suivit lui redonna un peu espoir.

- Pardon. Je suis désolé de t'engueuler. J'étais inquiet. Je me demandais s'il ne t'était pas arrivé quelque chose...

- Excuse-moi, je ne voulais pas t’inquiéter. Je me suis endormi bêtement après avoir pensé à toi toute la journée, et je n’avais plus de batterie pour te prévenir je … Je suis désolé. J’aurais aimé être là. Je suis là. Pour moi ça compte tellement et …

Le jeune homme, abandonné, misérable, se laissa totalement faire. Et en un instant, il oublia tout. Sa bêtise, leur discussion, leur situation, tout cela était brutalement très très loin. Parce que Isaia l’embrassait. Les lèvres auxquelles il avait tant pensé étaient soudées aux siennes. Oh Gosh. Il l’embrassait. Rien n’était perdu, alors. Il le sentait contre lui, là. Et c’était comme donner à boire à un assoiffé, redonner des jambes à un handicapé, offrir la vue à l’aveugle. Tullio se sentait enfin entier, seulement maintenant. Il n’était plus bien qu’entre ces bras, contre ces lèvres. C’était à présent une certitude, une évidence. Tullio ne pourrait sans doute jamais se passer de cette relation. Le nier, imaginer le contraire, c’était se voiler la face. Il pouvait toujours faire semblant mais cette chaleur lui était devenue indispensable.

Sans Isaia, il se sentait désespérément seul, inachevé. Il répondit donc à ses lèvres avec une envie évidente, glissant ses bras autour de sa taille pour l’attirer à lui et enlacer son corps. Il était chaud, alors que lui avait conduit dans une voiture qui n’avait pas eu le temps de chauffer. Il était frigorifié, et soudain la vie l’entourait, le rassurait. Isaia ne lui en voulait pas au point de le laisser se noyer dans les explications, terrifié par son attitude lointaine. C’est à regret qu’il le laissa parler alors que lui reprenait sa respiration.

- Pourquoi c'est justement aujourd'hui que tu choisis d'être en retard, crétin ?

- Je … Peut être justement parce que c’était important. Je suis un sale con. Mais embrasse-moi encore …

Il le reprend, franchissant la barrière de ses lèvres pour venir caresser sa langue de la sienne et y trouver du réconfort. Juste le temps de se remettre de ses émotions, de faire le plein de suffisamment d’émotion. Après … Après, il verrait.

- J’aimerais que tu ne cesses jamais de faire ça. Que tu n’arrêtes jamais de m’accueillir de cette façon.

Tullio ferma les yeux, enfin. Les explications seront pour plus tard. Pour l’instant, il veut juste savourer.
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: Accidentally in love   Mer 31 Oct - 18:37

C'était étrange, quand il y pensait. Il y avait des milliards de personnes sur cette Terre. Femme ou homme, il aurait eu de quoi se servir jusqu'à la fin de sa vie, et pourtant, pourtant... il se décidait pour Tullio. Son frère ; sinon son vrai frère, du moins une personne avec qui il avait vécu toute son enfance - et encore, la nouvelle de leurs ADN différents n'avait pas réussi à vraiment effacer, dans son esprit, plus de vingt ans de certitudes à ce sujet. Pour lui, celui qui se tenait en face de lui était son vrai frère, son frère de sang.

Pourquoi fallait-il que ça tombe sur Tullio ? Pourquoi, si ce n'était pas lui, ça n'allait pas ? Pourquoi fallait-il que ce soit ses lèvres qui lui fassent un tel effet, et pourquoi, celles des autres, ça ne marchait pas ? Est-ce que c'était parce que c'était un garçon ? Est-ce qu'Isaia était gay sans s'en être jamais aperçu ? Il fallait admettre que ça avait de quoi faire peur.

Mais lorsqu'il le voyait... et qu'il posait ses mains sur sa peau, qu'il l'attirait à lui, qu'il l'embrassait, brusquement, il avait l'impression que plus rien ne comptait. C'était Tullio. Personne d'autre ne pouvait avoir la même odeur, avoir les cheveux aussi doux, personne ne pouvait le regarder de la façon dont Tullio le regardait.

Oh, god... C'était tellement dur de devoir lâcher ses lèvres. Il aurait voulu y rester soudé jusqu'à la fin des temps, là, dans cet appartement, cachés aux yeux de tous, jusqu'à devenir vieux. La planque idéale, juste eux deux. Une belle utopie...

Il écouta vaguement les excuses de Tullio à ses reproches ; ainsi, le brun avait réussi à s'endormir, tout de même ? Lui, l'imminence d'une discussion sérieuse avait agi comme de la caféine sur lui, et l'avait rendu incapable de se calmer. (Bon, peut-être que la caféine y était effectivement pour quelque chose, si on considérait qu'il avait bu trois ou quatre tasses avant de rentrer chez lui.) Mais bon... C'était peut-être de cette façon que Tullio évacuait le stress. Il ne pouvait pas savoir, il ne l'avait jamais vu stressé auparavant... Et puis, de toute façon, il commençait à mieux connaître son frère, mais on ne pouvait pas dire qu'il savait le Manuel du Petit Tullio jusqu'au bout des doigts. Par bien des côtés, l'autre était encore une énigme.

"Je … Peut être justement parce que c’était important. Je suis un sale con. Mais embrasse-moi encore …"

Gosh. Isaia avait envie de lui dire que c'était malin, que ça n'allait pas le servir dans sa vie si c'était toujours les rendez-vous importants qu'il foirait, mais Tullio qui lui demandait de l'embrasser, urgh, crise cardiaque en vue. Il aurait aimé faire plus que ça. Le renverser sur le canapé, et...

Et quoi ? La chose apparut brutalement dans toute son ampleur dans la tête d'un Isaia qui, trop perturbé de ressentir quelque chose pour son frère, n'y avait jamais songé : il ne savait pas comment on couchait avec un garçon. Avec une fille, c'était fastoche, petite culotte roulée sur les chevilles, un peu d'excitation, du lubrifiant parfois pour les plus arides, et hop, c'était plié en deux temps trois mouvements, avec tout le doigté (sans mauvais jeu de mots) d'un virtuose de la chatte.

Un garçon, c'était loin d'être pareil. Et Isaia n'avait aucune information sur le sujet, car il n'avait jamais regardé un porno où deux mecs se touchaient, il n'avait jamais poussé la curiosité jusqu'à se renseigner sur Internet, ne se sentant pas concerné, et donc, maintenant qu'il se trouvait devant un fait, pas encore accompli, mais qui risquait de l'être sous peu, voilà qu'il était bien embêté.

Mais s'il ne se trompait pas, et il ne pensait pas se tromper là-dessus... Coucher avec un mec, ça signifiait un dominant et un dominé. Ça signifiait un pour qui c'était un peu comme de sodomiser une femme (du moins... ça devait y ressembler, plus ou moins...) et l'autre pour qui... l'expérience serait radicalement différente de d'habitude.

Et qui serait celui-là ?

Bon, se fustigea Isaia mentalement. On n'en est pas encore là (si jamais on l'est un jour), pas la peine de mettre la charrue avant les bœufs.

"J’aimerais que tu ne cesses jamais de faire ça. Que tu n’arrêtes jamais de m’accueillir de cette façon."

Merde. Et pourtant, c'était pas l'envie qui lui manquait, de mettre la charrue devant les bœufs, quand Tullio lui sortait des choses aussi douces. Isaia avait envie de répondre que s'il voulait qu'il l'accueille sans arrêt de cette façon, il n'y avait qu'à demander, et il se ferait un plaisir d'exécuter.

Sauf que quelque part, il devait y avoir un dysfonctionnement entre ses pensées et ses actes, parce que, alors que tout ce qu'il aspirait à dire, c'était "bien sûr, évidemment, laisse-moi t'embrasser encore", ce qui sortit réellement de sa bouche, une fois qu'il l'eut séparée de celle de Tullio (difficilement, il fallait bien l'avouer), c'était :

- Tullio, il faut vraiment qu'on en parle... C'est pas que je sois fan des discussions sérieuses, mais là, il faut qu'on en parle...

Tirant par le poignet son frère, qu'il n'avait toujours pas lâché depuis tout à l'heure, il l'emmena vers le canapé, pour l'y faire asseoir tranquillement, avant de lui amener un rafraîchissement (c'était toujours plus facile avec de l'alcool dans le sang), sans oublier bien évidemment d'en ramener pour lui également.

- Tullio... Désolé de demander ça, mais... ça me paraît tellement dingue, cette histoire, il faut que je confirme... Tu... tu es vraiment... amoureux de moi ?

Oh là là, ils avaient eu du mal à passer, les mots. Bordel, pourquoi avait-il accepté d'avoir cette discussion ? D'accord, la salle de piano, c'était pas le meilleur endroit pour en parler, mais que c'était stressant, de l'avoir là, juste en face de lui, et de lui parler de telles choses !

Et si Tullio disait non ? Et si Tullio disait oui ? Quelle était la pire des deux solutions ? Quoi qu'il en soit, Isaia l'observait, anxieux (et son ventre qui grouillait de faim n'arrangeait rien).

D'un autre côté, il avait tellement de questions... Depuis quand ? Pour quelle raison ? Comment ça se faisait ? Oui, d'abord, comment était-il possible que Tullio l'aime, lui ? C'était tellement improbable, après tout ce qu'ils avaient vécu...

Il jeta un regard inquiet à Tullio, attendant une réponse qui serait forcément la vérité, tout en se demandant s'il avait réellement envie de l'entendre.
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: Accidentally in love   Mer 31 Oct - 19:26

Soudainement, Tullio ne voulait plus du tout parler. Il ne voulait pas affronter une discussion qui allait certainement aborder des points épineux. Parce que le jeune sommelier ne se faisait pas d’illusions. Même s’ils arrivaient à une conclusion plus ou moins heureuse, il y aurait des points qu’il fallait aborder. Espérer que tout se passe bien, sans problème ni difficulté, c’était encore plus naïf que de croire au Père Noël. Et Tullio ne croyait plus au Père Noël depuis bien longtemps. Depuis que les cadeaux de fin d’année qu’il recevait étaient toujours choisis par défaut, ses parents ne lui réclamant pas vraiment de liste de vœux alors qu’Isaia courrait partout avec la sienne. Ils partaient du principe que s’il voulait quelque chose, Tullio le dirait.

Mais toute sa vie, Tullio n’avait jamais dit ce qu’il désirait, ce dont il avait envie. Parce que son frère prenait toute la place, parce qu’il ne savait même plus ce qu’il voulait vraiment à force d’entendre Isaia répéter ce que LUI voulait. Une bouffée de colère remonta soudain à la surface de son esprit, qu’il chassa immédiatement contre les lèvres dudit frère responsable de cette colère. Ce n’était pas entièrement sa faute, et puis il lui avait pardonné … Il fallait maintenant passer outre cette prise de conscience, ce souvenir inopportun qui l’avait fait se figer en plein milieu d’un baiser particulièrement agréable. Qu’il reprit pourtant par la suite, sans remarquer qu’il avait maintenant un petit goût d’amertume. Les vieilles rancœurs étaient difficiles à oublier, même s’il était certain d’aimer ce nouveau Isaia, l’ancien était encore là avec ses sourires espiègles et moqueurs. Son ombre planait encore sur son comportement.

Mais Tullio aussi avait changé. Maintenant, il savait ce qu’il voulait, maintenant il savait où il allait. Il voulait Isaia, dans ses bras, dans son lit, en lui… Ses joues virèrent au cramoisi en pensant cela, et il se serait donné des claques de réveiller ainsi son désir qui commençait à croitre entre ses jambes. Ce n’était pas le moment ! Il s’écarta imperceptiblement de son frère, juste pour éviter qu’il ne sente cette nouvelle émotion qu’il aurait préféré garder pour plus tard, dans l’optique où il se passerait quelque chose. Avant … avant ils allaient devoir parler, s’exprimer, se calmer. Arrêter de l’embrasser. Ce qui, rien qu’à y penser, paraissait hautement infaisable alors qu’il coulait ses lèvres contre celles d’Isaia. Comment cesser de l’embrasser plus de quelques secondes alors qu’il n’avait pas du tout calmé sa soif d’Isaia ?

Mais oui, parler. De quoi, Tullio le savait sans vraiment s’en faire une idée claire. D’eux, sans doute. De leur … « relation ». Ce mot lui faisait peur autant qu’il lui procurait des frissons de plaisir dans la colonne vertébrale. Pouvait-il dire qu’ils avaient une relation ? C’était sans doute un peu tôt, et tout découlerait certainement de cette présente discussion. De leur possible relation, donc. De ce que cela impliquait, des problèmes. Peut-être allaient-ils pouvoir parler des soucis techniques et des questions pratiques, avant de passer à l’acte et de s’arrêter en plein milieu pour ne plus savoir quoi faire ? Tullio en mourrait certainement de honte, mais au fond il aurait aimé pouvoir en parler.

Parce que lui, y avait réfléchi, même si ce n’était qu’en fantasme. Il avait souvent atteint le septième ciel en s’imaginant s’enfoncer dans le corps de son frère -et rien que cette pensée impie réveilla à nouveau son entrejambe qu’il avait auparavant calmé-, mais le contraire ne le rebutait pas. Il était prêt à ça, pour son frère. C’est sans doute ce qui se passerait au début, si début il y avait après ce soir. Ce soir, peut-être. Parce qu’Isaia refuserait de réaliser son attirance et de se soumettre dans la même journée. Alors soit, Tullio était prêt à se plier aux exigences de ce genre de galipettes avec un autre homme. Même si, à son humble avis, il serait bien incapable de retirer un plaisir personnel à … ça. Sûrement du plaisir d’en donner à Isaia, mais il se voyait mal aimer ce genre de pratique. Peu importait, si cela lui permettait de ne faire qu’un avec l’homme qu’il aimait …

Voilà de quoi Tullio aurait aimé parler, mais connaissant son frère ça risquait de ne pas être ça. Etonnamment, si Isaia avait toujours été très cool, Tullio était le plus tolérant et le plus ouvert des deux. Une relation entre hommes ne l’avait jamais rebuté, bien qu’avant cela il n’ait jamais été attiré par quelqu’un de son sexe. Alors lui se moquait un peu du regard des autres ou autres conneries du genre, ce qui ne serait sans doute pas le cas d’Isaia. Passé l’émotion première, il y avait sûrement réfléchi. Etait arrivé à une conclusion, peut-être, même si Tullio aurait préféré qu’il l’attende pour cela. Alors oui, il était temps de discuter. Mais après. Encore un baiser, encore une caresse, une étreinte, un petit peu de …

- Tullio, il faut vraiment qu'on en parle... C'est pas que je sois fan des discussions sérieuses, mais là, il faut qu'on en parle...

Ah, non. C’était fini. Déjà … Tullio poussa un petit gémissement de frustration en le sentant s’éloigner. Il aurait aimé continuer pendant des heures … Pourtant, Isaia quitta ses lèvres, laissant Tullio encore plus essoufflé qu’à son arrivée, toute chose, un peu tremblant et les lèvres rougies par l’effort. Il ne quittait pas son frère des yeux, ce dernier l’entrainant sur son canapé. Tullio prit le temps, tandis qu’Isaia allait chercher à boire, de détailler l’appartement. Et ce qu’il voyait lui plaisait. Son frère avait toujours eu bon goût, et l’architecture était des plus intéressante, autant que séduisante. Il prit machinalement ce qu’il lui tendait et bu une gorgée avant de se redresser et d’essayer de se retenir de lui sauter dessus à nouveau pour l’embrasser encore et encore. Si bien que son regard était dur, de concentration, et qu’il faillit louper le petit discours de son frère.

- Tullio... Désolé de demander ça, mais... ça me paraît tellement dingue, cette histoire, il faut que je confirme... Tu... tu es vraiment... amoureux de moi ?

Pour se donner une contenance, Tullio but encore. C’était bien bon … Puis il prit son courage à deux mains, plongeant dans les prunelles d’Isaia. Y cherchant le doute, les regrets, ou au contraire l’émotion et l’impatience qui se reflétaient justement dans ses yeux à lui.

- On pourrait peut-être commencer par manger ce que tu as préparé ? Je travaille dans un restaurant, je suis un as du réchauffage. Laisse-moi faire au moins ça pour toi, et on pourra commencer à parler en mangeant.

Il marqua une pause, souriant comme à son habitude depuis quelques temps, avec lui. Tendrement. Il vint doucement reprendre la main de son frère et posa sa paume sur le dos de celle-ci, caressant du bout du pouce la peau offerte. Comme pour le rassurer, avant de répondre à sa question, incertain des mots à employer. Détourner la question, lui dire en face la toute vérité ? Qu’est-ce qu’Isaia attendait de lui, au juste ? Qu’il lui promette de ne pas être amoureux ? Il en était incapable … Alors c’est tout simplement qu’il répondit.

- Oui. Je sais que ça te fait peur, je suis désolé mais … je ne peux pas te le cacher. C’est comme ça, même si moi-même je ne sais pas quand je m’en suis rendu compte. La frontière entre l’attirance et … le sentiment amoureux, s’est fait sans que je m’en aperçoive. Je suis désolé. Je peux essayer de refouler ça, si tu veux. Je comprends que ça soit un peu trop …

Il lui souriait toujours, même si de la réponse d’Isaia dépendait la survie de son cœur. Qu’il lui dise que c’était une bonne idée, et ses espoirs allaient se briser dans l’œuf, se fissurer et redevenir poussière. Ce serait une bonne chose, au fond. Ce serait réglé.
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: Accidentally in love   Jeu 1 Nov - 18:57

Le malaise était là, indubitablement. Isaia le sentait entre eux, sans exactement savoir à quoi il était dû. Le retard de Tullio qui avait provoqué son éclat de colère quand il avait ouvert la porte ? Ou alors l'idée que ces lèvres, peu importait à quel point elles étaient sexy et à quel point il les voulait, appartiennent à son frangin ? Ou alors la prévision de ce qui allait suivre, cette discussion qui ne serait certainement pas folichonne ?

Il fallait dire ce qui était : Isaia était stressé. Oh, et pourtant, il n'était pas de ce genre là, non. On ne devenait pas prof de piano quand on était stressé, parce que le boulot, ce n'était pas simplement donner des cours à des abrutis de gamins, c'était aussi jouer en public quand il le fallait, et il le fallait très souvent.

Isaia en avait vu, des gens stressés. Des camarades qui flippaient avant chaque examen, avant chaque audition. Des élèves pâles de stress, aux doigts glacés, aux jambes tremblantes. Des élèves qui parfois jouaient leur morceau et s'arrêtaient brusquement, devant le public, pour se mettre à fondre en larmes parce qu'ils ne se souvenaient plus de la suite. Lui, étonnamment, n'avait jamais été de ce genre là.

Bien sûr, il y avait la petite excitation nécessaire, l'adrénaline qui courait dans les veines, la conscience plus aiguë qu'à l'ordinaire, le temps qui filait plus vite, et qui était en même temps plus dilaté, mais il aimait jouer du piano devant les gens. Il aimait se montrer, exhiber ses talents, il aimait qu'on dise de lui qu'il était le meilleur, et il l'était souvent. Le trac, bien sûr, il le ressentait, mais juste un instant, avant d'entrer en scène, et c'était vite balayé par l'excitation.

En revanche, là, le stress qu'il ressentait semblait se fondre dans tout son corps, se glisser dans ses veines, se propager partout. Et son cœur, qui battait comme un fou, est-ce que c'était à cause de cette peur irrationnelle, ou est-ce que c'était à cause de Tullio ? Même ça, il n'aurait su le dire.

Maintenant, il fallait dire que Tullio n'avait pas l'air franchement mieux non plus. Ses lèvres étaient parfois hésitantes, ses mouvements aussi, tout comme ceux d'Isaia, et pour le blond, c'était une expérience franchement nouvelle. D'habitude, il savait où il allait. Il se repérait sur les corps des filles comme s'il était né avec un GPS intégré. Sauf que là, le GPS plantait, et Isaia n'avait pas appris à se débrouiller sans - c'était bien malheureux.

Bon, il trouverait bien une solution. Il n'était pas Isaia pour rien.

"On pourrait peut-être commencer par manger ce que tu as préparé ? Je travaille dans un restaurant, je suis un as du réchauffage. Laisse-moi faire au moins ça pour toi, et on pourra commencer à parler en mangeant."

Isaia ne put s'empêcher de penser, un peu amèrement, que si Tullio avait été à l'heure, ils n'auraient pas eu besoin de le réchauffer. Enfin, de toute façon, c'était hors de question de le laisser faire : ils étaient ici chez lui, c'était lui qui s'en occupait, point barre.

- C'est moi qui vais le faire, t'inquiète. Je ne suis pas mauvais non plus en réchauffage.

Étouffant un soupir de nervosité, il ramena les pâtes et le poisson en cuisine. Bizarrement, les lèvres de Tullio était addictives, mais s'en éloigner un peu lui procurait un certain soulagement. Dieu que c'était stressant. Isaia remit un peu les papillotes au four, réchauffa les pâtes au micro-ondes (ça serait sec, mais bon), et, avec un sourire embarrassé, ramena quelque chose à boire à Tullio... Avant de se rendre compte qu'il avait déjà fait ce geste peu de temps auparavant.

- Oups, marmonna-t-il, embarrassé. T'avais déjà un verre. Je reviens.

Son malaise était palpable, et il détestait ça - il détestait qu'on puisse lire ses sentiments aussi facilement. Bon dieu, et dire que d'habitude, il n'avait aucun mal à les cacher... Mais c'était Tullio, et il chamboulait toutes ses habitudes.

Une fois que le repas fut prêt à nouveau, la crème au citron réchauffée, et que le tout fut servi dans les assiettes en face d'eux, la vraie question qui se posait à l'esprit d'Isaia, maintenant, c'était : "faut-il parler de ça à table ?". Le dîner, c'était fait pour être apprécié, et pas pour être gâché avec des questions aussi embarrassantes - d'un autre côté, ne pas en parler signifiait rester dans un silence gêné pendant tout ce temps, et Isaia n'aimait pas les silences gênés.

Et de toute façon, Tullio avait l'air de vouloir répondre à sa question - oui, la fameuse, la gênante, celle où il lui disait s'il était vraiment amoureux de lui ou pas. Pendant un instant, Isaia avait cru que l'épisode où il lui demandait de réchauffer le plat, c'était pour pouvoir y échapper sans avoir à lui mentir... Mais voilà qu'il abordait le sujet de lui-même.

"Oui. Je sais que ça te fait peur, je suis désolé mais … je ne peux pas te le cacher. C’est comme ça, même si moi-même je ne sais pas quand je m’en suis rendu compte. La frontière entre l’attirance et … le sentiment amoureux, s’est fait sans que je m’en aperçoive. Je suis désolé. Je peux essayer de refouler ça, si tu veux. Je comprends que ça soit un peu trop …"

Il ne termina pas sa phrase, et Isaia le fixait attentivement. Son frère souriait. Et Isaia, non, c'était vrai qu'il ne connaissait pas par cœur le Manuel du Petit Tullio, mais là, il n'avait pas besoin d'en savoir beaucoup à son sujet pour comprendre que derrière ce sourire factice se cachait une foule d'émotions. Et Tullio attendait sa réponse, visiblement persuadé qu'elle ne serait pas bonne.

Est-ce qu'elle serait bonne ? Isaia ne le savait pas encore.

- Je...

Je quoi ? Isaia était un type basique. Il avait toujours pris peur devant l'engagement, comme n'importe quel autre mec (se disait-il). Les coups d'une nuit, les relations sans sentiments, ça lui allait comme un gant, mais il suffisait qu'on lui dise qu'on l'aimait pour qu'il se barre sans retour. D'habitude.

Alors Tullio, qui lui disait qu'il l'aimait, oui, ça avait de quoi faire flipper. Ce qui changeait la donne, pourtant, c'était que même s'il décidait de battre en retraite, à ce moment du jeu, Tullio serait encore là, parce qu'il faisait partie de sa goddamn famille. Il aurait beau s'enfuir - Tullio serait là. Blessé.

Et le plus étrange, le pire de tout, peut-être, c'est qu'il n'avait même pas vraiment envie de battre en retraite. L'un des deux serait blessé par cette relation, c'était couru d'avance, mais... il aurait fallu y penser avant de bousculer Tullio et de le plaquer contre ce mur, dans cette salle de piano. Là, c'était sans doute déjà trop tard. Trop de choses avaient été dites, faites, et c'était difficile de se détourner et de faire comme si rien ne s'était passé.

- Ne...

Grand dieux ! Comment fallait-il lui dire ça ? Il ne savait même pas exactement ce qu'il voulait dire. C'était tout brumeux dans son cerveau. Pourtant, il y avait réfléchi toute la journée, putain ! Il suffisait que son frère soit là pour que tout parte en vrille, chez lui.

- Ne refoule pas, finit-il par dire lentement, un peu timidement. Je... Bon, je vais pas te mentir, c'est généralement le genre de phrase qui me fait fuir. Mais... venant de toi, comment dire, ça... ça me va.

Dieu, dieu, dieu que c'était embarrassant.

- C'est... confus, là-dedans, ajouta-t-il en se frottant la tête. Je te veux. C'est net. Et ça me terrifie. Et vu notre situation, c'est loin d'être une bonne idée. Ça nous apportera des tas de problèmes qu'on ne pourra probablement pas surmonter. Et pourtant, pourtant... Je te veux. Je ne vois que toi partout, je n'arrive pas à me concentrer sur autre chose que tes lèvres quand on se parle... Bordel, je suis tordu...

Il n'osait pas regarder Tullio en prononçant ces mots. Tout compte fait, ce n'était pas très loin du "je t'aime" que l'autre lui avait servi une minute plus tôt... Et de la part d'Isaia, qui ne disait jamais rien du genre, c'était des paroles qui valaient leur pesant d'or - et qui, par conséquent, lui donnaient envie de se terrer dans un trou de souris et de ne plus jamais en sortir, sous peine de mourir de honte.

Enfin, le pire était probablement à venir...
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: Accidentally in love   Ven 2 Nov - 12:35

Il y a des jours, Tullio ne se reconnaissait pas. Franchement, lui n’avait jamais été du genre coquin ou même dans le sous-entendu. Ce n’était pas son genre, mais celui de son frère. Au lycée, il ne comprenait même pas certaines des allusions que les autres pouvaient faire. Les petits mots à double sens, les clins d’œil évocateurs des jeunes gens de son âge … Non, il ne connaissait pas. Il était le petit naïf qui ne voyait jamais les tensions sexuelles dans les fêtes, ou dans les soirées auxquelles il allait juste pour accompagner son frère, quand celui-ci n’avait pas encore le permis. Alors que tout le monde surfait sur cette vague de l’excitation et des demis-mots, lui ne comprenait strictement rien.

Ce qui l’avait le plus marqué, c’était les actions ou vérité à pas d’heure. Il ne comprenait même pas l’intérêt de manger une banane, c’est dire. Alors que toutes les filles qui s’y employaient faisait grogner les garçons d’envie, lui ne faisait que s’attirer les rires de tout le monde, et encore plus ceux de son frère. Isaia ne s’était jamais gêné pour exploser de rire, pour prendre des photos et les divulguer avec plaisir. Tullio ne comprenant même pas en quoi il était ridicule, c’était encore plus amusant à ses yeux. Le jeune homme devait aussi régulièrement parler de ses non expériences, tandis que son frère n’en finissait pas de la liste de ses conquêtes. Bref, autant dire que la différence n’était pas qu’une petite faille mais un gouffre.

Pourtant, maintenant il revoyait toutes ces actions stupides et en voyait totalement l’intérêt. Est-ce que son expérience sur la banane allait pouvoir lui être utile ? Sérieusement, il se voyait mal enlever ce pantalon qui lui allait si bien, et se jeter entre les jambes de son frère. Alors que pour lui, ça devrait être chose commune. Toutes les filles, peut-être déjà des garçons, avaient sans doute empruntés ce chemin d’un torse qu’il imaginait déjà glabre, avec juste un chemin de poils blonds plongeant sous sa ceinture. Lui n’y connaissait rien. Et en fait, plus que leur relation ou ses sentiments, même si ça l’angoissait par rapport à Isaia, c’est ce point-là qui l’effrayait. Le jeune homme était nerveux rien qu’à penser à se retrouver seul avec lui, dans un lit. Ou dans un salon. Enfin, où que ce soit en fait.



Qu’est-ce qu’il faisait là, déjà ? Au secours, ça y est. Il paniquait. Et ce n’est pas le manque qu’il ressentait à s’asseoir à cette table, loin de lui, qui le rassurait. Ils ne pourraient pas … finalement … sortir au restaurant ? Avec plein de gens autour ? Tullio s’efforça de ne pas paniquer pour fuir, loin. Ce n’était pas la meilleure idée qu’il ait eu, surtout après être arrivé en retard. Il fallait lui faire confiance. De toute façon, ils ne feraient rien sans son accord, hein ? Isaia saurait se tenir. Mais lui-même, y arriverait-il ? Rien n’était moins sûr. C’était le danger de son propre désir, contre la raison et la peur. Le corps tremblant et es lèvres frémissantes, il n’arriverait sans doute pas à repousser la chaleur de son frère, sa douceur et l’envie qu’il sentirait dans son corps et leurs baisers.

- C'est moi qui vais le faire, t'inquiète. Je ne suis pas mauvais non plus en réchauffage.

Réchauffage. Chauffer. Allumer. Bon, là il avait vraiment un grain. Comment pouvait-il sincèrement faire ce lien ridicule ? Il ne pensait qu’au sexe, ou quoi ? Tullio s’en voulait de ne pas réussir à se débarrasser de cette cruelle pensée. Il avait promis beaucoup mieux à son frère, notamment une discussion sérieuse. En s’installant, après qu’Isaia ait fait un aller-retour pour un verre auquel il n’avait que peu touché, le jeune homme croisa les jambes. Comme pour se protéger. Mais en même temps, Isaia ne l’aidait pas. Il était trop mignon à être embarrassé comme ça, à ne pas savoir quoi faire, à faire des erreurs.

D’autant plus que Tullio ne l’avait jamais vu comme ça, aussi déstabilisé et fragile. Il avait toujours été fort et sûr de lui, jamais tremblant. Jamais cuisinier, non plus, pour personne. Pas même pour une fête des mères. Ça y est, Tullio avait de nouveau envie de se jeter sur les lèvres de son frère pour le remercier de ses efforts et de se dévoiler comme ça. C’était adorable de sa part …

Ayant emporté son verre à table, Tullio les servit aussi en vin et attaqua avec plaisir, après lui avoir souhaité un on appétit. Le mélange des saveurs était idéal, les textures aussi. C’était bon, chaud, et même réchauffé rien n’était vraiment désagréable. Il y avait de l’acide, du doux, de l’épicé … Tullio finit rapidement son poisson et prit le temps de déguster ses pâtes, comme un tout bon italien qui se respecte.

- C’est excellent. Je ne savais pas que tu cuisinais, toi … Je n’avais jamais goûté quelque chose que tu avais préparé. J’aimerai le faire plus souvent …

Il lui sourit plus simplement, ses préoccupations sexuelles envolées pour un temps. Il était juste heureux de partager un moment comme ça avec celui qu’il aimait. Et il aurait aimé que ça continue tout le temps, sans jamais s’arrêter. Il aurait aimé juste avoir un rendez-vous en amoureux, en fait. Mais tout dépendait de leur discussion. S’ils allaient pouvoir n avoir un, un jour, ou non. Un diner tranquille, un cinéma en couple, et pourquoi pas un dernier verre chez l’un ou l’autre … Une nuit plus ou moins agitée. Voilà ce dont il avait subitement envie. Et il aurait aimé le lui dire. Mais ce n’était pas à son tour de parler. Enfin, parler … Isaia était surtout en train d’ânonner quelque chose, balbutiant une réponse qui n’en était pas une. Et ça le stressait d’autant plus d’être dans l’attente, dans l’expectative. Mais enfin, enfin son frère reprit la parole et s’autorisa une véritable réponse qui causa un frisson sur l’échine de Tullio.

- Ne refoule pas. Je... Bon, je vais pas te mentir, c'est généralement le genre de phrase qui me fait fuir. Mais... venant de toi, comment dire, ça... ça me va.

Le jeune sommelier eut un sourire un peu plus large. Ça lui allait. Il n’avait pas peur, il pouvait continuer de le lui dire … Tullio vint doucement chercher sa main sur la table, croisant leurs doigts.

- Merci … Heureux d’être particulier à ce point.

Son frère continuait, après avoir marqué une pause que Tullio respectait, abandonnant peu à peu la fin de ses pâtes qu’il trouvait nettement moins intéressantes que cette main chaude dans la sienne, que cette voix qui pour l’instant le rassurait. Il aurait envie de se blottir contre lui en silence et de ne jamais quitter ses bras.

- C'est... Je te veux. C'est net. Et ça me terrifie. Et vu notre situation, c'est loin d'être une bonne idée. Ça nous apportera des tas de problèmes qu'on ne pourra probablement pas surmonter. Et pourtant, pourtant... Je te veux. Je ne vois que toi partout, je n'arrive pas à me concentrer sur autre chose que tes lèvres quand on se parle... Bordel, je suis tordu...

Les beaux yeux de son frère l’avaient quitté, et il regardait davantage la table que son interlocuteur. Tullio fit le tour de la table, hésita, mais finalement lui releva le visage. Avec un regard très doux, il laissait le silence s’installer avant d’embrasser tout doucement sa joue. Le silence reprit ses droits, mais finalement il caressa ses lèvres en souriant timidement.

- Hey, ça c’est une belle déclaration à laquelle je ne m’attendais pas.

Se retenant de le prendre dans ses bras, Tullio se redressa un peu, restant plus haut que lui, sa main toujours dans la sienne.

- Je … choisit-il ses mots en réfléchissant savamment. Je me fiche des obstacles, tu sais. Tu es aussi tordu que moi parce que je te veux absolument. Je veux ton corps, ton cœur, tout. Je veux nous donner une chance parce que je pense qu’après tout ça, on le mérite. Rigole brusquement. Il y a quelques temps tu me courrais après, maintenant j’ai l’impression que la situation est inversée. Je veux juste … pouvoir être avec toi, librement. Je me moque de tout le reste.

Et, dans un baiser léger, il scella sa promesse.
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: Accidentally in love   Sam 3 Nov - 12:25

Est-ce que les pâtes étaient mangeables, une fois réchauffées ? Est-ce que le saumon était encore bon ? Est-ce que la crème de citron n'était pas trop acide ? Isaia s'inquiétait d'une foule de choses. Ce n'était pas qu'il détestait cuisiner, non - d'ailleurs, en fait, il aimait plutôt bien ça ; c'était juste que ça prenait un temps fou et que ça partait dans les gosiers en deux minutes, alors Isaia trouvait toujours un peu décourageant de cuisiner pour lui-même. Et comme il invitait rarement des gens chez lui (à part Valentino qui s'imaginait qu'il pouvait passer quand il voulait), il ne cuisinait jamais pour lui seul - donc il ne cuisinait pas, CQFD.

Ses talents de cuisinier n'étaient pas médiocres, mais ils n'étaient pas fantastiques non plus, aussi Isaia s'inquiétait sincèrement du repas. Bon, d'un autre côté, c'était de la faute de Tullio s'il était arrivé en retard, il ne pourrait donc s'en prendre qu'à lui-même si le saumon était trop sec après être repassé dans le four, ou bien si les pâtes étaient trop collantes après avoir fait un tour par le micro-ondes.

Surtout que, maintenant qu'il y pensait, Tullio bossait dans un restaurant. Un restau français, qui plus est. Il devait pouvoir goûter à plein de bonne nourriture tous les jours, et Isaia, lui, s'était naïvement dit qu'il allait lui faire des pâtes... Aaah, quel abruti ! Comment avait-il fait pour ne pas y penser plus tôt ? En jetant un coup d’œil anxieux à son grand frère, il réalisa que l'autre avait tout de même l'air d'apprécier. Bien entendu, c'était plus que probable qu'il se force à faire semblant...

"C’est excellent. Je ne savais pas que tu cuisinais, toi …"

Oui, oh, pour ce que c'était... Isaia lui jeta un regard, pas encore rassuré sur son véritable jugement, avant de se rappeler tout à coup que Tullio n'était censé dire que la vérité lorsqu'il parlait. Bien sûr, ça lui avait d'avoir des doutes sur la véracité de cette affirmation (il trouvait toujours cette histoire un peu bizarre), mais... du moment que Tullio semblait appréciait, est-ce que ça ne suffisait pas ? Il espérait que l'autre ne disait pas dans le but de cacher son dégoût devant un plat si banal - comparé à ceux de son restaurant.

Mais Tullio n'avait pas fini.

"Je n’avais jamais goûté quelque chose que tu avais préparé. J’aimerais le faire plus souvent …"

Alors, il était sincère ? Pour de vrai, de vrai ? Isaia lui jeta un regard incertain.

- T'es sincère, là ? T'aimes vraiment bien ? Dans ton restaurant, tu dois goûter des plats plus élaborés tous les jours...

C'était quand même amusant de voir à quel point Tullio était capable de saquer la confiance qu'Isaia avait en lui-même. D'habitude, il n'était pas comme ça. Il assurait dans tout, avec tout le monde, et même s'il n'était pas plus doué qu'un autre dans un domaine, au moins, il y croyait. Alors que là, il doutait, il avançait à tâtons, il avait peur de commettre des erreurs, il ne savait pas où mettre les pieds...

- Si tu aimes vraiment, je pourrais cuisiner pour toi, mais... Je n'ai pas une liste de recettes très variées, tu risquerais de te lasser...

Quelque part, dans son cerveau, jaillit soudain la pensée "Tullio ici tous les jours". C'était effrayant, évidemment. Vivre avec Tullio... Bon soit, il avait vécu avec lui quand ils étaient gosses, mais ils passaient leur temps à s'engueuler, et en plus, c'était leur mère qui s'occupait de tout. Vivre ensemble, en tant qu'adultes, s'occuper du ménage, s'occuper de la lessive, s'occuper de la cuisine, bref, toutes ces tâches ménagères parfaitement insignifiantes aux yeux de quelqu'un qui habitait seul, mais qui prenaient des proportions affreuses dès qu'on vivait à deux, est-ce qu'ils seraient capable de surmonter ça ?

Wow wow wow, une minute. Vivre ensemble ? Et d'où est-ce qu'il avait cette idée-là, d'abord ? Son frère était juste en train de lui dire qu'il voulait goûter à sa cuisine plus souvent. Ça voulait dire qu'il pouvait l'inviter plus souvent, et que Tullio aimait ça cuisine, mais ça ne voulait certainement pas dire qu'il envisageait déjà le concubinage !

Bon sang... Ça partait très tôt dans des trucs qui faisaient peur. Isaia déglutit. Même la main de Tullio qui se glissa dans la sienne ne réussit pas à le détendre vraiment. Surtout que Tullio n'était pas mauvais non plus en "phrases embarrassantes et compagnie".

"Merci … Heureux d’être particulier à ce point."

Ça oui, il pouvait se flatter de l'être ! La dernière fois qu'Isaia avait fait à manger à quelqu'un, c'était... euh... Il n'y avait même pas de précédent, en fait. Bien sûr, personne non plus pour lui dire que sa cuisine était dégueulasse ou exquise, mais ça faisait partie du risque - Tullio n'avait pas l'air de la trouver infecte, en tout cas. Même si, plus le temps passait, et moins il donnait l'impression de s'intéresser à son repas, et beaucoup plus à son frère. Ce qui embarrassait Isaia énormément. Quand il se rappelait leur dernière soirée ensemble, la soirée jeux vidéos, évidemment pleine d'une tension qu'il se croyait le seul à ressentir, mais également bon enfant, avec la bière et les défis, et qu'il la comparait avec cette soirée, plus bon enfant du tout, avec une tension telle qu'elle avait explosé le baromètre... Est-ce que ça avait vraiment été une bonne chose de lui révéler ses sentiments ? Bon sang. Pourquoi il se sentait si timide, d'un coup ? Il était mortifié.

"Hey, ça c’est une belle déclaration à laquelle je ne m’attendais pas."

Il ne risquait pas de dire une deuxième fois une chose si embarrassante, si Tullio voulait son avis. Bon sang, c'était quelque chose qu'il n'avait même pas dit à ses copines. Imaginez le drame, de dire ça à son frère. Isaia se demandait s'il allait s'en remettre. Toute sa vie, il s'était toujours senti en compétition avec Tullio. Même lorsqu'il l'avait supplié de le reprendre et de le pardonner pour ses erreurs passées, lorsqu'il avait plié l'échine, au fond, c'était pour avoir la victoire sur lui, pour que Tullio l'accepte à nouveau dans sa vie. Ça avait marché. Isaia avait gagné.

Et maintenant, il lui disait ces choses qu'il n'était pas habitué à dire, et Tullio, et c'était là sa plus grande victoire, probablement, Tullio prenait tout ça avec un sourire. Avec un calme magnifique. Quelle force il avait là ! Isaia l'admirait, et en même temps, il était jaloux, parce que Tullio donnait presque l'impression d'être en terrain connu, alors que lui pataugeait dans la brume. Il était déjà sorti avec un mec, Tullio ? Maintenant qu'Isaia y réfléchissait, il avait un peu la dégaine pour, non ? Et puis, il était très beau. C'était connu, tous les gays sont beaux. Il avait entendu ça plein de fois. Tullio l'avait déjà fait avec un mec ?

La simple idée lui brûla l'estomac, mais c'était encore une question bien trop embarrassante, et il préféra la passer sous silence, la garder pour quand ce serait nécessaire... Parce que viendrait un moment où ce serait nécessaire, non ? Probablement...

Pour l'instant, les lèvres de son frère caressaient sa joue, et Isaia se sentit anormalement électrisé par le contact. Quand ils étaient gosses, c'était déjà arrivé que Tullio lui fasse des bisous et des câlins. Rarement, parce qu'ils avaient commencé très tôt à se disputer, mais quand Isaia, du haut de ses quatre ou cinq ans, ne faisait pas sa tête de mule, c'était un garçon mignon et très affectueux, et qui aimait son grand frère. Il se précipitait souvent dans ses bras pour lui faire un câlin, et parfois, Tullio posait un bisou sur sa joue. Les contacts s'étaient faits de plus en plus rares au fil du temps, bien évidemment, mais Isaia s'en souvenait.

Sauf que là, ce n'était pas du tout la même sensation. Dans les bras de Tullio, quand il était petit, il se sentait bien et en sécurité. Son grand frère veillait sur lui, il ne pourrait rien lui arriver de mal. Là, vingt ans plus tard, quand Tullio refaisait le même geste, ce qui émergeait en lui, plutôt que la sensation de bien-être et de sécurité, c'était surtout l'envie affreusement tenace de le jeter par terre, juste là, sur le tapis à poils longs, et de l'embrasser, corps contre corps, langue contre langue...

Non, Isaia n'était plus un gosse.

"- Je… Je me fiche des obstacles, tu sais. Tu es aussi tordu que moi parce que je te veux absolument. Je veux ton corps, ton cœur, tout."

Haha. Au moins, il n'était pas le seul... C'était déjà ça.

"Je veux nous donner une chance parce que je pense qu’après tout ça, on le mérite. Il y a quelques temps tu me courrais après, maintenant j’ai l’impression que la situation est inversée. Je veux juste … pouvoir être avec toi, librement. Je me moque de tout le reste."

Isaia l'observa gravement, sans sourire. Tullio, lui courir après ? Non. Encore maintenant, c'était Isaia qui le poursuivait. Ou peut-être qu'ils couraient en rond et se poursuivaient tous les temps. Peut-être qu'ils ne pourraient jamais s'attraper.

- Tu n'imagines pas comme j'aimerais, dit-il lentement. Pouvoir être avec toi, sans contraintes. Sans jugements. Si on vivait seuls à deux sur ce monde, ça serait possible... Le problème, c'est que ce n'est pas le cas.

Dommage. C'était tout de même affreux de se dire qu'on était prêt pour ça, qu'on pouvait réussir, mais ce qui risquait de faire foirer toute l'équation, c'était les autres.

- Au début, on se dira qu'on s'en fiche. Qu'il suffit de se cacher... Que personne ne s'en souciera, si on est suffisamment discret. De toute façon, tu as tes amis, que je ne connais pas, et toi, tu ne connais pas les miens. Nos mondes ne se touchent que par l'intermédiaire de nos parents, et ça sera tellement simple de tout leur cacher...

Sourire amer. Isaia n'avait jamais rien caché à sa mère - il lui disait toujours tout, depuis l'enfance, de ses mauvaises notes à ses petites copines. Ça serait bien plus difficile pour lui que pour Tullio, c'était évident.

- Mais petit à petit, ça n'ira plus. Maman nous demandera pourquoi on a pas de copines. Quand est-ce qu'on lui donnera un petit fils. Elle essayera de nous maquer avec quelqu'un. Nos potes se demanderont pourquoi on est célibataires depuis si longtemps. Ils essayeront de nous maquer avec quelqu'un. On refusera, et ça installera les soupçons. Ils se demanderont qui est cette personne qu'on a dans notre vie et qu'on refuse de leur présenter. Ça deviendra de plus en plus pesant.

C'était tellement simple de s'imaginer tout ça - Isaia était certain que ça se passerait de cette façon...

- Pourtant, tu sais quoi ? Je crois que ce n'est pas ce dont j'ai le plus peur. Tu veux savoir ce que c'est ? Ce dont j'ai peur, ce que je crains le plus, c'est qu'on décide de se lancer dans cette relation, que tous ces obstacles nous brisent, et qu'au final, je te perde - en tant qu'amant, en tant que frère. C'est comme quand tu sors avec tes meilleurs amis... Tu te doutes que si ça ne marche pas, vous ne pourrez plus jamais être amis comme avant. Et là... tu es mon grand frère. Je sais que tu te dis que non, qu'on n'est pas vraiment frères, mais moi, c'est toujours comme ça que je t'ai vu... Imagine, si ça ne marche pas, Tullio ? J'aurai perdu mon grand frère. Une nouvelle fois. Ca ne te fait pas peur, à toi ? Moi, ça me terrifie... Maintenant que je t'ai retrouvé, je n'ai plus envie de te perdre...

Il fallait qu'il détermine ce qu'il préférait : une relation en demi-teinte avec Tullio, en tant que "frères", avec cette tension sexuelle qui régnait... ou bien la faire exploser, cette tension, vivre toute cette passion avec lui, et s'exposer au risque d'une fin hypothétique, et d'une cassure nette de leurs liens.

Qu'est-ce qu'il préférait ? Rester derrière la ligne, ou sauter vers l'inconnu, dépasser le point de non-retour ? Et Tullio, qu'est-ce qu'il en pensait, lui ?
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: Accidentally in love   Sam 3 Nov - 19:19

S’il y avait bien une chose pour laquelle Tullio n’était pas doué, c’était la cuisine. Il était même profondément médiocre dans tout ce qui lui demandait d’allier une viande à un accompagnement, de marier des saveurs, de sortir des assiettes à se damner comme le faisait Julien, le chef de leur restaurant français renommé. Lui en était profondément incapable. Pour une raison très simple, évidente. Tullio n’était pas un passionné. Il n’était pas fait pour la spontanéité, pour le lâcher prise, et pour la création que nécessite un grand plat. Pour être cuisiner, il fallait savoir faire des miracles qu’il n’était capable que d’admirer. D’ailleurs, avant le service et après avoir fait l’inventaire de ses vins et mis la plupart d’entre eux à décanter, Tullio adorait admirer ce chef si virtuose, si élégant dans sa toque, transpirant, le tablier sale mais les mains toujours impeccables pour servir son art.

Julien … Un cuisinier hors pair que Tullio enviait chaque soir, qu’il aimait admirer. Sans jamais avoir fantasmé sur lui, le jeune homme le trouvait beau. Toujours en pleine action, jamais au repos, il ne s’arrêtait que quand chaque client était servi et satisfait. Il œuvrait pour leur plaisir, pour créer, pour marquer le monde de sa cuisine et faire revenir encore et encore les clients. Tullio admirait cette capacité à se dévouer au plaisir gustatif des autres, sans faire attention à la difficulté des horaires pour ce père de famille et mari qui ne voyait que rarement sa famille. Lui s’en moquait, mais Julien avait une vie. Et pourtant il la dévouait au palais de ses clients. Et ça, le jeune homme en était admiratif. Julien était tout ce qu’il ne serait jamais … Et lui faisait donc un peu penser à Isaia.

Tout comme dans la musique, Tullio n’était capable que de reproduire, et jamais de créer. Avec sa mémoire, il imitait merveilleusement bien, il retenait toutes les recettes par cœur … Mais justement, il fallait du cœur dans la cuisine. Ce que Tullio ne pouvait donner, manquant d’émotion, de passion, d’intérêt. Pourtant il aurait aimé pouvoir cuisiner, faire de bons plats. Mais tout ce qu’il tentait était fade, sans intérêt voire même mauvais car, s’il reconnaissait la perfection d’une cuisson en tant que public, il était incapable de maîtriser les siennes. Il avait beau avoir la technique car s’en souvenant et ayant appris auprès de Julien il n’avait pas l’amour du travail, de la découverte, de l’inconnu qui vous amène à un plat splendide. Julien avait d’ailleurs paru découragé en se rendant compte qu’il ne pourrait rien faire pour son sommelier, totalement incompétent en matière de cuisine.

Mais pour ce qui était de la pâtisserie … Tullio adorait, et excellait. Car le sucré est une dimension où seuls comptent les grammages, les doses, la recette. Pas de place pour l’improvisation, ce qui lui convenait parfaitement. Il était ainsi libre de n’avoir aucune liberté, se plongeant dans des règles strictes et imposées par un livre de recette qui devenait sa bible. Tullio adorait faire des gâteaux, des desserts. Car même les présentations étaient imposées, il n’avait pas besoin de réfléchir. Juste de faire, d’appliquer. De regarder des vidéos sur internet quand venait un geste technique qu’il ne connaissait pas, et de le reproduire sans même y penser. Voilà ce qu’il aimait. Quelque chose de carré, prévisible … vide. Comme lui. Quelque chose de délicieux mais qui pourtant ne relève d’aucune complexité. C’est précisément ce que Tullio pensait être pour son frère.

- T'es sincère, là ? T'aimes vraiment bien ? Dans ton restaurant, tu dois goûter des plats plus élaborés tous les jours... Si tu aimes vraiment, je pourrais cuisiner pour toi, mais... Je n'ai pas une liste de recettes très variées, tu risquerais de te lasser...

C’est sûr que les recettes de Julien étaient... fabuleuses. Mais en y réfléchissant même quelques secondes à peine, Tullio n’avait jamais rien mangé d’aussi bon. C’était préparé par l’homme qu’il aimait, pour lui. Avec … amour, peut-être. C’était juste délicieux. Bien plus que des côtes de porc farcies ou que des filets de rouget et ses légumes d’automne. Des pâtes, un peu de saumon et de bacon, il n’y avait définitivement rien de mieux au monde. Tullio secoua donc la tête en rigolant et répondit, en essayant d’être toutefois un tantinet moins mièvre qu’en pensées.

- J’adore. C’est meilleur quand c’est toi. Largement. Et puis, je me fiche bien de me lasser. Tant que c’est bon, j’aimerai toujours.

Et l’idée lui vint par la même occasion de s’occuper de quelques desserts dont il avait le secret, pour la prochaine fois où ils se verraient et mangeraient ensemble. Il n’aurait pas dû venir les mains vides mais n’y avait juste pas pensé, alors qu’Isaia avait préparé tout ça … Tullio se sentait un peu misérable, là. Surtout quand il se dit que … cuisiner pour lui, ça voudrait dire manger souvent à deux. Pas au restaurant ou sur le pouce, non. Manger vraiment en … couple. Ou entre frères. Peu importait, et Tullio préférait éviter d’y penser. Et manger souvent ensemble … ça faisait vraiment très amoureux. Tullio se voyait tout à fait partager souvent sa table, avant de rentrer chez lui, le soir. Souvent. Quand il ne bosserait pas … L’idée était séduisante, même si l’étape suivante lui faisait très peur. D’ailleurs, il éviter de la formuler dans son crâne et les mots « habiter ensemble » étaient banni de son cerveau. Une chose à la fois. Et pour l’instant … Pour l’instant il avait autre chose à régler.

- Tu n'imagines pas comme j'aimerais. Pouvoir être avec toi, sans contraintes. Sans jugements. Si on vivait seuls à deux sur ce monde, ça serait possible... Le problème, c'est que ce n'est pas le cas.

Genre ça. Genre Isaia qui avait l’air grave et fermé, genre la détresse que la dernière phrase faisait naître en lui. Il sentait venir la suite. « Oui oui je t’aime bien, tu me plais, MAIS … MAIS ça ne va pas être possible. MAIS je ne t’aime pas assez pour aller au-delà du désir et me battre. MAIS ce sera trop dur. MAIS tu es un homme. MAIS tu es mon frère. MAIS je ne t’aime pas … ». Tullio en aurait pleuré. Mais, se disputant mentalement, il se dit que laisser une chance à Isaia lui avait été profitable dans le passé, alors autant lui laisser le loisir de répondre. Ça valait mieux que de s’écrouler tout de suite, aux premiers mots sérieux, aux premiers débordements compliqués. Il lui avait promis cette discussion. Il voulait lui prouver qu’il pouvait l’affronter …

Pourtant, il se racla la gorge de façon fort peu assurée et un peu trop aigüe alors que son frère, l’homme de sa vie, continuait.

- Au début, on se dira qu'on s'en fiche. Qu'il suffit de se cacher... Que personne ne s'en souciera, si on est suffisamment discret. De toute façon, tu as tes amis, que je ne connais pas, et toi, tu ne connais pas les miens. Nos mondes ne se touchent que par l'intermédiaire de nos parents, et ça sera tellement simple de tout leur cacher...

Ah, tiens, il souriait maintenant. Pas le type de sourire qu’il aimait voir sur son joli visage, qui se figeait à nouveau dans l’inexpressivité et la froideur. Isaia était soudainement très distant de lui. Tullio avait envie de lui crier que oui, il s’en fichait. Que même leurs parents pouvaient l’apprendre qu’il s’en moquait bien … Mais ce n’était pas le cas. Il ne se fichait pas du tout que leurs parents l’apprennent. Il décevrait encore son père, ferait pleurer sa belle-mère. Et avec ça, qui n’était pas le pire, il tâcherait l’image d’Isaia. Il risquait de le séparer des parents que le blond aimait tant. Il risquait de les fâcher, de les faire le déshériter. De leur causer de la peine. Isaia se sentirait responsable, il n’assumerait plus, il serait malheureux … Et ça, Tullio voulait l’éviter à tout prix.

Donc non, il ne s’en fichait pas totalement. Mais être avec lui était plus important. En cet instant, il serait même allé déterrer leurs ancêtres pour leur annoncer la nouvelle si cela leur permettait d’être ensemble, enfin. Tout était si rapide mais … Il était sûr. Il était sûr de vouloir avancer avec lui. Pourtant il ne lui dit pas tout de suite, incapable d’aligner trois mots et préférant écouter son frère jusqu’au bout.

- Mais petit à petit, ça n'ira plus. Maman nous demandera pourquoi on a pas de copines. Quand est-ce qu'on lui donnera un petit fils. Elle essayera de nous maquer avec quelqu'un. Nos potes se demanderont pourquoi on est célibataires depuis si longtemps. Ils essayeront de nous maquer avec quelqu'un. On refusera, et ça installera les soupçons. Ils se demanderont qui est cette personne qu'on a dans notre vie et qu'on refuse de leur présenter. Ça deviendra de plus en plus pesant.

Et le pire, c’est qu’il voyait parfaitement le scénario se dérouler devant ses yeux. Il imaginait chaque point comme s’il le vivait dans l’instant. Et il ne saurait dire quoi, de cette précision ou de la perspective qu’Isaia soit si logique et si réfractaire à l’idée d’être ensemble, lui faisait le plus mal. Il aurait pensé … que ces problèmes arrivent plus tard. Comment parvenait-il à penser déjà à ce genre de choses alors qu’ils n’étaient même pas ensemble, qu’ils n’avaient échangés que quelques baisers ? A cet instant, il détestait le côté pragmatique de son frère. Il détestait le fait qu’il soit si logique, si intelligent, si vif. Si réflexif sur ce qui lui arrivait. Pourtant avant il ne réfléchissait jamais avant de sauter une fille, de baiser n’importe qui. Alors pourquoi devait-il le faire maintenant que c’était vraiment important ? Il aurait pu se laisser aller, oublier …

Le sourire de Tullio disparut, et il se redressa, lâchant Isaia pour lui laisser un peu plus d’air. Oui ça allait être difficile, mais lui était prêt à tout ça. Peu lui importait les problèmes. Il était prêt à assumer. Bon, peut-être pas tout de suite, sûrement pas même. Mais plus tard, après une vie de couple qui les renforcerait, Tullio savait qu’il pourrait bien affronter toutes les remarques, toutes les critiques. Et un jour il serait suffisamment sûr d’eux pour le clamer au monde entier, et tant pis pour les préjugés et les réactions de dégoût qui ne manqueraient pas de suivre. Mais Tullio avait peu d’amis, ça aidait à se dire qu’il se moquait du regard des autres. Isaia n’en ressortirait pas indemne, et pour cette raison il n’était sans doute pas prêt, finalement. Tout sauf blesser son frère.

- Pourtant, tu sais quoi ? Je crois que ce n'est pas ce dont j'ai le plus peur. Tu veux savoir ce que c'est ? Ce dont j'ai peur, ce que je crains le plus, c'est qu'on décide de se lancer dans cette relation, que tous ces obstacles nous brisent, et qu'au final, je te perde - en tant qu'amant, en tant que frère. C'est comme quand tu sors avec tes meilleurs amis... Tu te doutes que si ça ne marche pas, vous ne pourrez plus jamais être amis comme avant. Et là... tu es mon grand frère. Je sais que tu te dis que non, qu'on n'est pas vraiment frères, mais moi, c'est toujours comme ça que je t'ai vu... Imagine, si ça ne marche pas, Tullio ? J'aurai perdu mon grand frère. Une nouvelle fois. Ca ne te fait pas peur, à toi ? Moi, ça me terrifie... Maintenant que je t'ai retrouvé, je n'ai plus envie de te perdre...

Tullio prit une grande inspiration. Il savait que son frère avait terminé, sur ces mots. Et il avait de nouveau envie de le prendre dans ses bras, mais il savait que cela lui ferait perdre toute capacité à répondre, et Isaia avait besoin qu’il lui réponde. Ces quelques mots l’avaient un peu rassuré, mais à peine. Il y avait toujours ce mais … Même si le sommelier était heureux d’apprendre que tous les problèmes possibles précédemment cités n’étaient pas insurmontables, finalement. Le cœur battant à deux cent à l’heure, il s’éclaircit la gorge et s’adossa à la table, avant d’hésiter et de revenir à sa place principale, sur sa chaise, qu’il rapprocha pourtant un peu, au passage, de son frère.

- Avec toi, je serais prêt à affronter tout ça. Pas maintenant, mais plus tard. Tu en vaux la peine, Isaia, j’en suis sûr. Mais pourquoi … pourquoi ne pas essayer, pour voir si on peut supporter cette pression pour un jour la faire disparaitre en avouant tout ?

Il respira profondément, encore. Cherchant ses mots, cherchant à être juste et honnête. Même si, au fond, il ne pouvait faire autrement. Ah ah, juste retour du destin pour avoir trop menti aux autres.

- Je sais, parce que tu as peur de me perdre. Mais … Si je t’aime, c’est tout entier. On ne sera peut-être plus les mêmes frères qui se détestent, mais au final tant mieux. Si ça ne fonctionne pas nous deux, on pourra essayer la troisième solution. Ni frères, ni amants mais amis. Tu n’es pas sorti de ma vie malgré tous mes efforts, alors maintenant que je ne le souhaite plus, tu ne risques pas de t’en échapper, avoua-t-il en rigolant doucement.

Il passa sa main dans ses cheveux défaits, les ébouriffant au passage en fronçant ses sourcils et se perdant dans la contemplation du fond de ses pâtes maintenant sûrement froides, encore. Heureusement il avait mangé les trois quarts, ne faisant ainsi pas affront à son frère. De toute façon, il n’avait plus vraiment faim maintenant …

- ça me fait vaguement peur, mais je sais que je ne te perdrai pas. Même si … Même si on ne va pas dans la direction « amants », ça me va. Enfin, je veux dire … bafouilla-t-il en cherchant comment lui faire comprendre. Je t’aime. Pas que pour ton corps et ce que je pourrai possiblement faire avec. Si tu veux qu’on oublie le côté physique, et qu’on reste ainsi juste deux frères qui s’aiment un peu plus que la normale, ça me va. Si tu veux te marier, avoir des enfants, ça me va. Tant que je sais que je t’aime, et que toi … aussi ? On sentait la question sans sa voix. Ça peut rester platonique, entre nous. Mais je t’aimerai quand même. Je penserai quand même à toi, tout le temps. Ça ne changera pas.

Voilà, il l’avait dit. Ne pas le toucher serait une torture, mais il préférait ça à devoir renoncer à ses sentiments, les refouler. Il aimait Isaia et ça ne changerait pas. Restait à savoir ce que le principal intéressé pensait de cette solution pire que tordue et malsaine. Et mièvre, très mièvre. Tullio se sentait ridicule à avoir répété autant le verbe "aimer" en si peu de temps alors qu'Isaia ne l'avait pas vraiment employé. Mais c’était la seule que Tullio pouvait trouver comme alternative au problème qui semblait paralyser Isaia.
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: Accidentally in love   Dim 4 Nov - 19:40


Isaia sentait bien qu'il risquait de blesser Tullio avec ces mots. Il n'avait pas envie de les prononcer, et pourtant, toutes ses craintes, toutes ses peurs, se changeaient en paroles et glissaient par sa bouche sans qu'il puisse les maîtriser. Comme si son grand frère constituait le confident idéal, comme si, quelque part, il n'était qu'étranger au problème. C'était là où le bât blessé. Tullio n'était pas étranger au problème, il était le problème. Durant toutes ces années, Isaia lui avait fait du mal consciemment, mais maintenant, il ne voulait plus.

Tout en parlant, il ne pouvait s'empêcher d'observer le visage de Tullio, observer les expressions qui passaient dessus, rapides comme des nuages gris et bas dans un ciel d'orage. La tristesse, la douleur... et puis, avec les autres paroles d'Isaia, le soulagement, un peu. Mais Isaia ne voulait pas qu'il soit soulagé, pas tout de suite ; il ne suffisait pas de parler des problèmes pour qu'ils soient réglés. Soit, la communication, c'était déjà beaucoup, mais il fallait plus que ça, il fallait une solution. Et Isaia doutait qu'il y ait une solution pour eux - du moins, une qui satisfasse tout le monde.

La chose était ardue. Et Tullio - Isaia l'admirait - il semblait prêt à tout, à toutes les extrémités, rien que pour lui. Quel altruisme... Décidément, il n'avait pas n'importe quel grand frère.

*Non, pas grand frère. Tullio. Pas grand frère.*

Il valait mieux qu'il arrête de penser à lui en tant que frère, si les choses devaient continuer sur cette voie. Et vu la façon dont Tullio le regardait, dont il répondait, il semblait évident qu'il n'allait pas se lever d'un coup et dire "bon bah c'était marrant cette petite discute, t'as pas une bière, et ensuite je rentre chez moi, on se sera bien marrés". Non, pas trop. Il était scotché à ses lèvres (pas encore dans le vrai sens du terme, mais ça risquait de ne pas tarder, si ça continuait).

"Avec toi, je serais prêt à affronter tout ça. Pas maintenant, mais plus tard. Tu en vaux la peine, Isaia, j’en suis sûr."

Diantre ! Si Isaia, quelques mois plus tôt, avait pu imaginer que cette phrase sortirait de la bouche même de Tullio... S'il l'avait prononcée à ce moment-là, quand les choses n'en étaient pas à ce point, Isaia en aurait sauté au plafond. Maintenant, il ne pouvait pas s'empêcher de se dire que Tullio était un bien mauvais juge, pour décréter qu'Isaia en valait la peine. Si le blond était sûr d'une chose, c'était celle-là : il n'en valait pas la peine. Il était plus que mauvais pour Tullio - mauvaise influence, mauvais tout. La réaction normale aurait même été de se sentir coupable de lui infliger ça... mais Isaia ne pouvait penser qu'à ses lèvres, comme d'habitude. Qui pouvait se sentir coupable lorsque c'était les lèvres même qui invitaient au péché ?

Quoi qu'il en soit, Tullio avait pourtant l'air persuadé qu'Isaia en valait la peine. Le pauvre. Quelle désillusion ce serait, plus tard.

"Mais pourquoi … pourquoi ne pas essayer, pour voir si on peut supporter cette pression pour un jour la faire disparaitre en avouant tout ?"

Essayer. Tullio venait de lui implanter une nouvelle idée dans la tête : l'idée que tout n'était pas forcément foiré depuis le début. Peut-être qu'il avait raison, et que ça ne tiendrait qu'à eux de faire en sorte que leur relation réussisse. Pour le moment, il était tellement parti sur l'idée "ça va mal se terminer" qu'il n'avait même pas envisagé le côté positif des choses, il n'avait même pas voulu le voir. Et maintenant, Tullio lui montrait l'autre côté des possibilités.
Mais, avouer tout... A qui ? A leurs parents, au monde entier ? Isaia était d'avis, si cette relation devait voir le jour, de suivre le dicton "pour vivre heureux, vivons cachés". Moins leur entourage en saurait, mieux ce serait.

Enfin... ils n'en étaient pas encore là.

"Je sais, parce que tu as peur de me perdre. Mais … Si je t’aime, c’est tout entier. On ne sera peut-être plus les mêmes frères qui se détestent, mais au final tant mieux. Si ça ne fonctionne pas nous deux, on pourra essayer la troisième solution. Ni frères, ni amants mais amis. Tu n’es pas sorti de ma vie malgré tous mes efforts, alors maintenant que je ne le souhaite plus, tu ne risques pas de t’en échapper."

Isaia regardait Tullio rire doucement - lui, il ne riait pas du tout. Il arrivait à croire à ce qu'il disait, là ? Oui, forcément, parce qu'il le disait, et ce qui sortait de sa bouche n'était que la vérité. Il arrivait vraiment à croire que s'ils ne pouvaient être ni frères, ni amants, ils pourraient être amis ? Isaia avait de sérieux doutes. Et s'il n'était pas sorti de sa vie, c'était parce qu'il avait tout fait pour y rester, envers et contre tout, et surtout envers et contre Tullio qui, lui, avait tout mis en œuvre pour le faire disparaître. Mais une fois qu'il ne ferait plus d'efforts dans ce cas, est-ce que Tullio se démènerait autant pour Isaia qu'Isaia s'était démené pour lui ? Est-ce qu'il irait jusqu'à le stalker à son travail pour le supplier de le garder dans sa vie ? Il n'y avait qu'Isaia pour en être réduit à des mesures si pathétiques, non ?

Tullio pouvait y croire, parce qu'il ne savait pas ce c'était, un Isaia qui lâchait la bride. Il avait toujours eu le petit frère dans les parages, comme un bouledogue planté dans le mollet d'un gosse, et il avait fini par céder. Mais si Isaia décidait de lui-même de prendre ses cliques et ses claques... Leur "amitié", il n'en donnait pas grand crédit.

Tullio n'était pas conscient de ça. C'était peut-être mieux, cela dit... Isaia n'ajouta rien.

"Ça me fait vaguement peur, mais je sais que je ne te perdrai pas. Même si … Même si on ne va pas dans la direction « amants », ça me va. Enfin, je veux dire..."

Il était mignon, à hésiter comme ça. Au moins, il n'y avait pas qu'Isaia qui disait des trucs embarrassants, dans cette histoire... C'était toujours ça de pris. Comme quand on s'apprête à coucher avec quelqu'un pour la première fois et qu'on se sent honteux d'être le seul à être tout nu. (Bon, la sensation passait avec les années et l'assurance, mais on passait tous par là un jour ou l'autre.)

En plus, il lui laissait une porte de sortie. Il était explicitement en train de lui dire que s'il avait les boules, ils pourraient passer par un autre chemin. C'était gentil de sa part... Il était attentionné, Tullio. Un trait de caractère qu'Isaia avait toujours détesté chez ses précédentes copines, et qui là, étrangement, l'attendrissait.

"Je t’aime. Pas que pour ton corps et ce que je pourrai possiblement faire avec. Si tu veux qu’on oublie le côté physique, et qu’on reste ainsi juste deux frères qui s’aiment un peu plus que la normale, ça me va. Si tu veux te marier, avoir des enfants, ça me va."

Isaia le fixa, bouche bée. Vraiment ? Ça lui allait ? Une femme, des enfants, ça lui allait ? Non, parce que lui, rien que l'idée de s'imaginer Tullio avec une matrone et une poignée de mouftons, ça lui retournait la crinière, comme d'entendre des ongles crisser sur une plaque de fer, ça le hérissait. Décidément, Isaia n'aurait jamais fini d'admirer son abnégation. Ça, c'était de la preuve d'amour. Il pouvait se sentir flatté.

"Tant que je sais que je t’aime, et que toi … aussi ? Ça peut rester platonique, entre nous. Mais je t’aimerai quand même. Je penserai quand même à toi, tout le temps. Ça ne changera pas."

Isaia ne put s'empêcher de sourire - déjà, parce que c'était super attendrissant, ce qu'il disait là, et surtout, parce qu'il n'y croyait pas, mais alors pas du tout.

- Tu y crois, là ? Non mais, sérieusement. Je t'aime, tu m'aimes, mais peu importe, on se marie de notre côté et on fait des enfants ? Et quoi, on pense à l'autre pendant qu'on baise notre femme ? Allez, Lulu. Peut-être que toi, ça te conviendra, mais moi, ça me fait déjà grincer des dents.

Souplement, il se leva de sa chaise, et se pencha vers son frère, jusqu'à se retrouver assez près pour sentir son haleine sur ses lèvres.

- Tu sais que tu veux plus. Il n'y a pas des milliards de choix possibles, quand on y réfléchit... Ou on reste en dehors de ça, on l'enterre, et on n'en parle plus jamais...

God, l'odeur de sa peau, si près de la sienne, était tellement tentatrice... Visiblement, l'enterrement, l'oubli, ça ne serait pas pour tout de suite. Il murmura :

- Ou bien on plonge, ensemble, et en entier.

Il s'empara des lèvres de Tullio, puis, toujours en l'embrassant, le saisit par le bras pour le faire se relever, et le poussa contre le mur. Il aimait beaucoup pousser Tullio contre le mur. Il avait déjà fait ça avec d'autres filles ramenées chez lui, mais avec Tullio, tout avait une dimension différente.

- Je pourrais te proposer de boire de l'alcool pour qu'on puisse prétexter ensuite qu'on était pas maîtres de nos mouvements. Mais puisqu'on sait tous les deux que ce ne sera qu'un prétexte, on peut faire sans... pour le même résultat.

Merde, et dire qu'il ne savait pas comment s'y prendre. Pourtant, c'était bien ses mains qui fouillaient avec enthousiasme sous la chemise de Tullio. Ah, on pouvait dire que l'autre n'avait pas mis longtemps à le convaincre. Enfin, il était toujours persuadé que c'était une mauvaise idée, mais le cœur - et la libido, surtout - avait ses raisons, et Isaia n'y coupait pas plus que n'importe qui. Surtout avec un Tullio aussi mignon en face de lui. Et puis, quelque part, il avait envie d'y goûter pour voir ce qu'il perdrait s'il prenait l'autre chemin. Ca n'avait jamais été une idée de génie, mais tout, dans l'attitude de Tullio, invitait Isaia à sombrer...

Alors il sombrait. Mais il entraînerait Tullio avec lui. Ses lèvres s'en chargeraient.

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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: Accidentally in love   Lun 5 Nov - 10:22

Oui, pour Tullio, Isaia en valait la peine. Même s’il ne s’en rendait compte que bien trop tard, c’était maintenant une évidence. En quelques semaines seulement, cet homme que Tullio avait haï longtemps lui était devenu indispensable. Comme un oxygène que l’on ne respire que trop rarement, comme une flaque d’eau dans le désert. Le jeune homme ne s’était pas vraiment rendu compte du moment où il avait commencé à penser que voir Isaia était une impulsion naturelle. Pire, vitale, essentielle. Impérieuse. Il était passé par tant d’étapes entre la haine pure et l’amour profond qu’il lui vouait à présent qu’il ne saurait plus les détailler. Toujours est-il que, maintenant qu’il repensait à ce sentiment de trahison, cette colère contre lui … Il se disait qu’il avait perdu bien du temps avant d’accepter dans sa vie celui qui y était maintenant installé comme naturellement.

Mais peut-être que cette haine avait été nécessaire à l’amour. Peut-être avait-il était indispensable qu’il lui pardonne pour voir à quel point sa présence lui devenait agréable. Et si quelqu’un devait lui demander pourquoi il aimait celui qu’il avait tant détesté, Tullio savait quoi répondre. Il y avait tant de raisons … Déjà, Isaia était indéniablement beau, il ne fallait pas se cacher. Comparé à lui qui, plutôt banal, n’attirait pas les regards, sa blondeur et ses yeux clairs séduisaient en un rien de temps. Tout comme sa peau pâle qui paraissait presque fragile, si facile à marquer. Tullio avait envie d’y semer des traces rougies, sur son cou d’abord puis ensuite le long de son torse, et pourquoi pas à l’intérieur de ses cuisses … Le sommelier rougit, et se morigéna en se rappelant que le physique était loin d’être le plus important même si, c’était évident, la plastique de son frère, sa finesse, lui plaisaient plus que de raison après en avoir été jaloux durant des années.

Mais Isaia était bien d’autres choses qu’un simple beau gosse, même si ça il avait eu du mal à le comprendre. Isaia était fier, d’une fierté qui le rendait sûr de lui, qui le faisait paraitre grand, rayonnant. Il ne bégayait jamais, et même en ayant tord il n’hésitait pas à défendre son point de vue jusqu’au bout, se lançant dans des grands discours d’avocat, tentant de convaincre par tous les moyens. Il n’hésitait pas à user de la séduction pour arriver à ses fins et, même si Tullio détestait cela avant, il considérait tout de même que c’était une force qui pouvait s’avérer pratique. Même s’il lui avait demandé d’arrêter d’embobiner tout le monde. Pour se montrer un peu plus tel qu’il était, parce qu’il en valait la peine. Isaia était aussi déterminé, et quand il avait une idée en tête il faisait tout pour parvenir à ses fins, il n’abandonnait pas. Et voilà encore quelque chose que Tullio admirait, lui qui ne se lançait jamais de défis personnels si n’avait de but rée dans la vie. Isaia semblait toujours animé d’une force qui le poussait en avant, vers ce dont il avait envie.

Il était aussi tout le temps entouré, et même si Tullio soupçonnait que personne ne le connaisse vraiment, il enviait cette possibilité de se lier avec des gens. C’était un pouvoir qu’il avait toujours admiré, depuis sa plus tendre enfance. Que dire de plus ? Isaia était aussi le seul avec qui il pouvait –ou devait- être sincère. Il ne pouvait pas lui mentir. C’était le seul à réveiller celui qu’il était, en bien ou en mal. Il le faisait détester, aimer, désirer, se fâcher, pleurer … C’était le seul qui avait accès à ses émotions, à ses envies. Et pour ça, Tullio l’admirait, l’adorait, ne le remercierait jamais assez de le faire vivre. Mais ça le terrifiait, aussi. Parce que sans Isaia il redeviendrait le pantin qu’il avait toujours été. Il avait donc largement plus besoin de son frère, y était largement plus attaché, que la réciproque. Après tout, Tullio lui avait avoué qu’il l’aimait. Qu’il était amoureux. Le quitter, ça signifiait tout abandonner et ne plus être personne. C’est pour ça que Tullio était terrifié, et c’est aussi pour cela qu’il était prêt absolument à tout, même aux conneries énoncées plus tôt en ce qui concernait les mariages respectifs.

Oui, c’est pour ça que ces déclarations étaient vraies. Parce qu’il y était véritablement prêt, pour le garder près de lui. Il ne voulait pas, absolument pas, le quitter ou le voir s’éloigner. Même s’il détestait cette idée, qu’il la haïssait. Voire Isaia marié, ça lui briserait le cœur. Et ça, qu’ils décident de continuer ou pas. Parce que ce que son interlocuteur n’évoquait pas, c’est ce qu’il resterait d’eux s’ils en venaient à décider de tout arrêter dès maintenant. Tullio aimerait encore Isaia. Il avait vu suffisamment de films pour deviner qu’on ne cesse pas d’aimer en un instant. Que l’amour n’était pas chose qu’on pouvait effacer d’un revers de manche, surtout un amour réciproque mais contrarié et refoulé. Franchement, il croyait vraiment que de dire « non en fait, on oublie » allait faire céder leurs émotions toutes fraiches et seulement sorties de l’œuf ? C’était une belle utopie, mais Tullio n’y croyait pas une seule seconde. On ne cessait pas d’aimer comme on n’arrêtait pas de respirer. C’était si facile à dire, mais si ardu à réaliser. Tullio ne pensait pas un instant pouvoir y arriver.

- Tu y crois, là ? Non mais, sérieusement. Je t'aime, tu m'aimes, mais peu importe, on se marie de notre côté et on fait des enfants ? Et quoi, on pense à l'autre pendant qu'on baise notre femme ? Allez, Lulu. Peut-être que toi, ça te conviendra, mais moi, ça me fait déjà grincer des dents.

Tullio eut envie de lui hurler que NON, il n’y croyait pas. Mais le pseudo le cloua sur place. Il ne savait pas comment le prendre … Marque d’affection ou moyen détourné pour se moquer de ses paroles trop pieuses, trop idéalistes, qui cachaient une réelle détresse ? Dur à dire, surtout que quand ils étaient petits, « Lulu » était réservé aux services demandés avec un sourire narquois, sûr d’arriver à ses fins. Le sommelier secoua la tête, désœuvré. Lui aussi ça lui retournait l’estomac. Ça lui donnait envie de vomir d’imager Isaia, SON Isaia, dans les bras d’une femme, entre les cuisses flageolantes d’une demoiselle à la voix stridente. Il imagina un instant, et son teint blanchit inexorablement. Il avait raison, bien sûr. Jamais il n’accepterait qu’il refasse sa vie. Mais s’il n’y avait que ça pour qu’ils puissent ne pas se détester, s’il n’y avait que ça pour demeurer dans sa vie … Encore une fois, il pourrait passer outre.

- Je … Non, ça me débecte, mais s’il n’y a que ça … De toute façon, je n’ai jamais eu pour projet de me marier, donc pour moi ça ne changerait rien. A part que je détesterai ta femme et tes gosses. Enfin, peut-être pas tes gosses, ils n’y seraient pour rien.

Tullio fit la grimace à ces paroles, renouvelant son envie de tout faire pour rester près de lui, même accepter de l’aimer en silence. Il était vraiment une bonne poire totalement conne, hein. Il était stupide. Il se détestait d’accepter si facilement qu’Isaia mène une double vie. Ça risquait de le détruire, et en plus il mettrait son frère dans des situations difficiles. Il aurait préféré lui dire que oui, finalement, c’était plus simple. Lui mentir. Se détourner de lui. Mais … oh, quand il s’approcha autant de lui, pour que leurs lèvres de frôlent, il en fut incapable. Il ne pouvait pas refuser, son corps lui non plus ne mentait pas. D’un coup, il rougit mais pas de gêne, d’envie. Son cœur accéléra en passant du simple au double, et un frisson le prit, les rapprochant encore un peu. Le regard de Tullio alternait entre les lèvres, tentatrices d’autant plus qu’elles lui parlaient et les yeux de son vis-à-vis, dans lesquels il voulait chercher une promesse, une confirmation. La main de Tullio monta comme par réflexe le long du bras de son possible futur amant, pour venir se nicher doucement dans sa nuque. Hésitant, il le laissa tout de même terminer sa phrase, à grand peine.

- Tu sais que tu veux plus. Il n'y a pas des milliards de choix possibles, quand on y réfléchit... Ou on reste en dehors de ça, on l'enterre, et on n'en parle plus jamais...

Dieu que c’était dur de le laisser dire ça sans lui couper la parole d’un baiser. Tullio en mourrait d’envie, il devait se jeter sur ces lèvres appétissantes, offertes.

- Ou bien on plonge, ensemble, et en entier.

Tullio eut juste le temps de chuchoter un « Je veux plonger dès maintenant » qu’il sentit enfin le baiser le saisir. Il n’était même pas sûr que son frère l’ait entendu, et peu importait au final puisque sa bouche lui offrit une réponse semblable, les mots en moins. C’était superflu. Immédiatement, le baiser s’approfondit quand Tullio ouvrit les lèvres et qu’il vint écarter celles de son frère pour venir avec sa langue à la rencontre de sa jumelle. Quand il la trouva, Isaia l’entraina contre le mur de son appartement contre lequel il atterrit dans un bruit sourd. Cela les fit se séparer un instant. Tullio eut le temps d’admirer les joues rouges de son vis-à-vis, et imagina qu’il ne devait pas être mieux. Haletant, les cheveux désordonnés, il se jeta à nouveau sur cette bouche qu’il ne voulait lâcher pour rien au monde. Qu’on lui donne juste le droit de l’embrasser chaque jour, et le jeune homme se sentait prêt à tout abandonner.

On aurait pu croire que cette position était inconfortable, mais loin de là. Il se sentait ainsi comprimé contre le corps de son frère, qu’il n’hésita pas à enlacer de ses bras sur ses épaules. Il sentait leurs torses en contact, et plus bas … Oh, plus bas il préférait ne pas y penser. C’était suffisamment compliqué de se retenir comme ça, pour l’instant. Il se sentait bien. Son monde se résumait pour l’instant à deux bras, un mur, une bouche, et une boule de chaleur pressée contre lui. Tullio gémit doucement quand Isaia se recula pour parler, tandis que ses mains glissaient dans le dos de ce dernier pour se caler dans le creux de ses reins. Il le regardait, un voile de désir devant ses yeux sombres aux pupilles dilatées. Comme un drogué en manque, il attendait sa dose.

- Je pourrais te proposer de boire de l'alcool pour qu'on puisse prétexter ensuite qu'on était pas maîtres de nos mouvements. Mais puisqu'on sait tous les deux que ce ne sera qu'un prétexte, on peut faire sans... pour le même résultat.

- Et sans le mal de crâne ni l’amnésie. Je veux m’en souvenir … Alors maintenant, surtout, ne t’arrête pas …

Même si les questions revenaient en boucle. Qui allait faire quoi ? Comment procéder ? Jusqu’où aller pour ce soir ? Tullio oublia tout en sentant des mains sur sa peau, et un soupir lui échappa dans lequel il crut identifier le prénom de l’homme qu’il aimait. Ça y est, il murmurait déjà son nom. Comme quand il était sous la douche pour se soulager, un peu plus tôt. Ses lèvres hésitaient entre rester sur les siennes ou descendre dans le cou, et finalement elles suivirent le chemin de sa mâchoire pour venir se nicher dans le creux formé par une clavicule, dans lequel battait une petite veine qu’il mordilla avant de suivre sa progression du bout de la langue. Et ses mains, pas vraiment en reste, étaient honteusement descendues sur l’arrière train bien formé d’Isaia. Il ne savait pas comment faire, ayant peu d’expérience avec les filles et aucune avec un homme, mais son envie le poussait en avant avec une certaine dextérité.

- Alors on s’abandonne ?

Dernier rempart, bastion du bon sens de Tullio. Qui n’attendait qu’une chose : qu’Isaia l’assiège.
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: Accidentally in love   Lun 5 Nov - 20:02

Il était si docile, Tullio. Il semblait tellement prêt à tout. Même là, alors qu'il venait d'avouer à Isaia que ça le dégoûterait de l'imaginer avec une femme, qu'il la détesterait, il disait tout de même qu'il serait prêt à l'endurer, si c'était pour Isaia... Et la question naissait immanquablement dans l'esprit du blond : Tullio était-il un saint, sans la moindre once d'égoïsme, quelqu'un qui faisait toujours passer le bonheur de l'autre avant le sien, ou était-il tout simplement masochiste, et dans les grandes largeurs, encore ?

Peut-être qu'il était les deux. Quoi qu'il en soit, Isaia, lui, n'était ni l'un, ni l'autre - pour le SM, son truc à lui, c'était plutôt le sadisme. Quant à l'égoïsme, il avait prouvé maintes fois qu'il était un maître en la matière. La preuve : il était revenu à Tullio. Déjà à l'époque, il se doutait que le seul à qui cette démarche profiterait, ce serait lui. Tullio n'avait rien à gagner à le voir revenir à ses côtés - et maintenant qu'il y pensait de façon rétrospective, plus que de n'avoir rien à y gagner, il avait beaucoup à perdre. Isaia l'avait charmé (inconsciemment, soit, mais charmé tout de même), il avait usé la carte du naturel pour plaire à Tullio, pour revenir dans ses bonnes grâces. Ça avait marché au delà de ses espérances. Maintenant, Tullio était tombé amoureux de lui, et c'était de sa faute. Et si tout se terminait mal, ce serait de sa faute aussi. Si la vie de Tullio était encore une fois gâchée, ce serait à cause de lui.

On ne pouvait pas dire qu'il était le petit frère idéal, ça non. Cette fois encore, tout arrivait à cause de lui. Alors l'abnégation de Tullio, elle n'avait rien à faire là : non, c'était Tullio qui devait imposer ses désirs, et c'était lui qui devait suivre bon gré mal gré, puisque tout partait de lui. Mais pour l'instant, c'était comme si Tullio était une barre dans ses mains qui se pliait selon la force qu'il y mettait. Mais il ne voulait pas faire plier Tullio, il voulait que son frère puisse vouloir et décider, sans se faire influencer. S'il faisait trop plier la barre, elle se briserait un jour - son frère ne pouvait pas se plier à ses caprices indéfiniment.

Voilà : il avait un trop mauvais caractère pour Tullio. Il avait décidé de l'ouvrir, et Tullio était parti. Il avait décidé de revenir, et il était revenu. Il avait décidé d'être spécial pour Tullio, et Tullio était tombé amoureux de lui. Et maintenant, apparemment, quoi qu'il décide, son frère le suivrait. Pour qu'il en arrive à parler de mariage, c'était que ça devait être à un niveau critique... S'il décidait d'arrêter, ils arrêteraient. S'ils décidaient de continuer, ils plongeraient. Tout était entre ses mains.

Et pour la première fois de sa vie, il n'avait pas envie de prendre la décision. Il n'avait pas envie de réfléchir, de peser le pour et le contre... Les mains de Tullio contre sa peau se faisaient aguicheuses, et il avait envie de tout déconnecter, oublier tout ce qui les concernait, pour pouvoir faire de cette nuit quelque chose de magnifique, qui ne serait pas lourd de conséquences. Il aurait tellement voulu que Tullio ne soit pas son frère...

"Et sans le mal de crâne ni l’amnésie. Je veux m’en souvenir … Alors maintenant, surtout, ne t’arrête pas …"

Et il était tellement érotique, Tullio. Comment Isaia aurait-il pu arrêter ? C'était impossible. Ses lèvres descendirent dans son cou - il avait cette odeur qu'il adorait, l'odeur de la peau ni masquée par le gel douche ni par la sueur, son odeur à lui, tout simplement, enivrante... Et Isaia aimait son cou. Il avait un cou magnifique, élégant, élancé, un cou délicat, une peau impeccable sur laquelle c'était facile de laisser des baisers. S'il avait été un vampire, il aurait adoré croquer dans cette peau tendue, sentir le sang derrière, le boire...

Bon, pour l'instant, juste l'embrasser suffirait.

Et son prénom, dans la bouche de son frère... Gosh. C'était exquis. Un instant, leur moment de parlotte lui revint en tête, et il se demanda rapidement comment il avait pu passer autant de temps à rester devant Tullio, à lui parler, sans se jeter sur lui. Maintenant qu'il l'avait dans les bras, il lui semblait inconcevable qu'il le quitte.

"Alors on s’abandonne ?"

Et dire qu'au début de la soirée, il était persuadé qu'il faudrait y mettre un frein... Maintenant, il prenait de lui-même la main de son frère pour l'entraîner à sa suite dans la chambre - et refermer la porte derrière lui. Soit, il était un total novice en matière d'hommes, mais bon, il faudrait bien commencer un jour, pas vrai ? Et Tullio ne semblait pas particulièrement réticent. Peut-être un peu craintif ? Mais Isaia l'était au moins autant que lui, même si ça ne voyait pas forcément.

- Cette nuit au moins... On décidera plus tard de la marche à suivre, mais cette nuit...

Cette nuit... Il voulait qu'elle soit mémorable. Maintenant qu'il avait décidé qu'il était d'accord pour plonger, il voulait que ce soit fait dans les règles de l'art. Déjà, installer Tullio sur son lit : check. Se tenir au dessus de lui et faire courir des baisers papillon dans son cou et sur ses lèvres : check. Par contre, ils avaient encore tous leurs habits, mais le moment de l'effeuillage était empreint d'un érotisme qu'Isaia ne voulait surtout pas gâcher. Et puis, ça, c'était quelque chose qu'il maîtrisait. Après, il pourrait hésiter, mais au moins, jusque là, il gérait. Bon sang, s'il avait pu faire un peu de recherche sur Internet... C'était pourtant évident qu'à partir du moment où ils s'étaient jetés l'un sur l'autre dans la salle de piano, ils en arriveraient là.

Enfin, tant pis. Ils le feraient au petit bonheur la chance, et peut-être que ça s'avèrerait bien. Et Isaia, qui se sentait coupable de toujours forcer la main à Tullio, était ouvert aux compromis... Bon, l'idée de faire la fille le rendait nerveux, mais... si Tullio... le voulait...

Tiens...? Tullio, fille... Une idée désagréable frappa brusquement Isaia de plein fouet.

- Tullio... commença-t-il lentement. T'avais pas une copine ?

Soit, s'il s'en rappelait correctement, la dernière fois qu'ils avaient abordé la question, Tullio disait qu'il n'était pas amoureux d'elle. (Ce qui semblait logique, s'il était en fait amoureux d'Isaia.) Mais bon, rien n'empêchait qu'il soit encore avec elle... Isaia s'immobilisa, à quatre pattes sur le lit, au dessus de Tullio, et l'observa d'un air anxieux. Y avait-il une chance pour qu'il soit encore avec la greluche ?

Jusque là, coucher avec des filles qui avaient déjà un petit ami, ça ne l'avait jamais dérangé. Parce qu'il avait toujours considéré que les filles qui échouaient dans son lit étaient des filles faciles, et qu'il n'envisageait rien de sérieux avec elles. En revanche, l'idée que Tullio puisse être encore avec sa copine, sans qu'il sache trop pourquoi, lui hérissait les poils.

- Tu l'as quittée, hein ?

C'était dur de réfréner la note de supplication qui perçait dans ces paroles. Évidemment qu'Isaia souhaitait qu'il l'ait quittée, cette imbécile. Bon, il ne l'avait jamais rencontrée, c'était peut-être une fille bien... Mais Tullio était à lui, et à personne d'autre. Point barre. Et Isaia voulait, lorsqu'il ferait l'amour avec Tullio, que l'autre soit à lui à tous points de vue. Il ne devait pas y avoir de copine qui s'incrusterait dans l'équation... Sinon, il faudrait attendre que Tullio la largue.

Isaia ne savait même pas d'où lui venait cette idée, mais il sut qu'il n'en démordrait pas. Tullio avait plutôt intérêt à être célibataire, s'il voulait connaître la suite de cette histoire. Et, Dieu, qu'il l'espérait !

Amusant, comme c'était maintenant, une fois que Tullio lui semblait pouvoir s'échapper à nouveau, qu'il réalisait qu'il le voulait. C'était comme de jouer à pile ou face pour décider si on prenait le Big Mac ou le Mc Chicken : c'était impossible de se décider pendant dix minutes, mais si ça tombait sur face et qu'on était triste, ça voulait dire qu'on avait envie de pile. Là, c'était pareil. Isaia avait beau se convaincre qu'il ne savait pas ce qu'il voulait, en vérité, au fond de lui, il savait déjà très bien...

Et ce qu'il voulait, c'était Tullio... Ce Tullio qui n'était peut-être pas entièrement à lui...
Oh gosh, ça le rendrait dingue.
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: Accidentally in love   Mar 6 Nov - 9:46

Il aurait suivi cet homme au bout du monde, se dit Tullio alors qu’Isaia l’entraînait dans sa chambre. La main du sommelier tremblait un peu dans celle de son futur amant. Il n’était pas assuré, mais il l’aurait suivi n’importe où, c’était une certitude à présent. Isaia avait réussi à dicter son existence entière, et si auparavant l’idée lui était insupportable, maintenant il s’en fichait. Pire, il s’en délectait. Parce qu’il aurait tout donné pour rester avec lui. Si Isaia lui avait demandé de déménager loin de leurs parents pour éviter de les voir, il aurait dit oui. S’il lui demandait de tout quitter pour partir avec lui, il aurait sauté de joie. Il pouvait lui imposer de ne rien dire à personne, même si Tullio pensait qu’au bout d’un certain temps, il allait falloir parler. Il aurait pu le laisser lui faire l’amour sur la table, sur son canapé, n’importe où. Il se moquait bien de l’endroit, tant qu’il le touchait encore. Tant qu’il l’embrassait, le caressait comme il savait déjà si bien le faire.

C’était la première fois que toucher quelqu’un d’autre était si agréable, il n’avait jamais connu vraiment de plaisir par la chaire. Et Tullio se demandait si, justement, ce n’était pas parce qu’il était un gay refoulé ? S’il n’éprouvait que peu de plaisir avec les femmes, était-il homosexuel pour autant ? Parce que d’autant qu’il sache, jamais reluquer un mec ne lui était venu à l’esprit. Il n’avait jamais trouvé une paire de fesse sexy avant celle d’Isaia, n’avait jamais souhaité savoir ce qui déformait un pantalon avec autant d’évidence qu’à l’instant, chez lui en tout cas. C’était quand même étrange, non ? Surtout que Tullio se pensait profondément incapable de faire quoi que ce soit de sexuel à un autre homme qu’Isaia. Julien, par exemple, était vraiment mignon selon les critères évidents de la beauté, mais … Il n’avait jamais laissé son regard dériver sur son corps en pleine action, n’avait jamais songé à la rougeur de ses joues en plein orgasme comme il l’avait honteusement fait avec Isaia pas plus tard que ce matin, pour se soulager dans sa douche.

Et les choses devenaient plus concrètes, maintenant. Il s’agissait bien de faire l’amour, hein. Tullio ne pourrait pas se dégager à la dernière minute. Même s’il était intimement persuadé que jamais Isaia ne lui tiendrait rigueur de dire « stop, pas plus loin » ou de lui demander d’échanger les rôles qui semblaient maintenant se profiler à son désavantage. Oui, il le ferait parce qu’il savait qu’Isaia s’imaginait qu’il était un ange qu’il pervertissait et qu’il ferait tout pour l’épargner, pour lui faire plaisir, pour ne pas le brusquer ou risquer de le salir. Mais Tullio ne voulait pas se ménager juste parce qu’il avait peur. Surtout … Surtout quand Isaia lui promis que cette nuit, il ne serait qu’à lui. Que ce soir il laissait tout tomber. Tullio savait que ça allait être parfait, au moins au niveau des sentiments. Question physique, il se posait bien plus de questions, malheureusement. Et bientôt serait venu le moment de les poser. De Demander à son frère ce qu’il voyait pour eux. S’il avait le nécessaire … Sinon il … Oui, Tullio était honteux mais il avait pris ce qu’il fallait dans son sac. Une petite bouteille rouge foncé remplie d’un liquide huileux qu’il n’avait jamais ouvert.

Mais, se doutant de son rôle dans leur partie de jambes en l’air, même seulement fantasmée à l’époque, Tullio avait lu que c’était chose indispensable surtout pour une première fois. Il ne voulait pas avoir plus mal que nécessaire, même s’il savait que c’était indispensable. Le bruit d’une porte qui se ferme était en train de sceller son avenir proche. Tullio frissonna avant que son partenaire ne l’installe sur son grand lit. Il avait besoin de le sentir contre lui …

- Cette nuit, j’ai le droit de t’appartenir entièrement ? D’oublier tout le reste ?

Combien de filles s’étaient allongées sur ce lit ? Combien avait atteint l’orgasme avec l’homme qu’il désirait maintenant plus que tout ? Combien de femmes le beau blond avait fait passer ici … Le jeune homme ferma les yeux fortement, tenant d’oublier ces questions alors que le rêve de sa vie se réalisait. Isaia l’embrassait doucement, tendrement, de partout. Tullio lui en fut gré, bien content de voir que le blond avait décidé de prendre son temps plutôt que d’expédier ça le plus vite possible, au vu de leurs désirs respectifs. C’était stupide, Tullio se sentait comme une vierge effarouchée dans les bras de son prince charmant. Il ne fallait pas qu’il panique, surtout pas. Et pour l’instant, la chose semblait plutôt bien partie. Il répondait aux lèvres d’Isaia quand elles passaient à portée, et sinon Tullio écartait un peu les jambes pour lui laisser la place de s’y glisser.

Mais c’est à cet instant qu’Isaia se figea, s’éloignant un peu, restant au-dessus de lui mais loin de ses lèvres. Tullio grogna de frustration, alors que son désir était en train de se manifester plus ou moins subtilement entre ses cuisses. Il se demanda si Isaia avait déjà changé d’avis et s’il abandonnait l’idée de le faire sien … Frissonnant à cette pensée, Tullio devait avoir l’air aussi anxieux que son vis-à-vis quand ce dernier prit la parole.

- Tullio... T'avais pas une copine ? Tu l'as quittée, hein ?

Ouf, ce n’était que ça. Heureusement. Isaia était … Isaia était jaloux. Un grand sourire vint chasser l’inquiétude des traits du plus âgé des deux. Il prit son visage entre ses deux mains et s’approcha pour frôler ses lèvres et murmurer d’une voix rendue un peu rauque par l’envie et l’impatience.

- J’ai même effacé son numéro de mon répertoire. Je lui ai dit que j’étais enfin amoureux, en m’excusant que ça ne soit pas d’elle. Elle a beaucoup pleuré, me reprochant même de n’avoir jamais fait l’amour avec elle.

Tullio se redressa sur un coude pour venir l’embrasser profondément, crispant ses doigts dans les cheveux blonds. Après un long moment, il se recula tout doucement et continua, sur le ton de la confidence.

- Il n’y a que toi, Izzy, et le pseudonyme sonnait comme un appel à la luxure dans sa voix rendue chaude par la proximité de ce corps chaud contre le sien.

Tullio l’embrassa encore. Et encore. Il ne pouvait pas s’en passer … Mais ses mains vinrent déboutonner lentement la chemise, tandis que ses cuisses s’ouvraient à nouveau, pour l’inviter à y prendre place. Il parlerait plus tard. Il lui demanderait plus tard s’il avait ce qu’il fallait. Là, rien d’autre ne comptait que la peau qu’il voyait apparaître lentement dans l’embrasure de sa chemise. Son regard habituellement terne, soudainement illuminé par un désir jamais ressenti, admirait son pseudo frère et détaillait le corps du blond avec un sourire appréciateur. Il ne tremblait plus, maintenant. Pas pour l’instant. Même s’il avait encore peur qu’Isaia ne fuie purement et simplement en réalisant qu’il était bien un homme, avec une envie qu’il ne pouvait ignorer puisqu’une bosse déformait son pantalon. C’était encore une possibilité. Tullio vint attraper le lobe d’oreille du blond, et en profita pour lui confesser tendrement.

- Je suppose que tu t’en doutes mais ça sera la première fois alors … Si tu pouvais y aller doucement … Tu sais.

Et Tullio redevint cramoisi, ayant l’impression de passer son temps à alterner entre provocation et timidité. Parce que Isaia le mettait dans tous ses états, le rendait fou, il pouvait être l’un ou l’autre à volonté. Il ne sentait même plus de logique dans ses actes, qui n’étaient destinés qu’à donner du plaisir à son partenaire, et ses paroles qui voulaient se rassurer en abordant le sujet un peu plus épineux de sa première fois. Ce n’était pas rien, hein ? Mais Isaia serait compréhensif …
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: Accidentally in love   Mar 6 Nov - 22:12

Isaia était un fan de cinéma. Il avait son abonnement au mois, et il adorait passer du temps dans les salles obscures, un gros pot de popcorn salé à la main (celui qui coûtait la blinde, oui), et quand il n'y était pas, il claquait la moitié de son salaire dans les DVD (l'autre moitié partait en fringues, parce qu'Isaia avait toujours été un fashionista).

Il avait même fait installer dans son appartement un home cinéma qui était sa plus grande fierté, dans la pièce à côté de sa chambre. Il y avait les volets aux fenêtres, les enceintes disséminées aux quatre coins de la pièce, les deux confortables fauteuils au centre, la couverture si jamais il faisait froid, et l'écran qu'on pouvait dérouler, qui cachait tout le matériel important (à part le projecteur fixé au plafond). Isaia avait passé des heures dans cette petite pièce, à enchaîner Blu-ray sur Blu-ray.

C'était peut-être cette passion pour le cinéma qui lui faisait, en ce moment-même, voir la scène comme s'il était spectateur. Si ça avait été mis en scène, lorsqu'il avait refermé la porte de sa chambre sur eux, il y aurait eu un zoom sur la porte fermée, depuis l'autre pièce, et un gros silence pour souligner le côté "attention on s'apprête à faire des trucs interdits" de la chose. Si ça avait été une série, l'épisode se serait arrêté là. Si ça avait été un film, il y aurait eu un fondu enchaîné sur la scène suivante (eux dans le lit, ou bien un peu plus tard dans la journée, quand ils se seraient séparés pour retourner à leur vie habituelle).

Sauf que voilà, ils n'étaient pas dans une série ou dans un film, et il n'y aurait pas de fondu enchaîné. Tout ce qu'Isaia allait vivre, maintenant qu'il avait fermé cette porte derrière eux, il allait le vivre pour de bon. Il ne savait pas exactement s'il était prêt, mais il n'était plus question de reculer, pour Tullio, pour eux. Tullio, lui, il avait l'air plus que prêt, en tout cas...

"Cette nuit, j’ai le droit de t’appartenir entièrement ? D’oublier tout le reste ?"

Oh, seigneur. Isaia sentit son bas-ventre le brûler à cette phrase. Est-ce que c'était permis de dire des trucs comme ça, je vous jure... Il avait l'impression de n'avoir jamais rien connu de si érotique. Ça, c'était autre chose que toutes ces gonzesses qui s'étaient amassées autour de lui, trop de maquillage, trop de poitrine, pas assez de naturel. L'inverse de Tullio, qui lui apparaissait comme une perle immaculée dans un écrin de velours. Tullio, qui lui paraissait juste parfait.

- Oui, murmura-t-il, la bouche contre l'oreille de Tullio, profitant de l'occasion pour l'embrasser. Ce soir au moins, oui...

Comme si ce n'était pas ce qu'il demandait depuis... depuis assez longtemps, en fait. Il n'en était pas tout à fait conscient lors de leur soirée jeux vidéos, mais déjà à ce moment, il savait qu'il y avait quelque chose de louche. Et puis, quand on y pensait, il avait toujours été obsédé par Tullio. Tout petit, à vouloir lui ressembler. Un peu plus grand, à vouloir le détruire. Encore plus grand, à vouloir le retrouver, et maintenant, à le vouloir, tout simplement. Tullio était juste le centre de son monde, c'était évident. Il se demandait pourquoi il ne s'en était pas rendu compte plus tôt.

Même s'il fallait bien admettre que la vision de son frère qui ouvrait les jambes docilement le troublait assez. A tel point qu'il se demandait presque s'il n'aurait pas été plus à l'aise avec un autre mec, avec un type qu'il ne connaissait pas. Tullio, lui... ok, ils avaient pris des bains ensemble quand ils étaient petits, ils avaient joué à comparer leurs zigounettes en cachette, mais maintenant, le jeu était d'un ordre bien différent. Et c'était son frère qui était en train d'écarter les jambes pour lui.

Et gosh, pourtant, il en avait envie. Il s'imaginait déjà en train de le pénétrer, les allers et les retours, les sensations, et le membre pour l'instant encore caché dans son slip s'agita douloureusement à cette pensée, et sa gorge s'assécha. Seigneur. Inhumain.

La seule chose qui aurait pu le faire rebrousser chemin aurait été que Tullio lui dise qu'il était encore avec sa pouffiasse, mais...

"J’ai même effacé son numéro de mon répertoire. Je lui ai dit que j’étais enfin amoureux, en m’excusant que ça ne soit pas d’elle. Elle a beaucoup pleuré, me reprochant même de n’avoir jamais fait l’amour avec elle. Il n’y a que toi, Izzy"

Les lèvres de Tullio trouvèrent celles d'Isaia, et le blond y répondit tendrement - rassuré par ce qu'il venait d'entendre. Rassuré, et à la fois inquiet. Sa jalousie sans nom remerciait le ciel de ce que Tullio ait viré sa pouf, mais ça voulait dire qu'il venait de supprimer le dernier obstacle sur le chemin, pour ce soir. Ça voulait dire qu'Isaia ne pouvait plus faire marche arrière.

Bon, et puis, s'il arrêtait d'y penser, d'abord ? Il en avait presque mal à la tête, à force d'avoir une part de son esprit qui lui hurlait d'arrêter et l'autre qui le suppliait de continuer. Tout penchait pour l'option "on continue", alors autant qu'il admette que ça aurait lieu et qu'il fasse taire cette voix dans sa tête aussi chiante que stressante.

*On va le faire. Que ce soit bien ou pas... On le fera de toute façon, alors autant y plonger entièrement.

Voilà. Arrêter de se prendre la tête. Contempler Tullio, qui le fixait paisiblement, comme s'il était en totale confiance (ce qui ne devait certainement pas être le cas... il devait avoir drôlement confiance en Isaia). Admirer sa beauté. Là, comme ça, la tête dans l'oreiller, les cheveux épars, la chemise en vrac, il était beau, à couper le souffle. Une beauté qui n'était que pour Isaia... Heureusement. Il n'était pas partageur.

Puis, dans un souffle, quelques mots de Tullio. Tendres. Uniques.

"Je suppose que tu t’en doutes mais ça sera la première fois alors … Si tu pouvais y aller doucement … Tu sais."

Isaia l'observa attentivement - il eut envie de lui faire un sourire rassurant, mais quelque part, il était trop ému, et il n'arrivait pas à faire bouger ses lèvres. Tullio était tout de même en train de lui dire que non seulement il offrait sa deuxième virginité, mais aussi qu'il lui épargnait le choix, le sacrifice. Il se proposait pour ce rôle qui l'embêtait probablement autant qu'Isaia. S'il en avait eu le courage, Isaia aurait répondu : "je peux le faire, si tu préfères", mais... Il avait peur. Il devait l'admettre, il était lâche.

Alors, doucement, il se pencha vers Tullio, lui dégagea le front, et l'embrassa tendrement.

- Ne t'en fais pas, murmura-t-il. Je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour que tu puisses aimer.

Et puis, il avait de quoi faire en sorte que Tullio n'ait pas mal. Il avait du lubrifiant, déjà, rangé dans la table de nuit juste à portée de main, avec les capotes. (Il amenait rarement des filles dans sa chambre, mais... on ne savait jamais. Et là, en cet instant, il était content d'avoir été prévoyant.) Et le lubrifiant, il pouvait l'utiliser avec un garçon, n'est-ce pas ? Si c'était bon pour les filles, c'était bon pour les mecs aussi. Il avait d'autres choses aussi, comme des huiles de massages, des jouets (allant des menottes aux godemichés en passant par le bandeau pour cacher les yeux... pas pour son propre usage, évidemment, mais les filles aimaient souvent), et d'autres choses... Mais bon. On attendrait un peu pour ça, hein ? Là, le lubrifiant suffirait.

Lentement, il s'installa au dessus de Tullio, et défit le premier bouton de sa chemise. Il voulait que ça se passe comme il fallait, et surtout, que ça n'aille pas trop vite. Les problèmes pourraient les rattraper demain matin, mais cette nuit, comme il allait tout laisser à la porte, il ferait bien attention à ne pas se presser et à profiter de A à Z.

Le premier bouton laissait entrevoir la clavicule - Isaia déglutit. Sexy. Trop pour son bien. Il sentit son entrejambe s'agiter à nouveau, et vu comme il était assis sur les cuisses de Tullio, l'autre devait probablement le sentir. Bon - de toute façon, il finirait par la sentir d'une autre façon, n'est-ce pas ? Alors, ce n'était pas la peine d'être gêné.

Deuxième bouton. La peau, parfaite, qui semblait diaphane à la lumière de lune, qui était la seule source de lumière de la chambre - Isaia n'avait pas allumé de lampe. Le rayon de lune tombait directement sur son lit, et il éclairait la beauté de Tullio d'une façon parfaite. Isaia tendit un doigt pour caresser ce carré de peau qu'il devait de dévoiler. Tout se passait dans un silence absolu, dans une lenteur terrible, et le blond avait à nouveau l'impression de jouer dans cette série, ou le silence est si énorme qu'on le sent sur nos épaules, mais d'une façon qui colle parfaitement à la scène. Les violons, c'était too much, c'était pathos, il n'en voulait pas. Seul le silence pouvait être à la mesure de la perfection de cet instant. Les doigts effleurèrent la peau de Tullio, et Isaia ne disait rien, il contemplait, sans un sourire, gravement. Ému.

Ses doigts, de la peau à moitié cachée sous la chemise, glissèrent sur la joue, et la caressèrent lentement, silencieusement. Puis se glissèrent dans les cheveux, et Isaia ne pouvait s'empêcher de le contempler. Tant de beauté allait probablement finir par le rendre aveugle... Et il était ému, ému à en avoir le cœur rempli de tendresse, ému à en être au bord des larmes.

- Je t'aime, murmura-t-il d'une voix à peine perceptible.

Il fit à nouveau glisser sa main sur la joue si douce, puis le troisième bouton. Le quatrième. Les courbes de son corps se dessinaient de plus en plus, et Isaia passait ses doigts dessus pour les apprécier, toujours dans ce silence qu'il ne voulait pas briser, qui était seul assez beau pour eux. Puis la chemise fut entièrement déboutonnée, et Isaia écarta les pans, lentement, pour contempler le corps qui se cachait en dessous. Parfait. Il aurait dû se sentir choqué de l'absence de poitrine, des muscles du ventre, mais... non. C'était beau. Peu importait, en fait, qu'il soit un garçon - là, en découvrant le corps de Tullio, il se rendait brutalement compte qu'il était capable d'apprécier la beauté chez les deux sexes.

Doucement, il se pencha, et embrassa ce ventre plat, cette jolie rangée de poils qui partait du nombril et filait se cacher dans le pantalon auquel Isaia ne s'était pas encore attaqué. Sa peau était douce et chaude, et elle sentait bon. Le blond aurait voulu enfouir son nez dedans et respirer à fond, mais il lui semblait qu'il n'aurait jamais assez de deux poumons pour profiter suffisamment de l'odeur de Tullio.

Puis il se redressa, et laissa ses doigts errer du côté de la ceinture du pantalon, qui lui barrait encore la route principale. Le son du cliquetis lorsqu'il la défit fut la seule chose à emplir le silence, à part le son de leurs respirations erratiques, et lorsqu'Isaia fut sur le point d'ouvrir la boutonnière, il releva la tête vers Tullio.

- Je continue ? Tu n'as pas changé d'avis ? Je ne veux pas te forcer, alors si tu te sens mal à l'aise... J'arrête dès que tu le demandes.

Après tout, il ne voulait pas le violer, non plus... Ça devait se passer dans un consentement totalement mutuel. Il lui laissait juste une porte de sortie au cas où ça lui ferait trop peur - et il ne lui en aurait pas tenu rigueur. Lui se sentait un peu mieux, il prenait un peu plus d'assurance à chaque geste, comme si son instinct le guidait, mais si Tullio voulait arrêter... Alors ils arrêteraient, sans discussion.

Et si Tullio voulait continuer...
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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: Accidentally in love   Mer 7 Nov - 14:42

Là, à cet instant, Tullio aurait préféré être gay. Il aurait aimé avoir une grande expérience des hommes, être un habitué. Avoir séduit Julien et s’être abandonné à lui dans les vestiaires ou dans la salle principale, une fois le dernier client parti. Il aurait aimé avoir pu fantasmer sur les fesses rebondies de certains, sur la virilité des autres. S’imaginer plus jeune, plus souvent, ce genre déviances, et les mettre en œuvre. Il aurait même préféré être un peu plus débauché et moins prude. Il aurait aussi aimé adorer le sexe, ce qui jusque-là n’avait jamais été le cas dans sa vie. Il aurait aimé être capable de jouir sur commande et de trouver du plaisir n’importe où, pour s’en repaitre, s’en nourrir. Bref, il aurait aimé être un Isaia mais tourné vers les hommes.

Parce qu’alors, cela les aurait tous les deux rassurés. Tullio aurait pu écarter les jambes en toute sérénité, et lui dire qu’il pouvait tout à fait expérimenter, y aller sans crainte. Parce qu’il était évident qu’Isaia angoissait. En même temps, à sa place il n’aurait sans doute pas été mieux. Il avait sûrement peur de lui faire mal, de le blesser ou de ne pas lui donner le plaisir qu’il allait ressentir. Tullio aussi avait peur de ce « détail » qui prenait maintenant des dimensions énormes et terriblement terrorisantes. Mais lui serait celui qui subit, ce ne serait pas « sa faute », et même s’il détestait penser ainsi, c’était un fait. S’il avait mal, ce serait de la faute de son amant. Enfin, aussi de son inexpérience mais … Voilà pourquoi il aurait aimé pouvoir y aller avec assurance et confiance. Ce simple geste de lui avoir ouvert les jambes représentait beaucoup pour Tullio.

Premièrement, il acceptait de s’abandonner totalement. Si Isaia lui faisait du mal par la suite, il aurait du mal à s’en remettre. Jusque-là, bien que bien plus ouvert, Tullio avait toujours gardé une sorte de protection, de réserve. Juste au cas où. Une minuscule distance qui le protégeait encore un peu de cet homme qui lui avait fait du mal, il y a des années. Mais là il l’abandonnait, il s’abandonnait. Après ça, plus rien ne le protégerait. Isaia allait prendre possession de son corps après avoir réussi à habiter son cœur de manière permanente. Et ça lui faisait peur, vraiment, d’être par la suite déçu ou blessé. Là il ne serait plus rien. Il ne pouvait rien donner de plus à Isaia que tout ça, que cette nuit. Que cette première fois qui lui faisait tellement peur et qu’il n’avait ô grand jamais même penser vivre un jour.

Deuxièmement, c’était la douleur. Et Tullio n’avait pas l’habitude d’avoir mal, il ne savait pas vraiment ce que c’était que de souffrir. Il avait trop évité ce sentiment, pendant de trop longues années. Personne ne le décevait puisqu’il n’attendait rien de personne. Il n’était donc jamais trahi, jamais énervé. Personne ne le frappait par vengeance, personne n’avait eu l’occasion de lui faire mal. Et là, il offrait ça à son frère. Peut-être du plaisir, tout du moins moral, mais physiquement il allait souffrir et doutait de ressentir du plaisir à sentir s’enfoncer quelque chose à cet endroit. Et personne n’aime avoir mal … Alors ça aussi, c’était un sacrifice conséquent. Qu’il était prêt à faire, qu’il avait envie de faire. Mais tout de même … Il allait voir mal.

Troisièmement, Tullio sacrifiait le peu de virilité qu’il lui restait. Il se découvrait tremblant de désir, frissonnant d’un plaisir interdit et encore léger, mais surtout abandonné. Il n’avait plus aucun contrôle dans cette position, et Tullio glapit –oui oui, glapit … Ridicule- quand Isaia attrapa son oreille pour lui chuchoter ce genre de promesses. Il voulait oublier le « au moins » et ne penser qu’au « ce soir ». Oui il voulait … Il voulait qu’il le touche, qu’il le caresse, qu’il le fasse crier son nom dans cette chambre, pour effacer tous les autres cris qui y avaient vu le jour. Mais il voulait aussi lui donner du plaisir, le sentir atteindre l’orgasme grâce à lui. Il voulait garder cette possibilité de le faire chavirer, de le rendre fou de lui.

- Ne t'en fais pas. Je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour que tu puisses aimer.

Les lèvres sur son front calmèrent ses tremblements à peine perceptibles. Il fallait le croire. Isaia ne lui ferait pas de mal, du moins pas plus que nécessaire. Peut-être … Peut-être qu’il le caresserait en même temps et que Tullio oublierait la douleur. L’espace d’un instant, il avait envisagé de seulement se frotter à lui, de lui donner du plaisir avec sa bouche ou avec ses mains. Ça ne le dérangeait pas. Mais à bien y réfléchir, le jeune homme avait compris qu’il avait besoin de plus, qu’il devait absolument le sentir en lui pour être comblé. Et il trouvait cette idée perverse, dérangée, compliquée à gérer. Son sourire se déforma un peu, alors qu’il tentait malgré tout de se rassurer mentalement. Il caressa ses avant-bras et apprécia la chaleur du corps assis sur lui qui commençait à le déshabiller très lentement.

Le sommelier frémit quand il ouvrit le premier bouton. Il vit le regard d’Isaia briller d’une lueur nouvelle, qui le fit pousser un soupir un peu rauque. Il sentit aussi l’envie de son partenaire contre lui, et une de ses mains se posa comme par habitude sur la grosseur ainsi formée. Sans la caresser, juste pour sentir quelque chose de dur qui trahissait son désir et le rassurait. Isaia avait envie de lui, et au final c’est tout ce qui comptait. Au diable ses angoisses, ses questions, ses peurs. Juste, Isaia qui se trouvait dans cet état grâce à lui, ça suffisait pour le jeune homme. Le blond ouvrir d’autres boutons, et Tullio rougit fortement ne gémissant faiblement quand il détailla son torse. Il eut un mouvement comme pour se cacher, pour masquer ce corps qu’il estimait banal, inintéressant. Mais le regard perçant et pourtant voilé du blond l’en dissuada. Il le regardait, l’admirait, et Tullio prit sur lui pour le laisser faire.

De gêne, il replia pourtant les genoux, obligeant Isaia à glisser plus près de lui encore. Le bassin de ce dernier se retrouva sur le ventre de son futur amant, et Tullio serra ses cuisses dans un réflexe très féminin pour lequel il se détesta. Son regard sombre se faisait pourtant fuyant, les joues rouges et le cœur battant à cent l’heure. Personne ne l’avait jamais regardé comme ça, personne ne lui avait réellement prêté de l’attention. C’était toujours pour Isaia, toujours. Alors quand l’objet même de l’admiration de tous se concentrait uniquement sur lui, Tullio se sentait fondre. Mais ce n’était que le début.

- Je t'aime

C’était si faible que Tullio crut l’avoir rêvé. Son cœur explosa, le monde se résuma à la bouche qui venait de prononcer ces deux mots. Tullio se mordit la lèvre presque jusqu’au sang. Il l’avait dit. Comme ça, là, il lui avait dit. Effaçant d’un revers de la main tous ses doutes, toutes ses réticences qui recommençaient à prendre le dessus sur ses envies. Il l’aimait. Pour peu, les petits anges et les trompettes n’étaient pas loin tant Tullio se sentait heureux et rassuré par cette affirmation qui semblait évidente. Pour seule réponse, trop bouleversé pour oser ouvrir la bouche et dire quelque chose comme « glurp ! », Tullio ferma longuement les yeux en serrant une main d’Isaia dans la sienne. Il ne disait rien, se contentant de lui broyer les doigts puis de porter le dos de sa main à ses lèvres pour l’embrasser tendrement. Il n’y avait rien d’autre à dire que ce remerciement muet qui valait tous les mots du monde. Voilà qui était bien le plus beau cadeau qu’il pouvait lui faire avant cette nuit qu’il imaginait maintenant bien plus sereinement.

*MOI AUSSI !* avait-il envie de hurler, mais il en était incapable. Rouvrant les yeux, Tullio lui sourit en le laissant commencer à explorer son corps, avec bien moins de gêne et d’anxiété. Il sentait son souffle sur sa peau, ça le chatouillait mais bien plus profondément que d’ordinaire. Son bassin vibrait presque d’envie retenue, et son torse se souleva très vite alors qu’il l’embrassait et goûtait sa peau. Tullio avait envie d’enfouir ses doigts dans les cheveux d’anges, alors il le fit, les caressant, savourant leur douceur.

- Je continue ? Tu n'as pas changé d'avis ? Je ne veux pas te forcer, alors si tu te sens mal à l'aise... J'arrête dès que tu le demandes.

Les mains sur son pantalon, Isaia le fixait avec des yeux plein de tendresse. Tullio se redressa sur les coudes, se débarrassant par la même de sa chemise qu’il laissa choir sur le matelas, avant de le retourner doucement d’un coup de bassin agile, venant coller son corps contre le sien et embrasser encore ses lèvres.

- Absolument et définitivement pas, mais là tout de suite j’ai besoin qu’on soit à égalité, murmura-t-il dans un petit sourire.

Tullio n’avait pas envie de jouer, ce n’était pas un jeu, mais il avait envie de progresser en même temps que lui. Il le laisserait le retourner après coup pour lui enlever le bas, qui pourtant hurlait d’envie de sortir de cette prison de tissu. Auparavant, il se redressa, chaque genou encadrant un flanc. Dans la même position que lui un peu plus tôt, Tullio passa ses mains à plat sur le torse fin, sous la chemise encore attachée. Il caressait le ventre, puis les côtes, appréciant ce qu’il ne pouvait encore voir. Ses doigts s’attardèrent un peu sur les deux ilots rosés qu’il avait toujours considérés comme une étape ennuyeuse chez une femme. Mais là, il appréciait de les faire rouler sous la pulpe de ses doigts, alors qu’il ondulait doucement du bassin sur lui. Tout était tendre, et même s’il y avait de l’érotisme, Tullio n’était pas précipité ou enfiévré. Il prenait également son temps, se baissant de temps à autre pour l’embrasser.

Puis, quand il eut suffisamment appris les courbes de son corps, Tullio ouvrit doucement sa chemise, l’aidant à s’en débarrasser. Il caressa les épaules, les bras, remonta sur les pectoraux à peine dessinés, puis se glissant dans la cambrure de ses reins, juste entre sa peau et le matelas. Une fois qu’il eut tout caressé, et couvert son cou de baisers dont certains appuyés, laissant une marque rouge plus ou moins désirée, il vint reprendre ses lèvres.

- Maintenant tu peux bien faire ce que tu veux de moi, gémit-il en sentant enfin leurs peaux se rencontrer.

Isaia était à demi-nu, dans ses bras. Tullio pouvait mourir heureux.
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: Accidentally in love   Mer 7 Nov - 22:06

Lorsque Tullio était arrivé chez Isaia avec deux heures de retard et que le blond avait refermé la porte un peu brusquement derrière lui, on ne pouvait pas dire qu'il savait ce que la soirée leur réservait. Même encore maintenant, il savait bien quelle direction ça prenait, mais la réalisation restait un peu floue. Toutefois, ce qu'il était en train de faire, là, déshabiller Tullio, c'était plus ou moins un domaine qu'il maîtrisait (et pour être tout à fait honnête, plutôt plus que moins). Et au moins, jusqu'à ce que le dernier bout de fringue tombe, il savait ce qu'il faisait. Il y avait mille et une façons de déshabiller quelqu'un, et Isaia, qui les connaissait sur le bout des doigts, osait espérer que ça ne changeait pas lorsqu'on passait d'une fille à un garçon.

Bref, il avait les prochaines minutes en tête, il voyait le film se dérouler devant ses yeux, le close-up, leurs respirations enfiévrées, le froissement du tissu dans le silence, il avait imaginé ça avec la promptitude de son esprit toujours prêt à l'invention. Mais voilà : il n'avait pas prévu que Tullio le prendrait de cours.

"Absolument et définitivement pas, mais là tout de suite j’ai besoin qu’on soit à égalité."

Il avait imaginé la première partie de la phrase - il n'avait pas prévu la seconde. Et d'un coup, voilà qu'il se retrouvait en bas, ahuri, et Tullio qui se tenait dans la même position que lui une seconde auparavant. Son frère voulait jouer au même jeu que lui ? Ça dérangeait ses plans, bon sang ! Maintenant, il sentait le peu d'assurance qu'il avait retrouvé durant l'ouverture de la chemise recommencer à s'effriter comme du plâtre mouillé.

Il l'avait laissé broyer ses doigts lorsque Tullio avait entendu sa confession - soit, c'était quelque chose qui méritait une réaction, il en était conscient, et ses doigts en avaient été également douloureusement conscients - et c'était un geste d'amour. Ça l'avait touché. Tullio si ému qu'il ne pouvait rien répondre... Et bien, ça lui ressemblait, au fond, à lui si ému qu'il ne pouvait rien dire.

Mais là, il s'agissait de laisser Tullio prendre la direction du truc. C'était complètement autre chose. La première réaction d'Isaia fut d'essayer de se redresser, mais les mains de son frère le stoppèrent. Elles s'enfouissaient sous sa chemise, caressaient sa peau, et Isaia cessa la pseudo-résistance. Après tout, quand il avait fait pareil un peu plus tôt, ou même quand il l'avait ramené dans cette chambre, Tullio n'avait rien dit, et s'était laissé faire - parce qu'il avait foi en Isaia. Alors c'était peut-être le moment de faire la même chose de son côté, et de faire confiance. Tullio ne lui ferait pas de mal, il en était certain.

Bien sûr, son côté dominateur avait assez de mal à accepter d'être en position de faiblesse, mais il prit sur lui. Il laissa les commandes à Tullio. Pour l'instant, songea-t-il, mais même si son frère voulait les garder, il ne serait pas en mesure de refuser, il le savait. De toute façon, il avait dit qu'il ferait tout ce qu'il pouvait pour le contenter, tout. Alors, qu'il laisse Tullio faire. Sans résister.

Les doigts caressèrent sa peau, ses tétons - beaucoup moins moelleux que ceux d'une femme... Est-ce que Tullio s'en accommoderait ? - et en douceur, la chemise glissa, comme celle de Tullio un peu avant. L'air frais lui chatouilla l'épiderme, mais les baisers de Tullio s'appliquaient à le faire brûler, et au final, il ne savait pas s'il avait chaud ou s'il avait froid...

"Maintenant tu peux bien faire ce que tu veux de moi."

Bon ok... Il avait chaud. C'était impossible de ne pas brûler quand on entendait une phrase comme celle-là, bordel de merde. Dans sa tête, il y eut comme un petit "clic", une digue qui s'ouvrait, et toute la raison d'Isaia complètement envahie par sa passion. Il se redressa, et glissa ses bras autour du corps de Tullio, dans son dos, savourant la chaleur de cette peau contre la sienne, s'emparant de ses lèvres, passionnément. On ne disait pas une phrase d'abandon comme celle-ci sans vouloir que ce soit bestial. Et pourtant, Isaia était parti pour que ce soit doux, tendre, lent, indolore... au début, en tout cas.

Geez. Ce Tullio, alors ! Il le rendait incapable de penser. Isaia dut énormément prendre sur lui pour ne pas lui arracher son futal et le violer sur place (ça aurait été plus que dommage, à ce stade), mais il ne put résister à l'envie de le saisir à nouveau et de le plaquer sur le lit, et reprendre sa place du dessous, celle où il sentait relativement plus à l'aise.

- Ne dis pas ça, murmura-t-il d'une voix sans timbre, ses dents mordillant le lobe d'oreille de Tullio. Parce que ça me rend fou, et on ne sait pas ce que je pourrais faire si je deviens fou.

Il fallait qu'il se calme, bon sang. Se calmer. Se CALMER. Il s'était promis que ça serait, à défaut du paradis que Tullio espérait peut-être, au moins indolore - mais là, le feu qui brûlait dans ses veines le poussait à la précipitation, et ce n'était jamais une bonne conseillère.

Se calmer. Pour Tullio. Il se redressa, contempla le corps en dessous du sien, et embrassa les lèvres de son frère, avant de sourire amèrement. Dieu que c'était dur de se raisonner... Mais pour Tullio, il y arriverait peut-être.

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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: Accidentally in love   Jeu 8 Nov - 12:53

Tullio n’avait guère envie de dominer son frère. Il avait surtout envie de profiter de lui, tranquillement. Et le peloter faisait partie de ses projets de profiter. En venant ainsi sur lui, il ne voulait surtout pas lui faire peur ou lui laisser croire qu’il préférait finalement être au-dessus. Parce qu’il ne le voulait pas, il avait trop peur pour ça. Au final, ça l’arrangeait bien qu’Isaia accepte de jouer le rôle du dominant, parce que lui n’y serait pas arrivé. Il savait quoi faire dans la théorie mais manquait d’assurance, de classe naturelle, de folie plus que de motivation. Peut-être qu’un jour il lui prendrait l’envie de lui faire plus que simplement le caresser comme ça, mais pour l’instant il n’était pas prêt.

Pas prêt à le laisser comme ça, à descendre entre ses cuisses pour les embrasser, le déshabiller entièrement et à embrasser des parties d’Isaia qui le faisaient rougir rien qu’à y penser. Il pouvait caresser, mais sans doute pas ça. Pas maintenant. Il n’était pas non plus prêt à faire le fier en dirigeant les opérations. Mais Tullio se doutait bien qu’un jour, il aurait envie de s’asseoir différemment sur ce bassin dur contre le sien. Il aurait envie d’y bouger, de laisser exploser son désir, dans cette position. De ne laisser leur orgasme qu’à son simple désir. Rien qu’à ces pensées, le sommelier était rouge pivoine mais d’autant plus excité, et il lui arrivait maintenant de pousser des petits gémissements d’envie sans origine précise.

Le caresser lui provoquait beaucoup de plaisir, il aimait ça. Il aimait lui donner envie. Sa peau était douce et claire, et quand il l’eut enfin contre lui, Tullio ne se priva pas pour s’y frotter un peu. Elle était plus chaude qu’il ne l’avait toujours imaginée. Par sa couleur, Tullio avait éternellement songé que, à l’image de son véritable caractère, ce corps devait être froid comme de la glace et profondément inconfortable. Et là, il n’aurait voulu le quitter pour rien au monde et jamais quelque chose ne lui avait procuré autant de bouffées de chaleur qui étaient à présent constantes.

Il avait apprécié ces quelques instants de pouvoir le caresser à loisir, comme il en avait envie. Mais finalement … finalement, la position du dessous lui convenait parfaitement ce soir. Il avait envie d’offrir son corps, et se sentait étrangement sécurisé par la présence rassurante d’un corps au-dessus de lui. Même s’il comptait bien aider, guider Isaia, pour une fois il pouvait s’abandonner et simplement profiter du plaisir. Pour l’instant, celui-ci tardait à venir mais Tullio se sentit irrémédiablement à l’étroit en sentant des dents sur son oreille, se tordant sous le corps d’Isaia alors qu’il lui répondait d’un ton un peu tendu par la retenue dont il faisait sans doute preuve.

- Ne dis pas ça. Parce que ça me rend fou, et on ne sait pas ce que je pourrais faire si je deviens fou.

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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: Accidentally in love   Ven 9 Nov - 19:49

Isaia avait toujours été à l'aise avec la nudité. Peut-être que ça venait des compliments sur son physique qu'il recevait de tout le monde quand il était gosse, puis ensuite, adolescent. Il avait fait de la piscine, aussi, et ça avait donné des formes à ses muscles - c'était loin d'être du bodybuilding, mais il n'était pas freluquet non plus. Bon, être prof de piano, on ne pouvait pas dire que ça entretenait la forme physique, mais Isaia n'avait pas abandonné la piscine, il y allait encore de temps à autre. Quoi qu'il en soit, il n'avait pas honte de son corps. Il estimait, dans son absence totale de modestie, qu'il n'avait pas de quoi rougir.

Mais quand Tullio lui enleva son pantalon, il se senti étrangement démuni devant lui. Se déshabiller devant des filles qui n'avaient aucune espèce d'importance pour lui, ça ne le perturbait pas, mais être déshabillé par Tullio, là, ça prenait une autre dimension. Tullio. Qu'est-ce qu'il allait dire, en le voyant ? Peut-être que ce qu'il aurait sous les yeux ne correspondrait pas à son idéal. S'il avait été une fille, Isaia aurait eu de sérieux doutes, mais il ne savait pas ce que pouvait bien vouloir un mec...

Toutefois, l'idée ne tarda pas à s'effacer : déjà, ils avaient d'autres choses à penser, des choses plus urgentes, et puis ensuite, si Tullio parvenait à passer outre le fait qu'ils étaient frères... son corps ne devrait sans doute être qu'un détail sans importance. De toute façon, Isaia n'avait pas le temps de s’appesantir dessus...

"Même si tu perds la raison je sais que tu ne me feras pas mal alors … A quoi bon vouloir être sage ?"

Oh, ça, il n'en était pas aussi certain. Il se connaissait bien, Isaia. Il connaissait la façon dont il aimait le faire, et en particulier, il aimait quand c'était passionnel. Chambre en total chaos, rideaux arrachés, draps détruits, ça, c'était son trip. Sauf que voilà, Tullio n'était sans doute pas prêt à ça, aussi bien mentalement que physiquement... Et s'il décidait d'oublier la raison et de brûler les étapes, il le blesserait peut-être, et ça, il voulait éviter. Il voulait tout faire pour que ça se passe bien pour Tullio - il n'y avait qu'à ce prix qu'il pouvait accepter de souiller l'ange qu'il avait en face de lui...

Alors il préféra ne pas répondre, parce que si Tullio l'incitait à la passion, il n'était pas certain que ça se terminerait bien. Plus tard... Quand ils se connaîtraient mieux, physiquement. Mais pas pour une première fois - surtout une première fois avec tant de pression sur leurs épaules.

Parce qu'Isaia en avait eu, des premières fois. Parfois, c'était léger, parfois c'était génial, et presque tout le temps, c'était dénué de conséquences. Celle-là, en revanche, il avait intérêt à ne pas la foirer, parce qu'elle ferait partie de celles qu'on n'oublierait pas, réussie ou ratée. Quitte à ce qu'elle soit mémorable, autant donc qu'elle le soit en bien.

"Ne … "

Ce n'était qu'un tout petit mot, mais il n'échappa pas à l'oreille d'Isaia, et il suffit à lui insuffler le doute. Qu'est-ce qu'il voulait dire, avec cette négation ? "Ne fais pas ça ?" Est-ce que Tullio regrettait ? Il voulait arrêter ? Isaia ne le forçait pas, mais... merde, il en avait envie. Il n'avait pas envie de s'arrêter...
Alors, il ne releva pas, et si Tullio le voulait vraiment, il lui ferait comprendre de façon plus affirmée... Ok, c'était lâche. Mais Isaia était lâche, c'était bien connu. Et Tullio releva la tête pour l'embrasser, et ce n'était pas comme ça que le blond pensait qu'il essayerait de lui dire d'arrêter. Il le fixa, attentif.

"C’est toujours aussi … excitant, avec toi ?"

Et voilà, il s'était encore fait une trouille tout seul. Isaia ne put s'empêcher de sourire, soulagé - quoi, ça voulait bien dire qu'il voulait qu'ils continuent, non ? - et se pencha pour embrasser Tullio, tendrement.

- C'est parce que c'est toi, sans aucun doute...

Il avait du mal à se rappeler d'une fois où il en avait eu à la fois autant envie et autant peur. Mais le cocktail des deux émotions donnait un truc totalement détonnant, et Isaia avait vraiment du mal à se contenir. Il voulait tout, et il le voulait maintenant...

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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: Accidentally in love   Sam 10 Nov - 12:38

Tout avait dépendu d’une seule et simple réponse, de quelques mots soufflés au cœur d’un moment très intime. Tullio avait attendu cette réponse avec une impatience grandissante, avec une angoisse tout aussi démesurée. Il voulait savoir et à la fois, il avait peur. Il lui avait demandé si c’était toujours aussi excitant avec lui. Si oui … Tullio le prendrait assez mal. Il ne voulait pas être comme les autres, il voulait être spécial, particulier. Il voulait compter aux yeux d’Isaia plus que tout le monde. Et même si sa déclaration lui faisait penser qu’il l’était au niveau sentimental, il y avait aussi le sexe. Tulio voulait être le meilleur coup de son amant. Il voulait l’attacher au plaisir d’être avec lui, d’être en lui. Il avait besoin de ça. Parce qu’un homme ça se gardait aussi par le sexe, il en avait bien conscience. Malgré toutes ses belles paroles, Isaia ne resterai jamais avec quelqu’un qui ne le satisfaisait pas au lit. Comme Tullio ne restait jamais avec ses copines même si, dans son cas, il ne l’aimait même pas.

Si Isaia répondait oui … S’il lui disait que c’était semblable avec toutes ses conquêtes … Tullio se fermerait sans aucun doute. Il se voyait tout à fait se tendre, refuser les baisers, vouloir qu’on en finisse le plus rapidement possible. Il l’encouragerait à être brutal et passionné juste pour que ça soit moins loin, quitte à le provoquer. Alors que là, il aimait cette tendresse, le temps que prenait son ancien frère pour le mettre en confiance et le choyer. Malgré son désir grandissant, cette douceur était juste primordiale pour lui qui, malgré tout, avait peur. Mais s’il n’était qu’un point parmi les autres, alors cette partie de jambes en l’air deviendrait du sexe pur et Tullio accepterait de se faire baiser, au lieu de faire l’amour à son partenaire. C’était triste à dire, mais le sommelier avait vécu tant de déceptions dans un lit qu’il préférait ne pas trop croire que la magie allait durer. On ne savait jamais.

Si Isaia disait oui, c’en serait fini de cette envie qui l’animait, de ce désir jamais connu. Il deviendrait froid, et même si ses sentiments ne disparaitraient pas de sitôt, il aurait perdu quelque chose. Une dimension de leur relation se serait écroulée. Il y avait fort à perdre, ce soir. C’était aussi cela qu’impliquait l’amour et la confiance. Tullio n’avait plus l’habitude de faire confiance, encore moins à son frère. Isaia l’avait trop souvent trahi alors tout lui abandonner et attendre, les yeux fermés, qu’il fasse ce qu’il voulait de lui, c’était prendre de gros risques. Il aurait pu lui dire que jusqu’ici il n’y avait rien de passionnant ou d’exceptionnel dans ce qu’ils faisaient. Parce que, malgré ses certitudes un peu bancales, Tullio ne cessait de douter. Au cas ou. On ne savait jamais. On ne connaissait jamais vraiment les gens, c’était sa devise.

- C'est parce que c'est toi, sans aucun doute...

Son cœur se mit à battre un peu plus fort et il se détendit imperceptiblement. C’est bon, il était sauvé. Il était spécial même à ce niveau-là. C’était bon de le savoir. Il lui sourit à travers leur baiser, heureux de se répéter cette phrase qui, ce soir, était sans doute la seconde sur le podium des déclarations choc. Il aurait voulu lui répondre la même chose, mais à partir de maintenant sa bouche ne semblait plus vouloir que gémir, crier ou soupirer. C’est ce qu’elle fit sans relâche, impatient qu’il était de voir ce qu’il ferait entre ses cuisses. Même s’il était toujours mort de honte de s’exhiber ainsi dans cette position … Jamais il n’avait pensé à ça. D’ordinaire, quand une fille arrivait jusqu’à lui prodiguer ce genre de choses, Tullio pensait vaguement à autre chose en écartant les jambes et attendant de voir la fin venir.

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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: Accidentally in love   Dim 11 Nov - 18:09

Isaia ne s'en était pas rendu compte au début, mais la question que Tullio lui posait était loin d'être anodine. Est-ce que c'est toujours aussi excitant avec toi, ça n'avait pas l'air d'une question très sérieuse. Comme quand on s'amusait avec quelqu'un dans un parc d'attraction et qu'on lançait à l'arrache, "c'est toujours aussi cool, avec toi ?". Mais alors qu'il répondait, il se rendit compte que Tullio attendait ses mots avec une impatience pas dénuée d'anxiété. Et ça, c'était bizarre. De quoi avait-il peur ?

Peut-être avait-il peur de découvrir que les autres fois seraient moins excitantes. Mais Isaia en doutait, parce qu'il ne savait même pas s'il y aurait d'autres fois... Alors, c'était le "toujours" qui devait coincer, ce "toujours" qui impliquait d'autres personnes que Tullio. Il était jaloux ? De ses conquêtes passées ? C'était ridicule, parce qu'aucune de ses ex n'avait eu pour Isaia l'importance qu'avait Tullio. (Bon, évidemment, s'il ne lui disait pas, l'autre ne pouvait pas le savoir, m'enfin). Même quand ils étaient encore frères, et que les sentiments n'étaient pas encore apparus au grand jour, Tullio comptait plus pour lui qu'elles, alors maintenant, c'était dire...

Quoi qu'il en soit, il devait avoir dit la bonne réponse, car il vit le visage de Tullio s'éclairer avant que l'autre ne l'embrasse. Évidemment que c'était spécial, avec lui. Il s'imaginait quoi ? Déjà, rien que par le fait qu'il était un mec, c'était spécial. Ça aurait pu être un turn-off, mais... étrangement, c'était l'inverse. Peut-être le côté misogyne d'Isaia, qui prenait les nanas et les jeter sans même se soucier d'elles - quoi qu'il en soit, s'il ne faisait pas grand cas des filles avec qui il sortait, c'était peut-être parce qu'il penchait du côté gay de la force. Bon, d'accord, une paire de seins, c'était toujours ravissant. Peut-être qu'il était juste simplement bi. Ou alors Tulliosexuel, peut-être. Probablement.

Et c'était agréable. Il avait eu du mal à s'imaginer comment se passerait cette première fois, mais maintenant qu'il était là, la tête entre les jambes de Tullio, dans une position qui aurait rebuté plus d'un macho, il avait l'étrange impression d'être à sa place. Sa bouche pour Tullio. Ses mains pour Tullio. Sa langue pour Tullio. Tout, la moindre parcelle de son corps, vouée au plaisir de Tullio. C'était pas aussi intense que s'il avait trouvé sa vocation dans l'existence, mais il savait qu'il aimerait ça. Qu'il apprécierait énormément.

A tel point que, alors que Tullio lui faisait signe d'arrêter parce que l'explosion était imminente, il aurait aimé pouvoir aller jusqu'au bout. Après tout, ce n'était pas une fin en soi. Il était certain qu'il aurait pu donner un deuxième orgasme à Tullio une fois à l'intérieur de lui, le faire jouir comme jamais, le faire crier comme un bébé...

Bon, ok, "certain", c'était peut-être un terme un peu fort pour quelqu'un qui le faisait pour la première fois avec un autre mec. Mais subitement, les doutes d'Isaia s'étaient envolés. Parce que merde, c'était Tullio ! Ça ne pouvait être que bien, c'est tout. Comme quand ils s'étaient embrassés, l'après-midi même. Comme quand ils avaient dormi dans le même lit, avec leurs corps si proches, et les lèvres d'Isaia sur le front de Tullio, et les lèvres de Tullio sur le coin de la bouche d'Isaia... Ah, comme il avait eu mal à cœur, à ce moment-là. Maintenant, il se demandait si le "oups, je suis tombé à côté" n'était pas fait exprès, en fait, et cette idée lui gonflait le cœur.

Merde, il était amoureux. Tout bêtement.

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Tullio Fazzio

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MessageSujet: Re: Accidentally in love   Lun 12 Nov - 14:47

Franchement, ce n’était juste pas possible de prendre autant son pied. Tullio était aux anges. Déjà, la vision de l’homme qu’il aimait, entre ses cuisses tremblantes, en train de prendre dans sa bouche ce qui l’avait démangé toute la journée, c’était trop pour son cerveau. C’était juste un spectacle magnifique. Isaia était bandant au possible, même si le jeune homme doutait de pouvoir paraitre plus excité. Il comprenait seulement maintenant les visages éthérés de ses amis à l’internat, du temps de ses études. Il avait toujours entendu parler de cette expérience comme le meilleur moment d’une partie de sexe, même si la suite n’était pas mal non plus. Ils avaient parlé d’une sensation merveilleuse d’appartenir à la demoiselle concernée, de s’abandonner dans un cocon chaud, humide et terriblement agréable. Alors oui, il avait essayé. Après tout, ils avaient été copains de branlette dans leurs lits le soir pour savoir qui tenait le plus longtemps, alors Tullio pouvait bien suivre leurs conseils. Ça marchait comme ça, les mecs, qu’on lui disait.

Alors il avait essayé, dans l’internat, en dehors, avec des blondes, des brunes. Elles acceptaient tous de faire plaisir à ce rêveur un peu décalé qui les attiraient par son pseudo mystère qui, bien vite, ne révélait que de l’ennui. Elles s’y étaient mises avec ardeur, certaines timides, d’autres plus franches. In se souvenait de leur bonne volonté, mais aussi de ses réactions. Il avait trouvé ça plutôt inconfortable d’être ainsi jugé et manipulé par une bouche. C’était chaud et humide, oui, mais pas vraiment agréable. Tullio se souvenait qu’il se concentrait souvent pour ne pas rire des bruits de succions répétés, des visages concentrés des filles et de leurs grimaces quand elles se tenaient la mâchoire, fatiguée de ne donner que peu de résultats. Il se souvenait de leurs efforts, aussi. Les pauvres. Elles tentaient tous les coins de la chose, aspiraient, suçaient, serraient le palais … Sans vraiment de résultat. Quand une de ses vagues copine lui proposait une petite caresse buccale avec toute la bonne volonté du monde, il se demandait souvent comment refuser et, finalement, se laissait faire tel une étoile de mer qui attend que la marée passe. Pitoyable.

On aurait dit une fille que l’on viole, presque, tant il n’en avait pas envie. Son corps ressentait un vague plaisir qui le faisait toujours se tendre –quand même, il ne poussait pas l’affront jusqu’à rester inerte-, mais jamais il ne jouissait dans ce cas de figure. De toute façon, Tullio avait toujours cru que la jouissance était une question physique. Et là il découvrait à quel point c’était plus fort que jamais, totalement avilissant. Et il n’avait même pas encore eu d’orgasme … ça promettait. Il espérait qu’Isaia soit aussi excité que lui sinon il allait avoir l’air bien con à gémir tout seul comme il le faisait présentement.

Le sommelier aurait voulu que ça ne s’arrête jamais, que ça continue encore et encore jusqu’à la fin des temps. C’était tellement bon, tellement inconnu aussi. Il espérait qu’il y ait une prochaine fois. Parce qu’il avait envie de sentir à nouveau cette bouche sur lui, qui le faisait gémir et se trémousser de plaisir. Il ne pouvait pas vivre sa première et seule véritable expérience sexuelle de ce genre pour que ça soit sa dernière. Isaia ne pouvait pas lui faire ça. Tullio savait qu’il allait y être accro, et c’était vraiment très mauvais pour lui ça. Parce qu’en plus d’être dépendant de la présence de son partenaire, il deviendrait dépendant de son corps. Et il n’était pas sûr de pouvoir conserver les deux.

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Accidentally in love

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