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 Parce que tu le vaux... pt'être bien ?

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Dante Mancini

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HOBBIES : la vitesse, emmerder Clemente

MessageSujet: Parce que tu le vaux... pt'être bien ?   Mar 18 Déc - 12:42

    Grimace.
    Trou noir de quelques minutes, quelques foutues secondes avant le hurlement, crissement de pneus et le froissement aigu des tôles et de côtes légèrement fêlées. Une insulte en prime, comme si j’avais eu besoin d’envenimer la situation plus que ça, mais voilà, je n’avais pas pu m’en empêcher.
    C’est quand même dingue que j’arrive à ressortir sans une égratignure des circuits les plus vicelards, et bim ! Une fois en ville, je me fais emboutir par un connard de première. Bon, ok, p’être bien que je conduisais un peu vite, que ce n’est pas ‘totalement’ de la faute de ce bouffon, mais quand même …
    Il ne pouvait pas regarder avant de tourner comme un barge ? Tss…

    Et c’est pour ça que je me retrouvais, clope au bec et légère humeur de cleps, devant mon nouveau ‘concessionnaire préféré’, à racheter une bagnole alors que la mienne n’avait même pas fait un mois et demi. Vous allez me dire que je pouvais bien attendre le temps des réparations, ou les faire moi-même pour accélérer le mouvement, mais j’avais beau me démmerder, formé par mon mécanicien de père, elle ne serait jamais réparée pour la fin de semaine.
    La bonne poire/le mec cool/le con, au choix hein, que j’étais avait accepté de dépanner un pote en le remplaçant pour emmener et ramener des bourges à une espèce de soirée de bienfaisance. Opération purement commerciale, par des gens même pas capable de tenir un volant plus de dix minutes pff…
    Mais on ne dit pas non à une mini-pouce rouquine aux yeux verts qui babille, et vous rote à la tronche en souriant, n’est-ce pas ?

    Bref, je passai les portes vitrées en me disant que finalement, c’était peut-être l’occasion de me faire un cadeau avec la nouvelle prime, et en bonus de titiller le vendeur qui s’avançait vers moi avec un sourire digne d’une pub Colgate.
    Le pauvre s’avançait vers moi en croyant pouvoir me faire avaler tout et n’importe quoi, m’épater en me refilant la dernière caisse hors de prix, mais le dominant n’est pas toujours celui que l’on croit.
    Juste pour le faire chier, parce que je savais avoir le temps de choisir, alors autant toutes les tester… je dis non aux trois premières carrosseries qu’il me présenta. Le manège ne faisait que commencer. Tatillon, pour finir en client exécrable. Un régal.
    Je le laissais m’exposer son baratin avec un éternel petit sourire en coin, opinant doucement de temps en temps comme pour lui faire croire que je gobais ses paroles, alors que franchement, je ne l'écoutais que d'une oreille depuis un petit moment, mon regard dérivant sur le reste du magasin.
    Mes yeux rencontrèrent une paire de fesses plutôt bien moulées dans le pantalon à pince noir qui me tournait le dos. Ah. Pas mal. Mon sourire s’était légèrement agrandi, ayant l’effet indésirable de faire croire à mon interlocuteur que je semblais à sa merci. Mais maintenant qu’il m’avait fait son speech, je pouvais lui montrer que le client, c’était encore moi. Pas un connard bourré de thunes. Moi.

    « - Dites… Vous pensiez franchement me faire avaler le fait que je ferais une affaire avec une caisse pareille ? »

    Le ton était toujours aimable, mais différent. Moqueur, cynique sur la pointe des mots, alors que mes sourcils s’étaient légèrement froncés, mon regard sombre planté dans le sien. Je ne lui laissai pas le temps de contre-attaquer, pointant la consommation, la pauvreté du moteur. Ok, elle était chouette, belle carrure, et design moderne, mais franchement sous le capot, j’en attendais plus. Clairement plus que cette limace redorée vendu par un binoclard pareil.

    « - Vous n’avez pas mieux… ? »

    Première pique, et le jeu ne faisait que commencer, pour le faire monter en pression. Intérieurement, je commençais seulement à me marrer, le poussant toujours plus, entre perte de moyens et agacement.
    Au bout d’une bonne demi-heure, un appel de Marco (que je ne m’étais pas gêné de prendre devant le vendeur – oui client chiant ON !) après, son sourire poli se fissurait par moment, gêné de ne pas savoir répondre à mes exigences, toujours plus hautes, et plus pointues. On n’apprend à un vieux singe à faire la grimace, comme on dit non ? Bah, on n’apprend pas non plus à un pilote comment conduire sa bagnole… la choisir, c’est pareil.
    Un soupir en apparence agacé filtra entre mes lèvres, alors que je farfouillais dans les poches de ma veste en cuir, me servant de mon briquet comme d’un anti-stress, avant de le sortir en faisant mine de vouloir m’en griller une à l’intérieur, sous les hoquets incertains du vendeur.

    Le client est roi, hein ? Alors tu la fermes gentiment.
    Il essayait de reprendre contenance sous mon sourire alors que tout dans sa gestuelle nerveuse trahissait ses hésitations à foutre dehors un client. Ouais, mais mon coco, un client qui pourrait se payer un bolide sur un coup de tête, comme un gosse capricieux. Ou pas, mais ça, Monsieur ne le saurait surement pas. Un petit merdeux qui se ferait un plaisir de t’écraser la face sur une de tes belles carrosseries aussi.
    Une réflexion de plus, et il me fusilla du regard alors que je le toisais, un air amusé, presque supérieur, sur la tronche.
    Ouais, j’étais un salopard, mais franchement, vous n’avez jamais rêvé de faire ça vous ? Pousser ces foutus costards cravate de vendeurs, qui s’en foutent plein les fouilles, avec des marges de malades, au point de les faire chialer d’énervement ?’Me mentez pas… ça a une saveur particulière, vicieuse ok, mais là j’en avais bien besoin. Il prenait pour l’autre con.
    Tant pis pour le politiquement correct.

    Et c’est sur cette pensée que je m’apprêtais à quitter le magasin en faisant ma diva – avec une insulte quand même, exaspérée par l’incompétence par ce binoclard incapable de me donner de quoi user mes pneus sur le bitume. Avant de revenir demain pour le faire criser, encore et encore.
    Mais un coup d’œil, une silhouette m’arrêta.
    Ah.
    Intéressant ça.
    D’après June, j’dois avoir une réserve sans fonds de conneries dans la caboche, et là, sur le coup, je crois bien qu’elle avait raison, parce que l’idée qui venait de me germer sentait l’emmerde délicieuse à plein nez. Juste de quoi faire craquer le vendeur qui essayait tant bien que mal de ne pas me laisser lui échapper.
    Une seconde, un sourire carrément idiot se dessina sur mes lèvres.
    Je me dirigeai d’un pas tranquille, mais décidé vers la paire de fesses que j’avais aperçu un peu avant.
    Grand, blond, et un air trop proche sur lui, pour qu’on n’ait pas envie de frotter un peu la sous-couche.
    Je me plantai devant lui, lueur de défi dans le regard aussi noir que son costume, m’accoudant légèrement au comptoir d’accueil.

    « - Prouvez-moi que vous faîtes mieux que votre imbécile de collègue et que votre boîte est capable de vendre autre chose que des 4L … »

    C’était clairement de la provoc’, jouant sur la corde sensible de tout commercial : la concurrence interne. Et mon job m’avait bien apprit ça : il suffit d’une carotte pour faire avancer l’âne, pour inciter à prouver que l’on est pas comparable à l’idiot d’à côté. Meilleur.

    Quelque chose me disait que j’allais bien m’éclater… Si, en plus d'en faire chier un, je pouvais m'amuser avec le répondant de l'autre, ça serait la cerise sur le gâteau.
    Ouais, j’osais abaisser le blondinet à hauteur de son collègue, qui se décomposait d’ailleurs légèrement derrière nous, s’étouffant avec sa salive.
    Il pouvait tout à fait m’envoyer chier… Le jeu mourrait peut-être dans l’œuf, mais autant tester non ?

    Plus que la réput’ de sa boîte, me laisserait-il l’insulter et racler la valeur de son taff dans la boue ?
    Bonne question.


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Clemente Gennai

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MessageSujet: Re: Parce que tu le vaux... pt'être bien ?   Jeu 20 Déc - 18:25

La journée avait vraiment vraiment mal commencée. Mais elle était restée banale et classique. Mais mauvaise. Clemente aurait bien dit « comme d’habitude », mais en fait ce n’était pas totalement vrai. Il y avait plusieurs degrés de journées de merde. A vrai dire, il en avait même fait une putain d’échelle pour noter les conneries de son quotidien.
De 1 à 5, il y avait rarement un zéro, en fait. Le un, c’était pour la petite contrariété. Ou même pour l’habituel « meilleure journée » qu’il puisse imaginer. Il y avait toujours, même quand tout allait bien, un truc qui faisait que sa journée n’était pas parfaite. Genre, juste sa vie en elle-même. De base. Le deux, c’était quand il se levait en retard, quand il perdait un client au boulot (même si ça, ça tendait vers le 3), ou si sa chère femme arrivait après l’heure du diner. Le trois, ça commençait à devenir chiant. Du genre, une dispute avec Adelia ou sa fille qui n’allait pas bien. Le quatre, souvent, touchait au boulot. Une réunion non concluante, un contrat perdu pour la concurrence. Le cinq …C’était ce matin. Se lever à la bourre, accompagner sa fille à l’école alors qu’elle panique parce qu’elle a loupé le début de la classe. Savoir qu’elle lui en veut, se faire engueuler par Adelia sans rien pouvoir répliquer … Et arriver au boulot pour s’entendre dire que son contrat qu’il préparait depuis deux jours venait de lui filer sous le nez.

Autant dire que c’était VRAIMENT une journée de merde. Sérieux, quand les deux aspects de sa vie déconnaient, tout s’effondrait. D’habitude, au moins un des trucs marchait à peu près bien. Souvent son boulot, et quand ça n’allait pas là-dessus, sa fille lui faisait toujours un sourire merveilleux pour tout effacer. Là, dès 9h du matin, il n’avait strictement plus rien pour lui faire croire que la journée allait bien se passer.

Alors est-ce quelqu’un pouvait lui expliquer ce qu’il foutait au volant de la voiture la plus rapide de toute sa collection –mais pas la plus belle-, le pied écrasant le plancher avec la pédale d’accélérateur entre le tapis et sa plante de pied ? Sérieusement, qu’est ce qui pouvait bien l’avoir amené à accepter ça, à se trouver là avec un parfait crétin à côté de lui ?
Pour ça il fallait remonter un petit peu plus avant.

Tout avait commencé, continué, fini, à cause de Tiziano. Ce putain de vrai cliché de rital avait un réel problème avec lui. C’était un commercial au sourire parfait, au look irréprochable, aux attitudes très adaptées à son job. Ah ça oui, il était doué pour vendre. Le souci c’est qu’il ne faisait pas la différence entre une tomate et une voiture.
Vous commencez à comprendre le problème ? Il n’est clairement pas compétent dans ce qu’il vend. Du moins, pas plus que le minimum syndical. Il connait le vocabulaire … vaguement. Les offres, oui. Jusqu’où il peut descendre, oui. Les options qui ne servent à rien, évidemment. Le nom des couleurs, à peu près. Mais les caractéristiques techniques … A part la puissance du moteur … Et encore, très vaguement. Parfois il sortait un chiffre en faisant genre que ça voulait tout dire alors que n’importe quel connaisseur aurait été blasé.

Voilà, il vendrait aussi bien des tomates. Rouge, beau, juteux, brillant … Voilà. Pour lui, il n’y avait que ça à dire sur une tomate. Sa texture, son goût en bouche, sa provenance, son mode d’agriculture, son transport, la grosseur de ses pépins … Tout ça il n’en avait rien à faire. Et pour les voitures, c’était exactement la même chose. Il pouvait la vendre à la plupart de leurs clients, néanmoins. Des imbéciles qui ne cherchaient qu’un bel accessoire. Honnêtement, Clemente détestait 90% de ses clients. Il les accueille, il les gère merveilleusement bien, il leur vend exactement ce qu’ils veulent mais … à chaque fois il se dit que c’est du gâchis de leur donner jute ce qu’ils veulent, comme ça.
Comme bien souvent depuis des mois, Clemente regretta encore de ne pas pouvoir vendre des motos à des connaisseurs, à des passionnés de vitesse et de sensation plutôt qu’à des richards qui n’exploiteront pas les voitures en question ou pire, utiliseront un chauffeur. C’était à se taper la tête contre les murs. Mais ce job était mieux payé et puis … Il ne pouvait pas oublier sa grande école pour abandonner le costard cravate et enfiler une veste en cuir.

Bref. Tiziano. Ce crétin était chargé d’organiser la commande du petit bijou dont la vente occupait ses deux dernières journées de boulot, avec un client particulièrement difficile mais surtout très riche. Et il s’était planté. La voiture n’avait pas été prête à temps. Il avait perdu le meilleur contrat du mois pour la boite, et un très gros poisson. Le meilleur employé du mois ne sera pas lui, cette fois. Au revoir la prime de fin d’année. Ce petit con avait toujours été celui qu’il détestait le plus dans l’équipe. Et il aurait aimé faire cette commande lui-même mais la direction avait insisté pour inclure ce « collègue » dans le projet. Foutue idée de merde. Et évidemment, c’est Clemente qui avait morflé au final. Depuis une semaine, il n’avait pas encore décoléré contre cet imbécile. Il lui lançait des regards noirs les trois quarts du temps. Donc, il n’était pas vraiment d’humeur pour l’instant. Mais vraiment pas.

Malgré tout, il avait rigolé en voyant Tiziano en mauvaise posture. Un client était arrivé et il avait l’air de patauger dans la semoule. En même temps vu la gueule du mec … On aurait dit un vieil ado un peu perdu dans cette concession où tous les clients avaient un costume trois pièces. Qu’il se démerde. Ça ferait chuter ses statistiques, et ça c’était bon pour lui. Vengeance personnelle et très agréable. En fait, ça l’excitait de ridiculiser ce moins que rien. Ce n’était pas très glorieux, mais excitant oui. Mais il oublia bien vite la scène un peu ridicule, pour se reconcentrer à nouveau sur le nouveau dossier à gérer. Une commande de plusieurs pièces pour un salon d’exposition. Rien de bien compliqué pour lui … Il boucla rapidement les formalités administratives et, une fois les formulaires de transport remplis, Clemente s’autorisa un moment de détente. Ce devait être … oui. Le moment de déconvenue de Tiziano. Clem s’accouda au petit bar où il attendait le prochain client, un petit sourire en coin sur les lèvres.
Le client semblait sur le point de partir mais … finalement … il se dirigea droit sur lui et s’accouda juste à côté. Clemente retint un haussement de sourcil interrogateur, restant placide, indéchiffrable. Hors de question qu’il montre sa joie jouissive de voir Tiziano déconfit, meurtri, honteux. Dieu que c’était bon…

« - Prouvez-moi que vous faîtes mieux que votre imbécile de collègue et que votre boîte est capable de vendre autre chose que des 4L … »

Un coup d’œil pour le collègue en question, un sourire vengeur. Puis reprendre son masque de commercial parfait et décocher un sourire poli à celui qui devenait subitement son client. De manière inattendue. Mais c’était un bon moyen de s’occuper de ce con de Tiziano. Le client devenait un moyen, une voie intéressante. Et pour écraser ce putain de commercial à la noix, il était prêt à tout. De même que pour gagner un défi lancé par un client. Parce que malgré ce qu’il disait concernant son amour des motos, Clemente aimait vendre des voitures, et les vendre bien. Il aurait été nul pour refourguer une tomate, mais une voiture … Il les connaissait toutes. C’était un peu ses amantes, qu’il apprenait à connaître tous les jours.

- Je crois qu’on peut arranger cette déconvenue.

Clemente hésita un instant. Il plongea dans le regard de son interlocuteur et y vit tout de suite que les mots ne suffiraient pas. Il pouvait parler pendant des heures, lui détailler toutes les caractéristiques techniques … Rien ne valait la preuve par l’expérience. Alors il attrapa un trousseau de clés, lança un dernier regard moqueur à Tiziano, et montra l’arrière salle d’un coup de tête à son client.

- Ce qu’il vous faut, on ne le trouvera pas dans les articles classiques bons à séduire les porte-monnaie et les besoins de stylisme. Suivez-moi.

Et bordel, ce n’était que le début de la fin, quand il l’entraina sans un mot de plus devant un modèle qu’ils ne produisaient que peu, et n’affichaient jamais dans la vitrine. La ligne était bien plus incisive que les autres modèles, les détails esthétiques étaient secondaires. Elle était belle parce que brutale, virile. Elle était belle parce qu’animale, sans rien de superflue. Et on la sentait dangereuse. C’était une vraie décadence vouée à la vitesse.
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Dante Mancini

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HOBBIES : la vitesse, emmerder Clemente

MessageSujet: Re: Parce que tu le vaux... pt'être bien ?   Mar 12 Mar - 14:00

    L'argent n'a pas d'odeur.
    C'est en partie ce que j'aimais faire comprendre aux gens, dans ce genre de situations. Que je ne suis pas tiré aux quatre épingles, mais que mon blé vaut autant que le leur, si ce n'est plus. Les écraser en leur prouvant qu'ils peuvent bien s'étouffer avec leurs préjugés et leurs regards hautains.

    Ma rage contre les bourges et les gens du showbiz n'avait fait que s'intensifier avec les années. Marre qu'on me prenne pour un plouc tout juste sorti de sa campagne, pour se faire un max de fric sur le dos des jeunes poulains, alors que le monde les laissait faire leurs petites magouilles.
    Oui, mon regard était aussi méprisant que celui qu'ils posaient sur moi, mais les mecs qui s'en mettaient plein les fouilles sans lever le petit doigt, j'en croisais tous les jours sur le circuit. Et les commerciaux m'apparaissaient de la même teinte, juste bon à arnaquer les autres. Le même regard, cette même manière dédaigneuse de vous prendre pour un cafard, au mieux un pigeon. Ils étaient même parfois bien plus retors.

    Mais il était malin, et doué.
    Ça, je n'pouvais pas dire le contraire.
    Mon regard coulait sur la carlingue rutilante, la couvait d'un air appréciateur, suivant les lignes agressives et félines. Elle respirait l'adrénaline et la vitesse, le même air. Ouais, bien jouer... le sourire un peu narquois, je laissais machinalement le bout de mes doigts frôler le métal, appréciant le froid, la rudesse du contact, avant de planter mes yeux dans les siens.
    Ok, il m'avait à peu près cerné, par rapport à son péquenot de collègue en costard pimpant, mais ce n'est pas pour autant que le jeu était gagné.
    Il y avait toujours un "mais". Sinon c'était pas drôle.
    Bien sur au fond de moi, le gamin trépignait d'impatience de toucher, de pousser ce bolide en dehors de cette salle trop propre, mais je n'allais pas lui en laisser la satisfaction. Après tout, il était peut-être comme tous les autres.
    Et comme les autres, il repartirait les mains vides, avec juste pour récompense de la frustration (et une envie de me buter au passage, mais ça n'en serait que plus marrant).

    Me penchant pour observer l'habitacle, je lui posais quelques questions pointues sur la bagnole, le poussant dans des déductions qui dépassaient simplement ce qui était marqué sur la fiche technique. La question du prix, pas encore bien sur. Ca aurait été lui donner l'impression qu'il pouvait avoir remporté le match, et par la même écourter l'affrontement.
    Quelque chose me disait que ça serait un peu... plus fun que d'habitude.

    D'un geste un peu vif, je lui tendis la main en lui faisant signe de me tendre les clés, toujours un petit sourire aux lèvres, les yeux rieurs.

    « - Bon, c'est bien beau tout ça, mais je veux des preuves... Vous avez la permission de quelle heure ? »

    Moqueur, incisif. Mais bordel, qu'est-ce que j'adorais voir la lueur presque vexée des gens quand je leur sortais ça. Toi, le sage petit commercial ciré, jusqu'où je peux te pousser hein ?
    L'heure commençait à être tardive, mais on ne résiste pas à un petit pactole, n'est-ce pas ? Un peu avant, j'avais glissé dans la conversation que ce n'était pas vraiment un problème pour moi, sans en dire plus. Sur mes réels moyens, et sur ce que j'étais prêt à mettre.
    Pour l'instant, je voulais juste faire ronfler le moteur, entendre cette douce musique, et faire serrer ce beau petit cul sur le siège du passager. Même un petit tour serait suffisant. Largement.

    Quelques minutes plus tard, je savourais avec beaucoup de retenue (et de mal à ne pas sourire comme un gosse) la sensation du cuir, son odeur, en sortant du garage. Ça coulait tout seul, comme si elle suivait mes instincts, et une fois sortis de l'artère principale en face de la concession, je fis une embardée rapide avant d'appuyer véritablement sur l'accélérateur, faisant ronfler le moteur.
    Je surpris la légère crispation de mon passager, avec un petit sourire en coin. Bah quoi ? Je n'avais pas demandé une promenade de santé... Je n'allais pas nous tuer non plus, même si je ne comptais pas garder une allure de grand-père trop sécuritaire, au contraire.
    Je maitrisais, d'autant que la route n'était pas infestée d'autres barges de la vitesse dans mon genre, et je slalomais avec aisance entre les voitures, sans réduire la vitesse, ou presque.
    Tout en gardant le regard fixé sur la route, serpent de béton qui nous conduisait loin du centre ville de Milan en un rien de temps, je jetais un coup d'œil au commercial.

    « - Décoincez-vous l'olive... je suis sur que vous n'êtes pas monté dans celle-là depuis un moment ! On doit pas être beaucoup à vous la demander... »

    Il y avait une part de dédain dans ma voix. Les autres clients friqués qui franchissent les portes de sa boîte recherchaient autre chose, que ce frisson qui parcourrait mes doigts. Une belle bagnole, juste pour se prouver qu'ils en ont une grosse. Mais dès qu'il s'agit de pousser un peu les chevaux sous le capot, y'a plus personne.
    J'avais résisté à garder le "vous", même s'il n’allait pas tarder à sauter, alors que j'appuyais encore un peu plus sur la pédale, me faisant klaxonner au passage, avant d'avoir la route pour nous. La septième était enclenchée.
    Rien que nous.
    Rien que moi, le bolide, l'autoroute qui file, et mon costard-cravate qui se détend un peu, enfin sans se départir de sa face anti-sourire. 'Fallait lui apprendre à le faire correctement ou quoi ?
    Je ne dis pas que le blondinet ne souriait pas, mais... de façon trop puante pour être sincère. Un sourire de commercial quoi. Mais soit. J’avais envie, là, maintenant de savoir ce qui pouvait se cacher derrière, d’autant que derrière son air d’impassible coincé du cul, il me donnait l’impression d’aimer ça. La vitesse, l’adrénaline.

    De toute façon, je n'aimais pas quand c'était trop facile, et après tout il était bien plus facile de lui faire péter une durite que d'essayer de lui trouver des qualités.
    Freinant à en faire crisser légèrement les pneus, j'embranchais sur un petit patelin et y entrait, le moteur grondant toujours.

    « - J’ai soif. Un verre ça vous dit… ? »

    Avec mon sourire digne d’une pub freedent en plus sympa, et mon visage qui devait respirer la satisfaction d’avoir remis le pied à l’étrier (deux jours c’était énorme !), n’importe qui aurait cru en ma bonne foi, qui n’était pas totalement fausse d’ailleurs. Mélange de cruelle demi-sincérité.
    S’il n’était pas con, il y verrait une opportunité de discuter le « futur achat »et de s’en mettre plein les fouilles, en rentrant chez lui. Sauf que non, mais ça mon pote tu le savais pas encore… Et tout en continuant à suivre les serpentins de rues à une allure indécente, il me venait d’autres idées si jamais ça ne mordait pas.
    Allez viens Blondie, le jeu ne vient que de commencer… !
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Clemente Gennai

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MessageSujet: Re: Parce que tu le vaux... pt'être bien ?   Mar 2 Avr - 19:26

En voyant son client à côté de cette voiture, Clemente se fit immédiatement la remarque qu’il était définitivement le meilleur vendeur de cette concession. Franchement, qui d’autre aurait pu détecter cette infime ressemblance qui prenait ici tout son sens, entre un espèce de bolosse mal rasé et ce petit bijou ? D’un point de vue commercial, ils n’avaient rien à faire ensemble. Elle était belle, chère, totalement luxueuse dans son manque de luxe. Elle était fière, sérieuse, fidèle. En un coup d’œil de connaisseur, on savait à quoi s’attendre. Elle était respectable et respectée de ceux qui la connaissaient. Elle était aussi vrai que possible, présente, entière. Elle était à la fois attrayante et dangereuse, à la fois belle et horrible.

Lui, à côté, ne semblait ne rien avoir en commun. Il était habillé sans grande classe, même la plus évidente. La carrosserie semblait usée par le temps et les coups, il était déformé dans ce qu’il dégageait. Il était dangereux et animal, mais ne semblait pas cacher autant de douceur qu’elle. Il était vif, bestial sans doute, très terre-à-terre, et ne semblait pas pouvoir vendre du rêve. Il était déterminé, mais joueur. Clemente savait bien qu’il ne pouvait pas deviner à quoi s’attendre avec lui. Qu’il ne pouvait pas se fier au regard menteur et au sourire avenant. Alors qu’elle, il avait confiance. Clemente savait ce qu’elle pouvait lui offrir, connaissait les limites qu’elle n’avait pas. Et il ne savait rien de ce client si particulier, si déroutant, si faux au premier abord. Il lui faisait peur autant qu’il l’attirait. Et encore une fois, il différait tellement de cette voiture. Elle si banale esthétiquement parlant, lui si original. Elle presque repoussante pour celui qui ne connait pas la véritable beauté, lui si attirant par son originalité et les lignes de son corps.

Tous deux pourtant, paraissaient sortis d’un même moule de danger, de séduction, de défi. Et Clemente ne pouvait nier cette différence. Ce client si atypique ressemblait au final énormément à la voiture qui lui correspondait alors si bien. Ils paraissaient fait pour s’entendre, avec des lignes similaires, des comportements semblables. Un instant, l’homme derrière le commercial se demanda s’il était aussi animal qu’elle l’était. Si la voiture paraissait faire l’amour au bitume, comment se comporterait-il dans un lit, toute une nuit ?

Mais la main tendue chassa bien vite les pensées de Clemente, qui se reprit instantanément alors que durant un très court instant, une lueur d’envie avait brillé dans ses yeux clairs. Les siens étalaient comme un reflet le sourire de ses lèvres. Il avait un joli sourire, parfaitement faux et à la fois tellement naturel et réaliste … Clem aimait ce sourire. Signe de tant de non-dits et pourtant d’une décontraction à toute épreuve.

« - Bon, c'est bien beau tout ça, mais je veux des preuves... Vous avez la permission de quelle heure ? »

Il pensait sûrement me la faire à l’envers. Du genre, je vais profiter de toi un maximum et me casser sans autre manière. Qu’à cela ne tienne, Clemente avait terminé ses dossiers, jouit du fait de voir Tiziano se ramasser dans les grandes largeurs … Il n’avait plus rien à faire. De toute façon, il possédait un double des clés de la concession, en bon commercial qui se respecte quand on a des clients parfois intransigeants qui vous réveillent en pleine nuit pour signer un chèque. Autant dire que dans le monde du luxe, il vaut mieux accepter, se lever, aller cueillir l’argent et livrer le bien si on ne voulait pas se faire méchamment recaler par la compagnie. Dont la devise était réellement « le client est roi ». Alors franchement, emprunter une voiture monstrueusement chère qui n’est même pas disponible en rayon pour aller faire un tour avec un client, ça ne lui posait pas de problème moral. Son patron en serait ravi. Il suffisait de ne pas lui dire que ledit client avait l’air d’un hippie pas vraiment sérieux ni réellement intéressé par autre chose que l’amusement.
C’était parce qu’il n’avait pas encore essayé cette voiture.

- Cendrillon doit être rentrée pour l’ouverture demain matin donc … Pas la peine de me prendre pour une fragile demoiselle. Et elle non plus, dit-il en posant la main sur le capot et les clés entre les doigts de l’autre, elle n’apprécierait pas.

Clemente n’avait pas peur de la vitesse. Quiconque aurait dit le contraire eut vu son nez s’allonger à la manière d’un Pinocchio. Certes, il la préférait sur un deux roues. Mais la stabilité d’une voiture ne le dérangeait pas. Il n’en avait juste plus l’habitude. Alors oui, quand l’autre zouave démarra en trombe pour sortir les tripes de la dame qui leur faisait l’honneur de les transporter, le petit commercial coincé se crispa sur son accoudoir. Mais l’homme frissonna de plaisir. Peut-être que quelqu’un allait enfin réveiller un peu les capacités techniques de sa concession. Oui ils étaient bons. Personne ne savait les utiliser à leur juste valeur mais … ce client allait peut être le surprendre. Passé le premier moment de surprise, Clemente s’obligea à afficher strictement son petit sourire dédié au boulot, mais intérieurement il était comme un gosse le matin de Noël. Il n’avait juste pas le droit de le montrer. Mais Dieu que c’était bon. Le moteur ronflait dans ses cuisses, lui procurant des décharges d’excitation presque physique. La carrosserie vibrait sous sa main et il se surprit à la caresser comme il faisait avec ses motos. Cette grande dame de l’automobile lui faisait vraiment penser à sa passion, à son amour des belles choses.

« - Décoincez-vous l'olive... je suis sur que vous n'êtes pas monté dans celle-là depuis un moment ! On doit pas être beaucoup à vous la demander... »

Clemente lui jeta un coup d’œil dédaigneux pour cacher sa joie. Et ses yeux glissèrent le long de son torse alors que son client fixait à nouveau la route. Il avait envie de savoir si ce cœur battait avec autant de puissance que la mécanique qu’il manœuvrait pour l’instant avec aisance. Sa voix était toujours froide, mais son regard se réchauffait tant que son interlocuteur ne le regardait pas.

- On ne la demande pas. C’est moi qui la présente. Je connais cette voiture mieux que personne, je pense que vous avez pu le remarquer avec vos questions. Ce n’est pas en faisant joujou avec l’accélérateur que vous pourrez prétendre l’adopter. C’est elle qui choisit, même si vous luttez pour la convaincre. Savoir conduire est une chose, savoir la conduire en est une autre.

Le commercial s’installa plus confortablement dans son siège, tandis que l’homme profitait merveilleusement du voyage. Il avait l’impression de revivre. Enfin quelqu’un mettait du sel dans sa vie. Enfin quelqu’un daignait le distraire un instant. Clemente sourit alors qu’ils pénétraient dans un village qui n’avait sans doute jamais vu de phénomène comme lui. Son sourire était un peu plus traitre sur son état, avec une pointe d’excitation, mais sa voix resta placide alors qu’il répondait à son invitation en jouant à celui qui faisait le plus de bruit à des kilomètres à la ronde.

- Si vous espérez me hameçonner pour me faire déballer arguments de vente et autres propositions, vous pouvez oublier. Je ne suis pas de ceux qui braderaient une telle merveille. Deuxième chose, je me fiche totalement de la vendre ou non. J’ai déjà fait plus que mes obligations dans les ventes de l’année, je ne souffre pas la comparaison, je n’ai rien à prouver. Vous n’êtes pas vraiment un client mais un divertissement passager.

Clemente eut un petit haussement de sourcil.

- Maintenant que nous sommes au clair, j’accepte si vous payez. Ensuite je ramènerai ce petit bijou chez moi, et vous rentrerez à pieds.

Et prend ça, monsieur Sourire Parfait.
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Parce que tu le vaux... pt'être bien ?

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