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 Mouvement de foule et exaspération. [Fini]

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Psuchè Hadzis [Sôma]

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MESSAGES : 71

MessageSujet: Mouvement de foule et exaspération. [Fini]   Jeu 1 Avr - 19:11

« Et les pantins choqués enlacent leurs bras grêles :
Comme des orgues noirs, les poitrines à jour
Que serraient autrefois les gentes damoiselles,
Se heurtent longuement dans un hideux amour. »

    Il était juste un peu… fatigué, disons. Ce n’était pas rare, ses derniers temps, et son visage creusé par le manque de sommeil attirait sur lui les regards moqueurs des gamines qui s’envolèrent en piaillant lorsqu’il leur lança un regard noir. Oui. Bon. Evidemment, voir cet homme dépenaillé planté au beau milieu de l’aire de jeux pour enfants avait de quoi surprendre et faire rire. Evidemment, les gens ne savaient pas qu’il était celui qui accompagnait le grand gamin aux tiffs roses qui se balançaient en riant sur les vieilles balançoires en bois. Il n’en pouvait plus. Il se pinça patiemment la base du nez en serrant les dents, fermant les yeux d’épuisement. Et d’énervement. La veine sur sa tempe saillait étrangement et il finit par choper Sôma par le col, le trainant vers un coin désert du parc au pas de charge, tremblant de rage. Parce que non, là, il n’en pouvait plus. Ca n’allait pas. Le bleu qui apparut sur la pommette de son Stella lorsque ses phalanges percutèrent son visage le calma instantanément. Il se frotta le poing, l’air infiniment plus calme et impassible. Il effleura la joue de Sôma qui le foudroya du regard et il se contenta de lui lancer un sourire suffisant.

    Il y avait une raison particulière pour laquelle il se trouvait ici. Autrement, il était certain que Psuchè n’aurait jamais collé les pieds dans un endroit où il y avait plus de vert que de béton et où on pouvait trébucher partout. Et où il y avait des insectes ET des enfants. Af-fr-eux ! Pire que tout même. Sans parler du fait que, parano comme il l’était, il ne se sentait pas tranquille dans ce lieu où n’importe qui pouvait surgir de n’importe où. Pourtant, c’était cela qui l’avait, en premier lieu, fait choisir cet endroit comme lieu de rendez-vous avec un des morpions qui devait lui indiquer comment diable il pourrait atteindre sa proie. Aha, Camilleri, tu sais, Psuchè veut ta peau. Et les gens qui le rencontrent peuvent te dire qu’il est résolu. Prends garde. Mais l’indic’ n’était jamais venu. Et Odd était de mauvaise humeur.

    Les deux êtres finirent par se glisser silencieusement entre les arbres du jardin public. Si Psuchè fixait droit devant lui avec un sérieux presque insoutenable, Sôma, lui, levait le nez et marchait avec une insouciance qui irritait patiemment mais fermement les nerfs à vifs de l’homme. Si ça avait été quelqu’un d’autre, il aurait pu feindre. Venant de son Stella, venant de cet être, il ne pouvait plus. Il n’en pouvait plus. Lorsqu’un gosse le percuta violement, les muscles de Psuchè se tendirent brusquement et il bloqua sa respiration pour éviter de hurler sur le môme qu’il poussa dans le dos d’un geste nerveux avant d’agripper le poignet de son Stella, s’éloignant vivement en marmonnant d’une voix tremblante :

    « Je ne supporte pas les mômes. »
    « Tu ne supportes pas grand-chose. »
    « Surtout pas toi. »
    « Surtout pas moi, oui. »

    C’est tout en badinant de la sorte qu’ils finirent par se retrouver par mégarde sur un chemin plus fréquenté et, alors que Psuchè regardait le sol avec attention, il capta brusquement du coin de l’œil le mouvement incontrôlable de son stella qui, se faisant passer pour saoul, se laissait choir sur un jeune homme qui passait par là. Il prit une profonde inspiration, se pinça la base du nez pour éviter de hurler et attrapa le poignet de Sôma sans un mot pour le tirer avec lui. Le garçon ne résista pas, ce qui eut le don de le surprendre mais, quelques pas plus loin, il ne trouva rien de mieux à faire que de lui agiter un porte-monnaie sous le nez. Un porte-monnaie qui ne lui appartenait pas, évidemment, sinon, où était le piquant ? Psuchè vira rouge. Un deuxième bleu orna la joue de Sôma alors que le garçon filait à la recherche du type qu’ils avaient bousculé tout à l’heure. Il parcourut la foule des yeux, hésitant, et finit par trouver du regard un gamin qui ressemblait un tant soit peu à la vision qu’il avait eu du coin de l’œil. Il darda un regard noir sur la touffe de cheveux roses un peu plus loin et il finit par se diriger vers le type, lui tendant d’une main assurée le porte-monnaie :

    « Vous avez perdu ça, je crois... »

    Deux bras s’enroulèrent autour de son cou sans qu’il ait pu rien y faire et le visage de Sôma flotta au-dessus de son épaule alors qu’il annonçait d’une voix moqueuse :

    « Ce que veux dire Psuchè-chéri, en fait, c’est que je t’ai piqué ton porte-monnaie mais que ça lui aurait trop pesé sur la « conscieeeeeence », de le garder. Je peux le récupérer ? »

    Sourire innocent de Sôma et Psuchè qui se décompose. Définitivement, il n’aimait pas les jardins publics.


Dernière édition par Psuchè Hadzis [Sôma] le Ven 2 Juil - 16:25, édité 1 fois
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Lysandre A. Hill [Heaven]

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MessageSujet: Re: Mouvement de foule et exaspération. [Fini]   Sam 17 Avr - 19:55

« Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. »


C’était comme regarder la vie à travers une feuille pâle et usée, comme contempler un paysage abîmé par les aspérités du temps, comme se délecter d’une nourriture sans saveurs et prendre du plaisir à sombrer dans la décadence. C’était bien plus amusant ainsi, bien plus drôle, bien plus fun. Après tout, quoi de mieux que cette horreur sans fond, ce cercle vicieux dans lequel l’on se trouvait projeté dès que l’on osait toucher d’un peu trop près à ce que les commerçants des quartiers sombres de Milan appelaient avec beaucoup d’arrogance « la pilule magique ». Pilule, oui. Magique, pas éternellement. Ca c’était clair. Aussi net que les cernes qui avaient commencé à se creuser sur le visage de Lysandre, lui conférant un air maladif et un peu tordu, un échappé de l’asile peu ordinaire à qui l’on avait coupé sa raison de vivre.
Il en avait besoin.
Maintenant. Tout de suite. Ou il crèverait de son manque, de son orgueil, de sa propre fierté qui l’étouffait et l’empêchait de demander de l’aide aux passants tandis qu’il errait au milieu de cette foule qui ne lui accorderait aucune attention avant qu’il ne s’effondre sur le sol. Pourtant, les signes ne trompaient pas. Quiconque se serait arrêté sur son visage lui aurait proposé un aller simple pour l’hôpital. Mais à Milan, comme dans beaucoup de grandes villes, les autres s’intéressent rarement à ce que peut faire autrui.
C’était triste à en pleurer.
Mais Lysandre savait déjà qu’il existait dans les tréfonds de cette race jacassière qu’est l’homme des individus qui accepteraient avec moins de répugnance le supplice suprême s’il leur était permis de faire, du haut de l’échafaud, une copieuse harangue, mettant en doute sa santé mentale et encourageant les autres à ne pas lui porter secours, à le laisser pourrir dans son caniveau, aristocrate déchu, destitué et abandonné de tous. Autant dire qu’il valait mieux ne compter que sur soi-même.

Il sentit son estomac se tordre sous la souffrance et une goutte de sueur perla au coin de son visage pour en dégringoler lentement, suivant misérablement le galbe de sa joue.
Ce n’était pas un bon jour, voilà tout. Il lui faudrait encore une bonne heure avant de pouvoir rejoindre celui qui le délivrerait de sa souffrance. En attendant, il se sentait pris au piège, emprisonné au cœur de son propre manque, condamné à supporter une chose qu’il s’imposait lui-même en refusant d’écouter les rares personnes se considérant comme ses amis qui lui conseillaient de suivre une cure. Des inutiles. Des minables. Ils avaient juste peur de rater leur année là où Lysandre la réussirait et se faire dépasser par un toxico n’a rien de bien reluisant.
Au XVIIème siècle, commettre un crime de respect humain signifiait mépriser le jugement d’autrui. Si tel est le cas, alors notre sujet principal n’était rien de plus qu’un hors-la-loi bravant les autorités du haut de sa magnificence, s’enorgueillissant de la stupidité de chacun et vérifiant à chaque instant cette cruelle vérité encore trop peu connue du grand public : tout le monde est inutile, excepté Lysandre A. Hill. Après tout, lorsque cet ignare était venu s’adresser à lui dans l’espoir de déroger à la règle et d’attirer son attention, il aurait dû s’attendre à se faire rembarrer de manière cruelle et sarcastique. Mais le « petit » garçon (qui faisait une tête de plus que lui) avait cru bon d’être plus malin que les autres et était à présent parti vers le mystérieux pays des larmes, laissant couler les flots tumultueux de sa tristesse que Lysandre ne parvenait pas arrêter… Pas plus qu’il ne le désirait, en fait. C’était cette scène qui avait sournoisement réveillé son addiction, lui réclamant son dû, le poussant à quitter les couloirs fréquentés de la fac pour aller errer dans les rues. De toute façon, pour tous ces pauvres étudiants, il n’était rien.
Il représentait pour eux la défection à l’état pur, brut et corrosif, et ils se maintenaient avec application aux abords de cette démence, redoutant le moment où cette vague destructrice viendrait les emporter à leur tour. Il leur distribuait bien volontiers son regard sournois, langoureux et moqueur dont son visage mignard tempérait la froideur de son austérité.

Un poids s’abattant sur ses épaules le tira brusquement de son état semi-comateux, sans pour autant le gêner puisque la présence eut tôt fait de se retirer, emportée par une force que Lysandre devina énervé. Son don avait la fâcheuse manie de se manifester au moment où il en avait le moins besoin et il sentit la présence, invisible, de Heaven à ses côtés. Tantôt il bénissait la nature de son Stella, tantôt il la haïssait, incapable de prédire quand la jeune fille déciderait d’apparaître. Pour l’heure, elle préférait s’amuser à observer de loin le curieux manège de Lysandre qui déambulait dans les rues, victime de quelques hallucinations agaçantes. Chacun de ses organes semblait en proie à un incendie qui tordait chaque cellule qui le composait, son sang se refroidissait aussi vite qu’il se réchauffait et il comprit que la prochaine étape serait les tremblements incontrôlés qui animeraient chacun de ses membres.
Avant qu’il ne s’effondre, il lui fallait atteindre les bas quartiers, les ruelles sombres et sales, là où traînaient les malfrats qui pourraient lui procurer ce que son corps réclamait en hurlant et en plantant des millions d’aiguilles sous sa peau.
Un camé en manque. Charmant.

Une voix retentit, flottant aux abords de sa conscience qui commençait à vaciller, partant dans des méditations transcendantales qui ne lui ressemblait pas. Il sentait que sa volonté faiblissait et que son cerveau mettait plus de temps à assimiler chaque information que lui renvoyait le monde extérieur. C’était comme s’il voyait le monde de derrière une vitre, l’observant sans vraiment y goûter, écoutant sans vraiment tenter de s’y joindre.
Il lui fallut de longues secondes pour comprendre que ce que lui tendait l’inconnu était son portefeuille et une nouvelle réflexion pour se rendre compte qu’on venait de tenter de lui voler. Ce n’était pas le moment de tomber dans les vapes et de quitter cette terre ou il se retrouverait dépouiller, nu dans une ruelle ou, peut-être, attaché par un quelconque pervers dans un appartement luxueux ou miteux… Ces différentes perspectives ne l’enthousiasmaient guère.
Un sourire narquois apparut au coin de son visage alors qu’il comprenait peu à peu à qui il avait à faire. Un jeune homme maigre suivi d’un deuxième aux cheveux roses. Rien de bien méchant à priori.

« Psuchè ? C’est ton nom ? »

Hors de question de vouvoyer un gars qui devait avoir à peu près le même âge que lui, à quelques années près.
Il sentait que ses yeux prenaient feu eux aussi.

« Un bien joli nom, pas commun, pas difficile à retrouver aussi je suppose. A Milan, ils ne doivent pas être nombreux les gens à s’appeler comme toi, à condition qu’il y en ait d’autre. On pourrait aller discuter bien gentiment avec la police sur l’incident qui vient d’avoir lieu, non ? J’ai toujours su me montrer persuasif, surtout avec la police, rajouter un ou deux détails, expliquer mon état de santé actuel par un quelconque abus… Bref, enjoliver un peu tout ça. Qu’en dis-tu ? »

Son sourire s’élargit. Les menaces non voilées pouvaient aboutir ou non, ça dépendait de l’individu. Dans le cas contraire, il n’hésiterait à abuser de la Lune Rouge, une fois de plus. Il savait d’ors et déjà qu’il n’arriverait jamais tout seul jusqu’au lieu de rendez-vous. Il ne se fournissait pas chez n’importe qui.

« Ou alors tu acceptes de m’aider à rejoindre un ami et je ferai l’impasse. J’oublierai ton nom et ton visage. Où se situe ta préférence ? »
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Psuchè Hadzis [Sôma]

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MessageSujet: Re: Mouvement de foule et exaspération. [Fini]   Sam 1 Mai - 12:03

« - Boulevard sans mouvement ni commerce,
Muet, tout drame et toute comédie,
Réunion des scènes infinie,
Je te connais et t'admire en silence.»

    Du plus loin que se souvienne Psuchè, Sôma lui avait toujours causé des problèmes. Des gros, des petits. Mais toujours, toujours, toujours des emmerdes. C’est pourquoi il ne fut pas tellement surpris de la réaction du jeune freluquet. Après tout, c’était déjà tellement couru d’avance qu’il en trouvait même le garçon pathétique de se plier à la fatalité d’une règle. Il lui lança un regard glacial, esquissa même un sourire absent lorsqu’il tenta de le menacer et songea très sérieusement à la gangrène qui gagnait la jeunesse de la ville. Il savait reconnaître les signes de manque. Du manque en tout genre, d’ailleurs. Et le garçon semblait dans un état particulièrement avancé. Et ça faisait rire Sôma, derrière lui, qui étreignait ses hanches avec bonne humeur, les mains nouées autour du ventre de Psu’. Tant une étreinte qu’une prison. Tant une protection qu’une menace. Et Psuchè toisait l’enfant. Il en fallait plus pour lui faire peur. Il en fallait plus pour lui faire craindre quelqu’un. Plus que des mots, plus qu’un visage à la beauté tant ignoble qu’insoutenable. Une statue grecque avait-il pensé avant de chasser la pensée de sa tête. La Grèce serait pour plus tard. Le môme d’abord. Parce que c’était un môme, pour Psuchè, ça ne faisait aucun doute. Peut-être un môme pas bien plus jeune que lui mais un enfant quand même. Un enfant qui ne sait pas se contrôler, un mioche qui manque de sang froid, qui implore de l’aide en pointant un couteau émoussé devant sa victime. Pathétique, songea-t-il en lui lançant un rictus amusé. Pathétique. Et il savait que s’il faisait un don, que s’il oubliait, Sôma lui viendrait en aide. Et la poupée de porcelaine, l’affreuse poupée droguée, s’agitera au bout de ses doigts comme une pitoyable marionnette dont il tirerait les cheveux. Il faillit refuser, geste d’énervement, sursaut de colère. Et puis Sôma se colla un peu plus contre lui, malicieux, murmures empoisonnés et silencieux, arsenic des sens.

    Il suffit d’une seconde à Psuchè pour assimiler tous les avantages de la situation. Le gamin ne semblait pas être le premier péquenot du coin. Le gamin semblait même être plutôt du genre aisé sous sa couche de pathétisme. Parce que le grec n’arrivait pas à se défaire de cette vision pathétique de gamin trop accro pour garder sa fierté. Et il riait intérieurement de le voir comme ça. Il se réjouissait du spectacle, l’ingérait, l’intégrait avec un sourire mauvais et les yeux clos. Et si le gamin était un de ces fils à papa alors il y avait toute pour qu’il ne se fournisse pas chez n’importe qui non plus. Et ce « pas n’importe qui » ne pouvait être lié qu’à Camilleri. Il ne put, cette fois, retenir le ricanement hystérique qui le gagnait. Oh le type ne devait rien y comprendre et il s’en moquait le plus parfaitement du monde. Comment était-ce possible, les coups de chances pareils ? Il ne savait pas. Mais ça lui plaisait beaucoup, vraiment. Il lorgna du coin de l’œil Sôma qui hocha de la tête d’un air entendu, un sourire aux lèvres et l’air beaucoup plus intéressé, cette fois, par leur interlocuteur plutôt que par son porte-monnaie. Déjà ça de gagné. Il s’humecta les lèvres, prêt à prendre la parole quand Sôma, poussé par un on-ne-sait-quoi de stupidité irrépressible alla donner une grande tape dans le dos du drogué, murmurant joyeusement, aux anges :

    « Bien sûr qu’on va t’aider, ma poule ! Alors où c’est qu’on doit t’accompagner, hein ? »

    Soupir lassé. Regard fuyant. Il foudroya Sôma du regard, l’attrapa par le col, l’envoya bouler au loin avec un geste rageur, feuille morte rosâtre qui vole entre deux ou trois personnes. Il reviendrait après. Il croisa les bras :

    « Ne l’écoute pas. Il est fou. »

    Ou pas tant que ça, en fait. C’était juste Sôma. Juste un absent, juste un entre deux égoïste qui cherchait à s’amuser et qui fixait le garçon qui faisait face à son pactisant avec méfiance. Si Psuchè mourait, c’était le retour à l’état de rien. De poussière stellaire inintéressante. Et ça l’emmerderait vraiment d’avoir à se casser le cul pour retrouver quelqu’un d’aussi perturbé et d’intéressant qu’H. et puis il était habitué à lui, maintenant. Plus question de laisser tomber. Aussi rit-il en réapparaissant aux côtés de « son » humain, crucifiant du regard l’autre et le pointant d’un doigt d’un geste négligent :

    « Lui c’est Lysandre, au fait. C’était marqué sur sa carte d’identité. »
    « Tu lui as rendu ? »
    « Je ne sais pas, je dois ? »

    Dialogue de sourd, sourire dangereux sur les lèvres de l’interprète qui fixe d’un air hypocrite et faussement avenant le camé. Lysandre. Intéressant. Encore sans doute moins commun que Psuchè. Terriblement simple à retrouver. Et toutes les couvertures tombent une à une, c’est une fatalité et Psu’ aurait pu en rire si les doigts de Sôma n’étaient pas si fermement crispés sur son épaule, s’il ne sentait pas une sourde crainte chez son Stella. Ce n’était pas habituel. Mais il savait que ce n’était pas pour lui que Sô s’inquiétait. Oui. Il le savait. C’était juste pour ce foutu jeu. Pour ce foutu amusement qui disparaitrait avec Tristan Camilleri. Et chaque pas en plus, et chaque souvenirs qui ne tombaient pas dans l’éponge de son imaginaire perturbaient et agaçaient Sôma. Et H. ? H., ça le faisait rire. Et il bichonnait tout ça le mieux et le plus possible pour oublier cette putain de tragédie grecque où la Fatalité prenait un « F » majuscule et où il était destiné à pointer de sang froid son pistolet sur la tempe d’un homme immonde.

    Et Psu’, Psu, ça lui allait. Le théâtre classique, ça l’avait toujours branché.

    « Je vois que nous portons tous les deux un prénom atypique, gamin. Je suppose que les gars de l’ambassade n’auraient pas trop de mal à te retrouver. Au pire. » , regard qui vacille, il reprit : « Maintenant que c’est clair, tu vas où ? T’as plutôt intérêt à être précis. Ca m’intéresse. Beaucoup. »

    Le ton était péremptoire, sans appel, et ses doigts osseux se nouèrent autour du poignet du garçon.

    « Au moindre geste, tu imploses. Attention. »

    Et H. était sérieux, le regard fixé devant lui. Sôma gloussa.
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Lysandre A. Hill [Heaven]

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MessageSujet: Re: Mouvement de foule et exaspération. [Fini]   Mar 1 Juin - 17:12

[HJ : C'est moche et en plus je suis en retard. Promis, je ferai mieux au prochain post].

« Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu'en ses ennuis
Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits,
Il arrive souvent que sa voix affaiblie

Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie
Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts,
Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts. »



C’était pire qu’un feu d’artifice. Les langues de feu allaient et venaient, léchant avec avidité chaque parcelle de son épiderme pour s’introduire, pleines de belles manières insinuantes, par les pores de sa peau qui les accueillaient à bras ouverts, fous d’ivresse de cette torture non attendue. Il lui fallait sa dose d’opium, sa religion à lui. Il voulait pouvoir se foutre de la gueule de Dieu, en rire avec légèreté et retourner toiser les gosses qui hantaient les couloirs de sa fac. Il voulait pouvoir continuer à souiller les autres avec sa décrépitude, les entraîner avec lui au bord de l’enfer, continuer à sombrer avec délice dans les limbes du subconscient, préférant renoncer que lutter. Sûrement le punirait-on de choisir la voie de la paresse à celle de la pureté, mais c’était se fourvoyer, c’était croire en la bonté de tout être, se révéler plus naïf que nécessaire. Nul n’était bon jusqu’à la fin de sa vie. Même les prêtres bouseux qui erraient au milieu des pécheurs avaient leurs secrets inavoués. Les penchants peu catholiques qu’on leur attribuait n’étaient pas dus à quelques imaginations trop fertiles. Il devait bien y avoir un but, un sens, une relation de causes à effets.
Et c’était ce gars qui le toisait de haut qui essayait de lui inculquer les règles du jeu avec sa mine défaite et la tignasse rose qui ornait son épaule. C’était ce même gars qui croyait pouvoir le menacer à son tour, pouvoir rire de sa condition et n’en soutirer que les avantages. C’en était risible. Presque pathétique. A croire que les sous-entendus si évocateurs n’avaient pas su atteindre l’oreille d’un être doué d’intelligence, à croire qu’user de finesse pour voiler une seconde menace ne servait à rien lorsque l’on avait affaire à un être grossier et ordinaire, prêt à dégainer engins de guerre et grosse artillerie dans le seul but d’intimider. Et il riait intérieurement. Riait de cette condition à la fois si misérable et si avantageuse. Riait de ce paradoxe qui se dessinait avec ferveur sous ses yeux, dessin enfantin et simple sur une fastidieuse toile de sentiments tordus jetés pêle-mêle sans prendre la peine d’y mettre un peu d’ordre.
Il était marrant ce Psuchè, s’imaginant candidement être le seul à pouvoir terrifier autrui.

Mais lui, Lysandre, que connaissait-il de la vie ? Rien, sinon cette douleur lancinante qui lui bouffait peu à peu les entrailles, tordant ses boyaux et lacérant son épiderme. Il pouvait sentir le sang qui injectait ses yeux, entendre son cœur battre contre sa tempe à une cadence insoutenable, si bien qu’il le soupçonnait, sombre et miséreux, de vouloir s’arracher de sa cage thoracique pour servir d’ornements aux pavés du trottoir, aristocrate des caniveaux, perdus au milieu des clopes froides et des capotes usagées qui parsemaient les rues de Milan, les souillait et les rendaient plus laides qu’elles ne l’étaient déjà.
La traîtrise de chacun de ses organes lui sautait à la gorge, venant s’ajouter à cette culpabilité et à ces regrets gluants qui lui entravaient les pieds de lourdes chaînes, l’empêchant de se mouvoir à sa guise. « La volupté m’appelle et l’amour factice me couronne » s’était-il vanté. Il se riait à présent de ces mots qu’il avait pu prononcer quelques mois auparavant. Maintenant, c’était la lubricité qui l’appelait et la luxure qui le couronnait tandis que son esprit s’enfuyait hors de son cerveau, incapable de régir une matière putréfiée et décadente.
Et le corps, lui, ne pouvait se gouverner seul, inapte à prendre des décisions saines, inapte à voir sa déchéance sans quelqu’un pour le lui ordonner. Une frêle marionnette soumis aux contraintes et aux aspérités du temps qui tirait les ficelles pour lui. Il s’était mis tout seul dans sa merde et il avait besoin d’inconnus pour en sortir.
Une nouvelle langue de feu lui arracha une grimace. Sa moelle épinière continuait à remplir son rôle malgré l’absence de substrat inorganique pour relever la teneur de ses messages.
Esprit, es-tu là ?

« Oh… Je pense qu’à l’ambassade, ils n’auraient pas grand-chose à faire de mon cas. Comme je te l’ai dit, je sais me montrer persuasif et amener les gens dans mon sens. »

Oh oui, un petit tour dans leur tête et il pouvait leur faire avaler n’importe quelle histoire, les contraindre à n’importe quel acte. Seul le fait de tuer demeurait difficile à implanter dans le cerveau d’un forcené de la loi. Les policiers étaient, pour la plupart, des fanatiques épris d’une vague idée de la justice, oubliant jusqu’à leur propre liberté et leurs propres désirs.
De ce point de vue là, Lysandre ne pouvait pas faire grand-chose. Mais nul ne doutait qu’il n’aurait aucun mal à persuader ce Psuchè de descendre un ou deux types. Il ne devait pas en être à son premier meurtre et encore moins à son dernier. Un sourire s’étala franchement sur le visage de Lysandre tandis qu’il observait les doigts fins qui avaient l’air inoffensifs autour de son poignet tandis que la menace claquait dans l’air, sordide et inquiétante. C’était clair maintenant. L’agitation du morceau d’étoile stupide qui l’accompagnait, toujours invisible, acheva pour lui le puzzle qui se dressait déjà, majestueux et imposant.
Il était mignon, Psu chéri, dévoilant sans aucune peur son statut de Pactisant, révélant qu’il avait murmuré lui aussi un vœu à la lune rouge qui ornait le ciel de Milan à la nuit tombée.

Un rire inaudible secoua son corps alors qu’il désignait, un sourire hypocrite collé sur ses lèvres, les ruelles sombres qui partaient perpendiculairement à l’avenue principale. Les marchands de l’espoir, comme il se plaisait à les appeler, n’avaient pas pour habitude de révéler leur activité au grand jour et son fournisseur à lui prenait un malin plaisir à s’enfoncer toujours plus dans les venelles qui sillonnaient la ville. C’était toujours un défi de le trouver. Alors quand le manque se faisait ressentir, c’en devenait une torture.
Il soupçonnait le bonhomme de s’amuser à regarder ses clients se morfondre au milieu de la noirceur des rues, s’imprégnant de leur douleur avant de se décider à apparaître devant eux pour les soulager. C’était un tortionnaire qui choisissait la durée de douleur en fonction de l’affection qu’il éprouvait pour vous. Et plus il vous aimait, plus la torture était longue parce qu’il faisait partie de ces rares personnes à appliquer une philosophie inversée : faire souffrir ses amours et abréger les souffrances de ses ennemis.
Mais c’était son axiome à lui, son crédo, sa manière de concevoir la vie et tous ses privilégiés l’acceptaient sans rechigner parce qu’il ne vendait pas de la merde comme les jeunots qui cherchaient à arnaquer le premier pecnot venu avec leur drogue coupée avec des herbes qui donnaient la gerbe à quiconque en prenait.

« Je suppose que tu dois savoir où te diriger. Tu ne m’as pas l’air de faire parti de ces niais qui ne connaissent rien à la réalité. »

Flatter. C’était le meilleur outil. Il retint le ricanement qui menaçait de franchir ses lèvres, mais ses yeux amusés et dilatés en disaient long sur ce qu’il pensait. Le ridicule des menaces le chatouillait furieusement, le forçant à envisager diverses solutions pour ne pas tomber dans le même piège que son assaillant. Et, de toute façon, si jamais il était découvert, il pouvait toujours aller faire un petit tour dans le cerveau de Psu chéri – qu’il soupçonnait, étrangement, d’être bien vide – pour effacer de sa mémoire toute trace de son existence.
Pour Sôma, ça risquait d’être un peu plus compliqué. Les Stellas ont une constitution légèrement différente, mais Heaven l’aiderait en grognant un peu. Elle avait tendance à apprécier tous ceux qui étaient susceptibles de faire du mal d’une manière ou d’une autre à Lysandre. Autant dire que si elle pouvait le vendre aux salauds qui faisaient la chasse aux Pactisants, elle l’aurait déjà fait. Mais c’était se vendre elle-même et sa stupidité n’atteignait pas encore ce genre de sommets encore inconnus de l’homme.

« A moins que ce ne soit tes premières menaces envers un inconnu ? … Félicitations pour ton baptême dans ce cas, Psu chéri. »

Nargue. Nargue. Et pleure. Et rit. Et envisage le futur. Et redoute le passé. Putain, tu sers rien Lysandre.
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Mouvement de foule et exaspération. [Fini]

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