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 [x] Sex, drugs & rock’n’wounds. [PV Elimoche]

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Vito Vargas

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MessageSujet: [x] Sex, drugs & rock’n’wounds. [PV Elimoche]   Ven 23 Juil - 11:43

« Un couloir, une porte, un lit, c’est la nuit ;
Quelques prises pour dormir, j’sais plus où je suis »
Mes doigts tremblèrent alors que j’allumais ma clope, assis sur le capot de ma voiture. Proche du malaise, j’en tirai quelques bouffées qui, le temps d’un battement de cœur, me firent oublier l’état de dépravation dans lequel je me trouvais. Je savais cependant qu’il ne fallait pas se leurrer – j’étais mal, et ça ne devait pas être très beau à voir. Je tirai sur le col pourtant largement ouvert de ma chemise dans l’espoir que cela m’apporterait un peu d’air ; rien n’y fit, j’étais toujours sur le point de rendre tripes et boyaux et je mourais de chaud dans l’air glacé par la nuit.

Frissons s’invitant sur mon échine. Nouvelle taffe aux relents de soulagement. Le mégot se consumait trop rapidement à mon goût et je regrettai qu’il fût trop tard pour dénicher un bureau de tabac encore ouvert … De toute façon, j’avais assez de nicotine et autres matières à tendance néfaste dans le corps pour assommer un toxicomane aguerri. Il ne servait à rien d’ajouter à la complexité de la descente que j’allais me taper. En outre, Elimoche risquait d’être la première à me descendre, tant et si bien que je me demandais un peu ce que je foutais devant son immeuble, à fumer une clope avant d’aller lui faire la surprise de ma présence.

La clope me fait chier. Etre dehors plutôt qu’occupé à cuver me fait chier. La nuit me fait chier. Elimoche me fait chier. Maddox me fait chier. Le GDP me fait chier. Vous m’faîtes tous chier. J’ai envie de mourir quelques jours pour ne revenir que lorsque la météo arrêtera de carburer à la merde. La merde me fait chier, et j’en ai plein le cul de vos gueules d’abrutis.

Je lâchai un soupir qui se perdit dans l’atmosphère viciée des rues milanaises. Tout ça, c’était de la faute de Maddox. Maddox, la bouteille de gin, les saloperies que j’avais ingurgitées. Maddox en particulier. Okay, je m’étais bien éclaté sur le moment ; l’avant-veille s’était montrée spéciale même si, au demeurant, j’avais été loin d’avoir toute ma tête. C’était par la suite que tout s’était compliqué. En premier lieu, il avait fallu que je retrouve le chemin de mon appart’, ce qui n’avait pas été une mince affaire avec la gueule de bois dont je souffrais. Bref, j’avais eu du mal et le soutien des murs m’avait été d’une aide non négligeable. Et en arrivant chez moi, ç’avait été le début de la fin. J’étais resté près de trois heures agenouillé sur le carrelage de la salle de bain, en compagnie de la cuvette, à dégueuler dans les chiottes des nutriments que je n’avais pas le souvenir d’avoir absorbés. Nausées, suées, vertiges, malaises, migraine ; j’avais eu droit au grand jeu. La totale. De quoi vous faire regretter l’amour que vous portiez à l’alcool. Ou pas puisque, à peine les vomissements terminés et une douzaine d’heures de sommeil dans le nez, une nouvelle bouteille de gin s’était retrouvée dans ma main, par magie. Et je me l’étais enfilée. Elle aussi. Comme si je pouvais noyer dans ce liquide clair les souvenirs de la nuit passée, trop sombres à mon goût.

J’avais juste réussi à me rendre un peu plus malade, alors j’avais également sorti deux sachets de poudre – un rail pour faire passer un verre, un verre pour faire passer un rail, le compte y avait été. J’avais fini, non pas par comprendre que j’avais trop tiré sur la corde, mais par arriver à court d’alcool et avais alors eu la judicieuse idée de me faire couler un bain. Brûlant, histoire d’évacuer un maximum d’alcool. Avec le contenu d’un pack de gel douche pour ne plus sentir l’odeur du gin. Je m’y étais glissé, perclus de frissons, avant d’y faire un semi coma-éthylique qui me fit m’éveiller presque vingt-quatre heures plus tard, dans une flotte glacée. Le plus compliqué avait été de m’en extraire sans me vautrer sur le sol ; cela réussi, j’avais enfilé des fringues propres et achevé de zoner dans ma chambre.

C’était là, allongé sur mon lit, jambes croisées, que j’avais sorti quelques cachets et les pétards qu’il me restait. Chacun de ces amis avait connu une fin tragique, sacrifiés qu’ils l’avaient été sur l’autel de l’oubli de soi. J’avais maudit l’alcool un peu, la came beaucoup et Maddie énormément. C’était tout un art que de demeurer conscient de ce qui vous entourait lorsque vous planiez et ce furent certainement ces habitudes de camé qui me permirent d’entendre mon ordinateur sonner, m’indiquant par là la réception d’un message.

Un coup d’œil par la fenêtre, tandis que je me traînais jusqu’au PC, m’avait informé que la nuit tombait sur Milan. Quant à l’e-mail, il provenait d’Elimoche ; elle me signifiait par quelques mots, accompagnés d’une insulte à propos d’un portable que je ne regardais pas, qu’elle était revenue de mission. J’avais lu entre les lignes ; autrement dit, cette poufiasse m’attendait de pied ferme. Classique. Mais plaisant. Depuis que nous nous connaissions, soit un peu plus d’un mois, nous passions pas mal de temps fourrés ensemble, à nous engueuler de façon quasi-permanente et coucher ensemble régulièrement. A moins que ce ne fût l’inverse. Bref, on se voyait. On s’emmerdait mutuellement, aussi. Elle en se montrant hautaine et méprisante, moi par mes manières de rustre socialement attardé, et ce régime nous convenait fort bien en dépit des crises venues émailler nos quotidiens.

Je n’avais pas répondu à son mail. Déplacer la souris, cliquer deux ou trois fois à côté de la boîte de réception avant de parvenir à l’ouvrir, c’était facile – je ne me sentais en revanche pas capable d’affronter l’armée de touches de mon clavier. Pas dans cet état. Y’en avait trop. Je m’étais brossé les dents, avais attrapé mes clés de bagnole et m’étais mis en quête de cette dernière, tout content de me souvenir de l’endroit où je l’avais laissée avant de me faire embarquer par ce con de Maddox. Au radar plutôt qu’autre chose, je l’avais retrouvée sans trop me planter de chemin et y étais monté, étonné de constater que si j’étais infoutu de taper à l’ordi’, j’étais à même de conduire jusqu’à la résidence d’Elimoche. J’étais de fait parvenu jusqu’au parking jouxtant son immeuble, celui-là même où je fumais actuellement ma clope, le tout sans trop de casse. Je soupçonnais les rues désertes d’avoir un rôle à tenir dans mes capacités à piloter mon engin sans dommages collatéraux pour la population milanaise – mais peu importait, même complètement défoncé, j’arrivais à faire à peu près ce que je voulais.


Depuis, je faisais le pied de grue devant le logement de l’autre tanche, assis en tailleur sur la carrosserie de ma caisse. A dire vrai, j’hésitais un peu à me pointer chez elle dans cet état. La seule idée de sa voix me faisait chier ; avec la migraine à laquelle j’avais droit, ça n’allait pas être une partie de plaisir que de l’affronter, d’autant plus qu’elle risquait de péter une durite en me voyant comme ça. Pour ne rien gâcher j’avais prévu de lui faire part de ce qui s’était passé avec Maddison, plus pour l’emmerder que pour soulager ma conscience. Ca, ça allait lui plaire, assurément. Dommage que j’eusse échangé mon caméscope contre un sachet de stupéfiants car filmer sa réaction eût été une façon d’immortaliser la plus belle de ses crises. Je te hais un peu, beaucoup, passionnément, à la folie. Prends-toi ça dans les dents, Elimoche. Et puis, ça me faisait une raison de ne plus voir ma nuit avec Maddox comme le dernier cap de la déchéance.

Je pris le temps de m’enfiler une seconde clope et je me décidai : j’irais. Je jetai le mégot sur le sol, voulus sauter à bas du capot de ma caisse pour l’écraser sous mon talon, mais ne parvins qu’à m’étaler sur le bitume sous le coup d’un vertige plus agressif que les autres. Et merde. C’était le coccyx qui allait me les casser pour les jours à venir. L’aide du pare-choc me fut précieuse lorsque je me redressai ; une fois sur pied, j’agitai mes clés de voiture en sa direction et, d’une pression sur le bouton approprié, en verrouillai les portières. Puis je pris le chemin du hall d’entrée de l’immeuble d’Elissandre, clopin-clopant, plus ou moins conscient de ce que ma trajectoire n’était pas des plus directes.

Pousser la porte, emprunter les escaliers jusqu’au troisième étage. Le trajet habituel. Aisé, sur le papier. Toutefois, en pratique, lorsque l’on était quasiment stone, c’était une autre paire de manches. Je ne passai pas loin de vomir sur les marches et me haïs d’en être à ce stade de débauche, le front couvert d’une pellicule de sueur glacée et le teint pas très frais d’un mec qui a passé une semaine cloué au fond de son lit par une gastro. J’atteignis cependant mon objectif et sonnai à une porte, sauf que ce fut un mec d’une trentaine d’années qui m’accueillit, d’un air peu amène. Il semblait moyennement amusé d’être dérangé au beau milieu de la nuit. ‘Chier. Bonne porte, mauvais étage. T’es pas Elimoche, toi. Il te manque encore sa gueule de pétasse et ses jolies courbes, même si le mépris dans tes yeux n’est pas loin de celui qu’elle affiche.

« C’pour quoi ?, me jeta-t-il.
-Hem … Toi, ta gueule », répondis-je sans conviction avant de faire demi-tour vers les escaliers.

Quelques noms de piafs, une porte qui claque. Rien à foutre. Loin d’être perturbé, je poursuivis mon ascension. Et finalement, je parvins devant l’entrée de l’appart’ de ma Némésis. Le coup de sonnette fêla le silence que ne venait perturber que ma respiration heurtée. Je n’eus pas à attendre longtemps : bientôt, des pas résonnèrent de l’autre côté du battant, sur lequel je m’étais appuyé pour ne pas m’écrouler. Tant et si bien que lorsque la porte s’ouvrit, je n’eus pas la présence d’esprit de faire marche arrière et me trouvai projeté en avant, emporté par la défaillance de mon centre de gravité. Ce fut donc en titubant que je débarquai dans l’appart’ d’Elissandre. Sentant mon poids emmener la porte, elle avait eu le réflexe de reculer et soudain, nous nous retrouvâmes nez à nez, nos corps se frôlant sans vraiment s’atteindre.

« ‘lut, ‘limoche ! » , la saluai-je d’une voix plus ou moins ébréchée.

Et je l’embrassai à pleine bouche.

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Dernière édition par Vito Vargas le Mar 19 Oct - 18:12, édité 6 fois
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Elissandre Hell

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MessageSujet: Re: [x] Sex, drugs & rock’n’wounds. [PV Elimoche]   Sam 24 Juil - 10:48

« And we'll pray that there's no God
To punish us and make a fuss
 »

Le sang affluait à nouveau dans les arcs blancs laissés par mes ongles dans ma paume. Je savais qu'il finirait par venir. Qu'il soit fier ou dégoûté de lui, peu lui importait. M'emmerder passait bien au dessus de ses états d'âmes, si tant est qu'il en possède. Je savais vain de m'échiner à tenter de refouler la sourde colère qui grondait en moi. Je peinais à en déterminer l'origine exacte, mais j'en connaissais au moins le malheureux destinataire. Oh oui, malheureux. Il se croyait certainement malin. Mais rien n'aurait pu le préparer à ma furie. Tout ce qu'il souhaitait depuis le début, tout cela allait enfin s'accomplir. Il était enfin parvenu à me pousser à bout, et ma rage n'attendait plus que sa venue pour se déchaîner enfin.

Le mur fragile portait déjà les stigmates de mon impatience. De larges traînées s'y dessinaient, illustrant le passage de mes ongles avides de se planter à nouveau dans sa tendre chair. Mon regard, inapte à se poser fixement quelque part survolait l'inutilité de ce qui m'entourait. Tel un lion en cage, je tournais, inlassable dans ce que j'étais incapable de considérer être chez moi.
Des éclats de voix et des portes qui claquent me parvinrent du palier inférieur. Immeuble merdique. Le tout fut suivi d'une retentissante montée d'escaliers par un hippopotame.

-C'est quoi ce bordel ?

Alors que je me dirigeais vers la porte d'entrée pour jeter un oeil dans le couloir, ma sonnette retentit, brusque, inconstante, faiblarde.
-Ça peut fumer une sonnette ?
Je tournai la poignée. J'eus l'étrange réflexe de m'écarter de l'armoire pourvue de cheveux blancs qui semblait décidée à s'affaler sur moi. Entrée aussi fracassante que ridicule, Vito déboula dans mon appartement, manquant de gratter la moquette avec les dents. Péniblement, il se redressa, ou du moins tenta de se tenir droit. Loupé.

« ‘lut, ‘limoche ! »

Surnom à la con. En le voyant débarquer, ma colère primaire se fit oublier un instant. Il avait l'air pire que pitoyable. Totalement et définitivement consternant. Il se jeta sur moi, se prenant un instant pour un escargot, me léchouillant les lèvres et laissant sa quantité de bave industrielle. Le gin s'y mêlait désagréablement. Je le repoussai violemment, pour une fois dégoûtée par son contact humide. La clope lui conférait l'odeur d'un jambon fumé (ou d'un escargot fumé en l'occurrence).
A présent, j'avais de nouvelles raisons de m'énerver. Le teint blafard, les cerne profonde sous ses yeux, ses cheveux emmêlés. Je laissai passer quelques secondes, histoire de voir s'il allait pas poser une jolie galette odorante en milieu de mon salon. Et puis après tout, j'avais encore tout mon temps avant de péter mon plomb.

« Bah alors Vithon. T'as passé une mauvaise nuit on dirait. »

Je me sentais d'humeur taquine. J'allais jouer un peu d'abord avec lui. L'idée de ma tenue de cuir rouge dans ma penderie m'effleura l'esprit. Dommage, un peu trop tard. Tant pis pour la jupe blanche, ça ajouterait une touche de drame. Calculant mes pas, et la prochaine zone où j'allais poser mon pied, je m'approchai de lui, et lui passai doucereusement le main dans les cheveux. Refermant mes doigts, je le secouai un peu, éprouvant la résistance de son estomac. Il pâlit un peu plus mais tint bon. Parfait. J'allais pouvoir m'amuser un peu avant qu'il flanche. S'il finit par craquer. Je m'éloignai du déchet qui essayait presque craintivement de reprendre pieds dans la réalité, et m'adossai au mur meurtri de mes mains. Finalement, je serais patiente. Pour changer.
-Garbage.

Je souris, carnassière. Il leva les yeux vers moi, tentant de faire le point sur une quelconque zone de mon visage. Clairement il galérait. La sueur perlait à son front, inondant ses paupières d'un flux liquide constant ajoutant au flou. Là je me marrais. Il ressemblait à rien. Ah non, j'étais méchante tout de même. Une serpillière. Les fringues froissées, les cheveux en bataille. Oui les cheveux y étaient sûrement pour beaucoup dans la métaphore. Mais il puait tellement l'alcool que j'en n'aurais même pas voulu pour laver mon plancher.
Joueuse, je les balançai mon pied dans les côtes. C'était juste pour le plaisir, histoire de. Pas fort du tout. Il s'écroula lamentablement sur le sol, sa serpillière formant une corolle affligeante autour de son crâne où j'imaginais le sang battre les tambours des galères.

« Ouh, on dirait que l'alcool et le reste sont mal passés cette fois. »
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Vito Vargas

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MessageSujet: Re: [x] Sex, drugs & rock’n’wounds. [PV Elimoche]   Sam 24 Juil - 20:40

« I could corrupt you
It would be easy
Watching you suffer
Girl, it would please me »
J’aimais bien l’appart’ d’Elimoche. Simple, vide, silencieux, fonctionnel – tout le contraire de sa propriétaire, qui n’était qu’une chieuse envahissante. Envahissante et hypocrite. Là où sa résidence faisait montre de la plus pure impartialité quant à ce qui la définissait et l’habitait, la scientifique, elle, s’éclatait bien à cacher son jeu. Et que je t’engueule dès que je te vois, et que j’essaie de te dégager à coups de pied au cul, et que je te méprise ouvertement ; alors qu’elle ne pouvait tout bêtement pas s’avouer qu’elle m’adorait. Non, qu’elle m’adulait. Car c’était bien ça, non ? Une forme de dépendance vache, affliction dangereuse dont elle – nous souffrions ? Cette relation était pathologique et toxique, néfaste et nébuleuse – pourtant, elle s’y complaisait au moins autant que moi, la mignonne. Il lui restait juste à le comprendre.

Mais non. A croire qu’en dépit de ses diplômes, elle était trop bête pour saisir les subtilités que même mon cerveau embrumé d’alcool discernait, à moins qu’il ne les discernât justement parce qu’il se trouvait au chômage technique. A mon baiser, je n’obtins aucune réponse ; je la sentis se crisper et elle me repoussa, brutalement, d’une pression des deux mains sur mon torse. Funambule à l’activité mise à mal par une bourrasque, je titubai, frappé par la charge cinétique. Cette prise de distances fut ce qui me permit de l’observer, de réaliser une peinture plus détaillée de la silhouette éthérée que m’avait offerte ma brutale entrée. Je pus ainsi saisir sur ses traits un dégoût des plus prononcés à mon égard, comme si la seule idée du contact entre nos corps la dégoûtait. Pétasse, c’est toi qui l’as voulu. Quant à sa tenue légère, elle ne put qu’accrocher mon regard tant elle détonnait avec l’absence d’apprêt dont elle faisait habituellement montre.

J’en conclus, avec un grand sourire, qu’elle avait dû s’attendre à ma venue. C’était ma poupée, mon joujou préféré, cent pour cent matière synthétique – ma poupée psychédélique, et elle s’était faite belle pour moi. Spécimen rare, chef d’œuvre unique. J’avais fait l’effort de venir et jusqu’ici, je m’étais fait jeter. Il fallait préciser que je n’y trouvais rien d’étonnant, compte tenu de l’état dans lequel je me trouvais … Malgré tout, il fallait qu’elle sût ce qu’elle voulait, la Elimoche. Et c’était pour comprendre les pulsions la motivant que je la détaillai, avide d’y dénicher un détail ayant pu m’informer des raisons de son énervement. Or, hormis cette colère dont elle ne faisait pas mystère – lame sulfureuse prête à s’abattre –, je ne distinguai rien de précis. M’effleura l’esprit la satisfaction d’être enfin parvenu, passé un mois d’efforts avortés, à la mettre en rogne au point de céder à la violence ; elle disparut bien vite, balayée par le vertige qui manqua de me jeter à terre.

Elimoche, elle, éleva sa conscience à un calme qui me surprit. Là où, une seconde plus tôt, elle était prête à dégainer un flingue pour m’en faire goûter le tonnerre, elle s’était soudainement contrainte à une attitude en retrait. Presque effacée. Dansaient toutefois des vestiges d’agressivité dans ses yeux, ces puits dont je ne connaissais que trop bien les profondeurs, ces perles que j’aurais en cet instant souhaité pouvoir arracher. S’il était bien une chose que je haïssais chez cette gonzesse, c’étaient ces regards qu’elle lançait lorsque son esprit avait scellé une décision d’un coup de marteau ; c’était cette arrogance venue suinter dans les mots qu’elle jetait alors, certaine d’avoir pris le dessus dans ce qui demeurait des ébats. Et pourtant, j’adorais cette capacité à me tenir tête – je l’affectionnais tellement que j’eus envie de l’embrasser derechef, d’étouffer par mes lèvres le poison que les siennes déversaient si bien. Frappe à la source. Ne t’embarrasse pas de distances.

Je n’en fis rien. J’étais trop abruti par le feu ayant remplacé le sang dans mes veines, j’étais prisonnier des courbes décrites par le sourire échoué sur sa bouche. Eussé-je été fasciné par d’autres méandres que j’aurais manqué ma liberté lorsque celles-ci se mirent en mouvement, délivrant des paroles :

« Bah alors Vithon. T'as passé une mauvaise nuit on dirait. »

Vithon. Vi-thon. Reflet masculin du surnom dont je l’avais affublée. Je fis mine de ne pas réagir quand la voix de ma Némésis modula ces quelques syllabes mais la réalité était que j’adorais ce quolibet. Ajusté, bien choisi. Tellement hors-sujet dans cette bouche ne semblant destinée qu’à proférer des paroles baignées dans l’acide de l’indifférence. Si plaisant dans son incarnation de la preuve physique de l’effet que j’avais sur la scientifique. Un concentré de bonheur. C’était mon joujou terrible.

A la mention de ladite mauvaise nuit, mon cerveau se grippa sur ce qui devait être de la colère. Ou de la moquerie. Peu importait – c’était négatif et ça la rabaissait plus bas encore qu’elle ne l’était dans l’étroitesse de mon esprit, là se cueillait l’essentiel. Elimoche n’avait absolument rien compris. Cette nuit, passée dans les bras de ma baignoire, avait été bonne ; la précédente, dans ceux de Maddox, meilleure encore. L’on aurait certes pu imaginer plus romantique qu’une union sous le signe d’une débauche hypnotique mais cela, Elimoche n’en saurait rien. L’esquisse de narration à laquelle elle aurait droit serait une version enjolivée, faite pour achever de la mettre hors d’elle, et j’allais me faire un plaisir de lui fournir les détails nécessaires à une totale compréhension. Oh, oui, elle allait en entendre parler et c’était là un souhait cher à mon âme … A mon âme, mais pas à mon corps. Je voulus répondre, faire don à l’autre tanche de mon cocktail Molotov – avec une paille, pour faciliter l’absorption – ; sauf que nul son ne trouva la force de franchir la barrière de mes lèvres. Je me découvrais une bouche pâteuse, comme engourdie par le baiser volé à Elissandre et, bien qu’il s’agît d’une contrepartie logique lorsque l’on fricotait avec une telle créature, je m’en trouvai frustré. Les mots ne firent cependant pas que rester bloqués dans la gorge, ne se révélèrent pas seulement incapables de jaillir. Pire encore, ils reculèrent à la venue d’Elimoche. Moururent dans la fournaise de mes entrailles.

Elle se tenait près de moi. Une nouvelle fois, le désir de m’approprier son corps me saisit. Le galbe de ses hanches, la poitrine timide sous sa chemise, ses lèvres pincées, ses joues délavées par une pluie de colère ; ils me tendaient la fleur de la tentation. Et je n’y cédai pas, trop occupé à maintenir le puzzle de mes organes en place, trop perturbé par les nausées venues m’écarteler – je ne pus qu’observer l’approche de la main haïe. Celle-ci s’octroya le droit de folâtrer dans ma chevelure. Je laissai le contact s’établir, peut-être espérais-je en retirer un semblant de conscience de la scène à laquelle je participais. J’en savais rien. J’en sais rien. Toi non plus. Tu sais pas ce que tu veux. T’es conne, t’es attardée, t’es chiante. T’as aucun humour. C'est pour ça que je t'aime.

Soudain, les doigts abaissèrent le rideau d’argent ; et ce fut l’explosion sous mon crâne. Dans mon organisme tout entier. Sous l’impulsion, je sentis mon cœur se décrocher pour finir dans les ruines de mes tripes. Sous l’impulsion, mes reins me poignardèrent, protestant contre l’être qui m’enserrait de ses griffes. Sous l’impulsion, je crus avoir droit à un concert privé dans ma tête. Cette cacophonie, c’était une ode à la plus parfaite des migraines, un concept entre la corne de brume et la voix de merde d’Elimoche. L’épitaphe destinée à la tombe de mes tympans. Mais je ne bougeai pas. Je ne cédai pas à l’envie de vomir, ni au désir d’assassiner cette gonzesse avant d’aller m’enfermer dans un placard pour y terminer ma descente. Ces sensations n’étaient rien face à la claque que j’allais lui mettre ; elles n’étaient que le pâle prélude aux palpitations que je lui imposerais. Pour cela, j’étais prêt à endurer bien plus, même si cela devait me conduire à l’hôpital.

Je ne croyais pas si bien dire. Par le coup de pied qu’elle me décocha dans les côtes, elle tenta d’éprouver mes résolutions et si celles-ci ne flanchèrent pas, je m’écroulai, frappé tant par la puissance de la frappe que par la perte de mon équilibre. Je me retrouvai assis par terre, presque étonné de ne ressentir que la moitié de la douleur que m’avait infligée sa main dans mes cheveux. Je n’en conçus aucune rancune. J’étais trop loin pour ça. Combats et batailles avaient commencé et la revanche viendrait, sûrement.

« Ouh, on dirait que l'alcool et le reste sont mal passés cette fois », ricana-t-elle.

J’eus une réaction que j’aurais jugée improbable après un tel déferlement de souffrance : j’éclatai de rire. Un rire pur, franc et authentiquement ravi. Oh, si, elle avait de l’humour, ma Eliconne. Ou alors, elle n’avait pas idée des doses de toxines contenues par mon sang. De fait, mes côtes étaient douloureuses et je n’étais pas loin de rendre une partie de mon estomac, mais peu importait : tant que l’on ne touchait pas à ma tête, l’alcool m’aiderait à tout supporter. A encaisser n’importe quoi. L’alcool – la cocaïne, l’héroïne, la nicotine et d’autres pétasses en –ine, aussi, ainsi que les substances non-identifiées que j’avais ingurgitées. Que croyait-elle ? Que ses pichenettes allaient me purger ? Que j’allais décuver parce qu’elle l’ordonnerait ? Tu t’plantes, mon amour.

Usant du mur derrière moi comme d’un appui, je me relevai et m’approchai d’elle. Me retrouver un instant à terre, loin de m’avoir perturbé, avait amené un surplus de sang à mon cerveau, lui communiquant ainsi l’oxygène nécessaire à l’exécution du trajet qui me mènerait à Elimoche. Ainsi parvins-je jusqu’à elle sans difficulté notoire, bien déterminé à savourer cet accès de lucidité, un sourire piquant mes joues. Sans surprise, je constatai qu’elle se montrait insensible à ma venue et profitai de ce qu’elle avait décidé de jouer les statues frigides pour la saisir par la taille. L’une de mes mains glissa sur ses hanches, se coula sur ses reins ; je l’attirai contre moi et approchai mes lèvres de son oreille, doucement. Certes, l’illusion d’aller mieux dictait à mes gestes un empressement certain, celui que minait la peur de replonger dans l’abîme, mais je n’allais pas me précipiter. Je susurrai :

« L’alcool, pas terrible, non. La came est très bien passée, en revanche … et Maddox aussi. Ouaip’, le flic du GDP, t’as saisi. Et devine quoi, Elistérique … Il est bien meilleur que toi au pieu, tu savais ? »

Evidemment, cette dernière assertion versait dans les mêmes mensonges que le concerné. Maddie était un con sans intérêt, un coup d’un soir. La nuit avait été agréable, mieux que la plupart de mes coucheries avec bien des nanas, mais n’avait pas atteint la cheville de celles que je pouvais passer avec Elimoche. Ma Elimoche. Ma Elimimi. Mon petit jouet. Ma poupée. Cette acidité propre à vous donner des ulcères, mais sans laquelle rien n’avait la même saveur. Cette amertume que je me plaisais à atténuer par la salinité de mes paroles – éteins-toi, jolie flamme.

L’odeur de ses cheveux me submergea, invitation à la plus VIP des amnésies – je l’ignorai. J’effleurai de mes lèvres le lobe de son oreille, y déposai un baiser avant de remonter, trop heureux d’y sentir les mots couler.

« … Oui, bien meilleur que toi. On s’est bien éclatés, tu ne m’aurais pas reconnu. »

Tu ne m’aurais pas reconnu, parce que j’étais bourré au-delà de tous les termes que tu pourrais trouver pour qualifier cet état d’ébriété. Tu ne m’aurais pas reconnu parce que j’avais réussi à t’oublier. Je trouve la télécommande, j’appuie sur un bouton et paf !, je zappe, du canal Eliconne au canal Maddie. Canal coke. Canal héroïne. Canal gin. Canal coma … Canal addiction, chaîne gratuite, et me voilà près de toi, à jubiler de t’avoir écartée, le temps d’une nuit. Tu vois bien que tu ne m’es pas indispensable. Tu vois bien que tu n’es qu’une drogue comme les autres, une dépendance que je peux reléguer aux chiottes quand ça me branche.

J’appuyai mes lèvres sur les siennes, embrassai sa commissure glacée. Jamais mentir n'avait été aussi aisé, aussi sucré. Si savoureux. J'attendais l'apocalypse. Rien d'autre ne comptait plus, pas même ma migraine, ni le malaise s'apprêtant à frapper ou mes côtes meurtries. L'apocalypse, s'il te plaît.

« T’es juste incapable de me donner entière satisfaction. ‘faut pas t’étonner que j’aille voir ailleurs, chérie. »

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Dernière édition par Vito Vargas le Ven 13 Aoû - 17:03, édité 3 fois
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Elissandre Hell

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MessageSujet: Re: [x] Sex, drugs & rock’n’wounds. [PV Elimoche]   Mar 27 Juil - 12:24

« And it's a long hard struggle
But you can always depend on me
»


Je ne nierais pas que les dernières semaines avaient été agréables. Mais elles semblaient avoir convaincu Vito de sa perfection et de son invincibilité. Je n'allais pas le détromper. Du moins, pas tout de suite. Il me dévorait chaque fois plus avidement, persuadé toujours un peu plus de son pouvoir imprenable sur moi. Que personne d'autre que lui ne me faisait autant d'effet. C'est amusant la projection, n'est-ce pas ? Je savais pourquoi il était là. Il voulait me dégoûter, me rendre jalouse. Parce-qu'il avait peur de l'être lui-même. Sauf que j'avais une longueur d'avance sur lui. Le grand, l'immense, le suprême Vargas ayant été absent pendant deux jours, les membres du GDP s'en étaient donné à coeur joie dans les commérages à son sujet. Récupérer les informations fut aisé. Démêler le vrai du faux, un peu moins. Mais inévitablement, j'avais bien fini par y parvenir.

Maddox s'en vantait partout. Mais la réputation de cette péripatéticienne de pacotille le précédait. Je me méfiais donc très largement de ses assertions. Malgré tout, il était si fier de son exploit – Je me suis fait Vito ! - qu'il n'avait fait qu'embellir l'histoire, tout le reste étant à peu près vrai. Le coup de la bouteille de gin cul sec valait bien son pesant de cacahuètes. Je connaissais bien ce cher Vito à présent, surtout quand il était bien déchiré. Probablement sa meilleure condition physique pour une bonne partie de jambes en l'air d'ailleurs. Un sourire m'étira les lèvres au rappel d'un souvenir tout récent. C'était un soir à la bouteille facile, et nous planions de manière fort correcte. Inutile d'y mettre des mots, la mémoire des sensations est particulièrement vivace dans ma tête. Et puis je m'étais cassée.
-Merci pour la tringlette.

Comme quoi ma décadence était encore loin d'être arrivée à son terme. Je devenais vulgaire. La provocation n'avait jamais réellement fait partie de mes prérogatives. J'étais acide et méchante, certes, mais je tenais habituellement à garder une certaine classe. Mais avec cet imbécile décérébré, la vulgarité devenait presque élégante. Je m'oubliais peu à peu à son contact. Provoquant. Les qualificatifs auraient pu être plus variés. Mais c'était inutile. La brume enveloppant son esprit sembla se dissiper quelque peu et il parvint à retrouver le sens du monde, les pieds à terre et la tête en haut. Laborieusement, il se traîna vers moi. Je ne tentai pas de l'éviter. Se glissant contre moi, Vito balada sa main dans mon dos, qui ne tarda pas à trouver son bonheur dans mes reins. J'étais sa béquille, son pilier. Sans moi, il s'écroulait lamentablement. Posant son menton sur mon épaule comme si j'étais une radio panoramique, il me glissa ces quelques mots à l'oreille, vaporisant le tout de son haleine de hareng flambé au gin et fumé au tabac:

« L’alcool, pas terrible, non. La came est très bien passée, en revanche … et Maddox aussi. Ouaip’, le flic du GDP, t’as saisi. Et devine quoi, Elistérique … Il est bien meilleur que toi au pieu, tu savais ? »

Gagné ! Sourire triomphant. Grillé Vargas. Sur toute la ligne. Je t'ai vu venir avec tes gros sabots. Ça ne prend pas sur moi. J'en aurais presque esquissé la danse de la victoire, tiens. Même si ce n'était que pour donner le tournis à ce crétin prévisible.
-Je te connais maintenant Vargas. Tu crois pouvoir m'atteindre encore ?


Il m'embrassa le lobe de l'oreille, déjà enivré par l'alcool, j'y étais pour peu dans son excitation déjà flagrante.

« … Oui, bien meilleur que toi. On s’est bien éclatés, tu ne m’aurais pas reconnu. »

-Je n'en doute pas.
Resplendissant dans ta retentissante connerie, tu brillais de fierté. Cette capacité que tu croyais posséder de te passer de moi, de mes bras, des lèvres ... de mes fesses. Pourtant tu étais là, ton corps bouillonnant collé contre le mien, appel que tu croyais irrésistible à tes caresses. Ton rire éclatant, son sourire méprisant, ton air pompeux ne trompaient que toi finalement. C'est à toi, et à toi seul que tu mentais ainsi. Ou du moins essayais-tu de te convaincre de toutes les aberrations que tu trouvais malin de proférer dans mon oreille que rien ne trompait.


Brumeux, il posa un fragile baiser au coin de ma bouche, qui même ne frémit. J'avais besoin d'autre chose ce soir là pour frémir et jouir. Il était encore loin de satisfaire tout mes désirs, mais mes souhaits ne sauraient être exaucés sur demande. Il allait me falloir les arracher par la force. Cela faisait partie de leur nature profonde. Violence.

« T’es juste incapable de me donner entière satisfaction. ‘faut pas t’étonner que j’aille voir ailleurs, chérie. »

Involontaire illustration de mes propres pensées, tu étais le miroir ingénu de ma volonté. Contrairement à toi, je n'avais pas besoin d'aller voir aller. Toi seul pourrait être la cible de cette rage à présent décuplée par ton comportement invraisemblable. Te torturer jusqu'à l'aveu m'était indispensable. Et plus encore s'il fallait. Je souris. Peut-être la violence se lisait-elle aisément dans mon regard, mais peu m'importait à présent que tu découvres mes intentions. Car jamais tu ne devinerais ce qui se cache profondément en moi. Il te faudra le voir par toi-même. Spectateur acteur, te voilà aux premières loges pour le dévoilement de tout ce qui fait ce que je suis. Alors profite, bois, mange-moi et jouis.
-Enjoy.

L'utilisation de ce petit nom, chérie, était déjà très révélateur de tes réels sentiments.


« You love me but you don't know who I am »

-Depuis le départ, tu croyais que c'était moi qui prenais les risques. Comme tu avais tort, chéri.

Alors qu'il était appuyé contre moi, je laissai ma main remonter sur son torse. Planant à l'extrême, son souffle s'accéléra instantanément. Mais c'est sur la chair tendre de son cou que mes doigts vinrent se refermer, piège qui ne tolérait aucune échappatoire. Son état me facilitais la tâche. Violemment, je l'arrachais à moi, déchirant notre étreinte dans le râle qu'il émit. Il me suffit alors de laisser le mouvement nous emporter pour te plaquer contre le mur opposé. Le mur résonna sourdement sous l'impact de son crâne. Je le soulevai du sol.

Oui, mon ange. Tu es surpris n'est-ce pas ? Aurais-je oublié de te dire de te méfier ?

Ma main libre vint frapper son visage d'un revers où mes ongles se mêlèrent, invités surprises d'une fête qui ne faisait que commencer. Le sang perla sur sa joue, se mêlant à la sueur de son good trip. Tels les geysers des sources chaudes, ma colère se remit à bouillir et vibrer en moi. Maintenant que j'étais partie, plus rien ne pourrait m'arrêter. Je n'aspirais qu'à tes suppliques, qui même si elles survenaient, seraient lynchées dans l'ignorance et bafouées de mes coups redoublés. Mon emprise se relâcha, pour que je puisse l'admirer s'écroulant à terre, ses cheveux retombant désespérément devant son visage. Mon poing se ferma, et vola jusqu'à sa pommette, l'éclatant dans une giclée sanglante. Je lui empoignai les cheveux pour l'attirer à moi. Je m'accroupis.

« Je me fiche de tes histoires. J'en sais plus que tu ne penses, et on a toute la soirée devant nous. Bienvenue en enfer. »
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Vito Vargas

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MessageSujet: Re: [x] Sex, drugs & rock’n’wounds. [PV Elimoche]   Mer 28 Juil - 12:58

« I don't need to believe all the dreams you conceive ;
You just need to achieve something that rings true. »
Il était si facile de lui jeter à la gueule des mots dont je savais que je ne pourrais jamais les convertir en gestes. Si plaisant. J’aimais la sentir guetter l’envolée de ma voix, accueillir mes paroles et finalement leur retourner la froide indifférence ne la caractérisant que trop bien. La réponse qu’Elissandre Hell avait apporté à mes provocations n’avait jamais, jusqu’à ce soir, dérogé à ses habitudes ; si la forme se parait tantôt de moquerie, tantôt de mépris, le fond demeurait invariable. Détachement. Un détachement arquant chez moi lèvres comme poings, sourires comme hâte. La jeune femme, tout simplement, croyait faire montre de la plus pure des irrévérences en ne me renvoyant qu’un reflet brisé des efforts que je déployais afin de lui soutirer la réaction, l’écho tangible de sa colère qui viendraient couronner mes tentatives. Oh, oui, elle se croyait intouchable, pensant sans doute qu’elle parviendrait à me priver du spectacle de ses émotions.

Elle aurait ri de sa propre incapacité à refouler ces dernières, si elle avait su. Elle aurait hurlé, pour peu qu’elle comprît qu’elle ne faisait que m’offrir une armée de fenêtres sur son âme, en me cloîtrant ainsi hors de sa tour d’ivoire. Elle aurait démoli celle-ci de sa rage mal dirigée, certainement pour s’en bâtir une autre, plus loin, plus haut, sur une scène dont elle m’aurait de nouveau refusé l’accès, aveugle à la lumière d’une réalité – celle qui lui susurrait qu’il était trop tard pour ça. Cette conne ne cessait de se voiler la face, de tourner le dos aux dernières plaintes du mystère dont elle se drapait. De se vautrer dans l’erreur. Derrière elle, l’illusion d’une victoire ; et au-delà, la mienne, la vraie, celle de son énigme. Quand saisirait-elle que je lisais en elle ? Quand admettrait-elle que les palpitations de son cœur elles-mêmes faisaient de son calme apparent un mensonge ?

Bouge. Ravale ta fierté. Bouffe-la comme tu dégustes nos baisers.

Je me languissais d’une avancée de sa part sur l’échiquier. D’une parole sincère. De son corps. Des ses lèvres. Pas de ce qu’elle pouvait tenter, de toutes ses maigres forces, de noyer dans la nuit de ses yeux. Ca, elle ne pouvait pas le soustraire à mes attentes. Quant à l’appel de sa personne, je l’étouffais dans nos nuits brutales avant d’attendre qu’il ne se fît trop bruyant pour être ignoré. Aujourd’hui, je pouvais de fait sentir sa rage pulser dans ses veines et l’envie de m’atomiser animer de frissons chacune des fibres de sa chair. Son corps, pressé contre le mien, lui transmettait des ondes que plus d’un auraient trouvées nocives – sauf qu’elles m’étaient juste délicieuses. Elles étaient les lauriers du triomphe, le gage d’une victoire dont le pas lourd et inexorable dévastait tout sur son passage, même la distance qu’Elimoche imposait à ma présence. Et cet interligne entre nos êtres de se briser ce soir pour s’ouvrir sur une page nouvelle, celle de l’emportement n’ayant que trop tardé à naître de mes conneries. Pauvre orpheline, petite prématurée. Tu t’es cassé la gueule à la sortie du berceau, t’arrives pas à marcher et tu te payes tous les murs que tu trouves. Le mien en particulier.

J’écartai mon visage du sien, pressé d’assister aux réactions de la scientifique depuis les premières loges. Après tout, j’étais venu tout spécialement pour ce spectacle. Et sa rage, ultime touche à son jeu d’actrice, était superbe. J’adorais plus que tout la voir ainsi, prête à déchiqueter ma gorge de sa colère et de ses crocs. Pas un instant le souvenir de la dérouillée qu’elle m’avait infligée ne s’était évaporé de mon esprit, toutefois je n’aspirais qu’à me calfeutrer dans les tourments que ma Némésis ne manquerait pas de m’infliger. Encore un truc qu’elle ignorait : je me pâmais sous les coups à qui elle lâchait enfin la bride parce que, en effet, ils signifiaient ni plus ni moins que j’étais enfin parvenu à la faire sortir de ses gonds. Quitte les sentiers battus, ma belle. Je souhaitais qu’elle s’aventurât une nouvelle fois à m’en coller une, qu’elle m’offrît de distiller la force de ses sentiments dans le venin de sa crise. J’avais envie de voir à l’œuvre ma furie préférée. Ma poufiasse.

Mon regard se planta dans le sien, avide. Je lui souris. Ce fut à cet instant que je sentis sa main remonter sur mon torse et ses doigts suivre la route qu’avait pavée mon plexus solaire. L’alcool et la came aidant, je la trouvai à cet instant plus belle que jamais ; sa chemise gainait d’obscurité cet ange tentateur, moulait de sensualité chacun de ses gestes que le l’éternité mesurait. J’avais beau passer mon temps à maudire cette connasse, employer mes ressources à la faire chier, j’étais irrémédiablement dépendant de la moindre parcelle de couleur qu’elle pouvait offrir à ma vie. Certes, sa façon d’être m’insupportait et j’aurais aimé la secouer jusqu’à réduire en bouillie ce qui lui tenait lieu de cerveau. Certes, elle avait oublié ce que c’était que d’exister. Certes, il m’arrivait de me demander ce que je trouvais à cette bourgeoise coincée. Mais j’y restais. Parce que je m’imaginais plus mal encore me passer d’elle. Inutile de me leurrer et peu importait ce que j’avais pu lui dire, j’étais dépendant – de son acidité, sa capacité à tenir en haleine un mec n’ayant jusque là jamais toléré de résistance.

J’ai besoin de toi comme un toxicomane de sa piquouze. J’ai envie de toi comme au premier jour, pire encore peut-être. Besoin, envie … ‘sont pas amants, ces deux-là ? Si, c’est ça. Deux amants perdus qui y croient encore. Un peu comme nous … Bordel, tu m’emmerdes.

Tu n’en sauras rien, songeai-je alors que ses serres se refermaient sur mon cou. Et là où mon souffle se tarit, l’acuité du regard que je lui lançais s’en trouva renforcée. Je ne craignais pas l’esquisse d’étranglement d’Elimoche. Je n’avais pas peur d’elle. Ni de ses intentions clairement meurtrières. Si elle avait voulu me tuer, elle l’aurait déjà fait. Elle aurait pu, à en juger mon alcoolémie. Sauf que, pour l’heure, tout ce qu’elle souhaitait, c’était de me montrer qu’elle disposait d’autres ressources que sa prétention. Parallèlement, la pesée sur ma jugulaire amenait une pression toujours plus forte sous mon crâne et ma migraine à pulser ; ça faisait mal mais je m’en foutais. Jusqu’ici j’avais été con, j’allais pas m’arrêter en si bon chemin. Et puis j’aimais ses doigts, la glace de leur étreinte, les conneries qu’ils me donnaient envie de faire. J’avais confiance en mon bourreau, si l’on pût dire. Je le savais plus crétin encore que moi, inapte à m’arracher l’essence même de ce qui faisait mon addiction à son être. Pourtant, une petite voix, montée de la tombe de mon instinct de survie, me chuchotait de me méfier, de replier mes ailes afin d’éviter leur combustion – qu’il était agréable de me deviner proche du gouffre, son gouffre.

Soudain, elle me repoussa, violemment. Il s’avéra que la voix eut raison de me prévenir, et moi, tort de tenter le destin. Il avait toujours été dangereux d’éprouver les limites d’Elimoche. Dangereux et tentant. Dangereusement tentant, en simplifié. Dans dangereux, il y a heureux. C’est ce que j’étais. Heureux de voir Eliconne s’éveiller enfin, heureux de la sentir s’abaisser à mon niveau. C’était drôle, aussi. Elle qui se voulait détachée de tout, elle abattait la carte – sa dernière – de la violence passionnelle. Etait-il une chose qu’elle ne ferait pas pour son Vargas, son Vargas qui chutait dans le vide ?

Puis tout alla très vite. Il y eut une explosion, un coup de tonnerre veuf de l’éclair le précédant habituellement. Boum. Le temps que je comprisse qu’il s’agissait du son produit par la percussion du mur par ma boîte crânienne, je recevais déjà la gifle de ma compagne, à moins qu’il ne s’agît d’un coup de poing ou de griffe ; quoi qu’il en fût, la puissance de la frappe acheva de me jeter au sol. Le carrelage remplaça le porté de mes jambes et, l’espace d’un battement de cœur, je me trouvai en possession de l’instant qui permit à la douleur de m’atteindre. Et sa vague de me percuter. Une trame noire déroba le monde à mes yeux et la souffrance diffusa une lueur rouge dans cet univers où le silence était une chimère. Je ne passai pas loin de vomir. De dégueuler cette douleur que je m’acharnais à garder en moi, quitte à ce qu’elle martyrisât mes tripes. Elle n’était que plus déplaisante ainsi contenue, mais je n’allais pas faire à Elimoche le don d’une plainte. Pas tout de suite. Pas même si elle avait mis la main sur le point faible de la victime d’une gueule de bois.

Nouveau coup. De ses phalanges fermées en un poing, cette fois-ci. A côté de celui-ci, le précédent me sembla n’être qu’une soufflette. Ce fut une chance pour moi d’être déjà sonné ; les pleurnicheries de ma pommette me parvinrent embrumées, lointaines. En revanche, lorsqu’Elissandre s’empara de mes cheveux pour les tirer, je dus me mordre la joue pour ne pas réagir. Ne pas lui en retourner une. Il eût été regrettable de la défigurer. C’était tue-l’amour. Et je me refusais à lui taper dessus. Une fille différente, c’eût été possible ; n’importe qui d’autre, en fait. Mais pas elle. Pas ma Némésis. Pas ma pétasse. Pas mon plan cul. Pas celle que je retiens captive autant qu’elle m’emprisonne. Quand la vue me fut rendue, je pus constater qu’Eli’ s’était accroupie au-dessus de mes jambes, trop loin à mon goût, sans avoir lâché les mèches d’argent embastillées par ses doigts. Elle m’observait, traits d’albâtre et lèvres de sang, comme si elle savait que je ne me rabattrais pas à la frapper, quoi qu’elle me fît. Et pourtant Dieu savait que ce n’était pas l’envie qui me manquait – celle-ci me rongeait, fichait mes ongles dans un défaut d’une dalle afin de les empêcher de voler jusqu’au visage de l’autre tanche. Plus que tout, je désirais céder, ne fût-ce que pour voir si une barrière invisible arrêterait mon geste avant qu’il ne terminât sa course … Elissandre Hell était-elle réellement à l’abri d’un coup ?

« Je me fiche de tes histoires. J'en sais plus que tu ne penses, et on a toute la soirée devant nous. Bienvenue en enfer », jeta-t-elle.

J’eus un petit rire. Pas timide, seulement étranglé par ma gorge meurtrie. Sueur et sang mêlaient leurs larmes sur ma joue ; une goutte atterrit sur la jupe d’Elimoche, là où s’était porté mon regard. Qu’est-ce qu’elle racontait, cette conne, au juste ? Quelles débilités avait-elle trouvées à débiter de sa jolie voix ? Elle en avait pas marre, à force, de tourner en rond dans le néant entre ses deux neurones ? C’était si dur que ça d’admettre que si elle en était réduite à me tabasser, c’était bien parce que mes « histoires » la touchaient plus qu’elle ne voulait l’admettre ? … J’inspirai une bouffée d’air.

Je m’en étais déjà rendu compte mais je constatais à quel point cela était vrai : la violence était la marque de fabrique de la scientifique. A son amusement, à l’absence d’hésitation dans son coup de poing, à la froideur que dispensaient ses yeux, je m’aperçus qu’elle était familière du lieu sombre ne sommeillant jamais très profond en elle. C’était là le genre de choses qui ne pouvaient s’acquérir que durant la jeunesse ; de là à deviner, comme je l’avais pressenti, qu’elle avait vécu et commis des choses moches, il n’y avait qu’un pas que je me plus à franchir. T’es un livre ouvert, ma chérie. Ou alors, tu te tapes de ce que je peux déterrer dans les fêlures de ton âme. Dans tous les cas, t’es pas bien maline – et tu ne me connais pas aussi bien que ce dont tu te targues.

Je levai une main et essuyai le sang ayant roulé sur mes traits, avant de me débarrasser des taches carmines sur la jupe de la jeune femme, nonchalamment. Dans le même mouvement, je m’emparai des griffes grippées sur ma chevelure ; d’une secousse, je lui fis lâcher prise et embrassai ses doigts, les gardant maintenus plus longtemps que nécessaire contre mes lèvres. Même sa peau avait un goût sucré. Ce contact valait d’avoir l’impression qu’une grenade avait été lancée sous mon crâne ; oh, oui, il le valait bien. J’abandonnai son poignet pour me saisir de ses hanches et je l’attirai contre moi, la forçant à s’asseoir sur mes cuisses. Une goutte de sang perla de ma pommette, rejoignit la joue de ma Némésis lorsque j’y pressai la mienne. Sa peau, glacée, soulagea le feu qui couvait sous mon épiderme. Ce fut là, à l’abri dans le creux de son cou, que la douleur devint secondaire. J’étais bien. L’enfer ? Quelle connerie.

« Tu t’en fiches ? Tu en sais plus ? Et tu sais quoi, exactement ? » Ma main suivit le trajet décrit par ses courbes. Caresse indolente. « Hein, tu te vantes de quoi, alors que t’es pas foutue de piger ce qui se passe dans ta petite tête de conne ? »

Elle avait gagné, finalement. Désir ou pas, envie de passer ces drôles de préliminaires ou non, elle m’énervait.

« Mais comme t’as dit, on a la soirée devant nous. Je vais pouvoir te parler de Maddox. Je vais pouvoir te décrire par le menu ce que tu ne sais que de façon édulcorée. Te dire ce que je pense de toi et de ta pourriture. Ca te laissera bien un moment pour m’expliquer à quel point tu m’aimes, Elimoche. »

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Elissandre Hell

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MessageSujet: Re: [x] Sex, drugs & rock’n’wounds. [PV Elimoche]   Sam 31 Juil - 9:54

« I went out into the night.
I went out to pick a fight with anyone.
Light a candle for the kids,
Jesus Christ don't keep it hid
»


Son rire méprisant m'arracha les entrailles. Trop fier de lui, trop imbu de sa chère petite personne. Pire qu'au-dessus des autres, il s'imaginait parfois être Dieu, considérant ses semblables tels des pions que l'on pouvait avancer et reculer à sa guise, victimes innocentes d'un dessein estimé supérieur. J'en aurais pleuré de rage tant mon exaspération était à son comble. Il me reprochait de masquer mes sentiments, mais rien sinon le mépris ne filtrait de lui. Jamais, si ce n'est son inassouvissable désir. Une goutte de sang se laissa choir sur ma jupe, la maculant de cette délicate teinte rouge si chère à mon coeur. Le liquide se répandit en une fleur carmin, mouvement élégant stoppé par la quantité réduite. Première tâche d'une liste que j'espérais rapidement voir s'allonger, je m'en détournai pour reporter mon regard sur le propriétaire de la substance qui les composerait. Il eut l'amabilité d'en ajouter de lui-même, essuyant ce qu'il en restait sur son visage, sur ma jupe à présent arborant avec fierté mes crimes passés et à venir.

Je le laissai se dégager de ma prise, gardant mes doigts entre les siens pour les embrasser. Quel comédien ! Tout dans le drame sanglant amoureux. Sa théâtralité n'avait d'égal que son ego. Même au fond du fond, derrière le voile de l'alcool et de la douleur, il parvenait encore à ajouter sa petite pointe d'ironie du spectacle, sans rien y enlever de sa prétention incommensurable. M'attirant à lui, je me retrouvai blottie contre lui, loque recroquevillée contre un mur où les traces de sang se le disputaient aux sillons laissés par mes ongles. Il ferma les yeux en pressant sa joue contre la mienne, brûlante, partageant son sang et sa sueur. Sang. Sang. Sang. Je fus parcourue d'un frisson, sa chaleur contrastant avec le bloc de glace que j'étais. Ce qui ressemblait à un soupir de soulagement s'échappa de sa poitrine.

« Tu t’en fiches ? Tu en sais plus ? Et tu sais quoi, exactement ? Hein, tu te vantes de quoi, alors que t’es pas foutue de piger ce qui se passe dans ta petite tête de conne ? »

-Et toi connard, tu sais ce qui se passe dans le vide qui sépare tes deux oreilles.

« Mais comme t’as dit, on a la soirée devant nous. Je vais pouvoir te parler de Maddox. Je vais pouvoir te décrire par le menu ce que tu ne sais que de façon édulcorée. Te dire ce que je pense de toi et de ta pourriture. Ça te laissera bien un moment pour m’expliquer à quel point tu m’aimes, Elimoche. »

Mon esprit bascula de nouveau. Je vis rouge. La pauvre colère fit place à une fureur sans nom. Je me relevai brutalement, m'arrachant à ses bras dénués de force, le déséquilibrant. Sans plus réfléchir, je lui balançai mon genou en plein visage. Mais le bruit en résultant me parut insuffisant et j'enchaînai sur un coup de pied dans la poitrine. Quelque chose craqua. A l'expression de son visage, je compris que j'avais visé juste et brisé sa clavicule.

-Victory.

Du sang s'était de nouveau répandu sur son visage, ajoutant une touche de couleur à ses traits fantomatiques.

« Le rouge te va bien Vargas. Mais ça m'arrangerait si tu la fermais, histoire que je puisse te casser la gueule en toute quiétude. Tu ne seras autorisé à ouvrir la bouche que pour déverser autre chose que ton venin. Je te promets que tu ne pourras finir aucune phrase qui ne serait pas à mon goût. »
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Vito Vargas

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MessageSujet: Re: [x] Sex, drugs & rock’n’wounds. [PV Elimoche]   Sam 31 Juil - 21:39

« Beat the skins and let the
Loose lips kiss you clean
Quietly pour out like light
Like light, like answering the sun »
Je n’avais pas envie de l’entendre me répondre. De la sentir réagir. Je souhaitais uniquement passer des heures ainsi, le cœur au diapason du sien et les sens nourris de son contact, son odeur ; or, pour peu qu’elle prît la peine de riposter, cela aurait signifié la fin de notre étreinte, celle-là même qui respirait l’or d’une léthargie salvatrice pour mon corps poussé à bout. Je voulais profiter de l’accalmie dans la tempête – notre tempête – pour jouir du regain d’énergie que son frôlement me rendait, m’abreuver à la source de celle qui faisait et défaisait mon quotidien. Juste un peu plus longtemps. Juste une autre éternité. Satiété illusoire.

Avare de douceur, et ce fut là son geste le plus cruel à mon encontre, Elimoche me refusa la satisfaction de ce désir. Je n’eus pas le temps d’achever ma phrase, de laisser fleurir le reflet de mon bonheur sur mes lèvres, que déjà elle se crispait, incapable de retrancher son âme à l’écart de la vague de rage la submergeant ; elle sauta sur ses jambes. Brutale, à son habitude – poupée déréglée, connectée sur le canal violence. Je tentai bien de la retenir et de la garder calfeutrée contre moi, ne fût-ce que quelques secondes supplémentaires, au détail près que je ne pus compter sur mes forces, évanescentes, pour m’appuyer dans ma quête. Et ce feu-follet d’échapper à mes mains tendues. L’espace d’un instant, je me sentis l’âme d’un funambule évoluant sur le capillaire à la frontière du ridicule, près d’y verser dans les grandes largeurs : j’étais là, vautré à ses pieds et sur le point de sombrer dans un truc entre le coma et l’overdose. C’était moche. C’était triste. C’était bidon.

Toutefois, il me semblait avoir trouvé mon égale dans le domaine vaudevillesque, voire ma supérieure, en la personne d’Elissandre Hell. Je levai le menton afin de l’observer, lus la colère dans ses yeux d’encre, captai le mépris que sa mâchoire contractée contenait mal. Cette gonzesse se vautrait dans un pitoyable proche de l’intolérable. Le pire, oui, le pire était qu’elle ne s’en rendait même pas compte tant elle était bouffie de la suffisance dont elle croyait qu’elle me tiendrait écarté … Je lui retournai un rictus déçu. Il lui fallait un dessin pour comprendre ? Pour saisir que je n’aurais pas pu la lâcher, même si je l’avais voulu ? Et qu’elle n’y parviendrait pas plus que moi ? Le bourré, dans l’histoire, c’était pourtant moi. Le défoncé, encore moi. Mais non, cette conne n’était pas foutue de capter ce que j’avais pu appréhender. Trop compliqué, trop évolué pour ton neurone.

Elle était bête. Elimoche, c’était une bouffonne frigide. J’étais cependant certain de ne pas avoir rêvé le plaisir qu’elle volait dans nos baisers, ou celui qu’elle retirait de nos nuits, du silence que nous partagions lorsque nos corps se mêlaient. A ce stade, prétendre que mon contact la dégoûtait frisait le grotesque. Je lui rendais bien l’agacement que je provoquais chez elle, cela dit. Néanmoins, mes vices restaient d’une simplicité presque caricaturale – j’étais vulgaire, toxicomane, proche de l’alcoolisme, je fumais et j’étais rarement bien luné. Etre un connard, c’était élémentaire. Sauf que là où ma vie n’était marquée que du sceau de la débauche, celle de Mademoiselle H, elle, virait au morbide. Malade pas beau quand t’as trop vécu. Ou pas assez.

L’origine de ses problèmes ne reposait pas sur de simples addictions, comme les miens ; ce n’était pas son corps qui la trahissait et foutait en l’air jusqu’à sa façon de respirer, c’était son esprit. Lui, ça faisait longtemps qu’il s’était barré, l’abandonnant sur le trône de sa solitude. Oh, elle était intelligente, à n’en pas douter, à ceci près qu’un QI élevé ne suffisait pas à faire éviter l’écueil à son détenteur – Eli’ en était l’exemple plus ou moins vivant. Il était même probable que son cerveau fût ce qui, jusqu’ici, l’avait empêchée d’exister pleinement. La preuve en était qu’elle, celle qui devait être intimement persuadée d’avoir tout réussi, en était réduite à jeter des pierres dans le disque éthéré de mon âme, dans l’espoir d’ébranler jusqu’à la volonté de la seule personne que son acidité n’avait pas encore abattue.

Mademoiselle H. H comme Hell. Hell a rien compris, Hell se plante. Hell a une case de moins. Pas la même que la mienne mais on se complète. Hell a un problème, non ?

Il était vrai que j’aurais pu choisir de me casser, la plantant par cette simple décision dans son jardin flétri avant l’heure. Elle aurait eu tout loisir de retourner à son présent délavé et à son futur dénué de couleurs. Sans doute sa vie n’aurait-elle pas véritablement changé ; il se fût seulement agi d’une parenthèse que l’on refermait, d’un barrage que l’on achevait d’une main tremblante, qui se voulait ardente, pour mieux écarter, d’un pauvre revers, le souvenir de ce qui fut et ne serait plus. C’était ça. Je l’imaginais d’ici hausser les épaules avant de se détourner, calme et digne, indifférente à tout ce qui aurait pu – et dû – l’atteindre, même à reculons. Elle aurait suivi le mouvement, se serait retirée sans mot dire. Peut-être m’aurait-elle gratifié de ces moues pincées qu’elle savait si bien distribuer. Elimoche était jeune, elle jouissait de sa beauté, une beauté propre à cristalliser les passions ; elle vivrait certainement plus longtemps que moi ; mais elle oubliait qu’elle était déjà brisée. Qu’elle peinait à sortir la tête de l’eau. Alors pour ce faire, pour surnager, elle gonflait ses poumons d’orgueil, improvisant cette bouée dans un but qui n’avait de légitime que la prétention. Ignorante de sa déchéance. A elle aussi, elle lui tournait le dos. Pour qui tu te prends, espèce de conne ?

Vain, vain de chercher une once de respect en elle. Vain de croire qu’elle saurait s’arrêter avant de se meurtrir tout à fait. Vain d’espérer une prise de conscience de sa part, un indice révélateur de la connaissance qu’elle avait de ses lacunes. Dérisoire de chercher à la rattraper alors qu’elle se vautrait. La vérité était que j’avais trop attendu pour trouver le courage, la lâcheté, de me barrer. Pour cela, il eût fallu que je me décidasse au premier jour, avant d’escompter passer plus d’une nuit avec cette poufiasse cyclothymique. Mais non, j’étais resté. Avec elle, avec nos chimères, nos rêves d’ellipses, campé sur mes positions. Entêté, c’était le mot. Et ce soir, j’étais venu.

C’avait été à pile ou face. On lance la pièce, on suit son envolée d’un œil que la curiosité plisse ; elle chute. Cling-cling. Pirouette portée par un soupir, triple axel, valse ébréchée. Arrêt. Ni pile, ni face. C’est la tranche. Et les paris d’être lancés – j’ai perdu le mien. J’étais venu, j’avais vu – mais je n’avais pas vaincu. L’alcool et la drogue étaient mes seules excuses pour la cécité sans équivoque dont j’avais fait preuve en me pointant, certain de ma victoire, trop sûr de mon emprise sur une connasse coutumière de la sienne. Pourtant, personne n’avait encore gagné. Je me retrouvais étalé contre un mur, elle à me taper dessus pour taire les échos sous son crâne. Je ne parvenais même pas à considérer son emportement comme un succès total et la réussite miroitait, moqueuse, dans nos échecs respectifs.

L’écoulement du temps me rattrapa et mon appréciation de la gravité se fit boiteuse ; je dus porter une main sur le dallage pour ne pas m’écrouler sur le flanc. Je n’avais pas quitté ma Némésis des yeux, aussi nos regards se croisèrent-ils, me permettant de faire face au panorama de mes erreurs avant que celles-ci ne m’engloutissent dans le geste qui suivit. Oui, lorsqu’elle prit son impulsion, bascula son pied derrière elle comme pour éloigner le vide de sa vie, je sus ce qui allait m’arriver. Je sus pareillement que je ne pourrais y couper. Pas avec ce que j’avais fumé, bu et injecté dans mes veines ces dernières quarante-huit heures. Pas avec ce que je venais de lui jeter à la gueule. Je découvris ce qu’un condamné devait ressentir à l’approche du couperet venant mordre sa nuque, et la bile me monta aux lèvres alors que le genou d’Eli’ s’élevait, lui, vers mon visage. Une fraction de seconde avant la collision, je me raidis. Je me raidis parce que je pouvais dire adieu à une grappe de neurones et bonjour à l’affliction. Je me raidis en raison d’un frisson. De colère. Cette fille, plein le cul, plein le dos, plein …

— Plein la gueule. La pièce bascule. Cling : face. La mienne. Et le genou d’Elissandre dans celle-ci.
« Impact. » Nom masculin. Ensemble de répercussions, choc produit par un heurt avec conséquence. Un impact, c’est un trou. Un trou de balle. Ah, ah. Ce qu’on se marre.


Un coup de genou dans la tête. Je lui présentai ma joue, pas très chaud pour un nez cassé. Sans doute eût-ce été préférable car Eliconne agrémenta cette offensive d’une seconde, semblable mais dirigée vers mon torse. Nul besoin d’avoir fait médecine ou bouffé de la bio’ durant des années pour satisfaire le peu de connaissances en anatomie nécessitées par la compréhension du craquement qui se fit entendre dans mon torse – une clavicule avait lâché. La gauche. Ciel et terre s'inversèrent. Et mon ébriété ne m’apporta aucun soutien dans le déferlement de douleur qui m’assaillit ; sous la pression, tout air délaissa mes poumons, me laissant aussi asphyxié qu’asthénique. Les cloches du fameux enfer tintaient à mes oreilles. Notes de souffrance, notes hurlantes, notes d’aigreur, notes de mort. Là où les mots mentaient, là où l’on pouvait chercher la dissonance entre les lettres, la douleur, elle, était impartiale. Elle ne mystifiait pas longtemps et lorsqu’elle vous tombait dessus, vous dérouilliez.

Et je dérouillais.

« Le rouge te va bien Vargas. Mais ça m'arrangerait si tu la fermais, histoire que je puisse te casser la gueule en toute quiétude. Tu ne seras autorisé à ouvrir la bouche que pour déverser autre chose que ton venin. Je te promets que tu ne pourras finir aucune phrase qui ne serait pas à mon goût. »

Et voilà qu’elle se mettait à me faire des promesses qu’elle ne pourrait pas tenir. Impossible de le lui faire remarquer, cependant ; pour cela, encore eût-il fallu que je parvinsse à desserrer les dents. Mais non. Ma mâchoire demeurait bloquée, verrouillée sur un cri dont je refusais l’idée même de l’essor. De son côté, ma respiration suivait l’ardeur comme si, par sa captivité, j’allais pouvoir écraser mon hurlement. Laisse-moi le temps de ressusciter, connasse. Tu vas devoir attendre pour entendre le son de ma voix. Je me courbai plus encore, bras resserrés autour de mon torse, yeux clos ; un sourire nerveux se mêla de jouer avec mes lèvres lorsque j’effleurai la fracture sur mon os. Ce rictus vint avec un goût de sang et la sensation de fer se répandit dans ma bouche, recouvrant mes sens d’une chape métallique. Respire, imbécile. Oxygène maudit, banni, proscrit. Si j’inspirais, je beuglais. Me contenir était prioritaire. Ne pas lui faire se plaisir. Ne pas lui présenter ce bonheur sur un plateau d’argent. Respire. Pas maintenant. Je perçus de façon distante, presque détachée, la défection de mes forces. Respire ! Et l’air d’affluer, vicié du parfum de ma Némésis. Quant au son qui monta alors de ma gorge, je ne pus lui apposer un nom. C’était moins un gémissement qu’un soupir, un spasme plutôt qu’une plainte.

Depuis mon rideau d’argent, je lui lançai un coup d’œil furieux. Elle demeura impassible et je crus voir un sourire frémir sur ses commissures tandis qu’elle me toisait. J’eus vaguement envie de rire. Ainsi, c’était ça qu’il lui fallait pour être heureuse ? Putain, elle avait beau être jalouse à en crever parce que j’avais couché avec un autre et que je m’étais pointé défoncé chez elle, y’avait pas de quoi en faire une jaunisse ! Ce n’était pas comme si on était un couple, que j’étais son mec, merde. On n’a pas idée de péter un os à quelqu’un pour une broutille ! Sauf que si, elle se payait ce luxe en plus de celui, par la suite, de croire que j’allais obéir à ses menaces minables. Je l’apostrophai, plein de fiel :

« Bordel, t’es conne, ma pauvre ! Fracasser ma clavicule, c’pas bien malin, surtout si tu comptes passer au pieu avec m— »

Une gifle me contraignit au silence. A moins que ce ne fût un coup de poing. J’étais trop loin de tout ça, de la merde qui m’engluait, pour délivrer des jugements de valeurs. De toute manière, je m’en tamponnais. Ca faisait mal, point barre. Il y avait la clavicule pétée et le reste. Ca, c’était le reste. Secondaire. Futile. Pourri. Et pas indispensable. Ramenant une jambe contre moi pour consolider mes appuis, cherchant le mur dans mon dos, je me relevai. Je ne comptai pas les secondes que cette action, pourtant banale, grignota, pas plus que je n’accordai d’attention aux deux tentatives qu’il me fallut pour ce faire. L’autre m’observait, silhouette décadente dans la distance qu’elle imposait entre nos deux corps.

Je lui rendis la pareille. J’avais envie de la frapper et je fis jouer mon bras blessé. Le lancinement ne me lâchait pas mais je conservais une mobilité tout à fait satisfaisante, bien que risible dans le dessein d’un corps à corps. Et en observant ses traits d’albâtre, en laissant mes yeux glisser sur ses joues pâles, remonter sur l’arête de ce nez que je me plaisais à embrasser tard dans la nuit, poursuivre leur route par une escale sur la cime de ses cils, je crus me perdre. J’étais partagé entre la haine et la pitié. La haine pour cette nana suintant de toxines, la pitié pour une femme n’ayant rien capté au film dont elle tenait pourtant le rôle principal. T’es paumée, Elifrigide. Tu m’as collé au tapis mais t’es K.-O. Tu sais pas quoi faire de ce qui noie jusqu’à tes pulsions meurtrières. Tu veux ma mort sauf que t’iras jamais jusqu’au bout. Tu me révères trop pour ça, n’est-ce pas ? Finalement, je me suis trompé. Si j’étais pas là, tu ferais quoi de ta vie, putain … Tu coulerais dans tes miasmes, dans tes vices. Dans ton vide. On t’oublierait, tout bêtement. T’es minable mais je … Je, je. Je quoi ?

Sans cesser de masser mon épaule, je fis un pas en avant et nous fûmes nez à nez.

« Tss … Tu me donnes envie de gerber. » Je souris, d’un sourire assuré. Elle ne me casserait pas la gueule. Elle attendrait. Elle attendrait que j’en eusse terminé. « Autre chose que mon venin ? Tu t’attends à quoi, alors, Eli’ ? T’as envie de m’entendre te susurrer des mots doux, c’est ça ? Ou est-ce que c’est ce que tu crains, parce que ça voudrait dire que t’as pas réussi à faire fuir quelqu’un ? »

Tanche. Arriérée. Je ne m’en étais pas encore rendu compte avec une telle acuité, mais l’alcool faisait bien son effet. Démonstration par empirisme que le taux d’alcoolémie mettait du temps à cesser de caracoler dans les dividendes les plus hauts. J’étais fiévreux et mes jambes semblaient naviguer dans une dimension autre que celle qu’habitait le restant de mon corps. Et elle était là, tentatrice, figée par une attente que je partageais sans y saisir goutte. Abandonnant ma clavicule éclopée, mes doigts glissèrent sous des mèches sombres, crochetèrent la nuque de la scientifique et s’y arrêtèrent, heureux d’avoir accédé au réconfort de ce contact glacé. En y repensant, les limites de ce que je pouvais ou non m’autoriser à lui offrir n’étaient pas claires dans mon esprit. Je ne savais pas non plus ce que j’allais faire ; toute intuition, toute capacité d’anticipation n’était qu’un souvenir, un rêve fuyant votre conscience dès les premières secondes d’éveil.

Péniblement, de mon autre main, j’effleurai les lèvres de la jeune femme et me penchai ; ce fut au cours d’un baiser léger, presque chaste, que je goûtai le sorbet qu’elles proposaient. Ce ne fut pas suffisant et j’y revins, plaçant cette caresse en tête d’une liste à laquelle vinrent s’en ajouter d’autres, des lèvres ou de la main – joues, reins, front, cheveux, gorge, hanches. Je ne m’étonnai même pas de l’affolement de mon cœur lorsque je la plaquai contre moi, avide d’elle, de son corps, de son odeur. Je ne fus pas surpris non plus de la sentir confuse dans mes bras et je ne fus pas long à profiter de son hésitation pour l’amener sans douceur contre le mur ensanglanté. Un baiser, un autre. Encore un. Perles de plaisir venues étouffer le feu dans mes veines. J’ôtai ses lunettes et les balançai du côté de son salon, indifférent au craquement qu’elles émirent en atteignant le sol – juste vengeance.

Néanmoins, glisser mes lèvres sur sa chair, y semer des soupirs, jouir de cette saveur raffinée, c’était facile. Tout ça, c’était bon mais simple. Et là non plus, ça n’était pas assez. J’abandonnai sa bouche, son cou et la base de ses épaules pour lui présenter un regard vaporeux. Le no man’s land dans ma tête.

« Je sais pas ce que tu veux, Elimoche. Mais j’ai ma petite idée sur ce que tu attends et, même si t’en as pas envie, tu vas l’avoir. Avant tout, sache que tes conneries ne prennent pas. Tu joues la carte du flegme et ce serait mignon si t’y mettais un peu plus de conviction … » Je posai un baiser sur sa tempe, à l’endroit où je pouvais le mieux sentir son cœur battre la mesure du mien, et restai appuyé là, non loin de son oreille. « ‘faudra trouver autre chose pour que j’arrête de t’aimer. »

Vas-y, tape, maintenant. Si t'as le courage pour ça, pétasse.

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Dernière édition par Vito Vargas le Ven 13 Aoû - 17:03, édité 3 fois
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Elissandre Hell

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MessageSujet: Re: [x] Sex, drugs & rock’n’wounds. [PV Elimoche]   Lun 2 Aoû - 11:39

« Live your life until love is found
'Cause loves gonna get you down
»

De lui ou de moi, on ne saurait déterminer lequel serait le moins moral. Mais je comptais bien sur mes crimes passés pour lui voler cet honneur. A le voir ainsi, qui se serait imaginé quel connard cette carapace de douleur dissimulait. Hurlement de douleur silencieux. Ravissement. Je n'avais jamais compris d'où me venait cette jouissance à l'admiration de la souffrance d'autrui. Et pourquoi la sienne ? Parce-que j'en étais la cause ? Je savais qu'il avait raison. Que j'étais incapable de saisir moi-même ce qui se produisait dans ma tête. Mais je n'avais pas tort pour autant. Ses critiques m'atteignaient difficilement, sachant qu'il aurait également pu en être la cible. Ce qu'il ignorait, c'est que montrer mes faiblesses aurait été bien pire que pour n'importe-qui d'autre.

Certains ont peur des araignées, d'autres de l'avenir. Certains ont des pêchés à masquer: le mensonge, l'adultère. Pour la plupart d'entre eux, la découverte de leurs peurs ne causerait la chute de personne, et si leur vie bascule, alors ils auront au moins le loisir d'en reconstruire une autre, plus saine si leur jugement ne s'en trouve pas trop troublé. Mais dans mon cas, la connaissance apporterait bien pire encore que la déchéance. Une mort probable se trouvait à la clé du dévoilement de l'ignoble vérité. Peut-être qu'à la seconde précédent son dernier souffle, Vargas pourrait se permettre de recevoir une ultime confidence, emportant dans la tombe la connaissance, satisfait et sa curiosité enfin repue. Même l'échange de nos secrets serait injuste. Les méandres de son âme tourmentée recèlent sûrement moins d'horreurs que ceux de la mienne, si tant est que j'en possède encore une.

Pourtant, cet homme recroquevillé contre un mur ensanglanté, les bras autour du corps, se retenant d'hurler de douleur était probablement le seul être humain qui méritait de connaître la vérité. Puis de l'emmener dans sa tombe. Il gémit. Plus qu'une plainte, c'était le souffle qui s'accroche désespérément aux cordes vocales, refusant l'arrachement au corps humain qui le possède. De derrière la barrière marquée par ses cheveux, son oeil furieux me fusilla. Cela ne me fit ni chaud ni froid. Je comprenais sa colère, il risquait d'être quelque peu handicapé dans les prochaines semaines. Un air moqueur se peint sur ses traits.
Décidément Vargas, à part te moquer, tu ne sais pas faire grand chose d'autre.

« Bordel, t’es conne, ma pauvre ! Fracasser ma clavicule, c’pas bien malin, surtout si tu comptes passer au pieu avec m— »

Ma main valsa jusqu'à sa joue, y imprimant les marques rouges de mes doigts. Même s'il avait raison, ça n'en restait pas moins de la merde. Et au stade où on en était, je voyais mal ce qui laissait sous entendre dans mon attitude que je comptais passer au lit avec cet idiot. Il grimaça en se stabilisant sur ses pieds. L'ensemble faisait assez pitié à voir, à vrai dire. Mais la pitié ne faisait pas vraiment partie de mon registre des sentiments disponibles. Lentement, se servant du mur comme appui, il parvint à se mettre debout, aussi laborieux cela fut-il. Les yeux entre-ouverts, en partie couverts par ses cheveux d'argent, il m'observait encore indécis. Puis le doute s'évanouit. Il sut ce qu'il allait faire. Il sut ce qu'il allait dire. Il testa ses possibilités de mouvement, paraissant se décider pour une situation supportable. Sa provocation naturelle reprit du poil de la bête, et c'est ainsi qu'il avança vers moi, presque parfait, si ce n'était son épaule, d'une forme quelque peu étrange.

Et bien, mon Vito ? Tu ne lâches pas l'affaire c'est bien, ça ne m'étonne pas de toi. T'as l'air mal en point pourtant, tu vas me faire quoi ? Me frapper ? M'abattre comme je l'ai fait avec toi ? T'es un connard, tout le monde le sait, peut-être même assez pour frapper une femme. Alors ne te gêne pas, un pauvre déferlement de violence de ta part ne me fait pas peur. Tu pars déjà avec un malus, c'est pas toi qui me mettras au tapis. Je sais peut-être pas où je vais ni ce que je pense, mais t'es pas mieux placé que moi.

Pourtant je ne pouvais m'abstenir d'admirer son visage, ses courbes aujourd'hui brisées. Plus pâle encore que d'habitude, il n'en était que plus beau. Captivant. Insectes capturés par chacune de nos toiles, nous nous débattions encore, même après nous être vautrés dans ce à quoi il nous était impossible d'échapper.

« Tss … Tu me donnes envie de gerber. Autre chose que mon venin ? Tu t’attends à quoi, alors, Eli’ ? T’as envie de m’entendre te susurrer des mots doux, c’est ça ? Ou est-ce que c’est ce que tu crains, parce que ça voudrait dire que t’as pas réussi à faire fuir quelqu’un ? »

Faire fuir. Ma vue se brouilla. Le passé s'invitait dans le présent, brumeux et sournois, noircissant la lumière pataude qui peinait à imposer sa présence dans la pièce sans attrait. Celui que j'enfouissais consciencieusement chaque jour refaisait surface par la volonté de celui qui ne reproduirait pas des évènements enterrés depuis longtemps. Tu ne l'avais pas fait exprès Vito, mais si tu savais, ta satisfaction serait bien trop grande. Et toi de me torturer encore et encore, pour extraire de mon âme tous les détails glauques dont ton esprit s'abreuverait avec délectation.
Sa main vint capturer ma nuque, comme mue par instinct de survie du chasseur. Brûlante en comparaison de la température de ma peau, elle me causa un irrépressible frisson jusque dans les reins. De nouveau, nous étions dans l'affrontement charnel, lui bancal, et moi fatale. Sa blessure ne lui enlevait rien de son charme naturel. La gueule de bois faisait sûrement plus de dégâts de ce côté là.

Tu semblais oublier ta détermination, le brouillard se répandant de nouveau dans ton esprit. L'impulsivité prit le pas sur l'anticipation. Je lis en toi Vargas. Autant que mon regard te parle.
Ses lèvres vinrent m'offrir la délicate fragrance de son haleine, qui échappait peu à peu aux remugles de l'alcool et de l'herbe. Le repousser aurait brillé par son inutilité. Sa douleur était suffisamment puissante pour mon plaisir et ses baisers ne perdaient rien de leur attrait, malgré la colère qui pulsait toujours en moi, au rythme soutenu des battements de mon coeur. Sa caresse se répandit sur mon corps tout en se faisant plus pressante. Avide de moi – pour changer - il plaqua mon corps glacé contre le mien. Je cru défaillir d'hyperthermie. C'était à mon tour de laisser le mur accueillir mon dos frémissant, le reste étant enveloppé par Vito, de Vito, en Vito. J'étais paralysée et il profita pour m'abreuver de ses sournois baisers. Irrésistibles. Jamais un ne suffit. Deux encore moins. Au delà de trois, c'est ma perte qui s'annonce. Puis il cessa, me permettant de recouvrer mes esprits.

« Je sais pas ce que tu veux, Elimoche. Mais j’ai ma petite idée sur ce que tu attends et, même si t’en as pas envie, tu vas l’avoir. Avant tout, sache que tes conneries ne prennent pas. Tu joues la carte du flegme et ce serait mignon si t’y mettais un peu plus de conviction … ‘faudra trouver autre chose pour que j’arrête de t’aimer. »

Esprits que je perdis complètement cette fois. Son baiser échappa à ma perception sensorielle. Annihilés, ils ne répondaient plus, mais je renonçais même à y faire appel. Ses paroles ressemblaient à s'y méprendre à ce que toute femme souhaite entendre. Le désirais-je ? La question ne se posait même plus puisqu'il était trop tard. Je lui avais demandé autre chose que du venin, j'étais servie. Je ne m'y attendais pas, la voilà la vérité. Je ne l'imaginais pas accéder à ma demande, je l'avais seulement menacé pour qu'il se taise. Je haïssais ses provocations. Et ses déclarations plus encore. J'aurais dû jeter mon dévolu sur un homme muet. Mais voilà, j'étais tombé sur le connard de la pire espèce, et lui, était tombé amoureux de moi. Dans le genre, on faisait difficilement plus risible comme situation. A présent j'étais juste là, aux prises entre un mur et un homme blessé, incapable de me mouvoir ou même d'émettre un seul son, aussi ridicule fut-il. Futile. Je baissai les yeux, impuissante.
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Vito Vargas

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MessageSujet: Re: [x] Sex, drugs & rock’n’wounds. [PV Elimoche]   Mer 4 Aoû - 19:55

« And you give yourself away. »
Avant même d’accueillir en son cœur ma seconde tirade, j’avais senti la confusion s’emparer du corps frêle d’Elissandre pour le pousser à trahir sa propriétaire. Tout simplement, il m’avait semblé qu’elle s’était égarée dans les méandres de son âme torturée ; elle avait molli dans mes bras, redevenant la poupée de porcelaine, belle et innocente, suggérée par son apparence.
Et, à mon habitude, j’en avais profité. J’avais saisi au vol l’occasion d’exploiter la mine de ses lèvres, d’abuser du miel qu’elles offraient – pour jouir, oui, jouir de la sentir perturbée, de la deviner loin de mes étreintes et d’un retournement de situation propre à la submerger. Je m’étais foutu comme de mon premier rail de coke des pensées dans lesquelles elle s’abîmait, le regard voilé d’ombres et distant, comme éteint. Je m’en tapais toujours, tout à la joie qu’amenait la contemplation des fissures en son assurance ; de sa confusion, je ne retirais que la fragrance de la victoire. Fumet délicieux, échos de la douceur du succès.

L’ivresse de sa chute, nulle drogue n’aurait su la remplacer. Inconsciente du plaisir dont son trouble me faisait le présent, elle tirait la tête de celle qui a raté une marche, lorsque la main peine à rencontrer la rampe salvatrice. Pauvre petite fille que l’on avait oubliée sur le bas-côté de la route, gamine qu’aurait négligée le temps. L’on aurait pu nommer celui qui la consumait vertige. Et Vertige s’éclatait bien, en petit psychopathe achevé. Il la torturait, teintant de sang le vide de son existence, en violant sa virginité avec un beau sourire. Et lui de rire du désarroi né sous ses pas ; de collecter, doué de l’application du fétichiste, les vestiges de ce que la Némésis n’était plus. D’ouvrir les vannes à la mare de nuit dans laquelle des remous évoluaient, circonvolutions glacées. Parce que Vertige, ce n’était pas n’importe qui. Il était cool, il était classe. Cruel, aussi. Il se tapait bien de ce que la victime du jour pouvait croire ou savoir. Même si elle puait la suffisance, même si elle n’était bonne qu’à recevoir des claques.
Alors je me marrais, d’un joli rire, cristallin et satisfait, en la sachant perdue, car l’écroulement de ses barrières en révélait d’autres, plus nébuleuses mais non moins aguicheuses dans leur complexité.

Notre chorale est belle.

Toutefois, je dus reconnaître que ceci ne valait rien en comparaison de ce qui survint à l’énonciation de mon ultime sentence – celle-là même qui abattit le couperet sur la nuque d’Elimoche. L’acier mordit la chair, y ébauchant un dernier rictus n’étant autre que le mien. Mais elle était coupable, n’est-ce pas ? Coupable d’avoir dénudé le dessin de ses cervicales à mon regard, coupable d’avoir écarté les mèches les dissimulant alors même qu’elle se trouvait à ma merci. Coupable d’en avoir appelé à mon verdict. Coupable, oui. Parfaitement. Coupable, coupable, coupable. Et j’avais rendu mon jugement, sans ciller, sans m’embarrasser de fioritures ; il était tombé et s’était octroyé la joie d’un strike. Délit de tentation. Crime avec préméditation. Le silence de la jeune femme fut la réflexion de sa perte dans le miroir de notre affrontement … Quant à son absence de réaction, elle annonça la mort, impitoyable. Heure du décès : deux heures, treize minutes et vingt-sept secondes. Paix à ton âme, pétasse.

Un instant, toutefois, je demeurai interdit. Cette fille ne se lassait pas de me surprendre, quand bien même elle n’agissait en rien pour parvenir à ce fait. Elle aimait jouer les funambules autant que je me plaisais à la voir évoluer ; et lorsqu’elle tombait, comme ce soir, comme cette nuit, elle parvenait à se jouer des lois de la gravité, le temps de m’étonner. En un mois d’engueulades quasi-quotidiennes et de sexe insouciant, j’avais su l’asticoter, l’embêter, l’agacer, lui taper sur le système, jeter de la soude sur l’entrelacs fragile de ses nerfs, éprouver son irritation, goûter à son mépris et ses limites, proportionnels à mes talents d’emmerdeurs. Aujourd’hui, j’étais même parvenu à la foutre dans une rogne noire, de celles que l’on viendrait presque à regretter lorsque ses retombées vous atteignent, vapeurs radioactives n’ayant de cesse de vous bouffer d’un cancer ou d’une plaie que rien ne guérit.
Et là, j’avais mis le doigt sur la corde sensible ; j’avais effleuré la gâchette, abaissé le chien et logé une balle dans son petit cœur. Dans son armure si bien léchée. J’avais anéanti une partie du masque et ses fragments gisaient à mes pieds, n’attendant que d’être foulés, souillés une dernière fois par l’homme qui s’était canonisé bourreau.

... Je ne les foulai pas. Pas plus que je ne la brisai. J’aurais pu, pourtant. Mieux, j’aurais su. L’index aurait su trouver de lui-même le chemin du pêne du revolver, l’armer une nouvelle fois ; j’aurais tiré, envoyant cette âme rejoindre les chimères des rêves oubliés. Sans doute aurais-je pris du plaisir à la voir s’écrouler tandis que jaillissait en flots l’or de sa destinée. Sans doute l’aurais-je aimée, là aussi, alors que je l’achevais, d’un dernier regard, depuis mon trône de maître du jeu. La partie achevée, j’aurais quitté ce dernier pour la rejoindre et écrasé une goutte de sang sur ces joues aux courbes onctueuses ; l’histoire aurait pu s’arrêter là, sur le sombre éclat d’une victoire, et la nuit d’assister à mon départ, de dérouler sous mes pieds son tapis d’étoiles. D’aucuns auraient dit qu’il s’agissait d’une possibilité, d’autres d’une évidence. Il eût pour cela fallu que je reniasse les paroles qu'avaient formulées mes lèvres, que je me fisse parjure de ce pacte que j’avais scellé de baisers.

Mais j’étais là. J’avais parlé. J’avais posé les mots sur ce que la raison ne pouvait réfréner. Raison, ai-je dit ? Où se planquait la raison ? D’où guettait-elle le faux-pas, l’impardonnable – depuis quelles hauteurs ? Etait-il envisageable de deviner une quelconque logique dans mes errements ? Etait-il sain de juger logique l’enchaînement des pages du livre de nos vies ? Et Elissandre qui m’observait. Et Elissandre qui me dévisageait, vidée de toute force – bancale –, ignorante qu’elle était de la crispation de ses doigts sur mon bras ou de la défection des couleurs sur ses joues. Elle pâlissait et, non contente d’en avoir déjà la température, elle adoptait la rigidité d’un cadavre. Ca, je m’en branlais. Elle pouvait bien faire ce qu’elle voulait, gerber, défaillir, sombrer dans le coma ; elle n’était pas morte. Tout ce que mes mots avaient tué, c’était le mythe. Mon mythe. Celui d’un connard qui se targuait d’être plus malin que tout le monde mais n’avait jamais vu le piège se refermer. D’un abruti qui disait de la merde. Qui se payait le luxe de ne pas porter le deuil de sa réputation. Et pour le coup, le choc, je l’encaissais presque bien.

Ca a quel goût, un revers, ducon ? C’est bon ? Si c’était ça, un revers, j’en voulais encore. Si c’était ça que d’être floué, trahi, broyé par la surprise, j’en réclamais d’autres. Et Vertige de s’inviter sur l’échelle de ma conscience pour y peser de toute sa légèreté, attendant certainement qu’elle ployât. Vertige de s’improviser chef d’orchestre. La baguette se lève, s’agite, dicte à mon cœur une gigue désarticulée ; ardente, enjouée, elle enchaîne en amenant dans le vide de ses mouvements l’ombre du désir. Mais Vertige était prétentieux, il avait tendance à s’y croire – trop vite, trop fort, trop tôt.
Vertige, c’était un con, finalement. Car j’étais tout à fait à même de mener moi-même à destination l’énergie pulsant sous mon épiderme, nul besoin de ses directives pour comprendre ce qu’il me restait à faire, pour accrocher du regard la seule option disponible en rayon. Je n’avais conçu aucune gêne de ce qui se rapprochait d’une déclaration. Si, plus tard, je regrettais, j’aurais toujours la possibilité de la mettre sur le compte de la drogue et de l’alcool – tout le monde savait que l’on ne répondait plus de soi lorsque l’on était stone. Cependant, j’étais prêt à prendre le risque. A assumer. Pour l’heure, je n’étais plus un toxico, je ne réagissais uniquement au déversement d’endorphines dans mes veines – j’étais con. J’étais moi. Je savais que c’était une connerie mais peu importait. Ca m’allait, j’étais un habitué de cette catin.

Notre chorale est belle ; …

La badine vola, hors de portée de Vertige, étirant une courbe dans les airs alors qu’elle prenait son essor. Face à moi, Elimoche abaissa ses paupières, voilant d’un rideau de cils l’ombre de son regard. Ainsi lâcha-t-elle prise. Ainsi abandonna-t-elle la lutte, animal blessé, statue de glace qu’un rayon de soleil a fatiguée. Je lui enviai cette défection et, à la fois, lui en voulus de s’adonner à la fuite. Qu’allait-il falloir de plus à cette conne ? Que je misse un genou à terre, lui plaçasse entre les mains les chaînes dont elle m’avait affublé ? C’était si compliqué de saisir que j’avais dépassé mes limites, la vitesse autorisée sur l’autoroute pavant l’enfer ? Non. Tu ne t’en sortiras pas comme ça, tu ne trouveras pas d’exutoire alors même que ton corps échappe à ton contrôle. Ce serait trop facile. Ce serait lâche. Ce serait du foutage de gueule. Tu ne te fraieras pas de sortie dans les conneries que tu m’as aidé à tisser. Et puis je t’emmerde. T’es conne.

Mes doigts libérèrent sa nuque pour rejoindre sa gorge ; ils s’approprièrent l’espace sous l’os de sa mâchoire, investissant la chair tendre afin d’y imprimer une liaison ne souffrant nulle réplique. D’une pression, je la forçai à affronter mes traits fermés, mes yeux étrécis de colère.

« Je te déteste », articulai-je.
Je t’aime.
Elle ne méritait pas d’être scrutée avec tant d’attention. Cette fille, c’était un cafard. Tu l’écrases, il bouge encore. Alors tu tapes, tu frappes, encore et encore, tu t’énerves jusqu’à ce que tes muscles réclament une trêve et lorsque tu l’accordes de mauvaise grâce, c’est pour constater que la bestiole vit encore. Et tu secoues la tête, et tu serres les dents. Tu en as marre, tu vas chercher le marteau. Ou la hache. Le temps de revenir, y’a plus personne. Toc-toc, qui est là ? Le silence des défaites. Mademoiselle H., c’était la même chose. En pire, parce que vous aimiez ça.
Je ne résistai pas plus longtemps. Qu’elle le méritât ou non, la faire souffrir demeurait en tête de la liste de mes prérogatives de tourmenteur et je l’embrassai, sur la joue, sur le menton, sur la bouche puis l’inverse. Je me foutais qu’elle gardât les yeux clos, qu’elle naviguât à des lieues de mes caresses ou de mes baisers – je savais qu’elle devinait le contact de mon corps contre le sien. Je savais qu’elle m’entendait.

« Je te déteste. »
Je t’aime.
Parler pour deux, ça m’allait. J’appréciais de converser avec moi-même, d’une façon générale. On était d’accord, comme ça. Et nul besoin de phrases compliquées pour exprimer ce qui me taraudait. Trouer de balles les trames de nos existences, ça m’allait, comme objectif. Ce fut ainsi, de cette raison foutraque, que je légitimai les soupirs que je semais entre les lèvres de la scientifique, de cette façon également que j’excusai la brusquerie avec laquelle je l’attirai du côté de sa chambre. J’en avais assez d’attendre, de faire des efforts pour ménager ses nerfs, de jouer les salauds de première classe dans l’attente d’un mouvement de sa part, d’un geste me signifiant qu’elle n’était pas que cette peinture intouchable, cette œuvre que mêmes les promotions ne pouvaient écouler tant elle était chère. J’en avais marre de me réfréner. De retenir dans un coin de mon âme l’écueil que je ne pouvais plus éviter. J’avais envie de fuir, moi aussi – de m’abandonner en elle. Ne fût-ce que pour constater par moi-même que c’était aussi agréable que ce que l’on m’avait susurré.

Je repoussai la porte de sa chambre et m’arrêtai là, sur le seuil de cette dernière. J’enfouis mon visage dans sa chevelure, en humai le parfum et la serrai contre moi, toujours plus fermement, indifférent aux protestations de mon épaule.

« Et je te hais », soufflai-je à ton oreille.
Et je t’aime. Encore.
Je n’avançai plus. Je ne l’embrassai plus. Il m’était devenu nécessaire de la sentir s’animer dans mes bras, de savoir qu’elle retournait à une existence tangible. J’avais cru que je pourrais tout assumer et profiter jusqu’au bout du corps qu’elle m’avait livré, mais je m’étais trompé. J’avais besoin d’elle. Ca me foutait en l’air, mais c’était ainsi. La dépendance, c’est un jeu qui se perd à deux.

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Dernière édition par Vito Vargas le Ven 13 Aoû - 17:03, édité 6 fois
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Elissandre Hell

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MessageSujet: Re: [x] Sex, drugs & rock’n’wounds. [PV Elimoche]   Sam 7 Aoû - 12:48

« You say yes, I say no
You say stop and I say go, go, go
»


L'énergie dégagée par mon geôlier se modifia, portée par un courant dont j'étais l'improbable initiatrice. Mélange d'envie et de déception, elle se mêla à mon abattement, ma surprise, à ma défection. Ce besoin que nous avions d'être déphasés, nous conduisait immanquablement à la non-compréhension de l'autre. L'un aimait l'autre qui lui rendait sa haine. Et le sexe ne suffisait plus, fontaine intarissable dont les bienfaits nous paraissaient chaque jours un peu plus envahis de ce goût de trop peu. Cette soif impossible à étancher, nous affaiblissait chaque jour un peu plus, éveillant les sentiments d'hostilités inévitables à une situation où l'eau vient à manquer.

Et sa main de pivoter, entraînant à sa suite ses doigts fins dont seule la soie saurait en égaler la douceur. Ma gorge en fut recouverte, ne pressentant pas encore le danger imminent, leurrée par leur envoûtante perfection. Un coup de tonnerre silencieux fit trembler les murs ensanglantés par nos retrouvailles, imprimant leur vibration jusque dans mes os. Sa colère naquit ainsi, fruit désiré ou non de nos étreintes. Ces doigts se firent plus pressants, mus par le sentiments que j'étais seule coupable de la naissance de cet enfant dont il irradiait à présent. Colère.
Je levai les yeux vers son père. La douleur n'était plus qu'un détail. J'avais baissé les bras et plus rien ne comptait. Il voulait plus, plus encore que le sexe, plus encore que ses sentiments qu'il ne pouvait renier, malgré le désir puissant qui l'animait de les anéantir. Poussière, tu naquis, poussières tu mourras.
Mais l'amour n'était pas poussière et ne pourra y retourner. Tu m'en veux et pourtant je n'y suis pour rien. De notre abandon se créa d'inconnues émotions, et j'en reste aussi pantelante que toi. Ton aveu en est la preuve, et ta colère n'est plus que l'expression de ton refus. Tu m'en veux. Mais je ne suis pas comme toi. Je ne sais que taire l'incommensurable, et la perte de mon implacabilité n'en est que plus douloureuse. Tes regards assassins et tes étranglements n'y changeront rien. Et je ne sais jusqu'où il me sera nécessaire d'aller avant de comprendre, avant d'avouer.

« Je te déteste »

Tes yeux, mon ange. Ils détrompent tes mots.
La seconde suivant la brisure du silence, un éclair lumineux traversa ses pupilles, démentant sans doute aucun les mots à peine prononcés. Ces mots qui en rien n'étaient chargés d'une quelconque colère. Ces mots résonnaient à mon oreille comme une plainte plus qu'une accusation. C'était l'appel d'un coeur perdu. Je ne savais comment je parvenais à le comprendre. Je le savais, et c'est tout. Son regard plongé dans le mien, me scrutait, tentant de m'analyser. Des émotions violemment contraires s'y disputaient, autant que le dégoût et le désir s'y mariaient. Il ne pouvait m'échapper, et sa résignation était à peine palpable. Tout comme je ne pouvais le fuir. La tentation était trop forte. Aussi rude fut le combat, le désir l'emporta.
Sa bouche vint déposer un baiser sur ma joue, comme on dépose les armes. Mes paupières invitèrent à nouveau l'obscurité dans mon esprit. Comme un fermé de rideau. Pourtant l'acte était loin d'être terminé, alors même que les trois coups avait été frappés à des années de là me semblait-il. Le noir se teinta de l'odeur de Vito, dont le contact m'envahissait un peu plus chaque seconde. Ses mots me parvinrent tel un murmure, comme si un voile nous séparait.

« Je te déteste. »

Je te crois. Mais tu mens.
L'obscurité vacilla. Un mouvement fut imprimé à mon corps, auquel il ne sut résister. Puis le niveau du monde réinvestit sont horizontalité originelle. Ma nuque fut envahie, non par une armée, mais par un besoin. Son odeur se fit plus entêtante. La pression augmenta, provoquée par ses bras. Un nouveau mensonge osa s'échapper de ses lèvres.

« Et je te hais »

Cela voulait tout dire. Prêcher le faux pour dire le vrai. On est censés l'utiliser pour découvrir la vérité. Pas lui. Poupée de chiffons dans ses bras, il n'était que support à mon absence totale de réaction. Ce fut à son tour d'arrêter toute action, n'attendant plus de moi que le prochain geste.
Tu l'auras ton geste, mon ange ténébreux. Et plus encore.

Il me fallait me reprendre, chasser la surprise des instants passés, s'appuyer au présent pour sauvegarder le futur. Je levai le voile, octroyant la grâce de la lumière à mes yeux. Le chambranle de la porte à la peinture écaillée leur offrit sa vue. Triste vision au réveil d'un abandon involontaire de conscience. Mais je ne pouvais la laisser sans maître plus longtemps. Qu'aurait bien pu faire mon corps livré à lui-même ? En dehors de s'abandonner définitivement à celui de Vargas, je préférais ne pas imaginer le reste. Sans m'écarter de lui, profitant encore de sa chaleur et de la proximité de son oreille, je lui fis part de mes premiers mots, tels ceux qu'une princesse éveillée par son prince, prononce en émergeant de son long et profond sommeil.

« Et moi, je te hais plus encore. »

Et je t'aime encore plus.

Ces mots qui ne sauraient franchir la barrière incommensurable de mes lèvres.
Je pivotai, agrippant ses épaules de mes deux mains, pour le balancer dans la chambre, où le lit eu l'amabilité de le réceptionner. La douleur due à sa blessure le fit grimacer. Et je ne m'en voulais toujours pas. Je me jetai sur lui, avide de nouveau, l'inondant de baisers, l'étouffant comme jamais. Glissant ma main dans son col, je fit sauter les boutons de sa chemise d'un coup de poignet, dévoilant son torse. Les os de sa clavicule se mouvaient étrangement sous sa peau, la faisait paraître telle une mer dont les vagues n'en faisaient qu'à leur tête. Ma rage sous-jacente n'avait pourtant pas dit son dernier mot. Il était impensable qu'il s'en tirât à si bon compte. Je considérais qu'une clavicule cassée était encore largement insuffisant. Rapidement, je me défis de mon chemiser et le lançai à travers la chambre. Ma jupe tâchée de sang subit le même sort.

Mais lorsque je revins vers mon nouveau roi d'un soir, une toute autre avidité se faisait maître de mes traits. La colère assassine avait repris ses droits. Cédant à une nouvelle impulsion de violence, mes doigts volèrent vers son cou, à la naissance de sa clavicule gauche, et mes ongles grippèrent sur sa peau. Quatre magnifiques balafres dont un liquide rouge commença à s'échapper lentement, par délectables gouttes, ornaient ce torse blanc tant aimé, le rehaussant de couleurs morbides.
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Vito Vargas

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MessageSujet: Re: [x] Sex, drugs & rock’n’wounds. [PV Elimoche]   Jeu 12 Aoû - 13:04

« C’était si fort, c’était si beau ;
La philosophie de ton souffle
Entre mes mots. »
Je taisais bien des choses dans le voile de nuit de sa chevelure. J’y occultais plus d’un désir que rien n’étanchait. De même que j’y noyais plus d’un baiser volé. Plus d’un rêve lointain, de frissons nés d’une attente viciée par la quiétude de sa respiration. Plus, bien plus d’une illusion de calme entretenue par la rigidité proche du cadavérique du corps qui reposait contre le mien ; et elle restait là, comme ça, à m’accabler du silence qu’elle opposait l’ébullition de mes sens, à m’asphyxier de sa capacité de réaction lépreuse. Oui, , les yeux clos et les bras ballants, inutiles le long des flancs insensibles à la caresse de mes doigts – comme morts, comme détachés de la grâce habitant d’ordinaire nos enlacements. Indolente et glacée. Précipitée des hauteurs de notre crasse. Grisée d’inexorable.
Et son engourdissement, que j’avais pourtant su provoquer, m’était toxique. Pire qu’une simple suffocation, plus pernicieux que l’empoisonnement que je lui aurais préféré, il rongeait tout. Il ne laissait rien. L’absence, sa défection, me dévoraient. J’avais senti la scientifique trébucher, broncher à mes mots ; dans le spasme muet qu’elle avait retourné à mes paroles, dans la vacuité s’étant mêlée aux ombres de son regard. Mais ça s’était arrêté là. Et mon cœur, à présent, loupait des battements, se vautrait dans des pauses que nul arrêt véritable ne venait réconforter. Je savais qu’il n’était rien que je pouvais faire. Que le seul exutoire m’étant offert était celui de l’abandon de mon corps à l’appel du sien. Que l’insolence de l’échec, déterminée à apposer l’empreinte de ses serres en mon âme, m’était un vertige.
Funeste et éclatant.

T’as gagné. Jackpot.

Et cependant, j’étais prêt à l’accepter, me saisissant par là de tout ce qu’Elissandre Hell voudrait bien m’offrir ou me refuser, me dénier ou m’infliger. Car ça m’allait ; c’était insuffisant et pourtant c’était trop ; le dessin de cette addiction mal déguisée tempérait ma chute, murmurant à cette dernière de m’imposer un virage supplémentaire avant d’emprunter le dernier repli de mon indépendance. J’aspirais à plus. J’aurais tué pour m’approprier ce qu’Elle ne consentirait à m’apporter. C’est pourquoi je m’arrêtais sur le trop peu, haletant, pantelant à la vue de ce manque qu’elle savait si bien distiller et agrémenter d’un sourire de givre. C’était ma prérogative, ultime avantage que celui de savourer la corruption avant de s’adonner à la luxure. C’étaient là les limites d’une réalité qu’Eli’ régissait – et ma marge de manœuvre se limitait à ce qu’elle voudrait bien cracher sur mon monde, trop contente de me savoir à la frontière du sien.

Oui, elle avait sous ses dehors tranchants cette douceur dont je m’imaginais mal me passer ; quant à l’arrière-goût sanglant de nos ébats, il ne me lâchait plus et s’était fait substitut des endorphines bousillées par la came. Alors, lorsque mon corps le réclamait, lorsque je ne pouvais plus uniquement deviner la part physique de cette douleur et que la partie mentale s’invitait, j’y retournais. C’était comme fixer un rendez-vous avec un dealeur, comme me plier à une ordonnance qui aurait dressé pour moi le planning de ma décadence. Et ça m’arrachait des soupirs, des gémissements de plaisir que l’oreiller ne suffisait pas à étouffer. Ça me bouffait. Mais j’y revenais toujours, afin d’oublier que le piège se refermait, que j’avais manqué une marche dans ma descente aux enfers. Puis j’oubliais tout. La perdition, la violence, la folie qui se glissait dans nos baisers. La ligne de conduite franchie par la connerie. Tout.

Je ne comprenais pas. A moins que je ne refusasse tout simplement d’aller au-delà du stade de la cécité et de l’univers que j’avais limité au puits de ses yeux. Elle-même se trouvait loin, bien loin d’effleurer de la finesse d’un doigt le handicap qu’elle avait su m’imposer. C’était risible. Eli’ retirait de nos nuits le contingent de salubrité, la parcelle esseulée dans nos étreintes, pour me laisser l’insanité – la lie du calice. Au tout début, j’avais cru que ce serait une contrepartie plus ou moins acceptable, un petit bémol dans la satisfaction de mes pulsions. A ceci près que cette dernière n’était qu’illusoire. Un hoquet venu ponctuer l’échec. Il n’y avait pas de ravissement, seulement la défaillance de la machine foutraque de mon corps. Mon esprit dézingué.
J’avais laissé ma Némésis jouir de ce dont j’avais cru être en possession. Je m’étais drapé de ma vanité, persuadé de sculpter par des coucheries ce qui deviendrait un assujettissement. Mais ç’avait été le mien, non le sien ; l’échec dans toute sa splendeur hiératique. Plus con, tu meurs. Et finalement, ç’avait cessé d’être drôle. Le jeu avait perdu ses accents de légèreté, se parant d’ombres que je n’avais pas su reconnaître. Ou soupçonner. Les décombres me laissaient indifférent, c’était là un décor ayant cessé de me surprendre. Toutefois, dans cet univers désaturé, Elissandre s’était faite ma couleur. Couleur carmine, hyaline à ses heures, corrosive à d’autres. Couleur-douleur. Couleur-substance. Couleur-dorure. Je n’avais rien dit à la vue de nos échecs confondus, trompé par ses silences et l’arc de ses lèvres.
Une fois ou deux, la prise de conscience m’avait susurré des conneries ; je m’étais rassuré par des débilités plus acides encore. Je m’étais douché de mensonges. Parce que c’était plus simple. Parce que c’était lénifiant. Ç’avait suffi, jusqu’à Maddox, jusqu’à ce soir où les aveux avaient enfin vécu.

Un soupir mourut entre mes dents serrées. J’aurais dû m’y attendre, savoir que j’avais plus été son jouet qu’elle le mien. J’avais entendu ma fierté se marrer tandis qu’elle se cassait, me laissant seul dans Ses filets – se foutre de ma gueule. Et tu as mal interprété, parce qu’être un connard ne protège en rien de la connerie. Cette capote a lâché et t’as chopé une sacrée merde, pire que celle dont t’as pu te vanter jusqu’ici. T’es piqué. Tu sers plus à grand-chose, à part baiser avec une nana qui te prend pour un con. T’injecter la pire des mescalines pour t’assommer, c’est tout ce que tu sais faire.

J’allais renoncer à l’espoir de la résurrection d’Eli’ dans mes bras quand elle s’anima. Ça ne tenait pas à grand-chose – une crispation dans sa nuque, un battement de cœur que rien n’égalisait à ses confrères. Elle me parut hésitante, comme peu convaincue par la réalité de sa situation et interrogative quant à ce qu’elle foutait là. Mais je savais qu’elle comprenait. Et je compatissais à son errance, alors même que je maudissais l’aveuglement qu’elle nourrissait vis-à-vis de mon impatience. Sauf que je n’étais pas en mesure de la secouer afin d’accélérer le mouvement. Ni la convaincre de ce qui m’échappait. Pas de témoins, pas de spectateurs pour assister à ce en quoi je commençais à croire. Il n’y avait rien à signer ; tout se déroulait sous le sceau de l’officieux et lorsqu’elle me parla, ce fut à mon tour de me figer.

« Et moi, je te hais plus encore. »

On y était.

Je fus incapable de réagir, de répondre quoi que ce fût de convainquant à cette déclaration. J’avais envie de détruire quelque chose de beau. D’aller faire une overdose. Mais c’était plein d’espoir, ça. Aussi ne dis-je rien, préférant en savourer les reliefs depuis ma gangue de mutisme, trop sonné par l’écho de sa voix pour lui retourner celui de la mienne. Pas plus que je ne parvins à considérer ces sept mots comme une ponctuation finale à la gigue croquée par mon cœur. Au contraire, cette dernière s’emballa, volant à mon souffle sa régularité oubliée. Et je me surpris à dispenser un sourire dans l’océan de mèches d’ombre où j’avais enfoui mon visage ; d’un sourire trop tendre, trop mielleux, trop différent de ceux que j’avais pris l’habitude d’esquisser lorsque des mots venaient nourrir mon ego. Trop hypocoristique pour me permettre de faire face à ce qui m’assaillait.

Ç’aurait dû m’achever. Couronner d’horreur le règne des tortures que cette gonzesse épanchait sur ma personne. Peut-être me faire comprendre que j’avais eu tort – tort ! – d’espérer une telle réponse de la part d’Eli’. Une opposition pure et simple, voire un rire, m’auraient permis d’échapper à tout ça et de revenir à l’essence de ce qui composait Vito Vargas au lieu de poursuivre dans ce truc sur lequel je peinais à apposer des mots. N’importe quel retour aurait suffi, tant qu’il différait de ça. Mais je l’avais voulu, pourtant, non ? N’avais-je donc pas cessé de l’espérer, d’y croire alors qu’il ne pouvait rien m’arriver de pire ? Si. Parce que de la savoir mienne le temps d’une nuit, à l’occasion, ne suffisait plus. Parce que je ne supportais plus de la sentir m’échapper en ces instants où la jouissance apportée par l’autre submergeait d’un éclair, bref et soudain, la soif du partenaire. Parce qu’il n’était plus assez que de la deviner amusée par mon avidité.
Je ne voulais rien. Et je voulais plus. Toujours plus. Toujours trop. Pour finir, cette attardée m’avait livré cet ultime ravissement, dernière retouche apportée à l’échafaud. Et j’en souriais, par trop heureux de savoir que nous partagions plus qu’un lit, qu’il y avait plus que la violence de nos unions. Un rire silencieux secoua mon corps – elle me débectait. Elle n’avait rien pigé. Elle n’avait d’autre but que de me pourrir la vie, finalement. Même si c’était en m’aimant, même si c’était en me rendant ce dont j’allais finir par crever.

Je ne dis rien non plus lorsqu’elle s’écarta de moi pour me repousser dans sa chambre. Je ne vis que l’éclat dans ses yeux, ses yeux que j’aurais voulu crever pour ne plus avoir à subir leur poids, leur acidité, leur corrosion. Je ne m’intéressai qu’au galbe de ses joues qu’un afflux sanguin avait rosies, leur confiant le secret de ce dont nous n’aurions jamais dû nous accaparer. Quant à la pièce, je la connaissais par cœur ; l’écrin qu’elle apportait à nos ébats, de plus en plus fréquents, avait perdu de sa capacité de jouer aux devinettes avec les ombres. Je sus donc que le matelas m’accueillerait et le rejoignis avec plaisir, ignorant du choc qui se répercuta dans mon épaule alors que je chutais. Je m’en tapais. Seule comptait la silhouette qui se jeta sur moi pour m’empoisonner de baisers, avide de mon corps autant que je l’étais du sien. Et peu importait qu’elle exultât de ressentiment, qu’elle couvrît ses traits de colère au fur et à mesure qu’elle déshabillait ses membres trop frêles. Tant et si bien que, trop déconnecté pour faire de même, je me contentai de la dévorer du regard.
T’es à moi. C’est tout.
Et au final, t’es aussi paumée que moi. La preuve – tu es en rogne. Tu me hais. Tu m’en veux. Tout ce qui te tient à cœur, désormais, c’est de me reprocher ta défaite et de cadencer de coups ce que tu tentes encore d’étouffer en toi. T’es une salope, Elimoche. T’es pourrie. Abîmée, avariée. Tu m’as contaminé et pour ça, je te déteste. Je te déteste tellement. J’aimerais que tu meures, que tu claques dans mes bras au cours de ce qui va suivre.

Elle revint vers moi, toujours en colère, déboutonnant ma chemise, choisissant de se rabattre sur ma clavicule brisée ; imprimant une pression sur l’œuvre béante de la fracture. Je la laissai faire et déportai dans un coin de mon âme la bile qui me monta aux lèvres. Si je gerbais, ce serait pour évacuer ce que j’aurais voulu lui faire ravaler, ces mots qu’elle m’avait jetés à la gueule comme l’on brisait un miroir. Et quand quatre lunes carmines déversèrent leurs rayons liquides sur ma chair, je n’y tins plus. D’un geste qui ne souffrait pas de réplique, je repoussai ses griffes, sans ménagement, sans accorder l’esquisse d’une pensée au poignet qui ne passa pas loin de rompre sous mes doigts sa régularité. Elle ne broncha pas lorsque la distance entre nos corps s’agrandit, qu’une impulsion presque brutale l’écartait de moi.

Ce fut là tout pour la violence. J’y avais suffisamment goûté pour la soirée et n’étais pas prêt à rendre à Elissandre la sienne, moins encore en n’ignorant pas que j’étais incapable de lui taper dessus. Je la reléguai dans la chemise dont je me débarrassai au pied du lit. Dans le pantalon et les sous-vêtements que je quittai, peu soucieux de faire montre de maladresse du fait de mon épaule. Comme si, en ôtant des couches, j’allais me découvrir une raison de lutter, un argument en faveur d’un futur tout autre. Il n’en fut rien, évidemment. Loin d’échapper à mes pulsions, j’y sombrai ; ce fut l’une d’elles qui me dicta de me redresser pour La prendre dans mes bras, l’une d’elles encore qui m’intima de l’allonger à mes côtés pour finalement basculer sur elle.
J’évitai son regard tandis que je tombai ses sous-vêtements comme l'on tomberait les masques, incapable toutefois d’ignorer le puits de ses yeux. Je savais juste que si je m’y abîmais, je risquais plus que ce que les frissons sur ma nuque ne voulaient bien le laisser entendre. Ce n’était cependant pas là le seul courant réduisant ma concentration aux baisers que je pouvais lui donner, voler et rendre. Et mes mains de courir sur sa peau, d’en suivre les vallons familiers ; d’extraire plus de plaisir que je ne pourrais jamais en digérer. Le désir a ses raisons. L’amour aussi, à ceci près qu’il ne les justifie en rien. C’est bancal, boiteux, branlant. Ça claudique et la béquille brille par son absence.

Je ne comprenais pas. Je ne comprends pas.

Une fièvre toute pathologique, ce soir, habita les gestes que je nourris à l’encontre de la scientifique ; je lui concédai mes rêves en usufruit. Au travers de nos silences, c’était ma passion que je lui chuchotais, et la jouissance de la sentir répondre à la moindre de mes attentes éclipsait tout. Je ne pensais plus à Maddox, aux conneries que nous avions pu partager, lesquelles faisaient office de blague face à ça. Il n’y avait que Mademoiselle H.
Je ne me sentais pas particulièrement concerné par sa rage. J’avais la mienne, et c’était trop ; le sexe lui-même peinait à traduire fidèlement l’afflux d’appétences toutes plus violentes les unes que les autres. A aucun moment je ne m’arrêtai sur la douleur qui me fouillait les tripes de ses griffes brûlantes. Nul instant ne me vit buter sur la fracture qu’Elle s’était mêlée de me prescrire. Il n'y avait plus que ses membres, que je couvrais de baisers et pressais contre moi, tel un perdu. Et je trouvais ça stupide au possible – les baisers semés sur la rose de sa bouche, la perdition de mon souffle dans sa chevelure, ma respiration heurtée, les réactions de mon corps à son contact, l’étau enserrant ma gorge comme pour me punir des mots que j’y calfeutrais. Stupide. Elle pouvait se moquer, songeai-je ; rire de l’affolement de mon cœur malmené.

Finalement, lorsque l’instant crucial présenta ses premières vapeurs toxiques, je laissai mes lèvres dériver jusqu’à son oreille. Et j’y glissai trois petits mots, portés par l’alcool, la drogue, un trip intime :

« Je t’aime. »
Disparais de ma vie.
Tu fous tout en l'air.

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Elissandre Hell

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MessageSujet: Re: [x] Sex, drugs & rock’n’wounds. [PV Elimoche]   Sam 21 Aoû - 6:49

« C'était avant que tu soies là
C'était il était une fois
Oh mon amour excuse-moi
Excuse-moi
C'était avant que l'on se noie
»

La balance asynchrone de nos humeurs dansait au rythme de nos battements de paupières. Poupée que je fus, après avoir repris vie, jouait à présent avec un pantin de bois. Un bois qui saigne. Ses fragments de peaux vinrent nourrir mes ongles affamés. Mais son inaction fut de courte durée.
Pendant celle-ci je pu déceler nombre de sentiments dans son regard dévorant. Appartenance. Jouissance. Douleur. Futiles seraient les mots dont je pourrais agrémenter ceux-ci. Ils se suffisent à eux-mêmes.
Puis ce fut au tour du pantin de prendre vie. Brutalement il s'anima, pour capturer mon poignet. Je du me crisper pour éviter qu'il ne se brise, et fus violemment projetée en arrière, loin de lui. Loin de son corps, blessé mais transi. Ce rejet de mes griffes fut pourtant le seul geste brutal auquel j'eus droit, à mon grand dam. La surprise me fit tout de même glisser hors du lit et heurter le mur de mon dos. Je ne pris même pas la même de masser mon poignet endolori alors que je lui décochai un regard noir, qu'il ignora superbement, ou manqua. Rapidement, il se défit de ses vêtements, me dévoilant son corps d'albâtre dans l'obscurité teintée de bleu que la lune dispensait égoïstement à travers les rideaux tirés de l'unique fenêtre. Malgré moi, mon regard ne put que briller de clarté à cette vision presque fantastique, même si je savais la lumière y être pour beaucoup dans la magnificence du tableau.

Comme sous l'emprise d'une funeste impulsion autant inévitable qu'inavouable, il vint vers moi pour m'entourer de ses bras et me soulever. Improbable surhomme qu'un os brisé n'empêchait point d'accomplir des miracles. Il me déposa sur le lit défait, me submergeant de son ombre, puis de lui-même, et enfin de ses baisers. Telles les plumes perdues d'un oiseau égaré, ses mains me défirent des derniers vestiges de tissus daignant encore me cacher à son regard. Regard qui était alors prisonnier du mien, comme emporté par son interminable et traître tourbillon d'émotions.
Il semblait plongé dans une sorte de transe, les habituelles caresses devenues presque machinales se balançaient doucement au gré de mes courbes. Chorégraphie, vu et revue, répétée à l'infinie, d'une danse qu'on ne voudrait jamais voir se terminer. Tel un drogué alcoolisé, halluciné, habité d'anges et de démons, il se perdit en moi, s'oublia pour ne plus exister qu'à travers mon corps.

Quelle qu'ait été la ferveur de mes réponses, je ne pouvais oublier ce qu'il avait fait. Ce qu'il m'avait fait. Par instant, la bile semblait vouloir me faire imploser, mais toujours je la repoussai, désireuse de retarder le moment où enfin, ma colère se décuplerait et m'arracherait à cette torpeur psychologique que m'imposait la peur. Jalousie. Oh oui, c'en était bien, aussi difficile cela soit-il à admettre. Mon abandon à ses baisers envoûteurs n'étaient que le prélude traître à ce qui suivrait. Ce qu'on fond il savait devoir se produire. Mais il ne laissait rien paraître ou presque. Il employait toute son énergie à me faire oublier cette rage dévorante, mais c'est lui qui l'oubliait. J'en vins même à penser qu'il souhaitait ardemment se faire pardonner. Mais il n'en était rien. Il n'était que le junkie prenant la seringue qu'il avait tant attendue, comme si elle avait cherché à se défiler.
Une seringue ça pique mon ange, prend garde.

Transi, oublié, abandonné ... halluciné, drogué, sa joue glissa contre la mienne et sa bouche frôla le lobe de mon oreille. Son murmure à peine audible me fit pourtant l'effet d'un hurlement.

« Je t’aime. »

Mon souffle se bloqua. Mes gestes, mes yeux. Tout n'est qu'un éternel recommencement. Il fallait que cela se termine comme cela débuta. Par une suspension du temps, s'égouttant lentement tel des grains dans un sablier. Je me sentais sale. Dégoûtée de moi, des sentiments qui m'animaient. Le seul moyen d'y mettre fin était que sa respiration cesse comme le temps en cet instant ... instant qui s'éternisait, comme d'évidence. Une boule se forma dans ma gorge, bien que j'en ignorasse l'origine. Je préférai même ne pas chercher à comprendre.
Immobile autant de par lui-même que par les chaînes que le temps lui passait autour des poignets, Il semblait attendre ma réaction. Elle venait, mais je la savais irréfléchie et conduite uniquement par mes impulsions du moment, dans la même veine que tout ce que je lui avais fait subir depuis son arrivée. Son visage blotti dans ma nuque, il ne remarqua pas ma main glisser vers le bord du lit, puis extraire un objet étincelant de l'interstice séparant le matelas du sommier.

La lame de mon long poignard captura un rayon de lune qui vint s'écraser au plafond, éclat qui échappa une fois de plus à son regard. Ma respiration s'accéléra alors que le temps reprenait son cours presque lentement, comme las. D'un mouvement fluide j'entourai ses jambes d'une des miennes, pour le faire basculer sur le côté et ainsi me retrouver au-dessus de lui, en position de force. Ses yeux restèrent clos, il ne paraissait pas disposé à faire montre d'une quelconque réaction. Mais cela me convenait. Il n'était ainsi pas nécessaire de l'attacher, même si j'aurais tiré un plaisir certain à nouer ses poignets et chevilles au lit. Alors que je caressai sa joue, sa tête se tourna sur le côté, me révélant son coup, et l'artère qui y battait sous la peau.
Éviter les artères.

Sinon tout irait trop vite. Et ce n'était pas l'objectif. Je voulais que tu comprennes à ma place ce qui se refusait à faire lumière dans mon esprit. Tu m'aimes ? Tant mieux pour toi. Ou plutôt tant pis pour toi. As-tu seulement idée de ce que ça veut dire ? Je ne veux pas voir le fond du puits dans lequel tu m'entraînes, avec ta déchéance. Notre déchéance. Je me dois d'y mettre fin. Pardon mon ange.

Je laissai courir la pointe de la lame de la base de son oreille, jusqu'à l'aine, comptant ses côtes une par une. Comateux, il m'était impossible de savoir s'il avait conscience de ce qui se passait. Peu m'importait, il suffisait de peu pour que cela soit le cas. J'éjectai son visage de mon champ de vision, inclinant la tête vers le bas de son corps. La lame toujours légèrement posée sur la peau du haut de sa cuisse, je n'eus qu'à imprimer une légère pression sur le manche du poignard pour faire perler le sang tant désiré. Mais alors que j'opérai la même incision de l'autre côté en regardant le liquide rouge former une mince traînée vers les draps, une larme me trahit et vint s'écraser sur son abdomen. Mes doigts se resserrèrent autour du poignard.
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Vito Vargas

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MessageSujet: Re: [x] Sex, drugs & rock’n’wounds. [PV Elimoche]   Lun 23 Aoû - 13:46

« Once this room was on the moon !,
… Then everything went black. »
Il y avait les baisers, il y avait le jeu de nos lèvres. Il y avait la caresse, ardente et légère, des doigts sur la peau. Il y avait ces instants où il vous semblait pouvoir vous évader, par le biais de la porte grande ouverte du désir. Il y avait les étoiles piquetant le firmament de nos silhouettes ; la crainte de se sentir défaillir. Il y avait le plaisir. Une chose diffuse, un tentacule de nuit liant nos consciences dans l’absence dont elles s’étaient éprises, pauvres sacrifiées sur l’autel de l’abnégation. Il y avait la lutte et il y avait l’abandon. Et ces frôlements, ces distractions auxquelles s’adonnaient nos corps sans même que nous y prissions garde. Ces trahisons nous dictant tantôt, au diapason de nos ébats, un regard ou un mot, un soupir ou une plainte. Le sursaut d’une commissure, d’un membre qui se découvrait un sens au contact de l’autre. Ces murmures qui rattrapaient nos lèvres. Qui les marquaient, au fer chauffé à blanc, à bleu, du sceau de l’irréparable. Ces sourires adressés à la nuit, Sa nuit, qu’elle ne voyait pas, toute à son oubli.
Et j’avais l’impression de mourir. Oui, c’était bien ma vie qui s’envolait entre ses bras, ma vie qu’elle voyait s’échapper ; mon fluide vital qui perdait un peu plus de sa substance à chaque ondulation. Cette amante avait remplacé Vertige et la Mort ; succube dont l’appétit ne rencontrait pas de barrières, elle avait drainé d’elles leur verve, leurs toxines, leurs atours aguicheurs. Restaient l’hystérie, l’hilarité. Les diamants de la décrépitude. Ils riaient de la Faucheuse et se défiaient de l’arc d’argent qu’elle brandissait. Car ce dernier n’était rien de plus, rien de pire qu’un sourire – souffreteux, corrosif et monstre. Parce qu’ils n’ont rien à craindre. Je suis celui qui s’abreuve et s’enivre à l’océan de sa pensée. Les flots qui me portaient ne faisaient montre d’aucune envie de me soutenir – l’écume léchait mes flancs et, comme autant de mains assoiffées de mort, m’entraînaient vers le fond, vers les griffes déployées de mes conneries. Alors je me laissais happer par l’illusion de ce vide. Comme s’il allait suffire à assécher les frémissements de ce cœur que la bataille affligeait !

Mais c’eût été trop facile. Et c’était bien ce qu’il y avait de beau, non ? Ces instants où rien ne se brisait ; ces éclosions avortées, abîme orienté sur nos chimères. Les plaisanteries du miroir, lequel ne nous présentait que les affres du plaisir, et se moquait de nous, de nos défections. C’étaient là notre glas et les échos de Te Deum rampant dans les ombres. Notre Carpe Diem pourri. Notre adieu crié à cet horizon que l’esprit ne suffisait plus à encadrer. L’envers du décor, les coulisses des perditions aphasiques. Et les chuchotis, les souhaits.

Revenir en arrière. Jeter un bâton dans l’engrenage du temps, lui imposer le cahot qui permettrait au train de dérailler. C’était ce que j’aurais réclamé à la Lune s’il lui avait pris l’idée, ce soir, de nous accorder la plénitude de son disque. Il était possible, oui, que j’eusse succombé à l’appel des vœux offerts aux nuits muettes, tels ces Pactisants que je méprisais. Je m’imaginais céder à la tentation ; jeter à l’oreille d’Elissandre que je préférais m’effacer au profit de l’amnésie. Les rails auraient alors trouvé une fin ou incurvé leur course. Il eût été à ma portée de quitter les lieux et de La laisser là, à ses désirs, à la haine animant ses réponses de reflets acides. Etait-il possible que les pactes ne fussent que ça – les soins palliatifs réservés aux égoïstes ? Une morphine à l’usage exclusif de ceux qui n’en pouvaient plus de ne plus pouvoir ?
Peut-être. Peut-être pas. La réponse ne me parviendrait certainement jamais – j’étais parti trop loin pour la laisser m’atteindre. Et mon pacte, je l’avais déjà conclu et scellé d’un aveu minable, en guise de souhait. Mon pacte, c’était Elle. C’était l’étoffe de sa peau contre la mienne ; c’était le silence de son corps sous le mien. De tout cela, je ne supportais rien, ni les rires qui montaient, ni l’or s’étiolant dans l’incendie de l’union. Pourtant, je m’accrochais, avec l’ardeur du camé dont le manque ne se dégage nulle porte de sortie. Pourtant je continuais de la désirer avec, sous le voile des paupières, la mort en haute définition. Le high-tech du poison. La dernière merde empruntée en sous-main, avec l’aisance du voleur et l’inconscience de l’enfant qui marche sur une mine. La haute-voltige des tripes qui se sont plantées de script.

J’étais prêt à encaisser n’importe quel coup, tant qu’il était de sa main. J’étais disposé à lui accorder ce plaisir si c’était là la seule chose qui la rapprochait de moi, elle, l’éclat lumineux qui rebondit sur votre chair lorsque vous tentez de le saisir et qu’il vous échappe. Tout cela, j’y étais préparé ; mais je ne pouvais plus encaisser la torture qu’elle m’infligeait en se voulant fuyante. En me déniant le plaisir de la possession. Je ne pouvais pas accepter de la sentir user d’une caresse comme d’un repoussoir et de baisers comme d’autant de lames, qui de toute abjection distillaient mes « Encore ! ». Alors ça m’arrachait les entrailles. Ça me donnait envie de l’abandonner dans son lit pour aller vomir ailleurs. Ça grondait, brûlait et me rongeait. Et ses refus répétés de gonfler les voiles de ma haine, d’embraser le peu de mon être qui n’était pas encore sien. Moi de savourer sa haine comme l’on goûtait à la Mort, avec une moue pincée, pleine d’emphase, dont on savait qu’elle n’ouvrait jamais que sur la calamité. Petite apocalypse entre amis, mon amour.

Alors, lorsque vint la jouissance, je lâchai prise. Yeux qui se ferment, courbe des lèvres qui s’adoucit sur un sourire las. Mèches d’argent qui achèvent de se mêler à des éclats de nuit lorsque la tête retombe. Je laissai mon visage errer dans les méandres de son cou ; se perdre dans le déni de ce que je ne voulais ni voir, ni entendre. Et j’achevai de m’aveugler en laissant la drogue, l’alcool, toutes ces merdes atteindre mon épicentre nerveux et ravager mes palissades. L’impression que j’en retirai fut qu’il me sembla assister à l’extinction d’une multitude de feux. A l’abaissement, dans un canon des plus mélodiques, des interrupteurs qui sauraient attirer à mon âme cette obscurité que je n’osais plus espérer. Et l’ombre fut. Le silence également. Cet univers artificiel, tout en arcanes et alinéas distendus, demeurait pourri – je le savais. Minable. Superficiel. Et vénal, surtout. Accro à ce monde délavé, où une seule couleur parvenait encore à imposer sa présence.
J’avais décroché et je me marrais bien. Le néant et ses délices, la gerbe et ses tessons, le jeu de miroirs qui vous perdait dans ces copies que vous en veniez à oublier. J’étais seul, enfin, adoubé des contes de l’oubli et heureux souverain du royaume désert de la dope. Et parfois, dans un recoin de ma galerie des glaces, apparaissaient un œil noir, une main hyaline, curieuse métonymie de Celle que je voulais fuir. Car je ne réclamais plus ses réactions. Je ne tolérais plus le mépris qu’elle me jetait à la gueule, trop fière pour admettre qu’il pouvait exister un piédestal autre que celui où elle se terrait. Amour réciproque ? Conneries. Illusions bardées de barbelés. Si c’était ça, je préférais encore croire au sexe sans attaches – tout plutôt que de continuer à museler mon cœur, dans l’espoir qu’Elissandre Hell s’abaissât à me confier réellement le sien.
J’avais décroché. Et ce n’était pas si drôle.

Me parvint une perturbation dans l’ordre des choses. Un titillement dans mon appréciation de la gravité, ou ce que je confondais avec la force me retenant encore ici. L’épaisseur de l’air s’était doublée, dans mon dos, de celle du matelas ; mon cerveau se chargea de tracer une carte imprécise des événements. Et lorsque le givre de Ses doigts épousa ma joue, je ne pus que me pâmer, moi qui, la seconde d’avant, avais cru à l’abstinence. A un possible oublieux des lois de rigueur dans notre connexion.
Mon souffle se tarit et, fouillant mes tripes, une nouvelle forme de désir vit le jour, plus désespéré que jamais, amenant avec lui une angoisse que je ne me connaissais pas. L’attente de sa résorption, qui ne vint pas, fut terrible. Mes interrogations, toujours plus nombreuses, revêtirent la forme d’un frôlement sur ma peau ; une caresse qui prit naissance aux alentours de mon visage pour jongler avec mes côtes, briser de ses ondulations les frissons m’ayant saisi, pour enfin cristalliser, en une langue de feu, l’acide qui me bouffait les entrailles. Et ça faisait mal. Et ça me paralysait. Et je me savais coincé dans un état entre la catatonie et l’extase, retenu dans cet ailleurs par la pointe qui me fouillait. Et je te savais responsable, toi, mon amour boiteux. Une odeur acre parvint à mes narines. Lorsque la douleur revint, jumelle de l’autre, ce fut pour mourir dans la raideur s’étant emparée d’Elissandre.

J’ouvris les yeux. Pilotai ma nuque pour l’amener dans un axe autorisant les regards. Alors je la vis, le corps tendu par ses grands airs, à califourchon sur le seul à même de contempler la déchéance dans laquelle elle se vautrait, les péchés dont elle se cuirassait comme d’une armure foutraque. Et ils étaient nombreux. Trop pour satisfaire mes rêves criminels. Mais l’un d’eux, en particulier, me frappait de sa réalité carmine, en la présence l’instrument qui prolongeait son bras ; de ce rayon sans astre s’étant mêlé, sous son impulsion, de perforer ma chair. Car c’était ça. C’était une incision presque chirurgicale, pratiquée dans l’aura aseptisée de ma Némésis. Ne vous inquiétez pas, vous que l’on dissèque sur l’autel de la science d’une abrutie. Les états d’âme ont été stérilisés et les compresses, tricotées dans le vice. Quant à l’anesthésie, elle brille par son absence. Parce que c’est plus beau ainsi. Pas de silence pour répondre aux larmes d’une plaie, pas d’ECG pour surveiller votre cœur tandis qu’il perd le fil. Perdre du fric en salle de réveil ? Âneries. Le temps, c’est du sang.

Ma main captura l’acier, l’écartant de la peau près de laquelle il hésitait, à l’image de sa propriétaire. J’observai cette dernière, et coulai dans mes yeux toute la colère, tout le ressentiment qui m’inondaient en cet instant. Toute ma haine pour celle qui, non contente de ruiner mes barrières, se permettait de zébrer mon corps de ce qu’elle était incapable d’assumer. C’est ça, Elissandre. Tue-moi. Achève le boulot que tu as si bien commencé. Fracasse le dernier pan de mur qui vacille encore, incertain de la conduite à tenir alors qu’il ne peut que constater, autour de lui, les décombres d’une ville où le nucléaire s’est invité. Lâche-toi, fais-toi plaisir, s’il n’y a que comme ça que tu sais exister. Violence, rejet. Ça t’éclate, hein ? La luxure. Les crevasses dans lesquelles tu évolues. La merde que tu sèmes sous tes pas. Tu adores ça. C’est un peu tout ce qui te maintient encore en vie, sans doute. Toi aussi, t’es qu’un tas de ruines ; des morceaux que quelqu’un a dû se plaire à foutre en l’air, et qu’une main a amoncelés. Certains collectionnent les timbres. Toi, tu cumules les emmerdes. Les maux, les mots. De haine ou de dédain, parce que c’est tout ce que tu sais faire.

Tu m’empoisonnes, Hell ! Mais si tu savais à quel point je t’aime. Si tu savais à quel point je jouis des cocktails toxiques que tu me proposes. Si tu savais combien de fois j’ai rêvé de cet instant. Celui où tu étends l’ombre de la seule chose qui t’anime. Celui où j’ai enfin le droit de t’en vouloir ; oui, de te haïr pour tout ce que je n’aime que trop chez toi. Putain, bute-moi.

« Alors, Eli’ ... Tu vas pas jusqu’au bout ? »


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Elissandre Hell

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MessageSujet: Re: [x] Sex, drugs & rock’n’wounds. [PV Elimoche]   Jeu 26 Aoû - 10:18

« Je crois que tu es comme des flammes autour des croix
Et comme un ange dans les nuages
»

Une incontrôlable crispation emprisonnait mon corps. Les jointures de mes mains blanchirent autour du manche du poignard, dont la lame continuait sa course dans la chair. La joie que j'aurais du éprouver à cette sensation m'avait désertée. Je ne sentais plus que l'étau enserrant mes entrailles, toujours plus puissamment. La rage fit place à la méthode. La jubilation de la vue du sang avait disparu, rien de ce que je faisais ne saurait être teinté d'un quelconque plaisir. Ses paroles ne me parvinrent qu'à peine et leur contenu m'échappa totalement. Je m'oubliais moi-même, comme hypnotisée par le mouvement de la lame sur sa peau.

Il était la cause de tout mes malheurs. Je perdais mon sang froid et me laissais parfois attendrir. Comment avais-je pu en arriver là ? Lui, seulement humain, me faisait perdre le contrôle de moi-même. Et ce crime ne pouvait rester impuni. Seul le sang pourrait noyer ses fautes. Ma vengeance n'aurait du être que jouissance. En fin de compte, elle serait d'une froideur implacable, égayée seulement par le chaud égouttement du liquide rouge et visqueux, qui se déversait à présent lentement de ses veines. Son état comateux me facilitais grandement la tâche. J'avais pensé être déçue de ne pas avoir besoin de frapper, mais finalement, c'était mieux ainsi. Son souffle heurté me parvint alors que j'atteignais le genou. Il croyait m'attendrir avec ses belles déclarations. Je le préférais presque quand il était con. Il me tapait sur les nerfs, mais c'était au moins un sentiment qui m'était connu. Ce n'était pas tellement de son prétendu amour pour moi dont j'avais peur. Mais de tout ce qu'il engendrait.

D'abord, on se laisse bercer par de douces paroles, prononcées par une superbe créature aux yeux ensorceleurs. On se laisse faire, parce-que c'est beau, parce-que c'est bon. On se sent important, aimé, indispensable. Les ailes qui nous poussent dans le dos nous entraînent toujours plus loin, toujours plus haut. On s'oublie soi-même pour ne plus vivre que pour l'autre, pour tous ces instants intimes qui nous donnent l'impression d'être seuls au monde. Toute cette partie là est d'une niaiserie époustouflante, mais chacun donnerait tout ce qu'il a pour pouvoir la vivre. Sauf moi. Parce-que la suite est destructrice. La lumière des étoiles dans les yeux se fane. Le passage du temps ne laisse pas seulement sa marque sur les visages et les corps. Il émousse aussi les sentiments. On se lasse de l'autre, de ses manières, de ses mimiques, de ses petites habitudes bien trop ancrées dans le quotidien. Je ne crois pas que l'amour inconditionnel existe. Il rend aveugle dans les premiers temps, car il est traître. Il devient alors plus dur d'accepter les défauts de l'autre, car ils surgissent à notre regard brusquement, lorsque l'on s'y attend le moins, mesquins et retors.

Si l'objet de cet amour est détruit alors il reste étincelant pour toujours, dans la beauté de l'aveuglement. Il disparaît avant même que ses défauts ne soient visibles, et alors on peut l'aimer pour toujours, sans ombre ni tâche. Chérir son souvenir est bien moins risqué que d'observer son corps et son image se faner. Son amour pour lui peut même grandir avec le temps, avec le manque. La déception tuée dans l'oeuf ne pointera jamais le bout de son nez, fatalité que seule la mort nous permet de contourner. Et ma lame d'accomplir son funeste destin, celui de cristalliser à jamais ce qui est condamné à pourrir dans cette morbide réalité. Il ne pouvait réellement m'aimer. Il était aveuglé. Et sa déception viendrait alors un jour. Je ne pourrais supporter de lire le mépris dans ses yeux posés sur moi. Il lui fallait les fermer pour toujours.

Les draps étaient à présent rougis, imbibés de son sang. Je n'avais pas encore touché au haut de son corps, qu'un doute m'assaillit. Les doutes sont fatals, ils annoncent le début de la fin. Mais cette hésitation était de celles que l'on ne peut ignorer. La mort était la solution absolue, la plus extrême. Mais elle nous prend tout. D'étranges pensées s'invitèrent dans mon esprit. A quoi bon hâter la mort si elle finit toujours par survenir ? On s'évite des souffrances pour s'en offrir d'autres, différentes mais présentes malgré tout. Je ne su m'expliquer d'où provenaient ces pensées, et je cru un instant qu'un esprit extérieur s'était fait maître de ma conscience. Mais je du me rendre à l'évidence. Ces idées avaient été générées par mon propre cerveau et le nier ne mènerait nulle part. Encore une probable conséquence de mes récentes fréquentations. J'en vins à me sentir gênée par tant de faiblesse.

Je sentis à peine le poignard s'éloigner de lui. J'en oubliai jusqu'à sa présence. Une lumière différente éclairait à présent mon esprit. Des larmes jaillirent de nouveau, sans que rien ne put être fait pour les en empêcher. Triste de résultat de blessures passées dont la cicatrisation semblait tarder, je me tenais au-dessus de son corps immobile, tâchée de son sang, mes mains baignées dans celui-ci telles que le furent celles de ses disciples dans celui du Christ. Étrange référence en cet instant sanglant. Une émotion nouvelle vit le jour en moi, mais même sans jamais l'avoir ressentie, je su instantanément de quoi il s'agissait. Le regret. Moi qui trouvais toujours satisfaction à l'ouverture de nouvelles plaies suintantes, j'y voyais maintenant le regret, le désir de revenir en arrière. Mais je ne savais pas pourquoi. Si lui parvenait à mettre des mots sur ses sentiments, j'en étais incapable. Je l'avais toujours été. Comme si j'étais inapte à appréhender les remous de ma propre âme.

Le retour en arrière est impossible, inutile d'en venir à de scientifiques explications pour le comprendre. Le regret nous fait agir étrangement. La vengeance est un besoin simple: faire payer les autres pour leurs fautes. En cet instant, j'eus l'impression de vouloir me venger ... contre moi-même. Triste conclusion. Mais là encore, je comprenais, même si le parallèle me paraissait décalé. Sans plus y réfléchir, je retournai la lame contre moi. La visage toujours abondamment inondé d'eau salée, je relevai la tête, pour placer l'arme contre ma gorge palpitante d'émotions contradictoires. Mais l'une prenait le pas sur toutes les autres, les dévorant de sa puissance destructrice.
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Vito Vargas

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MessageSujet: Re: [x] Sex, drugs & rock’n’wounds. [PV Elimoche]   Mer 1 Sep - 14:17

« Is that alright ? Give my gun away when it's loaded ;
Is that alright ? If you don't shoot it, how am I supposed to hold it ? »
Et Hell sombrait, et Hell vibrait, et Hell frissonnait comme une perdue au sommet de sa tour. Et j’avais envie de l’en jeter, comme pour lui signifier enfin qu’ajouter un barreau à l’échelle de l’horreur était inutile ; comme pour lui rappeler que la question des limites, terminus du train de nos petites vies pourries, finissait par se poser. Pour l’inciter à cesser sa chute, même si cela devait passer par la morsure de ces ongles qu’elle savait si bien gripper à la réalité. Pour la rassurer, peut-être. La sentir plus près, avec cette appréhension que l’on ignorait gronder à l’approche d’un précipice, d’un tournant crucial qu’il vous fallait emprunter pour satisfaire aux mieux vos pulsions égoïstes, celles-là même qui appelaient à l’adrénaline la plus détachée des capacités de votre corps. Et la savoir à ma portée, Elle.
Parce que je ne méritais pas mieux et que pourtant, j’aspirais à plus. Plus que la trame décousue de nos nuits. Plus que ces éveils, l’aube venue, pour me rendre compte qu’elle avait disparu. Plus que ces regards que le mépris lacérait de ses griffes. Le passage de ce mois avait fini par imprimer une certitude – celle qu’Elissandre n’en avait pas totalement rien à fiche de moi mais que, en parallèle, il lui semblait risible de m’accorder plus que les pauvres éclats d’adrénaline qu’elle m’offrait déjà. Sa présence en filigrane. Le rideau de nuit voilant ses traits. La chimie entre nos corps. Et, de temps en temps, un baiser qu’il ne me fallait pas lui voler. Parce qu’elle était comme ça, Eli’. Elle n’exprimait pas. Elle n’exprimait rien. Rien, rien d’autre que sa colère envers un mec un peu con, très accro et déjà gangrené par ce qu’elle ne lui donnerait jamais. Elle ne montrait pas non plus qu’elle pouvait s’adonner à autre chose que nos opacités hyalines, ces contacts malsains qui se trouvaient être les seuls à nous lier. Ces injections de thiopental que je dégustais pour mieux déprimer mon système nerveux. Pour foutre en l’air ce par quoi je ne voulais pas être concerné.

Et cette lèpre me rongeait, oui. Elle allumait des feux en des recoins falots de mon âme et donnait lieu à des signaux de détresse que, moi-même, j’avais échoué à interpréter. Jusqu’à ce soir. Jusqu’à maintenant. Jusqu’à cet instant un peu trop précis, un peu trop tangible, et pas assez dilué pour me permettre de saisir tout ce qu’il impliquait. Et c’était mon aphorisme, cette merde. Mon axiome. Ma sentence jetée sur ce qui n’était plus. C’était tout ce qu’il me restait, à cette heure tardive où les lucidités glissaient, dérapaient, s’oubliaient. C’était aussi tout ce dont je ne voulais pas. Toutes ces choses que j’aurais aimé pouvoir enterrer d’une avalanche de poudre. A ceci près que nul entrisme de came, nulle injection de merdes supplémentaires dans cet océan carmin s’étouffant sous les toxines, ne pouvaient venir à bout de ce que je m’efforçais de désapprendre. De ce qui ne cadrait pas avec ma réalité – ces monts et vaux que j’avais cru cartographier. La dope pouvait noyer les appréhensions ; malheureusement, elles savaient nager. Ces dernières, doublées d’une prise de conscience toute symbolique, étaient tout ce qui éclairait encore le naufrage de ma conscience.

Les projecteurs étaient puissants. Il fallait bien leur accorder cette constatation. Les ombres qu’ils décochaient, elles, me poussaient encore et toujours à L’observer ; et Elissandre qui ne me rendait pas mes regards, et Elissandre qui ignorait ces hoquets mal contenus, ces hurlements que j’avais envie de lui lancer à la gueule. Il n’y avait pas de mots. Pas de contact non plus. Juste l’entrelacs des draps et de mes doigts, alors que Sa lame zébrait la chair joignant l’aine au genou. Juste la fuite de ses yeux et la focalisation des miens sur ce visage que je haïssais tant. Juste cette douleur qui remontait, encore et toujours, pour me fouiller les entrailles ; sa main qui tremblait, hésitante. Et ses larmes, ses larmes que je fixais, que je dévorais d’une attention croissante, comme si elles pouvaient cristalliser ce que je n’espérais plus, cette rédemption que les aveux muets torturaient. Car c’étaient bien des larmes ; oui, c’étaient là des confessions laissées à l’appréciation de nos silences, de ce bad trip auquel nous avions décidé de nous assujettir.

Alors je m’interrogeais. Alors j’ignorais les réponses que ces sillons humides, presque torturés, apportaient à mes questions. Et je refusais de comprendre. Sans doute parce que, comme ça, je pouvais retarder l’inexorable. Le premier sang avait pourtant été versé, de même que j’avais déjà lié trois mots, trois petits mots, à ce qui me taraudait.
Je dévisageai la jeune femme. Une fois de plus. Une fois de trop. L’aimais-je ? Pouvais-je me permettre, égoïstement, de réduire à des « Je t’aime ! » ce que sa seule vue chapitrait de contradictions ? N’était-ce pas de la prétention que de borner à de l’amour un truc dépassant le stade de la haine pure ? N’était-ce pas mentir que de lui susurrer que, oui, je l’adorais, alors je n’aspirais qu’à me fondre dans l’œuvre de mort que sa lame dessinait ? Car c’était à la fois moins et plus que ça. Je te hais, Hell. C’était mieux, aussi ; mieux que tout ce que la réciprocité pût verser eût pu verser sur nos ébats. Tu peux pas crever ? C’était au-delà de tout et pire que ce rien que je craignais. Ou alors, tu peux pas me laisser crever, là, maintenant, tout de suite ? Hâter le travail ? Et c’était beaucoup plus que je ne pouvais supporter. Parce que, à ma façon, j’aimais ma Némésis, mon Invidia souillée de merde, ma potence au sourire de braise. Parce qu’il m’était impossible d’ignorer ce qui me clouait sur ce matelas. Je savais qu’il n’y avait pas que le vide entre deux protubérances osseuses, la fêlure d’une chair n’important plus, ou encore la sueur et le sang. Je savais qu’il n’y avait pas que ça. Que ce n’était pas tout. Qu’il y avait plus qu’un abysse rougeâtre, suintant et bouillonnant. Et plus que ce poignard qu’Elle brandissait comme une ultime barrière. Boucle la boucle, Eli’. Va jusqu’au bout.

Déchéance, déchéance. Je me demandais quel plaisir elle pouvait bien retirer des longueurs qu’elle laissait jouer avec ma mise à mort. C’était Elissandre tout craché, ça. Se planter. Jusqu’au bout. Bâcler son boulot. Echouer à bien faire les choses lorsqu’il n’y avait qu’à ponctuer ces dernières d’une finalité. Je fus presque déçu de sentir sa main faiblir ; faiblir et mener la lame à riper dans le vide. A oublier ce sang qu’il lui fallait pourtant verser – à m’oublier, moi. Et soudain, il n’y eut plus que ses larmes. Ses lèvres pincées sur une moue que je ne lui connaissais pas. Le galbe glacé de ses joues. Ces tendons raidissant sa gorge, jetant un angle impérieux jusqu’à ce menton qu’elle pointait vers la Lune. Ces cils que l’humidité ciselait. Ses larmes, encore.
Et je la trouvai à la fois haïssable et belle. Plus que tout, je lui en voulais ; je lui en voulais d’être ainsi, de m’imposer le diapason de ses humeurs, de ses états d’âme pourris, du ridicule de ces colères. Ne comprenait-elle donc pas que c’était risible ? Que rien de ce qu’elle ferait ne me détournerait de cette contre-allée que j’empruntais sans réfléchir ? Que si c’était ça qui l’éclatait, je trouverais le moyen de l’aimer à en crever ? Oh, ça oui, je l’aimais. Amour désarticulé. Haine que la vacuité de nos échanges couronnait. Mais amour, surtout. Rire d’un jour. Hystérie d’une nuit. Obscénité de toujours. Je l’aimais comme on aime, après un battement de cœur, l’angoisse qui précède le suivant – le suspense posant la question du prochain. Je l’aimais comme on déteste ces airs qui vous restent en tête. Je l’aimais comme on abhorre l’acidité précédant la nausée ; cet arrière-goût de formol dans votre bouche. Je l’aimais comme on craint de s’oublier dans un jeu qui nous dépasse. Elissandre Hell, c’était un peu de mes rêves, un peu de ma vie, et beaucoup de ma mort. C’était tout ce qui m’obsédait.
Hell, elle, Hell, elle.

Mais ça, tu ne peux pas le saisir, hein ? Tu ne conçois pas que je veuille de toi et de la pourriture que tu dispenses là où d’autres irradient une lumière. Tu n’intègres pas tout ça. Ça te passe au-dessus ; bien plus haut que cette lame qui tu élèves aux environs de ton visage, bien plus haut que ces regards que tu ne m’accordes pas. Tu t’en fous, Hell. Tu compenses dans une espèce de neutralité ces gestes tendres semés d’insultes que je t’adresse. Tu ignores mes appels de phare – tu préfères le vertige de la falaise, la clameur de la chute. Ce n’est pas que tu n’entends pas ce que je te dis, c’est que tu nies tout en bloc. Tu m’ignores. Oui, tu m’ignores. Tu ne vois pas ces regards que je te lance. Tu n’écoutes pas mes je t’aime. Tu les renies. Et pourtant, je t’aime. Qu’est-ce que tu crois ? Que, demain, si je vis encore, je te sourirai avant de retirer ce que j’aurai pu te dire – « Désolé, j’étais stone » ?
Ca ne fonctionne pas comme ça, connasse. J’aimerais bien, mais c’est un peu mort, blague à part.

Je la regardai. Encore et toujours. Puis je compris. Sa pâleur, ses larmes. Ses frissons, les battements heurtés du cœur que je sentais battre au-delà de sa chair. Le poignard qu’un bras tremblant avait amené à sa gorge. La quiétude soudaine de sa respiration. Et je me sentis comme une envie de vomir. De hurler en constatant que, finalement, cette arriérée s’était trompée de script. Ou qu’elle l’avait mal lu. Un cube de glace rencontra le brasier de mes tripes ; ma respiration se bloqua sur ces mots que je n’osais pas prononcer, de peur de rompre la fragilité de l’instant, de la voir basculer dans cet irréparable qu’Elle ne faisait que frôler. Choc semé d’angoisse, surprise entachée de ce sang qui devait rester mien, et uniquement mien. Abrutissement. Je ne disais rien. Je ne bougeais pas. Je me découvrais figé par ce qu’un horizon trop étroit refusait d’englober. Alors Elle s’anima ; alors la main s’affermit sur le manche de l’arme et l’approcha un peu plus de la chair diaphane. Et l’ombre qui s’étira sur sa peau n’était autre que celle de l’hésitation de la Mort, un doute intime quant à l’être dont elle devait s’emparer ce soir.
Puis je m’insurgeai. Contre ces méandres qu’empruntait le fleuve de nos petites existences. Contre toi. Contre ces étreintes qui se relâchaient. Contre toi. Contre ces assurances que je devinais se fissurer, s’ouvrir sur l’improbable. Contre toi. Une fin s’imposait, oui ; qu’il s’agît d’une solution ou non, nous devions aboutir à un état des lieux patent, un statu quo miséreux qui verrait notre relation d’un œil nouveau. Et s’il fallait que cela passât par ma fin, ça m’allait. Tant que c’était de sa main, tout m’allait. Mais ce dénouement, là, qu’elle me proposait, je n’en voulais pas. Je le refusai instantanément – en bloc, dans son intégralité. Totalement. Parce que je n’accepterais pas de la voir prendre le large, de la laisser mettre les voiles pour un ailleurs. Parce que je n’accepterais pas cet « ici » qu’elle m’infligerait alors, cette trame où elle ne serait pas, où elle ne serait plus. Parce que c’est toi.

« Tu m’expliques, Eli’ ? Tu fais une pause et tu m’expliques ? »

Pas de réponse, évidemment. Pas de venin pour faire écho à ma question. Juste le sourire de la lame et l’éclat de ses larmes. Et toujours cette peur, cette rage à l’idée de la savoir proche de lever le voile sur ce que ses yeux ne devraient jamais contempler. Mais cette peur ! Imbécile, tu ne la vois pas ? Tu ne la sens pas ? Ca aussi, tu t’en fiches ?
L’aliénation d’une pulsion m’offrit la force de me redresser. Le geste fut presque brutal et pourtant, je le remerciai de sa ferveur, car il me permit de conserver ma lucidité, le temps de l’empêcher de se ridiculiser plus encore. Je n’attendis pas plus longtemps ; ma main valide vola jusqu’à la sienne pour l’étreindre, un peu trop fort, un peu trop doucement, un peu trop haineusement. Et j’eus envie de briser ses doigts, un à un, afin de la priver de ces libertés qu’elle ne prenait que trop, de lui dénier le droit de prendre son envol quand bon lui semblait. Je suis là, voulus-je lui hurler à l’oreille. Je suis là. Fais-moi ce que tu veux, mais pas ça. Si tu te casses, si tu t’abîmes dans l’oubli, qui viendra me taper dessus quand je dépasserai les bornes ? Qui me lancera ces regards que j’abomine ? Qui, je te le demande, me poussera dans la merde si tu n’es plus là ? Qui pourrai-je haïr si tu m’empêches de t’aimer ?
Mais je ne dis rien, rien de tout ça. Je tus ces horreurs dans des baisers. Un premier sur cette main que je serrais toujours. Un second sur le poignet que je tordis jusqu’à voir s’échapper le récepteur de ses attentions. Un troisième, destiné à cette paume que l’objet du crime avait enfin libérée. Je la préférais comme ça, cette main. Crispée sur le vide, tendue vers ce dont elle ne pouvait plus s’emparer. Belle, car mienne.

« Tu t’imagines quoi, exactement, là … ? »

Je fichai mon regard dans le sien. Je me foutais de ce qu’elle pourrait y lire. Amour, haine. Colère, aussi. Inquiétude. Incompréhension. Accusations. Envie d’accéder à ses désirs et de la saigner, d’écarter ses tripes sur ce qu’elle ne ressentait de toute façon pas. De zébrer de bleus ce corps frêle et glacé sous mes doigts.

« Tu penses que je vais te laisser te barrer, comme ça ? »

Et j’embrassai son menton, ses joues qu’une pellicule salée avait conquises, ses paupières humides. Ses lèvres closes sur l’absence. Et je pensais à toi tout bas, je te hurlais tout haut ce que tu n’écouterais pas, et je te disais avec les yeux l’avenir de nos souvenirs, ces merdes que je ne voulais plus jamais te voir reproduire. Parce que tu n’en avais pas le droit. Tu n’en as pas le droit. T’es trop conne. Je te hais. Ras-le-bol de tes conneries, plein le dos des virages que tu imprimes à mes songes. Marre de te savoir à six heures de moi. Toujours. Tout le temps. Et jamais à la fois.

« Tu crois que j’ai envie de ça ? »

Ma main abandonna la sienne, pour venir cueillir sa nuque. J’avais l’impression de décrocher. De me perdre. De retrouver quelque chose, aussi. Même si c’était mal foutu. Même si j’étais pas bien. Même si, au final, je n’étais pas loin de me foutre en l’air et de la laisser là, figée sur ces trucs que je devais être trop con pour comprendre. Même si tout se cassait la gueule et que je n’y croyais plus. Sauf que je n’avais pas ce courage, celui de tout plaquer pour la solution la plus saine pour nous deux. Parce que j’étais trop con pour ça. Trop abruti par l’appel de sa bouche, de ses cheveux de nuit. Et que ça me plaisait, malgré tout, d’être accro comme ça. Ce n’était pas de came dont j’avais besoin ; c’était d’Elle. De sa peau contre la mienne. De son corps. De sa présence corrosive. De ce poison qu’elle me poussait à ingérer, jour après jour, jusqu’à me laisser comme en cet instant – tremblant et apeuré à l’idée de voir disparaître ma coke préférée. Harcelé de tout ce que je ne pouvais plus contenir.
Alors je l’embrassai, encore, encore, encore, collant ma joue contre son front lorsqu’il me fallait reprendre mon souffle, jouant avec cette langue que la mienne allait chercher, comme pour lui dire que non, je ne lui foutrais jamais la paix, que non, je ne lui octroierais pas le monopole de la souffrance. Et mes doigts de courir sur cette gorge où ma vie, pas seulement la sienne, palpitait ; de descendre, toujours plus bas ; de poursuivre sur une hanche et s’arrêter sur le creux de ses reins.

« Je t’aime », glissai-je au rideau d’obscurité de sa chevelure.

Et si tu t’en fous, tant mieux. Je l’enlaçai. Un peu plus fort.
Je ne sentais pas sa cuisse peser sur ma blessure. Je ne percevais plus l’écoulement du sang comme une menace. Je le voyais désormais comme une promesse, un accord passé dans un océan carmin, celui-là même qui nous portait. Une forme de jouissance. Douloureuse, acide. Mais, derrière le voile désaturé, des couleurs – çà et là, confuses, timides. Les nôtres. La sienne. La mienne. Mon petit enfer pourri.

« Je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime. »

Je ne me lassais pas de seriner ces trois mots, ce leitmotiv, cette ritournelle aux accents de désespoir. Aussi le répétai-je, encore et encore, tandis que je la plaquai contre moi à l’en étouffer, que je vouai à cette étreinte des forces que je ne possédais pas. C’était plus facile comme ça. Dire ce qui bouffait mes nuits et glaçait mes journées. Soupirer ce qui me tuait. Exhaler ce vice que je buvais jusqu’à la lie. Je voulais juste qu’elle m’écoutât – entendre ne me suffisait pas, ne me suffisait plus. Je voulais qu’elle sût. Je voulais qu’elle me répondît, même si c’était pour m’engueuler. Une réaction, n’importe laquelle, me suffirait. Tant qu’elle savait.
Et, caressant cette cage thoracique que j’aurais dû fracasser, je laissai aller mon visage dans son cou, ce cou où je noyai ma fièvre.

« Arrête ça. Fais pas la conne, Eli’. Ou alors, explique-moi. » Explique-moi et, si tu veux, je me casserai. Je disparaîtrai, si c’est ce dont tu as besoin. Je m'en fous. J'irai mieux comme ça. « Mais arrête tes conneries. Parce que je te le demande. Parce que je t’en supplie, si ça t’amuse. Parce que je t’aime. Je t’aime ! »

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Dernière édition par Vito Vargas le Lun 6 Sep - 5:18, édité 2 fois
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Elissandre Hell

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MessageSujet: Re: [x] Sex, drugs & rock’n’wounds. [PV Elimoche]   Ven 3 Sep - 10:08

« I feel it inside, down in my soul
And I just can't hide things that I know
»

Mais qu'est-ce-que je fichais ici ? J'étais là pour quoi ? Que désirai-je ? Quel était le but de ma vie ? Il n'y a aucun moyen de faire des choix, de mettre un pied devant l'autre si on ne sait pas où l'on va. Alors je fais du sur-place. Je ne ferais que m'écorcher les doigts encore et encore, sur les parois de ce puits dans lequel je refuse de me laisser aspirer, tant que je ne connaîtrais pas la couleur du ciel vers lequel vers je dirige. Et si je lève les yeux vers lui, pour savoir, sa lumière m'aveugle et je glisse encore plus bas. S'il existait un soleil assez éblouissant pour nous déchirer les entrailles, alors je l'avais trouvé. Jusqu'à aujourd'hui, je n'avais vécu pour détruire d'autres vies ; celles qui n'avaient pas leur place sous mon ciel, qui était noir. La nuit ; chaque jour. Et puis, le blanc s'était permis de déchirer l'obscurité. Une chevelure presque improbable, volant au vent qui s'était levé sur une terre aride, avait ouvert la voie du blanc. Et je n'avais rien pu faire pour la repousser. La lumière a déchiré ma nuit, et même si la lune parvient à la masquer, ce ne sera que pour un instant. Je ne suis pas faite pour supporter tant de blanc. Alors j'ai pensé, qu'en la recouvrant de rouge, je déroulerais le tapis pour le retour de l'obscurité. J'aurais du me douter que ce ne serait pas si facile. Que la lumière se battrait jusqu'à ce que je lâche enfin prise.

Avais-je encore de bonnes raisons de lui faire la guerre ? N'était-elle pas trop forte pour moi ? Je m'étais toujours figurée pouvoir me battre contre n'importe-quoi, depuis ma petite carapace impénétrable. Fallait-il qu'un seul homme puisse la briser ? Il semblerait. Les larmes qui roulaient à présent librement sur mes joues le prouvaient. Qu'avait-il changé en moi pour que je fasse montre d'une telle faiblesse ? Tant de questions. Si peu de réponses. Quel cliché je fais. Pendant quelques secondes, je me sentis ridicule. Jusqu'à ce que je capte le regard qu'Il avait posé sur moi. Pour m'en détourner aussitôt. J'inspirai un grand coup, fermant les paupières sur les larmes formant une gouttière sous mes yeux, qui roulèrent, rivière imperturbable. Je sentais les battements de mon coeur dans toute leur ignoble violence, alors que je raffermissais ma prise tremblante sur ce qui les feraient cesser. Ou pas.

« Tu m’expliques, Eli’ ? Tu fais une pause et tu m’expliques ? »

Vestiges de silence assassinés. Eli. Amputée d'une partie de moi, ce surnom métaphorisait ce que j'avais su d'instinct. Pourtant, je sentais qu'autre chose avait remplacé ce qui m'avait été enlevé. Une nouvelle moi en quelque sorte. Le tremblement de ma main se répandit dans le reste de mon corps. Pourquoi un tel séisme ?
Son corps se tendit vers moi, comme exempt de toute douleur, physique ou mental. Je regardai ailleurs et seule sa silhouette vint écorcher un coin de mon champ de vison. Ombre apocalyptique. Qui m'empêcherait de partir. Loin d'elle. De Lui. Contact. Ses lèvres. Ma peau. Ma main. Mon souffle laborieux ma paraissait râper contre ma gorge. Mon coeur oppressé s'étrécit, comme opprimé par le manque d'espace que mes poumons gonflés lui imposaient. Un étau emprisonna mes doigts, les forçant à lâcher ma rédemption. Ma lame. Mes larmes. Pensées décousues, portées par l'ombre et le mouvement lascif des rideaux, dérangés par le contact avec la lame. Que pouvais-je faire à présent, à part faiblir encore ?

« Tu t’imagines quoi, exactement, là … ? »

Rien. Plus rien. Si tu savais. Si tu savais ce que tu m'as fait. Il ne peut y avoir de ruines là où rien de s'élevait avant. Alors tu as construit des merveilles qui n'y avaient pas leur place. Coup de pied dérisoire dans une pierre inébranlable. Tes yeux. Mon regard dans le tien. S'il avait plu, les gouttes se seraient figées dans l'air. Seules mes larmes interrompirent leur cours. Et je soutins ce que ton regard accusateur m'imposait. Tous les non-dits valaient mille fois l'or de tes questions inutiles.

« Tu penses que je vais te laisser te barrer, comme ça ? »

Je ne pense rien, mon ange. J'aurais voulu te laisser tranquille. Je voulais ... j'aurais voulu ...

Ses baisers interrompirent mes pensées, minces et frêles filaments d'argent, évanouis dans mon ciel blanc. Sa colère y était perceptible, hargneuse, accusatrice. Oui j'étais coupable, et alors ? C'est lui qui aurait du mourir et pourtant, je ne pouvais me résoudre à jouer Dieu, appeler la faucheuse pour Lui. Ducon.

« Tu crois que j’ai envie de ça ? »

Et moi, de quoi ai-je envie ? De baisser les bras sûrement. Afflige-moi de ta rancoeur, je n'en ai cure. Je n'userai plus d'actes pour te faire comprendre ce que je ne sais moi-même. Ce qu'entre nous flétrira un jour, car j'aurais oublié d'en arroser les racines assoiffées. Même si je te disais que je t'aime, voudras-tu encore de moi quand tu sauras ? Nous vois-tu attablés sagement savourant un dîner grandiose, sur fond de sapin clignotant, n'attendant le passage du grand-père plein de promesses. Tu es comme lui. Tu promets des myriades de merveilles. Mais je n'ai pas été sage. Je ne mérite rien de ce que tu as à m'offrir. Ta hotte est pleine d'ombre. Pleine de vide. Comme tes questions.
De mourir à vivre sans toi, où était la différence ? Parce-que tu finiras par partir. N'est-ce pas mon ange ? Et quand ce jour viendra, alors je repenserais à cet instant, et je me dirais que j'aurais mieux fait de me jeter sur mon poignard, et ne pas attendre que tu m'en empêches. Tu veux des mots. Tu veux des gestes et des caresses. Tu veux tout de moi, tout d'une terre où rien ne pousse, sinon l'acier tranchant. Et tu m'inondes de ton amour dégoulinant, de tes baisers qui veulent tout dire mais dont j'ignore les hurlements désespérés. Je suis la poupée à laquelle une petite fille s'accroche éperdument.

« Je t’aime »

Oh oui tu m'aimes. Dis-le encore. Dis que tu n'aimes que moi.

« Je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime. »

Et mes larmes de reprendre leur course. Et la numéro trois double ... elle est en tête !. Sanglot. Rire étouffé. J'abandonnai définitivement la partie. Mon corps tendu se relâcha, et je baissai la tête avouant mon impuissance, pour me poser sur son épaule, celle encore valide. Il m'étreignait comme si j'étais son dernier espoir. Comme si j'allais mourir. J'aurais du. Et je ne suis qu'une poupée de chiffons. Je ne respirais plus que lorsqu'Il m'en offrait l'occasion, relâchement improbable dans l'étau de ses bras.

« Arrête ça. Fais pas la conne, Eli’. Ou alors, explique-moi. Mais arrête tes conneries. Parce que je te le demande. Parce que je t’en supplie, si ça t’amuse. Parce que je t’aime. Je t’aime ! »

Et finalement, je laissai libre cours à mes pleurs. Comme une gamine. Comme une faiblarde. Parce-qu'il n'y avait rien d'autre à faire, parce-que j'en étais incapable. Il ne devait être qu'une aventure, un passage, un embûche tout au plus. Et le voici pilier, Dieu, amour. Mais à quoi pensai-je ? J'en étais arrivée au point de non retour. Il me fallait à présent Lui donner toutes les armes, mes armes. Celles que j'avais enterrées il y a bien longtemps. Oubliées. Abandonnées. Un peu comme moi.

Je remontai ma main dans son cou, m'accrochant à sa nuque, me redressant légèrement. Mes larmes coulaient encore sur son épaule dénudée, liquide froid que j'imaginais finir par se mêler à son sang. Je le serrai, comme si c'était la dernière fois, juste au cas où. Nous n'étions plus les mêmes. Ceux qui, au premier soir avaient bu un peu, puis s'étaient embrassés, juste comme ça, sur un coup de tête. Je n'étais déjà plus Elimoche, qui elle-même s'éloignait déjà d'Elissandre. Il n'était plus Ducon. Vargas nous avait dit au revoir il avait déjà bien longtemps. Seul mon ange subsistait, abandonné dans mes bras, accroché à ses déclarations qui avaient fait jaillir mes larmes. Et puis je su.

Je su ce que je voulais. Je voulais qu'il reste. Qu'il sache. Mais il ne pouvait faire les deux. Pourtant il fallait que je le lui dise. Car il était probablement le seul à pouvoir comprendre. Mais même s'il finissait par l'accepter, il fuirait sûrement. Tant pis. Je ne pouvais plus. Il avait tout brisé.

« J'ai tué mon père. Et je t'aime. »

Et de peur qu'il s'en aille, je le serrai comme si cela suffirait à le faire rester. Car s'il m'abandonnait, alors plus rien n'en vaudrait la peine.
La peine.
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Vito Vargas

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MessageSujet: Re: [x] Sex, drugs & rock’n’wounds. [PV Elimoche]   Mar 19 Oct - 18:10

Spoiler:
 
« You trick your lovers that you’re wicked and divine
You may be a sinner, but your innocence is mine »
Garder les yeux ouverts.

Garder les yeux ouverts sur ces frissons, sur cette peau pâle qui se mourait de vivre. Les garder ouverts sur les tremblements qui laissaient l’horizon à sa chute – à son séisme pourri. Les garder ouverts sur tout ce que je ne voyais pas. Sur le puzzle de mon champ de vision. Sur l’or d’une déchéance. Et les fermer sur cette fin dont je voudrais que jamais elle ne pointât son nez ; sur cette faim que j’avais laissée me dévorer au lieu de la satisfaire. C’était presque drôle que de constater que, en quelque sorte, j’avais fini par mettre la main sur les coulisses de Sa pellicule glacée. Même si cette main s’était ensuite dardée contre moi, retour de flamme coulé dans l’acier – dessiné dans les affres du jeu du métal sous la chair. Car je l’avais cherchée, non ? Cette douleur. Cette décoction de feu. Cette fuite d’une substance dont les méandres entachaient tentures de textiles comme esprits. J’avais voulu, prié, espéré cette avalanche de mort et de vie ; et maintenant qu’elle m’emportait, j’y perdais jusqu’à mes respirations heurtées. Restaient alors sa chair, sa chair et les palpitations d’un cœur rapprenant à pomper plus que de simples acides.

Oui, j’avais souhaité une réaction de sa part ; oui, j’avais voulu la savoir ainsi – souvenir d’armes et changement, abysse et lumière. Et même si ce n’étaient là que des fragments qui me parvenaient, c’était de cet influx que naissait la certitude d’avoir vu s’établir une évolution. Voire, une normalisation de ce qui ne l’était pas. Car j’étais en droit de la désirer, n’est-ce pas ? Cette reconnaissance de tout ce que, finalement, elle n’était pas. Ce grincement de charnières, hurlé et susurré, alors qu’une porte pivotait sur ses gonds. C’était ça ; j’avais aspiré à la vague engloutissant apparences et laissant affleurer, çà et là, une écharde, comme autant de secrets dispersés à la rose des vents. Et pourtant, pourtant. Pourtant je n’étais plus certain que tout ceci fût une bonne chose. J’ignorais même tout, pour être honnête, de l’ampleur de cette éclosion – de ce que je pouvais ou non me permettre d’interpréter.
D’abord, les vapeurs soufrées d’une appétence proche de l’obsession. Doux balancement du temps sous les ondées, perte d’équilibre aux envers du décor. Puis la fissure, la faille dans la chrysalide. Laquelle avait, pour l’heure, cédé la place à un être que je peinais à identifier. Non ; ce corps secoué de sanglots, cette coquilles aux velléités évanescentes n’était plus qu’un miroir fêlé de la Elissandre que je connaissais. Plus grand-chose à voir ; ne subsistait qu’un kaléidoscope un peu bancal, un peu foutraque. Illisible et explicatif à la fois.

Sauf que je l’avais provoqué. Sans être à l’origine de ce qui affleurait désormais à la surface, je ne pouvais pas ignorer que j’étais la cause des remous maculant désormais le disque de porcelaine de ses joues. Les larmes étaient là et les sanglots les suivaient, fidèles. C’était là ce à quoi nous en étions réduits ; à n’avoir de cesse d’inverser les rôles. Il y avait le blessé et le bourreau, le bourreau et le blessé – et, en pourtour du voile nous séparant, une lame, un flux aux circonvolutions rougeâtres. Il me fut pourtant impossible de l’achever, plus encore de pousser plus loin mes investigations. Ce que je voyais, d’une certaine façon, me suffisait.
… Me suffisait pour être certain qu’il n’y avait pas que ça – cette fille parfois imbuvable, souvent hermétique à tout ce qui aurait pu – dû ! – l’atteindre ou l’abandonner. Et, de fait, c’était vrai. Il y avait Elissandre, il y avait Hell ; et, en guise de trait d’union, de balises à base de miettes ou d’étoiles, les sillons saumâtres. Sur ses joues. Sur tes joues. Mais tu n’y étais pas non plus, Hell. Tu n’y étais pas. Juste pas. Tu savais, pourtant. Tu savais que quelque chose changeait et que tu n’y pouvais rien. Ça te faisait plus peur qu’autre chose – précisément parce que tu savais n’avoir aucune influence sur la direction qu’adopteraient les secondes en suspens. Plus d’aiguillages, plus de chemins battus pour t’effacer en lieu sûr.
Te restaient la prudence et l’appréhension. Un cocktail à base d’incertitude, de méfiance ; piqueté d’inconstance.

Et ce n’était pas grave.

Je ne me fichais pas de ce qu’Elissandre pouvait soustraire à ma vue d’ensemble. Le fait était que des pièces du puzzle manquaient à l’appel, pourtant articulé, que je n’avais eu de cesse de leur adresser. Sauf que ce soir, je pouvais au moins deviner leurs contours, leur forme. Et quand bien même ces zones demeuraient d’ombre, le constat, à leur propos, pouvait être établi. Tellement que je pouvais, sinon comprendre, au moins deviner qu’en grattant la peinture, je finirais par tomber sur quelque chose. Pas un trésor. Pas une perle. Ni même un éclat d’or. Ce serait une écharde, un appendice métallique ; peut-être même un shrapnel. Mais ce n’était pas grave.
J’eus envie de la rassurer, de lui dire qu’elle pouvait choisir de se taire, d’oublier que son numéro de funambule battait de l’aile. Mes doigts auraient pu trouver sa bouche afin de s’y lier en un bâillon, un cataplasme venu entériner un silence. Parce que ça me suffisait, ce spectacle raté. Je n’avais pas besoin de la sentir déraper, ni de deviner le hoquet de son cœur lorsque surviendrait la chute. Ce n’était pas ce que j’avais voulu. Pourtant je me tus, et pas même un murmure franchit la barrière de mes lèvres. Je ne lui répétai pas ces mots que j’avais eus pour elle, un peu plus tôt. Pas plus que je ne la berçai de ces stances qu’ont pour l’autre les codétenus lorsque le couperet tombe. Non, rien de tout ça. Je me contentai de la serrer contre moi, toujours plus fort, … toujours moins fort. Ca va aller. Un baiser sur la nuque, cette nuque où coulaient des torrents de nuit. Je suis désolé. La caresse d’une paume sur une aspérité de sa colonne vertébrale, un espace intercostal plus prononcé qu’un autre. Vraiment désolé.

La réponse qu’obtint mon étreinte fut plutôt un simulacre de retour qu’un vrai reflet. Ce ne fut pas un regain de force, ce ne fut pas une pression. Tout juste un pincement, fantôme épars. Ultime coup d’éclat d’un pantin désarticulé, lequel me figea dans l’attente qui devait accueillir Ses mots :

« J’ai tué mon père. Et je t’aime. »

Et une pensée, une première. C’est tout toi, ça. Une pensée jetée au sommet de l’édifice, celui qui se cassait la gueule. … C’est tout toi, ça ! Elissandre Hell se résumait à ces deux phrases, ces mots que nulle relation de causalité ne venait lier. C’était son modus operandi, ces entrelacs de lettres faits pour broyer la réalité ; ces bavures auxquelles donnaient naissances les consonnes, avant de les projeter, âcres et corrosives, sur des assonances n’adoucissant plus rien. Lorsque l’on y songeait, oui, lorsque l’on accordait un battement de cœur à cette idée, on se rendait compte que tout était vrai. Qu’Elissandre n’était rien de plus qu’un sacré foutoir. Un merdier exsangue et anémié appelant à l’aide. Mon foutoir, mon merdier. Et, dans tout ce fatras, uniquement du chaos ; l’ordre s’était fait la malle et dégueulait ses insanités. Pourtant tout, absolument tout, devenait limpide. Dans ce qui ressemblait à un aveu, les silences s’éclairaient soudain de chuchotis. Et il y en avait, des rumeurs venues étayer les fondations de ces buildings muets, avides qu’elles étaient de créneler d’ombres nos horizons. Il y en avait. Trop pour y deviner une logique – toujours ce bordel, ce vide. Et au milieu, fière de ce qu’elle avait perdu, une reine déchue. Un jouet oublié par son peuple, petite poupée trahie, aux yeux de craintes et d’accusations. De parricide.
Cependant, si l’étonnement se ménagea une place au sein de mes entrailles, ce ne fut que par le biais de l’écume apportée par la seconde partie du murmure d’Eli’. Et là où mon cœur se trouvait obnubilé par cette dernière, mon cerveau, lui, bloquait sur la première. La présentation des faits – sobre et pragmatique ! – avait beau être anodine, il n’en allait pas de même pour le contenu. Et sans me choquer, ses implications suffirent à gripper les engrenages mis à mal par le manque à vivre, comprendre et aimer. Au demeurant, la révélation n’était pas si étonnante ; parler d’une Elissandre meurtrière revenait à qualifier d’incendiaire un incendie – c’était un beau pléonasme. La côtoyer, ne fût-ce qu’une paire de minutes, suffisait à laisser planer des doutes quant à sa dangerosité. Au-delà de l’heure passée près d’elle, ce doute se paraît des auras de la conviction ; et finalement, l’entendre évoquer un crime équivalait à enfoncer une porte ouverte. Restait qu’il s’agissait de son père, ce père auquel il m’était plusieurs fois arrivé de faire des allusions.

Famille brisée, donc. C’est ça que tu caches sous tes dehors glacés ? Eli’, c’est ça que tu planques avec tant d’application ? Ce souvenir que tu convertis en distances, au moyen d’une équation qui t’est propre … ? Et qu’est-ce que tu crois, au juste ? Qu’est-ce que tu penses ? Qu’est-ce qui court-circuite ton esprit ? A quoi bon ajouter ce Je t’aime, Ô combien attendu, Ô combien désiré, si c’est dans l’optique de me faire fuir que tu passes enfin au confessionnal ? Qu’espères-tu, au juste ? Que je me casse ? Que je te laisse à ton terrain miné ?
En réponse à cette idée, je resserrai mon étreinte. Car il n’y avait rien à dire. Pas de silence à escamoter de mots.
Rien à dire, et tout à donner. Encore fallait-il qu’Elissandre se saisît de ce qui lui était laissé.

{ Sujet clos.
See ya dans le rp ma poule ♥

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