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 La Belle et la Bête { Aurelio

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Luisa Carema [Béata]

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MessageSujet: La Belle et la Bête { Aurelio   Dim 5 Sep - 15:41

Le claquement se fit plus fort. La nuit plus noire. Les étoiles brillèrent d'autant plus.
Les hauts immeubles enserraient la rue pavée comme une main gantée le cou d'une jeune femme.
Silence.
Un froid mordant qui s'infiltre partout, agressif. Ennemi du jour, ennemi du soleil, ennemi du temps.

« Je vais te manger. » Semblait-il hurler.

Mais le claquement n'écoutait pas. Le claquement se contentait de claquer. Le claquement était juste au milieu de la rue, ignorant les voitures inexistantes.
Un fin voile de vapeur franchirent ses lèvres bleues. Le claquement, si sentiments il avait eu, aurait été fier de claquer pour cette jolie dame. Tout comme la jolie dame, si sentiments avaient eu, aurait été honteuse de son cousin. Mais aucuns des deux n'avaient de sentiments et l'histoire se termina là, ou plutôt, commença ici.
Un autre claquement commença à essayer de couvrir le premier. Le premier, appelons-le « Bottes », décida de claquer plus fort pour supplanter le deuxième, « Dents », qui décidément était imbattable question rapidité.
Les lèvres laissèrent s'échapper un autre soupir de vapeur, un voile d'espoir scintillant d'eau.
La guerre se fit ouverte. « Bottes » du haut de sa non-existence, demeurait quelqu'un de très orgueilleux, et l'idée que le modeste « Dents » puisse le surpasser chatouillait son ego de façon tout à fais ignoble. Il commença à accélérer la cadence. « Dents » l'ignora.
Le vent, porteur du terrible froid, continuait à s'engouffrer dans la ruelle, faisant claquer son manteau. Une fois. Deux fois. Sa main gantée vint assagir le manteau endiablée.
« Bottes » et « Dents » laissèrent s'échapper un soupir de soulagement. Se battre contre deux claquements à la fois, c'était bien trop difficile par cette froide nuit. Mais le répit fut de courte durée. « Bottes » décida d'abattre sa maîtresse carte. Il se mit à courir.
« Dents », gênée par les vibrations de « Bottes », dû s'arrêter de claquer.

« Bottes », victoire par K.O.

Il faisait froid. Vraiment trop froid. Je serrais les pans de mon manteau autour de moi, soufflant dans mon écharpe dans l'espoir d'y mettre un peu de chaleur afin de réchauffer mon nez, victime malheureuse, trottant à moitié dans l'espoir que je savais vain de me réchauffer et d'arriver à destination. Destination dont j'ignorais la position, d'ailleurs.
Je ne l'avais plus vu depuis tellement longtemps. Longtemps, à quoi cela correspondait-il ? Au moins six mois. Peut-être plus. Notre dernière rencontre avait été tellement houleuse.
Enfin, je suppose que la gifle que j'y avais reçu donnait mérite à ce titre de « houleux ».
Depuis, il avait disparu. Il m'évitait, sûrement. Il ne m'aimait pas, sûrement. J'allais le laisser crever ? Non. Je suis trop bien élevée. Il est trop intéressant. Et puis... Il reste mon cousin.

PASTORE Aurelio.

Les caractères s'affirmaient avec force sur le petit bout de papier que je tenais à la main. Le stylo à bille avait presque déchiré le papier fragile de mon agenda, quand j'avais forcé mon professeur à l'écrire. Visiblement, il connaissait Aurelio. Les gens ne savaient pas mentir.

LOVE'S OUT.

Ah, voilà qui expliquait bien des choses. Pourquoi il ne voulait plus me voir. Pourquoi son professeur de littérature le connaissait. Pourquoi j'avais le sentiment d'être attiré par le bel hidalgo de la deuxième rangée. Ce n'était pas mes sentiments. J'étais vaguement dégoûtée. Déjà, j'avais du mal à me faire à l'idée de relations sexuelles entre les deux sexes, alors entre membres du même sexe... Me revins à l'esprit quelques images que j'avais vu par inadvertance dans un des magasines pornographique d'un camarade.

Je me sentis verdir, rien qu'à ce souvenir. Les humains étaient tellement...sales, et inconvenants, que je ne pus m'empêcher de frémir.

FABRIOSA Delia.

La propriétaire du bar. C'était sur ces maigres indices, qui me disaient déjà beaucoup plus que je ne voulais en savoir, que je cherchais mon cousin. On m'avais dit d'aller à droite. J'espérais que, cette fois encore, on ne s'était pas moquée de moi. Quittant l'avenue déserte à cette heure de la nuit, j'empruntais une petite rue qui eut rebuté plus d'un claustrophobe. Je l'aperçus vite. Il était difficile de le rater, même s'il était relativement discret.
Je n'hésitais pas un instant.
Franchissant le seuil, je fus un instant étonné par la chaleur moite qui y régnait. Une très grande agitation, ou alors une nonchalance calculée s'étiolait dans l'atmosphère, me donnant presque envie de retourner à l'extérieur, car au moins dehors l'air n'était viciée que par l'odeur des voitures.
Je me dirigeais vers le bar. A vrai dire, je me contentais d'espérer. Peut-être que mon professeur s'était trompé ou avait mélangé, peut-être n'étais-ce pas le bon bar, peut-être n'était-il pas là ce soir. Mais je voulais essayer. Encore et toujours.
Je m'assis au comptoir. Le barman me regarda d'un air qui se voulait préventif, me signalant qu'il était préférable pour moi de partir avant qu'il ne soit trop tard. Trop tard pourquoi ? Je ne savais pas et n'avais pas envie de le savoir.
J'enlevais mon manteau, mon écharpe. Malgré le froid que je venais de quitter, mon col roulé et mon jean me tenaient trop chaud. J'essayais de remonter mes manches aux coudes, mais ces efforts pitoyables ne changèrent rien à la situation. J'avais chaud.
Je regardais une fois de plus le barman, qui cette fois-ci me lança un regard de pur mépris. Ah. La méprise était compréhensible, il avait dû me prendre au premier abord pour une prostituée, mais visiblement ma tenue l'avait fait changer d'avis.
Étonnant de constater que le fait que je n'en soit pas une m'attire plus de haine qu'autre chose.
A retenir.

« Auriez-vous des jus de fruits non alcoolisés proposés à la vente ? »

Cependant, je ne me faisais aucune illusion. Il n'avait sûrement pas ça en stock et sûrement pas pour moi. J'étais une indésirable. Pas la peine de te fatiguer, bonhomme. J'ai l'habitude.
Sa seule réponse étant un grognement inaudible, je pris sur moi et commanda un quelconque martini. On n'a rien sans rien.

« Dites-moi... Je cherche un certain Aurelio Pastore... Cela vous dirait-il quelque chose ? »

Il ne me regarda même pas. Mais je ne perdis pas espoir.

« Un brun... Les oreilles percées, aux yeux marron... La peau pâle. Plutôt mince, avec une attitude agressive. »

Le mot « agressif » lui fit l'effet d'un déclic. Il se tourna vers moi et me regarde cette fois-ci avec plus d'intérêt.

« Vous devez parler d'Elio. Il est là-bas, au fond. Vous avez de la chance, son service est bientôt fini. »

Sans le remercier, j'abandonnais mon verre et me dirigeai vers la table du fond, camouflé par un paravent. J'entendis un rire alcoolisé et des murmures.
Sans complexe, je déplaçais le paravent, découvrant mon cousin assis à côté d'un autre homme, en train visiblement de lui faire du charme.

« Aurelio. »

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Dernière édition par Luisa Carema [Béata] le Ven 25 Mar - 12:15, édité 3 fois
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Aurelio Pastore

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MessageSujet: Re: La Belle et la Bête { Aurelio   Dim 5 Sep - 17:10

En se levant ce matin, Elio devait très certainement avoir posé le mauvais pied par terre. En effet, sa journée ne s’était absolument pas passée comme à l’ordinaire. Pire, elle s’était passée à l’exact inverse de ce qu’il aurait souhaité. Déjà, en se réveillant, le jeune homme avait eu la désagréable surprise de trouver une femme dans son lit. Il était pourtant environ quatorze heures quand il ouvrit les yeux, et à cette heure-ci tout le monde avait d’ores et déjà déserté sa petite chambre. Pour la première fois depuis longtemps, il avait donc du mettre quelqu’un dehors. Cathy, peut être. Ou Katia, il ne savait plus bien. Toujours est-il que c’était une erreur d’aguicher de nouvelles filles sans leur parler de ses habitudes. Et là, il avait oublié. Ou pensé que ce n’était pas la peine. Grossière erreur, évidemment. Ne jamais compter sur l’intelligence de ses clientes. Ou alors elles venaient se lover contre vous bien trop tôt pour émerger, en gloussant de manière extrêmement désagréable dans vos oreilles. Comme une pie voleuse qui crierait après un innocent promeneur. Un bruit discontinu, des paroles étouffées par les affres du sommeil dans lesquelles Elio était encore plongé … Insupportable. Mais plus encore l’était le moment de la renvoyer avec plus ou moins de délicatesse, pour tenter de la préserver elle et ainsi d’en faire une habituée potentielle tout en respectant sa manifeste colère. Et bien sûr, après quelques larmes retenues et une gifle, il est difficile de se rendormir. Comme quoi, il y a des heures où il ne valait mieux ne pas déranger Elio …

Puis il avait fallu sortir de son lit, se hisser hors de sa couverture pour se préparer, descendre en salle … Et tomber nez à nez avec une Delia moqueuse, accompagné d’un homme un peu plus âgé que lui, qu’il n’avait jamais vu auparavant. Tout ça pour s’entendre dire que Juan -rien que ce prénom lui donnait des boutons- allait l’aider en salle ce soir, sous prétexte qu’elle devait s’absenter et qu’ils ne seraient pas trop de deux pour faire tourner la boutique. Sauf que le Love’s out, ce n’était pas n’importe quoi. On ne pouvait pas demander à un imbécile au nom tout aussi ridicule de savoir, de comprendre. De servir les bonnes boissons aux bons clients, de séduire avec dextérité pour offrir du rêve et du plaisir. Cela ne s’apprenait pas en quelques heures. D’ailleurs, cela n’y manqua pas : Juan se révéla extrêmement déplaisant. Si bien que, pour ne pas laisser son poing s’écraser sur la figure de ce blanc-bec recommandé par Delia, Elio avait du vider pas moins d’un paquet entier de cigarettes avant l’ouverture. Pas franchement terrible pour ses poumons, encore moins pour l’haleine. Mais le pire du pire restait à venir, et se révéla être le début de soirée. Tout d’abord, quand Juan crut bon d’étaler un savoir qu’il n’avait pas, sous prétexte d’être plus âgé, ensuite quand le froid glacial de ce début d’année s’installa subitement, décourageant la clientèle … Si bien qu’en plus d’être calme, la salle irradiait d’une ambiance complexe, loin d’être reposante et confortable. Résultat : mauvaise soirée pour tout le monde.

Pour limiter les dégâts, tout en maugréant contre Delia et sa nonchalance lorsqu’elle s’absentait, Elio décida d’abandonner son lieu de prédilection, à savoir le bar, pour s’occuper au mieux des clients installés et dispersés entre les box ou les tables, plus conviviales. Justement, ce soir, un homme d’environ trente cinq ans allait égayer sa soirée et lui donner instantanément le sourire. Matteo, puisque c’est ainsi qu’il s’appelait, venait souvent en fin de semaine pour profiter d’un moment sans sa femme, et il finissait régulièrement la nuit ici, en laissant plus de pourboire que la majorité des clients. Le recevant comme il se doit, Elio l’invita à passer derrière un paravent clair, afin d’être d’avantage au calme pour … discuter, et profiter de la soirée. Ils s’installèrent, et malgré le piètre mélange que leur servit Juan, le jeune homme pressentait que sa journée toute entière était sauvée par la présence de Matteo à ses côtés. Celui-ci commençait d’ailleurs à boire généreusement, et son timbre de voix se fit nettement plus délayé et coloré par les effluves enivrants de ses verres pourtant ternes, sans réelles associations de saveurs et de teintes. Mais tout se passait bien, Elio faisait ce qu’il savait faire de mieux : offrir du rêve, offrir des sentiments qu’il n’avait pas. Étaler sur un plateau le culte de l’instant présent, de la bonne humeur et de l’oubli.

Vous vous serez peut être fait la remarque que, si la journée d’Elio n’était pas extraordinaire, elle n’avait rien d’assez désagréable pour vous en parler. Et pourtant, c’est justement pour le contraste qu’il en est ici fait étalage. Car tous ces petits désagréments, toutes les personnes qui s’étaient mises sur le chemin d’une journée réussie, n’étaient rien. Katia, Juan, Delia, le barman voulait bien les affronter tous en même temps si quelqu’un lui avait promis que ce qui allait se passer n’arriverait jamais. Car tout cela n’était que foutaises, poudre aux yeux dans le domaine de l’embêtement et des déceptions. S’il y avait bien une chose qu’Elio ne pouvait pas, ne voulait pas prévoir, c’était de prendre tout d’un coup une douche glacée, bien plus mordante que le vent qui soufflait dehors tout ce qu’il savait. Une douche de souvenirs, un seau rempli d’épisodes venus du passé. Avec comme messagère la fille la plus détestable qui soit dans le petit monde agréable d’Elio. De nulle part, sans prévenir, surgit une silhouette fine, de longs cheveux bruns, des yeux d’un héritage sans doute familial, du même marron inexpressif et sans importance que les siens. Mais ce ne fut pas ça qui lui délivra l’électrochoc quand la jeune fille écarta le paravent d’un geste assuré. Ce fut le ton sans vie, le regard droit et franc, la posture digne mais surtout, surtout, l’aura de bonne vieille fille qui venait taquiner les narines d’Elio, lui arrachant une grimace avant même qu’il ne réalise tout à fait que celle qui venait de faire irruption dans le seul moment de salut de la soirée n’était autre que … Luisa.

« Aurelio. »

Cette voix, si désagréable. Ce nom, oublié depuis longtemps. En une fraction de seconde, Elio se redressa sur son siège, se détachant de Matteo qui comprit bien vite que sa soirée était écourtée -pensait-il par une conquête jalouse-, et blêmit. Réaction instinctive, physique. Ce visage lui rappelait trop de choses, ces cheveux également. Il se souvenait par bribes de parties de jeux dans un jardin, étant petits. Il se souvenait l’entendre crier son nom à travers la grande maison de ses parents lors des parties de cache-cache. Il se souvenait l’avoir souvent prise par la main durant leurs courses folles. Il se souvenait de bien trop de choses. Lentement, le jeune homme porta sa main droite à son front et massa ses paupières qui se faisaient lourdes. Il aurait bien eu besoin d’une aspirine, là tout de suite. Juste pour s’expliquer pourquoi un fantôme de son enfance qu’il n’avait pas vu depuis la dernière baffe qu’il lui avait offerte avec plaisir se trouvait là, sans explication logique. Comment avait-elle trouvé, et surtout où avait-elle déniché le cran de venir jusqu’ici pour le déranger en plein travail ? D’un ton qu’il voulait maitrisé, mais sans se lever pour autant histoire de montrer une marque de politesse, Elio lança sa question dans le vague, bien qu’il eut nettement préféré que seul son verre lui réponde, aimant d’avantage l’idée de l’hallucination que de la réalité :

- Il n’y a plus d’Aurelio, Luisa. C’est Elio, alors inutile de t’obstiner. Pause, soupir. Cela ne servait à rien. Qu’est ce qui t’amène ?

A peine arrivée qu’elle l’agaçait déjà. Un je ne sais quoi chez elle rendait Elio complètement fou. Il arrivait à cacher beaucoup de choses et ce dans de nombreuses circonstances. Mais son peu de considération envers celle qu’il savait être -malheureusement- sa cousine transparaissait de manière évidente dans son attitude. De toutes manières, ils n’étaient cousins que par le sang. Rien ne les obligeait à se voir, à se parler, ou tout simplement à se considérer. Mais Luisa ne savait faire que cela, se comporter en éternel boulet qu’il devait de temps à autres remettre à sa place. Vivement qu’elle parte, vivement qu’il dorme pour oublier cette journée définitivement catastrophique.
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Luisa Carema [Béata]

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MessageSujet: Re: La Belle et la Bête { Aurelio   Mar 7 Sep - 16:39

Sa bouche se pinça. Elle sentit son dos se tendre rien qu'en le voyant. Sa main, venu masser sa tempe, brûlait visiblement de s'écraser sur son visage.
Comme d'habitude, somme toute.
Il s'était teint les cheveux. Percé d'un trou de plus les oreilles. Pâli. Maigri. Mais c'était lui. Pourquoi en douter ? Trop de souvenirs venaient troubler sa vision du présent.
Il lui lança un regard mauvais. Très intéressant. Que ressentait-il à son égard ? Il était fascinant. Il était la face maudite de cette ville. Il était intelligent. Il était indépendant. Il était libre. Sans contrainte. Il n'avait pas l'air plus heureux que cela. Mais qu'est-ce que le bonheur ?
Sourire. N'oublie jamais de sourire, Luisa.

« Allons, allons, Aurelio. Ne dis pas de choses aussi stupides. Sois un peu plus original. » murmurais-je. Montre-moi que tous mes efforts n'ont pas servi à rien. Montre-moi que tu as encore quelque chose à m'apprendre.

Je me tournais vers l'homme accoudé à la table, qui me regardais avec méfiance. Sûrement craignait-il une scène de jalousie ou quelque chose dans le même goût. Je le contemplais un instant. Quelconque. Les cheveux marron, les yeux marron, la trentaine, mariée -on voyait la trace de son anneau-,Totalement quelconque. Plus inintéressant que cela, étais-ce possible ? Par expérience, j'aurais eu tendance à répondre que oui. Ne me déçois pas, cousin. Tu n'es pas de ces quelconques. Nous ne sommes pas quelconque. Et si tu réfléchissais un peu pour voir ?

« Monsieur, » fis-je avec un sourire délicieux et tout à fait faux, tout comme ma maman me l'avait appris, « pourrais-je vous demander de quitter la table un instant ? Je dois avoir une petite discussion avec Aurelio ici-présent, qui ne nécessite nullement votre présence. Merci. »

Je posais une main sur la tête d'Aurelio, lui ébouriffant l'espace d'un instant les cheveux. Avec toujours ce foutu sourire. L'homme, avec l'air outré, se leva en jetant un regard furibond vers son ex-futur coup d'un soir. Il s'éloigna à grands pas. Quand il eut franchi la porte, je m'installais très tranquillement à sa place. Je n'écoutais pas la repartie de mon bien-aimé cousin, cinglante sans doute, conservant une distance de sécurité pour éviter de me faire frapper.
Avec Aurelio, la seule chose qui marche c'est le culot et l'indélicatesse. Il faut frapper le premier pour ne pas être mordu au sang et mis à terre.

« Très cher cousin. Si je suis ici, ce n'est pas pour le plaisir. Mais avant d'en venir aux choses sérieuses, tu seras sûrement ravi d'apprendre que tes parents et ton oncle se portent à merveille. Tante Vanezza espère que tu penses bien à mettre ta petite laine, le soir, quand tu sors. »

Sourire. Sourire. Énerve le. Remporte la première manche. Premier point pour Luisa Carema, « putain de conne de vieille fille ». Mais j'ai besoin de savoir.
Impertinence.
Comment devrais-je m'y prendre pour l'ennuyer un peu plus ?
Ah oui, je sais. Je me penche vers lui, sur le ton des confidences, faisant tinter mes bracelets, lui murmurant d'une voix passionnée -j'espère ne pas mettre trompée dans le dosage- :

« Tu sais quoi, Aurelio... »

Sourire. Encore et toujours. Je tends ma main gantée sur la table, la faisant glisser tranquillement.

« J'ai soif. »

J'attrape son verre, le porte à mes lèvres, fait semblant d'en boire un peu. De l'alcool. Immonde. Les vapeurs me montent à la gorge et me font tourner la tête. Quelques gouttes franchissent impudemment la barrière de ma bouche, y laissant un goût amer absolument détestable.
Je repose le verre, hors de sa portée.

« Tu ne m'aimes pas. O.K. J'ai fini par le comprendre, imagine-toi. Mais ce n'est pas pour autant que je vais te lâcher. J'ai quelques questions à te poser, et ensuite je m'en irais. Pour toujours, si cela s'avère nécessaire. »

Je ne lui laissais même pas le temps de répondre. Secouant ma manche, je laissais tomber Beata sur la table. Effrayée, sonnée, celle-ci m'étourdissait de ses hurlements silencieux. Je la sens hésiter. Où fuir ? Les néons, bien que tamisés, l'aveugle. Elle n'a pas suivi la conversation. Imprudente petite Stella. Il crie trop fort. Je m'en fiche totalement. Pour le moment, il n'est pas important.

Je rangeais temporairement ses contre-arguments et ses regrets dans un coin de mon cerveau, et repris :

« Je te présente Beata. La solitude me pèse, tu sais... Cette petite bête m'apporte tellement de chose.  Juste une chose. Ne l'appelle pas souris. Elle a horreur de ça. Elle préfère Belette-sama. »

Pause. Soupir. Inspiration. Cran. Envol. Curiosité. Putain de curiosité.

« Je voudrais que tu me parles du chien que tu avais lors de ta crise, et ce qu'il est devenu. »

Je place ma tête dans le creux de ma main, accoudée tranquillement sur la table, l'air détendue. Mensonge. Je ne sais pas mentir.
T'inquiètes, adorable Aurelio, je te ferais cracher le morceau.

Spoiler:
 

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Aurelio Pastore

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MessageSujet: Re: La Belle et la Bête { Aurelio   Mer 8 Sep - 17:28

Spoiler:
 


Il existe souvent des tensions dans une famille. Mais ce qui existait entre Luisa et Aurelio, c’était autre chose. C’était un délicat mélange de regrets, de curiosité, de haine et de sentiments enterrés au plus profond. Parce que, franchement, s’il avait voulu Elio aurait pu se débarrasser de son encombrante cousine. S’il n’avait pas eu peur de trop la détruire, en souvenir des bons moments qu’il avait oublié, tout en les gardant quelque part dans un coin de son crâne. De nombreux moyens lui venaient à l’esprit, à chaque fois qu’il croisait le regard amer de cette fille. Il aurait pu l’effrayer en lui apprenant la vie, par exemple. Une bonne petite partie de jambes en l’air, et Luisa la coincée le serait nettement moins … mais aurait très certainement perdu dans l’expérience son envie de le revoir. Lui, s’en fichait. Faire mal n’était pas dans la liste des choses qu’il évitait, aussi le jeune homme devait bien admettre que les liens du sang, parfois, ça compte. Seule explication plausible pour expliquer sa réserve quant à cette merveilleuse idée. Juste pour ça, juste parce qu’il n’osait pas briser ce petit bout de femme qu’il haïssait pourtant un peu plus à chaque rencontre. Oui Luisa, tu pourrais avoir bien mal. Et si le rêve d’Elio était d’extraire sa putain de curiosité mal placée, son air hautain et ses attitudes fausses et totalement répugnantes, il ne se voyait pas employer la manière forte … Bien qu’à chaque fois, l’idée lui traversait l’esprit. Quel plaisir il aurait de voir, un instant, ce visage plat et inexpressif se tordre sous les regrets. Tiens, cette image lui faisait presque oublier le mauvais moment qui se passait désormais sans lui.

Une deuxième fois, le cœur d’Elio -ou du moins le faisant fonction- se serra quand la petite peste chassa Matteo en quelques phrases aussi polies que pourraient l’être des insulte. Arme redoutable qu’elle avait, se rendant détestablement sympathique. Habitude qu’en tout ce temps elle avait gardée, défaut principal et majeur chez cette pauvre fille sans saveurs. Elio eut tout juste le temps de presser la paume de son client, comme une excuse promettant de se rattraper. Il faillit relever lorsque Luisa l’appela encore par ce prénom qui sonnait si mal à ses oreilles. Mais ce fut quand elle passa une main condescendante dans ses cheveux récemment coiffés qu’il ne put s’empêcher de faire un geste de la main, comme on chasserait un moustique, avec dextérité dans la rotation du poignet. Il la rata cependant, son intention n’étant pas encore de briser ces petits os fragiles. Pas encore. Et ce fut le départ définitif de Matteo, accompagné d’un soupir résigné de la part d’Elio. Rien ne servait de s’énerver tout de suite, puisqu’elle n’attendait que cela … et que cette démonstration haute en couleurs n’avait généralement aucun effet contre le calme placide et imperturbable de la gamine qui osait maintenant s’installer sur l’emplacement laissé vide par un de ses meilleurs clients. Le calcul était vite vu, Elio perdait largement au change. Une question de malchance, de mauvais karma peut être. Tout lui souriait, et il ne trainait comme boulet que cette cousine détestable. Cette cousine qu’il aimait pourtant tant choquer dans son attitude, comme un adolescent un peu attardé qui se rebelle contre l’autorité que Luisa n’avait pourtant pas. Comme si le jeune homme avait quelque chose à prouver au reste du monde. C’est du moins ce que pourrait écrire un soit disant spécialiste, s’il ne prenait pas le temps de connaitre le bonhomme, qui jouissait de la totale liberté de la déchéance, de la simple nature des choses, sans retenue ni limites.

A sa tirade maternante et faussement dévouée, Elio n’eut pas grande chose à redire, si ce n’est un haussement d’épaule qui répondait parfaitement bien à sa place. Vanezza, sa mère, ne devait plus se préoccuper de ce fils absent depuis longtemps. Ne donnant pas de nouvelles à sa famille, sa très chère génitrice n’avait que les échos de Luisa, et il doutait fort qu’elle s’inquiète de sa santé. Aussi n’y avait-il strictement rien à répliquer à cette attaque un peu fade de la part de Luisa, qui devait s’affaiblir avec le temps. Il ne tarda d’ailleurs pas à lui faire remarquer, d’un ton moqueur qui ne souffrait pas de réplique :

- Si c’est tout ce que tu as trouvé, je te trouve fatiguée …

Rire, éclat. Si de son côté elle attendait mieux de lui, Elio avait sans le savoir l’exacte réplique de ce sentiment. Car, si Luisa était collante, dérangeante et profondément désagréable, trop éloignée qu’elle était de ses habitudes, Elio s’amusait souvent au moins un temps lors de ses visites imprévues. Comme on rigole une seconde ou deux au zoo, devant un singe qui ferait quelque cabriole. A cette image, le jeune homme se demanda le plus sérieusement du monde s’il la ferait taire en lui lançant des cacahuètes bien salées … Mais elle fit mieux. Continuant le spectacle, sa chère et tendre cousine s’exprima d’une voix ridiculement exagérée dans les sentiments qu’elle n’avait pas, pour lui exposer son désidérata de boire. Allons bon, comme si cette prude gamine pouvait apprécier le goût de l’alcool. Triste poupée qui se prête à un jeu qui n’est pas le sien. Ridicule Luisa. Même si son sourire avait l’effet escompté, à savoir agacer très sérieusement le jeune homme, Luisa n’arriverait à rien en se ridiculisant de la sorte, ou en éloignant de lui son seul réconfort dans la tourmente de son attitude. Après tout, ce n’était qu’une gamine asociale qui aurait du le laisser tranquille. A ce rythme pitoyable, le jeune homme était convaincu de s’en débarrasser rapidement.

« Tu ne m'aimes pas. O.K. J'ai fini par le comprendre, imagine-toi. Mais ce n'est pas pour autant que je vais te lâcher. J'ai quelques questions à te poser, et ensuite je m'en irais. Pour toujours, si cela s'avère nécessaire. »

Elle souriait, toujours. Sans le penser. Eh bien Elio faisait pareil, avec une facilité déconcertante puisque c’était son métier. Tous deux se ressemblaient étrangement, en fin de compte. Ayant empruntés une voie différente, les deux cousins se rejoignaient sur leur froideur au contact des autres, sauf obligation comme peut l’être une discussion familiale qui, de l’extérieur, paraissait plutôt sympathique. Tant de sourires, et pourtant tant de mensonges. Elio se pencha sur le côté pour faire un signe de la tête à Juan qui regardait enfin dans sa direction. Il n’y avait pas grand monde, il allait pouvoir gérer seul pendant que lui-même s’occuperait quelques instants de cette enfant trop leste, qui avait à peine l’âge réglementaire d’entrer ici. Bien que cette fausse excuse soit d’un ridicule évident, ici bas. En tous les cas, alors qu’il demeurait muet, Elio afficha un sourire d’autant plus flagrant lorsqu’elle parla de partir. Voilà qui serait peut être plus efficace que la baffe de la dernière fois. Bonne idée, Luisa. Disparais.

Mais il n’eut pas le temps de lui faire part de son contentement que sa cousine laissa échapper une … souris blanche de son vêtement. Elle la présenta. Oui, la présenta. Avec un nom. Décidément, elle était soit folle soit terriblement en manque du contact social qu’elle n’avait jamais eu étant plus jeune. Allez Luisa, c’est rien. Ça se soigne.

- T’es encore plus barrée que la dernière fois. Et évite ce genre de trucs ici, on pourrait croire à un rat.

Le ton était agacé, agacé de son attitude sereine et à l’aise, énervé même par son détachement. Voilà le visage qui lui donnait si souvent envie de la frapper. De déchirer ce sourire immuable, de casser l’harmonie du visage. Mais ça ne se faisait pas trop, ici. Alors il se contentait de lui renvoyer la balle, satisfaisant ses attentes. Il parlait, c’était déjà ça. Plutôt que de l’ignorer superbement comme il avait eut particulièrement envie de le faire. Sauf que … Sauf que rien ne se passe totalement comme on l’a prévu. Et que Luisa, à force de tâtonner sans succès à la recherche d’un sujet sensible, venait de mettre le doigt sur quelque chose qui faisait très mal. Le chien. Le chien, hein ? Elle disait ça aussi légèrement qu’elle lui demanderait l’heure. Sa main enlaçant son visage si familier, si détestable aussi. Ce comportement. Elio dut respirer profondément pour ne pas laisser son poing la cueillir sous le menton. Rares étaient les individus qui savaient lui procurer une telle réalité dans les sentiments. Et pour cela, il aurait presque du la remercier. Presque.

Se levant rapidement, il attrapa la première chose à sa portée, à savoir la manche longue de sa cousine et la tira vers l’escalier qu’il gravit en silence avant de la pousser sans ménagement dans un couloir qui menait aux chambres de Delia et à la sienne. Restant sur le pas d’une porte, le jeune homme lâcha Luisa, sans l'avoir touchée. Tel n'était pas son but, d'approcher de trop près cette fille qui l'irritait décidément bien trop. Puis il répondit, d’un ton maitrisé où pointait une touche d’énervement. Ça l’emmerdait de le reconnaitre, mais pour une fois elle avait visé juste. Une corde venait de céder brusquement dans son esprit, et un léger mal de tête le prévenait que la barrière à souvenirs n’était plus très loin. Qu’Aurelio rôdait. Pas le Aurelio des paroles de Luisa, mais le vrai. Celui qui avait …

- Un chien reste un chien. Comme un rat un rat.

Esquive vaine la connaissant, mais qui lui permettait de s’habituer à l’attaque et de se préparer à la suivante. Puis, en retenant sa main de partir d'écraser sur la joue immaculée de la jeune fille, Elio reprit avec plus de légèreté :

- Et toi, toujours aussi vide ? Le même monstre qui a fait pleurer son père de rage …

Un prêté pour un rendu, et tant pis si cela n’avait aucun impact. Ce n’était qu’une dérive, qu’une protection. Elle n’avait pas le droit de s’aventurer là bas, elle ne pouvait pas piétiner ce qu’il avait eu tant de mal à construire. Voulait-elle vraiment le faire souffrir à ce point ? Cruelle Luisa, mortelle Luisa. Elle voudrait la mort de son équilibre sur un plateau et réclamerait en plus les conséquences. Compte là-dessus et bois de l’eau. Elio n’allait pas lui faire ce plaisir. Dans cet environnement, il était chez lui. Et si elle était parvenue à le déstabiliser un instant, ce n’était que passager. On ne la lui ferait pas, à lui.
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Luisa Carema [Béata]

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MessageSujet: Re: La Belle et la Bête { Aurelio   Lun 13 Sep - 18:41

Un hurlement silencieux. Un cri dans la nuit. Désespoir. Fureur. Haine. Immense. Intense.
Tout ça rien que pour moi, qu'est-ce que j'en avais de la chance !
Je crois que le temps s'arrêta. Suspendu autour de nous, offrant à mes yeux fascinés les lueurs vagues des plafonniers, flouant sans merci les visages tristes et pauvres des personnes d'ici, ne laissant de net que le visage et la souffrance de celui qui fut Aurelio.
Oui, il n'est plus celui que j'ai connu. Aurelio ne reviendra jamais. L'Aurelio de mon enfance, adorable petit garçon, est mort en même temps qu'Anaelle et Camillo. L'Aurelio que je connaissais, seul personne qui encore avait eu quelques amitiés ou joie à me voir, à me toucher, à me faire jouer. Je me souviens encore des blagues que je ne comprenais -et que je ne comprends pas- qu'il s'évertuait à me raconter, étant petit.
Le seul qui jamais m'ait cru vivante.
Peut-être qu'à travers son ancien lui j'essayais de trouver une porte de sortie pour échapper à la Lune Rouge. Peut-être. Peut-être que je voulais des conseils, des ennuis, de la vie. Peut-être tout cela.
Peut-être pas.
Mon cher cousin.
Peut-être ne le croiras-tu pas, cousin, mais tu m'as manqué.
Mais tu es parti. Pour toujours. Et je sais pour que tu m'aimes comme avant, il faudrait que je fasse des changements impossibles, que j'invente une autre « moi » qui me tuera. Je ne suis pas prête pour cela. Tant pis. Cousin, rien n'est fini.
Rien n'est fini, et tout recommence.
Et moi, dans ce ballet infernal, dans cet éternel recommencent, je t'observe et je sais que tu as mal. Je sais que tu ressens la douleur. La peine. Le chagrin. La haine. Encore et encore. Comme si tu étais branché sur un disque rayé.
Et dire que je peux te libérer. Mais non, mais pas encore cousin. Tu le sauras bientôt, pas la peine de précipiter les choses, non, Elio ?

J'observai ses poings se serrer.
Et le temps repris son cours. Immuable.
La contre-partie du temps perdu me surprit. Tout se passa comme dans un tourbillon. Il saisit ma manche, me laissant à peine le temps de récupérer Béata, à demi-morte de peur sur la table, la serrant malgré tout délicatement dans la paume de ma main, le suivant sans vraiment réfléchir.
J'arrêtai de réfléchir.
Le tourbillon s'arrêta.
Il était en haut d'un escalier, moi dans le début d'un couloir. Je compris que j'étais sûrement là où il dormait, comme me l'avait dit mon professeur. Mais je n'eut pas le temps de me pencher plus avant sur la question.

Un chien reste un chien. Comme un rat un rat.

Il avait l'air hagard d'un perdu, sans même sans rendre compte. Ses yeux fous luisaient, mon montrant sans peine l'envie folle qu'il avait de réitérer son exploit de la dernière fois.

Et toi, toujours aussi vide ? Le même monstre qui a fait pleurer son père de rage …

Mes sourcils se froncèrent sous la surprise. La dernière fois, j'avais dit à Papa que je me fichais de la mort de Maman, parce que tout un chacun se devait au final d'aller reposer six pieds sous terre. Au vu de la tête cramoisi, désespéré mais néanmoins peu étonné qu'il avait tiré, je crois qu'il avait eu du mal à digérer la chose. Mais Aurelio savait ? Alors Papa en avait parlé à Tante Vanezza... Bah, peu importe. Papa n'était qu'une pièce du puzzle. Une pièce utile, important, nécessaire, mais peu intéressante dans le cas présent. Mais ne détourne pas la conversation, Aurelio.

« Tout les chiens ne sont pas forcément des chiens, comme tout les rats ne sont pas forcément des rats. Certains sont différents. Tu le sais bien, d'ailleurs. Même si au final, nous sommes bien pareils les uns aux autres.
Après tout, ne sommes nous pas tous fait de poussières d'étoiles ?
 »

Si tu ne comprends pas, mon bien-aimé Aurelio, alors je devrais trouver un autre ancien Pactisant. Et le forcer, lui à tout me dire. Peut-être le faire souffrir. Je n'ai pas envie de faire souffrir quelqu'un que je ne connais pas. Je n'ai pas le droit, avec les gens que je ne connais pas. Oui, je sais que tu en es un. Quand je confronte nos deux situations, la solution la plus logique pour expliquer le chien, sa disparition, ta crise, tes hallucinations. Pour expliquer ta souffrance à propos du chien, aussi. Expliquer tout. Me donner une raison, aussi. Tu es un Pactisant, comme moi. Tu peux tout me dire. Comment le faire partir. Comment éviter la guerre. Le choix. La douleur. L'éveil définitif de ma conscience. Tu me diras tout, cousin.

« Tu te souviens de la Lune Rouge, d'il y a quinze ans ? »

Oui. Frappe-moi. Cela m'évitera de devoir te toucher. Frappe-moi. Je pourrais te soulager, tu sais? Laisse-moi te toucher, cousin? Mais réponds à mes questions d'abord.

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MessageSujet: Re: La Belle et la Bête { Aurelio   Mer 15 Sep - 13:15

Spoiler:
 

Bon, certes elle n’avait pas été surprise plus que cela quand il lui avait parlé de son comportement. Ni touchée. En même temps, comment le pourrait-elle ? Luisa si inexpressive. Pour elle, ce simple froncement de sourcils était plus que ce à quoi Elio aspirait. Lui si habitué à un visage impassible, des yeux totalement vides et des lèvres aussi immobiles que possible. D’ailleurs, le jeune homme n’attendait pas d’autres réactions. Il aurait été bien stupide, dans le cas contraire. Luisa, c’était … Un essai. Il essayait, en vain, de montrer ses véritables émotions à quelqu’un, en la repoussant de toutes ses forces. Il la détestait autant qu’elle lui était indispensable, tant elle lui permettait d’être honnête envers lui-même. Et si Elio n’en avait pas conscience, il devait beaucoup à sa cousine, lui permettant d’aller jusqu’au bout de lui-même, quitte à s’amocher au passage. Il y avait toujours quelque chose à faire pour se répondre, pour se découvrir, pour se retrouver. Pendant qu’une pluie fine passera à travers vos fantômes, pour toujours, pour toujours. Comme les épouvantails qui carburent cette flamme que vous brûlez, pour toujours et à jamais. Sachez que vous êtes la seule à produire ce torrent de contresens, cette averse d’immersion. Pendant tout cela, Luisa et Aurelio resteront liés, pour toujours et à jamais. Sans le vouloir, sa main prenait celle de la jeune fille en pensées, il étreignait ce frêle corps instable. Il lui tordait le cou, imprimait la marque de sa paume contre sa joue, et ne voulait pourtant pas la lâcher. Merveilleuse Luisa qui ensorcelle une âme de souvenirs …

« Tout les chiens ne sont pas forcément des chiens, comme tout les rats ne sont pas forcément des rats. Certains sont différents. Tu le sais bien, d'ailleurs. Même si au final, nous sommes bien pareils les uns aux autres.
Après tout, ne sommes nous pas tous fait de poussières d'étoiles ?
»

Et merde. Il le revoyait. Ce chien dont elle parlait, qui n’en était pas vraiment un. Cette boule de lumière qui s’était transformé en boule de poils. Une langue râpeuse, une petite voix claire peu adaptée à la carrure imposante de ce berger allemand. Un paradoxe qui voulait tout dire. Des oreilles alertes, dressées vers ce qu’elles semblaient reconnaitre comme leur maitre. Celui là même qui se trouvait à présent devant Luisa, les yeux vitreux, le regard désemparé. Comment savait-elle ? Qui lui avait soufflé ce secret qu’il gardait précieusement enfermé ? Ce détail dont même Delia n’avait jamais entendu le moindre murmure. Evidemment qu’il se souvenait. Pas de la Lune Rouge, non. Mais de cette soirée particulière. Ce monde qui s’était en quelques instants dérobés sous ses pieds, tout juste remplacé par un autre. Un vœu consacré à la nuit, une réponse étonnante et inattendue. Un soutien désagréable, un indispensable qui lui avait bouffé le cœur au passage. Ceci dit, sans lui, rien n’aurait été possible. Il serait encore Aurelio, l’adolescent dépressif et autiste, aurait très certainement décompensé en schizophrénie infantile … Bref, que du bon. Il préférait largement son état actuel, mais ça Luisa ne pouvait sans doute pas le comprendre. Elle qui n’avait pas ressenti de tristesse dans les grands moments de sa vie, comment pourrait-elle appréhender les mécanismes de défense automatiques ? Les nécessités qu’un homme doit accepter pour survivre ? D’une voix rauque et incertaine, Elio quémanda, comme une supplique :

- Comment …

Peut importait comment, au final. Seul comptait le mal qu’elle était en train de répandre dans l’esprit plus ou moins stabilisé d’Elio. Sa joie de vivre tenait à l’oubli, les souvenirs étaient source d’une souffrance particulière. Aussi bien physique que morale. Un aboiement. Un crissement de pneus. Un cri d’adolescente.
Réminiscence difficile. Toute son enfance lui revenait par vagues, lui imposant des images dérangeantes, lui broyant les yeux sous l’imagination de ce jour maudit. Le silence, le vacarme. L’alternance des deux paradoxes brisait à chaque fois quelque chose en lui, comme si ses oreilles ne pouvaient supporter un tel déferlement de contresens. Se souvenir d’un accident auquel il n’avait pas été témoin, mais également des suites. Ses pleurs, ses cauchemars, sa mère qui n’en pouvait plus. Le regard des autres, la pitié qu’il lisait partout. Tellement, tellement de regrets sur ce vœu mais une notion évidente. Elio se prit le crâne entre les mains, délaissant subitement la manche de sa cousine. Sa tête lui faisait mal, son esprit se déchirait, son être même se scindait en deux. Syndrome de dissociation. Qui d’Aurelio ou d’Elio s’exprima à cet instant, d’un ton que l’un et l’autre voulaient plus assuré ? Mystère.

- Poussière d’étoile ou anomalie. Pourquoi tant de curiosité ? Qu’es-tu venue chercher ici, en fouinant et en détruisant tout sur ton passage ? C’est ça, qui t’amuse, au final ?

Pause.

- Tu es détestable. Et bien plus perverse que moi.

Puis il se reprit. Elle n’avait pas le droit. Pas le droit d’avoir cette emprise sur lui. Pas le droit de jouer avec des souvenirs enterrés trop profondément. Il y avait comme un air de soumission, comme un air d’obéissance. Elle était là, si frêle et fragile. Lui était en face, bien plus fort et stable. Sauf que c’était elle qui menait la danse depuis cette fameuse question, il s’en rendait bien compte. Et ça le rongeait de l’intérieur, bouffant son ego, sa fierté et le peu de dignité qu’il avait à ne pas s’aplatir devant les autres. Devant elle. Et pourtant, il avait conscience que rien ce soir ne pouvait l’empêcher de se rendre ridicule, affaibli, atteint. Atteint par quelques mots et une mare d’images et de sons qui tourbillonnaient dans sa tête. C’était la première fois depuis longtemps qu’il n’avait pas eu aussi mal, et s’il avait pu se le permettre sans briser le peu de fierté qu’il lui restait, Elio en aurait pleuré. La douleur tant oubliée revenait par vagues, sans prévenir. Lui qui avait anesthésié ses sens se retrouvait sans aucune défense, livré au bon vouloir de Luisa, qui lui jetait une pierre de plus à chaque respiration. Allez, lapide-moi. Vite, qu’on en finisse.
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MessageSujet: Re: La Belle et la Bête { Aurelio   Mar 19 Oct - 14:28

Qu'il est intéressant de scruter un visage humain. De le scruter, le percer, l'analyser, le déstructurer, le réduire morceau par morceau à de simples bouts de chair et à les relier à un sentiment plus ou moins vulgaire.
Souvent, on dit que les yeux sont les fenêtres de l'âme. C'est faux. Enfin, en partie. L'esprit humain décrypte les émotions non seulement à partir des yeux de son vis-à-vis, mais aussi à partir de la bouche, du nez, du front, des sourcils, de toutes parties du visage visibles.
Visibles ? Non. Il cherche aussi les tensions dans ses muscles, la cause des plissements infimes de sa peau, le mouvement nerveux de son poignet, la rigidité de son dos.
C'est un exercice complexe et difficile, que chaque personne sait pratiquer de nature et de naissance, car nécessaire : sinon, comment savoir quand s'enfuir face au danger, ou rire avec un ami ?
C'est un mécanisme d'auto-défense absolument fascinant, que chaque humain utilise avec plus ou moins d'habilité.
Pour ma part, j'y suis passée maître en la matière depuis un certain temps. Je comprend bien des choses, même si elles ne reflètent pas souvent la même réalité que les gens normaux. Ma perception est différente, mais parfaite. Elle n'engendre en moi aucun changement, comme elle devrait le faire. De plus, j'analyse mais n'exprime pas. C'est assez égoïste, en fait. Je ne fais que lire en eux, mais ne les laisse pas entrer en moi. Le pourrais-je, même si je le voulais ? J'en doute. Je pourrais donner des cours. Comment déstabiliser quelqu'un ? Facile. Ne rien montrer. Rien du tout. Jamais. Cadenassez tout au fond et faites un croix dessus. Facile ? Pas tellement. Enfin, pas pour tout le monde. Et même pour personne. Sauf moi. Est-ce de l'orgueil que de prétendre cela ? Non. C'est juste la vérité. Ma vérité. Je suis un morceau de pierre au milieu d'un carrefour. Immuable et ennuyeux. Et pourtant, je suis aussi pleine de failles que les autres, et un coup de vent pourrait me faire partir en éclat. Me tuer, ou pire encore me détruire.

Je n'ai pas envie de partir.
Ma vie n'a pas de sens, mais je ne veux pas partir.

Je veux juste combler ces failles, ces défaillances. Je veux me réparer. Oui, je suis un jouet cassé. La normalité est un luxe qui m'est refusée depuis longtemps et auquel, je le sais maintenant, j'aspire depuis toujours. La normalité. Qu'est ce qu'une Stella ? Une Stella n'est pas normale. Une Stella n'entre pas dans la composition parfaite d'un être humain parfait, banal, stupidement normal.
Alors, quoi de plus logique que de vouloir s'en débarrasser ?
Bien sûr, tu ne peux pas encore comprendre, Aurelio. Tu n'as pas toutes les cartes en main. Tu ne sais pas encore quelle chose ignoble je suis devenue.
Je te sens me haïr. Mais, pardon, pour l'instant tes sentiments ne sont pas ma priorité. Allons, je suis sûre que si tu avais été à ma place tu aurais fait pareil. Je pourrais détruire une ville, tu sais, pour atteindre mon but. Alors, toi...

Oui, nous sommes des putains d'égoïstes, tous les deux.

« Perverse... Détestable... Sadique... En voilà un triste tableau. Tu as donc gardé cette fâcheuse tendance à me prêter des déviances que je possède pas, et que je n'aimerais pas même connaître. C'est dommage. Et pourtant... peut-être bien que c'est vrai. La curiosité, la « fouinerie », comme tu dis.... J'ai un but à atteindre et, oui, s'il le faut, je te marcherais dessus. Ça t'étonnes ? Tu ne me fera pas croire ça. Désolée pour toi, mais on se ressemble plus que tu ne le voudrais, … cousin. »

Je prend enfin conscience de mon environnement. Perdue dans mes pensées, trop obnubilée par le regard malade et malheureux et furieux et rageur de mon très cher Aurelio, je n'avais pas encore compris. Ce couloir... Je sens l'odeur de l'alcool et de l'amour interdit qui empuantissent les murs, et qui te va si bien... Cette odeur de catin déshonorée que tu traînes avec toi tout le temps. Relent de la salle du bar ? Peut-être, peut-être pas. Tu n'as pas d'appartement, je t'aurais rendu visite ailleurs que dans ce bouge infâme sinon.
Hoho.
Les portes ferment mal, par ici.
Et Beata qui me comprend si bien, cette adorable petite chose. Je la sens descendre le long de mon pantalon, et partir à la découverte de territoires inconnus.

« Je pense que tu as compris. Je suis une Pactisante. Comme tu le fus, auparavant. Ne me contredis pas, je sais que c'est vrai. Je n'aurais qu'une seule question. Une seule. Comment... Comment est-il parti ? »

Il. Même toi tu peux comprendre. Cette chose horrible qui fait mal, qui vous enfonce perpétuellement comme des clous dans le coeur. Ce que certains osent appeler Stella. Étoiles. Quels dénomination hypocrite et malfaisante. Même moi, je sais qu'on ne peut pas les appeler Stella. Veiller sur nous ? Même quelqu'un comme Kitty veille mieux sur lui qu'un Stella sur son Pactisant.
Ces choses nous bouffent, nous tuent, nous rongent.
Et tu t'en est débarrassé.

A bien y regarder, cela me semblait être le plus beau miracle de toute ma vie. Une chance enfin de se débarrasser de tout soupçon d'étrangeté.

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MessageSujet: Re: La Belle et la Bête { Aurelio   Jeu 21 Oct - 14:40

C’était stupide de lui en vouloir. Comme si Elio ne savait pas que sa cousine était prête à aller suffisamment loin pour obtenir ce qu’elle voulait. Comme s’il espérait trouver un regain de tendresse chez elle, une compassion qu’elle n’aurait jamais. Lui détestait la simple idée de savoir que Luisa lui était indispensable et qu’il la chérissait, d’une bien étrange manière certes mais le résultat était là. Il aurait pu lui faire subir beaucoup d’humiliations en claquant des doigts, tenter en vain de la détruire juste pour son simple plaisir d’imaginer la douleur qu’une personne normale ressentirait. Il aurait pu mutiler son corps à défaut de marquer son âme. Mais il ne pouvait pas. Lui éprouvait un semblant de sentiment envers elle, et le jeune homme cherchait désespérément un écho, un signe qui lui prouverait qu’il n’avait pas totalement tord de la préserver de lui. Elio souffrait de cette indifférence, de cette négligence. Luisa lui lacérait le cœur au moins autant qu’elle était distante. Elle enfonçait en son être des milliers d’aiguilles dénuée de sentiment. Il aurait même préféré de la colère, de la haine. La voir ressentir, la voir vivre. Se persuader qu’elle n’était pas aussi loin, déjà un pied dans la tombe. Vide et sans sentiments, un humain n’a aucun intérêt. Et Elio avait besoin de justifier la passion qui l’unissait à sa cousine, même si cette déferlante devait passer par la violence. Il devait expliquer, trouver une raison valable. Se rassurer, en un sens. Trouver un intérêt à ce regard immuable et mort.

Mais il n’y arrivait pas. Et Elio restait avec cette émotion inconnue, cette chaleur glaciale qui avait élue domicile à l’instant où il avait retrouvé sa cousine après l’accident. Lui cherchait la dispute, la confrontation, la haine et le pauvre ne trouvait qu’un désert aride où le vent asséchait toute tentative de sourire. Pendant la tirade de Luisa, Elio fit la grimace. Elle n’avait décidément rien compris, du haut de ses grands airs et de son assurance stupide. D’ailleurs, comment pouvait-elle se targuer de saisir ne serait-ce que le moindre détail de la nature humaine, des émotions alors qu’elle-même n’y avait pas accès. C’est une question qui l’avait toujours habitée depuis ces quelques semaines, et qui à vrai dire lui procurait toujours un éclat de rire jaune. Il lui était refusé l’accès à l’émotion, à la vie et elle osait faire irruption dans la sienne pour tout piétiner et repartir. Pour qui se prenait-elle ? Qui croyait-elle être, Luisa seul petit insecte qu’il aurait aimé à écraser sous son poing. Que serait-elle une fois son masque d’assurance et de défiance brisé. Une loque, un détail. Comme un moustique qui fait beaucoup de bruit et empêche de dormir tranquillement. Comme un moustique qui laisse une trace quelques temps, une marque désagréable mais supportable. Et que l’on oublie après avoir écrasé d’un sourire triomphant. C’est ça, Luisa. Un moustique.

- On ne se ressemble pas, cousine. Tu es mon exacte opposée, à te refuser de vivre, à t’empêcher de ressentir. Tu es morte à mes yeux, tout comme l’es ton cousin. Je ne suis plus celui que tu as connu, alors pourquoi devrais-je te répondre ?

Tandis qu’il parlait, la souris de son interlocutrice dévala la jambe de la jeune femme et se perdit en territoire inconnu. Elio n’y prêta pas attention. Il était bien trop occupé à se soucier de sa voix qui montait en puissance sur la fin de ses paroles. Il fallait se calmer, penser à quelque chose d’agréable. Et puis s’il en avait marre, il savait bien qu’il n’aurait aucun mal à la mettre dehors. L’inconvénient, c’est qu’elle reviendrait lui pourrir la vie aussitôt partie, en ternissant sa réputation par le simple fait de sa présence ici. Mais penser à des choses agréables ce n’était pas penser à Luisa, mais plutôt à son lit qui l’attendait de l’autre côté d’une des portes, celui-ci qui recevait tant d’odeurs qu’il n’en avait plus aucune. Son seul refuge contre la réalité parfois désagréable, son antre aussi ouverte que le bar mais bien plus sécuritaire.

« Je pense que tu as compris. Je suis une Pactisante. Comme tu le fus, auparavant. Ne me contredis pas, je sais que c'est vrai. Je n'aurais qu'une seule question. Une seule. Comment... Comment est-il parti ? »

Elle ne doutait de rien, Luisa. Ceci-dit, même s’il commençait à s’en douter au vu de ses questions, sa révélation le surprit tout de même un peu. Une Pactisante, elle ? Eh bien, il y en avait plus qu’il ne l’avait pensé en recevant la réalisation de son vœu. Lui qui croyait ce monde fermé et secret, lui qui n’en avait jamais parlé, voilà que sa détestable cousine avait percé à jour son seul rempart contre les autres en s’imposant elle aussi comme appartenant à ce monde. Franchement, elle ne doutait de rien, Luisa.

- Tu me laisseras tranquille, hein. Tu le feras. Tu cherches quoi, à te débarrasser de ça ? Toi aussi tu as fait un vœu stupide, une erreur qui t’enchaine à présent à une existence parallèle obséquieuse et omniprésente. Comme un virus, comme un mal dont tu ne pourras te défaire. Mais dis-moi. Toi, qui aime tant me faire souffrir, pourquoi devrais-je t’aider et te répondre ?

Sauf que sa volonté de la voir déguerpir était sans doute plus forte. Plus forte encore que celle de la voir par terre, sale et répugnante cousine qui ne méritait que de vivre la douleur qu’elle ne connaissait pas. Béni serait le jour où cette barrière serait brisée, où elle aussi connaitrait la jouissance de ressentir le mal, la détresse. Qu’elle se roule par terre en hurlant, il n’en avait que faire. Il n’était plus Aurelio, ce n’était plus sa cousine. Il voulait la voir partir, aussi lâcherait-il cette phrase si pleine de sens et si vide à la fois. Elle attendait une solution, un miracle, une révélation. Elle n’aurait qu’une évidence ridicule et beaucoup plus complexe qu’il n’y paraissait. C’est dans un murmure qu’Elio lâcha ces quelques mots prononcés tout bas, en regardant loin devant. En fixant un ailleurs bien lointain qui n’avait plus lieu d’être.

- Il suffit de le réaliser.

Et c’est tout. Aussi simple, aussi difficile que cela.
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MessageSujet: Re: La Belle et la Bête { Aurelio   Mer 2 Fév - 19:14

Spoiler:
 


C'était comme un bloc de marbre qui vous tombait sur la tête du troisième étage. Une catastrophe, une apocalypse, la Troisième Guerre Mondiale en miniature, qui se disputait âprement le drapeau de la victoire, en batailla rangée. Sauf qu'il n'y avait pas de victoire accessible.

« Il suffit de le réaliser. »

Il. Suffit. De. Le. Réaliser. Cinq mots. Cinq mots et déjà un cauchemar qui s'installe. Il ment. Il ment, c'est sûr, c'est obligé. Le. Réaliser. Un vœu, une chimère, un vague espoir, comme un phare qui brille au loin. Sauf que vous n'avez pas de bateau pour traverser, juste votre corps manchot. Suffit. Suffit. Suffit. Ce mot seul déclencha une avalanche en moi. Suffire. Crétin. CRETIN. Moi, monstre ? Tu es le pire de tous. Suffire. Comment peux-tu dire quelque chose d'aussi cruel ? « Mais voyons, il suffit de s'inventer une âme, un cœur, une vie. Et allez donc, c'est facile ! »
L'avalanche ne s'arrête pas. Elle continue, continue, entraîne d'autres roches et s'amplifie. Elle détruit tout sur son passage, elle me donne envie de hurler. Hurlement de douleur, cri de chagrin. Non, non, non, ce n'est pas possible. Suffit ?
Je recule. Un pas. Deux pas. Je sens... les muscles de ma bouche se tordre. Les poches lacrymales, inutiles jusqu'ici, se convulsent et rendent mes globes oculaires plus... humides. Tous les muscles de mon corps se tendent.
Il est temps, plus que temps que tu comprennes, Aurelio, pourquoi je ne pourrais jamais t'aimer. Pourquoi il me faut une autre réponse à ma question, pourquoi celle-ci ne marchera jamais, pourquoi celle-ci est un cul de sac sans queue ni tête. Je laisse mon gant tomber à terre.
Oui, il est temps, très cher Aurelio.

La gifle partit à une vitesse dont je ne me serais pas cru capable. La violence soudaine qui s'était déchaînée en moi m'envahit tout d'un coup de doute : que faisais-je ? Pourquoi ? Que s'était-il passé ? A quel moment avais-je perdu le contrôle de mon corps et de mes pensées ?
Autant de questions sans réponses : ma main toucha sa joue bien avant que je ne puisse toutes les formuler. Ce fut un geste presque symbolique, comme la déchéance de mon monde et la perte de mon passé, mais bien assez fort pour qu'il soit obligé de tendre une main vers le mur de l'étroit couloir. A vrai dire, je n'ai pas souvenir d'avoir jamais frappé avant, et cette expérience m'emplit d'une espèce de satisfaction perverse, dont je ne définis pas exactement ni l'origine ni les limites, et que j'eus à peine le temps de ressentir.
Déjà le jeu cruel de la transmutation se faisait ressentir. Et aussitôt, je me perdis. Tourbillon de colère et de haine, déchaînement de tristesse et de chagrin. Un gouffre profond de sentiments violents et destructeurs qui n'avaient de cesse que de tendre leurs tentacules immondes pour m'attraper. Ils y parvinrent. J'arrêtais de penser. J'arrêtais de respirer. J'arrêtais de vivre.
Je me sentis chanceler.

{ Perte de conscience, perte de temps, perte d'argent, perte d'amour, perte d'un peu tout, perte de la vertu et de l'innocence, perte de l'équilibre et perte de la confiance, perte de la fierté et perte du pardon. Disparition d'un monde.

Le temps s'était comme arrêté. Que s'était-il passé ? Je n'en savais rien. Je m'étais perdu. Je n'avais rien saisi, rien compris, les émotions d'habitudes chatoyantes et subtiles de mes viols mentaux étaient devenus de grosses bêtes affamées qui ne voulaient que me manger, sans me laisser le temps de les admirer. Était-ce cela, ce qui se passait quand je touchais quelqu'un ?
Ou plus simplement, avais-je cassé Aurelio au-delà de toute réparation ? De tous les codes moraux que je m'infligeait depuis déjà fort longtemps ?
L'épaule appuyé contre le mur, je reprenais lentement mon souffle, la tête baissée, les cheveux en bataille. Je me rendais compte enfin des longues dix minutes qui s'étaient passées, de ma quasi-perte de connaissance, et enfin de ce que j'avais fait.
Qu'avais-je brisé en lui ?

Mais malgré tous ces questionnements, je ne posais pas le regard sur lui, je me contentais de fixer le sol, bêtement. Mon âme se calmait enfin. Enfin... Le calme plat revenait. L'habituelle platitude se refaisait une place en moi. Une certaine sécurité s'installait, comme un fin voile opaque. Et la sensation de manque revenait...
De mon dos, je sentis Beata revenir en courant, affolé par la crue soudaine des sentiments qui avait transité par son maigre corps pour me revenir ensuite mille fois plus forts. La petite résistance sur pattes grimpa sur mon pantalon et alla se nicher dans mon cou, piaillant sans discontinuer, d'une voix criarde et affolée, je ne sais quels ordres et autres demandes toutes plus stupides les unes que les autres.
Et je fus enfin capable de parler. Je sentis mes lèvres bouger, presque contre ma volonté, et ma voix résonner, pâteuse, triste, frêle, presque lugubre.

« Pardon... »

J'avais perdu. La larme qui s'agrippait aux derniers cils dévala enfin le long de ma joue.

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Dernière édition par Luisa Carema [Béata] le Ven 25 Mar - 12:21, édité 1 fois
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Aurelio Pastore

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MessageSujet: Re: La Belle et la Bête { Aurelio   Sam 5 Fév - 8:29

La colère affronte courageusement le découragement. L’envie de la voir partir se bat avec rage contre celle de la voir rester. Elio aimerait la pousser du haut de ces escaliers, la précipiter vers un abîme qui, peut-être, lui intimerait le désir de ne jamais revenir. Mais il aimerait également lui apporter la réponse qu’elle semble tant chercher, celle qu’elle se tue à lui demander. Celle que, manifestement, il n’a pu lui donner. Et c’est pourtant la seule vérité qu’il connait en ce monde, la seule issue possible sur un vœu non désiré, ou du moins pas de cette façon. Elio ne savait pas, n’avait aucune idée de ce qu’avait souhaité la jeune femme qui lui servait de cousine. Il ne devinait pas ce qui s’était passé sous son crâne défaillant pour la mener à un tel besoin de s’en libérer, de le rejeter loin, en dehors de son cœur qui ne sentait même plus les meurtrissures qui l’accablait. Il ne comprit pas le désarroi qui s’empara d’elle alors qu’il avait seulement tenté de l’aider. Mais en la voyant reculer, le visage crispé sous la tension qu’un espoir brisé faisait naitre, le barman finit par comprendre qu’elle attendait beaucoup de sa confession. Et qu’il n’avait strictement rien fait, sinon provoquer cet état chez elle. État qui ne pouvait d’ailleurs pas être caractérisé, au vu de ses réactions. Comment définir ce mélange de colère, déception, illusion brisée et piétinée à terre ? Comment comprendre ce qui se passait dans l’esprit productif mais inatteignable de Luisa ?

Mais Elio comprend. Au moment où le gant de sa bien-aimée cousine est laissé à l’abandon sur le sol du couloir, il lui offre un imperceptible sourire, presque heureux, une seconde avant l’impact. Enfin. Voilà ce qu’il attendait. Qu’elle le déteste, vraiment. Au moins, elle arrêtera de le faire souffrir en ne le regardant qu’avec indifférence, parfois un peu de dédain lorsqu’il se comporte comme à son habitude. Là, la gifle qu’elle va lui envoyer sera véritablement emprunte de colère, de haine, de volonté de faire mal. Plus par le symbole que par le geste, d’ailleurs. Car Elio a reçu bon nombre de gifles depuis qu’il a abandonné son air sage d’angelot, mais jamais aucune n’a réussi à l’ébranler un seul instant. Alors que la démarche de Luisa est violente dans sa seule intention, alors qu’il n’a jamais eu aussi mal sans qu’on le touche. Le temps est comme arrêté pour le jeune homme, qui peut même presque porter une main à sa joue, là où il sait qu’elle va le frapper. Il pourrait l’en empêcher, il en a conscience. Au lieu de cela, voilà que le jeune homme tend sa joue et ferme un instant les yeux, satisfait de cette décision imprévue. Puis, enfin, c’est l’impact. Sous le coup, alors qu’il s’y est totalement abandonné, Elio ne peut retenir son corps de vriller, s’appuyant alors contre le mur à l’aide de son avant-bras. Et voilà, elle l’a frappé. Mais ce qui n’était pas prévu, c’est qu’elle ait fait dans le même temps bien plus que cela.

[Tu as tué Elio.

J’ai mal dans la poitrine. Je ne savais pas que le corps pouvait aussi comprendre ma tête. Je ne pensais pas que la souffrance physique pouvait relever d’une douleur purement psychologique. Je m’en fiche. Je n’ai pas vraiment mal, en fait. C’est comme si on prenait mon corps, en l’écartelant d’une violence inouïe et sans prévenir puis que l’on avait pansé mes blessures. Chacun de mes muscles me fait mal, d’un élancement sourd et insupportable, la seule possibilité de le faire comprendre serait de hurler. Mais ça ne suffirait pas. On me broie le cœur, si bien que j’ai déjà l’impression qu’il m’a été arraché avant d’être livré en pâture à ceux qui aimerait s’en repaître. Comment pourrais-je expliquer en mots ce que seuls mes yeux croient voir ? Ce désert au ciel sombre, fait de sel crissant sous mes pieds. Le sel des larmes de ceux qui sont passés ici, de ceux qui ont abandonné tout espoir d’en voir un jour le bout. Le désespoir à l’état le plus pur, dans son expression la plus évidente. La peur, la souffrance, l’errance. Le sol sous mes pieds est instable, je tombe sans cesse dans cet océan qui me donne soif, me dessèche et arrache ma peau petit à petit. Les cristaux déchirent ma chair, entament mon épiderme rendu fragile par l’acidité de l’air. Je me noie dans cette eau solide et venimeuse, dans ce monde hostile et brutal. Les souvenirs qui hantent ce lieu que je ne connais pas m’assaillent, mon esprit se tord et je ne vois plus rien qu’une sombre obscurité qui me tend les bras. Je passe de moi, mon vrai moi désespéré, à elle. D’Aurelio en Luisa, c’est la souffrance du trop-plein contre la torture du vide. Je navigue, ne sachant plus trop bien ce qui est moi, ce qui est elle, ce qui est mon passé.

Je suis fatigué de croire qu’il y a un moyen de s’échapper, je suis las de serrer les dents pour contenir le mal qui me ronge depuis des mois sans que j’en prenne conscience. Car il a continué, ce démon vengeur que j’ai voulu arrêter de voir. Maintenant qu’il se tient devant moi, avec son sourire satisfait et un bout de moi dans sa main dégoulinante de mon propre sang, je sais qu’il ne m’a jamais quitté. Je suis trop précieux, et je comprends alors seulement pourquoi chaque jour je me trouvais plus indifférent, pourquoi la mort et le risque ne m’importaient pas, pas plus que l’amour ou la reconnaissance. C’était sous son impulsion, vil démon qui a presque fini son repas et rêve d’un autre hôte, souhaitant alors s’extraire de mon corps en miettes. Mais avant cela, la consécration, l’aboutissement de tant de semaines de douleur sourde ignorée. Réunir mon corps et mon esprit ont rendu les deux vulnérables alors qu’auparavant, livrer l’un permettait la survie de l’autre. Les retrouvailles se font en grandes pompes, et seules mes idées se déchirent, naissent et galopent sous mon crâne alors qu’à l’ordinaire, c’est cette enveloppe à présent immobile qui s’activait, me laissant en paix. Il fait noir, maintenant que j’ai ouvert les yeux sur la réalité de ma pauvre survie, de cet état que je croyais sûr et protecteur. Il fait noir sous mon crâne, c’est peut-être l’heure de fermer les yeux et de se laisser aller au cauchemar.

Viens te coucher, ne me laisse pas dormir seul. Je ne pourrais pas cacher totalement le vide que tu as laissé, je n’ai jamais voulu que ce soit si froid. Je préférais l’indifférence et l’instabilité. Maintenant, il ne me reste que mes yeux pour pleurer et une image de toi qui s’éloigne, la seule qui ait jamais voulu que je sois moi. Je me demande ce qui ne va pas chez moi. Tout à coup, je ne me souviens plus de tes paroles gentilles, celles que j’étais persuadé d’entendre toujours quand ça n’allait pas. Je ne revois plus la tendresse que je croyais te savoir utiliser. Où sont passés mes bons souvenirs de toi ? Est-ce le temps ou les hommes qui n’ont plus le temps de passer le temps, qui m’ont dérobés ces chères images emplies de souvenirs, de mon enfance à maintenant ? Il y avait dans le temps des fleurs qui poussaient dans le jardin, mais le temps a passé et seules restent les pensées. Et dans ma main, comme dans la tienne, il ne reste rien.

Je ne vois plus rien, n’entend plus rien. Je me souviens à peine où je suis, avec qui. Ce que j’ai dit, ce que j’ai fait. Et aucun son ne me parvient plus, me laissant seul dans le terrible et effrayant espace noir et vide qu’est mon cœur. Ou le tien.]

Puis il revient. Presque. Car ses yeux gardent cette inexpression, tandis que son corps tremble d’horreur. Il ne s’y attendait pas, personne ne lui avait dit que sa cousine était ainsi faite. Qu’elle était un monstre capable de vider les gens de leur substance, de les priver de tout appel d’air et de lumière. Elio a cru suffoquer, il sent encore ses poumons réclamer à grands cris leur apport en oxygène, il sent ses muscles sursauter de surprise, le temps qui s’est écoulé ne lui ayant nullement permis de se reprendre. Il a vu la mort, celle de sa cousine. Ce qu’il ne faisait qu’imaginer et critiquer, il l'a ressentie comme si c’était lui. Il a pu voir sa propre douleur, et à cet instant Elio serait prêt à faire n’importe quoi pour être sûr d’être en vie. D’ailleurs, dans un élan d’impulsion qui ne se veut pas aussi fort qu’en temps normal, sa capacité à bouger étant légèrement limitée par la tétanie de cette expérience, le jeune homme abat violemment son poing dans le mur de l’établissement. Un bruit sonore, celui d’un pan de ciment qui résiste contre l’os des phalanges qui cède. Ah oui, il a mal. Vaguement, de très loin, mais il a mal. Il est en vie. Et uniquement concentré sur cette pensée, sur cette idée, sans songer encore à quel point il la déteste d’avoir fait cela, d’être cela. Il ne peut qu’articuler dans l’air ambiant, sans bien savoir ce qu’il dit ni à qui est adressée cette injonction :

- Monstre.

Elio tente de fuir, se débat contre lui-même et, inconsciemment, désire revenir en arrière, ravaler ses paroles et demeurer transparent, frivole et dédaigneux si c’est le prix à payer pour cela. Tout plutôt que de ne pas avoir mal ? Elio sait pourtant bien qu’il est trop tard pour s’en retourner. Maintenant que les mots sont formulés, il ne peut plus se convaincre que son imagination lui joue des tours. Il devient alors impossible de s’échapper, son cœur plaqué aux épingles dans sa poitrine, sans aucune défense ni artifice. Mis à nu, sous le joug des mots qui ont franchis la barrière de sa conscience. Le jeune homme a mal, mais c’est le coût à accepter pour avancer. Et, il se l’est promis, il avancera. La laissant, elle, derrière s’il le faut. Reprenant alors peu à peu la maîtrise de son esprit, le barman à la main ensanglantée entame doucement un processus d’acceptation. Chassant la haine, chassant la peur, chassant tout ce qui fait qu’il n’est pas lui. Heureusement, le cerveau humain est une machine absolument admirable qui peut enregistrer des détails sans que l’on en ait conscience. Ou d’autres choses, comme des paroles qui n’auraient pas remontées jusqu’aux oreilles d’Elio si sa mémoire n’avait pas agi d’instinct en enregistrant ce que Luisa lui répondait. A vrai dire, le jeune homme était encore dans une apathie profonde, presque léthargique, et sentir son corps flotter pour se dissoudre ne l’aurait pas étonné outre mesure. Ce fut bizarrement l’absence du regard inquisiteur de sa cousine sur lui qui le ramena progressivement à l’instant présent, dans un monde qui n’attendait plus que lui. Frissonnant légèrement sous les agressions sensorielles qui lui parvenaient avec une netteté assez relative, Elio fut donc ramené -au moins un peu- à lui. A cette distance, à cette capacité à s’éloigner. Simplement au bon moment pour pouvoir entendre un ... Pardon.

Ah non, ça ne fait pas partie de son vocabulaire à elle. C’est illusion, chimère. Et pourtant, c’est Luisa. Luisa qui verse une larme, en face de lui. Et lui qui ne peut rien faire pour la prendre dans ses bras et lui assurer qu’elle est pardonnée. Content, de façon assez lointaine toutefois, une grande tristesse s’empare pourtant simultanément d’Elio. Elle a ressenti. Elle a eu un sursaut de vie, tandis que lui n’a fait qu’expérimenter sa mort. Et il n’y peut rien, puisque c’est la seule façon qu’il a de la secouer. Détruire ce qu’elle est pour tenter vainement de faire ressurgir un semblant d’humanité. Il ne peut alors que la regarder là, tandis que son bras le lance de plus en plus et qu’il reste abasourdi par ce tableau irréel et totalement imprévu. La seule chose qu’il puisse faire, c’est fuir cette larme. Fuir son œuvre, se retrancher dans ce qu’il sait faire. Aimer les gens de façon totalement aliénée, ne pouvant être normal dans ses relations qu’avec les personnes qui ne comptent pas. Allez Elio, on se reprend, on affiche un semblant de sourire tremblant et on répond.

- Pour quoi, pour le décrassage de neurones ? Tu es pardonnée.

Pas pour le reste.

- Au moins maintenant tu ne pourras plus dire que je ne comprends rien.

Et il aurait préféré.

- Et maintenant ?

Et maintenant il a envie de la serrer contre lui, quitte à revivre cela. Pourquoi, pourquoi reste-t-elle dans son cœur comme une écharde sous la peau, pourquoi l’aime-t-il autant ? Pourquoi doit-il ne pas la rejeter, pourquoi ne parvient-il pas à lui en vouloir vraiment ?

- Tu es détestable. Sens, sens ce que cela fait d’être détestée plus que d’être ignorée ou fuie. Comprends que je te hais. Haïs moi.
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MessageSujet: Re: La Belle et la Bête { Aurelio   Jeu 21 Avr - 7:17

Elle tiqua à peine. Alors voilà son but. Se faire haïr. Haïr. Peut-être étais-ce la seule chose dont il était capable ? Qui sait, si Luisa ne savait que se taire, si Aurelio ne savait que geindre, peut-être qu'Elio ne savait que détester. Détester, détruire. Deux destins résumés en deux mots. Deux vies qui s'entremêlent, s'entrechoquent sans cesse, se fragilisant à chaque contact, s'empoisonnant à chaque bouffée, ne pouvant vivre loin de l'autre.
Et aujourd'hui, l'osmose, l'apothéose, a été réalisé. Le mot de la fin a été donné. Ils se comprennent enfin. Ou presque. Luisa ne comprendra jamais, n'analysera jamais tout ce qu'elle a perçu. Elio ne percevra jamais l'ampleur du désastre. Et comment le pourrait-il ? Qui peut prétendre, en ayant vu le désert, tout y connaître ? Ce lieu a beau l'air vide, il n'en reste pas moins chargé de milliers et de milliers de petits grains de sables déterminés à vous tuer lentement et douloureusement. Mais ils se comprennent enfin. Et tout s'achève là. Ce qui fut est mort, mort et enterré, elle comprend enfin.
Mais tout peut encore recommencer, n'est-ce pas ?
Luisa et Aurelio sont mort.
Luisa et Elio ne demandent qu'à vivre.
Tout peut encore recommencer, oui. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir. Et de l'espoir, c'est la chose qui n'est pas encore totalement pourrie dans ces deux carcasses abîmées par le semblant de vie qu'elles ont menées. Et tous les mots, toutes les flèches lancées par ce guerrier blessé n'y changeront rien. C'est un état de fait.


 Tu es détestable. Sens, sens ce que cela fait d’être détestée plus que d’être ignorée ou fuie. Comprends que je te hais. Haïs moi.

Cette phrase, ces mots tournaient en boucle dans sa tête, comme branchés sur un vieux gramophone tordu et fatigué. Ce n'était pas de la peine, ce n'était pas de la joie, mais c'était plutôt chouette. Comme une chanson entraînante mais mélancolique : on aurait dit le doux chant d'un ramier blessé. Un oiseau pris au piège. Voilà peut-être la comparaison qui allait le mieux à Elio. Alors, elle ne t'intéresse pas ? Tu la hais ? Qu'importe. Si tu peux la haïr, c'est que tout est encore possible. La haine, c'est de l'amour mal grimée, et vice-versa. Mais ces petits mots, qui auraient pu être si destructeur dans d'autres circonstances, ne le furent pas. Luisa redevint Luisa. Mais une Luisa plus accessible qu'avant. Elle reprit de la distance. Elle vit bien des choses, dans ces mots, mais rien qu'elle puisse formuler pour atténuer la souffrance de son cousin, aucun qu'elle n'aurait pu transformer en geste d'affection. Alors elle se contenta de continuer son chemin, vers son but, sa porte de sortie.
Elle l'ignora. Comme d'habitude.

« Pas la peine de t'expliquer... ce que je peux faire. Mais... il est irréalisable. Elio. Je suis née comme ça. Tu le sais. Tu le sais. Je n'ai jamais changé d'un iota. Et maintenant, pour une bête phrase dite au mauvais moment au mauvais endroit... Pourquoi ça devrait changer maintenant ? Pourquoi est-ce que ça me tombe dessus comme ça ? Une seule erreur, un seul écart, et on m'a arrache à une vie de perfection ? Qu'ai-je donc fait pour mériter ça ? »

Une voix qui part dans les aigus. Une voix qui s'envole. Une voix qui crie contre l'injustice qui s'aggrave en permanence, comme si son détenteur avait été le plus grand chanceux de la terre dans une autre vie. Comme si son karma devait se rééquilibrer de la façon la plus mesquine qui soit. Une voix brisée. Des questions sans réponses. Un futur sans intérêt. Et ça et là, quelques pillards qui se disputent les ruines d'une vie autrefois si bien ordonnée.

« J'étais peut-être insensible et monstrueuse, comme tu dis, mais au moins je n'avais pas mal ! Parce que c'est bien beau tout ça, mais rien ne me dit que ça va s'arrêter ! Je n'en peux plus ! »

Elle est en colère. Elle est épuisée. Pas contre toi, pas vraiment, mais tu es là au bon moment, au bon endroit, et tu es une bonne cible. Et puis ça te fait plaisir de la voir crier ainsi, non ? Oui, ça doit drôlement t'exciter. C'est vrai, observer la chute finale, quel spectacle magnifique. C'est l'hallali, la curée. Il ne te reste plus qu'à enfouir une dague au fond de ses entrailles, et tu l'auras achevé. Elle n'aura eu que ce qu'elle mérite, n'est-ce pas ?

Elle recula un peu. S'adossa au mur. Chuta, plia ses genoux, s'y appuya sur ses coudes et enfouit sa tête dans ses mains. Et murmura.


« J'en peux plus... »

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MessageSujet: Re: La Belle et la Bête { Aurelio   Mer 15 Juin - 12:03

Difficile de dire alors ce qui gagnait, dans l’esprit tourmenté d’un cousin partagé entre le besoin de protéger, de rassurer et celui de fuir, de se préserver. Le jeune homme hésitait toujours à se diriger vers elle pour l’enlacer quelque en soit le prix, mais ce qui le retint ce fut la conviction que cela ne servirait à rien. Si un geste aussi ridicule et futile pouvait le rassurer lui, le conforter dans ses décisions et sécher sa tristesse d’un revers de manche, ce n’était sans doute pas la même chose pour Luisa. Elle n’en aurait sans doute rien à faire pire, il l’incommoderait sûrement. Alors restant encore là, les bras ballants ne sachant que faire, il ne pouvait que se remettre tout seul sans compter, comme à l’ordinaire, sur celle qui se prétendait être de sa famille. La main abîmée au bout de son bras commençait à le lancer en irradiant sa douleur aux alentours, mais Elio était encore choqué par le spectacle qui avait pris possession de son esprit un instant. Alors c’était ça, c’était tout ça qu’il n’avait jamais vraiment connu. Son sort était presque enviable, finalement, et ce même d’un œil extérieur qui considérerait sa condition comme pitoyable alors qu’il s’y sentait heureux. Presque, parce qu’on a beau souffrir, on n’est pas obligé de se montrer totalement insupportable. Sauf lorsque l’on s’appelle Luisa.

Après sa tirade, Elio changea son regard sur elle. De compatissant, il passa à réprobateur. Elle disait ce genre de chose sans prendre en compte les mots qui pouvaient sortir de sa bouche, sans réfléchir aux mots qui lui étaient adressés. Le jeune homme bouillait toujours intérieurement, malgré le soudain calme violent qui s’était abattu sur lui quelques secondes auparavant, secondes qui lui avaient paru durer des siècles. Elle espérait peut-être se voir réconfortée, se voir assurer qu’elle n’était qu’une pauvre victime rejetée à cause d’une bête erreur. Une phrase dite au mauvais moment, rien que ça ? Voilà comment elle résumait l’un des deux drames qui avaient secoués sa famille proche durant toutes ces années ? Il en eut presque l’envie de rire, mais se contenta de lui parler de nouveau d’un ton froid qu’il espérait pouvoir percer la folie qui habitait la jeune fille à cet instant.

- Tu as changée quand tu t’es trompée, Luisa. Être différent n’est pas un crime, mais il faut tout de même imiter les autres pour se faire accepter. Tu assumes, ou pas. Si tu n’assumes pas il ne fallait pas faire cette erreur. Et ne compte pas sur moi pour te plaindre, n’importe quelle vie peut basculer d’un simple détail idiot. Tu n’es pas la seule malheureuse sur terre ou même dans ton entourage, il y en a bien d’autres qui pourraient se plaindre à ta manière.

Son manège de petite fille crisant ne prit pas, même quand elle laissa le timbre de sa voix partir dans des tonalités inattendues, s’exprimant violemment. Elio priait juste pour qu’elle ne dérange pas trop les clients en bas, et se contentait d’attendre la fin de son mélodrame. Elle continua, pourtant, en lui injurant que la douleur était insupportable comparée à son image. Ce qui, encore une fois, était en total désaccord avec sa propre manière de penser. Il la laissa choir par terre, comme une enfant qui se fait gronder et pleure de honte, pour rétorquer.

- Si tu préfères être horrible plutôt que de vivre comme le commun des mortels, libre à toi. Mais si tu avais découvert ça plus tôt peut-être n’aurais-tu jamais fait l’erreur de ta vie. Tu n’en serais pas là. Alors sois plutôt heureuse des merveilleuses perspectives de souffrance que cela t’offre.

Toutefois incapable de la laisser là comme un déchet que l’on jette sur le bord d’une route, Elio s’accroupit pour arriver à son niveau et fixer la tête qui disparaissait entre ses bras. Il ne la toucha pas, bien que l’intention y soit, et se contenta de souffler sur le dessus de son crâne, faisant voleter quelques mèches légères qui dansaient sous son impulsion. Il se calma, rendit sa voix moins moralisatrice et plus douce pour finir son discours.

- Bienvenue dans le monde réel, cousine.

Il ne l’appelait que très rarement comme cela, lui qui rêvait plus que tout qu’elle disparaisse de sa vie, de son arbre généalogique, de ses souvenirs. Mais devant sa faiblesse, il ne pouvait pas se faire sévère longtemps bien qu’à l’ordinaire le désespoir d’une âme en peine ne le touche que peu. Il préférait le rire aux larmes, celui-là même dont il se délectait au quotidien et qu’elle lui empêchait d’aller découvrir ce soir. Décidemment, jusqu’au bout elle aurait été contrariante. Au bout ? Mais qu’est-ce qui lui disait que c’était la fin ? Luisa était encore là, pantelante, et si lui estimait lui avoir dit tout ce qu’il restait sur le cœur il était prêt à faire tout de même un geste pour elle en lui prêtant un lit confortable où pleurer encore toute la nuit. Il ne lui devait rien, mais pouvait bien faire ça pour quelqu’un une fois dans sa vie.
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