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 Un cadavre sur le trottoir. {Angelo

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Luisa Carema [Béata]

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MessageSujet: Un cadavre sur le trottoir. {Angelo   Sam 25 Sep - 14:55

Citation :
Angelo comprend enfin. Mais pas comme il faut, il laisse sa rage et sa folie prendre le dessus sur tout.
Et si Luisa mourait ?

Le couteau s'enfonça difficilement dans le beurre encore froid. Il en coupa un morceau et l'étala tant bien que mal sur le croissant chaud. Il plongea ensuite dans un pot de confiture de framboise auquel il donna le même sort que le beurre.

Luisa reposa son couteau et cala sa tête dans ses mains. Comme d'habitude, elle était assise à la table dans l'angle, à côté de la fenêtre. Le disque solaire était encore haut dans le ciel et, même si ses rayons écrasaient les nombreuses personnes se baladant, elle était épargnée, le café "Anonimo" faisant dos au soleil.
Il était désert. La chaleur étouffante n'avait pas réussi à y pénétrer, grâce aux ventilateurs qui vrombissaient au plafond et seul le barman et Luisa profitaient de la fraîcheur bienvenue, les autres clients préférant sans doute contempler la foule en y cherchant des visages familiers. Elle les voyait s'étioler, même à l'ombre des parasols, sous cette chaleur grotesque et nul ne faisait un geste pour épargner leurs chemises des auréoles de sueur qui s'y étalaient avec majesté.

Pour sa part, elle se trouvait très bien à l'intérieur. Elle n'avais envie de ne voir qu'une seule personne, et elle était là pour cela, comme la plupart des samedi, après le déjeuner. Enfin, envie. Tout est relatif, n'est-ce pas ? Mais il lui fallait avouer que ces moments passés avec cet homme étrange avaient un petit quelque chose d'agréable, voire même d'attirant.

"Putain... pourquoi lui, tu m'expliques ?"

Luisa ignora la barbare injonction et l'insulte plus que déplacée dans la bouche d'ordinaire si élégante de Beata. Elle savait qu'il n'appréciait guère que ces premières sensations, non artificielles, s'entend, lui soient procurées par cet homme qu'il jugeait détestable, de mauvais goût et dangereux. Et puis, Beata était accessoirement jaloux.

"C'est moi qui aurait dû t'offrir une âme, pas ce... ce... fou sanguinaire !"
"Tu es jaloux, Beata. Et il ne m'a rien offert du tout."

Luisa ne comprend pas ce qu'elle ressent. De l'amour ? De l'amitié ? Une simple attirance corporelle ? Un peu tout ça, peut-être. Mais Luisa ne connait pas l'amour. Luisa ne connait pas grand chose, au fond. Alors peut-être qu'elle se figure des trucs, qu'elle s'imagine ce que ressentent les gens. Alors savoir ce qui remue au fond de son coeur, quand même les gens normaux ne sauraient pas définir un aussi petit mouvement. En fait, eux-même ne l'aurait pas perçu, si Luisa n'était pas aussi attentive à tout mouvement suspect dans cette partie-là.

Assise, elle scrutait toujours la foule, calée confortablement, le dos un peu vouté, cherchant avec un air d'indifférence le dénommé Angelo Tornioli.
Il y avait de tout, dans cette foule. Des touristes. Des vieux. Des jeunes. Des couples. Des disputes. Des claques perdues. Des glaces. Des ballons. Des rires. Des enfants, partout. Quelques chiens, pas tous en laisse. Un vieux chat tout maigre se dorait sur une voiture. Les contours des statues étaient troublés par la chaleur. La place entière grouillait de monde, mais semblant vouloir s'effondrer à tout moment, comme si ses bases n'étaient plus solides ni même définie.

Luisa soupira. A quoi bon attendre ? Peut-être même ne viendrait-il pas. Elle fit glisser sa souris dans la poche secrète de son sac à main, se redressa et trempa son croissant dans son chocolat au lait.
Oui, nous sommes d'accords, ce n'est pas vraiment le moment de boire ou de manger cela, mais elle avait commandé la première chose qui lui passait par l'esprit, c'est à dire sa commande habituelle et comme on lui avait bien appris à ne pas gaspiller...
Elle croqua la partie touché par le caco et le reposa. Portant la tasse à ses lèvres, elle frissonna un peu. Elle commençait à ressentir vraiment la fraîcheur de la salle et regretta soudainement de ne pas avoir pris de gilet. Absurde, n'est-ce pas ?
En attendant, le barman ne devais sûrement pas savoir régler la climatisation.

Avec son dos-nu en coton et son short, elle allait attraper sans aucun doute un rhume carabiné.
Spoiler:
 

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Dernière édition par Luisa Carema [Béata] le Sam 21 Mai - 5:04, édité 4 fois
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Angelo Tornioli

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MessageSujet: Re: Un cadavre sur le trottoir. {Angelo   Lun 4 Oct - 13:20

Spoiler:
 

On avait beau savoir que la fin de la saison chaude n’était plus très loin, il n’en résultait pas moins qu’aujourd’hui comme hier et sans doute comme demain le climat restait étouffant de chaleur, et les brises automnales brillaient de par leur absence. Ce qui n’empêchait pas pour autant les gens d’être dehors, quitte à se retrouver trempés et dégoulinants de sueur d’ici un laps de temps très court. Après tout, on n’habitait pas l’Italie si l’on n’aimait pas la chaleur, hein.

Un jour de congé était chose d’autant plus appréciable qu’il restait rare. Contrairement à certains dont on ne citera pas le nom, Angelo du fait de son grade ne pouvait pas se permettre de bâcler son boulot et de s’offrir plus de jours de week-end qu’il n’en existait dans une semaine normalement construite et structurée. Il n’empêche que, congé ou pas congé, il y avait une chose, une seule chose à laquelle il ne dérogeait jamais, et aujourd’hui ne ferait pas exception à la règle.
Il avait beau se répéter que chaque fois serait la dernière, se persuader qu’il ne pousserait plus jamais la porte de ce café puisqu’après tout il n’était pas le seul dans le secteur et n’avait rien de bien exceptionnel, au final ses pas l'y ramenait invariablement. A croire qu'il n'avait aucune volonté, pour le coup.

Aujourd’hui était un jour ordinaire, tout compte fait. Un jour comme les autres, qu’il travaille ou non. Et rien ne viendrait égayer cette affligeante banalité, sinon une seule chose, une seule personne. C’est ce qu’il finissait par se dire, à la fin. A quoi bon se priver de quelque chose quand l’ennui vous attendait alors au tournant ? A rien, bien évidemment. Mais il n’irait tout de même pas, pas cette fois. Plus maintenant.
Il était capable de s’occuper autrement, non ? Après tout, il n’en était pas encore arrivé à ce point de la vie où plus rien n’était capable de le divertir sinon les émissions fades qui s’enchaînaient, mornes, sur l’écran de sa télé l’une après l’autres.

Alors il referma la porte sur son appartement, pesta un instant contre ce soleil qui tapait trop fort à son goût. Ce n’était rien d’autre qu’une simple promenade, histoire de changer d’air, de quitter ces pièces confinées qui lui donnaient la désagréable sensation d’étouffer.
Et, tout à fait hasardeusement, ses pieds répétèrent pour la énième fois un chemin qu’il ne connaissait que trop bien pour l’avoir si souvent emprunté ces derniers temps. Il se retrouva devant l’Anonimo, juste comme ça. Pourquoi ne pas rentrer alors ? Juste un bref moment, le temps d’échapper un peu à cette chaleur impitoyable qui régnait dehors. Il n’avait qu’à ne même pas lui accorder une miette de son attention, faire comme si elle n’existait pas. De toute façon, elle ne serait sans doute pas là, ainsi le problème était d’ores et déjà résolu.


Un petit carillon tinta lorsque la porte s’ouvrit sur l’intérieur, et le brouhaha de la rue s’engouffra l’espace d’un instant dans la salle vide, hormis le barman qui s’affairait derrière le comptoir. Ses yeux, balayant la pièce qui s’ouvrait devant lui, ne tardèrent pas trop à s’habituer à la baisse de luminosité qui tranchait généreusement avec l’extérieur, le soleil et ses grandes flaques de lumière.

Vide, ou presque.

Le bruit de ses pas lorsqu’il se déplaça jusqu’au bar sembla incongru puisque venant casser un silence tranquille. Et puisqu’il prenait toujours la même chose, l’homme qui lui faisait alors face lui prépara son café sans même attendre qu’il passe commande. Il s’en saisit sans un mot, régla la note sur le champ et partit s’installer à une table. Le barman était un homme bavard et ne pourrait pas s’empêcher d’engager une conversation – de tenter, en tout cas – avec lui s’il restait assis au comptoir. Une chose dont Angelo n’avait pas la moindre envie, une de plus. Il tourna les talons et se dirigea vers une table, la seule actuellement occupée ; son regard glissa sur le corps de la jeune femme qui lui tournait le dos et s’y attarda longuement, sans gêne aucune. Elle n’avait pas daigné se retourner vers lui, semblant trouver bien plus intéressants ce qui occupait la table devant elle.
Finalement il détacha son regard d’elle et la contourna, tirant une chaise pour s’asseoir en face sans même lui accorder un simple salut de politesse. Pas un seul mot ne sortit de sa bouche tandis qu’il prenait ses aises, et seul un sourire goguenard venait animer les traits de son visage ; il porta la tasse à ses lèvres et avala une longue gorgée qui lui brûla la gorge sans quitter un seul instant la fille du regard.

« Pourquoi ? »

Il laissa tomber le mot tout à trac, enroulant ses doigts autour de la porcelaine diffusant la désagréable chaleur de son café.
Pourquoi tu es tout le temps là ? Pourquoi tu te fiches de tout ce que je dis ? Pourquoi je n’arrive pas à faire de toi ce que je fais de tous les gens avec qui je m’amuse ? Pourquoi tu résistes ? Pourquoi je reviens ici à chaque fois ?

Et qu’elle se débrouille avec toutes ces questions qu’il n’avait au final pas formulé. Qu’elle les devine.
Et qu’elle lui réponde, surtout.



Dernière édition par Angelo Tornioli le Sam 26 Mar - 17:08, édité 1 fois
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Luisa Carema [Béata]

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MessageSujet: Re: Un cadavre sur le trottoir. {Angelo   Dim 31 Oct - 17:17

Un battement de cœur.

Rien de plus.

Le grincement déjà familier de la porte, le carillon joyeux qui retentit et brise le silence, le claquement d'une chaussure de ville.
Pas un mot n'est prononcé.

Juste un battement.

Et, sans qu'elle n'en sache rien, sa vie vient de basculer. Sa vie vient de mourir. Mais, pas la peine de lui dire pour le moment. Cela gâcherait le suspense, n'est-ce pas ? Et quel lecteur souhaiterait que l'histoire se finisse avant même qu'elle est commencée ? Oh non, soyons joyeux, soyons heureux, laissons l'histoire continuer et la fille mourir. Parce qu'elle doit mourir, c'est écrit. De la main de cet homme, c'est une certitude. Une quasi-certitude. Mais quelle sera la raison de cette mort ? Certains disent que c'est parce qu'il la hait. D'autres parce qu'il l'aime. Au moins, c'est sûr, il est fou. Et elle ? Rien à dire. Une fille comme les autres. Une énième cruche. Une cruche un plus intelligente, un peu plus vide, mais une cruche.
Et elle l'aime. Peut-être, peut-être pas.
C'est comme ça, et ça ne changera pas.
Mais il ne faut pas révéler l'intrigue avant le dénouement. Vous riez, lecteur. Pour vous ce soir, exclusivement, le meurtre d'un cruche par un fou maladroit !

La mort n'est que le préambule.
L'amour n'est que la mise-en-bouche.

Luisa se redresse. Elle fait exprès de l'ignorer, si c'est bien lui. Ce n'est pas normal. Ce n'est pas normal. Que fait-elle là ? Elle n'est pas à sa place, elle le sait et ça la démange. Oui, c'est ça, c'est de la panique qui s'installe, qui se fraye dans sa bouche et dans ses muscles et qui la paralyse.
Non, elle n'a pas peur de lui, quelle question stupide. Elle a peur de ce qu'elle ressent pour lui.
Et à chaque fois, avant qu'il n'arrive, alors qu'elle le sent dans son dos, la même terreur stupide s'empare de ses jambes et les fait trembler. Et puis quoi ? Qu'est-ce réellement que la peur ?

Non, définitivement, elle n'a pas peur. Elle n'a pas peur parce qu'elle ne ressent rien. C'est logique, n'est-ce pas ?

Et Luisa ne sait que suivre la logique. Alors elle ignore ces pincements, ces tiraillements, ces envies folles et soudaines qui la saisissent parfois et ignore le regard brûlant qu'elle sent sur ses épaules, ses hanches, ses jambes.

Elle l'ignore aussi, quand il vient s'asseoir en face d'elle, avec son éternel sourire ironique et cruel. Son attitude désinvolte, son café qu'il boit trop vite, ses yeux dont elle ne connait pas la couleur.
Tout cela l'attire et la répugne en même temps, et elle ne se l'avoue pas, ne se l'avouera jamais.


« Pourquoi ? »


Pourquoi quoi ? Pourquoi elle se ment ? Pourquoi il ne se connait même pas ? Quelle question stupide. Quelles question sans intérêt. Quel mot vide de sens. Quel homme idiot.

Allez, va-t-en. Je ne veux plus te voir. Tu me fais mal. Tu me déranges.

Voilà ce qu'elle voudrait lui hurler. Mais c'est elle qui est venue, alors elle ne peut pas.

Luisa se recroqueville, s'enfonce dans sa chaise. Luisa réagit, ça ne te suffit pas ? Allez, va-t-en maintenant.
Mais tu ne l'auras pas deux fois. Ta question ? Tu peux rêver. Hors de question de simplement évoquer ce sujet. Bien trop douloureux...

« Pourquoi le temps est si lourd ? Oh, ils ont dit hier soir à la radio qu'il y aurait un orage très violent ce soir, de force orange. J'ai fermé mes volets, j'espère qu'il n'y aura pas trop de casse. »


Non, c'est juste ton cou qui cassera ce soir, chérie.

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Angelo Tornioli

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MessageSujet: Re: Un cadavre sur le trottoir. {Angelo   Lun 5 Sep - 11:45

Lalala 8D. Avec ce rp, je t'offre les pierres pour me lapider.


C’était toujours pareil. Le même jour, le même bar, la même heure. La même fille. Ils ne se ressemblaient pas pourtant, n’avaient rien en commun, n’auraient jamais dû se rencontrer et encore moins se revoir ; ce n’était même pas son genre de fille.
Il les préférait blondes, il les adorait très féminines, bonnes vivantes, qui attiraient les regards et savaient se les attacher. Il désirait celles qui avaient une forte personnalité et n’aimait rien de plus que de les détruire consciencieusement jusqu’à ce que plus rien ne reste. Il est vrai que l’on pourrait en douter en voyant son apparence mais Angelo était un homme à femmes, savait les charmer et s’amusait à construire des semblants de relations pour finalement donner un grand coup de pied dedans. Il était comme un enfant minutieux qui, après avoir passé des heures entières à bâtir une parfaite tour en kaplas, la regardait s’effondrer en riant avant de recommencer une construction semblable, inlassable.
Puisqu’après tout, tout ça n’était qu’un jeu. Un jeu certes stupide et cruel, un passe-temps malsain mais un jeu tout de même. Quelque chose pour faire ses griffes, pour distraire son esprit jusqu’à ce qu’il se lasse et parte en chasse d’une proie plus fraîche, d’une saveur nouvelle.
Et Luisa n’était pas la première à tomber là-dedans, loin de là. Elle était juste celle qui était différente des autres, la seule à avoir réellement éveillé en lui un quelconque intérêt. Un peu à part, complètement refermée sur elle-même, et rien de tout ce qu’il avait pu lui raconter d’abracadabrant n’avait semblé susciter ne serait-ce que le plus petit écho en elle. Luisa était comme une coquille vide. Angelo, chez qui sentiments et émotions se succédaient, se mélangeaient et s’échangeaient sans cesse, ne comprenait pas.
Et puis il y avait un truc, son attitude ou en tout cas quelque chose sur lequel il n’arrivait pas bien à poser le doigt dessus. Quoi qu’il en soit, elle l’intriguait. Alors il avait mordu à l’hameçon et était revenu jour après jour devant elle. Et pas une seule fois elle n’avait cru en ces mensonges éhontés qu’il lui débitait l’un après l’autre, il le savait pertinemment. Pourtant elle était là elle aussi, aujourd’hui, aussi fidèle au poste que les autres jours. Curieux face à face. Et Angelo avait la désagréable impression de s’être fait avoir à son propre jeu.


Le bruit sourd de la tasse tintant contre le bois abîmé de leur table sembla incongru, trop bruyant dans ce vide pesant créé par l’absence de conversation. Angelo n’avait pas répondu, de toute façon il n y avait rien à répondre à cette tirade absurde. Un orage, hein ? Peut être pas exactement celui auquel tu t’attendais, petite Luisa. Mais tu allais vite comprendre, qu’on ne fréquentait pas celui qui te servait actuellement de compagnon sans en subir quelques conséquences peu appréciables un jour ou l’autre.
Sauf qu’à ce moment là ce serait déjà trop tard pour songer à fuir. Aucune échappatoire. Il ne fallait pas revenir. Ceci dit, tu t’en doutais déjà un peu, non ? Tu le savais sans doute depuis votre première rencontre, tu n’étais pas dupe au point d’ignorer une telle chose n’est-ce pas ?

Vraiment, il était temps de mettre un terme à toutes ces conneries.

Angelo s’adossa à sa chaise, étira ses jambes sous la table histoire de se mettre plus à son aise. Il l’observait, encore, comme s’il cherchait à déterminer pourquoi elle et pas une autre. Il ne savait rien d’elle, sinon un nom donné du bout des lèvres.
Silence.
Et puis brusquement il en eut assez. Juste comme ça, tout simplement, ça s’imposa à lui. Deux mois ? Sérieusement, ça n’avait que trop duré pour ce qu’il y avait gagné. Cette fille n’était rien d’autre qu’une mauvaise pioche. Il n’aurait jamais dû poser les yeux sur elle, encore moins s’y attarder. Les pieds de la chaise raclèrent contre le sol lorsqu’il se leva sans préavis, semblant soudainement pressé de quitter les lieux. Et dans sa hâte de partir il s’arrêta pourtant à sa hauteur, laissant sa main traîner sur le rebord de la table.

« Allons ailleurs. »
Peut-être n’avait-il pas vraiment voulu dire ça au départ mais ce fut pourtant ces deux mots qu’il jeta là, comme ça, sur un ton qui n’admettait pas qu’on le contredise. Sans un regard pour elle, pas cette fois.

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Luisa Carema [Béata]

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MessageSujet: Re: Un cadavre sur le trottoir. {Angelo   Jeu 5 Juil - 12:11

Il la bouffait. Ce verbe un peu cru était pourtant le plus adapté, celui qui convenait le mieux aux regards indécents que lui jetait parfois Angelo, derrière ses lunettes fumées qui cachaient à peine les émotions vibrantes et effrayantes qui luisaient souvent dans ses yeux. Il s'étirait comme un chat, il réfléchissait, il pesait le pour et le contre.

Rien de nouveau sous le soleil, au moins Luisa pouvait le voir. Percer le mystère de cet homme tendait à devenir un jeu chez elle, même si ce n'était pas la seule chose qui l'intéressait chez lui. Elle était intriguée par son impatience, son ironie, ses colères, ses sourires soudains dévoilant des dents qui tenaient plus du requin que de l'homme. Ses mensonges même, quoi que ineptes et peu travaillés parfois, la tenaient en haleine. Ces rencontres hebdomadaires étaient le roman-feuilleton de sa vie. Il fallait s'occuper, et pour la jeune femme et la vie neuve et nouvelle qui s'offrait à elle depuis l'arrivée de Béata, Angelo était non seulement l'idéal mais aussi un futur amusant. Exit de la fac monotone, de son appartement qu'elle devinait triste à mourir, sans exactement percevoir à quoi renvoyaient ces termes. Angelo apportait à sa vie une touche de piquant, quelques coups de pinceau qui en masquaient l'aspect fade.
Évidemment il ne pouvait se targuer d'être la seule chose à lui faire découvrir les méandres de la vie et de la joie. Beata et les Pactisants qui croisaient son chemin, sans même parler de inénarrable July s'employaient avec moult conviction à la divertir. Et, à vrai dire, y parvenaient tout aussi bien.

Un mouvement inattendu de la part d'Angelo la tira de ses pensées. Il se levait. Que ? Un instant Luisa fut envahie d'une vague panique. Il partait. En avait-il marre ? Cet amusant petit jeu l'avait-il lassé ? Luisa ne voulait ni ne pouvait se passer de cette distraction qu'elle se refusait à appeler autrement. Cependant Angelo eut tôt fait de la convaincre du contraire.

« Allons ailleurs. »

Ces mots la choquèrent. Elle savait que dans la bouche d'un homme tel qu'Angelo cela pouvait avoir un nombre incalculable de signification, toutes aussi tordues qu'inenvisageables pour la sage Luisa. Elle ne l'avait pas vu venir, d'ailleurs, et fut un peu gênée. Jusqu'ici ils ne s'étaient vus que dans le clos respectable de ce café, toujours à la même table, toujours sur les mêmes chaises. En sortir ensemble, aller ailleurs, où que ce soit, changerait la donne. Luisa ne serait plus sur son terrain, mais sur celui qu'il voudrait bien lui donner. Et où évidemment il serait maître. Le danger de cette proposition fit frissonner Luisa, qui ne répondit pas immédiatement. Non un danger pour sa vertu, elle se doutait qu'il y avait plus et pire que cela. Elle sentait instinctivement que les méandres torturées de l'esprit de Tornioli ne lui voulait pas que du bien.
Un instant lui vint à tête l'idée de refuser. C'est d'ailleurs avec ce premier mouvement, naturel, qu'elle voulu réagir. Mais sans même s'en rendre compte, elle leva la tête vers lui, silencieuse.

Le toisa un instant. Sourit. Et, d'un air moqueur, lui lança:

« Et où donc, Monsieur Tornioli ? »

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Angelo Tornioli

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MessageSujet: Re: Un cadavre sur le trottoir. {Angelo   Ven 13 Juil - 10:07

L’espace d’un moment, tout juste quelques petites secondes, il s’était demandé si elle allait refuser. La possibilité était tout à fait envisageable, bien que lui-même n’avait jamais escompté lui laisser le loisir de dire oui ou non à sa proposition. Etait-ce une question qu’il lui avait posée ? Non, bien sûr que non. A partir du moment où les mots s’étaient détachés de ses lèvres, il avait déjà choisi à sa place. Alors quoi qu’elle puisse dire pour se dérober, elle le suivrait, au final, parce que c’était comme ça que Tornioli entendait voir se dérouler les choses.

Il ne pouvait pas nier, néanmoins, que la perspective de la voir s’esquiver lui paraissait tout à fait alléchante. Parce qu’il ne saurait pas quoi faire pour la retenir ensuite et que cet inconnu là lui semblait séduisant. Il y avait bien la force, oui, mais l’idée d’un scandale dans ce petit café, quand bien même le patron serait leur seul témoin, était une solution de facilité qui ne l’enchantait guère.


Et pour aller où, monsieur Tornioli ?


Un sourire de loup qui dévoile ses dents blanches. L’homme a goûté à sa surprise et à son indécision, maintenant il goûte à la saveur de ces mots et à son regard qu’il sent peser sur lui mais qu’il ne croise pas. Ce n’était ni un oui, ni un non, mais elle a tout de même réussi à le contrarier. Même maintenant, elle arrive à le surprendre et allez savoir pourquoi, c’est quelque chose qui le réjouit.
Pour autant, ça ne l’empêche pas de hausser les épaules pour chasser nonchalamment cette question, comme on chasse une mouche agaçante qui nous tournerait autour. Son expression s’est déjà fadée, un air ennuyé est venu effacer son sourire.

« Quelle importance ? Il suffit d’y aller, c’est tout. »

La seule chose qui compte à ses yeux, c’est de quitter cette pièce dont le décor ne s’accorde plus avec ses idées. Est-il nécessaire d’avoir un but pour se mettre en marche ? Angelo trouve l’idée stupide, car elle signifie qu’il n’est plus libre d’agir à sa guise. La belle histoire ! S’il veut partir, pas besoin de se demander où. Il décidera quand ça lui plaira et elle n’a pas son mot à dire là-dedans.

« Viens. »

La voix a claqué, un peu trop sèche. L’impatience gamine du capitaine a refait surface, on aurait presque eu l’impression d’entendre un père parler à son enfant capricieux. Et il n’attend pas, cette fois, qu’elle trouve encore à lui opposer. Ses chaussures martèlent le sol d’une démarche un brin hâtive, tandis qu’il s’éloigne de la table sans plus tarder.
Dehors, il accueille avec un déplaisir marqué l’odeur de nicotine des fumeurs attablés là. Plus d’un an qu’il a arrêté – il n’aimait pas l’idée d’être accro à quelque chose – et la simple fumée d’une cigarette lui donne envie de foncer au tabac le plus proche s’acheter un paquet qu’il videra dans l’heure.
Il jette un coup d’œil sur l’intérieur du café, qui lui paraît bien sombre vu d’ici. La patience limitée dont il dispose est déjà arrivée à son terme, mais comme il sait qu’elle viendra, il veut bien attendre encore quelques secondes supplémentaires.
Un délai bien généreux qu’il daigne lui accorder, espérons qu’elle sache l’utiliser à bon escient.
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Luisa Carema [Béata]

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MessageSujet: Re: Un cadavre sur le trottoir. {Angelo   Ven 20 Juil - 16:13

Il s'était vexé. Il n'aimait pas qu'on lui dise non peut-être. Non, qu'on ne lui réponde pas. Ignorer Angelo Tornioli était probablement la pire punition qu'on pouvait lui infliger. Avait-elle des raisons de le punir ? Pas encore. Mais connaissant l'animal cela ne pouvait tarder, parce qu'il était Angelo, parce qu'elle était Luisa. Deux notions trop antinomiques pour qu'il résiste à l'envie de jouer avec elle. Elle décroisa les jambes, commença à fouiller dans son sac alors que déjà il tournait les talons. Quelle impatience... Visiblement c'en était fini des mots doux et des mensonges plein de miel visant à la tromper, à lui faire croire à un prétendu Angelino Charmant. Elle le détailla alors qu'il partait. Même elle, du haut de son incompétence notoire en la matière, comprenait instinctivement qu'il était beau. Non, pas beau, plein d'un charisme excitant.

Elle prit le temps de finir son chocolat, lentement, en en savourant chaque goutte. Elle savait pertinemment qu'Angelo ne l'attendrait pas longtemps, et même peut-être pas du tout. Ces quelques secondes de répit, involontairement offertes, lui furent bénéfiques. Il lui fallait mettre les choses au clair.

Que faire de son offre ? Ou plutôt que dissimulait-elle ? Que signifiait emmener « ailleurs » une jeune femme en début d'après-midi d'août ? Que lui voulait-elle, au final ? Parce qu'il ne pouvait s'être arrêté, non, il ne pouvait être revenu depuis ces longs mois chaque semaine pour le simple plaisir de débiter quelques mensonges disgracieux. Luisa ne se leurrait pas sur le peu d'intérêt de sa personne. Ni haute en couleur, ni bavarde, ni active, ni sociale. Le néant de sa vie, peut-être ? C'était une raison un peu creuse.

Elle posa la monnaie sur la coupole de l'addition, que le barman avait amené entre temps, se leva, attrapa ses affaires. Déjà la lumière au dehors, qui s'étalait comme des flaques d'or sur le sol du bar, lui tuait les yeux. Elle sortit ses lunettes de soleil, les chaussa et sortit, de son pas calme et posé. Maintenant ils étaient à égalité niveau protection, petit Lino: je ne vois pas tes yeux, tu ne vois pas les miens. Sauf que Luisa n'avait guère à cacher et n'avait que peu de difficulté à le faire, contrairement à d'autres, if you know what I mean.

La lumière à la sortie l'assaillit effectivement, presque autant que la chaleur qui avait empiré. Des vagues de chaleur montait du sol et gonflaient, déformaient le goudron. Il n'y avait quasiment plus personne dehors maintenant. Elle s'étira longuement, encore abritée par un parasol du bar, levant les bras au ciel, jouant peut-être trop de ses courbes plus dénudées que d'habitude et bailla, feignant la fatigue. Angelo l'avait attendu, évidemment.
Cependant elle n'attendit pas son bon vouloir ou une quelconque indication de sa part pour partir. D'un pas vif et alerte, elle sauta soudainement en avant, un grand sourire -et pour une fois sincère- sur le visage. La jeune femme se retourna, après s'être éloignée de quelques mètres, pour adresser un rictus moqueur à Angelo, et de repartir.
Repartir où ? Excellente question.
Il fallait avouer que son pas autoritaire et fantasque était plus dû à sa volonté de ne pas être emmenée dans la tanière du loup qu'autre chose. Elle n'allait pas se faire bouffer sans se défendre, tout de même.

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Angelo Tornioli

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MessageSujet: Re: Un cadavre sur le trottoir. {Angelo   Sam 18 Aoû - 19:29

Amusant. Il apprenait plus sur elle en une après-midi qu’en quelques mois de fréquentations régulières. Remarquez, ce n’était pas non plus comme s’il avait cherché à la connaître. Il n’en avait jamais éprouvé le besoin ou l’envie, allez savoir pourquoi.
C’était tellement plus distrayant de goûter aux mensonges, de faire semblant de croire à ses propres paroles, plutôt que d’aller chercher la vérité quand il savait qu’elle n’avait rien d’intéressant à lui offrir. L’inconnu était bien plus alléchant ; il lui permettait de trouver de l’intérêt à une jeune femme qui n’en aurait eu aucun pour lui sinon.

Ce sourire était pour lui. Bien la première chose sincère qu’elle daignait lui offrir. Il saurait s’en souvenir. Mais il ne le lui retourna pas. De toute façon, elle n’avait pas attendu pas qu’il le fasse pour s’en aller.
Sans non plus l’attendre, lui.


Luisa, tu joues avec le feu.


Mais soit. Qu’elle n’en fasse qu’à sa tête si ça lui chantait. Il pouvait bien lui donner les rênes quelque temps, lui laisser savourer l’illusion qu’elle pouvait bien décider ce dont elle avait envie, aller où elle le voulait… et pourquoi pas ? Il suivrait, donc. On verrait bien où ça les mènerait.
Elle avait peut-être une idée de leur destination, elle ?
Oh et puis allez, avouons-le : Tornioli était curieux. Ça faisait quoi si ce n’était pas lui qui décidait ? Et combien de temps supporterait-il la situation avant que sa nature autoritaire et capricieuse reprenne le dessus ?

Luisa était là, arrêtée à quelques mètres de lui. Elle se moquait de lui ? Pas bon, ça. Il n’y avait rien de pire pour l’agacer. Mais la moue désapprobatrice qui s’était peinte sur son visage était passée inaperçue, pour la simple raison que la jeune femme avait déjà tourné les talons.
Il lui emboîta le pas, sans se presser. Démarche souple et nonchalante, mains dans les poches. Il ne la rattraperait pas, il marcherait simplement derrière elle, il la suivrait comme son ombre. Pour n’importe quel autre passant, il ne paraîtrait qu’un simple flâneur sans but.
Pas pour Luisa.
Et ses yeux, derrières ses verres œil-de-mouche teintés, ne quittaient pas sa silhouette indiscutablement féminine.

Tu ne voulais pas aller dans sa tanière ? Dommage. Parce que tu es juste en train d’y mettre les deux pieds.

Milan est à Angelo.
Et Angelo a tout son temps.
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Un cadavre sur le trottoir. {Angelo

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