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 WTF, Luisa ?

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Aurelio Pastore

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MessageSujet: WTF, Luisa ?   Jeu 3 Fév - 15:04

Spoiler:
 

Ça puait la drogue à plein nez, quand Elio était sorti du bar ce matin-là, pour s’acheter des cigarettes, tombant nez à nez avec une femme. Plus jeune que lui, bien plus jeune. Peut-être seize ans, voire quinze. Guère plus. Bien que le maquillage sous ses yeux ne prouve sans nul doute qu’elle tente de paraitre plus âgée. Cela marchait sûrement, puisque personne ne se serait risqué à lui vendre ouvertement de la merde au vu de sa minorité. Les jambes frêles la soutenaient à peine, ses vêtements trop courts étaient à moitié en lambeaux, et l’on voyait sans problème des bouts de peau largement superflus dans le décor. De ses yeux coulaient des larmes, noircies par l’abondante couche de mascara qui alourdissait ses cils, et les ilots émeraude ressortaient d’autant plus. Le plus beau était sans doute de savoir que la jeune fille était trop dans le cirage pour pleurer, et que c’était seulement un petit subterfuge, grâce aux très convaincantes larmes artificielles. Son apparence était pitoyable, les odeurs de drogue, d’alcool et de saleté se mélangeaient et émanaient d’elle, tout son corps avait l’air de supplier une douche brûlante et une couette confortable. La jeune adolescente s’agrippa au bras d’Elio, lui lançant un regard suppliant dans lequel flottaient beaucoup de choses. De la peur, un peu de détresse et une sensation de vide. De vide immense. Ses paumes étaient néanmoins, au contraire du reste de son corps, d’une force incroyable puisqu’elles broyaient son coude sans lui laisser la moindre occasion de se défiler. Un appel à l’aide, d’une gamine perdue dans une ville trop sombre et trop infâme pour elle. Une gosse comme il en pullule dans les quartiers les plus sombres du coin, une âme de plus qui souffre en continu le martyre. Et Elio faillit céder. Faillit. Car il savait bien comment cela fonctionnait, à force de s’être fait aborder plusieurs fois.

Cette pauvre loque n’était qu’une fille en manque, obsédée par la dépendance qui la guettait à chaque coin de rue, ligotée par l’envie et le besoin. Détruite, presque, ou bientôt, par ce produit qui courait dans ses veines jusqu’à remplacer son sang, alimentant partiellement seulement ses seules fonctions vitales, la maintenant tant bien que mal en vie. En la rendant aussi vide et inarticulée qu’une marionnette. Un jouet, envoyé pour quérir de la pitié, de la compassion, puis de l’argent. Qu’elle ne ferait que ramener à d’autres, ceux qui donnaient leur addiction sans eux-mêmes y tomber. Ceux qui détruisaient tant de vies. C’était le contrôle de l’humanité, des basses classes, le pouvoir des forts sur les plus faibles. L’addiction, la prostitution. Tellement classique. Et Elio savait que, chaque fois, ce regard le prenait aux tripes. Une des seules choses encore capables de le toucher, la détresse des enfants, le jeu de manipulation qu’on misait sur leurs épaules encore trop frêles, la douleur sur leurs traits. Il en crevait, de savoir cette jeune fille ficelée pieds et poings à cette substance blanche, si pure et inoffensive au premier regard. Si réconfortante, si attirante et pleine de promesses. Si destructrice. Elio décolla donc avec précaution les mains de la jeune fille autour de lui, un doigt après l’autre, alors qu’il se répandait en excuses vaines pour tenter de fuir les supplications désespérées de cette frimousse dévastée. Le jeune homme savait que représailles il y aurait si elle ne ramenait pas assez d’argent. Mais lui en donner aurait un effet tout aussi néfaste, en rendant ses tortionnaires habitués à de telles sommes, l’exploitant encore plus, toujours plus, avec délice et espoir. Non, ce n’était vraiment pas possible de céder sous ces deux prunelles larmoyantes. Secouant tristement la tête, Elio se dépêcha de s’éloigner, un mal de crâne commençant à poindre de ses ébats de la veille. Il s’en voulait presque d’être parfois sentimental. Le matin, même à cette heure qui se rapprochait plutôt du midi, rien ne lui réussissait. Il n’était qu’un looser de plus, un mec à la peau trop pâle qui sait plus trop bien où il habite. Le relief qui lui allait si bien s’en était allé.

Qu’on lui rende sa nuit, son univers. Qu’on lui rende son âme.

Sérieusement, si quelqu’un lui avait prédit un aussi mauvais réveil, sans doute Elio ne serait-il jamais sorti de son lit. Parce que franchement, ce qui allait suivre lui vaudrait de longues nuits cauchemardesques, des souvenirs regrettés et une honte qu’il tenterait de cacher tant bien que mal. Mais on s’en branle, parce que jamais cela n’arrivera. Ou peut-être que si, mais pas dans ce monde. Qu’importe. Ce qui compte, c’est que ce jour-là le barman se trainait dans une rue commerçante, maudissant Delia d’avoir oublié de lui prendre ses clopes la veille. D’une voix endormie, il passa sa commande et faillit s’endormir sur le comptoir avant de payer et de sortir tant bien que mal. Trois heures de sommeil, un peu limite quand même. Soupirant d’un air de grand blasé du monde et de la merde qui l’habite, Elio ne se préoccupait même pas de chercher des futurs clients, de faire la pub du Love’s out. Là, seule comptait la sublime odeur de la cigarette à peine allumée qui remplissait ses poumons d’une fumée noire délicieusement étouffante. S’arrêtant en pleine rue, faisant pester plus d’une ménagère, le jeune homme ferma les yeux un instant. La situation s’améliorait quelque peu, du moins de manière provisoire. Et il était là, l’air plus con que jamais, planté au milieu du trottoir quand un bruit de moteur se fit entendre. Elio blêmit, laissa sa cigarette se consumer plus que de raison et laisser tomber des cendres encore chaudes sur sa récente chemise. Ce qui lui permit premièrement de lancer un juron, deuxièmement de réaliser qu’il n’était pas un quartier piéton de Milan.

Et merde.

S’empressant de s’écarter, Elio s’engouffra dans une ruelle attenante et se dirigea tout naturellement dans un dédale obscur qui le mènerai jusqu’à chez lui. Son lit. Et, alors que les battements de son cœur ralentissaient petit à petit et que son visage se détendait, il s’injuriait à voix basse de ne pouvoir toujours pas supporter le bruit d’une banale voiture. Il était complètement dingue, avec son stupide souvenir de crissement de pneus qui le hantait. Finissant enfin de tirer sur sa première clope de la journée, le barman qu’il était jeta négligemment son mégot dans le caniveau et repensa vaguement à la manière dont la journée avait commencé. Se retrouver nez à nez avec un regard aussi vide que le Sahara en saison creuse, ce n’était pas forcément bon signe. Surtout que ça lui rappelait quelqu’un, cette histoire. Oui, les yeux humides et le visage étonnamment expressif ne lui évoquait rien mais le trou noir de deux abysses cernées de paupières immobiles, si. Le vide, ça lui rappelait ...

Et merde.
Luisa.

Pourquoi, pourquoi tu te plantes dans mes basques pile quand je suis de mauvaise humeur, sérieux ? Tu vas prendre, aujourd’hui. Tu vas prendre, ouais. J’en ai marre de voir ta silhouette me hanter maintenant que tu sais où je passe mes journée. J’en ai ma claque de te deviner avant de te voir, sale merdeuse stoïque au regard perdu, sale pantin de bois inutile qui rôde dans le quartier comme une pouilleuse. Tu m’emmerdes, tu m’emmerdes grave. Je n’ai rien à te donner, je ne peux rien pour toi. Je ne peux que te faire du mal, ou du moins essayer. Tu n’as jamais mal, ouais. Y’a que les cons qui attrapent pas de rhume, hein. Ben aujourd’hui, tu vas avoir mal. Parce que je suis de mauvaise humeur, parce que le calme de tes yeux est en train de m’arracher la seule chose qui pourrait s’apparenter à mon cœur. Parce que j’en peux plus. Tu m’as poussé à bout, tu vas payer.

« Journée de merde, hein ? Qu’est-ce que tu fous là, encore ? »


Dernière édition par Aurelio Pastore le Sam 5 Fév - 6:07, édité 1 fois
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Luisa Carema [Béata]

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MessageSujet: Re: WTF, Luisa ?   Ven 4 Fév - 14:53

Spoiler:
 

Une semaine longue. Une semaine éprouvante. Une semaine fatigante. Examens, révisions, travail, entretien d'embauche -si on peut appeler ça comme ça. De quoi vous briser les nerfs les plus relaxes.

Luisa ouvrit brutalement les yeux. Sortant d'un sommeil sans rêves. Entrant dans une vie sans surprise. Elle prit le temps de s'habituer à la lumière, plissant les yeux. Puis elle tourna la tête, observant un instant le bleu du ciel, le contemplant, l'esprit vide. C'était le calme plat. Dans sa tête, dans son cœur. Même l'immeuble était silencieux : un samedi matin, ça ne pardonne pas d'habitude... surtout quand on a des murs en papier. Mais pas cette fois.
Tout était juste... silencieux. Vide. Sans mélancolie, ni tristesse, on ne sentait que le néant de l'endroit. Le néant qu'elle apportait... Le néant qu'elle était.
Elle se leva brutalement, secouant sa tête pour chasser ces pensées inutiles. Ce n'est pas ça qui l'aidera à changer, à progresser. Pendant sa douche, elle passa en revue son emploi du temps. Les examens étaient fini, elle les avait réussit sans problème, ces contrôles n'avaient été qu'une formalité pour elle. Pas de révisions à l'horizon donc, mais elle relira ses cours pour la forme. Il fallait faire des courses aussi, ce n'est pas le fond de pâtes qui traînait au fond de son frigo qu'elle pourra se faire un repas digne de son nom. Elle avait aussi l'entretien vers onze heures, pour un possible emploi dans une librairie, ce qui lui conviendrait tout de même mieux que la petite épicerie où elle travaillait déjà.
Elle se sécha rapidement, s'habilla d'une jupe et d'un T-shirt -saison de toutes les folies-, puis prit son porte-monnaie, avant de sortir.
Faim, boulangerie, plus rien dans les placards. Autant de raisons de quitter rapidement le minuscule appartement. Luisa dévala les marches de l'immeuble, l'ascenseur étant comme d'habitude en panne. Toujours... en silence. Aucun bruit ne filtrait sous les portes, ses pas n'en faisant aucun. Elle eut un instant peur d'être sourde... peur brusquement contredite par le faux pas qu'elle fit et qui la contraignit à s'étaler de tout son long.

« Arf... »

Elle se releva en geignant, et observa d'un air ennuyé son coude désormais ensanglanté. Une goutte s'en détacha et alla se briser sur le sol. Elle n'y prit pas garde et occulta la douleur, qui n'était que minime, pour reprendre sa course vers son petit-déjeuner. Elle sortit de l'immeuble, toujours en courant, et se précipita vers la boulangerie. Étrangement, si son esprit était encore plus vide que jamais, elle se sentait une envie de courir et de crier assez inhabituelle. Même si elle savait qu'elle n'y céderait pas, elle trouvait cela assez intéressant. Ayant pris ses trois croissants habituels, la jeune fille alla s'asseoir sur un des bancs qui jalonnaient les rues.
Pendant qu'elle se sustentait, trois miettes tombèrent sur sa jupe blanche, un gamin faillit se faire écraser -parents inconscients qui laissent leurs enfants sortir à n'importe quel heure, une mamie traversa la route, un chauffard roulant trop vite fit presque vibrer les carreaux des maisons attenantes avec sa musique trop forte, deux motards et un camion passèrent et un timide nuage se fit îlot perdu dans l'immensité du ciel bleu.
Luisa se leva, rajuste sa jupe, constata avec regret la goutte de sang qui était tombée sur son T-shirt puis décida de partir se balader.
Tout plutôt que de rentrer dans ce studio étouffant où, maintenant, devait résonner tous les bruits des activités plus ou moins licites de ses voisins.

Et puis, évidemment, parce que le monde est trop petit et trop mal foutu, elle rencontra son cher cousin Aurelio. Et tout aussi évidemment, parce qu'elle ne réfléchit décidément pas beaucoup le samedi matin, elle décida de le suivre. Comme ça. Juste une envie, subtile, subite, de l'observer. De voir comment il se comportait au naturel, quand il n'était pas face à un élément aussi ennuyeux et casse-pied qu'une insensible Luisa.

Et donc elle le suivit. Elle se prit presque au jeu, comme dans les films. C'était presque drôle de voir son air pincé, simple, commun, énervant. C'était presque drôle de voir comment, à quelques détails près, ils pouvaient se ressembler, physiquement comme mentalement, et pour autant être tellement différents. C'en était presque... écœurant. Pourquoi lui, il avait eu la chance de naître normalement ? De choisir sa vie ? De pouvoir aimer ? Même s'il était cassé au-delà de toute réparation, il avait eu plus de chance. Parce que lui, on lui avait permis de vivre, de faire des choix, de se planter, de se faire mal. Le droit même de choisir avait été refusé à Luisa.
C'était dégueulasse.

Puis il se retourna. Hoho, la voilà grillée. Et en beauté. Le masque qu'il s'infligeait n'était plus que haine, colère, détresse. Rien de nouveau sous le soleil. Il faudrait attendre la suite des évènements pour voir son évolution. Espérons qu'elle ne sera pas banale, cette fois-ci.

« Je vis ma vie. Ça te pose un problème ? »

Elio chéri, cette ville n'est pas encore ta propriété propre et je peux toujours y circuler comme je l'entend.

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Dernière édition par Luisa Carema [Béata] le Jeu 21 Avr - 7:19, édité 1 fois
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Aurelio Pastore

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MessageSujet: Re: WTF, Luisa ?   Dim 27 Mar - 5:48

Tout aurait été plus simple si Luisa ne l’avait jamais retrouvé, s’ils ne s’étaient jamais croisés dans cette ville. Tout aurait été alors évident, chacun à vivoter tranquillement de son côté. L’un à se perdre dans les affres de son ridicule, l’autre à se noyer dans le vide qui habitait son cœur. Elio aurait aimé ne jamais avoir a être confronté à ça, à elle. Parce que maintenant qu’il voyait ce qu’il n’avait fait que deviner, que savoir très théoriquement, il se sentait obligé de faire quelque chose. Pas par gentillesse, mais plutôt pour se satisfaire lui-même : se débarrasser de sa cousine, et dans le même temps la savoir commencer à vivre, à entrapercevoir ce monde dont il la savait étrangère. S’il fallait se compromettre, s’il fallait jouer le salaud, s’il fallait devenir autre et jouer parfaitement son rôle ce n’était pas un problème. Après tout, le barman passait ses soirées à afficher un masque auprès de ses clients, un masque ouvert et charmeur qu’il se plaisait à arborer, mais qui n’était pas réellement lui. Pas toujours. Alors oui, faire semblant c’était un détail d’une facilité déconcertante. Il fallait simplement commencer rapidement, maintenant. Ne pas attendre, pour ne pas regretter et ne pas réfléchir à une autre possibilité, peut-être. Depuis leur dernière visite, Elio avait souvent repensé à sa cousine et jamais il n’avait trouvé une échappatoire plus satisfaisante. Il fallait frapper fort, et vite.

« Je vis ma vie. Ça te pose un problème ? »

La stratégie nous enseigne d'apprendre de nos erreurs, pour ne jamais réitérer un exploit qui nous serait défavorable. Comme, par exemple, sauter dans une falaise au-dessus de récifs. Quoique dans ce cas-là, la personne qui plongera aura de grandes chances de ne plus pouvoir faire d'erreur... de ne plus pouvoir rien faire du tout. En vérité, l'humain est cruellement attaché à sa bêtise, et malgré l'auto-persuasion permanente qu'il s'inflige, il finit toujours par perpétrer la même connerie qu'autrefois. Combien de femmes auront vécu un énième couple malheureux après s'être juré de garder un célibat préservé des affres de l'Amour ? Combien d'hommes auront été ruinés, après avoir juré ne plus dépenser un seul sou dans un établissement de jeu ? Et combien d'idiot auront sauté une deuxième fois de cette falaise, pour épater la galerie ? Concevons que ces cas de figures sont tous particuliers, mais leur source est toute la même : Le vice. Le vice, Elio le connaît par cœur, pour faire son business dessus. L'alcool. Le sexe. L'argent. Le pouvoir. Ces 4 mots résument l'industrie de la nuit, et l'industrie de Delia. Mais pour réitérer une erreur, la composante essentielle à l'accomplissement de cette erreur vient du risque. Sans risque, pas de frisson. Sans frisson, pas d'intérêt. Sans intérêt ... pas d'action. Et donc, pas d'erreur. L’erreur qu’Elio répétait encore et encore sans cesse, c’était d’essayer d’aider bien maladroitement une personne qui avait un jour compté pour lui, et dont il devait à présent se détacher. L’erreur, c’était d’avoir échoué à l’éloigner. Aujourd’hui, il essaierait encore. Réussirait, peut-être.

Elio commençait déjà à fulminer. C'est un changeant, son humeur fait sans cesse des bonds, prend des virages, emprunte une singulière artère, y fait demi-tour pour rouler en contresens, joue incessamment avec le bouton de l'ascenseur. Bref. Pour l'instant, il a envie de rester calme. Alors il inspire calmement, vidant ensuite bruyamment ses poumons, pour s’adosser nonchalamment sur le mur froid de la petite rue qu’il était en train d’emprunter pour rentrer. Il rangera son paquet de cigarettes dans la poche de son manteau, et reprendra son souffle encore une fois. Zen, a dit Bouddha. Et c’est dans cet état d’esprit qu’il répondit à sa chère cousine, sans relever sa question de rhétorique dont la réponse était triviale :

- Ta vie, quelle vie Luisa ? T’as aucune vie, tu fais rien de tes journées à part survivre. Tu sais même pas ce que ce mot que tu utilises en vain signifie.

D’un coup d’épaule, le jeune homme se détache de son mur et s’avance en direction de sa cousine. Posant sa main sur son épaule, il appuie. L’oblige à reculer, la collant à son tour contre la pierre froide. Il regarde tranquillement à droite, à gauche, puis revient sur le visage qui lui inspire tant d’émotions contradictoires. Son regard veut tout dire, reflète le calme qui règne ici en début de matinée. C’est un quartier de nuit, personne ne passera par là à cette heure matinale. Il ne risque rien, elle risque tout. Elio la dévisage, laisse glisser son regard effleurer la peau qu’il aimerait tant protéger et qu’il verrait pourtant merveilleusement habillé des bleus qu’il pourrait y apposer. Mais la violence avec Luisa ne servirait à rien, elle n’y répondrai pas, ne ferait que sentir son corps se tordre mais son esprit, intact, demeurerait aussi vide que la page blanche d’un artiste. Et en la fixant ainsi il hésite, de longues minutes. Il hésite sur la manière d’être le plus horrible, il se demande si cette idée va suffisamment l’éloigner de lui. Quels mots pourraient blesser ce mur insondable, quels gestes auraient suffisamment de sens à ses yeux pour lui faire mal ?

La main d’Elio qui n’appuie pas sur la clavicule de sa cousine descend lentement, insistant un contact rapproché sur un corps qu’il ne désire pas, qu’il ne veut pas toucher. Simplement montrer qu’il est là, sans désir ni envie. Simplement pour toucher le plus fragile chez un être. La dignité, la conception de soi, la sensation de soumission profonde et, peut-être, l’attachement qu’elle vouerait à quelqu’un d’autre. Il descend encore, tentant de ne pas afficher son dégoût pour lui-même dans ses traits qui aimeraient se crisper mais qui se détendent au fur et à mesure que lui-même oublie qui elle est et ce qu’il fait. Il est Elio, il a l’habitude. Il peut faire tout cela les yeux fermés et penser à autre chose. Penser qu’il le fait en quelque sorte pour elle, pour l’extraire de son environnement pathogène et pour la blesser, la détruire s’il le faut. Puisqu’il est incapable de la protéger, de la chérir ou de l’aider autrement, il ne peut que la faire le haïr. Qu’elle ressente la haine plutôt que le vide. Qu’elle vomisse à son souvenir, que son teint imperturbable se déforme d’horreur à son simple nom. S’il te plaît, Luisa. Souffre.

- Tu crois que ton cousin est un mec bien ou quoi ? Qu’est ce que tu attends en venant dans ce quartier te pavaner en tenue légère ?

Sa main droite se crispe sur la cuisse de Luisa, saisit sa chair et y imprègne sa force. Il espère tant la voir réagir, bien qu’il sache qu’il faudra sans doute aller très loin pour obtenir un tel résultat. Elle commencera sans doute pas ne pas le prendre au sérieux, puis par jouer la carte de l’indifférence. En attendant, il resserre sa prise sur sa peau, alors qu’il la tient un peu au dessus du genou, sous la jupe replissée vers le haut par son poignet. Et il espère, il espère ne pas avoir besoin d’aller trop loin. Car Elio n’est pas sûr de s’en sentir capable.
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WTF, Luisa ?

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