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 [Love's Out Entracte] Un premier matin [Elio]

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Andrea Vitaly

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MessageSujet: [Love's Out Entracte] Un premier matin [Elio]   Mer 20 Avr - 17:12

Et malgré soi.
S'attacher à quelques secondes. La première fois.
Et pourquoi pas une deuxième. La première fois.
Que l'arbre découvre la sève. Et ça se voit.
L'enfant a découvert la fève. C’est moi le roi.


Je me sentais curieusement bien. Pas comme ces matins qui n’en sont pas vraiment quand j’ouvre les yeux à quatorze heures après une nuit semi blanche à faire des lignes de code sur mon ordinateur. Ces matins où on se réveille de mauvaise humeur pour une raison ou une autre, ou on a une tête de déterré, une haleine à faire tomber des mouches, en nage à cause de cauchemars qui nous on secoué ou plein d’autres choses. Non ce n’était rien de tout cela et j’étais confortablement installé bien au chaud sous la couette sans la moindre contrariété à l’horizon. Je n’avais pas la moindre idée de l’heure ou du jour qu’il était je savais juste que j’étais bien. Je m’étirais en longueur avec un soupir de bonheur et ouvrit les yeux sur un plafond en bois éclairé par les rayons du soleil. Autrement dit, tout le contraire de mon plafond à moi. Je me redressais brusquement, regardant autour de moi. Une chambre boisée tout ce qu’il y avait de plus simple avec un lit une armoire une table de chevet. Une fenêtre, un soleil indiquant que nous étions encore le matin, peut être vers dix heures. Mais ces digressions n’étaient pas le plus important loin de là ! Mon rythme cardiaque s’était accéléré sous la surprise et ce fut pire lorsque je tournais la tête pour voir apparaitre une touffe de cheveux noirs enfoncée dans un oreiller, la couette remontée bien haut. Je frissonnais, baissais les yeux et me sentis rougir jusqu’aux racines, décidément j’avais beau faire des efforts, cette sale manie avait le plus grand mal à passer. J’étais nu. Ben oui sans vêtements, pyjama ou quoi que ce soit et le barman à mes côtés était certainement dans le même attirail. Instinctivement je replongeais sous la couette en attendant que les battements de mon cœur se calment.

C’était bien la première fois que ça arrivait. Me retrouver au réveil avec Elio à côté de moi. D’habitude quand je, quand on… Bref d’habitude je partais après, durant la nuit en taxi jusqu’à chez moi, c’était réglé comme ça depuis environ deux semaines… Environ trois à quatre fois par semaines… Rien qu’à cette idée je sentais de nouveau le rouge me monter aux joues. C’était gênant quand même, j’avais des excuses… Il fallait que je me calme, ce n’était pas non plus la mer à boire. Mais bon, c’était la première fois que je voyais Elio en pleine lumière de la sorte, le jour quoi. Quand je venais il faisait nuit, quand on le faisait c’était pareil alors je n’avais pas trop à me poser de question, il me suffisait d’imaginer ou de détourner les yeux et ça passait, ça passait de plus en plus d’ailleurs… Mais là ce n’était pas pareil, je ne pouvais rien renier et je n’avais plus aucune justifications sur mes actes, non là j’étais face aux faits alors que quand je me réveillais un lendemain dans mon lit, je pouvais toujours chercher des excuses. Mais pas là. Face au fait accompli, oui c’était quelque chose comme ça. Mais j’avais des raisons, j’avais mal dormi la nuit précédente et on avait terminé tard et j’ai du m’endormir avant même de penser à l’endroit où j’étais.

Je jetais à nouveau un regard à l’homme endormi à côté de moi. Ouais un homme c’est bon c’était plié pas de quoi en faire une montagne, moins j’y pensais, mieux je me portais. Et Dieu sait combien à cet instant j’eus envie de passer ma main dans ses cheveux, juste pour voir. Je me penchais un peu plus pour voir son visage endormi. Lui aussi devait être fatigué, ce n’était guère étonnant… Il était beau comme à son habitude, même au matin. A cette pensée je me retournais brusquement dans l’autre sens. Ca devenait grave. De plus en plus ces jours-ci. Pourtant, après la première fois où je m’étais quasiment enfui à la fin, je ne pensais pas revenir de sitôt. Mais j’avais tord. Je me contredisais constamment. Je me mentais constamment. D’accord j’avais eu mal mais c’était humain et physique malgré les multiples attentions dont j’avais été l’objet et je le remerciais encore pour ça. Silencieusement bien entendu. J’avais expérimenté, j’avais tenté, j’avais vu ce que ça faisait et ça ne m’avait pas transcendé. En fait c’était ce que je voulais bien me faire croire. Car malgré l’acte en lui-même qui n’est pas non plus un souvenir dont j’aimerais garder pérennité, l’avant était nettement mieux.

J’avais ressenti des vagues de plaisir que je n’avais jamais imaginé pouvoir éprouver un jour. Alors après les diverses crises de nerfs et remises en questions qui avaient suivies ce fameux soir, j’étais revenu, guidé par mes jambes qui connaissaient maintenant parfaitement le chemin. Je n’étais pas entré plus assuré, plus droit. Bien au contraire, je voulais me faire plus petit. Et puis il était venu à ma table, il était venu m’apporter un cocktail, son sourire aux lèvres, sans dire un mot, son regard en disant plus bien. Je ne lui avais même pas jeté un regard de défi que je brûlais pourtant de faire. Il avait gagné la première manche mais je ne comptais lui céder en rien. Et cette nuit là on avait récidivé. Si ça avait été encore un peu dur à se mettre en route, j’avais déjà assimilé quelque truc et ce n’était pas la même chose, je savais ce que je faisais et pourquoi j’étais venu. Et j’avais compris pourquoi on revenait dans ce bar, encore et encore. Pourtant même la deuxième fois n’avait pas été très agréable, ca faisait mal quand même, mais moins, un tout petit peu moins. Mais tant qu’il m’embrassait, tant qu’il me touchait comme il le faisait, je pouvais bien lui offrir ça.

Et on avait remit ça, encore, et encore. Et à chaque fois je m’améliorais un peu, j’arrêtais de penser à outrance, je me laissais guider et plongeait dans ce que mon oncle aurait certainement appelé la débauche. Chaque matin je m’en voulais, je me sentais bizarre et pas très bien, et chaque fois que je le voyais cette impression disparaissait totalement. J’aurais pu lui remettre mon corps entre les mains. Mais ce n’était pas tout. Et c’était surtout ce ça que j’avais peur. Il réussissait peu à peu à m’imprégner toujours plus. Je venais au bar pour lui parler, pour le voir sourire, pour le voir parler, bouger, respirer, inventer. Je ne pouvais pas vraiment le cataloguer comme un ami, on avait difficilement un vrai dialogue et on sentait qu’il n’allait pas parler de lui de son propre chef et pourtant je voulais savoir. Je voulais être plus proche de lui. Mais il me semblait que cette barrière était infranchissable. C’était comme un contrat signé et secret. On couchait ensemble, on pouvait dire qu’il m’apprenait toujours les ficelles mais c’était tout. Elio n’était Elio que dans le cadre du Love’s Out. Rien de plus rien de moins. Alors je continuais à venir, espérant voir une amélioration, car c’était bien la première fois que je me sentais en confiance avec quelqu’un, que j’avais envie de le revoir, j’aurais voulu lui parler, que ça soit réciproque. C’était un coup à se pourrir la santé que de penser ainsi.

Alors je m’abaissais, pour la première fois je m’abaissais. J’essayais de lui plaire, pour qu’il veuille rester un peu plus avec moi qu’avec les autres, qu’il me sourit à moi. C’était stupide. Elio, c’était son boulot d’être comme ça. Moi je n’étais rien d’autre qu’un client, mais je me persuadais de plus. Quand je venais, c’était avec moi qu’il restait le plus souvent, c’était avec moi qu’il montait dans sa chambre, c’était avec moi et personne d’autre qu’il couchait. Elio c’était comme un secret inavouable, quelque chose que je voulais cacher mais que je recherchais à tout prix. Au-delà des mots, de la honte, du plaisir. Je désirais Elio pour tout un tas d’obscures raisons et ça devenait de plus en plus flagrant. Je cherchais son regard, son attention, ses lèvres, je cherchais aussi à lui faire plaisir malgré mon inexpérience. Alors ce matin, c’était comme un nouveau pas vers lui, se rapprocher encore plus, le connaitre dans d’autres circonstances que le soir, le voir au quotidien. J’en étais presque à lui quémander un câlin sans oser pourtant l’approcher d’un pouce. Comme si il était inatteignable alors que j’étais à quelque centimètre de lui. La nuit, ce n’était pas comme le jour et je pouvais m’attendre à tout. Je devrais peut être prendre mes affaires et partir mais mon envie de sentir sa chaleur et sa présence à côté de moi me retint encore. Encore un peu. Se pencher encore un peu vers lui, le voir bouger et ouvrir les yeux, croiser son regard, embrumé, interrogatif. Je me reculais un peu et lui fit un faible sourire avec un salut un peu gêné.

- Hey… Bonjour.

Silence.

- Tu vas bien ?

La première fois et puis bien d'autres se sont suivies...


Dernière édition par Andrea Vitaly le Jeu 21 Avr - 13:38, édité 1 fois
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Aurelio Pastore

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MessageSujet: Re: [Love's Out Entracte] Un premier matin [Elio]   Jeu 21 Avr - 10:39

Elio rêve. Perdu dans le plaisir du sommeil, il laisse son esprit s’ouvrir aux différentes possibilités que l’imaginaire lui offre et la caresse de tant d’univers lui procure cette sensation de bien-être qui accompagne le doux rêveur. Mais plutôt que rêves, on pourrait parler de souvenirs. Car les images qui défilent devant ses yeux sont réelles, se sont déjà produites. Il les a vécues, il les a approchées de près et les sent étrangement familière. Pourtant, à son humble avis ce ne peut pas être une réalité. Parce que les personnages sont totalement différents de ce qui les définissent, parce que ces comportements sont trop stupides et incrédules pour pouvoir lui faire croire qu’il ne rêve pas. Ce n’est pas logique, et Elio aime la logique des choses et des gens. Il lui faut être sûr que quelqu’un est déterminé et ne peut pas se perdre dans des extrêmes qui ne lui ressembleraient pas. Et pourtant ...

Où était passé ce gamin hargneux et difficile d’approche, où était passé le côté séducteur de son barman ? Les deux hommes, chacun au contact de l’autre, avaient changés quelque chose dans leur façon de se comporter. Depuis quelques semaines déjà, depuis ce fameux soir qu’Elio revoyait souvent, trop souvent à son goût, plus rien n’était pareil. Déjà, quand Elio était allé voir ailleurs les premiers soirs suivant la partie de jambe en l’air avec Andy, il n’avait pas réussi à se concentrer. Excité, il l’avait été mais doux et prévenant, plus vraiment. Comme pour compenser, comme pour remplir un désir inassouvi, le jeune homme n’avait laissé que peu de répit à son partenaire. Son, puisqu’il avait pris un homme, jeune, blond. Qui lui ressemblait étrangement, bien que son attitude ne soit semblable en aucun point. Elio avait été presque brutal, avide, demandeur. Il l’avait empêché de gémir et il avait fermé les yeux, uniquement pour pouvoir s’imaginer autre chose. Et tandis que son corps se satisfaisait de ce traitement sans âme, ses souvenirs vagabondaient ailleurs et tentaient de saisir à nouveau la fragilité de traits qui se tordent sous une simple caresse. Puis tout était redevenu normal les autres soirs : il avait à nouveau séduit des femmes, il avait retrouvé sa prévenance et son sourire. Elio en avait même presque oublié l’existence d’Andrea Vitaly ... jusqu’à ce qu’il revienne.

C’était quelques jours plus tard, et le barman n’était pas vraiment préparé à le voir revenir après une telle expérience, puisqu’il était convaincu que tout ce que cherchait Andy c’était le risque et la découverte, et que maintenant la douleur et les remords le tiendraient éloigné d’ici. Et pourtant, quand il poussa la porte de son bar, Elio prit garde à ne rien laisser paraitre : gentil, serviable, souriant et parfaitement décontracté il lui avait témoigné une attention particulière, comme pour le remercier de son retour. Mais ce que personne d’autre que lui-même ne sait, c’est que dans l’arrière salle en allant chercher des verres ou une réserve de bouteille, combien de fois le jeune homme si assuré avait-il perdu son sourire en se maudissant de ne pouvoir détacher ses pensées de lui ! A vrai dire, Elio avait espéré que ce gamin blond sorte définitivement de sa vie, agacé qu’il était d’avoir tant réfléchi sur le moyen de l’obtenir sans pouvoir se débarrasser de son image après obtention. Que fallait-il pour qu’Andrea sorte de sa tête ? Recommencer, sans doute. Et c’est comme ça que tout empira pour le jeune homme.

C’est sur cette idée qu’Elio ouvrit sa chambre plusieurs fois par semaine à Andrea, dormant seul lorsque ce n’était pas le cas et satisfaisant simplement quelques clients les plus insistants de temps à autre. Il ne couchait quasiment plus qu’avec un adolescent non expérimenté et s’en voulait beaucoup pour ça, surtout qu’il était toujours question de prévenance, de douceur et de réassurance pour satisfaire ses envies. C’était la voie de la difficulté, la voie la plus compliquée et Elio ne comprenait pas pourquoi il l’empruntait, maintenant qu’il avait la fierté d’avoir débauché ce client et de lui avoir montré le monde de la nuit. Delia lui avait plusieurs fois fait la réflexion qu’il était mauvais pour le commerce et pour lui de s’obstiner sur un seul partenaire, et que la variété était la clé de toute chose. La patronne intraitable lui avait même proposé de dégoûter à vie Andrea en lui infligeant une partie de sexe à trois. Soit disant que ça le calmerait. Mais Delia, derrière le tranchant de ses propos, avait surtout peur que son serveur ne retombe dans ses mauvais travers et qu’il pense. Car la pensée détruit toute spontanéité, la réflexion tuerait le Elio du Love’s out et rendrait simplement son aspect pitoyable à Aurelio, qui ne voulait pas revenir sur le devant de la scène. Donc oui, tout avait empiré et le jeune homme redoutait toujours plus ses débuts de soirée, quand il savait qu’Andy allait venir. Et pourtant, douce tentation, il n’avait jamais pu résister au sourire timide de celui qui faisait tout pour lui plaire. La morgue avait été laissée de côté, l’impertinence et la rébellion aussi et seul restait le véritable caractère d’Andrea.

Bien évidemment, le petit n’avait pas encore compris totalement les règles du bar, où connaitre l’autre n’a pas de sens. Ses questions, ses espoirs incessants devant Elio qui éludait souvent les interrogations muettes qu’il faisait semblant de ne pas voir le trahissaient. Mais pour le barman, hors de question de faire deux fois la même erreur, et s’il ne pouvait résister à l’appel du corps qui lui faisait face, rester muet était sa dernière défense avant rupture de la distance client / serveur qui était inévitable et primordiale pour garder ce métier. D’ailleurs, Elio ne comptait pas lui laisser l’audace de croire qu’il pouvait arriver jusque là, sans se douter un seul instant que le jeune homme désirait ardemment le connaitre et parvenir jusqu’à lui. Ce n’était pas dans la logique des choses, et si Andrea insistait alors Elio lui dirait des banalités, se rendrait inintéressant pour ne pas l’encourager à chercher plus loin. Inintéressant, il l’était de toute façon.

Si le jeune homme endormi avait deviné l’heure au simple bruissement des voix qui montaient jusqu’à sa fenêtre, sans doute n’aurait-il jamais pris le risque d’ouvrir les yeux et de se réveiller peu à peu, bien malgré lui. Il était tôt, bien trop tôt pour se lever et pourtant, Elio sentait le sommeil s’échapper, couler de ses doigts et se perdre dans les plumes usées de son oreiller. Abandonné par sa plus fidèle amie, le barman tenta vaguement de se plonger à nouveau dans ses bras. Les siens firent un cercle autour de sa tête tandis que son corps passait de position côté à allongé sur le ventre, le torse enfoui dans le moelleux d’un matelas trop mou. Sa chair s’enfonçait dans le drap blanc et son visage tenta de faire de même, restant tout de même légèrement tourné vers la porte afin de pouvoir respirer. Creusant de son front une grotte d’hibernation sur son oreiller, Elio grogna quand le lit eut un mouvement, et pesta silencieusement contre le mobilier qui se liguait contre lui et tentait de l’arracher au pur bonheur du repos. Ce n’est toutefois pas à ce moment là qu’il émergea complètement, ignorant les causes de cette agitation et tentant vainement de repartir dans le pays des rêves d’où il sortait, parmi lesquels existait le songe qui faisait d’Andy un client régulier et presque demandeur et un Elio exclusif et bizarrement mal à l’aise. Puis, soudainement, son esprit se réveilla, ses neurones se connectèrent. Il lui fallu un moment pour comprendre ce que son cerveau tentait maladroitement de lui expliquer à travers des sons pourtant évocateurs et des flashes tout aussi compréhensibles.

Du genre un gémissement, un soupir, un cri d’extase. Du genre Andrea qui se tordait sous ses mains, tentant de détourner son regard pour ne pas fixer celui instigateur et perçant du barman au dessus de lui. Et c’est là que le réveil opéra. D’abord, un grognement sourd s’éleva de sa gorge, franchissant avec peine ses lèvres fermées. Puis son dos s’étira alors que ses muscles se contractaient, faisant frotter son corps nu contre les draps chauds. Enfin, ses paupières s’entrouvrirent sans rien voir tout d’abord. Ainsi pendant quelques secondes, il resta là à fixer ce qui, manifestement, n’était pas le gris rocailleux des murs de sa chambre, ni le bois élimé de la porte qui se trouvait à quelques mètres seulement. Non, c’était plus ... rose, avec du blond. Des cheveux blonds. Puis les informations s’alignèrent : des yeux, un nez, une bouche. Un être humain, dans son lit, le matin. Voilà qui était plutôt inhabituel, voire carrément impossible. Tout le monde savait qu’Elio ne laissait personne passer la nuit ici. Tout le monde intégrait rapidement que ce n’était pas une bonne idée que de s’attarder chez lui. Et pourtant, juste en face de lui se trouvait Andrea, qui la bouche en cœur l’observait en lui parlant. La première phrase fut incompréhensible, avalée par la couche de torpeur qui recouvrait encore chaque centimètre du corps d’Elio, mais le silence eut raison de son cocon de calme et la seconde information grimpa jusqu’à son cerveau. Qui l’analysa.

Les yeux d’Elio se firent interrogateur, ses sourcils se haussèrent très légèrement sur leur arc et sa bouche fit une grimace à moitié dissimulée, comme s’il souffrait de se réveiller. Pourtant, il ne bougea pas d’un pouce et ne se releva pas pour autant. Raffermissant sa prise sur l’oreiller qu’il tenait entre ses bras, Elio laissa la surprise prendre peu à peu possession de lui, jusqu’à ce qu’il soit en état de prononcer un son.

- Euh ... ouais.

Bon, pas très brillant en vérité ni même adapté à la situation. Mais à cette heure indécente de la journée, le jeune homme ne pouvait pas prévoir beaucoup mieux comme brutale entrée dans la réalité. Il préférait ses rêves, ceux où Andrea se laissait prendre gentiment et où il partait pendant que son partenaire s’endormait. Généralement, le serveur ne prenait pas la peine de vérifier le départ de ses compagnons d’un soir étant donné qu’ils étaient systématiques et évidents. Mais cette fois, peut-être aurait-il du attendre quelques instants avant de s’écrouler, nu et encore transpirant, sous sa couette sans plus en demander. Cela lui aurait évité cette désagréable situation, d’autant qu’Elio détestait le jour. Le jour, il n’était rien de plus qu’un mec un peu à côté de ses pompes, trop pâle, mal coiffé et dont le potentiel charismatique et charme baissait brutalement. Il ne voulait pas qu’on le voie comme ça, il refusait de paraitre ce qu’il ne voulait pas être. Elio aimait contrôler, et là il ne contrôlait plus grand-chose.

- Bien dormi ?

... dans mon lit où tu n’as rien à faire ? La voix d’Elio était posée, bien qu’un peu groggy de fatigue, et à mesure qu’il se réveillait le jeune homme réfléchissait à toute allure à une porte de sortie sans employer la froideur qui commençait à poindre sans sa voix, sans trop lui faire comprendre la bêtise qu’il avait faite ... mais en faisant en sorte qu’il ne la commette jamais plus. Et le matin, réfléchir, c’est dur. Alors le visage d’Elio était fermé, la surprise ayant cédé la place à l’inquisition. Aucune envie tendre ou même sensuelle ne lui vint à l’esprit, alors que ses songes en étaient peuplés et qu’il se targuait d’être inépuisable. Là maintenant tout de suite, Andrea n’aurait rien d’autre de sa part qu’une formule de politesse. Et encore, c’était simplement parce qu’il occupait un peu trop ses pensées qu’il le ménageait. En temps normal, le jeune barman aurait sans doute eut une réflexion plus directe, comme « encore là ? » ...
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Andrea Vitaly

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MessageSujet: Re: [Love's Out Entracte] Un premier matin [Elio]   Dim 1 Mai - 11:25

Still a little bit of your taste in my mouth
Still a little bit of you laced with my doubt
Still a little hard to say what's going on
Still a little bit of your ghost your witness
Still a little bit of your face I haven't kissed

Je me demandais si je n’y allais pas un peu fort pour un premier matin. Pas étonnant qu’il puisse prendre mes questions comme une agression à son réveil. Quand je pensais à la tête de déterré que je pouvais faire le matin si on s’avisait de me déranger j’imaginais fort bien l’état actuel d’Elio. Mais je n’avais pas vraiment réfléchi, j’avais perdu mes moyens devant lui. Lui qui ouvre les yeux et qui voit quelqu’un dans son lit un matin, il y avait de quoi rester interdit. Si j’avais été lui, je me serais envoyé balader, ce qu’il eu la délicatesse de ne pas faire. Enfin ça n’empêchait que c’était normal qu’il prenne un air un peu ahuri et pas très heureux de me voir. Moi j’avais eu le temps de me réveiller, de faire le point, de chasser mes rêves et là je lui imposais ma présence en bonne et due forme. Si emmerder le monde du soir au matin n’était pas quelque chose qui me gênait outre mesure, je n’avais pas envie de le faire avec Elio mais je m’étais laissé emporter par un élan. L’élan de toujours vouloir être plus proche de lui, sauf que j’avais occulté le fait que ce n’était pas forcément réciproque, surtout le matin. Je n’arrivais juste pas à détacher mon regard de son visage encore un peu à l’ouest et de ses yeux dans le vague. D’accord c’était violent comme réveil et plus ça allait, moins je m’attendais à quelque chose de sa part mais le voir comme ça c’était déjà pour moi une grande victoire.

Mais j’en aurais eu encore des tonnes de questions à lui poser je voulais tout savoir mais bon, pas ce matin, pas même demain, mais au fur et à mesure, jusqu’à ce qu’il se lasse j’aimerais savoir. J’évitais d’ailleurs de penser au moment où il se rendrait compte que je n’étais qu’un pauvre gamin paumé élevé avec une cuillère en or dans la bouche dont les parents étaient absents et bossaient sur des trucs pas nets pour le gouvernement. Ca c’était un secret, et Elio devait avoir les siens aussi. On ne pouvait pas envisager d’avoir une quelconque relation de confiance si on demandait des secrets sans en dire aussi. Et confiance était de toute façon un bien grand mot pour notre relation. C’était juste moi qui me montait des plans imbéciles. Enfin, le point positif, c’était quand même qu’on avait commencé à se tutoyer, même si au début, ça n’avait pas été des plus simples, je le reconnaissais. Moi je n’avais aucun problème à ça, même quand la personne était sensé avoir un grade social plus élevé que le mien. Mais alors que ce n’était pas le cas pour Elio, le tutoiement était comme une distance qui sautait et ce n’était pas simple, autant pour le client que pour le barman et ça lui avait prit plus de temps qu’à moi pour employer le tu. Ce que je comprenais, après tout, je n’étais qu’un client pour lui malgré tous mes efforts pour essayer d’entrer plus dans sa vie privée, il avait tout barricadé soigneusement, comme cachant un secret inavouable. Mais à la rigueur, ça je m’en fichais, je voulais juste être plus présent. Je ne savais pas, quand je n’étais pas dans ce bar il me manquait, je pensais à lui, je voulais savoir ce qu’il faisait, avec qui. Les questions typiques qu’on se posait quand on en tenait réellement à la personne. Et je ne savais pas par quel miracle il avait réussi à m’ensorceler de la sorte mais on peut dire qu’il avait diablement réussi son coup.

C’était peut être aussi pour ça qu’il était aussi populaire. Car pour réussir, moi, à me captiver de la sorte sans que j’aie envie de lui balancer ses quatre vérités à la tête au bout de deux minutes, c’est qu’il fallait vraiment être différent. Et il l’était, et pas qu’un peu pour que je me prenne autant la tête à penser à lui. Parce qu’on dirait comme ça que je suis sûr de moi mais j’en étais à des années lumières de cette confiance. Revenir ici avait été un travail de longue haleine qui m’avait fait me questionner pendant des heures. J’avais du opérer un retour sur moi-même pour essayer d’analyser mes actes. Mais rien n’en était sorti de concret. J’avais juste énormément flippé. Et il y avait de quoi vu ce qui s’était passé. Mais la perspective de l’oublier et de ne plus jamais vouloir le revoir après ce qui s’était passé m’avait serré le cœur à tel point que cette solution m’avait vite paru inenvisageable. C’était trop tard, la graine qu’il avait planté avait germé et les bonnes raisons, la honte en tête, qui m’empêchaient d’y retourner s’effaçaient de plus en plus devant ce désir de le revoir. Je voulais à la fois le comprendre et me comprendre. Après tout, réessayer ne me coutait rien, c’était juste pour voir. Mais je me voilais une fois de plus la face. Enfin, si ça me permettait de dormir sur mes deux oreilles je voulais bien me mentir encore et encore. Pour le revoir.

Mais le fait était qu’à cet instant, je savais que j’étais en trop et que j’avais sûrement fait une bêtise en restant dormir. Cependant je déclinais une partie de mes responsabilités, parce qu’il n’y était pas pour rien non plus. Alors mince Elio je devrais peut être ne pas être là mais il arrive aussi que je fatigue parfois. Je ne me voyais pas en tord mais j’étais quand même un peu gêné parce que je ne voulais pas qu’il m’en veuille pour ça. En tout cas ce qu’on pouvait remarquer, c’était qu’il ne me virait pas à coup de savate et c’était plutôt sympa de sa part. Comme il pouvait l’être la nuit. Malgré mes doutes, il restait toujours présent et doux. Si je ne voulais pas, il ne faisait pas et ne faisais rien de trop fort ou violent. Et c’était de la gratitude. Plus d’une fois j’ai du lui murmurer un merci au creux de l’oreille alors que tout mon corps s’embrasait…

- Bien dormi ?

C’était d’apparence une question comme les autres et anodines, mais je sentis la réticence dans sa voix. Ce n’était pas difficile car le matin, personne n’était réellement enclin à parler et j’étais souvent dans le même cas. Je me redressais et posais les pieds par terre, assis sur le lit, partant à la recherche de mon boxer. Je le retrouvais en passant la main sous la couette, vers le fond du lit. Je l’enfilais et me retournais pour lui répondre.

- Oui et pardon pour la surprise matinale, ce n’était pas dans mes intentions premières mais le sommeil m’a eu plus vite que je ne croyais.

Je répondais d’un ton nonchalant alors que mon cœur battait à toute vitesse. Je cherchais en fait à éviter un revers violent de mécontentement en tempérant et m’excusant. Le seul qui avait le droit à mes excuses soit dit en passant. Il n’était pas encore sur les nerfs mais ça se voyait qu’il était loin d’être zen. J’aurais peut être du m’habiller en vitesse et filer sans un mot mais c’était plus fort que moi, je voulais encore rester avec lui alors que lui pensait l’inverse. C’était un peu frustrant. Plus je farfouillais dans les vêtements éparpillés autour du lui, plus je me sentais un peu mal à l’aise. Se retrouver comme ça en pleine lumière avec lui dans une chambre c’était la vraie preuve de ce qui s’était passé la veille et là se cacher ne servait à rien. Je mis la main sur mon pantalon et l’enfilais. La chemise maintenant. Mes doigts étaient fébriles alors que je sentais l’atmosphère s’appesantir un peu. Je passais les bras dans les manches et me relevais sans la fermer.

- Et toi bien dormi ? Tu te lèves vers quelle heure d’ordinaire ?

J’aurais bien eu mille et une autres questions à lui poser mais je sentais encore que ce n’était guère le moment d’en demander plus. Récolter petit à petit des informations, ce n’était pas si mal aussi. Je pensais que ça aurait été déplacé de lui demander s’il voulait quelque chose, je pense que la paix aurait été sa meilleure réponse. Mais lui poser une question anodine me permettait de le contempler encore un peu avant que je mette les voiles. Je me passais une main dans les cheveux alors que j’étais debout devant le lit, me forçant à ne pas le dévorer des yeux. Je remarquais que le manche de ma chemise était trop longue et qu’elle tombait sur mes mains. Je regardais et compris que j’avais enfilé celle d’Elio à la place, dans ma hâte. La chose la plus évidente à faire aurait été de l’enlever et de mettre la mienne. Mais je choisis la version la plus irrationnelle à savoir la garder. Et tant pis s’il le remarquait, je doutais qu’il fasse l’effort de se lever pour la récupérer.
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Aurelio Pastore

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MessageSujet: Re: [Love's Out Entracte] Un premier matin [Elio]   Dim 8 Mai - 11:37

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I'm the Cult of Personality
I exploit you still you love me

Elio n’était toujours pas totalement réveillé, et différents signes lui indiquaient que tout son être aspirait encore à un sommeil réparateur. D’une part, son corps pesait extrêmement lourd, autant que la tête de certains de ses clients au lendemain d’une soirée bien arrosée. Chacun de ses muscles était à la fois totalement relâché et en constante opposition à l’idée de se mettre en marche. Ses paupières se faisaient tombantes et son regard flou, si bien que longtemps ses yeux ne distinguèrent pas vraiment autre chose que ce qui ne devrait pas se trouver dans sa chambre. De plus, il sentait le poids de ses draps sur chacune des particules de son corps et, dans le même temps, ne distinguait rien d’autre comme sensation tactile. Ses nerfs ne s’étaient même pas donnés la peine d’émerger de son profond sommeil pour lui permettre d’entrer dans la réalité. Et enfin, enfin, Elio se sentait terriblement las. Ce qui était la preuve incontestable qu’il était bien trop tôt. En effet, le barman était de ceux qui peuvent être opérationnels en moins d’une minute si leur temps de sommeil avait été respecté. Là, aucune envie de faire quoi que ce soit ne se pointait à l’esprit du jeune homme, et seul l’attrait d’une cigarette le faisait vaguement émerger de sa torpeur. Se raccrochant à cela, c’est sur cette voie que le jeune homme réussit à ouvrir suffisamment les yeux pour reconnaitre Andrea. Sur l’idée d’une clope dont l’odeur lui chatouillait déjà les narines. De temps à autre, Elio maudissait son addiction à la nicotine et autres ingrédients peu recommandables, mais parfois il fallait bien avouer que c’était cela sa seule alternative à l’inertie. Il lui fallut néanmoins plusieurs minutes pour se visualiser et imaginer suffisamment le bienfait de sa drogue du matin avant que cela ne fasse effet et que le manque ne combatte le sommeil.

Et c’est seulement là, après avoir arraché quelques phrases de sa bouche en direction de son invité surprise, qu’Elio essayait d’envisager les différentes possibilités qui s’offraient à lui. La première était simple et radicale : lui dire de s’en aller, rapidement. Seulement cette petite saute d’humeur risquait bien de mettre à mal tous les efforts qu’il avait du déployer pour séduire le garçon et l’emmener jusque dans ses bras. Et Elio savait bien qu’il n’aurait ni la patience ni l’envie de recommencer ce petit jeu, qu’il laisserait tomber Andrea et que pendant un temps, sa naïveté timide lui manquerait. Et puis, on ne s’impose pas un défi pour ne pas pouvoir en profiter au maximum, et le serveur comptait bien tirer le plus possible parti de son compagnon de nuitée. La deuxième solution, à l’opposé totale de la première, consistait à se montrer aimable, à se lever et à le raccompagner gentiment mais fermement jusqu’à la sortie après avoir discuté quelques minutes. Mais cela impliquait de bouger, de faire des efforts, et gâcherait donc sa matinée, trop peu avancée à son goût. Troisième et dernière alternative, sa bouée de sauvetage dans cette noyade pure et simple qu’était l’erreur d’Andrea : lancer quelques banalités en prenant sur soi et montrer son intention ferme de ne pas bouger, tout en restant dans les limites de la politesse et de l’attention. C’était bien, ça. Fatiguant, certes, mais étant donné la situation de crise dans laquelle le jeune homme se trouvait, il lui faudrait de toutes les façons bien faire des concessions. Et cela commençait maintenant.

Bien évidemment, pas un instant Elio ne se doutait des idioties qui passaient dans la tête d’Andy. Imaginer en ce moment délicat que le mioche à ses côtés brûlait d’envie de lui demander de déballer sa vie et son passé, c’était bien trop risible pour y penser sérieusement. En effet, comment le jeune homme pouvait-il imaginer que l’on s’intéresse à ce qu’il avait lui-même oublié ? Il ne comprenait pas l’intérêt de connaitre l’autre, et dans sa merveilleuse conception du monde moins l’on en savait et plus on profitait. C’était la surprise de découvrir un atout qui était amusante, pas la connaissance de l’atout en elle-même. Il se réjouissait d’expérimenter des choses, et non de reproduire ce qu’il savait être efficace. La connaissance de l’autre menait aux habitudes, les habitudes à la routine. Et tout cela allait à l’encontre de sa vision de la vie, celle dont on peut véritablement profiter. D’autant plus que le matin, pas très fin ni très délicat, Elio ne comptait pas ouvrir un cœur qu’il changeait constamment d’apparence pour faire plaisir à ses clients. Lui n’en avait que faire tant que ces derniers étaient satisfaits, et pourtant bientôt le jeune homme allait sans doute devoir inventer quelques réponses floues à l’encontre d’Andrea pour lui donner l’impression d’avoir atteint son but. Rien de plus facile que de s’inventer un passé des plus banal pour décourager les interrogations qui ne rencontraient que d’ennuyantes réponses, et Elio se ferait un plaisir de paraitre inintéressant dès qu’il ouvrait la bouche pour autre chose que ... enfin bref. Il ne demandait d’ailleurs pas grand-chose à ses précieux visiteurs, si ce n’était de savoir se taire et profiter un peu. Ah, si. Il leur demandait de ne jamais rester prendre la moitié de son lit et de lui laisser la place libre.

Pourtant, et c’était assez étonnant, le barman n’avait pas si mal dormi qu’il l’aurait pensé. Certes, avec ses yeux encore à demi-ouverts et sa voix pâteuse il était évident qu’il subsistait une dette de sommeil. Mais d’ordinaire, lorsque quelqu’un prenait de la place près de lui, il ne parvenait que très difficilement à fermer l’œil et la nuit était alors agitée. Il avait essayé une fois, une seule et depuis il avait compris la leçon : avoir quelqu’un dans son lit pour autre chose qu’une partie de plaisir réciproque était inutile, pire ; gênant. Mais Andrea n’avait pas bougé, n’avait pas ronflé, n’avait pas imité la torture de la mouche qui vous empêche de fermer l’œil. Il avait été inconsciemment parfait, et Elio s’étonnait de ne pas se souvenir d’un seul instant de gêne dans son sommeil. Un réveil non désiré, une barrière lors de ses mouvements endormis, une respiration de trop ... Non, rien de tout cela. Fixant alors d’un air presque surpris Andy, le jeune homme restait muet tandis que celui-ci semblait devenir nerveux de la situation quelque peu inattendue. Sa colère de se voir agressé dès le matin par des réflexions et des concessions s’atténuait au contact de cette étrange constatation. Et, même si Elio gardait rancœur envers Andrea pour avoir trahi la règle muette qui le définissait dans sa plus grande simplicité, les remontrances qu’il comptait ajouter dans sa voix se firent plus discrètes. Il lui devait bien ça, pour ne pas l’avoir gêné outre mesure, et ce contre toute attente. Il suffisait simplement de lui faire comprendre de ne pas recommencer, et tout irait bien. Pour cela, point besoin de ressentiment inutile.

Un coude plongé dans l’oreiller, Elio fit l’effort de hisser son visage jusqu’à sa main pour l’y poser, et ainsi se redresser légèrement et avoir l’air moins endormi. Il put ainsi profiter du très rapide moment où Andrea lui fit dos, encore nu de leur étreinte de la veille ou du matin très tôt. Il lui faisait appel, ce bout de peau tendu et clair qu’il aurait presque eu envie de caresser si ce n’était pas le matin et si ses ... habitudes n’étaient pas totalement endormies au réveil. Elio le regarda s’habiller à la hâte, voyant disparaitre ce qui faisait souvent l’objet de sa convoitise, et quand le jeune blond prit la parole ce fut des paupières fermées qu’il rencontra. Tout simplement parce que pour ne pas céder, Elio pensait encore à sa satanée cigarette.

- Oui et pardon pour la surprise matinale, ce n’était pas dans mes intentions premières mais le sommeil m’a eu plus vite que je ne croyais. Et toi bien dormi ? Tu te lèves vers quelle heure d’ordinaire ?

Les yeux bruns firent leur réapparition dans le visage d’Elio, qui tilta sur la question qui venait de lui être posée. Andrea attendait-il une réponse ? Mystère, et à vrai dire le barman n’était pas vraiment en état de réfléchir. Alors il trancha seul vers la difficulté, et sans vraiment remarquer l’agitation que déployait son partenaire pour se vêtir correctement, Elio repoussa le drap sur son buste qui était à présent tourné vers le plafond. Il laissait ainsi sa peau pâle en proie aux discrets rayons du jour qui filtraient au travers de sa haute fenêtre, comme une invitation qu’il ne lançait pas, comme pour exposer la vérité au soleil du jour, à un moment qui fait que l’on ne peut se réfugier dans l’alcool ou le rêve. Andrea l’avait voulu, eh bien Elio lui ferait prendre conscience de la réalité de l’instant, de ce que cela impliquait et des actes précédant forcément cette situation inconfortable. Puis il lui répondit, d’un ton traînant qui n’avait rien de tellement exagéré. Les mots, même s’ils n’en avaient pas l’air, étaient pesés pour ne pas devenir superflus.

- Etonnamment, oui.

Andrea était nerveux, Elio le savait. Et ce n’était ni sa position ni sa réponse minimaliste qui arrangeraient la situation. Mais il fallait bien ça pour lui faire comprendre la raison qui faisait du matin un moment sacré qu’il fallait passer seul. Même lui en avait besoin, petit Andy encore mal à l’aise avec son comportement. Il lui fallait se réveiller seul dans son appartement pour pouvoir oublier et continuer à mener une vie normale. C’était l’apanage de ses clients, qui reprenaient toujours pied dans le reste du monde tandis qu’Elio dessoulait du trop plein d’énergie qu’il livrait dans chaque caresse, chaque mouvement de hanche. Les deux partis avaient besoin de solitude, l’un pour pouvoir oublier la culpabilité et la honte, l’autre pour reprendre des forces et penser parfois à soi au risque de s’oublier. Après un soupir et un silence, Elio fixa enfin ses prunelles dans celles d’Andrea, alors que ce dernier se tenait debout dans sa chambre, une main hésitante tentant de s’occuper en recoiffant les mèches blondes en pagaille ... et le corps étrangement habillé. Le barman reconnu sa chemise, et avec un sourire en coin il la désigna du menton avant de rajouter une de ses marques de fabrique, le souvenir.

- Après ta veste, ma chemise. Tu me la rendras la prochaine fois.

Puis, enfin, il laissa sa nuque retomber dans l’oreiller et ses bras enserrer ce dernier par au dessus son crâne. Il sentait la fatigue l’accabler de nouveau et, après un dernier regard pour Andrea, Elio s’étira de tout son long pour ensuite relâcher la pression dans ses muscles et oublier que le réveil est souvent définitif. Il rabattit sur lui le drap que son partenaire avait retourné en se levant et en cherchant ses habits sans toutefois cacher ce qu'il avait découvert auparavant puis, d’une voix qui s’enfonçait de nouveau dans le sommeil le jeune homme lança :

- Ferme juste la porte en partant.
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Andrea Vitaly

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MessageSujet: Re: [Love's Out Entracte] Un premier matin [Elio]   Jeu 2 Juin - 10:56

Somehow it's different everyday
In some ways it never fades away
Seems like it's never gonna change
I must be dreaming


Il me ne me restait que chaussette et chaussure pour parfaire ma tenue et ne plus avoir aucune raison tangible de rester. Dur constat. Et il était improbable que je mette dix autres minutes pour trouver des morceaux de tissus et de toiles. Autant dire que mes possibilités de rester ici avec lui se restreignaient de seconde en seconde. Ce n’était pas comme si j’y avais cru, mais bon, il subsistait toujours cet espoir qu’il m’autorise à rester. Faste blague quand on connaissait un peu le personnage. Il était temps pour moi de prendre la poudre d’escampette, de tirer le rideau jusqu’à la prochaine fois. De partie, tout simplement. En apparence oui, mais quand on se sentait plus joyeux en sa compagnie que seul chez soi, passer la porte avait un tout autre symbole. Le truc c’était qu’il ne savait pas, du moins je l’espérais, mes pensées égoïstes. Il n’avait pas les mêmes, loin de là, et tout son être aspirait actuellement à la tranquillité. En me baissant pour ramasser mes vêtements, je n’arrivais pas à trouver une seule solution pour rester plus longtemps sans lui imposer ma présence. Il fallait que je parte, point. L’imprécation n’avait pas de son, mais l’ambiance suffisait à me le faire comprendre. Et j’étais de plus en plus mal à rester ici en tentant désespérément de grappiller des secondes. Mais c’était juste pitoyable en fait. J’aurais du partir dès que j’en avais eu l’occasion, mais le mal était fait à présent et Elio n’était qu’à quelque mètre de là.

Je me mis à divaguer, me surprenant à m’imaginer plein d’assurance et d’expérience. Je me serais levé, je serais allé vers lui pour l’embrasser, puis me mettre au dessus de lui pour continuer un réveil bien plus agréable qu’une tasse de café. Peut être que devant tant de confiance il m’aurait laissé faire et il aurait même continué. Mais c’était d’un comique. C’était juste impossible. Pour la première et simple raison que j’étais tout à fait incapable d’afficher une vraie confiance devant lui. Une factice oui, facile. Mais il arrivait sans peine à le déceler et en profitait pour se moquer de moi. Ce qui était compréhensible, je ne me serais pas gêné moi. La confiance en soi. Quelque chose que je croyais acquise depuis longtemps devant ma facilité à aborder et emmerder le monde. Cette chose que j’avais perdue sans être capable de la retrouver depuis que je connaissais Elio. L’inconnu ne m’avait jamais effrayé, au contraire, il était plutôt du genre à me stimuler, mais pas dans le cas présent. Car coucher avec un homme, c’était un inconnu auquel je ne m’étais pas du tout attendu. Je me croyais fort, avec un degré d’adaptation correct, mais j’avais tord. Je me persuadais que tous les évènements qui me tombaient dessus, je pouvais les gérer. Mais c’était faux. Tout seul, il n’y avait rien de plus compliqué. Et cet orgueil qui me caractérisait me rendait plus faible que je n’aurais pu l’imaginer.

Et il ne se privait pas d’accentuer mon malaise pour me prouver qu’il fallait bien que je parte maintenant, c’était l’heure. Il n’y avait pas d’autre raison à son redressement et au fait que le drap glisse de façon calculée sur son torse. Je ne pouvais plus le regarder dans les yeux et le peu d’assurance que j’essayais de me constituer fondait comme neige au soleil. Il finissait par me connaitre et savoir comment je réagissais dans ces situations. Si je n’étais plus celui de la premières fois, une fois le jour levé, je ne valais pas mieux face à lui. Il était celui qui menait la danse et je n’avais pas encore trouvé un point faible ou une solution pour me retrouver, ne serait-ce qu’une fois en suprématie vis-à-vis d’Elio. Pourtant il n’y avait pas les moyens qui manquaient. Ne serait-ce qu’au niveau financier. Mais ça ne marchait pas avec Elio, car ça, il s’en foutait. Et si je parvenais à me redresser maintenant et lui adresser un regard de pure confiance, il ne trouverait rien de mieux à faire que de rire. Je n’étais pas convaincant, ça me tuait mais c’était vrai.

- Etonnamment, oui.

Je ne savais pas ce qui était étonnant mais bon, j’en étais plutôt content alors ça voulait dire que même si j’étais resté ce matin, je n’avais pas été chiant cette nuit, et donc je ne l’avais pas dégouté de ma présence. Mais de là à ce qu’il me laisse de nouveau dormir avec lui, je pense que je pouvais toujours attendre. Voir même rêver. Mais petit à petit on s’approchait, on se trouvait, on restait ensemble, on s’acceptait. Pff. Encore une pensée à l’eau de rose. Tout ce que je pouvais imaginer, alors qu’il n’en avait sûrement rien à squatter de moi et qu’il cherchait juste un coup comme ça. Sauf que je n’imaginais pas vraiment lui poser la question pour en être sur. Dignité ou juste peur du râteau, de la réalité ? Sûrement un peu des deux. « Pauvre âme en perdition ». Je croisais son regard alors qu’il reprenait la parole, avec ce sourire et cette façon de me mettre mal à l’aise.

- Après ta veste, ma chemise. Tu me la rendras la prochaine fois.

Je détournais les yeux. Comme si j’avais pu croire que ça passerait inaperçu. Epic fail, comme on disait sur la toile. Je n’allais rien promettre. S’il voulait vraiment cette chemise, qu’il vienne la chercher. Alors qu’il replongeait dans ses draps, mettant un terme à la conversation, je commençais à m’avancer vers lui. Après tout, je ne perdais rien pour un bisou. Juste un. Un baiser d’au revoir jusqu’à la première fois, voir si c’était différent le matin. Et puis comme ça, ça serait une surprise pour lui que j’ose faire ça. Juste un bisou et je partirais, comme ça je n’aurais pas été perdant sur toute la ligne. C’était avec un sourire un peu timide que j’allais me pencher sur lui avant qu’il ne dise une ultime phrase.

- Ferme juste la porte en partant.

Dans ces conditions il me fut impossible d’aller au bout de mon envie. Je n’étais pas encore assez assuré pour m’imposer plus longtemps et pour contrer ce que lui voulait. Je reculais avant de sortir dans la chambre, un pincement de désillusion dans le cœur. Une prochaine fois peut être. Je descendis l’escalier en boutonnant la chemise, mon sac sur l’épaule. Je croisais mon regard dans une glace, m’y attardais un instant et vit la rougeur sur mes joues qui persistait malgré tout avant de remarquer une autre rougeur dans le cou, à la base de la mâchoire. Je l’effleurais en esquissant un sourire avant de boutonner le col. Si juste ça pouvait me rendre heureux, je n’avais pas fini d’avoir envie de vouloir le voir. Et alors que je refermais la porte en sortant dans la rue, je pensais que j’avais déjà envie de le revoir.
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[Love's Out Entracte] Un premier matin [Elio]

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