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 Suis moi je te fuis, fuis moi je te suis. [PV Delia]

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Egeado A. Iannone

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MessageSujet: Suis moi je te fuis, fuis moi je te suis. [PV Delia]   Lun 20 Juin - 5:45

Le topic se passe dans une salle de réception, mais comme j'arrive pas à poster dans autres lieux milanais, en attendant, je le poste ici :)

On lui a tous un jour promis la lune, quel espoir ?
Car on a beau lui faire la cour, à chaque fois elle se marre.
Elle sait que tous nos beaux discours, ne sont que des miroirs.
Aux alouettes car le soir, on finit tous au radar.



- On se fait un bar ce soir monsieur le coureur de ses dames ?
Egeado se retourna avec un sourire éclatant.
- Je ne peux pas, j’ai un rencard ce soir.
Savio le fixa avec un regard mi incrédule mi terrifié.
- Sérieux ? Avec la barman de l’autre jour ?
Egeado resta sérieux une dizaine de secondes avant d’exploser de rire.
- Ah, si seulement. Non ce soir c’est gala de bienfaisance et j’ai devoir d’y assister, comme d’hab. Je te dis pas l’ennui mortel en perspective.
Savio posa une main compatissante alors que sa voix transpirait la moquerie.
- Mais si je suis sûr que ça sera très instructif.

Savio était loin de se douter que ça puisse être vrai. Et Egeado non plus. Il était rentré du travail en trainant des pieds sans avoir aucune envie d’y aller et pensa même un instant à se faire porter pâle. Et puis il se dit que sa sœur y serait allée. Qu’elle aurait gardé le sourire toute la soirée et qu’elle aurait fait plein d’efforts. Alors lui pouvait bien faire ça. Pour sa mémoire et pour se prouver qu’il était digne de la famille Vitaly, même si son nom de famille n’était pas le même. Ca faisait parti des corvées du titre. Une fois chez lui, Egeado s’avachit sur un canapé, la motivation ayant du mal à faire surface. Mais à quoi bon perdre une soirée tranquille à aller faire des courbettes et des sourires hypocrites dans une salle remplie de gens riches qui se foutent de la misère des pauvres ? Enfin, Egeado ne se comportait pas vraiment comme ça. Mais il ne pouvait pas non plus décemment avoir la même attitude décontractée qu’il avait quand il était avec des gens un peu plus… Normaux. Il ne pouvait pas passer pour l’abruti car ça aurait causé du tord à la mémoire de sa sœur et ça, il ne pouvait pas le supporter. Mais il ne pouvait pas non plus être un mec guindé comme tous les autres à discuter politique avec ces femmes de riches qui gloussaient de façon absolument insupportable. Il avait réussi une fois à tenir le sérieux pendant un gala. Et il s’était promis que ça n’arriverait plus jamais. Il ne comptait plus les fois où il avait failli être d’une violence dans ses propos au point de choquer durablement son interlocuteur, ou interlocutrice. Alors stop là, il avait donné c’était bon, plus jamais.

Alors il jonglait, et c’était sûrement là la meilleure façon de passer sa soirée. Il discutait de façon à faire des sous entendus que lui seul comprenait, il était décontracté mais sans arriver comme un péquenot, il dansait et invitait ses dames malgré tout. Non c’était tout un art de réussir à passer une soirée de ce genre sans avoir envie de frapper ou d’envoyer balader quelqu’un tout en s’amusant un minimum. Mais n’empêchait que ce soir, niveau motivation, c’était zéro. Mais il n’envisageait pas de venir et de rester adossé à un mur, une coupe de champagne dans la main. Ca aussi ça faisait jaser et les potins, c’était bien la seule chose qui fusait aussi rapidement dans ce genre de gala. Les femmes entre elles étaient particulièrement redoutables. Et faire taire une rumeur une fois partie, c’était quand même particulièrement difficile. Pour entamer sereinement une soirée comme celle-ci, il fallait des nerfs solides et une bonne préparation mentale. Ne serait-ce que pour dire bonjour à tout le monde. Et c’était ce qui lui manquait ce soir. Particulièrement. Car il avait beau essayer de faire bonne figure, il était fatigué en ce moment, il dormait de plus en plus mal et n’arrivait pas à rattraper ces heures qu’il passait à regarder son plafond. Il devait avoir une sacré sale mine avec les cernes qu’il essayait de camoufler tant bien que mal. Il savait très bien que Savio l’avait remarqué et qu’il était moins acide que d’ordinaire avec lui. Egeado lui en était reconnaissant mais il ne pouvait pas en parler, pas encore, c’était trop prématuré.

Et il pensait trop. Au boulot, chez lui, pendant les trajets. Il pensait à elle, à son neveu, il s’inquiétait du peu de nouvelles, il pensait à ce bar et à cette femme qui lui avait fait si forte impression, il pensait à ses parents qu’il n’avait pas vu depuis l’enterrement. Et il n’avait aucun remède pour ne plus penser. Il n’était pas du genre à boire pour oublier ou bien gober des médicaments. Mais parfois ce n’était pas l’envie qui lui manquait, pour voir si ça pouvait réellement changer quelque chose. Mais il ne voulait pas tomber accro à quelque chose. L’addiction, ça fait réellement souffrir et ça vous bouffe. Il le savait très bien. La solution la plus simple aurait été d’en parler à quelqu’un. A Savio évidemment, mais il avait peur. Peur que ça change quelque chose à leur amitié. Et il avait trop besoin de lui. Ce n’était pas un problème de confiance, mais parler de ses problèmes personnels relevait d’un traumatisme trop ancré pour que ça soit simple.

Il se redressa du canapé pour aller prendre une douche. S’habiller comme ça, ça se fait pas, arriver en retard non plus et patati et patata. Le scientifique n’était pas friand d’être au cœur des ragots alors autant les éviter autant que possible, avec un peu de chance il arriverait à s’éclipser en cours de route pour retourner dormir chez lui. C’est cette pensée qui le motiva un peu plus pour se préparer. Il enfila un costume avec chemise mauve claire et s’épargna la cravate. Il était bien habillé, mieux que d’habitude en tout cas, mais sans être trop huppé. Ca ne lui allait pas de toute façon il passait pour un guignol, surtout avec des cheveux comme les siens. Il abandonna l’idée de les faire tenir en arrière, c’était trop snob et opta pour les laisser le long du visage. Et si ça déplaisait, de toute façon, c’était pareil. Un peu de parfum, de quoi cacher son air fatigué, un sourire et il était prêt à se farcir une série de présentation dont il n’avait strictement rien à carrer. C’était dur d’être dans le beau monde. Il monta dans sa voiture et se fit conduire à la salle par son chauffeur à qui il demanda d’être prêt pour revenir quand il en aurait assez de ce cinéma, ce qui fit discrètement sourire celui-ci. Il appréciait avoir un patron comme ça après les anciens qu’il avait eu, ça changeait de se faire traiter ainsi plutôt que comme un sous homme juste bon à conduire une voiture. Egeado sortit de la voiture, leva les yeux en direction de l’enseigne de la salle, prit une inspiration après avoir poussé un soupir et entra. Plus vite c’était fait, plus vite il serait tranquille.

Et le manège des présentations commença, les bises piquantes sur les joues, l’obligeant à rester vigilant avec les traces de rouge à lèvre. Les plaisanteries, les racontars, les sourires, les rires stridents. Donner de ses nouvelles et dire que tout va bien, en demander en écoutant d’une demi-oreille la réponse. Etre tellement ravi de revoir cet homme qui lui avait tant de fois cassé du sucre sur le dos. Il n’y avait pas à dire, ici était rassemblée l’élite de la mauvaise fois Milanaise. Ces bourgeois blindés de thune qui veulent se donner bonne conscience en organisant des galas de bienfaisances comme celui-ci. Alors que c’est un prétexte comme un autre de trouver de nouveau potins et de discuter grandes marques pour ces dames, politique et économies pour ces messieurs. C’était d’un cliché grotesque. Et rien que de penser qu’il faisait parti de cette gigantesque mascarade, Egeado eut le tournis et la nausée. Il aurait dû inviter Savio. Il aurait été ridicule mais au moins, ça aurait passé le temps et il aurait eu quelqu’un pour discuter. Il attrapa une coupe de champagne sur le plateau d’un serveur qui passait par là. Et en bu une gorgée. C’était un bon cru avec des bulles fines et pétillantes. Encore une manière d’étaler du luxe. Mais il ne pouvait guère s’en plaindre, il aimait la bonne boisson.

Il commença à tourner dans cette salle immense à la recherche de quelqu’un à qui parler. Sans grand espoir. Et ce fut le choc. Au milieu de toutes ces conversations sans intérêt, il entendit ce nom en même temps qu’il vit de dos une crinière rousse.

- Je vous présente Delia Fabriosa. Une de mes collaboratrices…

Egeado n’entendit pas la fin et se figea en se tournant vers la voix. Il eut un sourire incrédule sur le visage en reconnaissant entre mille cette chute de rein de dos. Malgré les cheveux cette fois relâchés, il n’y avait aucun doute possible, et le nom de famille ne put que confirmer une bonne fois pour toute. Elle était là. La tenancière. Celle du bar. Elle était vraiment là, devant ses yeux, dans ce bal moisi. On frôlait le n’importe quoi. Sauf qu’Egeado n’avait nullement envie de se poser la question du pourquoi et du comment, et s’il devait passer une soirée ici, il n’allait pas laisser passer l’occasion de discuter de nouveau avec elle. Et cette fois, ils n’étant plus en position de vendeur à client, il n’était pas question de garder une telle distance entre eux. Et ce fut presque sans réfléchir et le plus naturellement du monde qu’il lui posa la main sur l’épaule pour la tourner vers lui et lui faire la bise.

- Delia ! Quelle merveilleuse surprise de vous croiser ici. Comment allez-vous ? Vous m’avez diablement manqué depuis la dernières fois.

Il avisa sa coupe de champagne vide qu’il lui saisit délicatement pour la poser sur un des plateaux pour en reprendre un plein et lui présenter.

- Voici pour vous. C’est cadeau de la maison.

Finalement, la soirée n’allait peut être pas être si ennuyeuse que cela.
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Delia Fabriosa

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MessageSujet: Re: Suis moi je te fuis, fuis moi je te suis. [PV Delia]   Lun 20 Juin - 7:04

C'est dommage : moi j'aurais bien aimé
Un peu plus d'humour et de tendresse.
Si les hommes n'étaient pas si pressés
De prendre maîtresse...

Un verre à la main, comme bien souvent du fait de son métier, Delia repassait sa journée en revue. Une fois n’est pas coutume, elle avait été excellente et prometteuse, la mettant de belle humeur ce soir. Sans obligation de courses ce matin, elle avait pu dormir plus que d’ordinaire après une mauvaise soirée, trop longue, et s’était levée tard, bien que plus tôt qu’Elio. Le ménage avait été rapide, tout comme la préparation de la salle de bar pour une soirée à laquelle elle ne participerait pas. En effet, le soir même se tenait une réception de bienfaisance organisée par et pour les plus grandes personnalités de Milan, et Delia ne comptait pas manquer cette occasion de fureter, ou d’appuyer ses contacts voire d’en découvrir de nouveaux. Elle savait bien que de toute façon, personne n’y allait réellement pour l’œuvre en question, si ce n’était le responsable qui recevrait l’argent, histoire de ramper par terre en baisant des pieds de remerciement. C’était toujours la même histoire, toujours le même schéma, toujours le même prétexte pour s’amuser entre personnes de la haute, comme on les appelait. Et si Delia n’était pas riche, elle avait pu intégrer ce milieu grâce à certains de ses clients ou aux membres du Réseau qui l’introduisaient avec plaisir dans un repère de personnes susceptibles de lui en apprendre plus sur certains détails, encore obscurs ...

Ces soirées étaient à la fois une échappatoire et un calvaire pour elle. En effet, la jeune femme se réjouissait toujours d’échapper quelques heures à son quotidien et de se retrouver en une compagnie souvent fructueuse, pourtant faire parfois des efforts envers quelqu’un que l’on préférerait ne pas aborder avait un côté assez contraignant. Sans jugement ni choix hâtif et purement dirigé par ses goûts, Delia devait distribuer sourires feints sur courbettes admiratives. Mais toute soirée se préparait, et celles là plus que tout autre. En parallèle du soin qu’elle devait accorder à son apparence, Delia devait se renseigner sur les invités présents. Leurs noms, leurs familles, leurs loisirs, tout ce qui pouvait lui servir de base pour un sujet de conversation était bon à prendre. Elle faisait de n’importe quelle information un grand intérêt, et il lui arrivait souvent de commencer par féliciter quelqu’un pour une victoire au golf ou toute autre bêtise dans le genre. C’était le passage obligatoire mais oh combien ennuyeux et fastidieux que la jeune femme devait exécuter à chacune de ces soirées. Donc souvent, puisque la barman apparaissait dans le grand monde aussi souvent que possible, pour se faire remarquer, pour ne pas qu’on l’oublie. Car la loi du luxe et de la richesse est d’oublier ou de dénigrer quiconque ne se conforme pas aux usages, quiconque décline une invitation. Quel qu’en soit le prétexte, cela attirait les commérages et autres critiques de la part de tout ce gratin qui n’avait rien d’autre à faire.

Si elle les aimait, ces gens superficiels et ridicules de maniérisme et de protocoles mondains, Delia les détestait tout autant. Il suffisait d’un petit rien pour que sa main ne la démange pour réveiller les méninges de ces nobles totalement en dehors de la réalité. Qu’ils descendent quelques instants de leur palais d’argent pour comprendre le monde qui les entoure, et Delia était persuadée que cela les rendrait humbles et bien plus intéressants. Mais grâce à la fascination qu’elle procurait chez les hommes, toujours présents en nombre lors de ces mondanités, Delia se passait souvent de discours rébarbatifs et horripilants. Quand elle les connaissait suffisamment bien, il suffisait d’une mimique désappointée de sa part pour clore le sujet en cours et en ouvrir un autre, bien plus évocateur. Il était toutefois nettement moins aisé de contrôler la partie féminine de ces invités, qui ne faisait que la fusiller du regard tandis qu’elle attirait ceux de leurs possibles cavaliers, voire de leurs maris officiels. De toute façon, Delia ne s’était jamais vraiment entendue avec son espèce, préférant de loin la bêtise masculine. Depuis longtemps déjà, ses amis n’avaient été que garçons, bien plus proches de ses préoccupations que les adolescentes maquillées et pomponnées qui ne lui rappelaient que trop une certaine personne dont le souvenir du nom ne parvint pas à la troubler, faute de fragilité passagère.

Mais si la journée avait été bonne, Delia ne le devait pas au simple calme qui avait régné dans son établissement de nombreuses heures. Non, elle le devait à deux personnes. La première était un jeune homme étrangement vif pour son âge, au sourire doux et à l’attitude toujours avenante. Leo, puisqu’il s’appelait ainsi, était ce qu’on pouvait appeler son parrain alors qu’elle n’était pas loin d’avoir le double de son âge. Il avait une place apparemment privilégiée dans le Réseau, même si malgré leur bonne entente commune les membres de ce groupe ne savaient pas exactement le rôle des autres participants, ni même d’informations personnelles à leur sujet. Principe de précaution, sait-on jamais des fois qu’un traître se serait particulièrement bien caché parmi eux. Toujours est-il que c’est Leo qui était venu lui rendre visite en début d’après midi, dans son bar, le temps d’une discussion. Comme à chacune de ses visites, le jeune homme n’était pas resté bien longtemps et pourtant cela donnait à Delia une impression de quiétude soudaine l’entourant, demeurant un instant dans l’atmosphère vide de la pièce. Il ne manquait que rarement une occasion de venir lui passer le bonjour, en compagnie de son tout aussi jovial compagnon à quatre pattes qu’Elio avait pris l’habitude d’aimer et de détester à la fois. Delia soupçonnait le jeune homme d’associer toute image de canidé à sa propre expérience, et n’osait intervenir devant la fascination que ses yeux renvoyaient face à Ray, toutefois elle sentait bien que son malaise n’était pas feint. Toujours est il que les visites de Leo étaient souvent synonymes de bonne nouvelle, d’autant plus maintenant que leurs rapports n’étaient plus celui de la petite nouvelle au surveillant, bien que la jeune femme se doute qu’il continuait de garder un œil sur elle.

Il lui avait parlé de cette soirée, le jour même, qui rassemblerait une belle brochette de personnalités, et lui avait même donné des noms d’invités susceptibles de se montrer intéressants. Delia avait mémorisé les propositions, et aussitôt après le départ du jeune homme elle avait saisi son téléphone pour appeler quelqu’un qui saurait l’introduire mieux que quiconque : Mario. Un de ses plus anciens clients, qui sans trop le dire l’aidait au mieux dans son entreprise, insouciant des conséquences pour lui tant il préférait s’amuser avant tout. D’autant que, très simple de nature, lui non plus n’appréciait pas les ronds de jambes inutiles et les façades cachées de ses compagnons de luxe. Lui savait rester abordable, et en plus d’être sympathique et accessible, Mario était quelqu’un de très discret. Il n’avait jamais posé de question indiscrète, n’avait jamais cherché à savoir quelque chose que Delia ne lui aurait jamais dit, dans le doute de la voir brusquement s’éloigner. Il avait décroché rapidement au vu du numéro qui s’affichait, et dans leur complicité habituelle, Delia lui avait demandé une invitation pour le soir même, ce à quoi il s’empressa de répondre par l’affirmative. En fin de journée, Delia avait donc abandonné la salle à son serveur, lui laissant avec confiance les rênes de son paradis, et était montée se préparer. Le choix n’avait pas été long, et la jeune femme ne mit pas très longtemps pour décider de sa toilette du soir. Une robe bleue, d’une teinte plus foncée que ses yeux, presque bleu marine. Celle-ci mettait alors en valeur la pâleur de sa peau et le roux de ses cheveux, qu’elle laissa détachés dans un premier temps. Le tissu était doux mais discret, se fermait par une succession de boutons situés dans le dos de la jeune femme, et venait cueillir son corps d’un bustier. Ce dernier avait l’avantage de faire ressortir ses formes, de dégager complètement son cou et ses épaules et de ne pas provoquer par le décolleté. C’était parfait, du moins pour une soirée où le but est d’attirer sans offrir trop facilement.

Le resserrement de la robe ne se faisait pas à la taille mais plus haut, juste sous la poitrine de Delia, où s’affichait un ruban blanc pour cacher la couture et attirer le regard. A partir de là, la tenue prenait de l’ampleur et se déployait tout autour d’elle, si bien qu’en tournant sur elle-même, Delia pouvait faire voleter le bas de la robe qui venait mourir au niveau de ses genoux, laissant libre des mollets nus qui venaient s’emprisonner dans des escarpins blancs au talon respectable sans être exagéré, pour ne pas froisser les éventuelles rencontres dont la taille ne graviterait pas au dessus des standards masculins. A son cou se percha un fin collier argenté orné d’une simple perle de corail, tandis que ses mains et avant bras se recouvraient de gants blancs comme on en faisait beaucoup au siècle dernier. Delia aimait beaucoup cette alliance de deux couleurs froides, contrastant merveilleusement bien avec la cascade rousse qu’elle laissa, pour l’occasion, complètement libre dans son dos, avec une simple barrette ornée d’un nœud, blanc lui aussi, sur le haut de son crâne. C’est dans cette tenue qu’elle retrouva, à l’entrée de la salle de réception, un Mario tout fier de l’accompagner à l’intérieur. Et le rituel commença, les présentations, les détails que lui soufflait son ami sur les hommes vers qui il l’accompagnait. C’est au cours d’une énième présentation, auprès d’un cinquantenaire placé en haut de la liste transmise par Leo, que Delia se fit introduire comme auparavant mais qu’une main vint se poser nonchalamment sur son épaule pour la faire se retourner. Et une bouche se posa sur sa joue sans préavis.

- Delia ! Quelle merveilleuse surprise de vous croiser ici. Comment allez-vous ? Vous m’avez diablement manqué depuis la dernières fois.

Sans avoir le temps de réagir, la jeune femme vit disparaitre son verre vide, rapidement remplacé par un autre qui passait par là sur le plateau d’un serveur.

- Voici pour vous. C’est cadeau de la maison...

Hésitant entre le rire et les larmes, Delia faillit se pincer le bras pour s’assurer qu’elle ne rêvait pas. Lui. Son client de l’autre soir, le client à l’étoile filante. Celui qu’elle avait tant voulu revoir, celui qui l’avait fait se maudire toute une nuit à ruminer sur son comportement stupide et hâtif. Il fallait maintenant choisir entre plusieurs options. Polie, indignée ? Proche, distante ? Mr Cartelli, cet inconnu ? Dans un premier temps, la jeune femme fit un sourire d’excuse à celui à qui elle venait d’être présentée pour se retourner vers celui dont elle ignorait toujours le nom.

- Quel plaisir, vous étiez si rapidement parti que je n’avais pas eu le temps de fixer une nouvelle date pour vous revoir. Le hasard fait merveilleusement bien les choses.

Ne pas le présenter, faire comme s’il était habitué ici. Parce que présenter quelqu’un sans connaitre son nom est une chose légèrement embêtante. Ne pas relever non plus sa boutade pour laquelle elle faillit pourtant lancer une réplique de son cru. Ici, elle était froide mais pas cynique, n’attaquait pas sans raison, se faisait plus coulante et conciliante, aussi .Histoire de ne pas froisser les esprits ou les egos. N’empêche, Delia ne s’attendait pas vraiment à le recroiser et encore moins ici, en soirée mondaine. Cela suffisait à éveiller sa curiosité, en plus de son intérêt déjà vivement présent suite à son départ mystérieux et à la petite note sur l’addition qu’il avait laissée, tel un voleur signerait de sa carte de visite. Delia avait une nouvelle proie.


[Et les pensées quant à l’arrivée d’Egeado ce sera pour le prochain post sinon je t’écris 5 pages, là XD]

_________________________________________________

> Les enfants commencent par aimer leurs parents ; devenus grands, ils les jugent ; quelquefois, ils leur pardonnent.
[Oscar Wilde]
Spoiler:
 


Dernière édition par Delia Fabriosa le Mer 22 Juin - 15:52, édité 1 fois
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Egeado A. Iannone

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MessageSujet: Re: Suis moi je te fuis, fuis moi je te suis. [PV Delia]   Lun 20 Juin - 12:16

Darling you gotta let me know
Should I stay or should I go?
If you say that you are mine
I'll be here 'til the end of time
So you got to let know
Should I stay or should I go?


C’était marrant les jeux de hasard. Egeado n’avait jamais été très doué pour ça, les jeux de dés ou les jeux de cartes, même s’il savait jouer, ça n’avait jamais été son fort. Il s’y était fait. Le tirage au sort ou le loto. Jamais, pas une fois il n’avait gagné ou réussi quelque chose quand l’issue était le hasard. De même pour ses rares incursions dans le monde des casinos. Machine à sous, black jack, roulette. Nada. Enfin, là il était moins sûr que le hasard soit le seul instrument en jeu dans sa réussite mais qu’importait. Le hasard c’était trop abstrait pour qu’il arrive à s’en saisir. Il y croyait, ce n’était pas la question. Egeado était persuadé qu’il y avait une part de hasard dans chaque chose et non que ça soit le résultat d’un certain nombre d’évènement amenant à une coïncidence fortuite. Cependant dans sa vie, il ne laissait guère de place à la chance et au hasard. Il avait été trop souvent déçu par ceux-ci. Il les laissait aux autres. Lui n’avait plus grand-chose à perdre. Un ami précieux, un neveu. Et après ? Même si le sort s’acharnait sur sa maison, sa richesse, son nom… Rien ne pourrait lui faire plus de mal que ce qu’il avait déjà perdu. Alors autant s’estimer heureux de ce qu’il avait à présent. Il n’attendait pas plus. Et ne faisait rien non plus pour arranger ou déclencher la chance, pour stimuler le hasard positif.

Et c’était bien la première fois que le fait de ne rien faire marche. Comme si après des années à l’avoir boudé, le hasard s’était dit que pour une fois, il pourrait bien lui faire une fleur. Et il l’avait remise sur son chemin. Elle qui lui avait tant tapé dans l’œil. Mademoiselle Fabriosa. Delia de son prénom, grâce à ce qu’il venait d’entendre. Ce prénom qui sonnait si délicatement à ses oreilles. Delia. Impossible de l’oublier, impossible de passer à côté. Lui qui comme d’ordinaire n’avait rien fait pour précipiter sa chance. Il n’était pas revenu dans son bar et avait essayé de cesser d’y penser. Elle qui était si inatteignable. Il n’en avait aucune, de chance, ni de l’approcher, ni d’attirer de nouveau son attention, ni même d’espérer avoir un regard. Il l’avait bien compris lors de lors discussion. Il ne devait pas être au niveau des gens qu’elle avait l’habitude de fréquenter. Qu’à cela ne tienne, il n’était pas du genre à s’accrocher à une cause perdue d’avance. Ca ne marcherait pas, et bien, tant pis, il passerait à autre chose. S’accrocher sans résultat, ça faisait mal. Une femme de cette trempe devait avoir d’autres chats à fouetter que de s’occuper d’un adulte un peu débile. Il ne s’imposerait plus. C’était une très bonne soirée qui l’avait sauvé de sa solitude, mais ce n’était pas une raison pour y retourner. Il s’était dit dommage, et avait voulu oublier ces formes, cette démarche, ce décolleté et ce regard. Oh oui définitivement elle n’était pas pour lui.

ET BAM ! Voila que ça lui arrivait dessus sans qu’il pige pourquoi. Ce n’était même pas une faculté d’adaptation dont il venait de faire preuve, c’était bien au dessus. A peine le prénom énoncé, il n’avait pas eu moins d’une vingtaine de scénarios en tête pour l’aborder et il avait sélectionné un de ceux qui lui plaisait le mieux au milieu d’une bousculade par maladresse, de s’appuyer sur ses épaules en bon pote, de faire celui qui ne la connais pas, de s’accaparer ses interlocuteurs. Oh oui il en avait eu des idées, des plus machiavéliques aux plus gentilles. Et ne c’était pas arrêté sur quelque chose de gentillet. Non, au contraire, il y avait largement matière à tirer profit de la situation de surprise qu’il venait de créer. Mais il fallait que ça soit très bien dosé, au vu de sa propre surprise à lui. Mais qu’est-ce qu’elle pouvait bien foutre ici ? Il ne l’avait jamais vu ! Un corps pareil, ça ne se rate pas quand même. Enfin, peut être que si, il n’était jamais très attentif dans ce genre de réception et avaient les pensées bien loin de cette saleté de monde aristocratique. Elle aurait très bien pu lui passer sous le nez sans qu’il ne la remarquer le moins du monde. Mais ELLE, ça se voyait qu’elle ne faisait pas partie de ce monde. Rien qu’à sa tenue, sur laquelle Egeado évita de trop s’attarder sur le moment, c’était bien trop inconvenant. Ce n’était pas ce genre de robe tape à l’œil que mettait les femmes de la haute. Elle n’était là que pour satisfaire un but, mais elle n’était pas bourgeoise, aristo, ou femme politique. Non, malgré son air à l’aise, elle dénotait et les rôles était désormais inversés. Ici, c’était mon monde Delia. Ces gens je les connais tous, je fais ces réceptions barbante depuis des années maintenant et tu ne m’arrives pas à la cheville à ce petit jeu. Flatter et s’approcher. J’en ai passé des heures à décortiquer les comportements, les caractères, les relations. Pour ne pas être débile, pour ne pas faire honte mais surtout pour ne pas m’ennuyer. Tu vois Delia ici c’est mon terrain. Et crois moi on va bien s’amuser.

Un instinct qu’Egeado ne se connaissait pas venait de s’allumer en lui. L’envie de jouer, de poursuivre ce jeu avec elle, celui qui avait vaguement commencé la dernière fois. Mais on changeait de plateau et la donne n’était plus la même. Ca risquait d’être diablement amusant. Delia que fais-tu là ? Que cherches-tu au milieu de ces gens pourris, toi qui n’es pas d’ici ? Il mourrait d’envie de lui poser toutes ces questions, il était dévoré de curiosité. Une telle chose qui pouvait le sortir d’une soirée monotone. Tout était bon à prendre et là c’était tout bonnement inespéré. Avoir une chance de la séduire, Egeado n’y comptait plus trop, avoir une chance de la défier, c’était tout de suite bien plus croustillant. Et sans nul doute qu’elle s’en rendrait vite compte. Et il allait tester ses facultés d’adaptation. Oh oui ça allait être génial. Et parfait.

- Quel plaisir, vous étiez si rapidement parti que je n’avais pas eu le temps de fixer une nouvelle date pour vous revoir. Le hasard fait merveilleusement bien les choses.

Elle riposta d’une manière à laquelle il ne s’attendait pas. Tant d’hypocrisie lui fit même lever les sourcils. Quoi ? Comment ? Il s’était attendu à une formule de politesse, un truc dans le genre de la soirée, mais la voir à ce point mentir, c’était bluffant. Alors qu’elle n’avait jamais eu l’intention de le revoir, de le recroiser ou de lui adresser de nouveau la parole, la voila qui lui faisait presque des courbettes ! Et ça, ça, ce n’était ni dans ses plans, ni dans ses intentions, et il n’allait pas tolérer ça. Il voulait revoir la Delia qu’il avait connu et pas ce semblant de fausseté dans ses traits. Le regard qu’il avait en cet instant envers elle voulait tout dire « Menteuse. » Mais ce fut un sourire qu’il lui rendit. Evidemment, ils n’allaient pas se harponner en public, et elle aussi le savait très bien. Surtout si elle voulait rester ici vu les ressources qu’il avait pour la faire dégager sur le champs.

- En effet, je ne m’attendais pas à vous revoir aussi rapidement. Ni dans un tel lieu.

Il envisagea un instant de mentir sur leur relation, de jouer la carte du petit copain, il fut à deux doigts de le faire mais abandonna l’idée, voulant d’abord mieux la cerner, mieux s’amuser. En laissant des insinuations et des sous entendus de partout, c’était bien plus amusant. Et si elle ne rentrait pas dans son jeu, c’était qu’il c’était fait des films pour rien et qu’il valait mieux la laisser sur le carreau une bonne fois pour toute. Il se tourna vers son interlocuteur premier en la personne de monsieur Cartelli, délaissant un instant Delia.

- Monsieur. Il baissa la tête pour le saluer. J’ai eu ouï dire de vos succès commerciaux de ces dernières semaines. Je tenais à vous en féliciter.

- Voyons Egeado, je t’ai déjà dit de m’appeler Franzo. Ne fais pas tant de politesses avec moi.

Franzo Cartelli était un bon ami de Stella avec qui il discutait beaucoup en soirée comme celle là. Il avait failli être le parrain d’Andrea, mais Luciano eu la présence d’esprit de refuser totalement. Il ne voulait pas avoir de lien avec cette famille qui ne baignait pas que dans des affaires nettes et c’était sûrement aussi un peu par jalousie. Le fait étant qu’Egeado et lui avait été présenté et que Franzo Cartelli avait été très affecté par la disparition de Stella. Cependant Egeado avait toujours été distant avec cet homme que Luciano redoutait. Il restait méfiant tout en essayant de rester dans son entourage, quelqu’un de plus puissant que soit, mieux valait s’en faire un allié qu’un ennemi. Et le fait que ça soit à lui que Delia soit présentée juste maintenant, c’était encore une nouvelle preuve que pour une fois, le hasard n’avait pas fait les choses à moitié. En tout cas les compteurs étaient presque équilibrés maintenant que chacun des deux connaissaient le prénom de l’autre. Mais la lutte ne faisait que commencer.

- Excusez-moi, c’est l’habitude.
Le vieil homme se tourna vers Delia.
- Ainsi vous connaissez cette demoiselle ? C’est une amie ?
Egeado jeta un rapide coup d’œil à la belle rousse et décida de ne pas mentir. Pas maintenant.
- Une connaissance, n’est-elle pas charmante ?
- Si certainement.
Egeado garda une main sur l’épaule de Delia, c’était plus soft qu’à la taille et il ne voulait pas se prendre un verre de champagne en pleine tête. Du moins pas maintenant.
- Sur ce je vais vous laissez alors, Mademoiselle, Egeado.
Un hochement de tête plus tard et il était partit, les laissant tous les deux Egeado se tourna à nouveau vers son interlocutrice, un léger sourire moqueur ne cachant rien du défi et de la partie qu’il venait d’entamer.

- Pardon de vous avoir interrompu, j’espère que ce n’était pas trop important. Alors, quel bon vent vous amène si loin de votre bar ?

La partie commençait, et c’était au tour de Delia.
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Delia Fabriosa

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MessageSujet: Re: Suis moi je te fuis, fuis moi je te suis. [PV Delia]   Lun 20 Juin - 13:29

Difficiles à décrire étaient en ce moment même les sentiments de Delia Fabriosa. Devant un évènement inattendu, devant quelque chose qui la laissait, pour une fois, surprise et muette d’étonnement, il était rare qu’elle ait l’habitude d’une quelconque réaction. Et pourtant, l’arrivée impromptue de cet homme rencontré quelques jours plus tôt la laissait ainsi, si bien qu’elle avait eu du mal à répliquer. Sa réponse lui sonna d’ailleurs comme miel à ses oreilles, quelque chose d’horriblement épais, lourd et coulant. Affreux, et extrêmement rare de sa part, c’est dire l’état dans lequel cette rencontre la mettait. C’était d’avantage l’apanage de ses clients, un discours qu’elle entendait prononcé par une toute autre voix que la sienne. En le réalisant, la jeune femme se serait volontiers trouvée n’importe où, sauf ici. Dans son bar, par exemple, tranquillement tenue à l’écart de cet énergumène qui venait interrompre un moment des plus intéressants de sa soirée. Oui, aux côtés d’Elio, en sécurité, c’était sans nul doute une alternative charmante, quitte à passer une soirée infructueuse à chercher dans le vide. Au moins elle pourrait maitriser la situation, ce qui n’était pas le cas ici. Au moins, l’atmosphère serait familière et sa bouche ne prononcerait pas de si énormes bêtises. N’importe où sauf ici, maintenant. Parce que bizarrement, Delia sentait bien que le nouveau venu n’allait pas lui laisser passer une soirée tranquille, au vu de la décision qu’il avait prise de l’aborder franchement et sans hésitation. Quelque chose, une intuition qui lui faisait penser que tout cela était une très, très mauvaise idée. A peu près autant que le tissu d’hypocrisie qu’elle venait de sortir pour faire bonne figure.

C’était en effet dans le simple but de ne pas paraitre trop distante envers Cartelli, et si Delia avait su que de toute façon sa soirée se commencerait et se finirait loin, bien loin de l’homme qui l’intéressait vraiment, sans doute n’aurait-elle pas pris cette précaution. Et donc, dans son sentiment d’être une parfaite idiote, Delia ne put cependant s’empêcher de ressentir un tissu incroyable d’émotions contradictoires. Un habile mélange entre la satisfaction de le revoir et la déception de se retrouver de nouveau confrontée à lui. Car elle avait pensé à lui, ça oui ! Depuis quelques soirs, la barman guettait la porte, attentive, mais la conclusion paraissait évidente qu’il ne reviendrait pas. Elle avait été trop claire envers lui, et si son but en venant ici n’était pas celui de tous ses autres clients, alors Delia n’avait aucune chance de revoir un tel consommateur. Car personne ne pouvait l’approcher, et elle les laissait tous à l’écart. S’imaginant des scénarios tous plus idiots les uns que les autres pour le retrouver, elle finissait souvent sur son lit, soupirant avec force, se maudissant comme au premier soir de leur rencontre. Stupide, stupide Delia qui n’avait aucune patience, d’autant plus avec l’alcool comme seul fidèle compagnon. Le plus souvent, ses souvenirs associaient sa note de départ avec son visage insouciant et dans ses rêves, un jeune homme se moquait gentiment de son erreur, des étoiles plein les yeux. Souvent, les nuits en question ne se révélaient pas des plus sereines, et c’est alors qu’enfin elle oubliait le jeune homme qu’il ressurgissait devant elle. Non pas qu’elle rêve de lui par envie de le revoir en tant qu’être humain. C’était bien moins complexe et élaboré que ça, plus terre-à-terre aussi.

Toutefois, elle se demandait irrémédiablement ce qu’il pouvait bien faire dans son monde à elle, ce grand adolescent un peu dégénéré et à l’apparence simplette malgré l’intelligence de son regard. Sauf que plus les secondes passaient à le regarder, plus Delia commençait à douter. Ce n’était pas, ce n’était plus son monde. Si d’habitude on lui laissait place libre sur son passage afin de lui permettre d’évoluer sereinement entre toutes ses connaissances, elle venait de trouver quelqu’un qui n’adhérait pas à son divertissement, et souhaitait apparemment en instaurer un autre. Où elle n’aurait aucune maitrise sur les règles, et la jeune femme doutait même d’un jour connaitre le but ou la teneur de ce jeu qui naissait en quelques instants. En effet, grande amatrice de ce genre d’amusement douteux, Delia savait bien reconnaitre quand elle était prise au filet de l’un d’entre eux. Il avait toute maitrise, elle aucune. Il était le roi et elle le pion, les rôles s’étaient brutalement inversés. Et ça, en femme intelligente, Delia l’avait bien compris. Elle saisissait aussi le fait que le souverain s’ennuyait et aimait à laisser une chance au pion de se hisser à son niveau. Eh bien soit, il allait voir, cet imbécile. Encore lui sur son chemin, le but de la jeune femme était de vérifier ses doutes, ceux de son interlocuteur restaient mystérieux et inconnus. Qu’importe, il y a une bonne part de bluff dans tout jeu à risques.

Il semblait si à l’aise que cela ne put laisser de marbre Delia, qui se demandait si elle aurait du le croiser avant, si elle aurait pu connaitre cet homme au détour d’une autre soirée. Elle qui évoluait tel un poisson dans l’eau des mondanités, il se frayait un passage tel un triton, bien plus agile et précis. Delia savait d’ores et déjà que, si elle conservait son attitude hypocrite et réfractaire, elle avait perdu d’avance. Il allait falloir accepter de miser pour avoir une chance, peut-être, de gagner un prix. Et puis si au passage, elle pouvait lui faire cracher des bribes d’informations en lui faisant le plaisir de l’accompagner dans sa danse habile et dangereuse, alors soit. Elle le supporterait. Sans savoir si le jeu avait commencé à leur première soirée au Love’s out ou au moment précis où elle laissa échapper sa ridicule répartie, Delia perdait déjà un point par l’accusation muette de son vis-à-vis. Oui, elle avait menti et en aurait presque été honteuse si cela ne lui permettait pas de conserver, peut-être, une chance de ne pas paraitre trop lointaine à Cartelli.

- En effet, je ne m’attendais pas à vous revoir aussi rapidement. Ni dans un tel lieu.

Ah, c’était au moins une surprise partagée et entièrement comprise par Delia. Elle aurait d’ailleurs préféré conserver son avance et le revoir dans son établissement où tous les rouages des relations humaines lui revenaient, n’ayant plus aucun secret pour elle. Mais on ne décide pas toujours du champ de bataille, et la jeune femme acceptait de bon cœur de tenter de prêter à ce lieu pourtant synonyme de quiétude et de découvertes un caractère plus acéré et offensif.

- Et moi donc. Comme quoi, les apparences sont trompeuses ...

Une certaine morale qu’il avait lui-même pris le soin de lui rappeler lors de leur dernière rencontre, et dont elle saisissait alors toute l’ampleur. Le croyant insignifiant et peu digne d’intérêt, elle lui avait tout d’abord suspecté la merveilleuse qualité d’en connaitre un peu sur un sujet qui la passionnait, avant qu’il ne réussisse à la surprendre par sa simple présence, et par son discours assuré et éloigné du client à la drague facile et au compliment agréable. Et la surprendre derechef lorsqu’il signifia clairement devant elle qu’il connaissait intimement son interlocuteur à qui elle venait d’être présentée. Ah oui, ce n’était pas le même niveau, tout de suite. Delia avait quelques longueurs de retard. Mais loin de s’avouer vaincue, elle sourit à Cartelli alors que celui-ci s’enquérait de sa relation avec Egeado. Tiens, voilà qu’il venait d’obtenir la promotion d’un nom. Cela rétablissait quelque peu le déséquilibre net, en faveur du jeune homme, qui s’instaurait entre eux à présent. Le laissant toutefois répondre, elle prit un visage de circonstance sous le compliment voilé, peu touchée pour autant de tant de nonchalance de sa part. Elle ignora également son regard, restant attentive aux réactions de celui qu’elle aurait voulu mieux connaitre. Hésitant à enlever délicatement la main d’Egeado de l’endroit où elle se trouvait, la jeune femme dut faire un énorme effort pour se contenir et simplement répondre quand Cartelli prit congé.

- En espérant vous revoir bientôt, Monsieur. Nous n’avons pas encore eu l’occasion de faire plus ample connaissance.

En guise de dernière chance, Delia jeta un regard suppliant à Mario qui prit cependant Cartelli par le bras pour l’éloigner, riant presque ouvertement de la situation dans laquelle elle se trouvait. Il ne perdait rien pour attendre, et la jeune femme se promit de lui faire payer cet abandon en bonne et due forme. Mais maintenant qu’ils étaient seuls tous les deux, Delia n’eut d’autre choix que de s’intéresser à lui. Cherchant pendant quelques infimes instants un visage connu qui la sortirait de là, elle se retourna vers lui quand elle n’eut définitivement plus d’autre alternative. Juste à temps pour voir son expression moqueuse, presque triomphante.

- Pardon de vous avoir interrompu, j’espère que ce n’était pas trop important. Alors, quel bon vent vous amène si loin de votre bar ?

Prenant une grande inspiration, Delia consentit à abandonner pour ce soir ses espoirs immédiats concernant Cartelli, s’excusant mentalement auprès de Leo. Il n’y avait plus qu’à faire avec et accepter d’essayer de rattraper son erreur de la dernière fois. Quand le jeu l’appelait, il lui était difficile de résister. Même face à un tel énergumène qui venait de lui briser officiellement son objectif de la soirée.

- Plutôt, en fait. Mais ne soyez pas ridicule, vous n’êtes pas désolé.

Elle lui faisait à présent face, se retenant de ne pas lui crier dessus. D’un souple geste du bras, elle libéra son épaule nue de son emprise et répliqua :

- Je ne crois pas que nous soyons proches à ce point, je ne connais que votre prénom. Du moins, pour l’instant.

Et c’était déjà ça. Pas assez pour pouvoir le retrouver si elle le souhaitait, certes. Mais un début. Portant légèrement sa coupe à ses lèvres, elle but une rapide gorgée avant de reposer le verre sur un plateau passant par là, alors qu’elle était à moitié pleine. L’alcool lui avait déjà joué des tours, et de plus Delia n’aimait pas s’encombrer les mains dans de tels moments de discussion. Elle préférait être libre de ses gestes, si besoin de gifler il y avait.

- Un vent qui ne doit pas souffler souvent pour vous. Mais peu importe, ce qui compte c’est vous, ici, et moi également. Espérons que l’ennui ne s’en mêle pas.

Mais ça, elle en doutait.

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> Les enfants commencent par aimer leurs parents ; devenus grands, ils les jugent ; quelquefois, ils leur pardonnent.
[Oscar Wilde]
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Egeado A. Iannone

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MessageSujet: Re: Suis moi je te fuis, fuis moi je te suis. [PV Delia]   Mar 21 Juin - 14:37

Shot through the heart
And you're to blame
You give love a bad name
I play my part and you play your game
You give love a bad name


Son but n’était pas de se faire détester loin de là. Et si il avait lu à un seul moment le désir ardent de le voir partir, il l’aurait fait. Mais comme ce n’était pas le cas, il n’avait aucune raison de s’en aller, pas maintenant. Ce n’était vraiment pas dans son caractère de chercher vraiment à être chiant. Non il le faisait de manière légère. Et si vraiment ça énervait la personne en face, c’était rarement fait exprès. Là il voulait plus la taquiner qu’autre chose. Mais si c’était vraiment important, il aurait été légitime qu’elle lui fasse vraiment comprendre. Ce qu’elle ne fit pas. Alors la question n’avait pas à se poser. Egeado n’était pas maso, il ne voulait pas qu’on le déteste, et encore moins qu’elle le déteste. Il voulait juste s’amuser. Et en s’amusant de la sorte, on connaissait et on appréhendait bien mieux son interlocuteur. Car le physique ne faisait pas tout, loin de là. Mais il savait déjà que Delia n’avait pas que ça pour elle. Sinon elle n’aurait pas été là, elle ne lui aurait pas répondu comme ça et il n’aurait pas eu envie de la revoir. Des filles belles mais dont les conversations ne couraient qu’autour de la dernière paire de chaussure à la mode, ça ne l’intéressait pas vraiment outre mesure. Mais Delia, c’était une autre paire de manche, c’était pas le même niveau. Et c’était ça qu’il appréciait. Il l’avait laissé maître de la situation au bar. Après tout, il n’était qu’un client, c’était bien normal. Mais cette fois, maintenant que les rôles étaient inversés, il n’allait pas se priver. Cependant, il allait devoir faire preuve d’un minimum de retenue pour ne pas vexer la belle. Peu importait l’âge, il y avait toujours des sujets sur lesquelles les femmes étaient susceptibles, et il espérait ne pas tomber sur un de ceux là. Non maintenant qu’ils s’étaient retrouvés de la manière la plus improbable qui soit, il voulait à tout prix rester près d’elle. Une seconde chance ? Il ne savait pas, mais en fait au plus profond de lui, il l’espérait un peu.

Méfiez vous des apparences. Oh oui elle avait diablement raison et Egeado ne doutait pas que le sentiment était réciproque. Jamais il n’aurait pu croire qu’elle se serait frayé un chemin dans ce genre de soirée où seuls les cartons d’invitation faisaient foi. Mais il se doutait qu’elle-même ne devait pas non plus imaginer qu’un adulte un peu débile comme lui puisse être également dans une réception de noble comme celle-ci. Personne ne pouvait se rendre compte à quel point, des deux côtés de la discussion fusaient sous entendus et reproches voilés. Mais c’était ça qui était bon après tout. Dis Delia, dis Delia, dis-moi vraiment ce que tu fais ici. Mais il n’allait pas poser cette question de but en blanc. Tout le plaisir du jeu en serait gâché. Et il savait qu’une telle information signifiait en donner une d’importance égal. Et c’était là le plaisir. Lequel des deux arriveraient à soutirer le plus d’information à l’autre sans pour autant trop se trahir. Cependant, il ne savait pas trop ce qu’il attendait d’elle. Des informations personnelles autre que la raison de sa présence ici, pas vraiment. Non c’était plutôt son caractère et comment elle réagissait dans certaines circonstances, comme dans celle où elle n’était clairement pas en position de force. Il hésitait à recommencer son manège de drague, mais il n’en avait pas tellement envie à vrai dire. Il s’était fait rembarrer une fois, ce n’était pas la peine d’en remettre une couche. Mais il y avait une différence entre la drague de l’autre jour et le rapprochement discret. Ca ne visait pas la même chose. Et pourtant les procédés étaient sensiblement identiques, une lourdeur parfois en moins. Quoique dans le cas d’Egeado, ce n’était même pas sûr.

Ce qui était sûr en revanche, c’était qu’il s’amusait comme un gamin. Ce n’était pas avec les gens présents ici qu’il avait pour habitude de discuter de manière aussi pertinente et acérée. La plupart du temps il se contentait de rebondir sur ce qu’on lui disait sans chercher véritablement à aller plus loin. Mais là ça allait enfin être intéressant. Surtout vu la tête dépitée qu’elle s’efforçait de cacher.

- En espérant vous revoir bientôt, Monsieur. Nous n’avons pas encore eu l’occasion de faire plus ample connaissance.

Et elle était sérieuse. Pour un peu Egeado aurait vraiment explosé de rire. Mais son manège, il était gros comme une maison ! Pourquoi tenait-elle à ce point à lui parler à Cartelli ? Aimait-elle les hommes puissants ou cherchait-elle quelque chose de différent ? Ca c’était une très bonne question, mais Egeado n’était pas friand de fouiller dans les secrets des gens. Il n’aimait pas qu’on le fasse avec lui. Mais bon, sa façon presque désespérée de vouloir à tout prix partir et rester avec Cartelli avait quelque chose de comique. Quand on enlevait le côté vexant de la chose de voir qu’elle ne souhaitait pas vraiment rester en sa compagnie. Cependant rien ne l’obligeait à rester vraiment et si la vue de son visage l’insupportait, Egeado ne l’aurait guère retenu. Alors autant le prendre dans le bon sens. Il n’était pas du genre à s’acharner après un vent. Et si ça n’avait pas été elle, il se serait peut être retourné pour vérifier sa présence et encore, et puis il aurait continué son chemin. Non c’était parce que c’était elle, parce qu’elle était belle et surtout parce qu’il y avait autre chose. De différent. Alors il voulait juste essayer de se rapprocher un peu. Dans cette période de cruelle solitude.

- Plutôt, en fait. Mais ne soyez pas ridicule, vous n’êtes pas désolé.

Ca se voyait tant que ça ? En même temps, si ses phrases n’étaient que pures formes, c’était pour répondre à celles de son interlocutrice. Il préférait au contraire l’avoir pour lui en bon égoïste plutôt que d’avoir à discuter avec Cartelli. Il rapprocha son visage du sien, de façon un peu trop proche même en souriant et fit.

- Allez, ne faites pas cette tête, je me ferais pardonner.

Espiègle, toujours, mais pas vraiment au gout de la demoiselle. En tout cas, elle avait l’air légèrement tendu par son arrivée, et c’était bien navrant. Vu le geste sec pour se libérer l’épaule et reculer, elle ne tenait pas à se montrer trop près de lui. Dommage dommage. Mais il n’était pas tant de se vexer pour si peu. La soirée ne faisait que commencer et elle se révélait l’unique moyen de se tirer d’un ennui profond. Tant pis si au passage il devait un peu modifier ses plans à elle. Si elle ne voulait pas être aussi dépitée, il lui suffisait de rentrer dans son jeu. Rien de plus simple.

- Je ne crois pas que nous soyons proches à ce point, je ne connais que votre prénom. Du moins, pour l’instant.

- Egeado Iannone. Si cela peut vous faire plaisir, nous voilà à égalité sur les présentations, Delia Fabriosa. Et pourtant encore bien des secrets demeurent.

Il la regarda boire puis reposer sa coupe et eut un sourire discret. Il allait donc se mesure à une Delia en pleine possession de ses facultés intellectuelles, et non pas légèrement altérées par l’alcool. Et il ne doutait pas qu’il aurait du fil à retordre.

- Un vent qui ne doit pas souffler souvent pour vous. Mais peu importe, ce qui compte c’est vous, ici, et moi également. Espérons que l’ennui ne s’en mêle pas.

- Vous me flattez très chère, pourtant la dernière fois, ce n’était pas ce genre de discours qui vous étouffait.

Ce n’était pas un reproche, juste une remarque maligne mais pas très fine. Chacun voyait plus ou moins clair dans le jeu de l’autre et Egeado n’allait pas se cacher de ce qu’il pensait. Du moins pas tout à fait. Et s’il savait qu’elle cherchait à le flatter, même hypocritement, il se demanda bien ce qui lui permettait d’avoir une telle promotion. Elle n’avait rien pu découvrir sur lui qui la rendrait dans cet état. Et c’était pour le moins étrange. Et il voulait savoir. Mais avant, il fallait entamer un nouveau tour de jeu.

- L’ennui est vicieux à déjouer, je compte sur vous pour m’aider.

Elle voulait connaitre, soit, il allait lui faire cette faveur ! En lui attrapant le bras, il commença à avancer dans la salle en la trainant à sa suite. Et il se mit à parler, à voix basse pour qu’elle seule l’entende. Il présenta les personnes qu’il croisa, précisa que cette femme de comte avait certainement pour amant le majordome dans le coin là bas, que cet homme là était accro aux jeux d’argent, que celui là était soupçonné de blanchir de l’argent ou que celle là s’était fait blanchir les dents. Il parlait et l’entrainait toujours, un sourire éclatant sur les lèvres. Parce qu’il s’amusait. Depuis le temps qu’il voulait parler à quelqu’un de tout ce qu’il pouvait savoir sur ces bourgeois. Il menait la danse et la faisait presque virevolter entre les groupes de discussions sans s’arrêter dans aucun d’eux, continuant son baratin sur les pourris qu’il connaissait.
Et il s’arrêta, attrapa un canapé au fromage sur un plateau qui passait et la regarda.

- Alors Delia, qu’est-ce qui vous amène ici ? L’attrait de ce monde serait-il aussi puissant ?

Il voulait savoir comment elle réagirait à une question de but en blanc.
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Delia Fabriosa

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MessageSujet: Re: Suis moi je te fuis, fuis moi je te suis. [PV Delia]   Mer 22 Juin - 1:58

Célibataire, en quelque sorte. Oui, on pouvait définir Delia ainsi, en effet. Mais pas totalement, tout dépendait essentiellement de ce que le célibat signifiait. A vrai dire, elle n’était jamais seule mais rarement vraiment accompagnée. Son mode de vie ne lui laissait pas cette décision ni même le luxe d’y penser. Comment prétendre offrir ses charmes à tous si elle en privilégiait un ? Sur ce point là seulement de la vision d’une relation, Delia rejoignait son serveur. Indéniablement, le Love’s out l’avait changée, tout autant que sa vision et ses représentations des contacts humains. Elle n’avait même plus ce que l’on pourrait appeler des aventures. Ce qu’elle connaissait d’avant, ce à quoi elle était habituée. Il n’avait pas été rare pour elle de fréquenter de façon intermittente plusieurs hommes, qui bien souvent ne faisaient que passer dans son existence comme une brise en plein automne. Aussi vite oubliés. Elle en avait toujours profité, passant de bons moments avec ce qu’elle appelait maintenant d’anciens amis et non des ex compagnons, tant elle n’avait pas éprouvé de sentiments forts pour eux. Depuis son adolescence, aucune émotion de ce genre n’était venue perturber son équilibre, et maintenant elle en faisai,t encore moins en se retranchant derrière des coups d’un ou deux soirs, voire plus si c’était pour un client fidèle. Mais, comme son bar le préconisait, les sentiments restaient à la porte et ce même pour la patronne. Et le célibat, c’était aussi la chambre qui va avec, sans photo, sans personnalisation, toujours prête à recevoir quelqu’un d’autre. Le matériel nécessaire dans la table de nuit, les draps changés plus que régulièrement, la décoration sobre pour plaire à tous. C’était également le comportement toujours à l’affût, et cela même si le but n’est pas de trouver chaussure à son pied ou de saisir la chance de sa vie mais juste de ne pas s’ennuyer, sans objectif ni passe-temps, toutes les nuits durant. Alors oui, sous cet angle Delia était célibataire.

Quitte à abandonner une idée, autant le faire totalement quand on est quelqu’un au caractère entier et fort. Aussi, Delia se promit-elle que son attention envers Cartelli serait la dernière chose stupide qu’elle dirait de la soirée. Mais au même instant, elle se fit approcher sans prévenir. Elle le sentit plus qu’elle ne vit arriver, alors qu’il se rapprochait rapidement de son visage, lui laissant un instant le loisir de détailler plus précisément le physique qui lui faisait face. Les traits étaient fins mais on décernait sans mal cette maturité qui marque l’âge, au coin des yeux et de la bouche, d’avoir trop souvent rit sans doute. Bien que Delia sache parfaitement que sourire n’était pas synonyme de bonheur, et que peut-être se trouvait sous ses yeux l’homme le plus malheureux de Milan. Mais sans faire de suppositions hâtives, elle se laissait aller dans les arrondis d’une mâchoire qui se durcissait aux alentours de la nuque, avant de parcourir du regard ces mèches blondes laissées à l’air libre, si caractéristique de l’italien que c’en était presque banal. Presque, si ça ne lui allait pas aussi bien avec un air de négligence feinte qui contrastait avec l’élégance de son habit du soir, à la fois recherché pour ne pas détonner et décontracté pour marquer sa différence. Un cocktail parfaitement dosé, mais dans le monde que Delia ne maitrisait pas totalement. Elle jouait avec l’alcool, il se riait de ces évènements surfaits. Cela se voyait, par toute l’ignorance qu’il faisait du reste des invités et par son intérêt soudain pour la seule personne qui n’aurait, de son statut social, rien à faire ici. Tu t’ennuies à ce point ? Prends ton argent, paie toi une croisière ou un séjour aventure histoire de te dégriser. Delia n’était pas un jouet d’amusement et elle comptait bien le lui montrer. Elle haussa donc simplement d’un sourcil avant de répliquer d’une phrase qui n’attendait aucune réponse, sans toutefois s’éloigner d’un millimètre, le laissant aussi proche. L’avis des autres ? Elle n’en avait que faire. Si elle avait dégagé son épaule ce n’était que par pure envie de ne pas lui offrir tout de suite ce qu’il ne méritait pas dans l’immédiat.

- Il faudra s’y appliquer pour réussir.

Alors que, au contraire, il lui suffisait de bien peu pour lui faire oublier la perte de sa soirée en compagnie de Cartelli, et peut-être plus. Il lui suffisait qu’il parle un peu, qu’il lui donne de quoi s’intéresser à lui. Elle n’en attednait pas plus pour l’instant, juste un sous entendu qui ferait office de vague piste à suivre à l’aveugle. Elle aimait la chasse, que ce soit aux hommes ou aux informations, et ne s’avouait satisfaite que lorsqu’il avait fallu se battre pour les obtenir. Sinon, le jeu n’avait aucune faveur, ce jeu dont elle avait acquis l’envie au simple contact quotidien d’un bar qui l’avait remuée en profondeur depuis de nombreux mois passés à vivre une expérience à la fois riche et terriblement pauvre en substance.

- Egeado Iannone. Si cela peut vous faire plaisir, nous voilà à égalité sur les présentations, Delia Fabriosa. Et pourtant encore bien des secrets demeurent.

Un prénom, un nom. Il avait tout compris, évidemment. Delia savait pertinemment que c’était lui qui avait enclenché le processus et qu’elle ne pouvait au mieux que le suivre dans son entreprise pour sauver leurs deux soirées, à présent menacées par l’ennui et la banalité. En tout cas, chacun pouvait maintenant retrouver l’autre en toute connaissance de cause. Elle ne répondit cependant pas, cela ne servait à rien pour simplement acquiescer à sa dernière affirmation. En effet, bien des secrets. De ceux que la jeune femme souhaitait percer, au terme d’un chemin qu’elle savait déjà long et tortueux. Elle aurait certes pu le lui signifier, mais les secrets seraient pour plus tard. Avant, il y avait beaucoup de choses à découvrir l’un sur l’autre. Par exemple, leurs modes de fonctionnement respectifs. Et leurs besoins l’un par rapport à l’autre. A condition que Delia précise les siens, bien sûr. Et puis se dessinait pour la jeune femme un mélange de curiosité vis-à-vis de leur dernière rencontre, mais également peut-être pour lui-même. Ce qu’il cachait derrière son sourire impatient, ce qu’il taisait par de beaux discours. Delia n’était pas stupide, elle sentait quand quelque chose n’était que façade, car elle était exactement semblable. Ce n’était toutefois pas son occupation première que de percer ce mystère, mais l’une des principales de la liste.

- Vous me flattez très chère, pourtant la dernière fois, ce n’était pas ce genre de discours qui vous étouffait.

- Autre lieu, autre discours. Et puis, il faut croire que la donne a changée, très cher.

Ah ça oui, beaucoup de choses avaient changé. Par exemple, son point de vue sur lui. Chez elle, il l’ennuyait presque. Chez lui, il l’intéressait. Et puis, il était vrai que quelques détails étaient venus s’ajouter à son jugement. Par exemple, son envie de rentrer de nouveau en contact sans se soucier de sa précédente froideur. Ou encore un certain bout de papier qui avait valu quelques insomnies à Delia et dont elle ne laissait pas filer l’explication aussi facilement. Il reprit finalement la parole, d’un air joyeux et avec un léger ton de défi dans la voix.

- L’ennui est vicieux à déjouer, je compte sur vous pour m’aider.

Cette phrase sonnait comme une promesse, douce aux oreilles de Delia qui n’attendait que ça. Malgré son air un peu distant et ses reproches voilés, elle était encore là et comptait bien le laisser faire ses preuves. Après sa terrible bêtise de l’autre soir, la jeune femme avait au moins compris une chose : il valait mieux laisser une chance à quelqu’un sans raison plutôt que de se tromper dans son jugement. Alors elle lui offrit volontiers son bras et le suivit d’un pas impatient. Il allait vite, parlait lentement et doucement, elle l’écoutait sans rien dire mais avec une pâle copie de son sourire éclatant à lui qui commençait à naitre sur son visage. Elle imaginait tous les gens qu’ils croisaient dans de telles situations, elle les voyait en plein délit, crime parfois. Elle le savait, mais en entendre les détails avait quelque chose de presque jouissif. Comme quoi, cracher du venin ou l’entendre était parfois intéressant, quand on ne s’abaissait pas à leur niveau. Delia avait l’impression de danser dans un environnement qui lui devenait flou. Seul Egeado lui apparaissait nettement. Les silhouettes passaient sans qu’elle puisse vraiment retenir qui faisait quoi, qui éviter, qui rappeler. Seul son guide comptait actuellement, évoluant avec aisance dans un univers qu’il méprisait de ses mots alors que tous deux offraient un sourire à leur environnement. Un sourire dirigé précisément contre ceux à qui ils l’offraient. Oui, présentement, Delia s’amusait. Et c’était une première dans une soirée, même une première depuis longtemps. S’oubliant quelques secondes, elle profita simplement de se faire entrainer dans un tourbillon d’amusement et de vérités. Avant que tout ne s’arrête violemment, alors que son interlocuteur stoppait sa course et se saisissait d’un apéritif passant par là. Delia effaça tant bien que mal son sourire ravi du visage, celui que très peu de gens connaissaient, mais sans doute le fit-elle un instant trop tard, ralentie par l’exaltation de profiter de cette visite inattendue.

- Alors Delia, qu’est-ce qui vous amène ici ? L’attrait de ce monde serait-il aussi puissant ?

- Je lui préfère nettement la simplicité de mon quotidien. Mais il y a de ces obligations qu’il faut tenir, je pense que vous voyez parfaitement de quoi je parle.

Coup de bluff, parfaite supposition qui partait du principe qu’elle avait raison dans une logique pourtant construire de façon incertaine à partir de certaines informations : être là ne lui plaisait pas outre mesure, et pourtant il l’était. Obligation, donc, d’un représentant sans doute riche et/ ou influent de la société milanaise. Le vilain petit canard dans sa mare de cygne blanc, en somme. Et Delia, qui se plaisait souvent à penser, non pas qu’elle se fondait dans la masse avec son costume de soirée et ses courbettes retenues et teintées de froideur, mais au moins qu’elle parvenait à faire illusion le temps d’atteindre ses objectifs. Elle était en train de voir son beau plumage se noircir, son bec se recourber légèrement pour lui donner l’air moins parfait dans cet univers de façade et de superficiel. Elle suivait Egeado dans les eaux plus troubles réservées aux vilains canards. Sauf que, au moins, ils s’amusent. Alors allons y et amusons nous gaiement.

- Et si cet univers est tellement irrécupérable, que suis-je moi qui y évolue ? Quelle est mon défaut, le dernier rapport compromettant qui me concerne ? Delia se hissa à son oreille, sans avoir à monter trop haut grâce à ses talons, et en appuyant ses deux mains sur ses épaules, elle ajouta doucement : Et vous ?

Ce n’étaient que questions de rhétoriques qui n’attendaient aucune réponse. Ce n’était que pour lui monter qu’elle était d’accord tout en les rabaissant à un endroit parallèle mais pas totalement éloigné. Car leur plus grande tare était sans doute de faire semblant de les voir chez les autres et de continuer à être ici, maintenant. Mais cela lui montrait également que, s’il pouvait bien dire tout ce dont il avait envie et qu’en cela il contrôlait parfaitement la situation, c’était encore elle qui décidait quand l’approcher ou non. Elle qui posait ses mains sur lui en cet instant, rapprochant indéniablement son corps de celui de son vis-à-vis, plongeant son visage à côté du sien jusqu’à pouvoir sentir ses cheveux roux peser un court instant sur lui. C’est la seule décision qu’elle avait le pouvoir de prendre ce soir, la seule emprise qu’il lui restait vis-à-vis de cet habitué des soirées qu’elle découvrait toujours avec un certain étonnement, dissimulé avec soin. De loin, pourtant, ils semblaient étonnamment liés et proches. Ce qu’ils étaient peut-être, malgré leur récente rencontre, plus que Delia ne voulait le voir ou le croire, en tout cas.

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Egeado A. Iannone

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MessageSujet: Re: Suis moi je te fuis, fuis moi je te suis. [PV Delia]   Mar 5 Juil - 7:28

She's fading away
Away from this world
Drifting like a feather
She's not like the other girls
She lives in the clouds
She talks to the birds
Hopeless little one
She's not like the other girls I know


Les canapés, c’étaient la véritable angoisse des réceptions. Voilà une considération intéressante d’Egeado. C’était toujours le même refrain. On en prenait un sur un plateau, puis un deuxième. Et on voulait tous les goûters. Ceux au fromage comme ceux au saumon. Ceux avec des endives, les mini sandwiches ou ceux à la polenta. Il y en avait pour tous, à outrance la plupart du temps. Des allés et des allés de canapés. C’était traitre et hypnotisant. Car une fois qu’on en prenait un c’était finit, il fallait en prendrais trois quatre, dix vingt. Ca ne rassasiait que plus tard et on pouvait se permettre de s’empiffrer à l’œil sans problème. Bien que la plupart du temps, les gens présents n’aient guère besoin de se nourrir gratuitement, ça ne les empêchait pas d’y piocher constamment. Et c’était très souvent les mêmes qu’Egeado voyait, soirées après soirées rester à proximité du buffet l’air de rien pour discuter, mais avec toujours un apéritif dans la main. Bonjour l’embonpoint. Mais bon, Egeado ne pouvait pas trop leur reprocher, les premières fois que sa sœur l’avait trainé ici, il y était passé. D’accord il avait l’habitude du luxe mais ici, c’était une autre ambiance. Bien plus suintante et malsaine. Et puis Egeado n’avait jamais aimé se faire présenter à tout le gratin en compagnie de sa sœur et son mari. Il préférait rester bien tranquillement près du buffet, on pouvait aussi y faire des rencontres agréables et intéressantes. Mais bon, il avait arrêté ces temps-ci, d’ailleurs il ne mangeait plus beaucoup depuis deux semaines et même Savio s’en inquiétait. La date approchant avait pour effet de lui couper durablement l’appétit et même un bon plat de pates bolognaise ne parvenait pas à le séduire. Mais il savait que c’était toujours comme ça. C’était pareil quand c’était le jour de l’anniversaire de Stella. Alors Egeado savait qu’il fallait se nourrir quand même mais c’était le strict minimum. Il savait aussi qu’une fois son appétit revenu, il s’empiffrerait et retournerait au restaurant. Mais en attendant, il avait constamment cette impression de lourdeur dans l’estomac et ne mangeait que des petites quantités. Ainsi le canapé qu’il venait de prendre serait sûrement, avec peut être un autre, la seule chose qu’il mangerait ce soir.

Egeado sentait que Delia lui en voulait, du moins un peu. Mais il avait promis, il se ferait pardonner, il ne savait pas encore comment, mais il s’efforcerait que la demoiselle n’ait pas perdu sa soirée. Ou pas. Il aviserait en fonction de ses réactions. On n'avait rien sans rien, surtout à Milan en ces temps qui couraient. Alors zut mais si elle ne faisait pas d’efforts, il n’en ferait pas non plus. Il était prêt à faire des concessions pour qu’ils passent tout deux une bonne soirée, si possible sans trop se mêler aux autres, bien trop ennuyeux pour entrer dans le jeu qu’Egeado tenait à mettre en place. En tout cas il se demanda ce qu’elle pouvait bien penser de lui. Il se sentait suffisamment intéressant pour qu’elle accepte de ne pas le planter comme un imbécile. Mais en même temps, le lieu de cette deuxième rencontre n’était pas le même standing que celui de la première. Et ça pouvait surprendre. Egeado pensa un instant que ça aurait pu être sublime de se comporter comme un pauvre con de bourge maniéré. Juste pour voir sa réaction face au décalage de la première fois. Mais son vrai caractère avait reprit le dessus. Jouer le bourge aurait pu être amusant mais trop délicat à tenir plus de dix minutes. En même temps il avait la ferme conviction que l’un comme l’autre cachait ses intentions et son caractère à l’autre. Ils se tournaient autour pour cerner l’autre sans pour autant se faire découvrir, et ça, c’était un véritable challenge. Elle le disait elle-même. Cette nouvelle rencontre changeait largement la donne qui avait été donné dans son bar. Et ce n’était pas à elle de tirer les ficelles. Mais si elle arrivait à reprendre le dessus, nul doute qu’Egeado en serait totalement bluffé. Et sûrement sous le charme.

Son cœur fit un petit bond alors qu’il aperçut le sourire qu’il venait de procurer à son interlocutrice. Chose qu’elle cacha immédiatement. Et il se revit dans le bar en train de se demander si l’existence d’une telle femme était permit. Il n’avait pas vraiment cherché à la draguer de nouveau, le jeu était bien plus stimulant. Même si la drague était évidemment un jeu à part entière, un jeu d’anticipation, d’adaptation et de capacité à cerner sa cible potentielle. Egeado n’était pas doué pour la drague, il se singeait lui-même quand il essayait, ainsi que ceux qui se croyait irrésistible. Mais si la drague n’était pas son terrain de prédilection, il se débrouillait pas mal dans le jeu de la séduction, qui était radicalement différent, bien plus fin et sous entendu. Il n’avait d’ailleurs pas vraiment essayé avec Delia, s’autocensurant lui-même. Elle était largement digne d’être séduite et non pas dragué, mais elle n’était pas à sa portée réellement. Une telle femme, un homme comme lui. C’était risible. Egeado n’était pas coureur de jupon mais appréciait les belles femmes. C’était pour ça que malgré tout il avait voulu apparaitre à ses yeux, quitte à ce qu’elle l’oublie l’instant d’après. Ainsi il avait été plutôt heureux de constater qu’elle se souvenait encore parfaitement de lui, malgré le nombre de client qu’elle devait accueillir chaque soir. Comme quoi il avait réussi à marquer un peu son esprit, pour l’instant que ça soit en bien ou mal importait peu, tant qu’elle le calculait, c’était positif.

En tout cas, elle était encore plus belle quand elle souriait. Et il aurait voulu en voir plus et passer la main sur sa joue, pour voir, pour la sentir. Mais pas là, là ça aurait été trop déplacé. Il voulait l’appréhender avant ça, il savait qu’elle n’était pas qu’une coquille vide mais il voulait voir jusqu’où ça allait. Qui était-elle vraiment, cette tenancière qu’on retrouvait dans les soirées huppées de Milan ? Il y avait forcément intérêt réciproque pour qu’il se retrouve ainsi à proximité, à discuter du monde gangrené qui les entourait. Si elle cherchait des contacts comme Cartelli et des informations, il pouvait lui en donner, sauf sur lui en fait, sinon ce n’était pas drôle. Peu importait ce qu’elle en faisait, tant qu’en retour lui aussi savait des choses. Il voulait juste savoir deux trois trucs, mais parler de lui, ce n’était vraiment pas sa tasse de thé. Surtout en ce moment. Alors il préférait ne pas y penser et se concentrer sur elle, sur des moyens pour oublier une date approchant irrémédiablement. Il voulait la distraire mais en profiter lui-même. Et le fait qu’elle l’ait suivi indiquait que c’était en partie réciproque. Tout se passait comme sur des roulettes.

- Je lui préfère nettement la simplicité de mon quotidien. Mais il y a de ces obligations qu’il faut tenir, je pense que vous voyez parfaitement de quoi je parle.

- Il y a en effet des obligations de toutes sortes. Je parie que je suis au moins aussi curieux à l’idée de savoir les vôtres que vous l’êtes en ce qui concerne les miennes. En tout cas, il est clair que je préfère largement éviter ce genre d’endroit. Mais parfois on n’a guère le choix. Heureusement que vous égayez cette soirée-ci.

C’était en glissant constamment ce genre de phrase qu’on arrivait à marquer les esprits. Des compliments à répétition non, mais s’ils sont habilement glissés sans l’être trop, ça marchait très souvent. Mais Egeado n’était pas un baratineur. S’il ne voulait pas blesser une femme, il ne voulait pas non plus lui mentir. Ainsi tout ce qu’il disait à Delia depuis le début était strictement vrai. Il le pensait réellement. Mais pour une fois, ça ne voulait pas dire qu’il voulait se rapprocher d’elle. C’était de l’honnêteté mais il n’avait pas vraiment de pensées mal placées, il savait qu’il n’avait aucune chance et que sur cet unique point de la séduction, c’était elle qui tirait les ficelles, si elle ne s’en était pas rendu compte, c’était sûrement pour bientôt. Mais il ne comptait pas lui laisser toutes les portes ouvertes. Il fallait jouer fin et délicatement, tout en montrant qu’on était présent.
Il était également sûr de marquer des points avec sa déduction. Il ne comptait pas se laisser mener par le bout du nez par Delia et il était nécessaire que tout soit clair entre eux. Il était sûr de ne pas se tromper en disant implicitement qu’elle s’intéressait à lui. Il ne savait pas pour quelle raison mais il en était presque sûr. Sinon ils ne se retrouveraient pas dans cette situation à présent. Elle savait déjà que lui était intéressé. Mais il se doutait que ce n’était pas la même chose dans son cas. Il n’avait pourtant rien d’exceptionnel alors que cherchait-elle ? Enfin, tant qu’elle restait un peu là, il pouvait bien lui faire croire qu’il était important. Ce n’était pas le cas et hormis un passé lourd, il n’avait rien susceptible de l’intéresser plus que la dernière fois. Rien n’avait changé depuis ce soir là. Alors il était inutile de se poser des questions, c’était une occasion inespérée.

Mais Egeado ne s’attendait pas à un tel rapprochement. Elle n’avait pourtant que posé ses mains sur ses épaules. Mais c’était déjà improbable vu son inaccessibilité. Il savait très bien montrer ce visage entendu et ce sourire complice. Mais au fond, il était vraiment heureux qu’elle se rapproche. Ca ne pouvait pas être uniquement par intérêt. Il n’en avait aucun. Elle n’aurait rien pu obtenir de lui et Egeado doutait qu’elle soit intéressée uniquement par l’argent. Des plus riches que lui, il y en avait partout dans la réception. Sauf que si elle pensait le faire craquer ainsi, ce n’était pas possible. Car Egeado était en mode jeu. Et si elle jouait ainsi avec lui, il n’allait pas laisser passer cette occasion. Elle n’était pas sérieuse, pas avec ce regard, pas avec ces changements d’humeur et d’intérêt. Si elle ne l’était pas, pourquoi lui le serait-il ? Quitte à avoir une belle femme pendue à son bras, autant que ça soit elle, même pour une soirée, même pour un court instant.

- Et si cet univers est tellement irrécupérable, que suis-je moi qui y évolue ? Quelle est mon défaut, le dernier rapport compromettant qui me concerne ? Et vous ?

Egeado retint un frisson quand il sentit le souffle à son oreille. Bon Dieu mais quelle femme cette Delia. Le réflexe fut évident alors qu’il l’attrapa par la taille puis dans le bas du dos d’une main ferme pour la plaquer contre lui. Et s’il y avait quelque chose de certain pour quiconque regardait cette scène, c’était que malgré l’allure d’Egeado, ils semblaient divinement accordés. Et divinement proche. Mais ça c’était secondaire. L’avis des autres, le scientifique s’en fichait depuis bien longtemps maintenant. Ce qui comptait, c’était de la sentir contre lui. L’impression visuelle qu’il avait eue était réelle. Delia lui plaisait, elle lui plaisait beaucoup. Mais Delia ne faisait pas ça pour lui, Delia voulait savoir des choses, Delia voulait le provoquer pour qu’il entre plus profondément dans le jeu. Mais c’était réciproque. Il lui réserva un de ses sourires joueur prouvant qu’il savait très bien ce qui se passait. A son tour il glissa ses lèvres jusqu’à son oreille sans la lâcher.

- Je n’ai pas pour habitude de faire des recherches sur des femmes qui me plaisent. Je préfère les découvrir plutôt que d’avoir la surprise gâchée.

Lui attrapant la main, il l’envoya au bout de son bras avant de la ramener contre lui. Elle savait qu’elle lui plaisait, il ne lui apprenait rien. Et ça pouvait l’induire en erreur si elle pensait que pour ça il serait plus manipulable. Egeado gardait son libre arbitre. Du moins tant que son cœur n’était pas épris.

- Quant à moi, je suis persuadée qu’une fois de plus, vous pensez la même chose que moi. Le jeu est bien plus excitant dans ce cas.

Il avait prononcé le mot qui se reflétait dans leurs yeux à ce moment. Les termes étaient clairs. Ce qui se passait en soirée restait en soirée. Cette soirée qui n’était pas finie. Il commença à la faire basculer en arrière, en l’accompagnant du même mouvement pour rester proche d’elle avant de la redresser, sa main toujours bien calé derrière son dos.

- Je vous sers quelque chose ?
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Delia Fabriosa

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MessageSujet: Re: Suis moi je te fuis, fuis moi je te suis. [PV Delia]   Mer 6 Juil - 9:09

Etonnamment, Delia était à la fois conforme aux règles implicites de la soirée, mais différait radicalement de ses compagnes féminines. Elle était habillée pour l’occasion, mais sans commune mesure avec les autres femmes présentes. Toutes relevaient leurs cheveux pour paraitre plus élégantes, affichant la recherche de leur silhouette et les associations compliquées de pinces et autres rubans pour sublimer des chevelures parfois un peu ternes, par manque de soleil sans doute. Toutes faisaient attention au moindre détail, à la plus petite chose qui, pensaient-elles, pouvaient les faire briller d’avantage que leur voisine. Ainsi les accessoires se bousculaient sur leurs bras, à leurs cous ou oreilles, pour attirer le regard et luire un peu plus, au risque de paraitre ridiculement chargé et exagéré. Le culte de l’apparence reprenait le dessus, malgré tout ce que l’on pouvait dire de nos jours, dans ce genre de soirée. Il en allait de même pour toutes les femmes présentes dans la salle, maquillées de sorte à paraitre tout sauf naturelles, comme des chasseuses en quête de proie. Ornées de leurs plus beaux atours qu’il fallait renouveler à chaque nouvelle occasion, les dindes gloussantes ressemblaient de temps à autre à ces arbres que l’on décore en fin d’année. De la main d’un petit enfant, ça n’aurait pu être plus désorganisé et plongé dans l’exagération. Mais il paraissait impossible à la plupart d’entre elles d’envisager la simplicité dans ce contexte de course au pouvoir et à l’apparence, où le nombre de regards que l’on attirait était la plus importante marque de respect. Delia y préférait nettement un simple collier, de discrètes boucles qui ne faisaient qu’enserrer avec douceur ses lobes d’oreilles, sans plus. Pas de bracelet, pas de rivière de diamants qu’elle n’avait de toute façon pas les moyens de s’offrir sans les offrandes d’un riche client. Pas non plus de bagues toutes plus imposantes les unes que les autres, avec une pierre précieuse en vogue dans les cercles les plus aisés de la capitale, non. Une main se fait plus douce sans le froid de l’acier à son doigt, et cela la jeune femme l’avait compris depuis bien longtemps.

Il en allait évidemment de même pour les parures de ces dames. Les toilettes étaient choisies avec soin, jamais identiques à une autre soirée ni à une autre invitée. Il semblait alors que toutes les femmes présentes se passaient le mot pour ne pas se ridiculiser, quitte à vendre le secret de leur couturier ou de leur magasin préféré. Devant la honte, il était étonnant de voir combien ces compétitrices acharnées pouvaient s’entraider et s’unir le temps de préparer la soirée qui arrivait. Il y avait alors des codes stricts imposés pour ne pas, au contraire d’avec les bijoux, partir dans une escalade folle de fantaisie et d’originalité. Toutes les dames de la société milanaise étaient trop effrayées de voir une robe plus appréciée, plus décalée de leurs habitudes pour se déroger aux recommandations muettes qui circulaient entre elles. Les robes se devaient d’être dans des tons assez sobres, sans jamais exhiber de couleurs trop criardes ce qui, de toute façon, ne serait pas venu à leurs esprits. Elles étaient la plupart du temps raides, et si jupon bouffant il y avait ce devait être dans une ampleur raisonnable. De même, aucune d’entre elles ne devaient être trop courte. Elles descendaient toutes le long des jambes sans jamais les laisser libres à la vue de tous, et seule une légère fente était autorisée, à condition qu’elle ne remonte pas trop. Tout cela était établi dans les diverses réunions autour d’un thé que les dames organisaient souvent entre elles pour discuter des dernières rumeurs ou du travail de leurs maris, tous plus importants les uns que les autres. Au moins, Delia était sûre et certaine de ne pas ressembler à quelqu’un d’autre ici. Elle achetait ses robes dans des boutiques modestes de Milan, les reprenant parfois pour ajouter un détail, améliorer l’ensemble. Paraitre toujours élégante mais sans y mettre un prix ridicule, c’était un impératif pour elle au vu des nombreuses soirées qu’elle fréquentait. De plus, la jeune femme se faisait un plaisir de violer toujours légèrement les consignes de ses partenaires de soirées. Cette fois-ci, c’était la longueur de la robe qui avait été oubliée, et c’était toujours un délice de voir les visages outrés et réprobateurs peser sur elle à son arrivée dans la salle de réception. Elle en retirait toujours un plaisir égoïste et triomphant, car cela signifiait aussi qu’elle serait forcément différente de ses compagnes. Donc, en un sens, plus intéressante.

Mais les invités masculins ne se doutaient pas un instant de ces compliquées règles féminines qui pourtant sous-tendaient chaque soirée auxquelles ils participaient. Ils se contentaient d’en subir les répercussions, à savoir des partenaires à l’apparence souvent semblable et redondante, sans grain de folie dans le paysage de leurs sorties. Il était d’ailleurs amusant de voir combien leurs regards prenaient vie quand quelque chose, une tenue ou même une coiffure, changeait de leurs habitudes. C’est dans ce domaine que Delia s’amusait le plus et c’est toujours en ce sens qu’elle choisissait ses vêtements. Le conformisme n’était pas une chose faite pour elle, et si elle voulait mettre entre ses mains toutes les chances de plaire, de susciter l’attention et la curiosité, il fallait bien attirer les regards. Alors oui, ce divertissement avait de nombreux avantages et aucun inconvénient, tant elle s’amusait tout en créant un climat favorable à la rencontre et à la discussion. Qu’il était plaisant de faire quelque chose que l’on aime tout en remplissant son devoir ... Car c’était bien, peut-être, le seul aspect de ces soirées que Delia appréciait. Tout le reste n’était qu’ennui, politesses, faux-semblants et courbettes forcées. Et, en ce sens, la jeune tenancière du Love’s out était bien contente de retrouver ici un visage qui ne l’obligerait pas à tout cela, du moins pas sérieusement. D’un côté cela l’éloignait de son travail, de l’autre cela lui promettait de passer une soirée agréable, qui avait déjà bien commencée, soit dit en passant.

- Il y a en effet des obligations de toutes sortes. Je parie que je suis au moins aussi curieux à l’idée de savoir les vôtres que vous l’êtes en ce qui concerne les miennes. En tout cas, il est clair que je préfère largement éviter ce genre d’endroit. Mais parfois on n’a guère le choix. Heureusement que vous égayez cette soirée-ci.

- Sans doute votre pari ne mérite-t-il même pas de mise tant la réponse est évidente. Ce n’est pas pour autant que nous aurons nos réponses, n’est ce pas ?

Question de rhétorique qui n’avait aucun sens, mais cette phrase avait été prononcée d’un air pensif, comme si elle réfléchissait à ce qu’elle avait bien pu manquer la première fois pour ne pas percevoir la finesse des ses phrases, la pertinence de ses mots. Cela lui avait été caché sans qu’elle sache bien si l’alcool ou ses simples préjugés en étaient la cause. Ce qui était sûr, c’est qu’elle ne se ferait pas avoir une seconde fois et qu’elle lui accordait ce soir tout son intérêt, afin de déterminer si oui ou non il fallait s’y intéresser de près. Ce qui était clair, c’est que tout les deux trouvaient le décor inintéressant. Delia l’avait déjà perçu, mais elle en avait ici la confirmation alors qu’il avouait préférer se trouver ailleurs, tandis que sa présence confirmait le caractère d’obligation, morale ou pas, de se trouver là. Tant mieux pour elle, sans doute, étant donné qu’elle avait alors l’occasion de se faire une idée plus précise du personnage. Seulement la question lui brûlait les lèvres, et si ça avait été quelqu’un d’autre, alors sûrement que Delia l’aurait laissé échapper. Mais Egeado ne lui aurait pas répondu aussi facilement. Il ne lâcherait rien si elle-même ne donnait pas quelque chose, la jeune femme comprenait bien qu’ils se trouvaient à présent dans une relation d’égalité, avec chacun des avantages à certains niveaux, qui impliquait d’offrir avant de recevoir, et d’attendre avec confiance le bon moment pour échanger. Alors que n’importe qui, d’un regard et d’un tel rapprochement comme celui qu’elle exerçait, lui aurait raconté même des mensonges pour la satisfaire. Cela n’était pas aussi facile avec lui. Et cela amusait beaucoup Delia, au moins autant que cela ne la frustrait.
Peu habituée à rencontrer une quelconque résistance de la part de ses compagnons de soirée, celle qu’elle devinait chez Egeado était une nouveauté stimulante, intéressante, qui réveillait en elle l’envie de relever le défi, de gagner la partie. Bien qu’elle doute en cet instant que l’un d’entre eux puisse réellement affirmer avoir remporté cette manche. En tous les cas, Delia espérait qu’il y en aurait d’autres, tant elle avait manifestement de chemin à parcourir avant de pouvoir poser enfin les questions qui l’intéressaient vraiment.

Puis tout s’enchaina très vite. Certes, elle n’avait pas compté sur son absence de réaction en l’approchant ainsi. Mais Delia n’avait pas vraiment envisagé la suite des évènements. Au mieux, espérait-elle une réaction qui la surprendrait, mais pas à ce point. Aussi, non préparée à l’initiative d’Egeado, se laissa-t-elle totalement faire. En sentant une main sur sa taille glisser jusque dans son dos, elle faillit un instant le repousser mais ça n’aurait pas été du jeu. Ce dernier impliquait de se laisser aller aux réactions de l’autre, d’accepter ses dérives et de respecter le tour de chacun. Là, c’était son tour à lui et Delia ne pouvait que subir son châtiment, pas vraiment agressif, admettons-le. Elle se retrouva tout à coup contre lui, plus proche encore qu’auparavant. Sa main à elle se posa sur son buste, comme si elle comptait le repousser alors qu’elle n’en faisait rien, tandis que la seconde se logeait sur son épaule pour garder un appui stable alors qu’il la déséquilibrait doucement mais sûrement. Quand il lui sourit, elle répondit par des yeux brillants et un très léger retroussement d’un coin de ses lèvres, dans un semblant de sourire retenu, ne voulant pas lui offrir trop rapidement ce qu’elle ne laissait que rarement passer. Toujours comme enlacés au milieu de tous, Delia le laissa venir à son oreille pour lui répondre.

- Je n’ai pas pour habitude de faire des recherches sur des femmes qui me plaisent. Je préfère les découvrir plutôt que d’avoir la surprise gâchée.

A peine la jeune femme eut-elle le temps de savourer l’affirmation à présent évidente de son effet sur lui, sans que cela ne le réduise à l’état de mollusque baveux comme tous les autres, qu’un événement inattendu se produisit. Ce fut en effet à ce moment-là qu’elle aperçut Mario, qui lui faisait signe d’une main de venir le rejoindre tout en fronçant les sourcils. Elle le voyait par-dessus l’épaule d’Egeado tandis que celui-ci était penché vers elle, et un instant elle tenta d’imaginer se séparer de lui et de rejoindre son ami de longue date. Mais, résignée, elle ferma les paupières dans sa direction pour lui signifier son refus et n’eut pas le temps de regretter ce geste, presque sans hésitation, que son nouveau compagnon la laissait brutalement s’éloigner, sans pour autant la congédier. Dans un soupir de satisfaction d’avoir fait un choix, certes dangereux mais qu’elle estimait le bon, la jeune femme se laissa glisser le long du bras d’Egeado pour valser à un mètre de lui avant d’accompagner son impulsion pour les réunir à nouveau. Ils étaient légèrement moins proches à présent, et quand il lui parla à nouveau Delia put répondre dans la foulée, débarrassée d’un Mario résigné mais au regard mécontent.

- Quant à moi, je suis persuadé qu’une fois de plus, vous pensez la même chose que moi. Le jeu est bien plus excitant dans ce cas.

- Il est vrai que je serais déçue de tout savoir de vous avant même d’apprécier pleinement votre compagnie. Cela commence à peine, et mon intérêt une fois réveillé a besoin de temps avant de se voir comblé.

Ce qui impliquait qu’elle appréciait sa compagnie. Ce qui sous entendait qu’elle s’intéressait à lui. Sa manière à elle de retourner des compliments qu’elle appréciait à leur juste valeur, de lui faire subtilement comprendre qu’elle commençait à ne pas regretter sa présence ici, entre ses bras, pour la première manche d’une partie qui s’annonçait endiablée et que, au final, elle se fichait de gagner tant qu’elle pouvait y jouer. Encore et encore, s’amuser et découvrir au fil d’une trame de séduction qui n’avait pour l’instant que l’aspect du jeu et du divertissement, du défi aussi, en un sens. Pour tous les deux, le défi de comprendre jusqu’où ils intéressaient l’autre. Puis il entama la phase finale de sa manœuvre acérée en lui faisant soudainement perdre tout équilibre. Elle remonta par instinct ses mains autour de son cou pour s’accrocher à lui alors qu’il la faisait tomber dans ses bras, suivant le mouvement tout en la gardant contre lui. Il semblait habitué, nonchalant et sûr de lui derrière ce sourire assuré et jovial, tandis que Delia se laissait pour l’instant porter par son impulsion, sans vraiment riposter. Et, alors qu’elle se tenait le plus près possible de lui pour ne pas glisser, malgré la confiance qu’elle plaçait en son étreinte, elle ne trouva rien à dire dans l’immédiat. Avouons-le, son cœur se mit à battre légèrement plus fort qu’à l’ordinaire. Ce n’était pas vraiment sa faute si son partenaire, en plus d’être bel homme, savait se servir de son charme pour séduire. Mais hors de question qu’elle ne tombe pour quelques sourires et un sens particulièrement aiguisé et pertinent du comique de cette situation. Rien n’était encore gagné.

- Je vous sers quelque chose ?

- Action ou vérité ?

La réponse qui n’en était pas une, plutôt une question abrupte et pour une fois sans dentelle ni douceur, avait fusé sans que Delia ne cherche à la retenir. Non, elle ne voulait rien boire. Il l’avait déjà vue avec un verre à la main et la jeune femme ne comptait pas renouveler l’expérience pour l’instant. Elle voulait continuer le jeu, l’attiser. Elle voulait le provoquer, le remuer. Donner et recevoir, puisque c’était un pari qui se faisait à deux et Delia savait bien qu’elle n’y échapperait pas, et qu’elle se mettait également en danger dans une telle situation. C’était risqué, c’était complexe, c’était fou. Mais elle brûlait d’envie de l’entendre répondre, de chercher quoi lui demander, comment. Elle voulait en savoir plus, et pour cela elle devait donner en échange. Et la jeune femme avait trouvé cette proposition correspondre parfaitement à ses attentes. On oubliait le verre de champagne pour semer la zizanie dans la soirée ou dans leurs propres esprits, qu’importe. Tant que le défi est là, tant que l’autre se prête à l’expérience. Tant que Delia découvrait Egeado, elle se moquait du reste. En disant cela, la jeune femme n’était toutefois pas restée sur sa fin. Toujours pendue à son cou, elle détacha une main qu’elle remonta le long de sa nuque, frôlant comme par accident sa peau à lui pour la conduire jusqu’à une mèche de ses cheveux roux qui lui barrait le visage. Puis revint à sa position initiale, un regard particulièrement concentré plongé dans celui de son compagnon pour la soirée, touchant cette fois au passage son épaule, protégée par sa veste qui l’obligea à insister un peu son contact pour qu’il ne puisse pas imaginer l’avoir rêvé.

Puis elle lui sourit. Carte finale, atout majeur.

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Egeado A. Iannone

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MessageSujet: Re: Suis moi je te fuis, fuis moi je te suis. [PV Delia]   Lun 8 Aoû - 15:46

So lonely so pretty
Such a lack of diplomacy you can’t get out
Do-don’t you know
Don’t do it what you do it
You should do to me


C’était la première fois qu’une femme entrait dans son jeu de cette manière et jusqu’à ce point. La plupart du temps, soit elles ne comprenaient pas, soit elles n’étaient pas intéressées, soit elles commençaient mais renonçaient en cours de route. Par peur, par incompréhension, il ne savait guère. Mais les femmes qui voulaient à tout prix gagner et qui ne lâchaient pas le morceau jusqu’au bout, il n’en voyait pas tous les quatre matins. Du coup il fallait constamment s’adapter pour envisager de nouvelles possibilités, pour chercher à toujours la surprendre. A ce niveau, il ne cherchait pas forcément à gagner contre elle. Pour peu qu’il y ait un gagnant. Non ce qui importait là tout de suite, c’était de rester en contact verbal avec elle. C’était de continuer cet échange de phrases douces amères. Ces phrases qui voulaient tout dire sans rien dévoiler, ces phrases qu’ils maniaient tout deux à la perfection. Pourtant il fallait bien qu’un d’eux deux finissent par craquer. Sinon ça n’avancerait jamais. Mais Egeado savait que tout deux avaient suffisamment d’orgueil pour ne pas abdiquer. Alors il allait falloir la jouer rusé. Et ça c’était motivant. C’était d’autant plus motivant que ce n’était pas la première personne venue. C’était Delia Fabriosa. C’était elle et elle méritait bien qu’il fasse le plus d’effort possible pour ne pas la laisser filer. Mais dans le même temps, il n’allait pas marcher sur des œufs et se contenir pour ses beaux yeux. Et il lui était d’avis qu’elle le prendrait comme un affront s’il refusait de la voir à sa vraie valeur.

Car mine de rien, Egeado avait son orgueil aussi. Et il n’allait pas lui faire de cadeau, ce n’était pas un défi dans le but de s’écraser. Mais pas non plus pour exposer une quelconque suprématie. Non c’était un défi pour se connaître et pour se prouver l’étendue de notre sphère de manœuvre. Il partait gagnant dans ce milieu, il le savait, mais il était loin de la sous estimer et il était sûr qu’elle allait lui montrer bien des ressources. Car ça se voyait qu’elle y était à l’aise. Moins que lui car elle n’avait certainement pas dû grandir dans ce milieu. Mais ce n’était pas n’importe qui non plus. Comment avait-il pu passer à côté d’elle depuis le début ? Etait-il trop obnubilé par autre chose pour ne pas voir cette chevelure et ces formes ? Il devait avoir bien autre chose en tête pour ne pas l’accoster. En même temps, en règle générale, il évitait de s’approcher des femmes à ce type de soirée. La plupart étaient mariées à des riches hommes d’affaires et politiques. Ou alors elles en avaient pour amant ou étaient veuves. Dans tous les cas de figure, ce n’était pas le bon plan pour la réputation du nom de sa sœur. Même si elle était plus connue sous le nom de Vitaly que d’Ianonne. Tout le monde savait le drame de sa famille et tout le monde connaissait son statut. Tout le monde savait à quel point il devait gérer la fortune et les affaires de sa sœur et son mari. Mais personne ne savait ce qu’il faisait d’autre. Personne ne savait son statut de scientifique au sein du GDP. Et personne ne devait savoir. Mais peu importe. Sa façon de ne pas vouloir se mêler des affaires de cul des autres ne l’empêchait pas de se faire draguer de temps en temps. Après tout il était un bon parti, sans attache, plutôt jeune et beau garçon, les femmes ne demandaient pas mieux. Et c’était toujours une épreuve d’essayer de s’en débarrasser de la façon la moins violente possible.

Stella de son côté évoluait toujours avec une telle aisance dans ce milieu. Repoussant sans mal les assauts des prétendants, étant totalement fidèle à son mari. Mais c’était également le cas avant. C’était déjà arrivé que la famille Ianonne doive faire acte de présence lors de gala quand les deux enfants étaient plus jeunes. Sa grande sœur était toujours magnifique et souriante, prête à écouter tout le monde tout en ne dérogeant pas à ses principes si elle était en couple à ce moment. Egeado l’admirait tellement alors qu’il avait l’impression de faire tâche dans ce milieu étouffant de personnes hypocrites. D’ailleurs ses parents n’étaient guère mieux et évitaient également de faire ce genre de sortie tant qu’ils n’y étaient pas obligés. Mais pour Stella c’était toujours de grands moments. Et elle tentait à chaque fois de rassurer son petit frère en lui disant à quel point il était bien et que les jeunes filles n’allaient avoir qu’une envie, c’était lui sauter dessus. Ca le faisait rire et ça le déridait un peu. Combien de fois avait-il rêvé de lui proposer une danse ? Mais jamais il n’avait osé. Alors que ça ne voulait rien dire une danse entre frère et sœur. Et pourtant il avait peur. Alors il se contentait de rester en retrait et de la voir rayonner parmi les autres. Stella son étoile. A côté il se sentait tellement misérable. Et malgré le déchirement qu’avait été leur séparation, ça lui avait fait du bien, et il avait pu évoluer pour lui-même et non plus pour elle. Et c’était plus mature et en connaissance de cause qu’il était retourné la voir. Et qu’il avait apprit l’existence de son neveu. Et que petit à petit, sa vie avait recommencé à basculer. Pour elle. Malgré lui. Il aurait voulu s’émanciper. Mais il était prêt à tout supporter pour elle, malgré leurs quelques enguelades, malgré le fait qu’il fasse son possible pour s’en éloigner et malgré le fait qu’elle ne lui demande pas non plus grand-chose, il aurait toujours tout fait pour lui faire plaisir et lui rendre service. Et c’était donc lui-même qui s’était enchainé à répondre aux demandes de présence lors de ce type de gala. Pour elle. Toujours pour elle.

Mais peut être que ça allait changer maintenant. Peut être qu’il allait doucement réussir à s’émanciper de ses souvenirs pour entrer dans le présent. Et même si ça lui trouait le cœur d’y penser, il savait au fond de lui que c’était la meilleure solution. Son deuil durait depuis trop longtemps. Mais sa sœur restait ancrée dans son cœur sans qu’il arrive à la laisser partir pour de bon, et ce malgré ses efforts pour penser à autre chose, à quelqu’un d’autre. Alors autant se concentrer sur Delia. Pour une autre soirée ailleurs que dans ses souvenirs sombres. Elle voulait des réponses ? Mais allait-elle réussir à en avoir ? Le pari était donné et si se tourner autour marchait un temps, il y allait bien y avoir un moment où il allait falloir entrer dans le vif du sujet. Il ne manquait d’un élément déclencheur pour tous les deux. Même si le fait d’être aussi proche d’elle lui faisait légèrement perdre de vue son objectif. C’était qu’elle était étourdissante quand même. Egeado l’imaginait très bien en train de charmer n’importe quel homme susceptible de l’intéresser pour un oui ou un non. Et il ne voulait pas être de ceux là. Pas tant que ce n’était pas réciproque en tout cas. Et puis, il se savait capable de séduire lui aussi. Et ça ne faisait que corser le jeu davantage.

- Il est vrai que je serais déçue de tout savoir de vous avant même d’apprécier pleinement votre compagnie. Cela commence à peine, et mon intérêt une fois réveillé a besoin de temps avant de se voir comblé.

Que répondre à cela ? Hormis d’un sourire entendu ? Il se demandait si faire des compliments faisait le même effet qu’il ressentait maintenant ? Car malgré lui, ça lui faisait plaisir de voir qu’elle ressentait un semblant de réciprocité dans leur ballet actuel. Elle pouvait très bien mentir pour l’amener à lui dire des choses. Mais il préférait penser qu’elle était aussi franche qu’il l’était. Du moins dans ses compliments qui n’étaient que très rarement surjoués. Mais tant qu’il ne la connaissait pas, il ne pouvait pas dire si elle était sincère ou non. Enfin, tant qu’il ne perdait pas de vue son objectif et qu’il ne se laissait pas séduire en premier, ça devrait aller. Et tandis qu’il la faisait lentement descendre en accompagnant son corps, savourant ses bras autour de sa nuque il répondit en quelques mots.

- J’ose espérer que ça prenne beaucoup de temps…

Delia ignora sa question. Boire, ni même manger n’était au menu de ce soir. Non le bal des émotions et de la découverte ne faisait que commencer entre eux deux. Alors qu’elle lui répondit du tac au tac.

- Action ou vérité ?

- Action.

Evidemment, que pouvait-il répondre d’autre ? Ce n’était pas l’heure des vérités. Pas l’heure des grandes confessions. Pas l’heure d’être sérieux. Oh non, c’était encore le jeu, et elle menait cette fois. C’était son idée, une diablement bonne idée soit dit en passant. Il s’en voulait même de ne pas l’avoir eu en premier. Elle avait repris la main de façon assez magistrale en fait. Et c’était pour ça qu’il l’appréciait de plus en plus. Delia avait des idées, elle pimentait le tout et en trois mots, elle venait de faire s’ouvrir un univers des possibles absolument merveilleux. Surtout vu l’ambiance mi électrique, mi sensuelle qui se dégageait de plus en plus de leurs deux corps, de leurs regards se répondant au mieux.
Et puis elle répondit à ses attentes, laissant ses doigts glisser le long de sa nuque, procurant des frissons alors qu’Egeado se vit de nouveau happé par cette chevelure rousse et épaisse. Par ses yeux pétillants de défi, elle le clouait sur place alors qu’il attendait de savoir à quelle sauce il allait être mangé. Elle savait plus qu’y faire et il lui laissait la main sur ce coup là.

Alors, quelle action ?
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Delia Fabriosa

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MessageSujet: Re: Suis moi je te fuis, fuis moi je te suis. [PV Delia]   Mer 10 Aoû - 8:16

Si on lui avait dit quelques heures auparavant qu’elle se retrouverait dans les bras d’un homme sans toutefois lui poser des questions déguisées après avoir abandonné sa proie de la soirée, sans doute Delia ne l’aurait-elle pas cru. C’était, pour la grande calculatrice qu’elle était, plutôt inhabituel voire même inimaginable que cela tourne ainsi. Pourtant, les yeux rieurs de son compagnon, ses manières à la fois attentionnées et moqueuses, son envie de séduire et de défier, tout cela justifiait quelque peu son attitude. Mais plus elle y repensait, plus elle saisissait l’écart entre ce qui était prévu et ce qui se passait réellement. Elle qui avait des noms, des cibles, des buts, voilà qu’elle batifolait avec négligence sans même culpabiliser. Voilà qu’elle s’amusait, dans un monde qui d’ordinaire l’ennuyait plus que toute autre chose. Une occasion ratée, très certainement, et par la faute d’Egeado. C’est lui qui était revenu, lui qui l’avait arrachée à son intention première. Certes, elle avait été consentante en jouant le jeu plutôt qu’en le rejetant de manière froide et outrée de son comportement. Elle aurait parfaitement pu se défendre par les mots et lui enjoindre de la laisser tranquille, demandant si besoin à Mario de régler ce problème s’il se faisait insistant. Bien que maintenant, après seulement un peu de temps passés ensemble, Delia se rende compte qu’il n’aurait pas le moins du monde insisté auprès d’elle. C’est de cette constatation qu’elle comprenait à quel point il aurait été facile de le faire déguerpir de son champ de vision, de sa volonté de passer une soirée dirigée dans un seul but. Elle voyait déjà la scène qui aurait du se jouer, celle qu’elle aurait suivie dans toute autre circonstance. Elle aurait rejeté ses cheveux en arrière, le regardant d’un air surpris. Puis aurait fait semblant de se souvenir vaguement de lui, avec un air empreint d’un soupçon d’ennui pour rester polie. Et d’un geste de la main, la jeune femme aurait pu le chasser de son esprit et de son côté. Tout aurait été terminé, et elle n’en serait pas là à présent.

Ce qui l’avait détourné de ce scénario si efficace ? Le temps pluvieux, sa tenue du jour, sa mauvaise journée, la musique ambiante, qu’en savait-elle ? Toujours est-il que Delia avait délibérément laissé partir loin d’elle le plus intéressant interlocuteur qu’elle avait rencontré depuis longtemps. Elle avait même du jouer de ses relations pour se faire inviter, Mario ayant du insister tant celle qui organisait cette petite sauterie ne l’appréciait pas. La faute, sans doute, à son mari trop lâche qui lui avait avoué se rendre dans un bar pour passer du bon temps avec la patronne, ce qui avait entrainé un divorce rapide et sans négociations. La dame en gardait quelque rancune à son égard et depuis bien des soirs déjà elle lui lançait des regards noirs, satisfaite de sa future victoire en ne l’invitant pas chez elle. Plan qui avait échoué sous la pression de quelques uns de ses proches dirigés par Mario. Résultat : elle se trouvait encore plus en colère, et depuis quelques heures déjà Delia sentait un regard assassin se fixer dans son dos chaque fois qu’elle se détournait de ladite hôtesse. Mais au final, un partout puisque ni l’une ni l’autre n’avait réussi à atteindre le but qu’elles s’étaient chacune fixé pour la soirée. Rosetta avait perdu sa revanche, Delia sa superbe occasion qui ne se représenterait pas de sitôt tant sa proie était un homme occupé. Tout cela l’amenait à penser à Leo. Leo, pauvre Leo qui serait bien déçu en venant prendre des nouvelles dans les prochains jours. Delia savait déjà comment tout cela allait se passer. Il entrerait au bar le sourire aux lèvres, se même sourire qui en faisait fondre plus d’une sur son passage. La douceur transparaissait de sa silhouette à chaque fois que Delia le voyait, et rester à ses côtés était un véritable plaisir tant il apaisait l’angoisse et les doutes.

Il entrerait donc souriant comme à son habitude, d’un air jovial, accompagné comme toujours par son fidèle compagnon à quatre pattes. Il ferait râler Elio à peine réveillé, il prendrait ses habitudes, demanderait des nouvelles, ferait la conversation. Delia attendait avec impatience ces rares moments passés près de lui, où elle pouvait librement discuter de ce qui la passionnait et la motivait à agir pour le Réseau. Et où elle pouvait également profiter d’un peu de chaleur humaine de la part de quelqu’un qui n’avait rien à faire de son tour de hanche ou de son décolleté. Leo était simple, Leo était facile à comprendre en surface. Et Delia ne creusait pas, ne cherchait pas à savoir plus. Se contentant de ce qu’il lui offrait, elle se satisfaisait parfaitement de toutes ces visites. Mais cette fois-ci, quand il lui demanderait comment se passait ses obligations, elle devrait le décevoir. Observer son sourire décliner peu à peu, éventuellement l’entendre lui dire que ce n’était pas grave. Sentir sa déception, indubitablement, tant ce n’était pas dans ses habitudes. Et Delia savait qu’elle se sentirait coupable, qu’elle regretterait. Oui, dans les bras d’Egeado elle savait pertinemment que le lendemain, une fois oubliée l’excitation du moment, elle se maudirait d’avoir à moitié cédé au premier venu. Du moins, au premier venu qui présentait un semblant d’intérêt ce qui, admettons, était plutôt rare en ces lieux. Alors oui, Delia était consciente de tout ceci. Mais cela ne l’empêchait pas de rester, de savourer, d’assumer à moitié l’instant présent et d’oublier les yeux voilés de Leo, comme un gamin qui ne reçoit pas le beau camion de pompier rouge flamboyant qu’on lui avait promis.

Restait pourtant ce sentiment d’inconnu face à cet homme si surprenant. Car Delia n’avait pas l’habitude de montrer un intérêt s’il n’était pas totalement inventé de toutes pièces. Pourtant, ici elle ne lui mentait pas et ne comptait pas le faire. Si elle voulait vraiment creuser, elle savait qu’elle le ferait avec ses véritables armes, et non pas des chimères obscures sorties de son envie de tromper. C’était un défi supplémentaire, que de séduire sans se laisser aller tout en ne rajoutant rien à la vérité. Un défi grisant, qu’elle savait d’avance compliqué, espérant ne pas se laisser aller à trop se prendre au jeu. Que celui-ci reste une façade et non pas une réalité, même d’un soir.

- J’ose espérer que ça prenne beaucoup de temps…

- Avec un si bon adversaire, je le pense.

Ce qui replaçait leur implication dans le jeu et non pas dans la vérité, quoique pour Delia cela ne semble pas si différent ce soir. Et, dans le même temps, cela signifiait qu’il l’intéressait suffisamment pour qu’elle le prenne, ce temps de le découvrir. Ce qui laissait une possibilité de se revoir, peut-être, pour approfondir cette curiosité. Mais comme ils n’en étaient pas encore là, la jeune femme passa sous silence tout ce que cette simple phrase engageait. Elle avait hésité entre adversaire et compagnon de jeu, mais sans doute n’en étaient ils pas encore là pour qu’elle penche plutôt vers la première solution. De toute façon, il aurait été étonnant qu’il le prenne mal. Et c’est toujours contre lui, mais relevée cette fois, qu’elle l’entendit faire la réponse dont elle se doutait bien.

- Action.

C’était évident et prévisible, mais tout de même encourageant qu’il accepte de s’y engager. Car les actions ne sont rien, elles ne sont que poudre aux yeux et défis stupides. Elles ne font qu’engager le reste, préparer doucement la transition tout en vérifiant que l’idée qu’on se fait de l’autre est correcte. Toujours dans ses bras, le sien encore enroulé autour de son cou sans toutefois se coller de trop près à lui, elle réfléchit quelques instants. Puis la décision se prit. Par ses réflexions précédentes, par l’ambiance de la soirée, par leurs avis manifestement partagés pour tous ces gens autour d’eux. Elle se pencha donc à son oreille pour lui murmurer son premier gage.

- Il serait amusant que vous preniez le soin d’aller, disons quelques minutes, discuter avec cette jeune femme là bas. Mais avec la plus grande sincérité et sans jamais lui cacher ce que vous pensez.

En parlant, elle se retourna un instant, balayant son geste d’une trainée rousse, pour lui désigner discrètement du doigt une trentenaire peu gâtée par la nature, un peu trop empotée à cause des nombreuses gourmandises qu’elle amenait à ses lèvres envieuses. Une jolie vache déguisée en fleur, avec sa robe élégante et ses bijoux de marque. C’était ni plus ni moins l’hôtesse de la soirée, la responsable de tout ce regroupement. Quelqu’un que Delia n’appréciait pas, qui lui rendait bien. Mais surtout, quelqu’un qui regardait de temps à autre Egeado avec envie et espoir. Donc, une cible parfaite pour s’amuser. Qui allait essayer d’en profiter, l’obligeant à lui répondre des vérités s’il jouait le jeu. Sans être cruel, puisque la vérité n’est pas faite pour intentionnellement blesser. Mais Delia et Egeado sentaient tous deux l’atmosphère pesante et étouffante qui régnait ici, de trop de mensonges et de politesses. Le but était simplement de ramener un peu d’honnêteté dans ce paysage noirci par l’apparence. L’autre avantage intelligent de cette décision était la revanche de Delia. En effet, tous deux semblaient devoir venir par obligation, se montrer conciliants et doucereux faisaient partie de leurs habitudes, et Egeado l’avait empêché de deviser calmement dans cet état d’esprit en début de soirée. Donc maintenant ce serait à lui de laisser tomber le masque, et de s’exposer à aller à l’encontre de ce pourquoi Delia pensait qu’il était venu ici. Oui, cette décision était sans nul doute réfléchie et justifiée. Quand elle eu finit de lui expliquer les termes de ce premier démarrage, Delia quitta ses bras et l’invita dans un geste faussement galant à lui passer devant pour aller accomplir sa tâche. En le regardant s’éloigner, la jeune femme afficha un sourire de satisfaction sur le visage. Le jeu perdurait.

La soirée continua ainsi, entrecoupée de plusieurs actions de ce type. Jamais dirigées l’un contre l’autre, les décisions de chacun fusaient avec pour cible l’environnement très amusant de ce théâtre vivant les entourant. C’était simplement pour tester leurs limites, les capacités de chacun et jusqu’où l’autre était prêt à aller pour impressionner, pour prouver quelque chose. Ils se renvoyèrent ainsi la balle plusieurs fois, restant toujours sur le registre de l’amusement et de la nonchalance. Puis, après qu’Egeado eut accompli ce qu’elle lui avait demandé pour la troisième ou quatrième fois consécutive, ce fut de nouveau à son tour. Et là, son visage se ferma très légèrement, son regard reprenant la teinte de quelqu’un qui veut plus, qui veut découvrir encore, qui veut essayer. Alors d’un ton beaucoup plus sérieux qu’auparavant, elle répondit d’un air plus engagé.

- Action et vérité pour moi, je corse la donne.

Et s’il n’était pas prêt à passer au niveau suivant ? Eh bien alors elle redescendrait à son niveau, non sans une légère déception. Mais quelque chose lui soufflait qu’elle avait fait le bon choix.

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> Les enfants commencent par aimer leurs parents ; devenus grands, ils les jugent ; quelquefois, ils leur pardonnent.
[Oscar Wilde]
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Egeado A. Iannone

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MessageSujet: Re: Suis moi je te fuis, fuis moi je te suis. [PV Delia]   Jeu 11 Aoû - 14:08

Et cueillent des framboises jusqu’au matin, tintintin !
Des framboises ? Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ?


Restant tout souriant, l’esprit d’Egeado parti à la recherche de son meilleur ami. Mais qu’allait-il bien lui raconter ? Après tout, il était son confident sur bien des points, il pouvait lui dire à peu prêt tout tant qu’il y arrivait et que ce n’était pas un sujet sensible. Et là c’était carrément pas sensible, au contraire, il fallait qu’il raconte cette soirée à quelqu’un, dans les grandes lignes évidemment, mais quand même, c’était tellement improbable qu’il se voyait mal passer à côté de ça. Savio sourirait, il lui poserait des questions, voyant que ça lui ferait plaisir. Il se moquerait de lui, le taquinerait, mais au final, il serait heureux pour lui. Savio était comme ça. Egeado lui répondrait que ça faisait longtemps que lui ne lui avait pas parlé de fille. Et Savio riposterait en disant que ça bne voulait rien dire de jouer à action et vérité avec une femme. Et ça continuerait joyeusement ainsi alors que la journée de boulot passerait paresseusement. Alors qu’Egeado n’aurait sûrement qu’une seule personne en tête, une femme avec de longs cheveux roux, une chute de rein à s’en damner et un demi-sourire bien trop énigmatique. Et dans son coin Savio lui jetterait un regard bienveillant. Parce qu’il s’inquiétait pour lui, parce qu’Egeado était quelqu’un de bien qu’il appréciait réellement. Mais quelqu’un de fragile aussi qui ne voulait pas lui en parler. Mais si son intérêt parfois largement entamé refaisait surface, ça ne pouvait être que positif. Egeado ne se laissait pas aller la plupart du temps, même à cause d’un refus. Alors si ça le faisait sortir et si ça lui changeait les idées, c’était positif.

Ce n’était pas qu’une histoire d’ambiance, qui était parfois un peu déprimante quand Egeado allait bien, c’était surtout que Savio aimait le savoir heureux. Il savait qu’il avait eu des passes difficiles et si au début il n’était qu’un lointain collègue, ils s’étaient découverts des traits en commun et pouvaient se relâcher un peu si la tension du boulot et de la vie perso était trop forte. Dans un sens ils se ressemblaient et se sentaient bien. De plus, ils partageaient le même bureau et depuis cet aménagement, pas une fois ils ne s’étaient réellement engueulés de façon à rendre l’atmosphère irrespirable. Des mots plus hauts que les autres avaient été échangés, rarement du côté de Savio à vrai dire qui était assez nonchalant à ses heures, mais c’était dans le cas où Egeado avait des problèmes. Et son ami essayait à chaque fois de tempérer jusqu’à ce que l’homme blond retrouve ses esprits et s’excuse de ses écarts de langage et de comportement. Ce qui faisait que Savio l’envoyait balader et qu’Egeado était obligé de lui payer un resto pour se faire pardonner. Mais c’était comme d’hab. Ce n’était qu’un jeu. Et ils se comprenaient. Dans ce boulot qu’ils n’appréciaient pas forcément, au milieu de ses scientifiques qui les méprisaient, sans attaches particulières ni réelle famille. Ils n’étaient que deux hommes lâchés là et qui cherchaient à tout prix à se battre contre un courant contraire. Et à deux, c’est toujours plus facile.

Egeado ne se faisait guère d’illusion quand à l’issue de la soirée. D’ailleurs il n’attendait rien de Delia hormis sa capacité à le distraire. Hormis ce jeu enclenché depuis qu’il l’avait retrouvé. Il ne savait même pas ce qu’il voulait d’elle. Ce n’était pas une coucherie d’un soir. Ce n’était pas non plus une amie. Ce n’était que quelqu’un qui avait éveillé son intérêt. Et il savait que c’était réciproque. Il ne savait juste pas ce que ça pouvait donner. Après tout se faire des avances ne signifiait rien de nos jours, ça arrivait à tout le monde. Et puis même si il avait prit sa remarque de façon légère, il lui avait sourit de façon légère mais sincère. Il ne pouvait pas dire si elle l’était de son côté. Les gens savaient extrêmement bien mentir quand des intérêts, surtout les leurs étaient en jeu. Et tant qu’ils n’avaient pas encore joués, il n’aurait su dire si elle pensait ce qu’elle disait ou si c’était juste une banale tentative de séduction pour lui soutirer des informations. Chose pour laquelle il ne pouvait guère la blâmer, agissant totalement de la même manière. Mais lui se savait sincère, et savait également qu’il n’avait pas grand-chose à cacher. Egeado avait ce défaut de tout croire un peu trop vite, mais il travaillait là-dessus, surtout quand une victoire, même illusoire était en jeu. Ce qui était le cas en ce moment. A vrai dire, il ne savait pas trop ce qu’il voulait savoir d’elle. Il voulait juste la connaître, car elle était différente. Et pas uniquement au niveau du physique. Sans imaginer quoi que ce soit. Il sentait qu’après cette soirée, il voudrait réellement la revoir, pas comme cette première excursion à son bar. Tout ça pour dire que sa phrase laissait tout de même entendre qu’elle semblait autant encline que lui à continuer ce jeu, voir même le continuer ultérieurement, dans d’autres lieux. Et ça le faisait sourire. Car c’était excitant, car c’était rare et car ça lui faisait plaisir de susciter une telle curiosité. Elle allait peut être en avoir pour son argent.

Il se doutait de la dangerosité de l’action qui l’attendait, mais le jeu ne pouvait commencer par une vérité, pas maintenant. Mais Delia n’allait pas lui demander d’arracher un canapé de la bouche de quelqu’un, non vu la tendance actuelle, ça allait forcément être mûrement réfléchi. Mais en répondant action, c’était un contrat implicite qu’il avait signé et dont il ne pouvait plus se défaire. Malgré lui il essaya de garder bonne figure devant ce qu’il allait devoir faire. Car il se retrouvait face à un véritable dilemme. Celui de conserver cette image de bonne famille que sa sœur lui avait légué. Bien se comporter en dans cette société qu’il vomissait secrètement. Et ce gage d’une parfaite inconnue qui lui incombait de briser cette image en ridiculisant la sacrée organisatrice de la soirée. Connue pour ne pas faire dans la dentelle et surtout qui trainait un bagage de sale histoire alors qu’il fallait l’avouer, elle n’était pas physiquement à son avantage. Oh oui Egeado aurait eu des choses à lui dire, à lui avouer. Mais c’était dur. Ca signifiait se discréditer. Enfin, il avait du charme, il aurait les moyens de toujours s’en sortir, ou de se débrouiller pour se faire inviter de nouveau. Ce n’était vraiment pas de dire la vérité qui le gênait, ni même les pseudos impacts vu qu’au final elle le méritait et c’était un juste retour des choses pour toutes les fois il s’emmerdait royalement dans ces soirées. Mais il ne voulait pas causer de tort à son nom, à celui de sa sœur. Il ne voulait pas faire ça. Mais son orgueil familial de pouvait lui faire refuser ce gage. Surtout face à elle, il ne la laisserait pas prendre l’avantage durablement de la sorte. Il ne pouvait pas faire ça. Ses épaules se crispèrent un instant face au choix à faire. Et puis il laissa filer sa sœur. Sa sœur qui aurait sûrement ri de son attitude, sa sœur qui l’aurait même accompagné pour lui faire plaisir, quitte à s’attirer des regards noirs. Et puis ça compterait pour toutes les fois où il n’avait rien dit face aux quolibets dont on l’avait affublé toutes ces années, avant et après la disparition de Stella. Il la laissa se détacher de lui avec un semblant de regret.

- Et bien vous n’y allez pas avec le dos de la cuillère pour un échauffement.

Sourire radieux alors qu’il prenait une légère inspiration en se dirigeant vers cette femme à qui il ne devait rien de toute manière. Et depuis qu’elle était séparée de son mari, elle avait moins de pouvoir. Et Egeado savait, quand il le voulait, manier les mots pour persuader. Et son argent n’était pas non plus là pour faire beau. Il arriva devant Rosette avec un sourire tout ce qu’il y avait de plus innocent en réfléchissant à toute vitesse le moyen de dire la vérité sans être trop cru. Chose qui au demeurant n’était pas tellement dans ses envies mais passons, il n’allait pas se trahir totalement maintenant.

- Madame ! Je viens vous adresser mes remerciements pour l’invitation, et pour cela je me devais de vous dire quelque chose qui au premier abord peut sembler trivial, mais qui pourrait vous être utile. Il inspira. Cette robe ne vous met pas en valeur du tout, vous devriez en changer et reposer cet apéritif sinon les chances de rencontrer de nouveau quelqu’un vont de plus en plus s’amenuis…

Il fit brutalement un pas sur le côté, n’évitant qu’à moitié la coupe de champagne qu’elle venait de renverser devant elle. Sa manche de chemise était trempée. Elle lui adressa un sourire tout ce qu’il y avait de plus jaune et crispé.

- Merci pour le conseil mon cher, navrée pour l’écart de verre, il m’a glissé des mains. Si j’étais vous je ferais profil bas, un adulte se comportant comme un gamin n’est pas très bien vu entre nos murs.

Attrapant des serviettes pour éponger sa chemise, il répondit qu’il en prenait bonne note et retourna voir Delia. Il savait déjà tout ça et ça ne l’empêchait pas d’être toujours présent. Il avait des connaissances lui aussi. Et finalement, ça lui avait fait un bien fou de lui dire ce qu’il pensait. S’il n’avait pas envie de conserver le crédit qu’on lui accordait encore, il aurait volontiers continué dans cette voie.

- Bonne pioche mademoiselle, le spectacle a-t-il été à votre convenance ? Et une fois qu’elle lui ait répondu action à son tour, son regard se dirigea vers un des gros bonnets de la soirée et il sourit. Comme ma chemise en a déjà prit pour son grade, vous pourriez allez arroser par inadvertance Monsieur Armando, bien sur sans en profiter pour engager la conversation, je tiens à vous garder encore un peu pour moi.

Et le jeu lancée par le belle continua encore, tous deux rivalisant d’ingéniosité pour peu à peu faire de cette salle leur champ de bataille sans qu’ils restent trop longtemps collés pour que personne ne puisse aisément se rendre compte de leur manège. Et puis elle rompit le tour après qu’Egeado ait du demander des nouvelles d’une personne la bouche pleine à ras bord de canapé.

- Action et vérité pour moi, je corse la donne.

Comment faisait-elle pour avoir le don de toujours surprendre de la sorte ? Egeado retrouva un visage un peu plus sérieux, reflet de celui de Delia qui avait calmé la folie qui les avait animés quelques minutes plus tôt. Il passa sa main dans les cheveux de son interlocutrice pour lui remettre une mèche derrière l’oreille.

- Venez à la soirée chez Bartolli la semaine prochaine, je vous y invite.

Parce qu’il voulait avoir la certitude de la revoir. Il en avait besoin il le sentait. Ils ne pouvaient pas se quitter ce soir sans qu’il soit sûr de se retrouver de nouveau avec elle. Il savait qu’il aurait pu retourner au bar, mais ce n’était pas la même ambiance, pas la même chose du tout. Il se rapprocha de nouveau d’elle en se retenant de lui poser la main sur la taille, même si ce n’était pas l’envie qui lui manquait.

- Quant à la vérité… Est-ce que vous êtes sincère ?

Ca pouvait paraître une question totalement débile. Et pourtant, de toutes les choses qu’il voulait savoir, c’était elle qu’il avait choisi. On ne pouvait pas faire confiance aux vérités de ce jeu, mais il voulait croire sa réponse. Car finalement, si ce n’était pas le cas, il se voyait mal lui dire, lui montrer des parties de lui autre que sa débilité. S’ils se revoyaient, s’ils continuaient un jeu qui finirait peut être par leur échapper, il voulait être fixé au moins sur un point. Et c’était celui là.

- Et pour la question qui va suivre, vérité, évidemment.
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Delia Fabriosa

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MessageSujet: Re: Suis moi je te fuis, fuis moi je te suis. [PV Delia]   Ven 12 Aoû - 6:43

Il était à présent évident qu’Egeado n’était pas qu’une rencontre, comme elle en faisait habituellement. C’était plus simple, plus fluide, plus complexe aussi tant elle cherchait à se rendre le plus fidèlement conforme à son image de joueuse invétérée. Ce soir ils partageaient quelque chose qu’elle n’avait jamais eu l’occasion de découvrir avec d’autres hommes présents dans cette salle. Il n’y avait d’ordinaire que le côté séduction, et bien souvent son partenaire se laisser plier avec plaisir et impatience. Elle faisait rapidement une loi bien personnelle, et il arrangeait tout le monde de la suivre. Pas Egeado. A vrai dire, Delia n’avait même pas réellement essayé tant elle savait que faire semblant, le séduire tout azimut et espérer bêtement qu’il s’aplatisse était ridicule. Il était trop fin pour ça, et suffisamment lucide pour ne pas mettre toute intelligence de côté et se comporter comme un homme stupide, comme les autres. Elle avait eu besoin de tact, de nouveauté et d’une relative maitrise de ses charmes pour parvenir seulement à l’intéresser. Tout cela pour un but qu’elle ne perdait pas de vue, bien évidemment. Voir si son innocent dessin n’était qu’une passade sans double sens, ou bien s’il était suffisamment immergé dans un monde qu’elle découvrait chaque jour un peu plus pour lui apporter des informations importantes. Oui, c’était évident, tout tournait autour de ce simple fait. Alors qu’il s’éloignait juste d’elle après qu’elle l’ait libéré pour le laisser accomplir son gage, Delia y réfléchissait, légèrement troublée. En quelques secondes seulement, la jeune femme se demandait si tout cela était nécessaire. Si tout cela avait un sens, une utilité. La réponse pourtant, elle la connaissait mais refusait de se la donner. Préférant croire que tout ce manège était un moyen comme un autre de l’amener à lui expliquer certaines choses et ainsi satisfaire sa curiosité, la jeune femme se voilait la vérité et préférait croire à la continuité de sa tâche de la soirée.

Mais, et il fallait bien l’avouer, Delia s’était pourtant laissée déconcentrer. Par ce sourire à la fois attentif et moqueur, si bien qu’elle ne savait pas exactement si elle était un objet d’admiration ou bien une partenaire simplement amusante. Par ce regard dans lequel elle n’arrivait pas à trouver des réponses à ses questions à son sujet, parce qu’il était à la fois physiquement proche et pourtant distant, sur la réserve. Une part de lui était dévolue à la prendre dans ses bras tandis que l’autre la regardait de loin, évitant de trop en dire, de s’amener sur une pente glissante. Par l’ensemble de sa personne qui la surprenait, bien qu’en l’occurrence ce soit en cet instant plutôt elle qui dicte les règles de leur petit jeu. S’étonnant elle-même de tant de futilité, Delia ne regrettait pourtant pas sa décision. Et elle rattrapa bien vite Egeado, faisant mine de s’approcher du buffet et d’hésiter longuement pour admirer son approche et juger de la réussite du gage. Elle se doutait que ce n’était pas des plus faciles, elle-même aurait sans doute eut du mal à l’exécuter tant elle tenait à la réputation difficilement construite qui la suivait dorénavant. Il en était sûrement de même pour lui, et cette épreuve constituait un moyen parfait pour l’observer, vérifier son engagement dans une simple joute verbale de gages d’enfants.
Et il le fit, selon les espérances de la jeune femme. Après une hésitation, un infime moment durant lequel Delia crut qu’il allait abandonner, Egeado se laissa prendre au jeu. Les paroles qui coulaient de sa bouche, délicieux miel provenant d’une ruche attirante et radieuse, n’étaient que poison pour l’organisatrice de la soirée. Ces sons étaient une belle mélodie aux oreilles de la patronne de bar, qui savourait chaque affront qu’il lui faisait avec la plus grande grâce, chaque insulte habilement dissimulée. Oui, c’était tout à fait ce qu’elle attendait de sa part, ce qu’elle pensait voir ce soir. N’étant pas déçue, la jeune femme faillit éclater de rire quand Rosetta laissa basculer son verre sur lui, ratant la cible majeure mais se consolant de sa manche. Elle se retint toutefois, et étouffa son amusement derrière une légère toux, comme si elle s’étouffait avec un canapé. Il était tellement bon de voir enfin quelqu’un dévier de l’hypocrisie ambiante, se révélant au monde tel qu’il était vraiment. Et faire partager cette vérité aux autres, les plonger dans cet état d’embarras qui avait trop rarement sa place en ces lieux.

Alors qu’Egeado tentait tant bien que mal de limiter les dégâts sur sa chemise mauve, Delia retourna à la place qu’elle venait de quitter, un peu en retrait de Rosetta et de ses amies, déjà lassée par les discussions qui reprenaient entre elles. A savoir si le joli jeune homme qui venait de l’insulter publiquement était pardonnable ou pas. Au vu des yeux gourmands que l’hôtesse lui lançait encore en catimini, malgré l’air outré qu’elle offrait au regard des autres, c’était sans doute chose faite. C’était presque ridicule de la voir ainsi espérer quelque chose qui n’arriverait jamais, à savoir se délecter d’une ou deux relations d’un soir, profiter d’un corps mince et accueillant contre elle, de connaitre les joies qu’un rapprochement lui procurerait. A ces pensées, les joues de Delia se rosirent légèrement. Pensait-elle toujours à cette idiote de Rosetta en disant cela ? Heureusement, comme elle marchait vers le fond de la salle, Egeado n’avait pu voir cet égarement passager et c’est de nouveau l’air serein qu’elle accueillit son retour, mimant un applaudissement muet en sa direction.

- Bonne pioche mademoiselle, le spectacle a-t-il été à votre convenance ? Comme ma chemise en a déjà prit pour son grade, vous pourriez allez arroser par inadvertance Monsieur Armando, bien sur sans en profiter pour engager la conversation, je tiens à vous garder encore un peu pour moi.

- Je suis toute à vous, vous vous en doutez. Mais c’était en effet un des meilleurs moments que j’ai pu passer ce soir.

Ça, ce n’était pas un mensonge, non. Il y en avait eu d’autres, des bons moments, mais ça hors de question de lui avouer comme ça, de but en blanc. Et puis, en restant évasive elle ne lui mentait pas et c’est tout ce qui importait. Dans un tel jeu, se mettre à passer à côté de la vérité gâchait tout le plaisir. Au gage énoncé, toutefois, elle lui rendit son sourire. S’avançant au milieu de la salle, Delia s’arrêta à mi-chemin, le dos tourné à son partenaire d’un soir. Sortant un bout de papier et un stylo de son sac à main, la jeune femme y griffonna l’adresse et le numéro de son bar. Ne pas adresser la parole à Monsieur Armando, mais lui tremper sa chemise blanche. Certes, c’était tout à fait dans ses capacités. En voyant un serveur passer près d’elle, Delia virevolta dans sa robe bleue, saisit le premier verre qui passait par là et, celui-ci dans une main tandis que dans l’autre elle serrait ce qu’elle venait d’écrire, elle leva sa coupe en direction d’Egeado comme pour le saluer, avant de la porter à ses lèvres et de n’en boire qu’une gorgée. Se retournant à nouveau, Delia gravit les quelques mètres qui la séparaient encore de sa cible. Arrivée à ses côtés, elle afficha sur son visage un air contrit et terriblement navré tout en faisant semblant de trébucher, se rattrapant à l’épaule et au bras dudit monsieur. Ce qui lui permettait de mettre diablement en valeur sa silhouette et son air désolé, exagérant l’expression pour que même lui puisse la saisir. Portant sa main à l’endroit où elle avait renversé son verre, et donc en plein milieu du torse de sa cible, elle l’épousseta maladroitement, comme si cela pouvait effacer sa maladresse. Puis Delia se redressa, toujours sans avoir prononcé le moindre mot et, glissant le papier dans la poche d’Armando, elle eut une dernière grimace d’excuse, travaillée pour ne pas souffrir de la moindre réplique, avant de s’éloigner en baissant la tête, comme la maladroite qu’elle devait être. Ce geste venait de justifier peut-être son acte, et au moins ne serait-ce pas mal interprété par le monsieur quand il découvrirait le petit mot glissé dans sa veste.

En rejoignant son compagnon toutefois, et au fur et à mesure qu’elle traversait la salle, la jeune femme affichait un sourire triomphant et amusé. Tant pis si elle se compromettait parfois, dans ce gage comme dans les suivants Delia fit bien attention de ne jamais totalement se discréditer auprès de personnes potentiellement intéressantes. C’était là l’art du jeu, répondre aux exigences des règles tout en évitant sa pire conséquence. Mais au fur et à mesure que la soirée avançait, Delia en venait à se demander si tout serait toujours aussi simple, aussi construit entre eux. Apparemment, il leur arrivait de fréquenter les mêmes soirées et donc la possibilité de se revoir était bien présente. Restait la question, pourraient-ils reprendre ce quelque chose là où ils l’arrêteraient ce soir ? Rien n’était moins sûr. Il était si facile, si agréable de croire que quelque chose va pouvoir perdurer, se construire à partir de rien. Mais entre les questions sous-jacentes, les mystères et la légèreté de leur contact, il n’était pas évident que la chose survivrait à la fin de cette soirée. Et pourtant, celle-ci approchait à grands pas, rendant Delia un peu nostalgique quant à la suite des évènements. Pas déjà, pas maintenant. La jeune femme refusait de perdre l’amusement ainsi créé et de ne plus sentir ce regard posé sur elle, attentif et espiègle. Mais la magie d’un soir ne l’est que par son côté éphémère, et ça Delia le savait parfaitement. Aussi, c’est un sérieux concentré mais également plus distant qu’elle affichait, comme pour se préparer à perdre cela et à revenir, dès la prochaine invitation, dans un monde ennuyeux mais nécessaire. C’était sans doute sans compter sur son compagnon, qui à présent allait lui imposer deux gages qu’elle était prête à recevoir. Le voyant s’approcher, Delia le laissa jouer un instant avec une mèche de ses cheveux, se contentant de le regarder alors qu’il réfléchissait à l’action dont elle serait la cible.

- Venez à la soirée chez Bartolli la semaine prochaine, je vous y invite.

Delia dut prendre sur elle pour ne pas sourire ou rougir, réactions qui ne lui allaient pas du tout, ne convenant pas avec son apparence distante et prête à tout. Aussi c’est avec une voix qu’elle espérait neutre qu’elle lui répondit, satisfaite d’une telle demande de sa part. Cela lui garantissait au moins de le revoir, même si la magie pouvait très bien disparaitre entre temps.

- Voilà une demande bien peu contraignante. J’accepte avec plaisir.

Avec plaisir, oui. C’était dit. Venait maintenant, alors qu’elle était encore plongée dans la satisfaction d’une promesse de se revoir, le moment le plus difficile de la soirée. La vérité. Delia, si elle l’acceptait en toute connaissance de cause, s’inquiétait de devoir répondre à quelque chose de trop difficile. Pire, si cela rentrait dans un certain domaine elle devrait soit mentir, soit se défiler en mentant par omission, soit refuser d’y apporter une réponse. Et ça, c’était quelque chose qui la mettait subitement mal à l’aise alors qu’il s’approchait encore, de nouveau près d’elle. Ce qui, au vu de la question imminente, fit accélérer doucement les battements de cœur de la jeune femme pourtant si stoïque à l’ordinaire. Du moins, supposait-elle que c’était l’approche de cette vérité, qu’elle aurait mieux fait d’éviter encore un peu.

- Quant à la vérité… Est-ce que vous êtes sincère ?

A la fois grandement soulagée et étonnée, Delia resta muette quelques instants. En temps normal, sans doute aurait elle reprit le rapprochement commencé par Egeado. Se pendre à son coup, poser sa main sur son bras, quelque chose. Mais ce n’était pas vraiment le moment de noyer sa réponse dans une mare d’exagération. Car oui, cela restait une question difficile, malgré tout. Immobile, donc, Delia cherchait ses mots, avant de lui dire, tout simplement, le regard vissé dans ses yeux interrogateurs.

- A vrai dire, je pense en être la première étonnée, d’autant que cela n’arrive pas souvent mais ... oui. Vous mentir ne m’intéresse même pas, et jusqu’à présent je ne l’ai pas fait une seule fois. Et ce n’est pas non plus dans mes intentions futures.

Et le pire, c’est que ça aussi c’était vrai. Delia, celle qui maitrisait l’art des mots et le pouvoir de les noyer dans des apparences, se contentait simplement de dire et de faire ce qui lui passait par la tête. Une grande première, que l’attrait du jeu et son enjeu l’avait sans doute poussé à provoquer.

- Et pour la question qui va suivre, vérité, évidemment.

- Evidemment. Elle sera tout aussi simple à formuler.

C’était là, c’était le moment. Celui de lui demander pour leur première rencontre, au bar, ce qui l’avait tant intriguée. Ce qui calmerait sans doute ses interrogations, ce qui l’apaiserait, ce qui répondrait à ses doutes de début de soirée qui, si elle les avait un instant oubliés, revenaient en masse. Lui dire ... par exemple, s’il acceptait de l’emmener un jour voir les étoiles filantes qu’il dessinait sur les additions ? Oui, c’était bien ça. Bonne formulation, compréhensible mais pas trop directe ni agressive et puis, si jamais elle se plantait et qu’il n’avait rien à voir avec tout cela, elle n’aurait pas l’air idiote. Delia s’apprêtait à prononcer cette phrase si bien tournée quand, subitement, elle releva les yeux auparavant baissés et regarda son visage patient et devenu presque familier après avoir partagé autant de sourires en une seule soirée. Et, sans qu’elle le remarque vraiment, les mots changèrent au moment même où ils venaient mourir sur ses lèvres.

- Est-ce que la prochaine fois, tout sera aussi amusant ?

C’était ce que l’on pouvait appeler un imprévu ... Guidé toutefois par de réelles interrogations de sa part quant à leur soirée passée ensemble. Finalement, peut-être bien que oui, la réponse à cette question était plus importante. Car elle espérait avoir le temps de lui redemander ce à quoi elle pensait plus tard, au risque de ne pas être dans le même contexte et de perdre l’assurance d’entendre une vérité. Mais c’est aussi ça, le jeu ...

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> Les enfants commencent par aimer leurs parents ; devenus grands, ils les jugent ; quelquefois, ils leur pardonnent.
[Oscar Wilde]
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Egeado A. Iannone

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MessageSujet: Re: Suis moi je te fuis, fuis moi je te suis. [PV Delia]   Sam 13 Aoû - 17:04

I scream you scream
We all scream for her
Don't even try 'cause
You can't ignore her

She's my cherry pie
Cool drink of water
Such a sweet surprise
Tastes so good
Make a grown man cry
Sweet cherry pie oh yeah


Cette question était loin d’être anodine et Egeado comme Delia le savaient. Il aurait très bien pu lui demander ce qu’elle foutait là alors qu’elle était sensée être tenancière de bar. Il aurait pu demander pourquoi elle cherchait à rencontrer tant de monde. Pourquoi est-ce qu’elle répondait à ses demandes implicites. Pourquoi est-ce qu’elle était rentrée dans son jeu. Il aurait eu milles et une autre question plus bien pertinente à lui poser. Mais au final, il se rendit compte qu’il s’en foutait comme de sa première chaussette. Ce n’était plus ses motivations qui l’intéressaient, mais c’était elle. C’était véritablement son être qu’il voulait connaître avant de savoir pourquoi elle agissait de la sorte. C’était une sorte de ballet compliqué qui se jouait dans la tête d’Egeado. Elle lui plaisait, c’était indéniable, et ce depuis la première fois qu’il avait posé les yeux sur elle. Mais c’était une quelconque attirance, quelque chose qui disparaissait une fois la porte refermée. Et il avait fallu qu’il retombe sur elle. Et l’attirance s’était de nouveau ravivé parce qu’elle était différente, qu’elle était intéressante. Et il ne s’amusait pas tant que ça avec les femmes, il ne fallait pas croire. Egeado était sérieux. Plus qu’il ne le montrait. Et il se rendit compte en prononçant sa question qu’il tenait à la réponse. Et qu’il tenait à une bonne réponse. Ca l’aurait peut être un peu blessé si elle disait la vérité. Disant que tout ceci n’était de toute façon qu’un jeu. Il le savait mais peut être qu’au fur et à mesure des moments qu’ils venaient de passer ensemble, il sentait qu’il voulait la revoir, et essayer d’approfondir ce début de relation. Mais pour ça, il fallait qu’elle le veuille, et il fallait que les intentions soient claires.

Sauf que rien n’étaient moins clair qu’eux deux. Entre ce qu’ils voulaient, ce qu’ils montraient, ce qu’ils pensaient, ce qu’ils esquivaient. Personne n’admettait jamais rien de but en blanc. Pour avoir l’air idiot ? Pour aller trop vite ? Non. Jamais personne ne pouvait balancer ce qu’il disait comme ça. Par peur, par fierté, par orgueil. Et si l’autre ne pensait pas pareil ? Egeado n’était pas réellement du genre à s’occuper des on dits et sa fierté passait au placard quand il aimait. Mais depuis qu’il n’y avait plus Stella, avait-il de nouveau aimé ? Avait-il peur maintenant de dire la vérité ? En tout cas n’allons pas trop vite en besogne. Il était loin d’aimer Delia. C’était en premier lieu passé par une attirance physique en bonne et due forme. Et puis il y avait eu le reste, le hasard qui pour une fois avait eu le beau rôle. Mais était-ce vraiment du hasard ? Comment le savoir ? Peut être était-il plus sensible qu’il le pensait. Mais il ne pensait pas lui laisser exploiter cette faille. Car comme chacun, Egeado avait peur. Peur de faire confiance pour rien. Peur tout à fait logique en soi. Mais il ne fallait pas penser à ça. Pas maintenant, cette femme, il ne la connaissait même pas. Et ce n’était pas pour les moments de complicité qu’ils venaient de partager tout au long de la soirée qui allaient changer quoi que ce soit. Une relation commence bien par quelque chose. Peu importe la nature de la relation. Et cette question voulait bien dire ce qu’elle voulait dire. Il ne se cachait pas. Il n’était pas du genre à continuer quelque chose basé sur du mensonge explicite ou des sous entendus secrets. Pourquoi faire ? Il ne savait pas dans quoi il s’était engagé en acceptant leur jeu, mais il savait qu’il voulait continuer à l’unique condition qu’ils seraient sincères dans leurs dires. Ou dans leurs yeux si la bouche disait le contraire. Car le jeu pouvait encore continuer longtemps il le savait. Surtout pour le peu qu’il la connaissait. Mais si c’était pour une simple victoire à la fin, Egeado ne pensait pas que ça en vaille la peine. Il n’était pas volage.

- Voilà une demande bien peu contraignante. J’accepte avec plaisir.

Egeado sourit. Un sourire simple et juste heureux. Sûrement un des premiers de la soirée. Mais s’en rendant compte, il y ajouta bien vite une touche de malice qui se refléta dans ses yeux. Pourquoi ça lui faisait aussi plaisir ? Pourquoi se rendait-il compte qu’il avait réellement envie de la revoir ? Il effaça les illusions de ses pensées alors que ses doits le démangeaient pour venir attraper cette hanche et l’attirer à lui. Mais il était gentleman. Il ne faisait pas ça sans raison. Mais le fait était là. Ils allaient se revoir, c’était écrit, c’était dit. Et il verrait bien où en serait leur relation une fois la magie enfantine de cette soirée brisée.

- Vous m’en voyez ravi.

Il ne put se retenir de passer de nouveau doucement sa main dans la chevelure rousse de la tenancière, l’air de rien, à peine quelque seconde. Diabolique couleur. Hypnotisante. Mais il commençait à l’apprécier de plus en plus. C’était sûrement pour calmer sa nervosité à l’approche d’une réponse qui déciderait s’il voulait continuer ou non leur jeu. Et si normalement c’était plutôt la personne qui devait répondre qui était mal à l’aise, là c’était sûrement plutôt partagé.

- A vrai dire, je pense en être la première étonnée, d’autant que cela n’arrive pas souvent mais ... oui. Vous mentir ne m’intéresse même pas, et jusqu’à présent je ne l’ai pas fait une seule fois. Et ce n’est pas non plus dans mes intentions futures.

Un simple bisou sur la joue, du bout des lèvres n’aurait tué personne. Mais Egeado ne le fit pas. Il ne voulait pas qu’elle croit qu’il essayait de la séduire de cette manière. Et malgré son envie légitime, il se retint. Il était juste un peu plus heureux qu’avant, car il voulait la croire. Il voulait croire ses yeux sincères et ses paroles. Lui aussi était sincère. Et même si leurs paroles étaient empreintes de réflexion quant à la meilleure manière de tourner la chose, de façon à paraitre énigmatique et attirant. Au final, aucun des deux ne mentaient, ils enjolivaient un peu peut être, agissaient selon leurs caractère, mais était sincères dans le fond. Egeado ne voyait pas en quoi il aurait pu lui mentir. Tout s’était passé étrangement et pourtant de façon si agréable. Il aurait payé pour repasser une nouvelle soirée de ce genre en si bonne compagnie. Pour revoir le visage outré de tous ces bourgeois qu’il avait dérangé. Oui une soirée qui pour une fois ne l’avait pas dégouté de l’univers dans lequel il était obligé d’évoluer. Il aurait voulu lui dire qu’il y avait quelque chose de rassurant dans ses paroles, mais ça serait se trahir. En même temps elle avait déjà du le cerner depuis le temps. Mais ce n’était pas une raison pour perdre toute crédibilité une nouvelle fois. Tout ça pour dire qu’il était plutôt content de sa réponse.

- Et c’est totalement réciproque. Le mensonge ne mène qu’au mensonge, et tout perd tout intérêt. Même dans un jeu.

Et puis ce fut à lui d’attendre de voir si le ciel lui tombait sur la tête. A lui de croiser les doigts, attendant une question qu’il espérait, sûrement comme la rousse, pas trop dure à gérer. Il essaierait de ne pas mentir, comme il venait juste de le dire. Mais il y avait très peu de sujets sensibles dans sa vie. Et il n’y avait aucune raison qu’elle lui pose des questions sur sa famille ou son boulot, alors il restait hors de danger. Il l’espérait du moins.

- Est-ce que la prochaine fois, tout sera aussi amusant ?

La même surprise que Delia avait montrée à sa question devait à ce moment apparaitre dans les yeux noisette d’Egeado. C’était une question encore plus facile que la sienne. Presque rhétorique. Elle se rendait compte de la chance qu’elle venait de laisser passer ? Le blond n’allait pas se plaindre, mais voilà qui était curieux, qui l’étonnait et qui le séduisait encore plus. Elle l’étonnait, et comment expliquer à quel point c’était rafraichissant ?

- Cela dépend de ce que vous voulez. Mais il y a toujours moyen de bousculer le cadre établi et donc de s’amuser de nouveau. Car c’est bien quelque chose qui manque dans ce genre de soirée c’est vrai.

Il passa derrière elle et posa sa main sur son épaule avant de lui parler à l’oreille.

- Et puis il y a mille façons de s’amuser, il suffit d’en choisir une. Je ferais n’importe laquelle, tant que c’est avec vous.

Sincèrement séducteur ? Oui. Pourquoi s’en serait-il privé ? Il avait environ une semaine pour revenir sur cette soirée, pour penser à elle, et pour envisager les différents scénarios qui s’offriraient à eux la prochaine fois. Mais il savait que bien des facteurs allaient rentrer en ligne de mire. Le temps pouvait être un atout comme une déveine. Et il ne fallait surtout pas qu’il s’emballe en imaginant la suite. Si une suite il y avait. Il l’avait invité, rien ne disait qu’ils passeraient la prochaine soirée ensemble. Car celle-ci touchait à sa fin, les rangs se clairsemaient et il était temps de se séparer. Il lui saisit délicatement la main et se baissa pour un déposer un chaste baiser.

- Ce fut un plaisir d’avoir passé la soirée en votre compagnie. Je vous souhaite une bonne nuit, et je vous dis à la semaine prochaine. Sans faute j’ose l’espérer.

Et si un vrai baiser le dévora d’envie, il lui fit un clin d’œil avant de tourner les talons. Il se dirigea rapidement vers Franzo Cartelli pour lui adresser quelques mots et lui dire au revoir. Il s’était fait pardonner. Et avec un dernier regard pour sa jolie rousse qui venait d’être rejointe par l’homme d’affaire, il franchit le seuil pour monter dans la voiture qui l’attendait pour le ramener chez lui. Etrangement, il se doutait qu’il allait bien dormir ce soir.

Cartelli ouvrit la bouche pour parler d’une voix chaleureuse. Il appréciait Egeado et pouvait bien lui faire cette fleur pour toutes les fois ou c’était sa sœur qui lui avait rendu service.

- On m’a dit que vous vouliez me parler ?
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Delia Fabriosa

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MessageSujet: Re: Suis moi je te fuis, fuis moi je te suis. [PV Delia]   Dim 14 Aoû - 5:57

D’ordinaire, le manque du Love’s out se faisait pressant dans ce genre de soirée. Souvent, Delia regrettait l’air enfumé qui circulait entre les tables rondes du centre de salle, les murmures ou éclats de rire qui fusaient de partout, le silence plus intimiste qui s’échappait des rideaux menant à la seconde salle du bar. Le tintement de la porte, suivi du grincement des pas sur un parquet qui commençait à avoir fait son temps à l’entrée de la salle. Permettant ainsi d’annoncer tout client, tant la patronne et son seul employé étaient habitués à ces petits sons qui, tout de suite, les faisaient jeter un œil en direction de son origine. Les visages détendus lui manquaient aussi, tout était plus simple dans son domaine qu’ici, les véritables émotions se lisaient avec précision sur les faciès de ses clients, qui n’avaient aucune bonne raison de cacher une affection ou au contraire un sentiment de rejet. C’était son décor à elle, tandis qu’elle bavassait avec l’un ou l’autre, enlevait les cendriers trop plein, offrait une ou deux boissons à ses plus fidèles habitués. Comme une mère qui veille sur ses petits, c’est Delia qui prêtait attention à ce que tout le monde se sente bien et soit venu avec un objectif qu’il leur serait ici possible de se concrétiser. Mais les moments qu’elle préférait encore, c’était les débuts ou les fins de soirée. Quand il n’y avait que quelques clientes ou clients, qu’elle pouvait s’asseoir tranquillement à une table pour s’intéresser, prendre des nouvelles, assurer son commerce et sa fidélisation. A ces moments là, elle-même pouvait se laisser aller à boire un verre bien qu’elle ne prenne jamais de cigarette, préférant éviter l’haleine repoussante et les dents jaunies.

Et contrairement à son barman, la jeune femme appréciait ces moments. Ceux où elle pouvait mieux connaitre les silhouettes qui hantaient son établissement à des heures trop tardives ou au contraire, venant en avance pour rechercher un peu plus de calme. Si Delia n’éprouvait rien quand elle séduisait ses proies, elle appréciait pourtant les relations créées avec ces clients. Espérant qu’un jour Elio découvre ce plaisir, au lieu de faire remarquablement bien semblant de s’intéresser tout en ayant rien à faire. Elle, appréciait demander des nouvelles de la femme enceinte de ce client qui, quelques heures après elle le savait, partirait en chasse d’un jeune homme avec qui passer la nuit. Ou bien savoir comment se portait les affaires d’une cliente timide en ces murs, pourtant une redoutable directrice générale en dehors du bar. Ils laissaient tous tomber les masques, et c’est dans ces moments là qu’on pouvait le mieux les découvrir, en apprendre sur eux, et Delia aimait ça. Elle se remplissait ainsi des histoires des autres pour oublier que ses journées n’étaient qu’une suite d’incessantes répétitions, constantes et immobiles, qui ne laissaient pas beaucoup place à la diversité. Et elle se mit à espérer, qu’un jour, elle puisse discuter aussi librement avec Egeado. Sous leurs airs méfiants, comme deux chiens de faïence s’observent en silence, la jeune femme sentait leur attirance mutuelle mais c’était bien évidemment trop tôt et ici déplacé d’en apprendre plus sur lui. Elle aurait pu, pourtant, à l’occasion de sa question à son encontre. Lui demander innocemment dans quelle branche il travaillait, n’attendant pas forcément une réponse et préférant l’étude de sa réaction immédiate.

Oui, elle aurait pu. Tout comme il lui avait été possible de le questionner sur la raison de sa présence ici malgré son ennui, où encore plus important, sur son amour pour les étoiles filantes. Mais tout ça fut remplacé par une question stupide, imbécile qu’elle était, dont la réponse serait simple à donner. Son esprit lui ayant joué un tour, Delia regrettait déjà ses paroles bien qu’elle en attendit pourtant avec impatience la réponse. Et pourtant, dans un sens, elle la redoutait. Car elle savait qu’il n’y aurait pas d’autres vérités pour ce soir et que cela signifiait donc le quitter, avec pour seule promesse de se revoir la semaine suivante. Oui, mais s’il décidait finalement de ne pas venir ? Et puis, comment se comporter avec lui après une soirée aussi surprenante, inattendue et pourtant délicieuse ? Toutes ces questions parcouraient son crâne, annonçant un mal de tête qu’elle aurait bien mérité. Oui, la fin de la soirée approchait et Delia avait laissé passer une occasion, s’était attachée à une pensée aussi futile qu’éphémère plutôt qu’à la raison de son malaise des derniers jours. Toutefois, la jeune femme ne comptait pas laisser passer bêtement les derniers instants en une si agréable compagnie. D’autant qu’il semblait aussi heureux de sa réponse qu’elle l’avait été à son invitation. Un instant, Delia fut troublée du visage qu’il lui offrit, mais rapidement elle crut l’avoir imagé puisqu’après avoir cligné des yeux, son expression était redevenue celle qu’elle avait pu observer toute la soirée. Aussi amusée qu’auparavant, aussi proche mais à la fois lointaine, comme elle devait l’être de son côté avec ses ébauches de sourire et ses réactions mesurées. Puis il recommença. Magicien expert et véritablement doué, il la secondait sur le chemin de la séduction, ou du moins du plaisir de se laisser aller quelques instants. A son contact presque sur son visage, Delia aurait voulu se rapprocher un peu plus. A ces mots qu’il n’était pas obligé de prononcer en miroir à sa propre réponse, elle voulut le croire.

C’était facile, comme de se laisser happer par un conte de fée qui ne dure que le temps d’une soirée. Avec l’espoir, oui l’espoir qu’une suite puisse s’écrire la prochaine fois. Delia se rendait bien compte que pour la première fois elle envisageait ce prochain rendez-vous avec impatience et un plaisir qu’elle avait bien du mal à dissimuler, les yeux brillants et un léger voile rosé sur ses joues pâles. Si elle avait souvent pris la main durant cette soirée grâce à un jeu tiré de ses envies de folie, il se rattrapait largement ici, l’entraînant dans un délicieux univers d’au revoir dont elle savourait chaque instant. Il n’y avait ni vainqueur ni vaincu, pourtant Delia sut que cette dernière manche était menée par son interlocuteur lorsqu’il enchaina.

- Cela dépend de ce que vous voulez. Mais il y a toujours moyen de bousculer le cadre établi et donc de s’amuser de nouveau. Car c’est bien quelque chose qui manque dans ce genre de soirée c’est vrai. Et puis il y a mille façons de s’amuser, il suffit d’en choisir une. Je ferais n’importe laquelle, tant que c’est avec vous.

En disant cela, Egeado était venu se positionner derrière elle afin de lui murmurer ces derniers mots tout bas, pour qu’elle seule les entende. Heureusement qu’il était finalement placé là, puisqu’à cet instant les joues de Delia finirent de s’embraser une seconde, une seule seconde où elle perdait quelque peu son aplomb et sa distance. Une seule seconde où elle avait imaginé se retourner pour le prendre par la nuque, l’attirer à lui et poser brièvement ses lèvres sur les siennes. Simplement, simplement pour vérifier si elles étaient aussi douces qu’elles en avaient l’air, simplement pour goûter ce contact qu’elle ne se savait pas envier. Juste un écart qu’elle aurait pu savourer en souvenir. Mais elle n’en fit rien, et se contenta de lui répondre dans un souffle :

- Je m’emploierai alors de nouveau à vous amuser, la semaine prochaine.

Les mots étaient plus simplement choisis qu’à l’ordinaire, et pour une fois il n’y avait ni fioritures ni réflexion. C’était quelque chose qui jaillit naturellement de ses lèvres, alors qu’elle redevenait plus présentable, effaçant le rouge de ses pommettes et qu’il repassait devant elle pour lui embrasser délicatement le dos de la main. Cette fois-ci, elle se retint mais devait bien admettre qu’il devenait difficile de lui résister, alors qu’il irradiait ce charme et cette assurance feinte qui lui allaient très bien.

- Ce fut un plaisir d’avoir passé la soirée en votre compagnie. Je vous souhaite une bonne nuit, et je vous dis à la semaine prochaine. Sans faute j’ose l’espérer.

Un simple signe de tête de sa part suffit comme réponse, Delia ayant peur de dire une bêtise si, à cet instant, elle venait à ouvrir la bouche. Elle le regarda s’éloigner, sur un clin d’œil entendu et quand il fut déjà à quelques mètres, la jeune femme s’autorisa à pousser un long soupir. De soulagement de ne pas s’être fait prendre à son piège, intraitable, de cette fin de soirée, et de lassitude en pensant qu’elle devait maintenant rentrer, dans cet endroit que pourtant d’habitude elle languissait tant. En rentrant elle pousserait la porte, ferait craquer le parquet et sonner la petite cloche, verrait Elio occupé à rassembler les derniers verres avant de fixer son regard sur l’heureuse élue de la nuit. Sa routine, son quotidien, qui venait d’être légèrement perturbé par un seul homme qui lui insufflait déjà un petit air d’impatience. Plongée dans ses pensées, Delia ne remarqua pas qu’avant de franchir la lourde porte en pin, Egeado s’était attardé auprès de Cartelli, l’homme dont elle avait voulu faire la connaissance un peu plus tôt. Elle ne remarqua pas non plus le regard courroucé de Rosetta en sa direction. Mais, tout en s’apprêtant à partir, Delia vit tout à coup une ombre lui couper le passage et une voix sympathique venir l’aborder.

- On m’a dit que vous vouliez me parler ?

Quelle ne fut pas sa surprise de voir celui qu’elle pensait avoir laissé filer ! Comprenant que ce n’était pas l’œuvre du hasard, Delia se hissa sur la pointe des pieds, dépassant ainsi légèrement Cartelli pour voir son compagnon d’un soir partir, regrettant déjà sa présence. Lui jeter un dernier regard, croiser le sien alors qu’il se retournait. Le remercier en silence. Mais il était maintenant temps de se reprendre. Son visage reprit un air séducteur et hypocrite, celui qui lui allait si bien, que personne ne perçait à jour. Pourtant, son sourire paraissait légèrement rouillé de se montrer si faux, et ses réflexes mirent quelques minutes à revenir avant qu’elle ne s’adresse avec chaleur à sa proie, qu’elle retrouvait toutefois avec plaisir. Il s’était fait largement pardonné, même si elle n’avait pas eu besoin de ça. Et Delia en était heureuse, heureuse de voir qu’il n’avait pas oublié l’air ennuyé qu’elle avait adopté au début de la soirée, ce qui lui semblait maintenant une éternité ...

- Absolument, mais que diriez-vous de profiter de cette fin de soirée dans un bar plus tranquille dont j’assure la bonne réputation ? Ici, tout semble ... terminé. Jusqu’à la prochaine fois.

Parlait-elle à lui ? À elle ? Ou bien à celui qui venait de partir, la laissant satisfaite de sa soirée et pas pour la compagnie, certes agréable, de Cartelli. Les derniers mots, emprunts d’un regret de politesse pour saluer la performance de l’hôtesse, sonnaient pourtant vrais cette fois, son esprit se dirigeant bien ailleurs, un instant, avant qu’elle ne ressaisisse, lui sourie et lui propose élégamment de l’accompagner dehors. Ce qu’il fit avec plaisir. Delia n’avait pas perdu sa soirée, et elle pourrait même oublier le regard déçu de Leo. Grâce à une certaine personne, tout n’avait été que plaisir et satisfaction.

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> Les enfants commencent par aimer leurs parents ; devenus grands, ils les jugent ; quelquefois, ils leur pardonnent.
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