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 Kaboum [Event ~ PV Aya]

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Milo Vasco

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AGE : 25
LOCALISATION : Milan
HOBBIES : Râler.
HUMEUR : Je suis MECHANT.

MessageSujet: Kaboum [Event ~ PV Aya]   Sam 20 Aoû - 21:06

Maricaline :
T’oublieras pas ma robe au pressing en rentrant ce soir, hein ?

Milo :
J’ai pas le ticket.

Maricaline :
Quoi, tu plaisantes ?

Milo :
Oui.

Ah, la robe de Marica. La robe. La cerise sur le gâteau à la crème, la touche de mascara sur ses beaux yeux bleus, la mousse du café crème du matin. L’accessoire indispensable pour faire du cauchemar de Milo une réalité. Avant l’heure, même. Merci, ma chérie. Une belle pièce taillée dans un tissu azur, tout en drapés et en dentelles –sans faire froufrous-. Sans ironie, hein ! Marica avait un goût exquis en matière de mode. Moins ambitieuse et plus superficielle, elle aurait finit en mannequin amatrice de lèche-vitrines plutôt qu’en futur procureur. Seulement, en dehors de sa grâce, cette robe, c’était l’horrible petite note sur l’agenda, en rouge, signalant « Gala de police ». La traditionnelle petite fête du monde de la justice de Milan, annuelle, inlassablement. Dans deux semaines. Juste le temps pour mademoiselle Vespa de préparer sa toilette et de choisir sa paire de talons, son vernis, son maquillage, ses boucles d’oreilles. Cordonnées au collier offert par son galant fiancé, lors de leur dernière soirée au restaurant. L’enfer était pavé de bonnes intentions. Un petit cadeau par-ci, un autre par-là, et tout se parait de la couleur rose du pays des Bisounours. Plus de cris stridents, plus d’assiettes qui volent, plus de dîner brûlé. La paix de tout mari qui se respecte. En ce moment, ils tenaient le bon bout. L’essentiel était de ne pas le lâcher, histoire de pouvoir se présenter aux barbecues estivaux en famille sans rougir.

Néanmoins, la bonne volonté de Milo se heurtait violemment à son désir de tranquillité et de fuir toute mondanité. Mais jamais la redoutable Marica, avide de bonne société, n’accepterait de préférer une soirée télé à un gala racé. Et elle comptait bien y traîner son cavalier fétiche, qui, docile pion sur l’échiquier de sa petite amie, s’en allait chercher l’instrument de sa propre torture. En fait, Milo y allait surtout parce qu’il en avait occasion. L’un des chemins pour se rendre au commissariat passait par la galerie touristique Vittorio Emmanuele II, pas loin de laquelle se trouvait le pressing de Marica, le seul digne à ses yeux de faire une mise en pli impeccable à sa robe chérie. De toute façon, la commission attendrait la fin de sa journée, soit quand il rentrerait. Pour le moment, le nouvel inspecteur croulait sous les dossiers qui s’entassaient dans son bureau à une vitesse ahurissante. Aujourd’hui, comme il comptait se rendre sur plusieurs terrains, Milo avait emmené avec lui Lorenzo, qui trottinait gaiement devant, reniflant ici et là quelques lampadaires douteux.

Son nouveau travail lui plaisait bien ; plus, en tout cas, que le précédent. Il avait fait une croix sur son bureau dans la grande salle du deuxième étage où se succédaient racailles et autres filles bien trop maquillées pour migrer un escalier plus haut, là où se trouvait le repère des cellules d’enquêtes. Son collègue de travail était en réalité une collègue. Un joli brin de fille, petite, dynamique, la peau légèrement mate et les yeux vert amande. Quand elle souriait –et ça lui arrivait souvent-, une fossette complice se creusait dans sa joue rebondie. Marta Cataldi –c’était son nom- lui était surtout agréable par son efficacité, que ne trahissait pas sa jovialité naturelle. On aurait pu croire que leurs caractères respectifs se seraient violemment opposés : Mais ils avaient tous les deux le goût du travail bien fait et cela les amenait à bosser ensemble sans trop de problèmes. Tant que l’un faisait bien son boulot, ils n’avaient rien à redire quant aux habitudes de l’autre. De plus, ils partageaient la même façon de travailler, et Marta adorait les chiens. Que demander de mieux ?

Les relations avec les autres inspecteurs dépendaient de nombreux détails. Milo ne supportait absolument pas la blondasse cassante du bureau d’en face, par exemple. Sans doute parce que ses manières, sa blondeur argentée et ses yeux froids lui faisaient trop penser à Marica, version dragon. Très à cheval sur les protocoles et d’un aplomb qui frisait la prétention, Alessia Prete considérait à peu près tout le monde sauf son binôme comme d’enquiquinants amateurs. Pour quelqu’un comme Milo, qui ne disait rien mais n’en pensait pas moi, cela ne pouvait conduire qu’à la formation d’intempéries et de petits nuages noirs très agressifs autour de leurs deux têtes. Le lieutenant Anconi, lui, était quelqu’un de discret, à l’air vaguement maussade qui n’adressait la parole qu’à Prete. Milo n’avait pas encore eu trop l’occasion de discuter avec les autres, mais il les croisait régulièrement dans les couloirs, un papier à la main, quelques agents sur leurs talons. Pour l’heure, Milo s’était attaqué au cas de N. Andreani, un jeune homme retrouvé la nuque brisée dans la cour d’un immeuble. Il aurait pu s’agir d’un suicide, étant donné les contusions apparentes sur son corps et la cause du décès. Mais les résultats envoyés par le médecin légiste ne correspondaient pas : L’intérieur d’Andreani était en parfaite santé, mis à part le fait qu’il s’agissait d’un cadavre.

Ce n’était pas le premier cas de mort étrange à Milan ; non, c’était plus un nouveau à ajouter à une série déjà bien longue. Et encore, ce n’était pas l’affaire la plus bizarre de tout le lot, loin de là. Celle-ci semblait étrangement normale en comparaison. Milo avait consulté d’anciens dossiers, tous plus extravagants les uns que les autres. Un type avait passé l’arme à gauche, paralysé par un poison foudroyant. Problème : On n’avait retrouvé aucune trace de substance toxique dans ses veines. Un foudroyé : pas d’orage la nuit du décès. Et la liste était interminable. Sans compter les dossiers plus normaux, les meurtres entre gangs et petites frappes qui avaient pris un essor insoupçonné. Quand même, on aurait pu croire que dans une ville aussi importante que Milan, avec autant de moyens et d’agents zélés, on aurait réussi à faire baisser la criminalité de quelques points. Visiblement, ce n’était pas le cas. Résultat des courses, Milo avait énormément de travail et rentrait tous les soirs bien après dix-huit heures, complètement crevé. Il avait peut-être exécuté un bond professionnel ; il n’en demeurait pas moins qu’il n’avait jamais eu autant la sensation de pédaler dans le vide.

Milo consultait son portable, tout en pénétrant dans l’imposante galerie, celle qui charmait les cœurs de tous les touristes. Lui, il l’avait vu suffisamment de fois dans sa vie de Milanais pour en être totalement blasé. Il ne jeta aucun coup d’œil admiratif autour de lui, le regard rivé à l’écran de quelques centimètres carrés, évitant les nombreux passants instinctivement. Peut-être parce qu’on était un jour ensoleillé, il lui semblait que le passage était encore plus engorgé que d’habitude. La foule dense prenait un malin plaisir à tenter de battre le record du monde du mètre carré le plus rempli. S’il y avait une chose que Milo détestait –outre les coups de téléphone intempestifs, les crises d’hystérie de Marica, le café refroidit, Acceturra et ses blagues vaseuses, ou encore ne pas trouver ses clés juste avant de partir- c’était bien le piétinement épuisant que lui imposait ce genre d’endroits quand ils étaient aussi remplis. Pas moyen d’avancer correctement, et encore moins d’avancer vite. La mamie devant lui prenait un malin plaisir d’avancer avec la rapidité d’une limace atteinte de lumbago. Et quand il tenta de feinter sur la droite, un couple avec une poussette face à lui fit exactement la même chose, le contraignant à se ranger derrière Mémé en pestant entre ses dents. Il lança un regard assassin au bébé de quelques mois qui cherchait à attraper ses pieds avec ses mains. Enfin, il pu exécuter un exercice de contorsion pour raser les murs.

Bon, il laissait tomber. Hors de question de traverser l’artère dans ces conditions. Il allait emprunter l’escalier qui menait jusqu’au parking souterrain pour remonter à l’autre bout. Ignorant avec superbe les vitrines tentatrices –« Oh Milo, regarde ces gants ! On va chez le bijoutier ? »- , le lieutenant se faufila, Lorenzo sur ses talons, jusqu’aux portes du paradis. Il s’apprêtait à ouvrir la porte des escaliers quand celle-ci explosa vers lui, sous l’effet de la grande impulsion qui lui avait été donnée par une gamine de dix ans de l’autre côté. De nouveau, Milo fit une démonstration de ses talents de contorsionniste en évitant à son nez de rencontrer le battant. La mioche manqua de lui rentrer dedans et pila juste à quelques centimètres de lui, interdite. Elle sembla se ratatiner comme une pomme trop mûre devant l’expression du visage de Milo. Il ouvrit la bouche pour lui adresser une remarque bien sentie… Et la porte s’ouvrit de nouveau sur le passage d’une deuxième fillette, un brin plus jeune, gloussant de toute sa petite bouche en forme de cœur. La sœur de la première, sûrement. Elle se figea à ses côtés, ses lèvres esquissant déjà les premiers mots d’excuse lui venant à l’esprit. Bien élevée, mine de rien, la sauvageonne. De même que Milo, elle ne put formuler sa phrase vocalement ; elle fut interrompue par un jappement craintif de Renzo.

Milo connaissait suffisamment les chiens et surtout le sien pour savoir que ce genre d’aboiement signifiait un problème, du genre « danger ». Seulement, à part un voleur, Milo ne voyait que la crainte du cabot de voir son maître exploser. C’était ce que Milo se disait mentalement à la seconde qui suivit, et à cette seconde qui précéda l’explosion de la galerie Vittorio Emmanuele II. Il n’eut pas vraiment le temps de se rendre compte de son erreur. Toutes préoccupations d’avertissement canin furent balayées par un souffle brûlant destructeur, précipitant l’endroit dans le chaos. De nombreuses choses se brisèrent sous le choc. Pas les murs. Milo heurta brutalement un coin en même temps que la petite alcôve s’effondrait dans un fracas qui se noya dans le bruit de la déflagration. Le reste de la galerie disparu.

Plusieurs choses réveillèrent Milo, un temps indéterminé plus tard. Tout d’abord, la douleur globale qu’il ressentait, en particulier celle de sa tête. Il avait l’impression que quelqu’un venait de lui transpercer le crâne d’un sabre, d’une oreille à l’autre. Ses tympans n’avaient visiblement pas appréciés ce qui s’était passé. D’un autre côté, il y avait des couinements plaintifs justes derrière lui, une langue humide sur sa main et des sanglots effrayés quelque part pas loin. S’il était déboussolé, son entraînement reprit vite le dessus et il décida de quitter sa position pour le moins confortable, allongé par terre, pour se lever. Il le fit, cependant, très progressivement. Tout d’abord, il ouvrit les yeux. Cette simple étape lui demanda quelques secondes car sa paupière droite lui donnait l’impression d’être collée à sa peau. Un contact de la main lui apprit que la colle était en réalité du sang, en quantité suffisante pour dégouliner de sa main. Il ne s’en inquiéta pas trop. S’il avait été gravement blessé à la tête, il n’aurait sûrement pas été en état de faire ses quelques gestes. Les plaies au visage et au crâne étaient toujours impressionnantes. Prenant sur lui, Milo se redressa sur son séant. Vertige conséquent. Après le sabre, l’individu s’acharnait à donner des coups de marteau sur son cuir chevelu. Merci, mec.

Bien évidemment, tout était désolation autour de lui. De la poussière volait encore. Il faisait relativement sombre, et Milo se trouvait en face de la porte de l‘escalier, comme tout à l’heure. Eventrée, la porte. Une des gamines était recroquevillée à côté, la tête entre ses genoux. Coup d’œil derrière. Le plafond, en s’effondrant, avait entassé suffisamment de débris pour que le passage menant à la galerie soit clôt. Super. Extraordinaire. Trop cool. Une jambe dépassait d’un énorme bout de plâtre. Milo préféra passer sur les détails pour se tourner vers la petite. Sa sœur était à côté, évanouie. Lorenzo, voyant son maître en pleine forme, était venu la renifler.

- Dégage, marmonna Milo en se penchant sur la fillette.

Sonnée, mais vivante. Bon. Tandis qu’il ôtait sa veste, désormais bonne pour la décharge, pour la placer sur le corps frissonnant, Milo retournait une question dans sa tête. Que s’était-il passé ? Une explosion, oui, ça, il avait compris. Mais pourquoi, comment ? Qui avait décrété que toute la galerie se transformerait en champ de bataille aujourd’hui ? Milo n’avait jamais connu d’aussi gros accidents. Quelques alertes à la bombe à l’aéroport ou à la gare, des incendies, voir même des fusillades mais jamais, oh encore jamais, d’explosion. Les seules qu’il avait vu, c’était dans les films, avec de beaux effets pyrotechniques et des ralentis, et aux infos, éventuellement. Mais qu’est ce qui s’était passé ? Il s’adressa à la fille consciente :

- Ca va aller. Ta sœur va bien. Je suis policier.

Il n’avait jamais été doué pour ce genre de choses. Lui, son truc, c’était de s’énerver, pas de rasséréner ou de réconforter une mioche traumatisée. Sa compagne sanglota encore plus fort. Il préféra laisser tomber, et s’intéressa au passage de l’escalier. La cage était très abimée, il y avait des gravats partout et le terrain semblait relativement dangereux, mais il valait mieux passer par là que par l’autre côté. De toute façon, c’était bouché. Il y jeta néanmoins un coup d’œil, par acquis de conscience. D’autres gens se trouvaient derrière ; il entendait leurs cris. Dégageant prudemment quelques blocs de pierres, il put construire une sorte de fenêtre. Effectivement, tout dans la galerie était désolation. Il percevait quelques silhouettes errant dans la poussière, des formes qui se tordaient par terre et, en se penchant bien, la sortie, complètement bouchée. Bon.

Faisant volte-face, il choisit l’escalier. Ca serait plus rapide d’évacuer les fillettes par là, plutôt que de les faire passer dans un passage douteux vers une libération toute aussi douteuse.. Milo encouragea donc la première à suivre le chien, ce qu’elle fit en tremblant de tout son corps, sans problème. Puis, il se tourna vers la sœur, encore toute groggy du choc mais recouvrant peu à peu ses esprits.

- Allez, on y va, ordonna-t-il, et il prit dans ses bras la demoiselle incapable de marcher. Sois prudente, ajouta-t-il à l’intention de l’autre.

Sa propre tête se faisait marteler par une armée de cosaques, et il dut essuyer son visage avec sa manche pour empêcher le sang de lui brouiller la vue, mais il survivrait. Il prit la main de la seconde gamine, laissant le soin à Renzo d’ouvrir la marche. Le parking avait dû tenir le coup, lui. Avec un peu de chance, les secours seraient arrivés et il pourrait leur confier les mioches, évitant ainsi de devoir poursuivre dans ce rôle qui ne lui convenait absolument pas de super-héros à la Spiderman. Il n’avait qu’une envie, s’en débarrasser, la conscience tranquille, rejoindre la police qui devait sûrement être arrivée depuis, et être mis au courant de ce qui s’était passé. Avec la taille de la galerie et le nombre de personnes se trouvant dedans au moment de l’explosion, les sauveteurs allaient avoir du pain sur la planche et ils auraient besoin de tous les coups de main qu’on pourrait leur donner.

La suite se passa dans une atmosphère un peu confuse qui n’était pas sans rappeler le bloc de pierre qu’il s’était pris sur la tête et sa rencontre avec le mur à une vitesse dépassant sûrement celle autorisée. Péniblement, il parvint à remonter à la surface après avoir traversé le parking étrangement silencieux. Une heure devait s’être écoulée depuis l’explosion –Milo évaluait sa perte de connaissance à quinze voir vingt minutes-. Il eut à peine mit un pied dehors que des braillements éclatèrent de nouveau autour de lui. Des mains secourables happèrent les deux petites victimes tandis que lui-même racontait vaguement ce qui s’était passé aux pompiers. Ils souhaitaient emprunter le chemin utilisé par Milo pour accéder au bâtiment. Enfin, il se débarrassa des infirmiers trop zélés qui voulaient absolument lui bander la tête, prendre sa tension, lui passer une couverture et le voir allongé. Après leur avoir assuré à grands renforts d’éclats de colère qu’il allait parfaitement bien et que d’autres personnes nécessitaient sûrement des soins plus urgents, il joua des épaules pour passer et rejoignit la première voiture de police qu’il aperçu.


Dernière édition par Milo Vasco le Ven 9 Sep - 19:24, édité 1 fois
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Aya Murazaki [Sky]

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MessageSujet: Re: Kaboum [Event ~ PV Aya]   Dim 21 Aoû - 19:26

Le silence de tes lèvres
Le cri de tes yeux
Les larmes de sang sur tes paupières
La cendre accrochée à tes cils.
Et ta silhouette qui chute, s'effondre dans un souffle.



    Le silence... Il y avait comme un vide dans ma tête et dans mon cœur depuis quelques jours. Un étrange sentiment dérangeant, éphémère et pourtant toujours présent, me rappelant la solitude de mon quotidien. Je ne voulais pas l'admettre et même encore à ce moment-là. A ses côtés, je me sentais seule, sans lui, je me sentais seule. Leo. Cet être si semblable et pourtant si lointain. Cette solitude que je côtoyais depuis mon enfance devenait au fil des jours ma plus grande ennemie. Les mots s'étaient taris, comme une source qui ne donne plus, asséchée. Les sourires aussi, et les regards ne se croisaient qu'en cas de nécessité. Ne restait que le silence de mes pensées trop bruyantes. Le malaise qui avait pris place dans la distance entre nos deux êtres était si dense depuis cette nuit de ravages, où le Cerbère que j'étais s'était déchainé. Libéré de ses chaines, mais bizarrement loin d’être apaisé. Des filaments de questions me poursuivaient, s'étaient entremêlés entre mes doigts : Comment en étions-nous arrivés là ? Que devais-je dire ? et tant d'autres, ombres d'un passé qui me rattrapait dans un coup de fil donné par une voix qui demandait Aya. La tueuse, la professionnelle.
    Alors je balayais tout, à coup d'heures de travail doublées certains soirs, si bien que je finissais par m'assoupir sur le comptoir du Magenta. Sky venait me chercher pour me ramener chez Leo, sans un mot, dans le regard toujours cette petite pointe de réprobation. Avec lui aussi, les dialogues étaient devenus plus difficiles, brutaux. Ses prunelles sang plus moqueuses que jamais, les miennes plus violentes encore. Perdues dans les instants où personne ne pouvait me voir.
    Mais jamais un mot de vérité.

    Une ombre devenue la sienne, alors que je marchais, évitant les gens dans la galerie, instinctivement, mon cadis derrière moi, des bouteilles en équilibre parfois précaire dans certaines bifurcations. Un coup d’œil ténébreux à un gamine qui passait par là, lui faisant ravaler ses remarques avant que celles-ci n'osent franchir la barrière de ses lèvres. Sale mioche.
    Plus facilement irritable ces temps-ci, je me contenais au boulot et chez Leo mais une fois sortie, je lâchais un peu la soupape, certains devenant de malheureuses victimes devant mes yeux d'un noir d'encre sinistre.

    La première fois que j'avais mis les pieds ici, j'avais été soufflée par l'architecture travaillée, pourtant n'y connaissant rien de l'orfèvrerie que celle qui concernait les armes blanches. Il m'arrivait encore d'en observer les détails, il faut dire que je n'étais pas spécialement le type de cliente "classique de la galerie Vittorio Emmanuele.
    Pas le même standing, vous comprenez ... ♫
    Certains alcools ne se trouvaient que dans certaines boutiques, cependant pas suffisamment consommées pour être achetés en masse. Et c'est donc moi qu'on envoyait, même si j'assurais aussi le service du soir. Fabio avait tiré une drôle de tête quand il avait vu les plis soucieux au bord de mes lèvres, moi lui demandant s'il n'avait pas besoin de moi en dehors du bar. Drôle de demande pour un comportement tout aussi étranger de ma part...
    Tout semblait aller de travers ces temps-ci, ma façon d'agir aux antipodes de ce que j'étais habituellement, m'ébranlant plus que de raison. Cette pensée me tira une moue agacée alors je m'avançais vers les portes battantes de la galerie, heurtant l'épaule d'un homme. Frisson. Pressentiment, son regard croisa le mien, indéchiffrable.
    Une seconde de flottement.
    Une seconde de trop.

    On dirait que la gueule de l'Enfer s'était ouverte sous mes pieds, hurlant sa fureur. Un bruit assourdissant alors que je basculais en avant, l'éclat des vitres se rapprochant dangereusement avant de les traverser d'un bond. Un souffle qui m'avait fait heurté le chambranle des portes, me coupant le souffle sous la douleur, puis basculer sur le côté. En plein sur les éclats de verre.
    Puis ce fut le noir total.
    Blackout.
    La douleur affluait et refluait par vagues dans mon corps qui ne me semblait pas dans sa position normale, mais c'est cette sensation piquante qui me réveilla, mes mains tâtonnaient au milieu de ce qu'il me semblait être des débris. Des débris de quoi ? Sous mes doigts s'effritaient des morceaux de bétons, de terre et de plâtre, mélangés à des bouts de verre, bientôt perlés du sang. Décidément, une habitude plutôt mauvaise qui s'installait : finir les mains ensanglantées en jouant avec du verre. Mais l'ironie dans mon esprit fut vite remplacée par une douleur au bassin de plus en plus lancinante, entêtante. Toujours recroquevillée contre un pan de mur encore debout, je passai légèrement ma main sur le zone, grimaçant sous le contact léger. Un soupir s'échappa de mes lèvres rendues sèches par la poussière avalée, alors que je rassemblais mes jambes pour tenter de me lever doucement. Souffler. Expirer. Pousser les gravas pour s'échapper. Inspirer, grimacer et noyer la douleur sous une préoccupation bien plus importante qu'un état physique.
    Je n'en étais plus à me demander ce qui c'était passé, le décor digne d'un film post-apocalyptique parlait de lui-même, mais surtout le comment et le pourquoi.
    La fin d'un monde. La fin des certitudes.
    Et une idée qui faisait lentement son chemin dans mon esprit, sueur le long de mon échine. Un pressentiment qui se vérifia quand je posai mes yeux dans ceux noisette de l'homme pressé que je n'avais pu éviter. Des prunelles douloureuses, pleurant du sang, lui marquant le visage comme un masque macabre. Je voulus m'avancer vers lui, chutant au milieu des gravas, la douleur envahissant mon champs de vision, jurai en japonais et m'approchai de lui petit à petit, distinguant un sourire sur ses lèvres.
    Un mince sourire, aussi pâle que sa fin prochaine, tandis que filtrait un seul mot entre ses lèvres.

    " April ... "

    Reculant instinctivement, les informations se bousculaient dans mon esprit. Trop de coïncidences pour que cela soit le nom de sa fille, d'une personne chère à son cœur, ultime vision de ses prunelles, alors qu'au coup d’œil suivant sur son cadavre, la teinte de son visage avait viré au gris et blanc, couleur des éléments qui l'entouraient. Un pactisant. Un caméléon.
    Je réalisais tout d'un coup ce qui venait de se produire. La guerre avait véritablement commencé, le temps des discussions était révolu, et les mots qui j'avais lancé à Leo cette nuit de pleine lune se révélaient dans toute leurs horreurs. Plus de faux-semblants, de pitié ou d'amitié conservée sous le coup d'une Fatalité qui prenait son temps, vicieuse. Rien que les cris de douleurs, de rage, des chevaliers, des fous et autres pions bleus et or s'affrontant sur un champ de ruines. Un de plus sous mes pas mal assurés tandis que je m’efforçais d’accélérer le pas, une main poisseuse toujours à hauteur de mon ventre. July
    Une urgence qui résonnait dans toutes les particules de mon cœur, de mon corps. Pensée fugace, égoïste, d'un désir que l’on ne m’enlève pas à nouveau une de mes raisons de tenir encore debout. Encore déboussolée, et surtout désorientée, je marchais par à coups, sur des cadavres que mon regard frôlait pour s'en décrocher aussi vite que possible en cherchant à revenir à la planque de July. Havre de paix et de rires, il était situé dans un sous-sol d'une boutique, et nul doute que c'était la cible de ce qui avait balayé la galerie, éclatant tout sur son passage. Il ne restait rien des boutiques de luxes, les mains des mannequins de plastique se confondant avec celles, inertes des malheureuses clientes. Le silence était parsemé de gémissements agonisants, de pleurs.
    L'Enfer était descendu sur nous, et moi Cerbère, marchait sur les cadavres de sa surprise.
    Les repères étaient si durs à retrouver que j'avais l'impression de tourner en rond, chaque vision se ressemblant de l'une à l'autre. Des larmes et du sang. Des regards hagards sur ma silhouette, et des mains qui se posèrent fermement sur moi, réticence furieuse face à ce médecin qui me trainait plus que m'accompagnait vers ce qui semblait être une sortie.

    " Mademoiselle, nous devons vous examiner".
    "Non."
    " Mais ... "
    " Et moi je vous dis non ! "

    Il y avait cette urgence dans mes entrailles, les labourant d'inquiétude, une lame me perçant le cœur, sinueuse s'infiltrait petit à petit sous la couche nébuleuse mais têtue de mon esprit. Et alors que l'on atteignait la sortie, toute éclairée de gyrophares, de lampes et de secours, je fis volte-face, tordant le poignet de l'infirmier d'un coup sec. Sans aucun remord tandis qu'il hurlait de douleur, ces collègues accourant vers lui. Un véritable remue ménage pour un simple poignet cassé alors que des tas d'âmes agonisaient sous les décombres...Stupides êtres. Je m'engouffrais précipitamment dans la sortie de fortune, retournant sous cet enfer à ciel ouvert, tandis qu'au milieu de chahut, une demande avait été hurlée.

    " Lieutenant Vasco, rattrapez-là !

    Bousculant les victimes, j’accélérais le pas, dérapais, m'y reprenant à plusieurs fois. Mon souffle court résonnait à mes oreilles comme des tambours de guerre et pourtant, je ne pouvais pas m'arrêter, je ne devais pas. Comme si je le faisais, tout s'effondrerait. L'urgence d'un esprit strillé de visions pourpres.
    Je me retournai, reconnaissant vaguement la silhouette qui me suivait, le pas saccadé, mécontent. Était-ce bien cet idiot de poulet avec qui je m'étais prise la tête un soir ?
    A choisir, entre un pactisant, un agent du GDP ou un flic, peut-être que ce Milo Vasco était le moindre mal ... Mais ce n'était pas pour autant que j'allais faire demi-tour.

    Suis-moi si tu l'oses !

_________________________________________________

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Léo, fidèle tornado 3000: Multifonction, fait la vaisselle, range votre linge, vous sauve la vie, vous fait rire, Waterproof, vous attrape contre un mur ...
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Milo Vasco

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MessageSujet: Re: Kaboum [Event ~ PV Aya]   Lun 5 Sep - 20:13

Ce fut une injonction prononcée d’une voix impérieuse, même pas dix minutes après que Milo soit sortit de feu la galerie Vittorio Emmanuele II. Il racontait ce qui s’était passé –enfin, le peu qu’il en savait- à un agent dont il ne connaissait pas le nom. Un gars d’un autre service, supposerait-il en l’absence d’informations. Tous les deux s’étaient éloignés de la pagaille, dans l’abri relatif qu’offrait la portière d’une voiture de service grande ouverte. Machin s’était à moitié assis sur le siège conducteur, tandis que Milo résumait d’une voix morne la petite histoire qui allait faire tous les journaux. Cataldi lui avait passé un coup de fil, pour dire qu’elle arrivait d’ici cinq minutes et effectivement, les rejoignit en temps et en heure. Milo avait alors laissé tomber Machin pour la présence plus habituelle de sa nouvelle coéquipière. Il avait à peine eut le temps de la saluer qu’un remue-ménage du côté des ambulances les interrompit, en même temps que l’ordre lancé par le capitaine présent.

" Lieutenant Vasco, rattrapez-la ! »

Milo tourna la tête dans sa direction, puis dans celle vers laquelle tous les regards convergeaient. Une jeune femme se barrait en courant, un infirmier se lamentait. Mais pourquoi moi ? râla-t-il. Comme s’il avait une chance de rattraper ce cabri furieux qui s’éloignait plus vite que Bambi devant les chasseurs, en direction du tas de ruines fumant. Enthousiaste, Lorenzo aboya et se jeta en avant, bien décidé, lui, à rattraper la jeune fille. D’accord, message reçu. N’ayant guère le choix, Milo se mit également en mouvement et ignorant les signaux douloureux que lui envoya son corps à cet instant même, courut à son tour. Une vingtaine de mètres le séparait de la demoiselle, un chiffre qui, de l’humble avis du policier fraîchement promu, aurait dû mal à baisser.

Très vite, ils abandonnèrent l’espace à ciel ouvert pour rejoindre les pompiers qui s’affairaient à dégager diverses entrées. Milo n’avait pas vu ce qui s’était passé du côté des ambulanciers, mais la femme était sûrement une rescapée pas spécialement choquée qui avait autre chose à faire que de se plier au bon sens, comme lui quelques minutes auparavant. C’était assez flagrant du fait qu’elle dérapait régulièrement sur le terrain accidenté et qu’elle semblait légèrement boiter. Pourtant, elle courrait toujours, ignorant royalement le pauvre hère qui se trainait après elle, comme si sa vie en dépendant. Cocotte, c’était avant qu’il fallait cavaler. Sûrement était-elle inquiète pour quelqu’un, sa sœur, son petit ami ou autre individu très import…

Elle venait de lui jeter un coup d’œil, tout en dégringolant le long d’un escalier accidenté. Des cheveux sombres, peints à l’encre, des yeux noirs, comme des puits sans fond et surtout, cette forme de visage propre aux asiatiques que l’on croisait au détour de chaque monument historique. Une touriste qui avait laissé son Pont des Soupirs miniature dans un sac high-tech ? Non. Milo avait déjà vu cette petite tempête. Son regard mauvais éveillait en lui des souvenirs pas si anciens que ça. Il chercha quelques secondes. Ah oui, la petite copine d’Accettura le casse-pieds ! Bien sûr. Il l’avait déjà vu plusieurs fois en sa compagnie, frémissante d’indignation refoulée, surtout quand Leo passait une nuit en cellule de rafraichissement d’idées. Mais surtout, c’était l’unique témoin dans une affaire de meurtre dont Milo s’était occupé il y a déjà de cela plusieurs mois. Malgré son âge et sa féminité, Milo n’avait pas du tout été convaincu par l’histoire qu’elle lui avait servie. Elle était toute aussi douce et fragile que Marica un jeudi soir. Après, de là à dire qu’il la connaissait réellement, il y avait tout un monde. Voir un univers parallèle. Ils avaient dû échanger, quoi, dix phrases en tout ? Pas de quoi savoir ce que cachait la caboche de la jeune demoiselle. Ni de deviner pourquoi elle détalait devant lui, sans s’arrêter, nullement émue de l’avoir reconnu.

Manque de chance pour l’inspecteur Vasco –ben voyons-, un morceau de plafond décida de se détacher au moment précis où Milo s’apprêtait à passer en dessous. En entendant le crac sinistre qui précéda la chute du plâtre, Milo bondit sur le côté et s’aplatit au sol. Lorsque la poussière blanche se dissipa, il aperçu sa cible s’éloignant à une vitesse qu’il avait perdu. Bon, c’était raté. Bientôt, elle disparaitrait dans un tournant et lui n’aurait plus la moindre idée de l’endroit où elle se trouvait. Fort heureusement, Renzo, lui, ne s’était pas laissé déconcentré et gagnait du terrain. D’ici quelque secondes, il rattraperait la fugitive et la stopperait, d’une quelconque façon. Pestant entre ses dents, crachant toute la rancœur qu’il ressentait pour son patron, la poussière, son genou, sa tête, le plâtre, les ouvriers du bâtiment, l’ingénieur de sécurité qui avait conçu la galerie, Murazaki et quelques autres sujets dans une bile fleurie, Milo se releva et se remit à la poursuite de la nippone. Son genou protesta vigoureusement –deux chutes en l’espace de trois heures, ça suffisait- et Milo se promit une chose. Lorsqu’il l’aurait enfin rattrapée, pas de protection diplomatique qui tienne ; si la fille ne s’arrêtait pas, Milo utiliserait son arme de service pour se rendre plus persuasif.

Comme prévu, elle avait disparue de son champ de vision. Cependant, un cri bref suivit d’un aboiement lui indiqua la bonne direction et il s’engouffra dans l’un des corridors du parking. Murazaki était étalée par terre, sur le ventre, son compagnon à quatre pattes pesant de tout son poids sur ses jambes égratignées. Visiblement, il avait commencé à enfoncer ses griffes dans la chair dorée pour l’empêcher de trop remuer et de se dégager. Immédiatement, Milo tira son revolver de son étui situé sous le bras –quand on travaillait en civil, c’était fini, les temps simples du holster accroché à la ceinture- et visa. Renzo s’aplatit d’autant plus, consciencieusement, histoire d’être certain que sa proie ne s’enfuirait pas comme ça. Un peu de bave coula de sa gueule pantelante pour s’écraser sur la nuque offerte.

- Ca suffit maintenant, Murazaki, ordonna l’inspecteur de son ton le plus glacial. Si tu te remets à courir, je tire, coréenne ou pas.


Il s’approcha résolument, jusqu’à n’être plus qu’à un mètre de la jeune femme. Règle numéro un, dans ce genre de cas : Ne jamais coller son flingue contre sa cible. Il n’y avait rien de plus facile à dévier avant que le coup ne parte, et c’était la voie royale pour se faire casser le poignet. D’un sifflement, il ordonna à l’élément canin de la scène de le rejoindre. Ce dernier obtempéra, beaucoup plus docile que le pékinois étalé au sol.

- Lève-toi. Et mets tes mains en l’air, poursuivit-il sans la lâcher des yeux.

Voilà comment on avait l'air du méchant policier tatillon de la farce. Bouh, gros yeux, grosse voix. Ras le bol de lui boiter après. D’autant que sa tête lui sonnait comme si on avait installé une cocotte-minute à la place de son cerveau. Et ce n’était pas loin de ce qu’il ressentait émotionnellement. Sur Leo, il n’aurait pas hésiter à se montrer plus brusque, mais devant Murazaki, son esprit ressortait des bribes de politesses inusitées qui n’avaient aucunement lieu d’être depuis au moins trois siècles. Ceci dit, si elle n’esquissait aucun geste, Milo n’avait aucune raison de continuer à passer ses nerfs dessus.

Voilà, mon capitaine, je l’ai rattrapé. Ouaf. J’en fais quoi, maintenant ? se demanda-t-il avec exaspération. C’était aussi ce que semblait penser Lorenzo, qui, de ses grands yeux bruns, posait successivement son regard sur la chinoise puis sur Milo. Ce dernier songeait surtout à la ramener ; après quoi, que les autres en fassent ce qu’ils souhaitaient. Normalement, même si elle avait désobéit et qu’elle avait fuit, elle n’avait réalisé aucun acte réprimandable, non ? N’étant pas membre de la police et encore moins citoyenne de l’Italie, on ne pouvait pas vraiment lui reprocher d’avoir délibérément ignoré une sommation. Quoique… Enfin, ça restait ridicule, on allait pas lui flanquer une amende sous prétexte qu’elle voulait porter secours à quelqu’un, même si ce faisant, elle avait mis en danger autant les victimes que les secours. Et ça, par contre, ce n’était pas bien. Mademoiselle Murazaki, vous allez nous faire cent lignes sur « Je ne dois pas désobéir et faire des actes insensés », après quoi nous vous renverrons dans votre Vietnam.

- Pourquoi es-tu revenu ici ? Tu cherches quelqu’un ? finit par questionner plus diplomatiquement Milo, sans baisser sa garde.

Dans sa poche, son portable vibra brièvement. Il supposa que ce texto ne pouvait venir que de l’unique personne qui lui envoyait des messages au moment le plus inapproprié. Marica devait avoir entendu le bruit de l’explosion depuis son bureau et, au mieux, lui demander des informations supplémentaires, au pire, s’inquiéter de son état de santé.

Eh bien, soleil de ma vie, je suis de nouveau à l’intérieur de cette maudite galerie quand j’ai mis vingt minutes pour en sortir, face à une fille plus braquée que toi après nos disputes, dès que je tourne la tête trop vite, le décor part en vrille, et pourtant, je m’obstine à la garder dans le viseur que je n’ai pas, puisqu’il n’y en a pas sur de simples semi-automatique, alors même qu’un de ces horribles singes que l’on trouve dans les boutiques de vieilleries et d’arnaques pour touristes là, ceux en costume de fanfare, joue de la grosse caisse au fond de mon crâne. Tout baigne.
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Aya Murazaki [Sky]

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MessageSujet: Re: Kaboum [Event ~ PV Aya]   Sam 10 Sep - 20:13

Tes pas résonnent
Tu tâtonnes
Mais dis-moi que cherches-tu ?
"Mon Âme perdue"



    Des pas derrière moi.

    Soit il est fou, soit complètement maso.
    Et aussi têtu que moi, il va s'en dire. Le bruit de sa présence résonnait derrière moi comme un avertissement d'une réalité qui rattrapait sans la happer l'horreur sous mes pieds. Les monticules de plâtres et de débris, barrières factices entre moi et mon objectif. Je devais y arriver, coûte que coûte, peu importait le prix. Un flic au cul, un souffle qui devenait de plus en plus erratique alors que je me savais encore loin, et cette urgence qui poussait mon être encore plus en avant. Vers cette lumière vacillante, vers cette larme que je ne devais, ne pouvais pas laisser poindre sur le bord de ses lèvres. J'avais fait une promesse, ancrée dans la chair de mon être. La protéger. Les protéger par extension, et les hurlements de peur et de douleurs qui me parvenaient du fond de la galerie n'en étaient que plus inquiétants. Comme annonciateur de ma propre défaite.
    Je n'avais tout simplement pas le droit de ne pas aller voir.
    Et l'avis de ce Milo Vasco m'importait peu, cours mon gars, tu aurais dû t'entrainer un peu plus en athlétisme ! Il fatiguait, je l'avais vu en dégringolant d'un monticule de gravas entassés et j'espérais, pour son propre bien, tout comme le mien, qu'il lâcherait bientôt cette course-poursuite ridicule. Mais Monsieur ne fut manifestement pas du même avis, ni son chien d'ailleurs dont les halètements à un souffle de mes pas me rappelaient des Cerbères poursuivant les âmes récalcitrantes.
    Logique après tout, pour une tueuse d'imaginer sa fin sous les traits d'un représentant de l'ordre... Sauf qu'elle ne viendrait pas de suite. D'abord les retrouver, et faire payer au centuple ce désastre à ces idiots. Je deviendrais la pointe de la lance des représailles, mordant, éviscérant tous ceux qui s'opposerait à moi. Aussi féroce que ce surnom d'encre folklorique dont on m'avait affublée. Au delà de la rage, c'était surtout une inquiétude sourde qui guidait mes pas, des visages défilant devant mes yeux perdus ailleurs, alors que mon corps réagissait de lui-même face aux obstacles.

    Mais il ne parvint pas à en éviter un. Saleté de boule de poils ! Le poids du chien me fit basculer dans un cri tandis que je m'affalais dans la poussière. Le choc de mon bas-ventre sur le sol me coupa la respiration de douleur. Ma vision se flouta un instant. Le Cerbère poussa un grognement sombre. Ses obsidiennes furieuses plantées dans celle joyeuses et presque provocantes de celle de l'animal qui avait décidé de le prendre pour un tapis.
    C'était décidé, je détestais les chiens. En particulier celui-là, qui prenait son boulot très au sérieux, appuyant de tout son poids sur mon corps, m'empêchant de me dégager. Et il me fit, ô grâce divine, cadeau de sa plus belle bave en battant à l'arrivée de son maitre claudiquant. Eurk.
    J'en ferais du saucisson...

    - Ca suffit maintenant, Murazaki. Si tu te remets à courir, je tire, coréenne ou pas.
    La gueule du révolver pointée sur moi, j'affichais une mine mécontente au possible, les sourcils froncés et la bouche pincée dans un agacement grandissant. En plus, il fallait qu'il confonde ma nationalité.

    « - Japonaise. Japonaise pas coréenne ».
    Vas t'acheter des lunettes, le bleu, et après tu pourras tenter de me tirer dessus.
    Son ton aussi froid que l'hiver ne me fit hausser qu'un sourcil. Que voulait-il que je fasse dans cette situation, un poids mort tout joyeux m’aplatissant affectueusement sur le sol ? Et je n'étais pas en condition de soulever l'animal, pas avec le sang qui se répandait en une légère flaque autour de mes côtes. Les électrocuter tous les deux ? Oui, mais mon but n'était pas de faire encore plus de victimes, mais plutôt d'en retrouver certaines. Mais il était certain que si l'inspecteur Vasco insistait trop, son arme se retournerait contre lui, distance prudente ou pas.

    - Lève-toi. Et mets tes mains en l’air.

    Murmure.
    « - Sale cleb's... »
    Le poids avait disparu, mais pas le canon de l'arme toujours pointé sur mon torse. Je passai un doigt léger sur le morceau de verre qui s'amusait à titiller mes entrailles, le pourpre se mêlait au noir du vêtement. De la douleur dans de l'encre. D'un geste presque tranquille, désinvolte, je mis mes mains en évidence et les levai, pas impressionnée pour un sou par le comportement haletant et à moitié professionnel de Milo. J'avais presque envie de lui rire au nez d'ailleurs.... Sais-tu seulement sur qui tu pointes ton arme petit avorton ?
    Je hanterais des rêves, les revêtirait de ténèbres, dévorerait ton espoir pour le voir mourir au coin de ses prunelles sombres.

    Mais bien sur, il ne pouvait pas savoir, et me glisser d'un bond dans l'espace de sécurité pour lui mettre une lame sous la gorge en déviant le coup qui partirait forcément n'était pas la meilleure idée à avoir. J'avais une couverture à préserver, et si j'étais grillée certainement auprès du GDP, je ne tenais pas à ce que ce flic zélé découvre l'ombre qui s'accrochait à mes pas.

    En attendant, je le tuais du regard. Et pas de doute la dessus, il se serait effondré comme on tue une mouche d'un coup de torchon vaisselle. Il le méritait ... Milo Vasco, cet horripilant petit gratte-papier d'inspecteur qui avait mis Leo en garde à vue, pour de simples suppositions, plus suspicieux que jamais. Un nid à emmerdes sur patte comme on aurait dit au Magenta.
    Et repenser à cette après-midi où j'étais venue, excédée, au commissariat le chercher me fit penser à Leo. A ce qu'il m'avait dit un ou deux jours auparavant. Il comptait passer à la planque pour vérifier si tout se passait bien. Et quelque chose d'acide, de vicieux dans mon cœur, me disait que c'était aujourd'hui. Un frisson de terreur pure me parcourra l'échine, si bien que j'avais baissé mes mains sans que l'homme en face de moi ne l'ait autorisé, mon regard fuyant vers la galerie.
    July, Zeff', Francesca, Lia, Raff', et ceux dont je ne retrouvais plus le nom. Et maintenant Leo. Leo dont le prénom intensifiait le cri, le hurlement qui crissait sous mes pas. Un "Si .." s'insinua dans mon esprit réveillant des larmes oubliées volontairement, ravivant la peur d'une perte encore plus grande. Jamais. Il ne fallait plus que cela arrive... Un éclat d'inquiétude passa dans mes prunelles sombres, prise à la gorge par une émotion qui menaçait de submerger la froideur de ma barrière.
    On se calme Aya ... Rien n'est encore joué.
    Retourner à la planque d'abord.

    -Pourquoi es-tu revenu ici ? Tu cherches quelqu’un ?

    Et l'autre clampin qui n'avait toujours pas baisser son arme, sur le qui-vive. Tu serais déjà mort ... Je ravalais une réflexion sur ceci, bien difficilement.

    « - A ton avis ? Non, je cherche à cueillir des pâquerettes. Plusieurs ... Plusieurs personnes ».
    Le ton de ma voix était aussi glacial que le sien, mordante à souhait, baissant sur la fin, souffle qui se mourrait dans le creux de ma gorge quand à ce qui m'attendait là-bas.
    Cependant le moment n'était pas au laisser-aller, et à une certaine faiblesse qui fouettait ma fierté. J'avais à peine parcouru le tiers du chemin, et je ne comptais pas perdre mon temps plus longtemps à parlementer avec ce gars qui refusait manifestement de lâcher son pétard. Tu devrais le savoir Milo, qu'une arme n'est rien sans l'adresse de son maître.
    Un léger bruit se fit entendre dans le silence étrange, quelques secondes de flottement, qui avait pris place entre nous, s'observant en chiens de faïence. Le vibreur d'un portable.
    « - Réponds. »
    Et je me détournai de lui, en direction de la galerie. Tires Milo, oses tirer et je t'entrainerais dans la tombe. Un coup d’œil vers lui.

    « - Bon, t'as l'air de pas vouloir me lâcher et me ramenez, puisque c'est votre "devoir", suis-moi. On en profitera pour dégager le plus de gens possible. »
    Aucune explication quand à notre destination, s'il voulait vraiment savoir, il saurait en temps voulu. Il n’avait pas le choix. Ou presque. Une concession éphémère puisque sauver tout le monde était utopique, et que les ombres errantes qui déambulaient perdues dans les nuages de poussières n'étaient pas ma priorité. Si ce n'était pas eux. Pensée égoïste, efficace. Une pensée de guerre. Il y aurait des victimes, on l'avait toujours su, on avait parfaitement conscience que nous en ferions partie. Mais eux m'importaient plus que tout. Lui.
    Et c'était un impératif qui coulait dans mon sang comme de la lave en fusion.

    Pas très assurée, grimaçante sur les premiers pas, je me remis en marche, regardant à peine si Milo me suivait avant qu'il ne gagne ma hauteur. Il avait l'air aussi mécontent que moi à se trouver à mes côtés, maigre consolation. Meurtrière et flic ensemble, c'était un peu comme si le monde s'était retourné pour nous jouer un mauvais tour. Et pour s'être retourné, il l'avait fait, laissant un champ de ruines derrière lui.
    On réussit à dégager une ou deux personnes d'un plaque de métal qui les avait protégés, mais enfermés, essayer de maitriser une mère hystérique, en larmes. Je me souviendrais toujours de cette impression de n'être moins que rien, le sentiment amer de mon inutilité quand j'avais retrouvé Zina. Mes ongles étaient rentrés dans mes paumes de rage devant l'état des jambes de la petite voleuse. Quelques mois auparavant, elle avait presque réussi à me chaparder mon sac, mais on n’apprend pas au vieux singe à faire des grimaces et à force, je lui avais même appris quelques tours. Elle avait fait de la galerie son terrain de prédilection et il l'avait trahi, comme commençait à le faire sa colonne vertébrale. Le regard vide, froid, je lui avais fredonné une comptine japonaise jusqu'à ce qu'elle s'endorme. Pour toujours.

    Cette détresse qui semblait faire suffoquer l'air, rendant chaque respiration viciée, douloureuse.

    « - Y'a pas quelqu'un qui t'attends inquiet, que tu veuilles à tout prix me suivre ? »
    Reprendre cette marche, parsemée de répliques acides, parce que j'avais l'impression de ne savoir plus rien dire d'autre, me camouflant dans ce cocon de froideur, celle du tueur.
    Je ne cillais pas devant les corps, même si je trouvais ça moche. Écœurant, empli de douleur inutile. La mort, dans son horreur la plus totale. Je faisais les choses proprement moi au moins … Pensée ridicule, ironique pour la cacher d’un voile.
    Soufflant plus que de raison, je m’arrêtai un moment, croyant reconnaître une enseigne familière, proche de l'endroit que je cherchais quand ma jambe droite, trop demandée céda d'un coup, entrainant ma chute et celle de Milo à qui je m'étais raccroché par mégarde.
    Mais le plus inquiétant ne fut pas la chute sur les genoux, mais le craquement sinistre qui se fit soudain entendre. Murmure de ténèbres, d'enfer qui ne semblait jamais prendre fin.
    Levant la tête, je devinai rapidement ce qui allait nous tomber sur le coin de la gueule, et je poussai violemment Milo derrière moi.

    « - Attention ! »
    Mais je savais que cela ne suffirait pas. Ce n'était pas seulement un morceau de ciel des gaulois fait de plâtre qui nous menaçait mais un pan de mur entrainé dans sa chute. Sans réfléchir, je tendis une main comme pour me protéger alors qu'en réalité au bout de mes doigts crépitaient des étincelles vivaces, illuminant par moment l'endroit. J'avais besoin de ça pour une maîtrise plus poussée de mon pouvoir. Plus précise.
    Et l'écho de tonnerre de mon étoile trouva son jumeau dans ce qui crépitait encore dans les différents câbles qui pendaient, abandonnés, rompus. Comme mus par une volonté propre, ils s'animèrent en une foret de lianes crépitantes, lumières bloquant les blocs de bétons et de plâtre dans un filet que j'avais un peu de mal à tenir. La raison n’était pas mon savoir faire, mais ma puissance.
    Sky était trop loin. Et la contrainte de la Lune Rouge s'en pourléchait les doigts, accentuant la contrepartie de ce que je demandais. Jusque là, je n'avais pas identifié ce léger malaise que je ressentais au fond de l'estomac, noyé sous de pensées et des nausées d'inquiétudes. Mais il était loin. Pas là pour me protéger et le sang filtra entre mes doigts.
    Malgré tout, je devais continuer, si proche du but.

    « - Vite ! On se casse ! »

    Je ne laissais pas le loisir à Milo de réfléchir plus que ça à ce qui venait de se produire devant ses yeux, ne sachant pas exactement ce que l'inspecteur avait vu ou non. Question de survie, et inutile de lui dire que mes efforts ne tiendraient pas longtemps, les étincelles dansant encore dans sous mes poignets, sous l'émotion et un pouvoir qui m'épuisaient. Je l'éloignai, mais m'arrêtai, toussant, crachant une gerbe de sang dans ma main, un filet de sang s'écoulant de ma bouche.
    Et merde. C'était mauvais, très mauvais. Il fallait faire vite, très vite avant que mon état poussé au delà de ses limites me fasse un joli blackout.
    De la volonté qui fait reculer la douleur. Encore et encore.
    Un coup d’œil d'avertissement envers Milo, prévenant tout geste esquissé de sa part et je me remis à avancer.

    « - On devrait y être ... Ça devrait être là. »

    Mais devant nous s'étalait simplement un tas de poutres et de dalles brisées. Des verres brisés pour seul vestige du magasin de vêtements qui formait auparavant l'angle. Mon esprit vacilla un instant devant ce spectacle que je voulais atteindre quelques mètres tout droit, au bout de ce qui me semblait être l’allée, mon cœur rata un battement avant que je m'élance, tête baissée vers ce qui me semblait être la boutique d'où j'avais juré d'enlever le stupide grelot teintant à chacune de mes entrées.

    Il ne fallait pas. Non, il ne fallait pas ...
    Mais la fatalité se moque bien des désespérés.


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MessageSujet: Re: Kaboum [Event ~ PV Aya]   Mar 20 Sep - 0:47

« - Japonaise. Japonaise pas coréenne » corrigea la jeune femme avec froideur, en le dévisageant de ses yeux noirs furibonds.

Milo manqua de hausser les épaules, en lui répliquant vertement que très franchement, il n’attachait pas une grande importance à sa nationalité –pour ainsi dire aucune- et qu’elle pouvait bien lui répondre qu’elle était d’origine tibétaine, gabonaise ou vénusienne, ca n’éveillait pas en lui ne serait-ce qu’un soupçon d’intérêt. Après tout, pour lui, il n’y avait aucune différence entre une nippone et une niakouée ; c’était toutes les deux des faces de citron, avec une peau dorée, des yeux bridées, une chevelure fine et lisse et cette façon de vous dévisager comme s’ils descendaient tous de la dynastie Ming.

Les deux volontés s’affrontèrent quelques secondes, visiblement tout aussi dérangées l’une par l’autre de leur présence mutuelle. Puis, l’asiatique finit par obéir, et elle se releva avec lenteur tout en exposant ses mains vides. Cool, on suit la procédure. Un peu d’ordre dans ce chaos. Brave fille. De toute façon, elle n’avait pas besoin d’adopter une posture menaçante pour que tout son corps clame à grands cris son envie de voir Milo réduit en tas de cendres si fines et si fragiles que le premier mouvement de la main qu’elle ferait éparpillerait ces restes au petit bonheur la chance dans le capharnaüm les environnant. Milo, pour sa part, se contentait de penser au bienfait qu’aurait procuré l’explosion si seulement elle avait envoyé un projectile un peu plus lourd sur le crâne vide de son interlocutrice. Cela leur aurait épargné de la salive, du souffle et de l’énergie. Le visage figé dans son habituelle expression fermée, il opposa à ce regard meurtrier la froideur de ses propres iris.

« - A ton avis ? Non, je cherche à cueillir des pâquerettes. Plusieurs ... Plusieurs personnes ».

Dans une autre vie, Milo aura levé les bras en l’air en piaillant « Concours de répliques mordantes, ma poule ! ». Visiblement, Milo n’inspirait à la jeune femme qu’un dédain nappé dans la plus superbe des morgues, tel un splendide gâteau de mariage ou de communion, avec des choux à la crème et du caramel coulant de partout. Bien évidemment, le sentiment de la japonaise était bien moins appétissant. Loin de s’en vexer –c’était parfaitement réciproque-, Milo ne releva pas le ton moqu… Non, insultant. Pas la peine d’entrer dans ce petit jeu ; il y avait des choses un tantinet plus importantes à faire que de se regarder vingt minutes durant en chiens de faïence et s’envoyer des vannes comme des balles de ping-pong trempées dans de l’acide sulfurique. Et puis, contrairement à certains dans le service, Milo n’était pas quelqu’un obtus, loin de là, et bien que tout le monde fut à peu près persuadé du contraire. Il pouvait parfaitement comprendre que Murazaki cherchait à retrouver des gens qu’elle aimait, quitte à envoyer balader les pauvres envoyés de l’ordre qui tentaient de faire autre chose que de la représentation. Elle était inquiète, la pauvre créature. Mais la jeune femme était loin d’être une enfant de chœur et son comportement n’incitait pas du tout un Milo couvert de plâtre et de sang à se montrer patient et poli. Déjà que c’était difficile au quotidien, mais alors là…

« - Réponds. »

Instant d’hallucination. Attends, tu viens de me donner un ordre, ou ta permission ? Dans les deux cas, l’énervement de l’inspecteur monta d’un cran. Le problème de ce dialogue, c’est qu’il glissait fatalement dans une affaire personnelle digne de chamailleries enfantines. Milo mourrait envie de lui répliquer, juste par fierté blessée, qu’il répondrait que s’il en avait envie et que ce n’était certainement pas une fille qui n’avait même pas fini les cours préparatoires de lui dire ce qu’il devait faire parce que lui, au moins, était sortie de la période rebelle qui naissait de longues années de souffrance acnéique et qu’il était par conséquent parfaitement capable de se passer de son téléphone mobile l’espace de quelques instants, voir même de réfléchir intelligemment et de prendre une décision par lui-même, ce qui, bien sûr, et il pouvait le comprendre et le pardonner, n’était pas le cas de son interlocutrice qui était tellement encore petite qu’elle ne pouvait même pas imaginer qu’un jour elle aussi, elle aurait cette possibilité là. Néanmoins, il prit sur lui pour se retenir. Ce qui ne l’empêchait pas de répugner à ouvrir son portable, comme s’il avait obéit à l’injonction de l’asiatique. D’un autre côté, il était sûr de passer pour le plus stupide des deux en faisant ça et s’obligea à réagir d’une façon plus adulte en réfléchissant à ce que ça lui apporterait de répondre ou non au message de Marica. Dans une autre situation, aurait-il répondu ? La réponse se méditait. Oh, il l’aurait fait, sûrement, à son bureau ou tranquillement assis dans la voiture qu’il occupait un quart d’heure plus tôt. Franchement remonté contre sa petite amie pleurnicheuse qui avait le don de se pointer au plus mauvais moment, mais il l’aurait fait quand même. Cependant, là, il était en service, des gens agonisaient sous les débris et ce n’était pas vraiment sa priorité.

- Ce n’est pas le moment, rétorqua-t-il sèchement après ce long débat intérieur entre son ego et le bon sens. Eh, reviens, je ne t’ai pas autorisé à partir.

Qu’est ce qu’elle croyait, la gamine ? Qu’elle avait le droit de filer après un échange verbal bien senti ?

« - Bon, t'as l'air de pas vouloir me lâcher et me ramener, puisque c'est votre "devoir", suis-moi. On en profitera pour dégager le plus de gens possible. »

Visiblement, oui.

Pour la première fois depuis un certain temps, Milo haussa les sourcils. Non, il n’avait pas de problèmes d’audition, même si la déflagration avait dû percer les tympans de plus d’une personne. Murazaki venait bel et bien, encore, de lui dire ce qu’il devait faire. Marica avait-elle une tante japonaise ? Serait-ce une cousine inconnue, ayant hérité du même fichu caractère à grande gueule que sa chère et tendre ? Après avoir inspiré profondément, Milo baissa son arme, les dents serrées, tentant de digérer sa colère qui ne faisait que d’enfler. S’il ne finissait pas par la buter purement et simplement, ça serait sa propre tête qu’il ferait sauter. A moins qu’il ne meurt d’une crise cardiaque prématurément.

- Que ça soit clair, Murazaki, avertit-il d’une voix qui ne souffrait aucune réplique, et encore moins cinglante. Tu es en état d’arrestation. Pour le moment j’ai autre chose à faire que me chamailler avec toi mais dès qu’on aura fini de retrouver les gens que tu veux aider et qu’on aura plus besoin de bras pour dégager les survivants, je te ramène au commissariat que tu connais si bien et tu y restes pour la nuit. N’essaye pas de filer entre temps et dépêche-toi de te rendre utile avant que je change d’avis devant tes bras ballants.

Maintenant que ce point-là était fixé, clou bien enfoncé dans la cervelle de moineau de la jeune femme, il consentit à la suivre dans les décombres. Uniquement parce qu’elle savait où chercher et que ce n’était pas son cas. La tension était presque plus palpable que la poussière. Fort heureusement pour Aya, l’antipathie que lui inspirait la jeune femme se calma un peu après qu’ils aient portés secours à quelques personnes bloquées comme lui quelques heures auparavant. La vue des corps et les crises de larmes avaient jeté un froid, et Milo se contenta de garder un silence grave lorsque son visage fin se vida de couleurs, après le décès d’une personne que visiblement, elle connaissait. La trêve aurait pu durer plus longtemps, mais comme pour pallier son brusque accès de faiblesse, elle lui lança hargneusement à la figure quelques instants après :

« - Y'a pas quelqu'un qui t'attends inquiet, que tu veuilles à tout prix me suivre ? »

- Oh si, répondit sarcastiquement Milo. Mais elle peut attendre. Je m’en voudrais de te laisser filer alors que j’ai quelques petites questions à te poser plus tard, au calme.

Mais Murazaki n’insista pas et tout allait s’engoncer dans une sorte de banale routine –on trouve quelqu’un, on le débloque, on appelle les secours, on le rassure vaguement, on le laisse entre bonnes mains et on repart-, ce qui permit à Milo de retrouver un peu de sang-froid et de se sentir un peu moins exaspéré par la suffisance de sa compagne. C’est alors qu’il se passa quelque chose de totalement inattendu. De totalement inhabituel, de totalement bizarre. Et ce n’était pas ce bizarre un peu loufoque qui nous fait sourire un moment en levant ensuite les yeux au ciel, non. C’était un bizarre bien plus grave, sérieux et presque angoissant qui allait subvenir et faire voler en éclats une bonne centaine de principes clairement établis dans la tête de Milo depuis sa naissance.

Tout commença avec un énième morceau de plafond qui choisit de choir en contrebas, histoire d’écrabouiller encore une ou deux personnes, et forcément au moment où Aya et Milo passaient en-dessous. Milo s’en rendit compte au moment où Aya lui enfonça son coude dans le ventre pour le projeter derrière elle, le souffle coupé. Furieux, il s’apprêtait à lui passer un savon quand il comprit que ce n’était pas juste une vengeance mesquine de sa part. Ce n’était pas uniquement une dalle du niveau supérieur, non. C’était carrément une partie du mur qui menaçait de les aplatir tous les deux comme des crêpes, et Milo se dit alors qu’il aurait peut-être du répondre au texto de Marica. C’était assez stupide de mourir après avoir survécu à une explosion dans la même journée. Il maudit les crétines qui se croyaient au-dessus de tout le monde et pensaient pouvoir se mouvoir dans des ruines branlantes en toute impunité. Et alors qu’il était plongé dans ce qui était sûrement les dernières récriminations de sa vie, le pan s’immobilisa. Oh, il ne s’immobilisa pas comme brusquement retenu par la grâce de Dieu ou la lévitation tibétaine. Il ne s’immobilisa pas d’une façon aussi discrète qu’inexplicable. Non, s’il ne s’effondra pas sur leurs cuirs chevelus respectifs, c’est qu’il y avait bien une raison ; sauf que Milo pensa être victime d’une hallucination due à un traumatisme crânien plus profond qu’il ne s’en doutait.

Parce qu’il était impossible de croire, de concevoir, il était impossible de penser que des câbles électriques venaient de s’enrouler autour pour empêcher la chute, comme s’il s’agissait d’une dizaine de pythons intelligents et dressés qu’un architecte un peu fou avait placé dans les murs au cas où celui-ci viendrait à être victime d’une explosion. Alors, certes, les étincelles qui en avaient jaillis pouvaient laisser rationnellement suggérer que c’était un court-circuit qui était responsable de cette attitude. Comme les tuyaux d’arrosage sous trop de pression. Mais, dites-moi, quel était le pourcentage de chance que cette force les pousse à passer derrière le pan de béton pour le retenir comme un filet de pêche ? Pour prendre ce maillage caractéristique ?


« - Vite ! On se casse ! »

La voix perçante de Murazaki réveilla Milo de sa stupeur, ou du moins, le secoua assez pour qu’il s’ébroue et s’éloigne vite des gravats qui penchaient lentement mais sûrement vers l’avant, plus forts que ceux qui retenaient leur chute. Dès que le joyeux duo se fut mis en sûreté, le temps reprit sa course et le mur s’effondra sur le sol dans un sinistre bruit de briques brisées . A quelques pas de là, Milo regardait toujours, les yeux grands écarquillés, les câbles qui pendouillaient désormais lamentablement, à l’air, sans vie.

… Bien sûr, sans vie. Les câbles électriques n’avaient pas de volonté propre. Ce n’était que des amas de cuivre, de fils et de plastique isolant. C’était tout ce que c’était et les câbles ne retenaient pas les pans de murs, sauf quand un brusque regain de courant les tordait implacablement dans un sens qui ici avait été providentiel. Bien sûr.

Néanmoins, Milo jeta tout de même un coup d’œil à la japonaise pour vérifier qu’il n’avait pas la cervelle en train d’imploser et qu’ils étaient deux à avoir vus la même chose. Visiblement, elle était occupée avec un problème beaucoup plus grave qu’un phénomène de physique impossible. Elle aussi, ses blessures étaient plus graves qu’elle ne le pensait. Ou peut-être le savait-elle, et les avait parfaitement ignorées jusqu’à là. Ses véhémences d’incrimination oubliées, Milo allait lui proposer son aide et de revenir aux ambulances quand elle darda sur lui son regard d’obsidienne agressif. OK, message reçu. Mais quand même, peut-être devait-elle…

Enfin, des câbles qui arrêtent un mur ? Sérieusement ?

Le plus naturellement du monde, Aya continuait d’avancer, une main sur son flanc ensanglanté. Visiblement, elle, ça ne l’étonnait pas. Peut-être que chez les japonais, il y avait effectivement des câbles armés d’un programme pour se comporter ainsi en cas de problème. On ne savait jamais, avec ces fanatiques de la robotisation et de l’informatique.


« - On devrait y être ... Ça devrait être là. » finit-elle par annoncer alors que Milo la suivait machinalement, complètement abasourdi depuis au moins cinq minutes.

Des câbles qui bougent ?

« Ca devrait être là » était effectivement le terme exact, constata Milo en se forçant à relever la tête et à véritablement regarder ce qu’il avait sous ses yeux au lieu de passer devant comme un zombie. Visiblement, c’était un ancien magasin, récemment régressé au statut de scène de désastre. Plus de vitrines, des corps, comme partout, des restes de carrelage, de poutres, de tuiles. Prise d’angoisse, Murazaki piqua un sprint que l’exclamation de Milo ne ralentit pas. Le lieutenant la suivit, au pas, jetant des regards pour repérer un quelconque blessé nécessitant des soins. Il ne savait pas ce que la jeune femme voulait trouver ici, et à quoi se rattachait la bâtisse désormais détruite. Sans pour autant oublier leur antagonisme, il ressentait de nouveau ce sentiment qui n’était pas de la pitié ou de la condescendance, mais une sorte de gravité compatissante.

- Ca va ? finit-il par demander au bout de quelques longues minutes d’un silence de plomb.

Il venait de rejoindre la japonaise et se tenait juste dans son dos, sans savoir trop quoi faire pour lui venir en aide. Il essayait de rester connecté au moment présent, mais son esprit revenait toujours sur le même sujet, comme un tourne-disque abimé.

Des câbles s’animant comme par magie ? Quoi ?
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Aya Murazaki [Sky]

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MessageSujet: Re: Kaboum [Event ~ PV Aya]   Ven 30 Sep - 21:28

Une étincelle bordée de sang
Un souffle haletant
Et une âme, une âme qui se déchire pour n'être plus que cendres.



    Une autorisation ? Milo était-il réellement sérieux ? Cette huître bouffeuse de paperasse. Pensait-il pouvoir m'empêcher de faire quoi que ce soit avec son love gun à la manque? Petit poulet bien zélé, bien trop ... Inutile. Insignifiant devant l'urgence de la situation, tout autant que les promesses de passer une nuit dans cette pièce froide, puant la pisse. Il pouvait bien vouloir m'enfermer à la fin, j'étais un taser vivant, alors qu'il n'ose pas trop s'approcher ...
    Le Cerbère gronda, sifflement rauque d'yeux qui se bordent de noirceur.

    J'avais continué à avancer, envers et contre tout, contre tous. Contre ce monde qui s'effritait en miettes, contre ces pions lâches pour ne pas oser nous affronter en face, contre ces fous du bocal qui nous traquaient sans relâche, hyènes affamées. Contre Milo et sa mine patibulaire du mec qui s'est coincé un balai dans le derrière, contre son chien et sa bave monstrueusement collante.

    « - Que ça soit clair, Murazaki, tu es en état d’arrestation… »

    Sans me retourner, j'avais écouté le baratin du policier, le reste se perdant dans la distance que je mettais entre nous. Des questions ? Je n'avais pas de réponses à donner. Ou pas... Mais sans savoir le sujet de ces interrogations, je me doutais que cela ne serait surement pas bon pour mon matricule. Autant lui fausser compagnie à un moment ou un autre, bien que le sang coulant de mon abdomen à ma hanche me soufflait que ça serait difficile...


    Je me souviens encore de la vision de cette pluie de plâtre suivi d'un craquement sinistre, non sous nos pieds, mais nous faisant tomber littéralement l'enfer sur la tête. Du refus furieux d’un « c’est trop tard » soufflé dans les dernières hypothétiques secondes d’une vie. De l'urgence de la situation, des pulsations erratiques de mon cœur. J'avais mal, atrocement mal. Et pourtant le pouvoir répondit, comme un écho dans un brouillard de sang. Toujours là, faible mais toujours aussi sauvage. Je sentais les langues de pouvoir me parcourir les veines dans une danse acide, puisant dans mon énergie vitale la puissance pour nous sauver, le plouc en costume et moi.
    Il m'était rarement arrivé de me servir de ma capacité sans que Sky soit dans les environs, à quelques kilomètres au maximum et la distance entre nous me brulait les entrailles, me piquait les yeux de tâches noires.

    C'est à ce moment là aussi que s'ancra en moi la détermination parsemée de folie, de ne plus jamais être dans une situation aussi handicapante. Je ne communiquais pas avec Sky par la pensée, mais pouvais parfaitement sentir sa frustration, ses questions muettes et l'inquiétude légère qui l'avait saisi à la gorge alors qu'il se rapprochait petit à petit ... où était-il encore allé fourrer son nez ? Je devais pouvoir me sortir de là sans lui.
    Je me jurai de briser cette faiblesse. Cette barrière de la maitrise pour me laisser envahir par le véritable potentiel de la Foudre. Maitriser ses arcs, ses plasmas, ses aplats de couleurs crépitantes comme sa colère la plus finement furieuse. Encore, et toujours plus loin, dans le secret de sa puissance : les sentiments. Forcer Sky à m’apprendre s’il le faudrait. L'alimenter véritablement de toute ma rage, ma rancune et réveiller l'ombre lumineuse du Cerbère. Ne plus se contenter de s'en servir en s'en préservant...mais l’encrer de noir en moi.

    Là, je me trouvais pitoyable, noyée sous ces sensations que je n'identifiais pas toutes comme les miennes, ma douleur et au fond, Sky. Leo. Écho d'une sensation de danger, étrange mais qui ne me rassura pas. Il était là, dans la Galerie, c'était une certitude. Une inquiétude qui balayait de toutes ses forces les autres, le regard de Milo désapprobateur et agacé, le danger de ce bout de verre toujours profondément logé dans mon bas-ventre, le champ de ruine qu'était devenue la Galerie. Tout ceci n’était que futilité devant la peur qui étreignait mon cœur. Le perdre et se dire que les derniers mots échangés n’étaient que du venin. De la distance et de la froideur. De l’horreur dans des regards qui ne se croisaient plus.
    L'idée même de voir son sourire disparaître de ma vie faisait craqueler mon cœur, monter de la bile au travers le sang de ma gorge, mais je la chassai, les inquiétudes avec, d'un mouvement rageur. Le pourpre poissait mes mains et une seconde quinte de toux à la fin de mon sprint désespéré me fit pencher légèrement en avant, une main sur la bouche.
    L'âcre et l'acidité se peignait sur mon être, au milieu d'un désespoir plus grand encore que de savoir que j'allais bientôt m’effondrer, lutteuse acharnée. La vue du magasin complètement détruit égratignait d'un coup le mince espoir qui s'était glissé aux côtés de ma volonté.

    « - Ça va ? »

    J’étais arrivée à hauteur du magasin, la respiration difficile et douloureuse et alors que je cherchais des yeux le moindre signe de vie autour, Milo m'avait rejoint. Je ne captais pas tout de suite sa question, perdue dans un monde sombre, où tout s'entrechoquait alors je voulais avancer, déblayer les débris, tenter l'impossible. Je tournai le regard vers le flic, la mine aussi blanche qu'un pierrot qui a perdu sa lune, ou plutôt qui lui serait tombé sur la tête. L'air un peu hagard, aussi perdu que le mien mais pas pour la même raison, Milo avait l'air d'un poisson que l'on aurait mis hors de l'eau, une carpe.
    Qu'est-ce qu'il avait encore le poulet déplumé ? Je fronçais les sourcils. Ce n'était pas le moment de me tomber dans les pommes sachant que des deux, il était quand même celui en meilleur état.
    La pensée qu'il puisse être choqué par le pouvoir de la Lune rouge ne m’effleura pas un instant, l'observant un moment avant de détourner mon attention sur les débris.

    « - Oui ... Je crois. »

    Mensonge éhonté.
    Non, mais ce n'était pas grave. Non ça n'allait pas, non. La planque s'était effondrée sur elle-même, les poutres de la structure ressortaient à ciel ouvert comme des pieux dans les cœurs d'âmes en souffrance. Non, je ne voulais pas le croire … Ils avaient Pietro avec eux. Le pactisant russe possédait une force brute contre qui presque personne ne pouvait rivaliser, un éraflement et c’était fini. Il ne pouvait pas avoir échoué, chuter pour ne plus jamais se relever.
    Ce n’était pas possible. Pas … possible. Et pourtant aucun souffle de vie dans cet amas de poussière, de bois et de plâtre.
    Sans me soucier du Milo sonné, des étincelles au dessus de la tête, prêt à gober une mouche tsé tsé, je me mis à pousser, rétablir, balayer les débris de mes bras. Ca n’en finissait pas et rien. Toujours rien à mesure que mes mains creusaient, mes ongles se cassaient, s’écorchaient sans que mes nerfs réagissent. Aller plus loin, ne jamais abandonner. Ne pas les abandonner dans une obscurité qu’ils ne connaissaient pas ou peu, ne faisaient qu’effleurer du doigt dans cette guerre une atrocité qui leur éclata au visage.
    Mais que peuvent dix petits doigts contre une catastrophe d’une telle ampleur, contre un monde qui s’harmonise de bichromie, sang et ténèbres ? Pas grand-chose.
    Après tout, j’appartenais à ce monde et m’en insurgeais à la fois. Je refusais de voir la vérité, injuriant Milo pour qu’il vienne m’aider, ce bouffon planté comme un piquet derrière moi, attendant que le ciel lui tombe véritablement sur la tête. Je criai une fois, le tuant du regard avant de me figer légèrement à la vue d’une grande trainée de sang aux abords de ce qui était auparavant les bords de l’allée. Un frisson me glaça l’échine tandis que je le fixais, ne pouvant me détacher de cette couleur que je pouvais porter si bien.

    Un souffle haché, hoquet, s’échappa de mes lèvres. Je m’affaissai sur les ruines, la tête penchée en avant, les prunelles se tuant de rage et de tristesse. Cette trainée de sang m’avait comme fait réaliser la futilité de mes gestes. Soupirant, je tentai de me relever avec difficulté, titubant sous le sang qui s’écoulait toujours.
    L’ombre de Milo était toujours à mes côtés, attentive.
    Deux obsidiennes se plantèrent dans son regard, suintant de solitude et de tristesse, en totale contradiction avec le ton qui sortait de ma bouche.

    « - Tu te fous une seule fois de ma gueule le flic, je te grille sur place. »

    Mes mots étaient une menace véritable, l’avertissement du tueur, de l’assassin en colère.
    Je riais presque, acide. Ricanais. De notre situation, de tout ce chemin parcouru pour ne retrouver que des cendres, des questions qui resteront sans réponses. Une grenade à l’intérieur du cœur.
    Et cette inquiétude sourde au fond de l’estomac, comme un poids soudainement plus lourd d’angoisse.

    « - Tu t’es fait avoir, tu auras resté et répondre à ta copine, tu m’as suivi pour rien … Enfin presque, on a en d’autres à retrouver…»

    Au moment où ces mots filtraient à travers mes lèvres, une partie de moi hurlait de quitter cet endroit, ne plus jamais revenir ou se retourner pour poser ne serait-ce qu’un regard. Partir et le rechercher, lui, la seule trace d’espoir qui restait dans mon esprit, suivre cet écho qui pulsait furieusement dans mon âme. Indispensable à mon équilibre.
    Mais mon corps ne bougeait pas, d’une immobilité de glace, alors que je lorgnais le flic à l’autorité évaporée- avait-elle seulement existé ? d’une lueur moqueuse, mordante.
    C’était vrai, au lieu de me courir après, Milo aurait mieux d’aller se vautrer royalement dans les jupes inquiètes de sa petite amie, se fondre dans le moule du héros sauveur de mouches, pas foutu d’enfiler un collant vert pour faire vrai. Je le regardais les yeux dans les yeux, d’une honnêtement mordante.
    Qu’il ne se leurre pas… ce n’était pas parce que je n’avais pas bougé qu’il pouvait me ramener comme son Lorenzo à la niche, ou dans mon cas, en cellule, gentiment désespérée. Je n’en avais pas fini … j’étais loin d’en avoir terminé.

    En m’appuyant sur ce qui avait été une immense porte en bois, je parvins à me redresser complètement, le toisant de ma petite silhouette sombre, hantise de pas mal de monde dans les quartiers obscurs de Milan, ombre discrète mais sanglante.
    Un mince sourire faussement amusé barra mon visage noir de poussière, Milo toujours devant moi.

    « T’es pire qu’une moule accrochée à son rocher toi … mais Leo avait raison, t’es pas bien dangereux. Juste un moustique qu’on aurait envie de claquer contre une vitre. »

_________________________________________________

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Milo Vasco

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MessageSujet: Re: Kaboum [Event ~ PV Aya]   Dim 16 Oct - 0:44

La solution la plus évidente, celle qui sautait aux yeux, c’était de se donner des claques jusqu’à ce que ça lui remette les yeux en face des trous. Brutale, mais efficace. Pour le peu de fois que ça lui arrivait, Milo détestait ne pas réussir à se concentrer parce qu’il était trop perturbé par autre chose. Autre chose qui, somme toute –tentative de se raisonner- n’était pas si importante. Qu’est ce que ça pouvait lui faire, que des câbles sur un mur crépitent, s’animent et leur sauvent la vie ? Il devait simplement le gober comme il le ferait pour un ordre. Techniquement, c’était dans ses cordes. C’était son boulot. Avec quelques inspirations plus profondes que d’ordinaire, Milo se calma et fit le point sur ce qui se passait. Murazaki qui pétait les plombs. Une explosion. Murazaki pétait les plombs parce qu’elle cherchait des gens, à un endroit précis, et que de toute évidence, ils étaient morts, ensevelis sous les décombres. Et c’était cette façon désespérée de chercher, désespérée mais résolue, qui donnait naissance à une note discordante dans cette symphonie dramatique.

Milo ne savait pas si c’était sa bosse qui grossissait à vue d’œil, mais sa tête lui brûlait, comme si dans un désir de l’éclairer, on lui collait les yeux juste devant la lampe à néon. Un truc voulait sortir, mais il était trop déconcentré pour arriver à le formuler. Les grattements de poussière des ongles d’Aya sur le ciment, les sirènes au loin, l’halètement de Lorenzo, la lumière qui perçait du toit en miettes, cette douleur qui pulsait, les insultes de la nippone… Milo secoua s’ébroua, le regretta immédiatement, considéra cette silhouette accroupie qui voulait qu’on l’aide. Mais personne ne pouvait l’aider, et certainement pas Milo qui avait à peu près autant d’empathie qu’une cuillère. Lui tapoter l’épaule ? La bonne blague. Ca ne la consolerait pas de la perte de ses amis. Milo ne pouvait pas la réconforter. Ce n’était même pas qu’il ne le souhaitait pas ou n’en avait pas les capacités, c’était juste elle, elle qui était trop refermée sur elle, elle qui étouffait sa douleur en même temps que le sang qui cherchait à s’épancher sur son ventre. N’importe quel crétin l’aurait compris. Et pour le moment, il valait mieux qu’elle se défoule sur lui. C’était ça ou l’hystérie. Et, dans la mesure où Milo n’écoutait absolument pas ses récriminations, ça ne lui faisait ni chaud ni froid.

Ils étaient… dans un endroit différent de celui où Milo s’était réveillé. Ici, la bâtisse avait été pulvérisée, soufflée, d’une façon presque propre. Circulaire. Ce n’était pas comme dans l’entrée, où tout s’était effondré sous des pressions multiples. Ici, la déflagration avait été claire, implacable, souveraine. En fait, réalisa l’inspecteur de police, c’était ici qu’elle avait débutée. Ils étaient dans ce qu’il restait de l’œil du cyclone. Ce n’était pas une explosion accidentelle. C’était un attentat. Et eux… eux, songea Milo en regardant le sang qui faisait suffoquer sa charmante compagne, ils n’étaient pas des victimes. Ils étaient les cibles.

Milo eut la sensation qu’on venait de l’assommer pour la, quoi, deuxième ? troisième fois de la journée ? La rage d’Aya prenait un tout autre sens, sa détermination, cette façon qu’elle avait eut de vouloir retrouver l’endroit… Elle n’avait pas cherché au hasard. Dès le début, elle savait où les trouver. Et elle savait également ce qu’elle allait y trouver. Elle aussi, ça avait été une cible, qui par un étrange hasard, une bonne étoile sans doute, avait eu la chance toute relative d’être ailleurs au moment de l’explosion. Ce n’était pas des amis qu’elle pleurait, mais des compagnons tombés au combat. Morts sans gloire.
La question qui planait, désormais, c’était : Qui, dans cette ville, était assez ligués contre un autre groupe pour carrément faire sauter une bombe, et pas qu’une petite ? Ca ne pouvait pas être une agression venant d’un parti politique, d’une faction religieuse, ou quelque chose dans ce goût là. C’était trop localisé pour être ça. Dans ce genre de cas, on déviait des avions, on faisait sauter le métro ou la gare, voir carrément le plus gros bâtiment politique du coin. Pas une galerie commerciale où on trouvait plus de vendeurs et de touristes au mètre carré que de véritables cibles.

Milo se frotta machinalement le front, grimaça pencha sa tête en arrière dans une vaine tentative de détendre sa nuque et ses épaules crispées. Oui, ça le surprenait. Mais il n’en était pas véritablement choqué. Il y avait eu trop de choses étranges, ces derniers temps, pour que ça ne lui ait pas mis la puce à l’oreille. Tous ces meurtres bizarres, sans aucun rapport avec les petites bandes locales et la mafia, ces disparitions, ces phénomènes dont on entendait parler dans les médias… Tout ça, c’était sans doute connecté, et visiblement, il y avait plus de monde concerné qu’il se l’était imaginé. Et lui, sombre petit fonctionnaire, il n’était qu’un chasseur de fantômes. De mirages, de chimères, de n’importe quoi. Presque un an de travail dans le vide, à courir après un lapin quand un ours dévastait tout ce qui se trouvait sur son passage. Oh, Seigneur. Je suis un cheval de trait avec des œillères ! Ses lèvres se pincèrent dans un sourire sans joie. Tout ce après quoi il cherchait une réponse, depuis des mois, des nuits blanches, toute cette frustration, cette incompréhension, tout s’évanouissait sous la lumière glacée de cette prise de conscience. Le meilleur moyen de cacher quelque chose est de le mettre en évidence.

Sinistrement dégoûté, avec une envie mordante de rire de sa crétinerie –il n’y avait pas d’autres mots-, Milo chercha à reprendre pied. Il fallait qu’il se repositionne dans un monde qu’il maîtrisait. Dans un rôle qu’il connaissait tellement par cœur qu’il pouvait le joueur en mode automatique, avec le cerveau en pause. Bien. La pêche.

A l’école de police, on n’apprenait pas seulement aux élèves à tirer et à se comporter comme des armoires à glaces. Certes, on ne les nourrissait pas spécialement pour autant avec du stimulant intellectuel, mais, tout de même, une part importante de la formation portait sur les relations humaines. Si, si. Milo, l’huître sans joie, avait reçu des cours de psychologie. Et il ne s’agissait pas exclusivement de connaître comment fonctionnait un criminel, hein, on apprenait aussi à parler aux témoins… Et aux victimes. Or, à ce moment précis, Murazaki était une victime. Une victime non-coopérative, pour être exact, une de celle qui refuse de porter plainte et d’être aidée. Une qui connaissait l’origine de la chose qui lui portait préjudice. Elle était, et elle serait réticente à dire quoique ce soit à Milo, parce qu’elle préférait de loin s’arranger elle-même avec ses affaires, en pensant qu’elle peut se maintenir toute seule hors de l’eau. La clé, bien sûr, c’était d’obtenir la confiance de la Japonaise. Et ça, c’était mal parti, depuis toujours. Milo n’avait jamais considéré cette partie de son travail comme sa préférée. Oh, il savait faire, il le devait bien. Il voulait tellement être le premier. Il n’était même pas si mauvais, parce que les études laborieuses étaient devenues des automatismes, qu’il avait tout intégré, par cœur. Il ne réfléchissait même plus quand il les sortait. Il le savait, voilà tout. C’était comme utiliser sa main, comme tirer sur une cible mouvante, comme servir du café. Bon. Tout ça allait être délicat.

« - Tu t’es fait avoir, tu auras resté et répondre à ta copine, tu m’as suivi pour rien … Enfin presque, on a en d’autres à retrouver…T’es pire qu’une moule accrochée à son rocher toi … mais Leo avait raison, t’es pas bien dangereux. Juste un moustique qu’on aurait envie de claquer contre une vitre.»

Vraiment très délicat.

Tout d’abord, rester calme. Aussi calme que l’on pouvait l’être à ce moment-précis et qu’on s’appelle Milo. C’est-à-dire, ne pas s’insurger et dire à sa susceptibilité d’aller se faire cuire un œuf quand celle-ci vous suggérait de prendre la tête de son interlocuteur et de le lui coller contre le poêle grésillant. Il s’approcha de cette petite femme fière, campée sur ses jambes tremblantes, du sang plein ses vêtements. Milo n’était pas certain d’être très porté sur les asiatiques, mais il n’avait jamais su résister à un menton hautain et des yeux furibonds. Bon, comment elle s’appelait, déjà ?

- Aya. Malgré ce que tu sembles penser, je suis loin d’être bête et il suffit d’observer un tant soi peu autour de soi pour comprendre clairement ce qui s’est passé. Je peux comprendre ce qui s’est passé. Et je comprends également que tu n’as pas confiance en moi, au système qu’il y a derrière moi et ça, tu n’as pas tord, mais Milo garda cette remarque pour lui- et que tu ne seras jamais satisfaite de la façon dont les autres vont régler ça. Cependant, essaye de te montrer plus fine que ce que tu penses de moi, je sais que tu le peux. Alors, écoute ce que j’ai à dire. Ca ne te servira à rien de t’énerver et de passer ta colère sur les ambulanciers. Oui, je sais qu’ils sont lents, qu’ils ne comprennent pas ce à quoi ils ont à faire, qu’ils sont incompétents et j’en passe. Je suis sûr que c’est vrai. Seulement, crois-tu vraiment que tu es actuellement plus compétente qu’eux, alors que tu tiens debout par la grâce d’une porte en aussi mauvais état que toi ? Tes amis n’ont pas besoin d’une Murazaki en lambeaux, et moi je n’ai aucune intention de te porter jusqu’à la sortie. Et une autre chose de laquelle je suis certain, c’est que tu sais que pour le moment, tu ne peux rien faire. Même si c’est frustrant et que tu brûles de ne pas pouvoir agir pour les aider. Je comprend que tu sois en colère contre tout le monde et surtout envers moi. Mais…

Il la regarda droit dans les yeux.

- … Tu sais ce qu’il y a à faire, et c’est pas me mettre ton poing dans la figure. Alors assieds-toi un moment, repose-toi quelques minutes et après, si tu es d’accord, on ira voir un médecin. Et ce n’est pas la peine de m’assassiner du regard, je pense que tu connais tes limites et que tu es capable de te rendre compte que tu les as bien entamées. Si tu veux, je suis prêt à discuter avec toi de ce qui s’est passé.

Il attendit qu’elle le suive un peu à l’écart, dans une zone moins accidentée, et qu’elle accepte de se poser sur un banc de fortune pour lui laisser quelques minutes avec elle-même. Le temps de voir si elle était d’accord ou pas, de voir si elle préférait continuer d’hurler ou de rager en silence, de voir si elle était prête à se calmer et à reprendre doucement pied avec l’affreuse réalité qui s’étalait sous leurs yeux. Lorenzo, beaucoup plus empathique que ne l’était son maître, prouva sa sollicitude envers son ancien jouet à mâchouiller en posant sa tête sur le genou d’Aya, la contemplant d’un air pensif. Milo, lui, s’accorda le droit de fermer les yeux et de nouveau rejeter sa tête en arrière. Ce fut seulement après avoir laissé ce moment de répit à la Japonaise, durant lequel sa soupape, espérait-il, était descendu de quelques crans, que le lieutenant demanda doucement, comme si c’était pour lui-même :

- On ne s’y attendait vraiment pas, à cette bombe, non ?

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Aya Murazaki [Sky]

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MessageSujet: Re: Kaboum [Event ~ PV Aya]   Jeu 27 Oct - 19:24

Une goutte de sang pour chaque mort
Comme si leurs existences avaient tort
Une larme invisible, un cri
Dans cette guerre infinie.



    Le plâtre s’égrenait sous mes doigts, de légères traces rougeâtres dont je me fichais éperdument, parsemaient le sable sous mes ongles. Marquée par le sang de mon existence, c’était comme si je ne faisais que récolter le prix de mes décisions. Pourtant, il n’y avait aucun rapport entre ma vie et l’explosion qui avait tué tous ces gens, pactisants ou non. Mais tout s’embrouillait dans le labyrinthe sans dessus dessous de mon esprit. Je merdais. Je perdais pied, funambule qui vacille sur la corde de sa raison, de sa vie. La poussière aveuglait mes yeux noirs alors que mes ongles crissaient toujours sur ces décombres. Trop nombreux, trop lourds. Trop tout.
    Barrières de plâtres qui avaient scellés le destin et la tombe de tant de visages. Le souffle rendu court par l’effort, mes bras semblaient agir d’eux-mêmes, poussés par une volonté qui tenait plus du désespoir que d’autre chose. J’aurais dû me raisonner, le savoir. J’étais un agent de la mort dans l’obscurité Milanaise. Mais cette raison froide qui me murmurait que c’était vain, inutile ; qu’il n’y avait pas la moindre chance que l’un d’entre eux puisse être encore sauvé était étouffée par cette négation pourpre.
    Je ne voulais pas le croire. Prendre conscience qu’en quelques secondes, leurs vies avaient été soufflées comme un gamin se précipite vers son gâteau d’anniversaire, plonge la pièce dans un noir d’applaudissements sinistres.
    Leurs visages flottaient dans mon esprit fou, fou de cette douleur qui me tira un gémissement sourd.
    Victimes.
    Victimes de cette guerre dans laquelle ils s’étaient vus engagés par la force des choses, poussés par une fatalité ancrée de sang. Plus que des inconnus ou de simples « collègues » engagés à mes côtés. Ils étaient des camarades, une force tranquille qui s’opposaient en silence à la première ligne des pactisants d’April. Cette petite garce les avait pris en traitre, mais c’était la guerre. Sale et cruelle.
    La réalité d’une guerre que mes émotions refusaient, cloîtrant cet état de fait dans une rage contenue. Ils n’allaient pas s’en tirer à s’y bon compte, et la seule consolation que je trouvais dans l’explosion était qu’ils n’avaient pas du voir ce qui leur arrivait, du moins je l’espérais farouchement. Je voulais le croire …
    Cela n’atténuait en rien la peine qui me vrillait les tempes, mes yeux secs de larmes invisibles et pourtant cuisantes. Alessia, Diego, Fanny, Lucio, Paolo, Pietro et son accent … Tous ces prénoms, ces mimiques que je ne pensais pas avoir retenus, me revenaient en mémoire. Leurs capacités, extraordinaires de discrétion qu’époustouflantes visuellement, leurs doutes qu’il fallait chasser d’un regard.
    Rôle du Cerbère, du chevalier immaculé de noir dans ce sous-sol. Barrer leur peur d’un regard pour l’effacer et faire bouclier. Mordre plus fort quiconque approcherait et toujours veiller, comme une étincelle invisible mais toujours là. Être le voile protecteur et mortel devant leurs ennemis. Les former, les encourager, les entrainer et se pousser au bout de ses capacités, les agacer, les apeurer, pour une seule chose au final. Leur éviter ça. Ils n’avaient même pas pu se défendre correctement, mourir dignement.
    J’étais un des chevaliers de July, une protection qui s’appliquait au camp. Une force brute dont le regard étincelant de colère froide cuirait les impudents…. La culpabilité me rongeait les entrailles, creusait son chemin âpre dans mon esprit. C’était trop tard.
    J’aurais dû être là, je ne pouvais pas m’empêcher d’y penser, et me dire que si je n’étais ensevelie sous ces poudres de bois déchirées, ce n’était dû qu’à la chance ne me consolait pas tellement. De la chance ....
    En quelque sorte.
    Une fine étincelle claqua dans ma paume, faible signe de la tourmente qui m’était en pièces mes certitudes pour n’en laisser qu’une. J’avais beau être de nature distante, un peu froide et dangereuse, il n’en restait pas moins un attachement, un lien commun sous cette lune Rouge. Un désespoir d’un instant, une espérance soufflée dans l’explosion. C’était la guerre, et ils ne reculeraient devant rien. Plus de rares affrontements pour tester les forces de chacun, les pions étaient dorénavant disposés sur l’échiquier et tant pis si l’adversaire n’avait pas le temps de se retourner.
    Un affrontement de taille venait de commencer, les pieds dans une mare de sang …
    Une guerre, que ce minable inspecteur était loin d’imaginer. Lui et sa petite routine de flic, pourtant pas si loin du drame qui secouait ces âmes. Si près, respirant ce même air vicié et pourtant séparé par un voile opaque de vérité.
    Dégout. De tout ça. Fatigue, mon corps me le soufflait au travers de mes muscles tendus pour me maintenir dans une position correcte, en appui sur cette porte qui avait résisté à la déflagration.
    Il avança, je reculai. Danse prudente d’ennemis, d’inconnus qui n’appartiennent pas au même monde, pourtant je ne bougeai pas tellement, m’appuyant un peu plus sur ce morceau d’acajou rescapé, attentive malgré moi. Mon souffle me paraissait de plus en plus rapide, plus âcre aussi. Pas maintenant…


    - Aya. Malgré ce que tu sembles penser, je suis loin d’être bête et il suffit d’observer un tant soi peu autour de soi pour comprendre clairement ce qui s’est passé. Je peux comprendre ce qui s’est passé. Et je comprends également que tu n’as pas confiance en moi, au système qu’il y a derrière moi.

    Une grimace marqua mes lèvres à ses derniers mots. J’hochai la tête imperceptiblement. Non, je ne pouvais pas lui faire confiance. Natures, rôles contraires. Antinomiques. On aurait très bien pu rejouer la scène du gendarme et du voleur des centaines de fois que nos positions respectives n’auraient pas changé d’un pouce. Mais ceci, Milo l’ignorait encore, et je n’allais certainement pas lui donner ne serait-ce que la moindre parcelle d’indices pour me coffrer, ici ou plus tard. Il serait bien trop content ce petit moustique insignifiant …
    Les mots coulaient de sa bouche comme des laves d’acides que je ne pouvais arrêter, criantes de vérité.
    Bordel ! Oui j’étais impuissante face à la situation. Oui, incapable de les sauver, de faire machine arrière pour me ruer sur cette bombe qui avait tout réduit en charpies. Un pan de vies, une force secrète de sourires en coin. Mais, parce que mon existence entière était une contradiction à la logique, sanglante de ses pas d’ombre, je ne pouvais pas accepter cette « incompétence » et retourner vers la sortie, vaincue. Par une tempête de débris qui avait tout pris.
    Non.
    J’étais peut-être une pitoyable humaine courant à en perdre haleine pour rattraper des morceaux éparpillés de sa vie dans des décombres, mais je refusais d’abandonner. Parce que j’avais cette rage au ventre, au coin des lèvres, trace de sang. Mon regard se fit plus acéré, mais mes lèvres restèrent closes alors que l’homme de loi m’expliquait son point de vue.
    Raison. Logique.
    Que je suivis en silence le temps de m’asseoir sur un bloc de béton faisant office de banc. Je pouvais comprendre mais ne pouvais l’accepter. Jamais. Mon souffle brulait ma trachée, mais je refusais de céder, Cerbère accrochée par les crocs, les griffes, les particules de son être. Pas maintenant.

    « Je ne peux pas. »

    Comment lui expliquer ? A lui, l’ennemi de l’obscurité de sa vie. Comment lui dire clairement sans se dévoiler qu’il était hors de question de retourner en arrière, pas avant de l’avoir retrouvé. Lui. Que je n’autorisais qu’un seul médecin à m’approcher et ce serait le Doc, et personne d’autre, dus-je me trainer en rampant jusque chez lui. Certainement pas ces incompétents d’infirmiers de secondes catégories. Impossible.
    Je ne pouvais prendre le risque que ce qui marquait mon corps soit inscrit dans des dossiers, encre suspecte qui mettrait en danger ma vie, ferait resurgir des questions, des faits qu’il fallait mieux enterrer. Pour mon bien, et la santé mentale de la volaille à mes basques. Ce serait dur, oui. Mais j’avais vécu bien pire, quelques années auparavant, avant de quitter Chiba.
    Ombre d’un cerbère encore plus noir que moi, effrayante de son inhumanité.
    Et plus encore que cette question de sécurité, balayant toutes les raisons, toutes les sécurités, il y avait cette étincelle bleutée vers laquelle tout mon être se tendait.

    Oxygène manquant de son souffle. Battement d’un cœur essentiel au mien.
    Un seul nom.

    « Leo.»

    Nom lâché dans le silence.
    Un soupir difficile s’échappa de mes lèvres devenues sèches, rêches de poussières et d’effort. M’essuyant les yeux d’une main, je tournai la tête plongeant mon regard dans le sien.

    « Leo. Il est ici, je le sais. Il faut … Il faut que je le retrouve. »

    Je levai un doigt à la bouche du flic, réprobatrice avant même d’avoir laissé filer un son. Regard d’avertissement à ce qu’il s’apprêtait à dire. Il ne pouvait pas juste se taire et accepter que des gens puissent tout laisser, la prudence aux orties, leur énergie dans la recherche de quelqu’un ?

    « Pas d’objection possible. Je sais qu’il est vivant et qu’il n’est pas très loin. »

    Je m’apprêtais à me lever, forçant une jambe dont la blessure était encore un peu vivace, récalcitrante à trembler sous l’effort, pour finalement me rassoir dans un soupir sonore. Agacement. Tss … Il avait peut-être raison, le poulet à la farine à côté de moi, n’empêche qu’il fallait que je le retrouve. C’était un impératif. A mon Cœur. A mon être.
    Une force étrange qui me poussait, guidée par cette double inquiétude que je ressentais. Ce lien connu et reconnu d’un Sky à la mine soucieuse, inquiète malgré des yeux assassins. Et ce fil d’or me reliant doucement, intangibilité d’un baiser, à des opalines.
    Ses lagons.
    C’était une étrange sensation qui s’était logée dans mon bas-ventre, discrète, ténue mais toujours présente. A jamais en moi. Une envie soudaine de me fondre dans sa chaleur, dans sa douceur m’étreignit le cœur alors que je souriais presque à la question du flic.
    Plutôt une remarque d’ailleurs … Constat sanglant.


    -On ne s’y attendait vraiment pas, à cette bombe, non ?


    Attendant que mon corps veuille bien récupérer avant, une volonté perçante dans les yeux, je tournai la tête pour lui faire face, plongeant le gouffre de mes prunelles dans celles, sombres de Milo.

    « - Pas maintenant non. Tu faisais quoi ici ? ...
    Mais … mais ça devait arriver un jour ou l’autre, je crois. Ils n’avaient pas le droit. Ils auraient pu nous frapper uniquement et pas faire … autant de victimes innocentes. Des ordures … Des lâches, incapables de venir nous affronter en face ! »


    Les mots étaient des insultes profondes dans ma bouche. Venin d’un ressentiment et d’une inquiétude sourde quand à l’avenir.
    C’est une guerre Milo.
    Petit être minuscule qui a mis le doigt sur une tempête, un conflit immuable.Une guerre où l’humanité est prise entre deux feux. Deux volontés qui s’affrontent malgré elles, parce que c’est dit. C’est écrit et rien ne pourra l’empêcher. Le sol jonché de cadavres d’aujourd’hui n’est qu’un avant-gout.
    Et au milieu de ce pourpre qui tâchait mes mains, manteau de noirceur, mon corps tirant sur la corde de mon souffle, ma volonté au bord du désespoir n’était attirée que par une seule étoile dont le lien me brulait les entrailles.
    Bleue de mon cœur.

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MessageSujet: Re: Kaboum [Event ~ PV Aya]   Mar 8 Nov - 14:38

« Je ne peux pas. » lâcha Murazaki dans un souffle.

Ben voyons. Elle ne voulait pas, surtout. Belle différence. Belle histoire. La jeune femme avait très bien le pouvoir de décider de laisser tomber, de revenir gentiment à son point de départ et de libérer Milo de son rôle de chaperon. C’était les deux qu’elle entraînait, ici, et l’inspecteur espérait avec mauvaise humeur qu’elle en avait conscience. Lui ne pouvait pas décider de la planter ; il avait l’ombre d’un ordre lui planant au-dessus. Qu’est ce qu’elle pouvait être têtue comme une mule ! Elle allait lui fournir une explication, n’est ce pas ? Résigné, Milo attendit la suite, en examinant machinalement ses mains un peu écorchées. Ouaip, ça venait, mais les mots venaient difficilement aux lèvres poussiéreuses d’Aya.

« Leo. Leo. Il est ici, je le sais. Il faut … Il faut que je le retrouve.»

Quoi ? Leo ? Accettura, l’horripilant effronté qui passait son temps à se moquer de Milo et à lui donner des informations quand bon lui chantait ? Le type en qui notre lieutenant plaçait une confiance très modérée, et qui trouvait toujours le moyen de finir bêtement en cellule alors que tout, de la candeur de ses yeux bleus à son large sourire, le désignait comme un innocent spécialiste des ennuis ? Après un bref instant de réflexion, c’était logique que ce nom vienne dans la conversation. Aya et Leo n’étaient-ils pas toujours fourrés ensemble ? Comment expliquer, sinon, qu’Aya soit seule en ce moment même ? C’était vrai que cela avait étonné Milo de ne pas la voir avec lui, au sortie de la galerie. Parce qu’en général, Leo disait Aya. Aya disait Leo. On ne savait jamais vraiment qui suivait l’autre. Que cela soit la jeune femme qui vienne chercher Accettura après une nuit au commissariat, ou une ombre se découpant dans son dos lors de ses rares visites, voir l’inverse, les deux semblaient former la paire. Un duo qui mettait un point d’honneur à s’empêtrer dans des affaires louches qui, visiblement, touchaient plus que ce que Milo soupçonnait.

Beaucoup de choses s’éclairaient. Déjà, les raisons du pourquoi Leo était-il toujours au courant de tout et celles de pourquoi les deux trempaient dans l’illégalité en toute impunité. D’une certaine façon, Milo regrettait d’avoir accordé à son informateur autant de passe-droits. Il n’avait jamais rien su de qui il était réellement –à part un gentil crétin-, mais il lui avait fait confiance, à sa façon. Il n’avait jamais réellement remis en question ce que Leo lui disait. Sans se tromper sur sa fausse innocence, Milo l’avait tout de même classé dans les types à bon fond. Honnêtes, malgré tout. Mais… maintenant que Milo découvrait l’ampleur de la machine, il se demandait s’il avait bien fait. Il ne connaissait absolument le rôle que jouait Leo, Aya et leur bande dans cette histoire. Oui, aujourd’hui, ils apparaissaient comme des victimes. Mais qu’en était-il vraiment ? Si cela se trouvait, ils étaient exactement les mêmes que ceux qui avaient lancés cet attentat. Ils avaient fait d’autres choses, à leur façon. Après tout, Aya était vaguement connue des services de la police et Milo la soupçonnait fortement d’être plus qu’une gentille témoin sur place au mauvais moment. Pas couplée à Leo. Pas avec son fichu caractère.

L’autre point qui s’éclairait, c’était les motivations de Murazaki. Depuis le début, tout ce qui intéressait la nippone était de retrouver son pareil. Peut-être un peu plus que retrouver la planque où étaient morts ces compagnons. Parce qu’au fond d’elle, elle avait du savoir qu’elle ne retrouverait rien, qu’ils avaient tous disparus, effacés, avalés par un nuage de poussière. Elle avait sûrement eu le besoin inconscient de le constater de ses propres yeux, mais ce qui la faisait tenir encore debout tandis que son sang goûtait de chacune de ses blessures, c’était l’espoir de retrouver Leo. C’était pas Milo qui aurait fait ça pour Maric… Aïe ! Lorenzo venait de lui donner un coup de tête dans le genou et l’observait de son regard grave. Voilà que le cabot se prenait pour sa conscience. Rien ne l’étonnait plus. Bien sûr qu’il plaisantait. A défaut de la trouver toujours d’une compagnie très agréable, Marica restait une amie intime de longue date, hein. Il ne l’aurait pas laissé sous une poutre, même si certains soirs, l’envie devenait très forte.

Mais bon, pour revenir à Aya… si elle croyait encore, après avoir pratiquement traversé la galerie en constatant qu’il n’y avait quasiment personne debout que Leo était là et vivant, elle se fourrait le doigt dans l’œil. Ou alors, il ne devait pas être en très bon état et Aya ne pourrait rien y faire, une fois à ses côtés. Milo ne voulait pas être pessimiste, mais c’était déjà assez exceptionnel qu’eux deux aient survécus et tous le monde n’avait pas leur bonne étoile. Etait-ce possible que Leo, qui semblait aussi immuable que le café de la pause de dix heures, fusse anéanti, soufflé, rayé de la vie depuis déjà quelques heures ? C’est vrai que cela paraissait impensable, inacceptable, et Milo pouvait comprendre que sur le moment, la jeune femme n’ait strictement rien à faire de la logique. De plus, si croire à ce mince filet d’espoir pouvait la calmer, après tout, ce n’était pas plus mal. Après, ce n’était pas comme si Milo avait eu le temps d’en placer une, pour approuver ou non. Il aurait voulu s’étonner, peut-être essayer, encore une fois, de la ramener doucement à la réalité, à la préparer à des recherches aussi vaines que désespérantes. Il savait déjà que tout ce qu’il aurait pu lui dire ne l’aurait jamais fait changer de cap. Il savait qu’elle repartirait illico comme une tornade infatigable. Mais si ça ne comptait pas maintenant, ça compterait plus tard, Milo en était persuadé. Seulement, avant même qu’il puisse ouvrir les lèvres, d’un air autoritaire aussi redoutable que celui de sa chère et tendre, Aya fit d’un ton coupant :

« Pas d’objection possible. Je sais qu’il est vivant et qu’il n’est pas très loin. »

Avec son index menaçant et levé, on aurait dit une maîtresse d’école réprimandant un petit garçon. Ne parle pas de choses d’adultes que tu ne sais pas, voyons. Cesse de raconter des bêtises –mais enfin, qui était la morveuse, ici ? -. Milo préféra ne rien ajouter et haussa les épaules – Re-aïe –. Si Aya souhaitait trépasser bêtement, ce n’était pas son problème. Il laissait aux gens le libre choix de vivre ou mourir. D’autre part, il ne pouvait décemment pas laisser agonir quelque part, s’il se trouvait ici, son insupportable informateur. Cela faisait plusieurs mois qu’ils jouaient ensemble à Jiminy Cricket et à Pinocchio, voir à qui est l’ange gardien de qui. De plus, Milo lui devait bien ça, pour toutes les informations, même maigrichonnes et incomplètes, que Leo lui avait donné. Malgré son total manque de fiabilité, Leo ne l’avait jamais mis dans un mauvais pas et semblait avoir toujours tendu une main secourable. C’est vrai, Milo ne pouvait s’empêcher de le critiquer et de le maudire, de râler à chacune de ses apparitions, de soupire dès qu’il apparaissait dans son champ de vision et autre manifestation de joie, mais c’était le cas également pour Marica, sa mère, et l’informaticien du commissariat. Le lieutenant ne souhaitait pas leur mort pour autant et tout le monde savait pertinemment que Milo était un gentil ronchon qui ne pouvait s’empêcher d’être bien prévisible.

- Ca marche, soupira-t-il en conséquence. Je t’aiderais. Tu es certaine qu’il est là, au moins ?

Pas question de se casser la tête pour rien quand Milo en avait plein le dos, la tête, les genoux, la nuque et compagnie. Il avait l’impression d’avoir chacun de ses os en miettes et rêvait d’un bon verre de liqueur forte ainsi que d’un oreiller. Fort heureusement, après une tentative avortée pour se remettre debout, Aya préféra se rassoir, les jambes toujours flageolantes. Ce ne fut pas Milo qui cracha sur ce répit. Il l’observait, avec cette petite moue ferme au coin des lèvres, ces iris brûlantes, ces sourcils obstinément froncés, comme une métaphore de la volonté qui lui servait de squelette. Un petit bout d’asiatique, trois fois rien, une brunette aux yeux plissés, toute menue, qui compactait en elle trois tonnes de détermination et d’obstination, avec un soupçon de sauvagerie. Joli programme, en vérité. Un truc étonnant que cela charme Leo, mais Milo le lui laissait bien. Il avait sa dose de tigresse et se demandait s’il existait encore une douce et charmante créature fragile dans le monde.

« - Pas maintenant non. Tu faisais quoi ici ? ...
Mais … mais ça devait arriver un jour ou l’autre, je crois. Ils n’avaient pas le droit. Ils auraient pu nous frapper uniquement et pas faire … autant de victimes innocentes. Des ordures … Des lâches, incapables de venir nous affronter en face ! »

- J’allais bosser, répondit-il en désignant d’un coup de menton ce qui était autrefois la porte de sortie de la galerie. Le commissariat n’est pas loin. Et j’emmenais Lorenzo avec moi.

Sous-entendu qu’il ne pouvait utiliser sa voiture sous peine de la voir la moquette couverte de poils et de bave, ce que Milo préférait éviter.

- Pourquoi vous ont-ils attaqués ? demanda-t-il doucement. J’imagine que ce n’est pas une histoire de trafics.

Les seuls qui commettaient des attentats, en général, étaient les partisans d’un ordre particulier, religieux ou politique. La mafia avait toujours su se débrouiller plus discrètement et ici, Milo ne voyait pas en quoi elle était mêlée ?

Avec une sorte d’angoisse diffuse, une douleur bizarre qui portait le nom de nervosité, la pensée que cela avait peut-être un rapport avec ce que Milo avait vu quelques minutes plus tôt et qu’il refusait d’admettre l’effleura. Dérangé par cette idée, il se leva comme un ressort. Préférait vite changer.

- Ca va mieux ? s’enquit-il pour la forme. Comme je l’ai dis, je t’accompagne. Je suis passé par les galeries souterraines, peut-être Leo s’y trouve-t-il. Si jamais il est sous des gravats, les secours le trouveront avant nous. Fais comme tu veux, je te suis.

Il ne le formula pas, mais Lorenzo pouvait éventuellement les aider, bien qu’il doutait qu’Aya, avec sa redoutable fierté, garde contre son cœur un bout de chemise appartenant à un certain jeune homme effronté.


[Je suis en retard pour mon couuurs, je finirais la mise en forme plus taaard xD]
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