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 Take One Last Breath ~ [Iliana]

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Numa [Zôon]

Numa
Numa


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MessageSujet: Take One Last Breath ~ [Iliana]    Jeu 20 Oct - 6:25

Take one last breath. You’re deeping inside your darknesses.

Et tu cours. Tu n’en peux plus. De fuir. Ce qu’il s’est passé. Ce qu’il a été pour toi. Ce qu’il est maintenant. Ce que tu étais. Ce que tu n’es plus. C’est inutile tu le sais. Mais tu ne peux t’en empêcher. C’est une pulsion qui t’interdit de t’arrêter. C’est l’acide qui te carbonise l’estomac qui te le dit. Ce sont les roulements de tambours dans ton corps qui t’attirent vers une destination toujours plus éloignée. Tu n’en peux plus. Et tu cours. Tu fuis. Tu tournes le dos. Tu as peur.

Tu as arrêté de courir. Deux semaines ont passés. Tu sembles déterminée… si peu.

Elle se dressait en face de cette porte blanche. Couleur immaculée d’une vie qu’elle ne désirait croiser. Inéluctable. Inévitable. Le stella ne pouvait faire autrement. A errer, elle avait fini par se cogner contre ce morceau de bois indifférent. Sa bouche devint pâteuse, presque sèche. Elle plia la feuille de papier prisonnière de ses mains, l’enfonçant dans un coin de la poche de son veston. Elle ferma ses paupières sur un monde de souvenir, un monde du passé. Son cœur fit un bond. Au second, rouvrit les yeux. A présent, elle avait un nom à mettre sur ses malheurs. Ilana. Numa avait cessé de courir. Il n’était plus question de baisser le regard, d’éviter ce qui devait se dérouler. Quoique…

Son poing fermé s’arrêta à sept centimètres de la porte, une question lui traversant l’esprit. Qu’est-ce qu’elle foutait ? C’était de l’hésitation. Pur. Numa ne toquait jamais à la porte. Jamais. Bulle était un stella. Pourquoi en aurait-elle besoin ? Elle fronça les sourcils. C’était du doute. C’était de la peur. C’était compréhensible. Ses yeux bleus se déposèrent une fraction de son histoire sur ce poing fermé, bougeant nerveusement les doigts. Idiote. Vivement, cette main précédemment serrée sur elle-même, elle la porte à ses tempes, échappant un souffle de dégout. Dégout d’elle-même, alors que des paroles anciennes, pensées corrompues, se glissèrent dans sa tête. Zôon. C’était une mauvaise idée Numa…

Elle aimait tellement ça, les plans foireux. Une mimique se dessina sur son visage, trait tiré d’un pinceau mouillé. Elle sourit. Face à sa stupidité. Face à sa couardise. Face à sa vie, sa cruauté. Plus rien n’avait d’importance. Qu’avait-elle à perdre ? Rien. Elle n’était rien, n’est que ça depuis sa première apparition sur cette Terre. Encore des phrases venues de son connard de pactisant. Air de dépit sur le visage. Numa décida de passer le pas. C’était une mauvaise idée. Elle avança, passa à travers cette porte la narguant de sa pâleur. La sensation de se diluer dans la réalité lui chatouilla les oreilles, s’interdit de sourire. Ce n’était pas le moment de rire.

Les secondes de désorientation passées, elle porta ses yeux sur les décorations du court hall d’entrée, zigzaguant son regard céruléen sur les traces d’un individu qu’elle ne voulait pas rencontrer. Pourtant, c’était viscéral. Incrusté dans le moindre recoin de sa chair. Ilana serait bien la seule à pouvoir l’aider –l’idée lui fit mal à crâne. Elle passa devant une peinture qu’elle n’analysa pas, devant une photo qu’elle regarda du coin de l’œil, enfant joyeux. Marche silencieuse d’un animal en chasse. Elle ne faisait pas de bruit. C’était inné chez elle. Faudrait-il déjà qu’elle ait un minimum de consistance pour que son corps puisse émettre le moindre son…

Le capharnaüm diffus d’une télévision en marche attira son attention, l’attira tout simplement. Evitant une paire de bottes abandonnées au milieu du chemin, Numa arriva dans un espace ouvert. Salon. Cuisine. Salle à manger. Ilana. De dos. C’était une occasion en or qui clignota dans le recoin de son esprit. En deux secondes, ça aurait été fait. Attraper le couteau posé sur le plan de travail, l’attraper par le crâne, enfoncer la lame. Et Bulle serait là, à s’émerveiller de la fontaine de sang que deviendrait l’agent du GDP. Bulle d’Argent & Bulle de Sang qui éclate dans l’euphorie de son élan.

Par automatisme, déjà, venait l’engourdissement de ses muscles. Ça ne valait pas la peine de se donner ce mal. Numa n’aurait pu le faire. Malgré l’envie plus que désirable. L’occasion plus que parfaite… Elle. Elle n’était pas comme ça. Zero oui. Pas Numa… Qui était-elle ? Ses iris coulèrent jusque sur le sol, où elle réfléchit. A la raison de sa présence. Elle était indécise. Perdue. Gamine égarée. Elle fixa un autocollant sur le frigo sans le voir. Elle s’arrêta sans s’en rendre compte. Pause sur les erreurs de sa vie. Grognement mélancolique d’un stella qui a perdu ses raisons pour rester sur ce caillou flottant dans l’espace. Elle songea, durant quelques instants, à Mikaël principalement. C’était la meilleure chose à faire. Bleu givré de son regard. Bleu glacé à son cœur.

La silhouette verte se retourna enfin. Doux plaisir que de lire l’étonnement, l’incompréhension et l’alerte sur son visage. Du vert contre du bleu. Numa la dévisagea, retint cette nausée montante. Réminiscence d’évènements révolus. De ce corps qui se dégage de la foule et qui les interpelle. Inconsciemment, elle sert sa mâchoire, les muscles de ses bras qui se tendent. Elle hésita, ouvrit la bouche une fois. Au final, elle se mordit la lèvre. Ah. Lassitude. Nous y voilà.

« Ilana. »

Premier pas. Le prénom lui écorcha la gorge, déchirant sa voix. Elle était rauque. Comme avant, comme toujours. Elle grimaça, se remordit la lèvre inférieure. Le goût de la perte et de la bile la prit à la bouche. Tout était fini. Tout. Zero.

« S’il-te-plait, tue-moi. »


Le monde se moque de toi. Tu as peur de lui. Pourquoi devrait-il avoir peur de toi ?

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Ilana E. Acciari

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MessageSujet: Re: Take One Last Breath ~ [Iliana]    Ven 28 Oct - 19:01

Ta haine contre mon sourire
Eclat Bleu contre Vert
Tes insultes contre mon rire
Verras-tu au-delà, ma main ouverte ?



    C’était une soirée de merde. Une journée de merde. Une semaine de merde.
    Tout avait commencé par un réveil trop tardif qui m’avait fait bondir du lit pour sauter dans mon baggy et filer de l’appart sans un café dans l’estomac, la ceinture pas bouclée et les cheveux pleins d’épis, pour éviter de me prendre les foudres de mon supérieur.
    Peine perdue.
    Malgré une forte accalmie dans la guerre ouverte que l’on se livrait entre nos deux bureaux, ça devait pas être la semaine pour Livio, et généreusement, il m’en faisait profiter … Bah voyons !

    Et même la demi cafetière d’ingurgitée n’aurait pu éclairer cette journée maudite. Comme si la poisse poursuivait mes pas, ombre qui ricane, invisible, je m’étais faite assommée littéralement comme une crêpe par un petit rigolo de pactisant maitrisant l’air. Sympa comme second réveil y’a pas à dire …
    Boulot de merde …, s’en était suivi une entrevue forcée avec un rapport aux blouses blanches qui avait duré à mon goût beaucoup plus que nécessaire, une œillade noire de mon supérieur.
    Soupir.
    Ce n’était certainement pas avec ce genre de journée que j’allais donner au Lieutenant des raisons de me laisser aller seule sur le terrain… J’avais encore un peu de mal à l’avoir à mes côtés, habituée à travailler dans son dos pour être honnête. Paradoxale comme réflexion puisque j’aurais dû être obligée de le suivre, c’était à moi de m’adapter … mais j’étais sure qu’il ressentait à peu près la même chose, encore réticent à me demander de l’accompagner. Mais c’était soit ça, soit je prenais les devants …

    En rentrant, les côtes réclamant une bonne douche brulante, je m’étais attendue à avoir des nouvelles de Carlotta, sans savoir exactement si elle était restée dans mon appart depuis la nuit dernière ou si elle était rentrée chez elle. La jeune femme était là. Pour mon plus grand malheur … Reproches et insultes avaient grêlé sur mon silence fatigué et agacé.
    Si bien que sa silhouette s’était effacée de la pièce à peine dix minutes après que j’y ai mis les pieds.
    Rentrer et se faire engueuler comme du poisson pourri sur une absence et une invitation acceptée entre amies datant de plusieurs semaines , sympa, y’a pas à dire, c’est franchement pas ce que j’avais imaginé . Super la soirée …
    Je passai ma main sur mon visage en soupirant. Tout partait en couilles.
    Douche. Douche. Le pot de glace dans le congel’ et surtout Ilana, tu ne pleures pas…

    Petit rituel des soirs où le cœur menace d’éclore en larmes cristallines au coin des yeux, vagues de ressentiment, de douleur. Jusqu’à ce que ça passe … Pas les regrets, mais le reste passe. Toujours.

    Fermant volontairement les dossiers en cours qui trônaient sur la table basse du salon, entre les diverses pièces d’un revolver démonté et un autre chargé, je m’étais calé dans le fond du canapé, mon pot de glace entre les genoux, armée d’une grosse cuillère pour lui faire sa fête !
    La nicotine qui s’entassa dans le cendrier m’empêcha d’avoir envie d’autres choses et quelques quarts d’heures plus tard, j’avais étiré mes jambes, somnolant à demi sous les bruitages d’un film à la con, primé aux oscars je crois, sur une des chaines câblées que j’avais pu m’offrir quelques temps auparavant. C’étais bien la peine de payer pour ne pas en profiter pleinement, mais depuis quelques semaines, les heures sup’ ne se comptaient plus. Quelqu’un exigeait des résultats, et malgré mes réticences, mon regard ne cillait devant les tâches, dégueu, qui m’attendaient.
    J’aurais dû m’endormir en chien de fusil sur mon canapé pour ne me réveiller que quelques heures plus tard, un peu perdue et me trainer lamentablement dans ma chambre. Pour rempiler encore et encore …
    Mais un grain de sable furieux se glissa dans le fil de ma vie. De mon existence, pour l’enflammer de sa rage, de ces opalines galvanisées par une envie de meurtre aussi forte que la détermination de mes yeux de jade.

    Les acteurs causaient toujours, d’une chose à laquelle je ne pigeais rien, quand je sentis. Pas un pouvoir, une capacité extrasensorielle. Juste cette sensation dérangeante d’un regard qui coulait, courrait sur ma silhouette. Ombre de mon châtiment.
    Méfiance.
    Me saisissant du Caracal chargé – oui que voulez-vous ? Précaution d’usage, réflexe ancré – d’une main, je me retournai un peu brusquement.
    Un instant, je fixai la silhouette qui se découpait dans mon salon à la lueur de mon allogène encore allumé, lueur de lune artificielle, avec un air étonné. Mes lèvres auraient prononcé un « T’es qui toi ? » que ça aurait été pareil.
    L’étonnement se disputait à la méfiance, mes doigts serrant la crosse de l’arme, les jointures plus blanches à la mention de mon prénom.

    «Ilana. »

    Qui es-tu, ombre suintante de danger ?
    Pour me connaître, savoir où me trouver, mon identité … Je ne pouvais pas me départir d’une tension qui m’avait saisie, ce pressentiment archaïque d’une intuition surentrainée, développé au contact de situations plus périlleuses les unes que les autres.
    Qui était-elle ?
    Cette chevelure rousse qui lui cascadait sur les épaules. Jeune, la vingtaine peut-être … mais quelque chose dans son maintien montrait toute la tension accumulée dans son corps. Nerveuse et loin d’être tranquille.
    Dangereuse, j’en avais la conviction… Ce fut son regard opalin, bleus de mon existence qui me donna la réponse.

    Cauchemar vivant de ce jour-là.
    J’avais merdé.
    Complètement. Enfin, pas à mon sens mais encore fallait-il le comprendre et celle qui me fixait ne s’efforcerait certainement pas de considérer qu’une balle dans le crâne, c’est mieux qu’un petit tour dans les labos de Rhoda.
    Livio l’avait compris … mais n’avait rien dit. J’avais fait passé le coup de feu pour un tir de défense, pour soi-disant protéger un de mes camardes.
    Meurtrière cachée dans un silence entendu. Tant mieux, ça m’avait assez remué comme ça, même si j’avais continué de me comporter comme à la normale. Exubérante, souriante, revêche et caractère de cochon malgré une certaine lueur grise tachant le lac d’émeraude de mon regard. Ce jour-là, un paquet entier était passé dans la journée.
    J’étais pourtant sure, convaincue, d’avoir fait le meilleur choix, de mon point de vue. Discutable oui. Le GDP ne suivrait certainement cette logique sil avait conscience de mes agissements mais je ne pouvais pas m’empêcher de leur éviter le pire.
    Certes, ce n’était pas une position très claire, assise entre deux chaises mais face à des stellas, j’étais toujours partagée entre ce que j’avais connu à Gênes, et la réalité de mon travail ici. Mais c’était ainsi, j’avais besoin de réponse, plus de choix de marche arrière. Il fallait faire avec, sauf que jamais je n’aurais anticipé cela…

    Je contournai le canapé, l’arme le long de ma cuisse, mais sans la déposer. Un seul geste et le coup partirait. Sécurité automatique. Mes prunelles scrutaient son visage, les plis de sa bouche, cette grimace hésitante, le creux de ses clavicules, avant de replonger dans cet enfer bleuté qui me faisait face.

    « S’il-te-plait, tue-moi. »

    La question me fit hausser un sourcil, désarçonnée par la demande, par ses mots désespérés lancés dans le silence de nos êtres. Je laissai quelques secondes passées, lourdes de sens tandis que ma bouche formait une légère grimace.
    Un murmure. Un signe de dénégation de la tête.

    « Non. »

    Verdict.
    Coupant. Cruel, mais je lui devais l’honnêteté, à cette stella qui avait perdu cette silhouette s’écroulant dans les ténèbres par ma faute.

    « Pourquoi ? »

    Les mots avaient franchi mes lèvres avant même que j’ai même pu les retenir. Petite conne . Poussée de curiosité que certains qualifieraient de malsaine alors que je voulais vraiment savoir, même si je m’en doutais. Qu’elle mette des mots sur sa raison. Qu’elle prenne conscience du gâchis.
    Parce ce que moi, Ilana, militaire, fille paumée entre un conte et une réalité, grand gueule nationale, soldat tueuse de profession, je ne tuais pourtant pas pour rien. Je le refusais.
    Et devant ces yeux de ciel qui me regardaient de toute leur haine et leur désespoir, je ne voulais, ne pouvais céder.
    Si elle voulait réellement que je la descende là et maintenant, que ce soit moi … Alors un semblant de décision me revenait. Un léger sourire triste fleurissait sur mes lèvres.

    Frisson d’un destin qui s’écrit, la plume déjà posée sur le papier.

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Numa [Zôon]

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MessageSujet: Re: Take One Last Breath ~ [Iliana]    Jeu 24 Nov - 19:25

She will always run for a better day.

La satisfaction se peignit en un sourire qu’elle ne put contenir. Voir ce visage, se tordre sous la surprise était jubilatoire. Et dire qu’elle aurait pu la tuer, sans qu’elle ne puisse rien faire. L’idée d’être passé à côté d’une telle chance cria à nouveau dans le flot continu et torve de ses pensées. Idée qu’elle chassa avant que le regret ne se fasse plus opulent qu’il ne l’était, réduisant son cœur en des morceaux d’une vie qui n’en pouvait plus de continuer. Mais le sourire restait discret, perdu dans cet amas de souffrance qui se battait sur les traits de son visage. Ilana. Douleur verte. Un nom trop doux pour une trahison trop grande. Pour qui tu te prenais, dis-moi, Ilana, pour te permettre de marquer ma vie d’un trait vert. Vert funeste qui emporte la seule raison de mon existence. Tu es une voleuse. VOLEUSE !

Les secondes défilèrent. Et la mémoire sembla lui revenir, alors que Numa n’en pouvait plus, subissant les assauts de ces sensations. Prendre son élan, lui sauter à la gorge. Plier la silhouette, cacher quelque larme. Rire, lui tourner le dos. Elle ne faisait qu’attendre, les mains fourrées dans les poches pour éviter qu’un poing ne se perde dans le vide, ou sur une joue trop proche. Elle joua avec ce morceau de papier perdu dans le tréfonds de son pull, retenant cette envie de hurler. De lui cracher sa rage au visage, son dégout de son existence. Ilana, pantin, semblait se remémorer. Quel goût ça fait, de pouvoir revivre une horreur quand on le souhaitait ? Sais-tu seulement ce dont Numa serait capable pour goûter ce luxe ? Elle, ce cauchemar, il la poursuivait depuis cette nuit où tout avait si bien commencé, pour se terminer dans les larmes. Désespoir. Souviens-toi Ilana. Et regrette. Regrette comme je ne pourrais jamais le faire. Aussi simple et futile.

Elle se mordit la lèvre inférieure. Ces mêmes lèvres d’où filtra cette demande. La souffrance de la stella ne faisait aucun doute. Son but, non plus. Quant aux moyens pour que son souhait soit exaucé… C’était pathétique. Une étoile qui se tourne vers les humains pour que son désir soit comblé. Tu es tombé bien bas, Numa. Elle bougea sur elle-même, cherchant un moyen d’évacuer la tension de son cœur, elle qui était devenu palpable dès son arrivée. Elle passa d’un pied à l’autre, ne s’autorisant qu’à poser ses yeux bleus sur cette tache verte qui n’avait pas de place dans son histoire. Elle grimaça, n’en pouvait plus d’attendre. La frustration monta.

« Non. »

Bulle aurait voulu explosé. Se rependre de mépris. De propos blessants. Vexants. De menaces, de danger. Lui faire remarquer que cette humaine n’était pas en position de négocier. Qu’elle se devait s’appliquer à son protocole, à son métier. GDP, ça voulait bien dire groupe de destruction des pactisant, ou elle avait mal lu ? Putain, t’es sûre d’avoir trouvé le bon boulot ? Numa ne désirait que lui éclater cette vérité au visage. Lui faire remarquer que son comportement ne collait pas. Pourquoi cette idiote, celle qui tirait sur la première menace venue, se refusait d’abattre la copine de Mikaël. C’était une sadique. Ou un maso. Merde. Pourquoi est-ce que la seule personne qui pouvait la tirer de là était quelqu’un de peu sain d’esprit. Merde.

Ce fut ce genre de surprise, qui, plus fort que n’importe quel impact de balle, la fit pencher en avant, baissant l’échine, le dos. Comme un râle d’un animal à l’aube de sa mort, un rire filtra entre ses lèvres. Un rire jaune. Un rire vert. Vert de cette couleur qui n’en pouvait plus de se répandre dans ses yeux, comme le reflet de sa haine la plus profonde. Numa n’avait jamais aimé cette couleur. Elle savait pourquoi. Les mains dans les poches, le corps penché, une sorte de position de soumission, prête à se laisser abattre, une larme perla, mourut sur le sol de cet appartement mal décoré. D’un pas, le stella recula.

Et vivement, elle se redressa, passa une main dans ses cheveux pour que les mèches ne tombent pas devant ses yeux. Yeux emplis de colère, d’une foudre qu’elle ne pouvait retenir. Elle cracha. Cria. Hurla. Vomi. Le voulut.

« Tu te fous de m- »
« Pourquoi ? »

Deuxième coup. Elle souleva les bras, mimant l’incompréhension qu’exprimait son regard. Les tremblements, elle ne les contrôla plus. La gifler. Elle voulut… Numa aurait dû s’appeler ainsi. Vouloir. Ne pas oser le faire. Se réserver pour plus tard, jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Elle se mordit à nouveau la lèvre, détourna pour la première fois son regard, le laissant glissé sur le sol, ouvrant et fermant sa bouche à plusieurs reprises, cherchant quelque chose à dire. La supplier. La menacer. La maudire. Lui demander. Encore. Jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus. Le fusil s’était baissé. C’était une blague ? Ah.

Numa leva la tête, attirant son attention sur un point du plafond. Elle aurait voulu tourner sur elle-même. Tourner. Tourner. A n’en plus pouvoir. Tourner malgré tout. Encore. Encore. Jusqu’à n’être plus qu’un trou noir. Aspirer. Tout ce qui l’entourait, en même temps qu’elle-même, et se perdre. Dans ces sensations qui la submergeaient alors qu’elle tentait de se sortir de ce pétrin. Y plonger encore plus et ne plus jamais revenir. Se perdre. Fuir. Mais tu as assez fui. Oui. Et maintenant, affronter.

Ce n’était qu’un élan, trou noir en devenir qui aspirait chaque sensation que ce petit corps pouvait contenir, jonglant entre chaque nouvelle émotion, tentant d’atténuer le précédent en envisageant la suivante. Tremblement unique, perpétuel. De ses yeux bleus, où luit la colère, presque retenue, à demande de grands efforts, et qui, profitant d’un clin d’œil malicieux, se transformait en une mélancolie joueuse de ses états d’âme. Numa aurait voulu se cogner la tête contre ce mur, si seulement elle ne passait pas à travers. Ah.

La tension de ses bras s’atténua, laissant place au vide, tout en continuant de trembler sous un élément encore inconnu. Le trou noir avait tout engloutit, jusqu’à ce qu’elle recrache la totalité de son estomac et laisser l’étoile en proie à ses sautes d’humeur. Moment de répit, où il ne reste rien. Car tu n’es rien. Zero.

« Il. Il n’y a plus rien qui me rattache à ce caillou. Tu m’as enlevé la seule chose qui comptait pour moi. Tu ne veux pas rattraper une erreur ? »

Ses iris de tonnerre avait fini par se poser sur cette Ilana, où un sentiment froid planait, supplantant tout ce qu’elle avait ressenti depuis qu’elle était rentré dans cet habitation puant la clope humide. Pour combien de temps ? Elle souffla sur une mèche rebelle, s’approchant d’un pas. Il n’y avait plus de menace de la part de Bulle. Invisible, insaisissable. Elle se jouait des courants, des perceptions. Qu’importe. Elle ne voulait pas être comprise de cette humaine sans intérêt, et qui pourtant, avait un poids considérable dans la balance de son avenir. Et potentiellement de son bonheur.

Tu n’es qu’un déchet. Une erreur que le monde se doit d’oublier. Tu ne vaux rien, n’apportera que le mal et d’autres maux. Mais tu continueras de vivre ainsi. Toujours. Et tu n’oublieras pas. Que seul des ordures comme toi peut créer des ordures. Tu n’engendreras que le chaos. Parce que je le désire. Parce que c’est ainsi. Ton nom est Zero. Tu détruiras tout. Tu ne laisseras rien. Car tu n’es rien.
Douce réminiscence, qui lentement efface tout ce qui Mikaël a un jour créer, dessiner. Sur cette toile vierge qu’était Numa, à présent, le temps et les remords effacent les couches d’une peinture trop fragile pour tenir sans son créateur. Il y a tellement plus de vice ancrés à même son cœur, qui se repend comme un poison subtil et que menace de tout détruire. Elle. Elle ne veut pas finir ainsi. Non. Numa, jamais ne redeviendra Zero. Elle ne veut pas. Elle ne peut pas. Elle paniqua à cette pensée. Il y eut un mouvement. Un geste nerveux. D’un bras qui se précipite vers l’avant, pour rattraper ce qui lui échappait. Ses doigts se renferment sur l’air. Ilana était trop loin pour qu’elle puisse la capturer entre ses griffes, lui en retourner une. Il n’y avait rien pour répondre à cet appel au secours. Zero était seule.

« Tu ne peux pas me laisser comme ça. Tu es la seule qui puisses me tuer. Fais-le. »

Désespoir. Hésitation. Doute. Motivation. Inconscience. Elle se rapproche à nouveau, les bras le long du corps, quelque cheveux qui croisent son visage, d’un pas muet, alors qu’elle n’attend que le contact froid du métal sur sa tempe. Ilana. La seule à pouvoir la tuer. La seule à ne pas vouloir le faire. Elle était une énigme. Que Numa prendra un plaisir à forcer les obstacles pour arriver à son but. Elle est sa dernière chance.

Ah, que le bonheur semblait loin…
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Ilana E. Acciari

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MessageSujet: Re: Take One Last Breath ~ [Iliana]    Lun 28 Nov - 21:18

Mes pieds baignent dans le sang
Tes joues sont striées de larmes
De ressentiments
D’armes.
Je suis ton cauchemar.


C’était comme se retrouver en face d’une bête sauvage, prête à vous sauter à la gorge au moindre faux pas. A se demander qui était la meurtrière, la dangereuse des deux, à ceci près que le coup de feu partirait si jamais la silhouette rousse en face de moi n’esquissait qu’un geste d’agression envers moi. J’étais tolérante mais pas idiote pour ne pas être vigilante devant un être qui avait toutes les raisons du monde à voir ma carcasse flottée dans le fleuve.
Vigilance exacerbée, accentuée. Froncement de sourcils.
Elle était chez moi, sur mon territoire. Étrangère au regard azuré qui se permettait de laisser une trace de craie dans mon univers.
Mystère vivant.
Son corps respirait la rancœur, la rage, l’envie de meurtre, mais pourtant elle restait là. Pas un mouvement si ce n’était la tension que l’on pouvait sentir émaner d’elle, presque palpable. Immobile à me fixer, comme si l’étoile attendait quelque chose de moi. Qu’aurait-elle bien pu attendre d’un bourreau qui refuse sa tâche ?
Son rire sans joie éclaira la pièce sous mon regard neutre.
Non, je ne voulais pas. Je refusais.
J’étais encore un peu hallucinée de la situation. Une fille sortie de n’importe où débarquait comme ça chez moi, en me demandant de la buter. C’était à croire que je n’en avais pas assez vu durant la journée hein …
Il fallait encore que je me coltine la dépressive éplorée de service ? D’une grimace intérieure, je chassai ces pensées bien désagréables, toujours silencieuse. Autant ne pas envenimer la situation, qui savait ce dont elle était capable ?
Elle recula avant de se redresser et me fusiller. Son regard n’était qu’encre venimeuse, qui s’écoulait sur les miennes, les tachant d’un sentiment bien familier. Combien de fois avais-je croisé tel regard, me promettant milles morts, milles malédictions. Gâchette maudite.
J’avais été une chienne de l’armée, pointe armée de la décision d’autres, même si sur le terrain, celles-ci prenaient une autre dimension.
Et bien que je regrettais amèrement ce qu’il s’était passé avec Mikael, ce qui transparaissait dans son regard ne me faisait pas reculer. J’avais pleinement, trop peut-être même, conscience de ce que j’avais fait.
Tueuse. Destruction de vies.

Je fronçais les sourcils, me tenant prête à répliquer, la bouche à demi-pincée et l’arme toujours le long du corps.
Les mots étaient nos balles, la criblant de douleurs.
Et tout comme je refusais de lui arracher ses dernières larmes dans un cri silencieux, je refusais également que celui-ci s’installe entre nous, incisif. Elle était venue me demander sa mort, il allait falloir qu’elle me convainque. Comme si tu en avais besoin Ilana ….
Même si au fond de moi, grouillait déjà la conviction que je ne le ferais pas.
Parce qu’il y avait eu suffisamment de gâchis, pour lui faire comprendre que son existence ne se résumait pas à lui, de la manière la plus brutale qui soit oui, mais une part de moi se révoltait contre cette idée.
Parce que j’étais fatiguée.
Parce que je le sentais.

Elle pourrait pleurer, comme la stella le faisait, m’implorer, me tabasser jusqu’au sang, m’engueuler, me cracher dessus que mon bras ne se lèvera pas.
Que la balle ne partirait pas.
Comme si quelque chose voulait me dicter le contraire, je serrai inconsciemment mes doigts sur la crosse, blanchissant mes phalanges lorsque son regard croisa de nouveau le mien.
Lacs de souffrance pure.
Ils parcouraient la pièce, comme si mon corps avait été transparent.
Elle veut parler, n’y arrive pas. Ne peut pas.
Mes prunelles fixaient sa bouche, les lettres muettes et confuses qui semblaient vouloir s’en échapper. Écharpe de son ressenti.

«Il. Il n’y a plus rien qui me rattache à ce caillou. Tu m’as enlevé la seule chose qui comptait pour moi. Tu ne veux pas rattraper une erreur ? »

Aux yeux du GDP, ce n’était pas une erreur. Juste les conséquences de la bêtise humaine, de son désespoir. Aux miens, je ne savais pas.
La lueur dans ses yeux avait changé, danseuse silencieuse de l’humeur d’un esprit en proie à la confusion. Entre colère amère et cynisme désenchanté. Je l’écoutai en silence, gravant dans mes rétines, le mouvement de ses bras, de son corps flottant dans une incertitude douloureuse.
Ses mots étaient pour moi comme des milliers d’aiguilles réveillant des phrases passées, des mots qui m’avaient touché sans qu’un seul tressaillement ne se perçoive pourtant. Ce n’était pas de l’indifférence, je comprenais.

Combien de temps avais-je hurlé à la lune, à l’injustice d’un père enlevé trop tôt, de coups reçus pour une trahison inexistante ? Combien de fois étais-je tombée en larmes sous les reproches des familles, pour finir par ne plus que les regarder sans ciller alors que je me déchirais à l’intérieur ? Combien de fois avais-je juré d’arracher les entrailles d’ombres devenues mes ennemies, sur un champ de bataille qui me devenait personnel.
Noir.
Je pouvais comprendre ce qu’elle disait, l’émotion dans sa voix, cachée par cet accent faussement amusé. Lassitude d’une existence ? Tristesse puis de nouveau cette colère qui heurta mes prunelles brillantes.
Affrontement de regards.
Ne joues pas à ça avec moi, cocotte.

Mon regard glissa sur la nervosité de son corps, le mien tendu comme une corde trop usée, comme ces doigts qui semblaient chercher quelque chose à saisir, prête à rompre de douleur tant je n’étais pas tranquille malgré le léger sourire triste qui plainait sur mes lèvres.
Son désespoir menaçait de brûler la résolution qui brûlait en moi, tout comme il renforçait cette idée.
Qui étais-je pour décider de sa vie ou de sa mort ? Une idiote, mais non une insensée. Simplement une fille qui avait vu des trucs trop moches en trop peu de temps pour ne pas lui permettre de ne pas savourer … ne serait-ce que quelques secondes. Une femme qui, malgré tout, malgré son statut au sein du GDP, savait la valeur d’une vie gâchée dans des larmes.

«Tu ne peux pas me laisser comme ça. Tu es la seule qui puisses me tuer. Fais-le. »

Voilà qu’elle me donnait des ordres, régissait ma morale par le peu de mots qui sortaient de sa bouche. Mon sourire se fendit d’une petite grimace amère.
Mon poing gauche se serra, l’envie de m’avancer, la plaquer contre le mur… la réveiller sur ce qu’elle me sortait, me taraudait mais je m’obligeais à ne pas bouger d’un pouce.

« C’est faux ». Ma voix s’éleva dans le silence tendu entre nous deux, notes colériques d’un regard sans pitié mais calme qui se posait sur les épaules de l’étoile aux yeux céruléens.

« Je ne le ferais pas. Je ne te laisserais pas crever dans une telle stupidité ! Tu es toujours là ! Tu respires, tu vis bordel ! »

J’étais provocation, rage de vivre jusqu’au bout des ongles. L’exacte opposée de cet être de poussière en face de moi. Quatre billes qui s’affrontaient dans la nature de leur existence, dans tout ce à quoi leur être tendait.
Je ne pouvais pas l’accepter, animée d’un désespoir bien caché, mais pas si différent de celui qui luisait dans son regard. Elle ne pouvait pas comprendre … Tout comme moi, pour elle.

« Je n’en ai pas envie. »

L’argument par excellence qui l’a ferait fulminer, peut-être sortir de ses gonds, me provoquer à mon tour. Provoquer l’irréparable. Mais c’était aussi la pure vérité. J’avais eu mon lot de morts pour un petit moment, tout en sachant pertinemment que la liste était loin d’être terminé. Mais pas ici, pas maintenant.

Presque un murmure.

« Si tu voulais tellement mourir, tu ne serais pas ici ».

Si le suicide n’était pas possible, il restait toujours cette option que je barrais de mon esprit sitôt qu’elle m’était revenue en mémoire. Arracher cette vie à laquelle elle était accrochée, violemment, dans l’absence de son ombre. A jamais.
Si tu voulais tellement mourir, petite étoile, ce n’était pas vers moi qu’il fallait chercher le bruit d’un canon. D’autres n’auraient pas hésité.
Relèves-toi ! Et regardes-moi, regardes-toi ! Vis, venges-toi si tu en as tant envie, mais … pas comme ça.


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Numa [Zôon]

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MessageSujet: Re: Take One Last Breath ~ [Iliana]    Jeu 1 Déc - 19:31

Voyons voir si ce sang qui coule est rouge ou blanc. Blanc de cette connerie que tu abrites.

C’était parler à un mur, une étendue déserte, une peluche. Parler après avoir trop bu, trop manger, trop ri. Parler au répondeur. Parler au service téléphonique. Parler à un sourd. Adresser son opinion à un enfant trop jeune, à une personne trop vieille, à quelqu’un de pas assez intéressé. Parler à son copain qui dort, à son père qui conduit, à sa mère qui fait sa lessive. Emettre une succession de sons, syllabes après syllabes, vers une oreille qui n’était pas attentive, trop occupée à maintenir les parois lisses de sa vie en Bulle. Bulle qui tente de se garder en vie, mais qui n’y arrive pas. Car Bulle se faisait bouffer de l’intérieur. Par tout ce qui n’allait pas. Par ceux qui ne l’écoutaient pas.

Numa aurait dû s’approcher d’Ilana, se pencher sur son oreille et hurler un coup. Vérifier qu’elle l’entendait bien, et que ce n’était pas seulement une envie suicidaire que de faire comme si la stella ne disait que des conneries. C’était une sale gosse qui se moquait d’elle. De ses mimiques, de son désespoir, de son abandon. La rousse avait beau craché ses reproches, ses besoins, que la verte, elle, passait à autre chose, chassant tout ce que disait Numa avec ce sourire léger. C’était ça. Parler à un mur, qui ne fait que renvoyer des paroles, comme une balle qui rebondit sur le papier-peint usé. A nouveau, elle serra les poings, retenant de faire un acte stupide. Pas si vite. Elle battit à deux reprises les cils, se mordit la lèvre. Quelle mauvaise blague.

« C’est faux. Je ne le ferais pas. Je ne te laisserais pas crever dans une telle stupidité ! Tu es toujours là ! Tu respires, tu vis bordel ! »

Pardon ? Elle haussa un sourcil, se retenant de rire malgré cet air de désespoir flottant dans ses prunelles. Mais ce n’était plus la même perte de confiance envers elle-même, mais dirigée vers cette pomme verte. Elle fut tentée de se moquer d’elle. Se fendre la gueule sur les conneries qu’elle débitait. Oh oui. Elle ferait ça. Numa s’approcherait d’un nouveau pas, jouant sur cette anxiété plus que palpable s’installant entre les deux filles. Elle mimerait un geste vif, pour voir comment Ilana réagirait. Et elle ne terminerait pas rire. Peut-être que si elle le faisait de trop, finirait-elle par mourir de rire ? L’idée était alléchante.

« Je respire ? Je vis ? Ma pauvre vieille… Je savais qu’ils engageaient des cinglés, mais à ce point… Mon existence elle-même est rejetée de la science. Ne me dis pas que ce sont les convictions d’une petite conne dans ton genre qui vont me faire changer d’avis. »

Tch. Elle pouvait s’exprimer de manière presque décente quand elle faisait des efforts. Si on enlevait ce sourire narquois qui trônait, fièrement, sur son visage. L’ironie dans sa voix, sa gestuelle. Tout trahissait qu’elle prenait l’agent pour une folle. Non. Plus une conne qui se serait mangé un mauvais coup pendant sa dernière mission. Il y a des jours, où les neurones n’arrivent pas à faire de connexion entre eux. Ou alors était-ce de naissance ? Bref. Au lieu de chercher une explication logique à ce manque de raison, elle desserra sa mâchoire, finissant de contenir ce désir de se foutre de la gueule de l’idiote en face d’elle.

Je vis ? Je respire ? Un bon « WTF ? » serait de mise dans cette situation. Numa n’existait plus, puisque son créateur était mort. Souffle Stellaire arraché d’une balle joueuse. Mikaël. Numa qui se déchainait pour recevoir ce même coup. Dommage qu’elle n’ait pas une aussi grande réputation que son beau blond. Ni un pouvoir aussi dangereux. Elle porta son pouce à l’arrête de son nez, poussa quelques secondes. Pourquoi est-ce que Ilana était la seule à pouvoir lui en planter une entre les deux yeux, joli trou accueillant la mort en son sein ? Son cœur souffrait tellement depuis la disparition de sa moitié. Etoile voisine, qui s’amusait de la situation de sa douce. Elle aurait pu l’attendre, que ça n’aurait pas été la même chose. Elle aurait pu faire tellement de choses. Mais le deuil est un fardeau trop lourd à porter pour une étoile qui n’en connait le goût que pour la première fois depuis ses milliers d’année d’existence. Ah. Qu’il était simple de flotter dans l’espace sans devoir se farcir une conscience qui s’amuse à vous torturer.

Rends moi mon corps stellaire, salope et qu’on en parle plus. L’attraction de la Terre était forte. Celle du pacte, encore plus. Celle de la fatalité, létal. Elle ne vivait pas, puisqu’elle n’était pas capable de mourir. Puisqu’elle n’était pas capable d’être la maitresse de sa destinée. Son pouvoir se jouant d’elle. Son pactisant se jouant d’elle. Ce petit poids vert se jouant d’elle. Elle n’était rien. Zero. Comment pouvait-elle avoir une vie ? Qu’est-ce que ça signifiait, « être là » ? Numa ne sait pas. Numa s’en moque. Et doucement tu oublies le nom qu’il t’a donné pour te souvenir de ton premier. La raison de ton existence.

« Je n’en ai pas envie. »

Ce fut le feu qui détruisit son esprit, ou le peu qu’il lui restait. Elle hurla. Un cri rauque qui noya de fureur la dernière réplique de cette verte. Verte idiote. Verte bouffon. Numa combla le restant de cette distance en un grand pas, vindicatif, violent. Ses doigts s’accrochèrent à cette gorge dénudée, alors qu’elle force sur son propre poids. Elles chutèrent. Le bruit de détonation ne l’alarma pas, encore moins celui d’un objet brisé. Elle serra sa prise, comme si ç’avait toujours été la place de ses petites mains. Serrer jusqu’à sentir les battements du cœur d’Ilana qui s’affolent, certainement comme le sien. Elle plisse les yeux sous la colère, appuie un peu plus fort sur sa prise, de peur qu’elle ne s’échappe. Que Numa, par un concours de circonstance, lui passe à travers.

Mais sa réalité tient bon. Elle force, se penche un peu plus sur la verte, et fini par rouler sous le poids des muscles, de la frustration, pour tomber sur le sol. Et cette fois-ci, c’est la stella qui se retrouve en dessous. Le choc lui coupa le souffle, échappant un petit cri. L’énergie dans ses doigts se fait déjà moins forte. Elle échappa un juron pour elle-même. Son regard bleu glisse de ce point d’ancrage posé sur les Jades luisantes d’Ilana, se décrocha pour lorgner sur ce bout de peau qui saigne. A elle. C’était sur elle que l’agent avait tiré. Enfin décidée à faire son boulot, ou quelque chose qui s’y rapprochait ? Elle fronça les sourcils momentanément, avant de planter ses iris dans celles voisines et émeraudes.

Il y avait trop de vert. Un vert qui lui bouffait la vie. Trop proche, l’étouffant presque. Bulle voulait la repousser, sans le faire. Bulle voulait éclater et disparaitre… Elle ne le fit pas. Elle avait assez fuit. Et c’était peut-être la seule et unique chance d’obtenir ce qu’elle voulait d’Ilana. Mais il y avait toujours ce vert qui lui retournait l’estomac. Elle renforça sa prise quelque seconde, laissa son genou tenter de se loger un chemin jusqu’aux côtes de l’humaine, remarqua qu’elle était bloquée.

« Et merde. T’es qu’une chieuse. T’avais envie de tuer Mikaël, c’est ça ? Bien qu’il était « vivant » ? Ou tu le butais juste pour ton plaisir sadique ? T’es qu’une conne qui sait pas ce qu’elle veut. »

Parfois, on crache la vérité que l’on pourrait se cracher sur un miroir. Numa s’en moque. Numa n’en a rien à faire. Elle mord sa lèvre, jusqu’au sang. Et ses forces la quittent. Elle le sent. Comme un serpent de glace qui remonte le long de son dos, suivant patiemment le chemin que traçais la croix de son repentir. Serpent qui s’enroule autour de son coup à son tour, givrant son pouvoir, sa vitalité, ses espoirs. La marque de Zôon s’amplifie, sale batard. Elle sert les dents, tente de maintenir ses doigts autour de ce cou, ne peut rien faire. Dans un dernier élan, ses mains qui se délient, elle griffe le cou d’Ilana, dernier espoir, vain, de se maintenir à cette chair.

Numa veut vomir. Ce dégout. De l’humaine, et surtout d’elle. Elle pourrait la tuer. Elle le sait. Si seulement son pactisant n’était pas réveillé. Si seulement elle n’était pas aussi accrochée à lui. Si seulement elle était plus accrochée à elle. Si seulement elle n’avait pas été aussi bien dressée. Elle soupire, son souffle se heurtant sur la pommette de la verte. Ses bras se posèrent sur le sol, alors qu’elle ravala avec difficulté les larmes qui voulurent se montrer au jour. Ce n’était pas le moment. Tch. La blessure à sa hanche commença à la piquer. Elle eut une pensée pour son pantalon en lin –bordel- qui était troué – double bordel- et qui se tachait de sang –triple bordel.

« Tu fais chier… » Rire au loin, qui résonne dans sa tête. Le rire de Manu. Elle se mord à nouveau la lèvre, voudrait que Mikaël lui tienne la main. Mais. Il n’y a personne. Que cette idiote verte qui ne veut pas l’aider. « Tu fais chier la verte. T’es même pas foutue de comprendre la portée de tes actes, la merde que t’as créé en le tuant. »

Des larmes silencieuses dévalèrent le coin de ses yeux, coulèrent sur la surface de sa peau. Perles cristallines à moitié transparente. C’est beau un stella qui pleure. Ça a l’air con, mais c’est beau quand même. Elle avait les yeux fermés, Ilana toujours au-dessus d’elle. Si elle voulait la tuer, c’était le moment opportun. Mais c’aurait été offrir trop de plaisir à rousse, qui ne méritait pas ça. Tu ne mérites que le malheur. Le froid. La tristesse. Zero essaya de se servir de son pouvoir, mais l’emprise du serpent de glace sur sa peau se resserre. Elle comprit le message. Rester calme, ne pas faire de bêtises. Elle soupire une nouvelle fois, sèche ses yeux humides du revers de la main. Sa voix est enrouée sous l’émotion.

« Tu ne comprends pas. Ce n’est pas pour une vengeance personnelle, j’ai d’autres personnes en vue pour ce genre de choses. T’es juste, la seule personne qui puisse me tuer -cherches pas à comprendre, tu comprendrais pas. Et tu veux même pas le faire. »

Tu parles beaucoup Numa. Quand tu es triste. Quand tu es heureuse. Ici tu es un peu des deux. Mais tu es un peu vide aussi. Il ne te reste rien hormis cette solitude qui t’accule.
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Ilana E. Acciari

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MessageSujet: Re: Take One Last Breath ~ [Iliana]    Dim 4 Déc - 13:49

Mes doigts ont déchiré le voile de ta vie
Tu te venges, ennemie.



    Je lui avais enlevé à jamais une partie de son âme, si tant est qu’une étoile puisse en avoir. Mis en charpie son cœur et sa vie. Comme d’autres l’avaient fait, l’auraient fait. Mais le doigt qui avait appuyé sur la gâchette était le mien, tout comme cette détermination désespérée à lui offrir un salut plus digne que de finir écartelé sur un table d’opération, des produits brulants ses veines pour ouvrir de force le chemin de sa nature.
    Ce secret.
    Cet état de fait qui, dans sa bouche, apparaissait comme un mur infranchissable qui nous séparerait infiniment. Pauvre idiote qui se cache derrière, pour justifier son malheur, son intolérance !
    Cette nature qui ne m’apparaissait pas si différente de la mienne, humaine. Elle souffrait, sa respiration n’était plus que le vestige de sa douleur alors que ses yeux me renvoyaient un sentiment acide, un rire empli de désespoir. Cynique.
    Elle se moquait, de mon point de vue, de mes paroles, toute entière à sa détresse, comme si on lui avait collé des œillères. Non ! Plutôt qu’elle se les était mises toute seule !

    «Je respire ? Je vis ? Ma pauvre vieille… Je savais qu’ils engageaient des cinglés, mais à ce point… Mon existence elle-même est rejetée de la science. Ne me dis pas que ce sont les convictions d’une petite conne dans ton genre qui vont me faire changer d’avis. »

    J’étais peut-être sympa, coulante, mais il ne fallait pas pousser là ! Qu’elle insulte le GDP, on pouvait le comprendre mais qu’elle m’insulte moi, comme si je n’avais été qu’une pauvre merde à ses yeux, hors de questions. Une part de moi brulait de lui accorder son putain de souhait, juste pour qu’elle la ferme, et d’un autre coté … C’était trop facile, trop simple. Elle ne faisait strictement aucun effort pour comprendre, emmurée dans ces foutues certitudes à la con…
    Tu ne me connais pas stella, ne permets pas de jugement. Tu ne sais rien, poussière. Ne te permets jamais de me donner la moindre leçon.
    Elle voulait jouer à la plus cynique et à la plus coriace ? Très bien…

    « - Ca te va bien d’insulter les gens alors que t’es même pas foutu de prendre ta vie en main, sans personne. D’essayer. Ouais, tu vis, t’as cette chance. On t’a dit jamais dit que la science n’avait pas réponse à tout, gamine ? Tu vis, tu m’insultes, tu as la haine, des sentiments. Alors la petite conne sur le coup, c’est toi. Et toi seule. »

    Oui, tu es une incapable, gamine, idiote. T’as même pas les tripes de mettre fin à ta si douloureuse vie, qu’il faut que tu viennes me voir, moi.
    T’as même pas le courage de voir ce que ça peut t’apporter, d’être quelqu’un.
    Une grimace, alors que les mots qui sortaient de ma bouche prenaient peu à peu un accent énervé, agacé par cette tête de mule qui avait choisi son jour pour venir me pourrir ma soirée.
    La semaine, la journée n’avait pas suffit hein ? Entre les insultes de Carlotta, les regards de Livio, et soudain, les sarcasmes insultant de cette petite peste.

    « - Je n’ai jamais demandé à ce que tu changes d’avis. T’as besoin de personne pour crever. Mais … est-ce que tu pourrais seulement essayer d’écouter et de comprendre ce que je te dis ? Non, hein … »
    T’es trop fière, Stella.
    Tu t’étouffes avec ta douleur, et ta peur de ne voir que le vide de ton existence, parce qu’à part suivre Mikael, t’as fait quoi d’autres ? rien. Rien que du vent. Passer au-delà de la douleur, c’est vivre. Ou au moins essayer.
    Parce qu’une vie, c’est toujours un combat, mais comment peux-tu le comprendre, toi qui abandonnes déjà ?
    Je ne serais pas ton salut. Jamais.

    La rousse tenta de forcer le destin, un cri rauque perçant l’espace de l’appartement, tandis que ses doigts s’agrippèrent à mon cou. Respiration coupée sous l’impact du sol et de la poussée de son corps contre le mien. Du métal, acier entre nous deux.
    Je ne sursautai pas en entendant la détonation, habituée, réflexe ancré. Je ne l’avais pas voulu, comme je n’avais pas voulu tuer Mikael non plus … mais sa compagne ne me laissait pas le choix, alors qu’elle serrait toujours plus fort ma carotide. Quelques gestes secs, un retournement, une violence qui n’était plus totalement contenue, rageuse de l’avoir laissé approcher.
    Je devrais te tuer, salope.
    Mes doigts devinrent les étaux de ses bras, alors qu’elle luttait toujours. Mon poing la cueillit tout près de la blessure, pour la faire cesser, ses jambes bloquées par une prise des miennes.
    Le Caracal encore fumant avait glissé un peu plus loin, mais je n’en avais plus besoin, la secouant contre le sol pour qu’elle s’arrête, dans cette quête de mort infernale. J’aurais du la tuer, tout de suite, ça m’aurait évité des emmerdements.
    Pourquoi alors ?
    Parce que je refusais qu’elle abandonne si facilement, parce qu’elle était devenue en quelques minutes le signe de ma révolte. Contre ce désespoir capable de nous couper l’herbe sous le pied. Contre cette envie de plonger dans ce puits sans fin qui nous guettait, dans l’ombre.

    Ses ongles griffèrent ma peau, putain ! Ça va encore jaser au bureau demain matin… A lesbienne, va s’ajouter sado-maso ?!
    J’accentuai ma prise, étouffant sa résistance, jusqu’à ce qu’elle se calme, et je n’étais pas prête de lâcher, plantant mes prunelles vert d’eau dans le bleu de son regard amer.


    «Tu fais chier… Tu fais chier la verte. T’es même pas foutue de comprendre la portée de tes actes, la merde que t’as créé en le tuant. »

    De frustration, de révolte, de colère, c’étaient maintenant mes doigts qui laissaient des marques de rages sur ses bras contenus au sol.

    « Parce que tu crois que ça m’a plu de le tuer ? Tu penses vraiment que tous les humains prennent du plaisir à tuer ? C’était ça ou la torture ! Alors c’est qui l’égoïste dans l’histoire !! Je fais peut-être chier, ms toi t’en tiens une couche quand même ! »

    Ma voix devenait éraillée sous une émotion que je contenais depuis quelques jours déjà, rattrapée par des sensations refoulées face à ce qui c’était passé. Comme si j’avais eu le choix … Oui, je l’avais eu, entre laisser Mikael aux mains du GDP, ou lui éviter ça. Mon bras droit en tremblait malgré la prise tenace que j’exerçais sur le sien.

    « La merde, comme tu dis, tu y étais déjà … Et contrairement à ce que tu penses, si, je le sais. »

    Sinon pourquoi resterait-il un semblant de culpabilité m’enserrant le cœur devant tes yeux ?
    A ses yeux, j’étais peut-être insensible, butée et conne. Mais je luttais intérieurement contre la douleur de ses prunelles, ma propre détermination mise à rude épreuve. Je n’avais pas à me justifier. Je l’avais fait en toute conscience. Le jade de mon regard était aussi dur que la pierre qu’il rappelait. J’étais lasse, mais toujours vigilante face à la stella qui avait fini par stopper sa futile attaque.
    Je ne pouvais pas flancher, si j’avais décidé de ne pas lui planter une balle entre les deux yeux quelques minutes auparavant, je ne le ferais pas maintenant.

    « Je ne veux pas non. Parce qu’on me force pas la main comme ça, même avec tout le désespoir du monde. Parce que j’ai envie de croire que tu vaux peut-être mieux qu’une loque qui demande qu’on l’abatte comme un chien »
    Face à sa voix enrouée, la mienne était de nouveau calme, mais forte, poussée par un esprit en ébullition.

    Parce que la vie, t’en as vu qu’un bout.
    Parce que je ne suis pas une tueuse sur demande.
    Parce que t’es idiote, plus idiote que moi encore.

    Je me relevai légèrement, une main sur ma hanche alors que je me relevai doucement, ne la quittant pas des yeux, avant d’aller récupérer de l’autre mon revolver.
    J’espérais sans grande conviction que le bruit avait été un peu étouffé par l’isolation de l’appartement, on me taxerait encore de folle. Ca n’allait pas changer grand-chose, à moins que Milo vienne y fourrer son nez… Mauvais. Très mauvais.

    Je ne lui tendis pas la main, comme ne l’aida pas non plus à arrêter le fin saignement sur ses côtes. Mes mots étaient durs, impérieux sous son regard. Je lui laissais une chance, qu’elle la saisisse bordel !

    « Soignes-toi, rentres chez toi et essayes de vivre …. »

    Comme tout le monde ici.
    Tâtonnes, effleures, saisit, et vit.


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Numa [Zôon]

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MessageSujet: Re: Take One Last Breath ~ [Iliana]    Dim 4 Déc - 20:22

Tu ressembles à Zôon. Tu ressembles à Mickaël. Un que j’ai aimé. Un que j’ai haîs. Mais qui es-tu, joueuse au masque vert ?

Le choc du sol sur son crâne ne lui fit pas si mal que ça, au final. Il y eut un point sensible dans le creux de son cœur qui fut plus blessé encore, criant pour lui-même et cette rage de s’être fait touché en un point qui fait mal. Quand l’orgueil est trop gonflé et qu’il prend toute la place… Il y eut un tiers sentiment. De la satisfaction. D’observer qu’Ilana, qui avait beau prêché des sermons sur le fait d’être vivant et les autres conneries dans le genre, au final, ne s’était pas laissé faire, avait répondu à l’assaut. Numa ne saisit pas réellement comment elle s’était retrouvée avec un impact de balle sur la hanche –mon pantalon D: - bien que le sifflement de ses oreilles lui indiquait que le coup avait retentit peu de temps en arrière. Ce qui retint plus son attention fut les mouvements précis de l’agent pour la maintenir, la force qu’il y avait, la violence qu’elle y impliquait.

Sourire cruel qui se dessina sur son visage. Qui es-tu, Numa… ou Zero ? Il n’y avait que ça. Elle ne savait créer que ça. La violence. Celle à son encontre. Celle qu’elle créait sans le vouloir, qui l’avait poursuivi dans toutes les secondes de sa vie. Comme une boucle qui recommence sans cesse, se rapprochant de ses premières secondes de sa création, quand Zôon leva la main la première fois. Le monde continuait ainsi, poursuivant l’œuvre du pactisant suivant différents avatars. Ilana n’était qu’un instrument parmi tant d’autres. Ceux qui continueraient de réduire la stella à rien. La persuader dans cet univers de souffrance, dans cette terre corrompue. Zero

L’entrave des mains de la verte sur ses poignets ne la fit pas ciller, ni le coup sur sa blessure toute fraiche. Certes, ça lui faisait mal. Mais ce genre de pratique ne lui arrachait plus rien. Ilana aurait pu taper, taper. Jusqu’à se blesser elle-même, que Bulle serait restée ronde, indifférente, les attaques ricochant sur sa surface de savon. Cependant, elle continua de se débattre. L’agent n’était pas son pactisant, bien que certaines parties de son caractère ne manquaient pas à le lui rappeler. Il fallait comprendre. L’envie de la déchirer grondait encore dans la rage de ses tripes. La soumission ne lui était pas autorisée face à ce genre d’individus.

Le respect, la crainte, elle ne la doit qu’à Manu. Qu’à cet idiot reposant dans un lit d’hôpital, appliquant sa marque sur l’esprit de Numa. Pour que ce nom lentement s’efface et laisse place à Zero. Zôon l’a compris, il l’a senti. Mikaël n’est plus là. Alors il tentait de récupérer ce que Numa lui avait volé. Ce chien docile qu’il avait pris tant de temps à créer, façonné de son dégout, sa colère. Le chemin est encore long pour arriver à cette étape. Cependant, les effets étaient là. Comme ces forces qui quittèrent ses muscles, cette morosité passable, cet abandon. Les effets secondaires avec.

« Parce que tu crois que ça m’a plu de le tuer ? Tu penses vraiment que tous les humains prennent du plaisir à tuer ? C’était ça ou la torture ! Alors c’est qui l’égoïste dans l’histoire !! Je fais peut-être chier, mais toi t’en tiens une couche quand même ! La merde, comme tu dis, tu y étais déjà … Et contrairement à ce que tu penses, si, je le sais. »

Les larmes continuèrent de couler. Cependant, les yeux qu’elle avait fermés, elle les rouvrit. Plus bleus, plus électriques que jamais. L’insulte, Numa l’essuya. Elle tenta un mouvement plus vif que les précédents, à nouveau, sans succès, l’entrave de ce fantôme vert doublé avec l’emprise de ce serpent de glace la rendait aussi inoffensive que Simba. On ne s’attaquait pas à la mémoire de Mikaël. Non. C’était proscrit. Elle la regarda, les yeux grondants d’une colère sourde. La prise sur ses poignets se fit plus forte. Son visage se pinça. La soudaine envie de lui éclater la tête contre la table basse se fit virulente. Frustration de ne pouvoir le faire que par l’esprit.

L’être humain était fait pour tuer. C’était ce qu’on lui avait appris. C’était ce qu’elle avait observé. C’était la raison de son existence. Cette guerre ne faisait que des morts inutiles dont on oubliait leurs noms. Tous. Tous ceux qui tenaient le symbole du pouvoir se donner un plaisir d’absoudre de ce monde une ou deux têtes. Avoues le, Ilana, n’as-tu jamais ressentis l’excitation te parcourir les veines alors que tu appuyais sur la gâchette ? Si tu te déplais tant dans ton métier, pourquoi ne pas en changer ? Tout, dans ce monde, n’était qu’une question de volonté et de force que l’on mettait dans ses actes. Numa ne comprenait pas, pourquoi Ilana proférait tellement de belles paroles alors qu’elle faisait le contraire. Complexe.

La verte voulait la paix, alors qu’elle répondait aux provocations du stella. Elle le lui rappelait, Zôon, un peu. Dans ce comportement bipolaire. Tourner en rond sans savoir où aller. Elle l’exécrait. Ce vert, trop présent qui lui faisait tourner la tête, la rendait malade. Elle se prenait pour qui, à lui rappeler d’où elle venait ? Bulle n’avait pas besoin qu’on lui explique les étapes de sa courte vie. Comme Zôon. Prétendre savoir, et continuer d’écrire un chemin qui n’était pas le sien. Numa souhaitait tant ne plus être reliée à ces motifs de décadence. Vivre sa vie comme elle l’entendait. Rêve éphémère. Par avec des gens comme Ilana. Pas avec ce petit bout d’étoile qui pensait comme ça. Au final, qui était perdue ?

« C’est moi où tu te cherches des excuses ? Tu me dégoûtes. T’es même pas foutue d’assumer tes actes jusqu’au bout. Tu mérites bien le droit de le regretter. Ca te fera réfléchir… Ca te fera réfléchir sur le fait qu’il y ait toujours une autre solution. »

C’était ça. C’était Numa. La Numa d’avant. Celle qui était perdue à tout jamais sous un flot de tristesse qui l’avait emmené trop loin. Un ton un peu trop impérieux, moqueur, pas vilain dans le fond. Et toujours un mot à dire. De manière plus calme, avec ce défi dans le regard. Bulle se serait surprise à s’entendre réagir de cette façon. Mais il n’y a que la stella qui vit l’instant présent sans réellement se poser de questions. En étant soulagée d’avoir plusieurs secondes de répits accordée, pendant que le calme souffla sur son cœur meurtris.

Il était intéressant de voir les différentes réactions de Bulle. Qui saute d’une humeur à l’autre comme le ferait un singe. Sans qu’un réel lien logique les unisses, et pourtant. La dernière réplique d’Ilana avait eu pour effet de la faire réfléchir, rien qu’un tout petit peu. Lui rappeler des mauvais souvenirs, comme celui de la batte qui tape, du coup de revolver qui claque. Combien de fois ces réminiscences l’avaient frappé de plein fouet ? Retenant son souffle, papillonnant du regard avant de se réveiller sur le monde paisible dans sa banalité ? Numa n’en pouvait plus. Elle était à bout. A bout de tout. De ces cauchemars qui la poursuivaient. De la solitude qui ne la lâchait pas. De cet appel qui remontait ses entrailles. Quelque chose l’appelait, au loin. Elle n’arrivait pas à mettre le doigt dessus. Elle était persuadée, par contre, que ça avait un rapport avec Mikaël, et donc avec Ilana. Faucheuse Verte.

« Parce que j’ai envie de croire que tu vaux peut-être mieux qu’une loque qui demande qu’on l’abatte comme un chien. »

Toujours en la dévisageant en chien de faïence, elle dut se retenir de ne pas lui rire au nez. Cependant, un air amusé vint se loger dans les reflets de son regard. Vraiment, Ilana ? Savait-elle seulement ce que ses paroles impliquaient ? Ca changeait la donne, n’est-ce pas, Numa ? Est-ce que Manu aurait réagi ainsi ? Tu sais bien que non, regarde, tu hoches la tête, et tu ne peux retenir un mince sourire. Tu avais dégoté une belle conne tout de même. Une conne qui te rappelait un con blond. Le nombre de personne qui lui avaient tenues ce genre de discours, Bulle pouvait les mettre sur quelques doigts. Ça lui coutait de devoir mettre Ilana dans ce même sac.

Mais avec Numa, comme avec la caverne d’Alibaba, il y a des mots magiques. Cette demoiselle verte venait de mettre le doigt sur le genre de phrases à prononcer envers la stella. Ca fait briller les étoiles, ce genre de promesses. Attention, vous devriez être plus prudentes, deux imbéciles. Ce n’est pas maintenant que vous vous accrocherez l’une à l’autre. Faites attention. Ce serait si dommage que vous deveniez amies. Numa. Rappelle-toi qu’elle t’a volé ton nom, celui qui t’a baptisé de cette manière. Ilana ne te donnera pas de nom. Reste sur tes gardes.

Le poids sur son corps s’allégea, les entraves disparurent. Elle resta un instant allongée, regardant le plafond sale. Elle commença par bouger ses bras, roulant ses épaules, enlevant la douleur qui s’était invitée malicieusement. De ses doigts, elle massa distraitement le contour rougis de ses poignets, oubliant momentanément qu’elle se vidait de son sang un peu plus bas. Tant pis, elle salopera le sol de l’humaine, ça lui apprendra à tirer tout de suite. Elle se redressa, s’appuyant de dos sur le fauteuil. Les iris bleutés coururent sur le sol avant de retomber sur Ilana. Aussi fatiguée qu’elle. Bien fait pour sa gueule.

« T’es la deuxième personne à me dire ça. Tu devrais faire attention. La première s’est retrouvée avec une balle en guise de troisième œil. »

Bang. Elle profita d’un clignement d’œil pour chasser l’image de Mikaël lui tournant le dos, réprimant un frisson. C’était une honte que cette humaine osait lui servir le même discours que lui. Que son assassin ose reprendre l’enseignement du stella, qui s’estompait avec le temps les séparant. Mais rien n’était perdu. La tache rouge sur le sol ne manqua pas de lui rappeler qu’elle avait raison. En temps normal, la balle n’aurait pas dû la toucher. C’était un signe encourageant. Elle sourit mystérieusement en portant sa main à la blessure, refoulant sa colère de voir son si beau vêtement bousillé –putain D:

« Soignes-toi, rentres chez toi et essayes de vivre …. »

Elle ria légèrement. Drôle de bouffon.

« On a pas tous un chez-soi, Ilana. ‘Fin. Ne crois pas que je vais laisser tomber là. » Pas si proche du but.

Promesse d’autres rencontres. Elle fit craquer sa nuque distraitement et disparu dans le sol de cet appartement. Plus aucune trace. Zero.
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Take One Last Breath ~ [Iliana]

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