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 De la réalisation d'un fantasme...

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Tullio Fazzio

Membre- pactisant
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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Mer 20 Juin - 12:13

- Je ne sais pas ce que tu as envie d'entendre. Et puis, la vérité blesse parfois, mais c'est toujours mieux de la connaître...

Tullio hocha la tête à ces mots, sans même réaliser qu’Isaia ne devait pas le voir suffisamment pour remarquer ça. Ce qu’il avait envie d’entendre ? Un tas de choses. Qu’il n’était pas fou, qu’il avait le droit de sentir ses émotions s’affoler en la présence de son frère. Qu’il n’était pas qu’un répugnant pervers qui finirait seul et rejeté de tous si on apprenait ce qu’il se passait dans son cœur. Tullio avait besoin d’être rassuré. De savoir son frère près de lui, et en même temps il refusait de lui dire pour ne pas le voir fuir. Mais ça l’aurait tellement soulagé ...

Malheureusement, il voyait parfaitement la scène. Il lui aurait répondu qu’à propos de vérité il en avait une autre à lui dire. Qu’il était amoureux de lui. Comme on aime une femme, normalement. Qu’il avait envie de l’embrasser toute la nuit, et pourquoi pas dériver vers des activités encore plus agréables. Du moins l’imaginait-il, n’ayant jamais pratiqué avec quelqu’un du même sexe que lui.

Isaia le regarderait comme s’il avait annoncé tout à coup qu’il considérait Adolf Hitler comme le plus grand homme que l’Histoire ait connu. Puis son visage se tordrait sous la répulsion. Il jaillirait de son lit, se rhabillerait à peine et s’enfuirait à toute allure pour ne plus jamais accepter de le revoir. C’était bien triste. Car s’il sentait Isaia bien plus proche ces derniers temps, et encore davantage ce soir, ce n’était que parce que leur relation nouvellement bâtie sur leur fraternité était au beau fixe.

Tu parles. Si c’était le cas, Tullio n’aurait pas envie de rouler sur Isaia pour le plaquer au lit et goûter enfin cette bouche qui lui lançait des appels à la luxure. Cette vérité-là, elle blessait bien trop pour qu’il soit mieux de la connaitre. Encore une fois, Tullio préférait garder son petit frère tel quel auprès de lui plutôt que de le voir s’éloigner à jamais. Choix difficile qu’il aurait préféré ne pas faire ... Il ne répliqua rien, de peur de dire une connerie, et à cause de sa gorge un peu trop serrée.

- Tullio...

La voix d’Isaia à ce moment-là était chaude, douce, basse. Elle sonnait comme un délicieux murmure à son oreille. Et entendre son prénom de cette manière n’arrangeait pas ses affaires. Parce qu’il imaginait Isaia murmurer ce prénom, puis le gémir, puis le crier. Le visage déformé par le plaisir et ...

Et ce qui devait arriver arriva. Tullio sentit ses joues rougirent fortement –heureusement qu’Isaia ne voyait rien- alors qu’entre ses cuisses, une partie de son anatomie appréciait particulièrement ses fantasmes. Tullio recula un peu le bassin pour éviter tout contact accidentel, mais leurs visages étaient toujours aussi proches. Il se détestait. Parce qu’il était à la fois triste et excité. Son corps s’était affolé à la simple prononciation de son prénom, tandis que son cœur était désespéré de se retrouver dans cet amour à sens unique qu’il ne pourrait pas vivre sereinement bien longtemps. Les choses étaient vraiment compliquées ...

Puis, soudainement et sans prévenir puisqu’il ne la vit pas arriver, Tullio sentit la main de son frère sur lui. Il frissonna quand Isaia passa le bout de ses doigts dans ses cheveux libérés pour la nuit. Il sentait les douces caresses que cela provoquait sur son cuir chevelu, se répandant jusque dans sa nuque. Tullio était assez sensible de cette partie du corps, et lui tirer les cheveux avait toujours été la torture suprême. Mais là il les effleurait. Et Tullio se sentait mal, car terriblement bien. Il ne fallait pas qu’il fasse ça ou il allait craquer ...

- Si ça te rend si malheureux que ça de la quitter, c'est que tu es amoureux d'elle... Je suis désolé de t'avoir dit ça. Ce que j'ai dit, c'était pour mon cas, personnellement, mais c'est peut-être différent chez toi, tu sais ? Peut-être que tu devrais laisser faire le temps.

En essayant de ne pas bouger pour surtout ne pas se soustraire à sa caresse qui apaisait sa tristesse mais attisait quelque chose d’autre, Tullio répondit vivement. Sa voix se faisant tout à coup assurée et plus forte.

- Non ! Non ce n’est pas ça. La quitter ne me rend pas du tout triste, sauf pour elle parce que je lui ai donné de faux espoirs. Je ne pense pas que ça soit différent parce que quelque part, je le sais. Je ne suis pas triste de lui dire que tout est fini ... C’est de rester avec elle qui m’attristerait.

Et c’est surtout que rester avec elle serait impossible maintenance qu’il réalisait qu’Isaia était le seul avec qui il avait envie d’être. Parce que coucher sans amour, oui. Mais coucher en aimant quelqu’un d’autre, Tullio s’en savait incapable. Et c’est précisément pour cela qu’il n’avait pas réussi à le faire avec Sandra. Il ne le disait pas à Isaia parce qu’il ne le lui avait pas demandé, heureusement, et que ce n’était pas un mensonge que de le taire. Après tout, il ne disait rien d’autre que la vérité jusqu’à présent.

Amoureux d’elle. Rien que d’entendre Isaia dire ça, ça lui filait des palpitations. Il le pensait vraiment ? Il essayait de le dissuader de la quitter ? Alors que cela ne représentait déjà plus rien pour Tullio, qui passait rapidement sur ce qui n’avait plus d’importance. Il tentait de le rassurer et de le faire réfléchir avant de faire ce qu’il estimait être une connerie, pas vrai ?

- Ou bien sinon, tu la quittes et tu traînes avec moi à la place...

Putain. Il se rendait compte de ce qu’il disait, là ? La quitter ... pour lui. C’est comme ça que Tullio l’interprétait, et bizarrement il était en train de se demander si ce n’était dû qu’à ses sentiments. La quitter et rester avec lui, mais c’est tout ce que le jeune homme souhaitait. Seulement, pas vraiment dans le sens évoqué par son frère. Trainer avec lui ... ça n’avait aucun sens, ou alors il disait ça pour lui promettre de le consoler de sa solitude ? Tullio ne comprenait plus rien, tout était trop confus dans sa tête pour émettre des pensées cohérentes et logiques. Parce que là, il le prenait un peu comme il en avait envie et c’était très très orienté. Il répondit d’une voix encore un peu tremblante, emplie d’un trop d’émotions.

- Oui j’aurai moins de problèmes avec toi qu’avec elle ça c’est sur ...

Et pour cause. Il aimait Isaia, et non pas Sandra. Il en aurait des problèmes, comme son amour à sens unique, mais moins qu’en se demandant quels sentiments il éprouvait, ou pourquoi il n’arrivait pas à le toucher. Parce qu’il y arrivait, et trop bien.

Isaia bougea dans le lit, et Tullio l’entendit tout de suite. Les yeux grands écartés, il put voir au dernier instant le visage de son frère penché sur lui. Il voyait sa bouche se rapprocher et ... Non, Isaia n’allait quand même pas l’embrasser. Il n’allait pas réaliser ce rêve muet et profondément ancré en lui depuis quelques heures ? C’était trop beau. S’il entendait le rythme cardiaque d’Isaia qui résonnait un peu, le sien était encore plus rapide. Tullio ferma les yeux et se laissa faire, attendant de sentir un contact doux et léger sur ses lèvres. Il y croyait vraiment et l’attendait de tout son cœur.

Mais ce fut son propre front –le traitre !- qui hérita du privilège. Tullio se détestait de ne pas avoir bougé, par inadvertance. Sans faire exprès. Pour expérimenter ce baiser qu’il n’aurait jamais. Car malgré toute la tendresse qu’il sentait dans ce geste, Isaia ne faisait que réconforter son grand frère. Après une micro seconde de déception, Tullio réalisa malgré tout que ce n’était pas rien. Il savoura donc le trop court instant, le cœur au bord des lèvres et son entrejambe pas en meilleur état. Il se détestait de souiller ainsi le geste fraternel d’Isaia. Mais il n’était qu’un homme ...

Tullio regretta beaucoup que ce soit déjà fini, mais il gardait la sensation des lèvres, douces, comme prévu, d’Isaia sur sa peau. Et puis il avait emporté avec lui un peu de sa tristesse. Oui il pourrait se satisfaire de ça ... Mais Isaia ne le ferait pas souvent, étant donné que ce n’était que pour le consoler.

- Je t'aime, Tullio. Mon unique grand frère. Je déteste te voir triste. Si ce sont mes mots qui t'ont mis dans cet état, oublie-les... Je n'y connais rien, à l'amour. Je ne veux pas te conseiller des bêtises.

Tullio se dit que son frère voulait le tuer. Il ne voyait pas comment il allait pouvoir survivre à tout ça. C’était beaucoup trop, alors qu’il était amoureux de lui. Sérieusement, l’homme qu’il aimait lui disait ça ... Mais il y avait de quoi y croire ! Bon, bien sûr Tullio ne se laissait pas avoir aussi facilement. Parce que même s’il savourait les trois premiers mots avec une joie immense qui tapait dans sa poitrine, son cerveau lui rappelait la suite. « Grand frère ». C’était tellement évident. Pourtant ...

Pourtant Isaia n’était pas très tactile, ça Tullio le savait bien. C’était donc un peu étrange qu’il lui dise ça comme ça, l’embrasse sur le front ... Mais le jeune homme n’arrivait plus bien à réfléchir. Parce qu’Isaia venait de renverser toute sa logique, sa réflexion, sa morale, d’un coup comme s’il avait joué au bowling avec. Il n’y avait plus que le « Je t’aime Tullio » qui comptait, repassant en boucle à ses oreilles. Il était en train de fondre. De fondre totalement. Et un silence se fit, assez long, durant lequel Tullio tentait de digérer. Sa voix allait trembler mais pour une autre raison.

Imaginer ces mots dans un autre contexte lui faisait mal, mais en même temps ils étaient tellement agréables ... Il détestait le voir triste, il l’aimait, il veillait sur lui, il lui embrassait le front ... Tullio se félicitait finalement de son initiative, même si c’était en train de le tuer à petit feu en faisant faire à son cœur des efforts auquel il n’était pas habitué. Sa réponse se fit donc attendre, alors qu’il essayait de remettre ses idées en place et de ne pas mélanger trop de mots en disant ce qu’il convenait de dire.

- Non ce n’est pas ta faute. Au contraire, ça m’a fait du bien de faire le tri. J’en avais besoin alors ne t’en veux pas. Je suis triste ... Juste parce que je prends conscience de toutes ces choses dont je ne faisais que me douter.

Notamment que malgré l’attitude assez étrange et proche de son frère, jamais il ne le serait assez. Tullio aurait envie de paraitre encore triste pour se faire cajoler de cette manière, mais ce n’était plus possible et sa voix retrouvait des couleurs alors qu’il conservait précieusement le sentiment d’être un peu aimé, de recevoir quelque chose de sa part. C’est donc avec une voix plus légère mais très sérieuse qu’il lui répondit enfin.

- Et ... je t’aime aussi, petit frère. C’est plutôt nouveau, mais c’est certain à présent.

Oui, le coup du « petit frère » c’était un miroir. Et une astuce pour ne pas avoir à lui dire qu’il l’aimait tout court. Une astuce de merde qui lui sauvait littéralement la vie. Puis Tullio se décida enfin. Il amena une de ses paumes de mains sur l’épaule d’Isaia, comme s’il le cherchait à tâtons. S’approcha de lui, lentement histoire de sentir son souffle sur son visage. Puis vint embrasser le coin de ses lèvres, débordant à moitié sur sa bouche, et l’autre moitié sur le menton. Il n’y resta pas longtemps mais ...

- Oups c’est pas là que je voulais ... Je vois rien dans le noir ... Excuse.

C’est vrai, il voulait l’embrasser sur ses lèvres. Mais ça pouvait passer en sous entendant qu’il visait sa joue. Non ? En tout cas il l’espérait, tandis qu’il se reculait précipitamment sur l’oreiller, comme s’il était affreusement gêné. Ce qu’il était, mais pour une autre raison. Savourant l’impression qu’il avait eue, et caressant doucement ses propres lèvres, Tullio rajouta tout de même :

- Je dois être fatigué en plus et j’ai mal visé, il serait peut-être temps de dormir ...
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Isaia Fazzio

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MessageSujet: Re: De la réalisation d'un fantasme...   Jeu 21 Juin - 2:24

Les cheveux de Tullio étaient doux. Isaia aurait pu les caresser pendant des heures... Mais bon, là, ça fait un déjà plus que le temps réglementaire, celui qui laissait les soupçons à l'état de soupçons au lieu d'en faire des certitudes. Il ne voulait pas que son frère pense que sa tendresse à son égard cachait quelque chose derrière, et pour ça, il ne fallait pas faire d'excès.

Mais voilà, il ne pouvait pas retirer sa main. C'était trop doux, trop agréable, passer ses doigts doucement entre les mèches, caresser du bout des doigts le cuir chevelu, tendrement... Peut-être un peu sensuellement - tout devenait vite sensuel quand il y avait des cheveux dans l'équation, pour ce fétichiste d'Isaia. Mieux valait arrêter... retirer sa main, la serrer à nouveau contre son torse...

Bon. Dans quelques minutes... Dans quelques minutes, il retirerait sa main. Quelques secondes.

"Non ! Non ce n’est pas ça. La quitter ne me rend pas du tout triste, sauf pour elle parce que je lui ai donné de faux espoirs. Je ne pense pas que ça soit différent parce que quelque part, je le sais. Je ne suis pas triste de lui dire que tout est fini ... C’est de rester avec elle qui m’attristerait."

Isaia, qui l'écoutait avec attention, fut intrigué par ses paroles. Résumons : Tullio demandait des conseils amoureux, Isaia répondait que s'il n'était pas certain d'être amoureux, c'était qu'il ne l'était pas ; Tullio semblait au bord des larmes, et disait qu'il allait la quitter ; Isaia disait que si ça le mettait dans cet état, ce n'était pas la peine, et Tullio répondait que c'était de rester avec elle qui l'attristerait.

Alors, à quoi est-ce que ça rimait ? S'il savait qu'il allait la quitter, si c'était rester avec elle qui l'attristait, pourquoi est-ce qu'il s'était mis dans un tel état ? Ça aurait plutôt dû être une libération, non ? Décidément, le moins qu'on puisse dire, c'était qu'il ne comprenait pas bien le mode de pensées de son frère.

Mais enfin - l'important, là dedans... C'était qu'il allait la quitter ! Il allait la quitter, pour de bon... Et il serait célibataire.... Et... Et Isaia ne voyait pas en quoi ça le regardait. En quoi c'était censé le regarder. Que son frère soit célibataire ou pas, il était plutôt censé s'en battre la couille gauche, ou à la limite, être content pour lui (ou le plaindre, selon les cas). Le fait qu'il redevienne célibataire ne devait en aucun cas être la raison de la joie terrifiante qui déferlait à l'intérieur de lui...

En plus, ça ne changeait rien, pour lui. Parce que Tullio célibataire restait toujours Tullio, son frère, de sexe masculin. Les problèmes principaux qui s'étaient présentés à lui ce soir quand il avait imaginé Tullio et lui en train de se dévorer la bouche, c'était surtout ces deux problèmes-là, et pas le fait qu'il ait une copine. Après tout, les copines ça se fait, ça se défait, ça se trompe. Si Tullio avait été marié, il aurait trouvé ça un obstacle moins grand que le fait qu'il soit son frère, et un homme.

Enfin, un obstacle... C'était amusant de voir qu'il considérait déjà Tullio comme le but à atteindre, sans même donner de crédit à l'hypothèse que ce soit juste un égarement d'un soir. S'il voulait être honnête envers lui-même, Isaia devait s'avouer qu'il avait déjà vécu des égarements d'un soir, mais que jamais il n'avait eu envie de coucher avec eux autant qu'il avait envie de Tullio en cet instant...

"Oui j’aurai moins de problèmes avec toi qu’avec elle ça c’est sur ..."

Isaia eut un sourire amer - oh non, ça, il n'en était pas certain. Tullio ne savait pas ce qui était en train de le ronger, il ne pouvait pas imaginer. Pour son bonheur, il vaudrait sans doute mieux qu'il reste avec sa copine plutôt qu'avec Isaia... Qu'est-ce qu'il pouvait avoir comme problèmes, avec sa copine ? Le manque de communication, le manque d'amour... Avec Isaia, il devrait faire face au trop-plein de communication (quand on ne pouvait pas mentir...), au trop-plein d'amour (de la part d'Isaia, qui avait parfois tendance à virer stalker), au fait que ce soit un mec, au fait que ce soit son frère, au fait que le monde entier serait contre leur relation...

Isaia se l'imaginait déjà. Ensemble. Obligés de se cacher. Obligés de se faire passer pour célibataire. Éviter les questions des parents, alors, quand est-ce que tu nous présentes ta copine ? devoir tout cacher, toujours. Ne jamais pouvoir vivre ensemble au grand jour. Ne pas pouvoir se marier. (Isaia n'en avait pas forcément besoin, mais Tullio était peut-être traditionnel.) Ne pas pouvoir avoir d'enfants. (Même chose que pour la phrase précédente.) Être rouge de honte en présence de la famille à chaque fois. Ça, on pouvait dire que c'était de la relation à problème...

Et pourtant, pourtant... s'il avait eu le feu vert de Tullio, s'il avait pu s'imaginer que Tullio l'aimait en retour, il aurait capable de s'y engager. Lui, le type qui désertait à la première difficulté, il aurait été capable de rester, pour Tullio. Il avait déjà fait beaucoup de choses pour le récupérer, il n'en était plus à ça près.

Enfin, ça ne servait à rien de se faire des films dignes d'un cerveau d'adolescente de treize ans de toute façon - Tullio ne le voyait certainement pas sous cette lumière-là... Et c'était peut-être préférable, parce que c'était le genre de relation qui l'aurait fait souffrir, et Isaia ne voulait pas qu'il souffre. Il préférait souffrir à sa place... et taire ce qu'il ressentait. Il avait déjà été trop égoïste jusque là, il ne pouvait pas poser ce poids sur les épaules de Tullio.

"Non ce n’est pas ta faute. Au contraire, ça m’a fait du bien de faire le tri. J’en avais besoin alors ne t’en veux pas. Je suis triste ... Juste parce que je prends conscience de toutes ces choses dont je ne faisais que me douter."

Encore une fois, Isaia fut intrigué. Pourquoi disait-il être triste de se douter qu'il n'aimait pas sa copine, alors que quelques minutes plus tôt il assurait qu'il serait triste de rester avec elle ? Quand Isaia se rendait compte qu'il n'aimait pas ses copines et qu'il prenait la décision de rompre avec elles le lendemain, ça ne l'empêchait pas de dormir sur ses deux oreilles. Tullio était vraiment un type bien différent... Isaia ne le comprenait pas très bien.

- Bah... Ne sois pas triste de réaliser que ça ne peut pas marcher avec elle... Ça ne peut pas marcher avec tout le monde, de toute façon, dit-il d'une voix douce.

Si c'était bien ça le problème. Parce que plus le temps passait, et plus il se demandait si Tullio n'avait pas omis quelque chose dans l'équation. Il manquait une pièce là, il y avait une inconnue, et si Tullio ne voulait rien lui dire, il ne risquait pas de comprendre. Et pourtant, il ne voulait pas lui poser des questions trop directes, sachant que son frère était obligé de lui dire la vérité : il ne voulait pas lui extorquer les réponses si Tullio n'avait pas envie de lui en parler...

Quand subitement, la phrase suivante le coupa net dans ses réflexions.

"Et ... je t’aime aussi, petit frère. C’est plutôt nouveau, mais c’est certain à présent."

Bon sang. Il ne pensait pas que Tullio lui retournerait le mot... Il le pensait trop pudique pour ça. Et surtout, il pensait qu'il ne le pensait pas... Et Tullio ne lui disait que ce qu'il pensait vraiment.
Alors, Tullio l'aimait, et ça, ça n'avait vraiment pas été gagné d'avance au moment où il était entré dans le restaurant où il travaillait - alors, Isaia était heureux. Le fait que Tullio soit obligé de lui dire la vérité était là pour lui rappeler qu'entre eux, il y avait eu des années entières chargées de haine (enfin, de la haine, de Tullio à lui...). Des années. Ça n'avait changé que parce qu'Isaia y avait mis du sien, et voilà que maintenant, Tullio lui disait qu'il l'aimait... C'était un magnifique progrès.

Et pourtant, quelque part... Il ne s'en sentait pas entièrement heureux - il avait des réserves. Tullio aimait son petit frère... Rien que son petit frère. Bon soit, Isaia aussi avait dit qu'il l'aimait en tant que grand frère, alors que ce n'était pas exactement la vérité... mais Tullio, lui, il ne pouvait dire QUE la vérité.

Enfin, non - s'il voulait un échappatoire, il pouvait se dire que Tullio avait dit "je t'aime, petit frère", et non pas "je t'aime en tant que petit frère". Que cette simple différence changeait tout. Sauf qu'Isaia n'était pas entièrement sûr que ça change vraiment quoi que ce soit, en fait. Evidemment que Tullio l'aimait comme son petit frère... Il ne pouvait pas espérer plus. C'était déjà pas mal, hein ? C'était déjà bien. Il ne serait jamais le numéro un de sa liste, au dessus de sa copine... mais c'était déjà bien.

Ça faisait mal au cœur, quand même...

Toutefois, ce qui faisait encore plus mal que ça, c'était de voir Tullio s'avancer, et d'en avoir le souffle coupé - et de sentir ses lèvres se poser au coin de ses lèvres. Bordel... Au coin !!

Isaia ne s'interrogea même pas. Il tourna la tête instinctivement, pour que ses lèvres entrouvertes rencontrent celles de Tullio... Tant pis pour tout, tant pis pour la réaction de son frère, pour la mise à la porte, pour la fin de la relation... Tant pis pour tout. Isaia voulait juste sentir ses lèvres contre les siennes pour de bon, même si en échange d'une seconde de douceur il tomberait dans une éternité de douleur.

Mais voilà, le temps qu'il fasse le mouvement, le temps qu'il essaye d'ajuster son visage à celui de Tullio, son frère s'était déjà reculé, et ses lèvres ne rencontrèrent que de l'air. Et la lame tomba comme la guillotine sur le cou du condamné à mort.

"Oups c’est pas là que je voulais ... Je vois rien dans le noir ... Excuse."

Oui, évidemment que c'était pas là qu'il voulait, le Tullio-qui-ne-pouvait-pas-mentir. Isaia avait cru un instant qu'il en avait eu envie, lui aussi, qu'il avait voulu l'embrasser, et cette seconde de rêve se brisa à l'intérieur de lui avec un grand fracas, et les éclats se fichèrent dans son cœur. Il sentit sa gorge se nouer sous les deux sentiments combinés de la frustration et la douleur - tenter d'atteindre Tullio, c'était ce que ses lèvres venaient de faire à l'instant, et le résultat était clair : jamais, jamais, il ne rencontrerait autre chose que de l'air. C'était stupide d'y avoir cru, et la leçon était cuisante. Isaia n'arrivait même pas à se dire que c'était pour le mieux, que de cette façon, Tullio ne le mettrait pas à la porte - il avait trop mal au cœur pour ça.

"Je dois être fatigué en plus et j’ai mal visé, il serait peut-être temps de dormir ..."

Isaia resta silencieux, parce que s'il parlait, là maintenant, Tullio repèrerait tout de suite que ça n'allait pas, et il fallait à tout prix éviter. Et dire qu'il avait cru que c'était possible de passer la nuit dans ce lit avec lui... Il n'avait pas prévu que son frère l'embrasserait au coin des lèvres. Son frère venait de lui tuer toute possibilité de dormir - tout comme il venait de tuer beaucoup d'autre chose.

Alors Isaia se retourna de l'autre côté, tournant le dos à Tullio. Dans cette pénombre, on ne voyait rien, mais rien, c'était déjà trop ; il ne voulait pas que Tullio ait la moindre chance de se douter l'état terrible dans lequel ses lèvres frôlant les siennes venait de le plonger. Mieux valait faire comme s'il ne s'était rien passé, Tullio s'endormirait, et il serait libre de ruminer ce moment toute la nuit, dans son cerveau malade.

- T'as raison. Bonne nuit.

Il n'avait pas prévu d'être si concis dans sa réponse, mais une phrase un peu trop longue, et Tullio détecterait tout de suite son état d'esprit. Mieux valait répondre par monosyllabes, en espérant que son frère ne lui demande pas d'explications... Il valait mieux qu'il n'y en ait pas.

Le baiser de son frère avait été cruel, mais il lui avait fait prendre conscience pour de bon que ce n'était pas quelque chose avec quoi il pouvait jouer sans risquer de se brûler ; pour ce soir, c'était trop tard, il dormait déjà dans son lit ; mais dans les jours suivants, une certaine distance de sécurité s'imposait - et il prendrait soin de la respecter.
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